
Activités du SIPAZ (De mi-novembre 2025 à mi-février 2026)
4 mars 2026
DOSSIER : « Chiapas, une paix en attente »
18 juin 2026
c es derniers mois, les relations entre le Mexique et les États-Unis ont été marquées par une coopération en matière de sécurité et de contrôle des frontières, mais aussi par des tensions commerciales persistantes et de vives préoccupations concernant les droits humains.

Activités de mères à la recherche de leurs enfants disparus à l’occasion de la Fête des Mères, San Cristóbal de las Casas, mai 2026 © SIPAZ
La sécurité et la lutte contre le trafic de drogue demeurent au cœur des relations bilatérales. Les deux pays ont intensifié leurs opérations conjointes contre les organisations criminelles. En avril, les États-Unis ont accusé le gouverneur Rubén Rocha Moya et des responsables de l’état de Sinaloa de collaborer avec le cartel de Sinaloa et ont demandé leur extradition. L’accusation porte sur des accords conclus avec « Los Chapitos » pour faciliter le trafic de drogue en échange de pots-de-vin et d’un contrôle institutionnel. M. Rocha a nié les allégations et a demandé un congé temporaire, tandis que le bureau du procureur général mexicain a déclaré que les preuves étaient encore insuffisantes pour engager des poursuites judiciaires côté mexicain. En mai, les autorités mexicaines ont arrêté le neveu de Joaquín « El Chapo » Guzmán, qui fait l’objet d’une procédure d’extradition vers les États-Unis pour des accusations de crime organisé.

Activités de mères à la recherche de leurs enfants disparus à l’occasion de la Fête des Mères, San Cristóbal de las Casas, mai 2026 © SIPAZ
Depuis début 2026, les menaces de droits de douane de la part des États-Unis persistent, alimentées par le président américain Donald Trump, qui lie ces mesures économiques à la lutte contre le fentanyl et l’immigration irrégulière. Le Mexique s’est efforcé d’éviter de nouveaux droits de douane américains sur l’acier, l’aluminium et le secteur automobile, en invoquant le haut niveau d’intégration économique entre les deux pays. Parallèlement, le gouvernement mexicain a mis en œuvre des stratégies de diversification commerciale, renforçant ses relations avec l’Union européenne afin de réduire sa dépendance économique vis-à-vis des États-Unis.
Un autre enjeu bilatéral majeur est la migration. Les deux gouvernements ont renforcé leur coordination en matière de sécurité et de surveillance des frontières lors de réunions de haut niveau entre des responsables américains et la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum. En mai, il a été rapporté que les passages irréguliers de migrants à la frontière sud des États-Unis avaient diminué de 90 % entre octobre 2024 et mai 2026, soit le chiffre le plus bas depuis des décennies. Les autorités mexicaines ont indiqué que la coopération en la matière reposait sur les principes de « coordination sans subordination ».
Parallèlement, les organisations de défense des droits humains ont dénoncé le durcissement des politiques d’immigration américaines. Plusieurs rapports ont documenté des abus commis contre des migrants détenus dans les centres de détention de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), notamment la surpopulation, le manque de soins médicaux et la séparation des familles. Parmi les cas les plus graves, des violations des droits de femmes enceintes et de personnes en situation de vulnérabilité ont été signalées. Depuis le début du second mandat de Donald Trump en janvier 2015, au moins 46 décès ont été recensés dans un contexte de détention par l’ICE, dont 14 étaient des ressortissants mexicains. Cette situation a suscité l’inquiétude et les critiques des organisations civiles et des communautés de migrants. Le gouvernement mexicain a exigé justice et transparence de la part des États-Unis, sans résultat à ce jour.
La situation migratoire à la frontière sud du Mexique révèle également de graves problèmes. Des organisations comme le Collectif de surveillance de la frontière sud ont dénoncé la corruption dans les procédures de régularisation au Mexique, où des démarches qui devraient être gratuites peuvent coûter jusqu’à 40 000 pesos. Cette situation, conjuguée à la militarisation croissante de la frontière sud et à l’arrivée de migrants expulsés des États-Unis, a engendré une grande vulnérabilité. Les migrants sont confrontés à des inégalités, à des risques pour leur santé physique et mentale, à la séparation familiale et à un manque d’assistance consulaire.
Mexique : Crise des droits humains, partie émergée de l’iceberg ?
Entre février et mai 2026, le Mexique a continué de faire face à des niveaux élevés de violence, de disparitions forcées et de questionnements des institutions chargées de garantir la justice et les droits humains.
En avril, Amnesty International a publié une évaluation critique de la première année de mandat de Claudia Sheinbaum. Le rapport souligne la persistance de problèmes tels que la violence, l’impunité, les disparitions forcées et la militarisation, et met en garde contre le risque que certaines politiques gouvernementales ne les aggravent. Il pointe également du doigt les risques pesant sur l’indépendance de la justice, l’espace civique et la protection des droits humains. Parallèlement, l’Indice de paix du Mexique 2026 a fait état d’une baisse des homicides, mais alerte sur une augmentation des disparitions forcées, des extorsions et des violences domestiques.
La crise des disparitions forcées demeure le principal problème en matière de droits humains. Bien que le gouvernement ait présenté de nouvelles stratégies de recherche, les collectifs et les familles dénoncent l’impunité, l’absence de résultats et l’exclusion des processus décisionnels. Ils critiquent également les chiffres officiels et la classification de nombreux cas comme des disparitions volontaires.
La publication d’un rapport du Comité des Nations Unies contre les disparitions forcées a engendré des tensions avec les autorités mexicaines. Si certaines organisations ont reconnu sa pertinence, la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH) en a rejeté les conclusions. Lors de sa visite au Mexique, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits humains, Volker Türk, a salué la volonté politique, mais a jugé les mesures prises insuffisantes face à une crise représentant plus de 130 000 personnes portées disparues.
Les mobilisations de mères à la recherche de leurs proches disparus en mai ont une fois de plus mis en lumière le mécontentement social. Les familles ont dénoncé ce sont elles qui continuent de poursuivre les recherches face au manque de réponses officielles. Elles ont exigé la vérité soit rétabli, que justice soit faite et une meilleure protection pour les personnes qui recherchent leurs proches.
Dans un rapport publié le même mois, la Commission Interaméricaine des Droits Humains (CIDH) a qualifié les disparitions au Mexique de « grave crise des droits humains » et a mis en garde contre les liens possibles entre groupes criminels et autorités.
Étroitement liée à la crise des disparitions, la violence du crime organisé est restée un problème majeur. En février, Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho », chef du Cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG), a été tué lors d’une opération fédérale dans l’état de Jalisco. Ces événements ont déclenché des barrages routiers, des incendies et des attaques armées dans plusieurs états, faisant des dizaines de morts parmi les forces de sécurité et les membres présumés du crime organisé.
Vulnérabilité des défenseur.e.s et des journalistes : un autre sujet de préoccupation
La vulnérabilité des journalistes et des défenseur.e.s des droits humains demeure un sujet de préoccupation. En février, des dizaines de personne ont manifesté à Mexico pour exiger la fin des violences dans le pays, où au moins 40 défenseur.e.s des droits humains ont été assassinés rien qu’en 2025.
En mars, la décision du Service d’administration fiscale (SAT) de révoquer l’autorisation de plus de 270 organisations de la société civile à recevoir des dons déductibles d’impôt a suscité la polémique. La présidente, Claudia Sheinbaum, a affirmé qu’il s’agissait d’une mesure « technique » et non politique, rejetant les critiques selon lesquelles elle visait à affaiblir les organisations critiques envers le gouvernement. De leur côté, des organisations comme Amnesty International estiment que cette action compromet le fonctionnement de la société civile et fragilise la démocratie en affectant son financement et sa capacité opérationnelle.
En avril, le Centre mexicain de droit environnemental (Cemda) a signalé que le Mexique avait enregistré 135 attaques et 10 assassinats de défenseur.e.s de l’environnement et des territoires en 2025. L’organisation a également averti que l’État lui-même demeure le principal responsable des attaques contre ceux qui protègent l’environnement.
Concernant les journalistes, en mai, Article 19, une organisation de défense de la liberté d’expression, a présenté son rapport annuel intitulé « Structures du silence : censure, opacité et surveillance ». Au Mexique, considéré comme le pays le plus dangereux pour la presse dans la région, un journaliste a disparu et sept ont été assassinés en 2025. L’organisation a également recensé 451 attaques contre la presse dans le pays, soit une toutes les 20 heures. Le rapport remet en question les nouvelles lois promues par le gouvernement de Claudia Sheinbaum, telles que la « Loi sur la Garde nationale », qui autoriserait l’armée à accéder aux données personnelles sans contrôles suffisants, renforçant ainsi la militarisation et l’utilisation des technologies comme outil de surveillance.
Terres, territoire et ressources naturelles : autres revendications des organisations de la société civile
En février, un tribunal fédéral a ordonné la suspension des travaux de construction du tronçon 5 du Train Maya, constatant des dommages environnementaux et le non-respect des évaluations d’impact environnemental obligatoires. Le tribunal a statué que la construction devait rester interrompue jusqu’à ce que les évaluations environnementales requises par la loi soient dûment réalisées et achevées.
Il convient de rappeler que le Train Maya, projet phare de l’ancien président Andrés Manuel López Obrador, a été annoncé en 2018. Depuis, des organisations et des communautés ont documenté d’importants risques et impacts socio-environnementaux, notamment la déforestation de plus de 11 000 hectares, la fragmentation des écosystèmes, le forage et la destruction de cénotes et de cavernes, l’altération des zones humides, la contamination des aquifères et la perte d’habitat pour la faune emblématique. Elles soulignent qu’à ce jour, aucune mesure d’atténuation efficace n’a été mise en œuvre. Elles ont également constaté une augmentation des violences criminelles et institutionnelles dans des zones qui affichaient auparavant de faibles taux de criminalité, malgré le renforcement de la présence militaire dans la péninsule.
En février, suite aux déclarations de Claudia Sheinbaum, le débat sur la fracturation hydraulique s’est intensifié. Ce qui était catégoriquement rejeté pendant la campagne électorale apparaît désormais comme une option réaliste pour l’obtention de gaz non conventionnel et le renforcement de l’indépendance énergétique du pays, qui importe près des trois quarts de son gaz naturel des États-Unis. L’« Alliance mexicaine contre la fracturation hydraulique » a qualifié ce revirement de trahison des promesses électorales et a averti qu’il n’existe aucune méthode scientifiquement prouvée pour pratiquer la fracturation hydraulique de manière respectueuse de l’environnement.
En mai, trois ans après la réforme globale du cadre juridique minier, le collectif « ¡Cambiémosla Ya! » (Changeons-lA maintenant !) a accusé le ministère de l’Économie et le SEMARNAT (Ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles) de retarder la publication des réglementations essentielles à la pleine application de la législation minière. Bien que la réforme approuvée en 2023 ait constitué un progrès en matière de protection des communautés, des travailleurs et de l’environnement, l’absence de réglementations complémentaires – qui auraient dû être publiées dès octobre de la même année – a empêché les autorités d’annuler les concessions, même dans des cas impliquant des décès de travailleurs, des liens présumés avec le crime organisé et des dommages environnementaux irréversibles.
Déplacements forcés : un problème persistant dans une grande partie du pays
En mai, le rapport « Voyages forcés : déplacements internes au Mexique en 2025 » de l’Université ibéro-américaine a été publié. Ce rapport documente qu’au moins 15 795 personnes ont été contraintes de quitter leur domicile cette année-là, ceci dans le cadre de 73 incidents distincts répartis dans 11 états. L’étude révèle que 83 % de ces déplacements sont liés au crime organisé. Sinaloa enregistre le pourcentage le plus élevé d’incidents (39,2 %), suivi de Chihuahua (28,4 %) et de Michoacán (21,3 %). Ce phénomène est présent dans onze entités du pays, soit un tiers du territoire national.
Le rapport met en garde contre l’utilisation accrue d’explosifs, de drones et de mines antipersonnel, ce qui a exacerbé les dangers pour les communautés touchées et aggravé les conditions de vie des familles, dont beaucoup sont contraintes de quitter brutalement leur domicile en raison de menaces directes ou d’affrontements armés. Tout en reconnaissant comme un progrès l’inclusion d’une question sur les déplacements forcés dans l’enquête intercensitaire 2025 de l’INEGI, le rapport conclut que le cadre juridique demeure insuffisant. Il souligne l’urgence d’adopter une loi générale sur le sujet et de mettre en place un registre national coordonné afin de garantir des réparations complètes aux victimes.
Femmes : Avancées réglementaires, faible mise en œuvre effective
En février, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la violence à l’égard des femmes et des filles, Reem Alsalem, a déclaré au Sénat que le Mexique devait renforcer ses politiques publiques, ses institutions et ses budgets en matière de protection des femmes et des filles. Elle a reconnu les progrès législatifs accomplis en matière d’égalité, mais a averti que les lois ne suffisent pas sans ressources, mécanismes de mise en œuvre efficaces et suivi effectif.
En avril, une nouvelle avancée législative a été franchie lorsque le Sénat a approuvé une initiative portée par la présidente Claudia Sheinbaum visant à promulguer une « Loi générale sur le féminicide » afin d’uniformiser la définition de ce crime à l’échelle nationale. Cette proposition cherche à harmoniser les critères, les sanctions et les procédures d’enquête, ainsi qu’à renforcer la coordination entre les autorités et à garantir l’accès à la justice et à des réparations pour les victimes. Elle découle des incohérences actuelles dans la définition juridique du féminicide selon les états fédératifs, ce qui a engendré des inégalités et des difficultés dans l’administration de la justice. Cependant, des organisations féministes telles que « Constituyentes MX » ont déploré le manque de données actualisées concernant le Mexique, la réduction de l’impunité et l’absence d’une approche intersectionnelle prenant en compte les femmes autochtones, migrantes ou handicapées. Elles ont également critiqué l’exclusion des familles des victimes, l’attention limitée portée aux réparations globales et le manque d’analyse de mécanismes tels que les « Alertes à la violence de genre ».
CHIAPAS : Violences persistantes et violations des droits humains

Présentation du nouveau rapport de El Obse, observatoire des attaques contre les défenseurs des droits humains et les journalistes, San Cristóbal de las Casas, mars 2026 © SIPAZ
Le Chiapas demeure l’un des états mexicains les plus touchés par les violations des droits humains. Les organisations et centres de défense des droits humains dénoncent l’augmentation des disparitions, des enrôlements forcés de la part du crime organisé, des déplacements internes de population et la présence de groupes criminels. Ils soulignent également la militarisation croissante et les risques constants qui pèsent sur les défenseur.e.s des droits humains et les communautés autochtones.
Concernant le crime organisé, le journal « El Universal » a publié une fiche de paie attribuée à Nemesio Rubén Oseguera Cervantes, alias « El Mencho », chef du Cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG), récemment abattu. Ce document révèle que ses opérations au Chiapas lui coûtaient près de 2 millions de pesos par semaine, et que plus de 300 tueurs à gages percevaient des salaires hebdomadaires compris entre 2 000 et 10 000 pesos. Ce qui a suscité le plus de controverses, c’est l’inclusion, dans la liste, de la « Force de réaction immédiate Pakal » (FRIP), créée en 2024 par le gouverneur du Chiapas, Eduardo Ramírez Aguilar : une force spéciale étatique dotée d’un armement puissant, destinée à lutter contre les cartels qui se disputent le contrôle de l’état. Les forces de police municipales de plusieurs villes figurent également sur la liste. Le gouverneur Eduardo Ramírez a annoncé une enquête approfondie afin de « punir avec toute la rigueur de la loi les responsables ».
En mars, dans une affaire qui met en cause les agissements de la FRIP, le Centre des droits humains Fray Bartolomé de las Casas (Frayba) a présenté le cas d’Óscar Trinidad Carbajal, arrêté en novembre 2025 et qui aurait été torturé par des membres du groupe « Pakal ». Frayba a déclaré que cette affaire s’inscrit dans un contexte de violations des droits humains au Chiapas, notamment les détentions arbitraires, la torture et les mauvais traitements infligés lors des arrestations, la possible responsabilité du bureau du procureur général de l’état et des forces de sécurité. Face à l’absence de progrès dans l’enquête, l’affaire a été portée devant des instances internationales. La famille exige sa libération et une enquête approfondie sur les faits. Elle a également dénoncé le harcèlement dont elle est victime.

Activités de mères à la recherche de leurs enfants disparus à l’occasion de la Fête des Mères, San Cristóbal de las Casas, mai 2026 © SIPAZ
En avril, une attaque armée a eu lieu dans la municipalité de Nicolás Ruiz. Deux hommes ont été tués, plusieurs personnes blessées et une personne est toujours portée disparue. La communauté organisée de Nicolás Ruiz a dénoncé que les assaillants étaient des membres du crime organisé, et a affirmé que les autorités connaissaient les responsables. Depuis 2025, plusieurs communautés se sont alliées et ont mis en place des gardes communautaires face à l’inaction de l’État, voire à sa possible complicité dans ces violences. La communauté exige le retour en toute sécurité de la personne disparue, justice pour les victimes, une véritable enquête qui sanctionne les responsables et le respect de son autonomie en tant que communauté autochtone. Dans le même temps, dans la municipalité voisine de Venustiano Carranza, une confrontation a également eu lieu entre des trafiquants de drogue présumés et des membres de l’« Organisation paysanne Emiliano Zapata » (OCEZ), connue sous le nom de « Maison du Peuple ».
La question des disparitions a pris une importance croissante. En avril, des restes humains ont été découverts près de San Fernando et de Berriozábal. La découverte a été rendue possible grâce à une source anonyme et menée par le collectif « Mères Chercheuses » du Chiapas, en coordination avec les autorités. Berriozábal est une zone particulièrement touchée et présente un nombre élevé de disparitions, principalement de jeunes. « Ils font semblant d’apaiser les tensions, mais les disparitions continuent. C’est le même gouvernement et le même parquet qui les enlèvent et les font disparaître », a déclaré le collectif « Mères Chercheuses » du Chiapas.
À l’occasion de la Fête des Mères, des activités ont été organisées dans plusieurs villes, dont Tuxtla Gutiérrez et San Cristóbal de las Casas. Des familles ont accusé les autorités fédérales et étatiques de minimiser la crise des disparitions et de favoriser l’impunité. Les collectifs ont affirmé avoir documenté l’augmentation des disparitions au Chiapas sous plusieurs administrations et ont attribué cette situation aux conflits territoriaux entre groupes criminels, ainsi qu’à la tolérance et à l’acquiescement du gouvernement.
En mars, « El Obse », un observatoire qui recense les attaques contre les défenseur.e.s des droits humains et les journalistes, a publié son troisième rapport. Ce dernier met en lumière les violences et l’insécurité auxquelles sont confrontés ceux qui exercent ce type de travail dans l’état. Il souligne les lacunes des procédures d’enquête et de poursuite des attaques. Si le gouvernement du Chiapas présente un tableau positif de la sécurité de l’état, insistant sur les progrès réalisés en matière de stabilisation et la baisse de certains indicateurs de violence, « El Obse » suggère que, malgré la diminution de certaines formes visibles de violence, celle-ci n’a pas disparu, mais s’est transformée dans ses manifestations. Au lieu d’affrontements ouverts, on observe plus fréquemment des dynamiques d’intimidation et de contrôle territorial.
Ce même mois, le Centre des droits humains Fray Matías de Córdova de Tapachula a signalé deux raids de ses bureaux en moins de 72 heures, qu’il a qualifiés d’actes d’agression et d’intimidation à l’encontre de son travail, ceci malgré la mise en place de mesures de protection fédérales. Le Centre a dénoncé la négligence des autorités, aucune mesure efficace n’ayant été prise après le signalement initial, permettant ainsi la répétition de l’attaque. Plusieurs organisations de la société civile et la rapporteuse spéciale des Nations Unies, Mary Lawlor, ont appelé les autorités à mener une enquête approfondie, soulignant que ce type d’attaques n’avait pas fait l’objet d’enquêtes adéquates au Chiapas.
Terre, territoire et défense de l’environnement au cœur des revendications

Conversation « Oui à la vie ! Non à la dépossession ! » sur l’autoroute Palenque-San Cristóbal de las Casas, février 2026 © SIPAZ
En février, le forum « Oui à la vie ! Non à la dépossession ! » s’est tenu à San Cristóbal de las Casas. Lors de cette rencontre, des habitants de Chilón et d’autres municipalités affectées par la construction de l’autoroute San Cristóbal-Palenque, des membres du Mouvement pour la défense de la vie et du territoire (MODEVITE), ainsi que des organisations de défense des droits humains et des défenseurs de l’environnement, ont réaffirmé leur opposition face au projet. Ils ont dénoncé le fait que l’autoroute soit construite « sans respecter les exigences légales minimales, sans informations environnementales, sociales et culturelles suffisantes, ni informations techniques adéquates, et sans consultation libre, préalable et éclairée, conformément aux droits des peuples autochtones ». Dans les jours précédents, ces organisations avaient mené une mission d’observation sur le terrain et confirmé l’impact environnemental considérable de l’autoroute. « Cette autoroute, mal nommée « Autoroute des cultures », est un projet d’exploitation qui sert les intérêts des plus puissants. Les pauvres s’appauvriront et les riches s’enrichiront », a déclaré une personne membre de MODEVITE. « Nous savons que derrière la façade du tourisme se cache la dépossession de notre territoire, qui n’est pas seulement notre terre, mais aussi notre mode de vie », a-t-elle ajouté. La Mission a également documenté que le gouvernement impose cette infrastructure par le biais de harcèlements, conditionnant la mise en œuvre de programmes sociaux comme « Sembrando Vida » (Semer la vie), menaçant de déployer les forces d’élite du FRIP et usant de diverses autres formes de manipulation.

Rencontre « La tempête intérieure et extérieure selon les communautés et les peuples zapatistes », San Cristóbal de las Casas, avril 2026 © SIPAZ
En avril, la rencontre zapatiste intitulée « La tempête intérieure et extérieure selon les communautés et les peuples zapatistes » s’est tenu à San Cristóbal de las Casas. Cette rencontre s’est concentrée sur le concept zapatiste de « tempête », qui décrit la crise mondiale actuelle engendrée par le capitalisme. Dans ce cadre, le capitaine Marcos a soutenu que les mouvements sociaux ne peuvent résister que s’ils ont une vision claire de leur histoire, de leurs objectifs et de leur organisation. Il a rejeté l’idée d’« unité inconditionnelle », proposant plutôt une diversité de luttes pour un but commun. Il a affirmé que l’État-nation a perdu tout pouvoir réel face au capitalisme et que les conflits et guerres actuels profitent avant tout aux grands intérêts économiques. De son côté, le sous-commandant Moisés a présenté la vision collective zapatiste de la crise climatique. Il a averti que sans s’attaquer à la destruction de l’environnement, il n’y aura pas de conditions de vie possibles à l’avenir. Par ailleurs, les problèmes des communautés autochtones ont été abordés : migration et pauvreté entraînent des pertes de terres et une concentration des propriétés, ce qui fragilise les structures communautaires. Enfin, Marcos a annoncé une prochaine rencontre au mois d’août.








