
Activités du SIPAZ (mi-février à mi-mai 2026)
18 juin 2026
DOSSIER : Différences de compréhension sur l’autonomie des peuples autochtones et afro-mexicains: Entre reconnaissance des droits et autonomie construite « depuis la base »
10 septembre 2026
E n juin et juillet, la Coupe du Monde a placé le Mexique au centre de l’attention internationale. Co-organisateur avec les États-Unis et le Canada, le pays a accueilli des visiteurs et des délégations de nombreux pays et a profité de l’événement pour projeter une image d’ouverture et de capacité d’organisation. La visite du roi Felipe VI d’Espagne a également revêtu une importance diplomatique, contribuant à un rapprochement entre les deux pays après plusieurs années de tensions. Cependant, le tournoi a aussi exposé à la presse et à la communauté internationale des problèmes sociaux et politiques internes, révélant diverses contradictions.

Mobilisations de collectifs de « Madres Buscadores » (Mères recherchant leurs proches disparus) dans le cadre de la Coupe du monde, juin 2026 © SIPAZ
Les relations avec États-Unis sont restés, de loin, la principale problématique internationale du Mexique, alliant coopération et confrontation. Le Mexique devait maintenir sa coordination avec son principal partenaire économique, mais rejetait toute mesure pouvant être perçue comme une menace pour sa souveraineté. Cette situation s’est manifestée à plusieurs reprises au cours du dernier trimestre, notamment lors de la rencontre entre Sheinbaum et Trump pendant la Coupe du Monde, qui a représenté un moment de détente diplomatique, sans toutefois résoudre les différends persistants entre les deux gouvernements.
L’administration Sheinbaum continue d’insister sur le fait que la coopération bilatérale ne doit pas impliquer de subordination. À titre d’exemple, l’annulation du visa d’Andrés Manuel López Beltrán, fils de l’ancien président Andrés Manuel López Obrador, a suscité une réaction du gouvernement mexicain, qui y a vu une ingérence dans ses affaires politiques nationales. Cet épisode illustre une tendance plus large des États-Unis à exercer des pressions par le biais d’annulations de visas, d’enquêtes et d’accusations contre des personnalités politiques soupçonnées de liens avec le trafic de drogue. Le Mexique a maintenu que toute accusation portée contre des citoyens mexicains devait reposer sur des preuves et respecter les procédures légales.
En matière de sécurité, les deux pays ont maintenu leur coopération dans la lutte contre les groupes criminels. Cependant, le Mexique a continué de rejeter toute possibilité d’intervention militaire américaine sur son territoire. La suspension temporaire des inspections américaines d’avocats au Michoacán a démontré comment les questions de sécurité peuvent affecter même les relations commerciales. Les inspections ont repris après que le Mexique a renforcé sa sécurité en déployant des militaires et des troupes de la Garde nationale.
Dans le domaine économique, la renégociation de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada est devenue un enjeu majeur en matière de politique étrangère. Le Mexique cherche à préserver ses avantages commerciaux et son accès préférentiel au marché américain, tandis que l’administration Trump milite pour des conditions plus favorables aux États-Unis. Ces derniers temps, les relations commerciales se sont maintenues dans une dynamique de coopération, mais aussi de pressions et de négociations constantes. Pour le Mexique, ce traité est fondamental en raison de la forte dépendance de son commerce extérieur au marché américain.

Mobilisations de collectifs de « Madres Buscadores » (Mères recherchant leurs proches disparus) dans le cadre de la Coupe du monde, juin 2026 © SIPAZ
Face à cette forte dépendance vis-à-vis des États-Unis, le Mexique a également cherché à diversifier ses relations internationales. Le Brésil a acquis une importance particulière en tant que partenaire régional, et des discussions entre Pemex et Petrobras visant à développer la coopération dans des domaines tels que la production, l’exploration, le raffinage et les biocarburants ont eu lieu. De même, le Mexique a renforcé ses relations avec l’Union européenne en modernisant l’Accord Intégral. Le gouvernement a présenté cet accord comme une opportunité d’accroître les échanges commerciaux, les investissements et la coopération politique. Toutefois, des organisations sociales, environnementales et universitaires ont souligné les risques potentiels, faisant valoir que les bénéfices pourraient se concentrer principalement entre les mains de grandes entreprises et que les mécanismes de protection de l’environnement et des droits humains pourraient s’avérer insuffisants.
Le Mexique a également maintenu une politique étrangère fondée sur le multilatéralisme, la défense des droits humains, l’autodétermination des peuples et le règlement pacifique des conflits. Dans le cadre de cette stratégie, le gouvernement a soutenu la candidature de Michelle Bachelet au poste de secrétaire générale des Nations Unies. Cette position visait à préserver la tradition diplomatique du Mexique et à renforcer le rôle du pays au sein des organisations internationales, notamment dans un contexte de tensions croissantes entre les grandes puissances mondiales.
Migration : Violence et vulnérabilité face au durcissement des politiques d’immigration
En juillet, la mort du migrant mexicain Lorenzo Salgado lors d’une opération menée par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) aux États-Unis a suscité une vive inquiétude. Ce cas a mis en lumière les risques liés au durcissement des politiques d’immigration américaines. En réponse à ce décès et à d’autres décès de citoyens mexicains survenus lors d’opérations ou en détention par l’ICE, le gouvernement mexicain a annoncé des actions juridiques et diplomatiques. Le ministère des Affaires étrangères a indiqué avoir déposé des plaintes aux États-Unis concernant la mort de 17 citoyens mexicains depuis 2015. Il a également porté la situation devant les organisations internationales, notamment les Nations Unies.
Plus largement, les politiques mises en œuvre par l’administration Trump ont entraîné une augmentation des expulsions et affectent particulièrement les personnes renvoyées au Mexique et laissées dans des situations précaires. Les organisations de défense des droits humains dénoncent les détentions arbitraires, le manque de soins médicaux, les violences, les abus et les difficultés d’accès au logement et à l’emploi. Elles soulignent également que les personnes expulsées sont exposées aux risques liés au crime organisé et à l’absence de mécanismes de protection efficaces.
Dans le cadre de la « IIIe Rencontre des évêques et des agents pastoraux de la frontière Mexique-Guatemala », les évêques du Chiapas et du Guatemala ont soulevé une série de défis auxquels cette région est confrontée. « Actuellement, la pauvreté, la précarité, les inégalités et la violence systémique auxquelles ces populations sont confrontées expliquent la persistance des migrations. Dans ce contexte, où les politiques migratoires, les accords multilatéraux et les décrets présidentiels menacent le droit de migrer, nous constatons un renforcement des groupes criminels, des réseaux de trafic d’êtres humains et des extorsions le long des routes migratoires », ont-ils averti. Ils ont également déclaré se trouver dans une « zone contrôlée par les auteurs de violences », compte tenu de « l’action limitée, voire inexistante, des institutions étatiques et des organisations internationales ».
La crise des disparitions au Mexique gagne en visibilité

Mobilisations de collectifs de « Madres Buscadores » (Mères recherchant leurs proches disparus) dans le cadre de la Coupe du monde, juin 2026 © SIPAZ
Comme mentionné précédemment, la Coupe du monde a permis à plusieurs problèmes du pays d’atteindre un public international, notamment à travers les manifestations des mères à la recherche de leurs enfants disparus et du syndicat des enseignants. Si le gouvernement met en avant les progrès réalisés en matière de sécurité et de réformes institutionnelles, les organisations sociales et de défense des droits humains insistent sur la persistance de problèmes structurels tels que la violence, l’impunité, les disparitions et les inégalités.
Les disparitions sont devenues l’un des principaux problèmes de droits humains. Un rapport de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH), présenté en mai, a recensé plus de 128 000 personnes disparues et des dizaines de milliers de corps non identifiés. Les familles et les groupes de recherche ont indiqué que les autorités continuent de rencontrer de sérieuses difficultés pour localiser les personnes disparues, identifier les restes et élucider les affaires.
La crise a également attiré l’attention internationale suite à l’intervention du Comité des Nations Unies contre les disparitions forcées, qui a appelé à une coopération internationale concernant la situation au Mexique. Le gouvernement de Claudia Sheinbaum a nié l’existence de conditions justifiant une telle intervention, déclenchant un débat avec les organisations internationales sur l’ampleur de la crise et la responsabilité de l’État.
En juin, des manifestations ont eu lieu à Mexico, notamment aux abords du stade Azteca, à l’occasion du match d’ouverture de la Coupe du monde entre le Mexique et l’Afrique du Sud. Un important dispositif de sécurité encadrait ces manifestations, et les autorités ont empêché les groupes de s’approcher librement du stade. Amnesty International a critiqué ces mesures et a réclamé des garanties pour le droit de manifester pacifiquement. Les familles ont tenu à souligner le contraste entre les célébrations sportives et la réalité des milliers de personnes toujours portées disparues. Les mères à la recherche de leurs proches disparus ont insisté sur le fait que, face au manque d’informations suffisantes, de nombreuses familles ont dû prendre en charge elles-mêmes les recherches.
En matière de sécurité, le gouvernement de Claudia Sheinbaum a affirmé avoir obtenu des résultats positifs. La présidence a indiqué qu’entre septembre 2024 et juin 2026, les homicides volontaires avaient diminué de 48 %. Toutefois, cette baisse s’accompagne toujours de niveaux élevés de violence, de disparitions, d’extorsion et de la présence de groupes criminels. Le Michoacán demeure l’un des exemples les plus préoccupants. En juillet, un chef criminel présumé a été arrêté pour avoir prétendument commandité l’assassinat du maire d’Uruapan, Carlos Manzo. Cette affaire a soulevé des questions quant à la capacité de l’État à maîtriser la violence et à protéger les responsables et les citoyens.

Mobilisations de collectifs de « Madres Buscadores » (Mères recherchant leurs proches disparus) dans le cadre de la Coupe du monde, juin 2026 © SIPAZ
Le principal obstacle à la résolution de la crise des disparitions et de l’insécurité reste l’impunité généralisée. À cet égard, la transformation des institutions mexicaines en cours pourrait s’avérer insuffisante. La réforme judiciaire et l’élection des magistrats au suffrage universel continuent de susciter des critiques. Des organisations telles que Human Rights Watch ont exprimé leur inquiétude quant à un possible affaiblissement de l’indépendance de la justice et ont pointé du doigt des problèmes liés à la faible participation électorale et à l’intégrité du processus électoral judiciaire. En mai, la Chambre des députés a approuvé une réforme, portée par la présidente Claudia Sheinbaum, visant à reporter les prochaines élections judiciaires de 2027 à 2028. Le parti au pouvoir (Morena) a justifié cette mesure par la volonté d’éviter un chevauchement avec les élections fédérales et locales de 2027, ainsi que par la simplification du scrutin, la réduction du nombre de candidats et l’établissement de critères communs d’évaluation des candidatures. L’opposition, quant à elle, a fait valoir que ces modifications étaient essentiellement techniques et ne s’attaquaient pas au problème de fond : l’élection des juges et des magistrats par le suffrage universel. Elle a également mis en garde contre les risques potentiels de manipulation politique et d’implication du crime organisé. Parallèlement, la suppression de l’Institut National pour la transparence, l’accès à l’information et la protection des données personnelles (INAI) en 2025 et le transfert de ses fonctions à de nouvelles structures gouvernementales ont suscité des inquiétudes quant à l’accès à l’information publique. Le débat a porté sur la nécessité de préserver les contre-pouvoirs institutionnels face à l’exécutif et au parti au pouvoir.
Journalistes, peuples autochtones et enfants : parmi les secteurs les plus vulnérables à ce jour
La liberté d’expression et le droit à la vie privée demeurent au cœur du débat. La nouvelle réglementation des télécommunications et de la radiodiffusion soulève des questions quant à son impact potentiel sur la liberté d’expression. L’accroissement des capacités du gouvernement à accéder aux données personnelles et la création de registres obligatoires relatifs à l’identité et aux informations téléphoniques suscitent également des inquiétudes.
La situation des journalistes reste particulièrement critique. Les organisations de défense des droits humains ont recensé de nombreux meurtres et agressions contre des journalistes sous l’administration Sheinbaum. Reporters sans frontières a souligné en juillet que le Mexique demeure l’un des pays les plus dangereux des Amériques pour exercer le journalisme, notamment pour ceux qui travaillent dans les médias locaux et les zones rurales. « Sept meurtres en sept mois, c’est difficile à accepter. Tant de meurtres en si peu de temps, c’est sidérant. Reporters sans frontières n’avait pas constaté une augmentation aussi alarmante des meurtres de journalistes au Mexique depuis 2011 ou 2012. » Pour Reporters sans frontières (RSF), ce scénario témoigne d’un échec total des autorités mexicaines à garantir la sécurité de la presse, notamment celle des journalistes travaillant dans les médias locaux et dans les zones rurales du sud du pays.
L’assassinat du journaliste Alejandro Leyva Aguilar à Oaxaca en juillet a également été cité comme un symptôme de l’augmentation inquiétante des meurtres de journalistes. L’organisation Article 19 a par ailleurs recensé plusieurs assassinats depuis le début du mandat de l’actuelle administration. Cette violence est liée à des problèmes tels que le crime organisé, la corruption et l’impunité, mais elle porte aussi directement atteinte au droit de la société à savoir et à dénoncer ce qui se passe dans les régions où opèrent les groupes criminels.
Les communautés autochtones continuent de faire face à de graves problèmes. Le Centre des droits humains Fray Bartolomé de Las Casas a constaté une augmentation des attaques, des menaces, des meurtres, des déplacements forcés et des procédures de criminalisation au sein de communautés autochtones du Guerrero, du Michoacán et du Chiapas. Nombre de ces conflits sont liés à des différends agraires et territoriaux, ainsi qu’à des projets d’infrastructures, d’exploitation minière, touristiques et d’exploitation des ressources naturelles. Les communautés contestent le développement de ces projets sans que leur droit à une consultation préalable, libre et éclairée ne soit pleinement respecté.
En août, le processus de consultation en vue de l’élaboration d’une nouvelle loi générale sur les droits des peuples autochtones et afro-mexicains a débuté. Le gouvernement a affirmé que cette consultation permettrait l’intégration directe des propositions des communautés, notamment en matière d’autonomie, de territoire, de patrimoine culturel et d’autodétermination. Cependant, certaines communautés ont remis en question le calendrier et la méthodologie, les jugeant incompatibles avec leurs modes de délibération traditionnels.
Parallèlement, le Congrès National Indigène a poursuivi l’organisation d’assemblées visant à renforcer la défense du territoire et de l’eau. Les communautés ont dénoncé des projets tels que des barrages, des mines, des gazoducs, des zones industrielles et des ouvrages hydrauliques. Elles ont également remis en question certains programmes gouvernementaux, arguant qu’ils pourraient engendrer des divisions internes et accroître la dépendance envers l’État.
Enfin, la situation des enfants et des adolescents représente également un défi majeur. Entre janvier et avril 2026, plus de 52 000 mineurs ont été victimes de violences ou d’autres crimes, selon les données de REDIM et du Secrétariat exécutif du Système national de sécurité publique. Parmi les principaux crimes figuraient les violences domestiques et les infractions sexuelles, ces dernières touchant particulièrement les adolescentes. Des cas d’homicide, de traite des êtres humains, d’enlèvement, d’extorsion et de crime organisé ont également été recensés. Bien que certains indicateurs se soient améliorés par rapport à la même période en 2025, comme les féminicides et les homicides de mineurs, les chiffres restent alarmants. Les infractions sexuelles étaient fréquentes dans des états comme Jalisco, Mexico et Veracruz, tandis que les violences domestiques étaient surtout présentes à Mexico, Nuevo León et dans l’État de Mexico.
Chiapas : Entre « pacification » officielle et violence sur les territoires

Multiplication des activités des groupes de « Madres Buscadores » (Mères recherchant leurs proches disparus) © Collectifs de « Madres Buscadoras»
En juillet, le gouvernement de l’état d’Eduardo Ramírez a présenté la deuxième phase de sa stratégie de sécurité, axée sur la prévention sociale de la violence. Le Comité technique étatique pour une prise en charge humaniste des causes et de la prévention sociale de la violence et de la criminalité a été créé.
Le gouvernement a annoncé le renforcement de 58 programmes de prévention, avec la participation des autorités, des institutions publiques, des secteurs productifs et des organisations sociales. La stratégie vise à s’attaquer aux causes profondes de la violence et non pas seulement à réagir face aux crimes. Le gouverneur a affirmé qu’il n’y aurait aucune impunité et que la prévention devait accompagner la lutte directe contre la criminalité. « Il n’y aura aucune impunité ; nous continuerons d’être implacables envers ceux qui commettent des crimes. Dans cette deuxième phase de la stratégie de sécurité, nous nous attaquerons aux causes profondes, c’est pourquoi nous demandons le soutien de tous. N’oubliez pas que chacune de nos actions vise à améliorer la vie de la population », a déclaré le gouverneur. Pour sa part, le procureur général Jorge Luis Llaven Abarca a affirmé que la paix devait se construire par l’éducation, l’accès aux opportunités et le renforcement des familles et des communautés.
Cependant, au cours des trois dernier mois, le Chiapas est resté en proie à une crise de violence, de déplacements forcés et de disparitions, notamment dans les régions de la Sierra-Frontera et des Hautes Terres. Cette situation contraste fortement avec le discours officiel selon lequel l’état progresse vers le rétablissement de la sécurité et l’instauration de la paix.

Multiplication des activités des groupes de « Madres Buscadores » (Mères recherchant leurs proches disparus) © Collectifs de « Madres Buscadoras»
L’un des principaux problèmes demeure le déplacement forcé des communautés autochtones. Le rapport « Chiapas, la paix inachevée », présenté en mai, documente les disparitions, les déplacements, les menaces, l’extorsion, le recrutement forcé et le contrôle territorial par des groupes armés. Les organisations estiment que la violence n’a pas cessé et que de nombreuses communautés continuent de vivre dans la peur. L’ejido de Jotolá, à Chilón, en est un exemple : cinq familles y ont été déplacées pendant six mois à la suite d’une opération au cours de laquelle des maisons ont été détruites, des arrestations ont eu lieu et des actes de torture ont été signalés.
Des violences ont également éclaté dans les municipalités de Chenalhó et Pantelhó, où persistent des conflits politiques et territoriaux, ainsi que la présence de groupes armés. L’assassinat de Fernando Ruiz Hernández, identifié comme le fondateur du groupe « El Machete », a ravivé les accusations entre groupes armés et fait craindre une escalade de la violence. À Pantelhó, une opération de sécurité menée en juillet a conduit à l’arrestation de trois personnes, bien que les habitants aient indiqué que les principaux responsables des violences couraient toujours.
Un autre incident significatif s’est produit en août lorsque José Alfredo Jiménez Pérez et Eusebio López Guzmán, membres de Las Abejas de Acteal, ont été arrêtés alors qu’ils participaient à une mission de rétablissement du courant électrique chez une personne malade. Le Frayba a condamné ces arrestations, les qualifiant d’arbitraires, et a exigé leur libération. La Commission Nationale des Droits de l’Homme a ouvert une enquête. Cette affaire est particulièrement importante en raison du rôle historique de Las Abejas dans la défense des droits des peuples autochtones et de leur lutte pour obtenir justice suite au massacre d’Acteal de 1997.
Les disparitions constituent un autre sujet de préoccupation majeur. En mai, les Mères Chercheuses du Chiapas ont découvert des restes humains calcinés et des effets personnels au ranch El Cedro, près de Pujiltic, dans la municipalité de Venustiano Carranza. Par la suite, des restes humains trouvés sur d’autres propriétés à Chiapa de Corzo et 20 de Noviembre ont été provisoirement liés à plusieurs individus. En réaction, des organisations religieuses et de défense des droits humains ont critiqué le fait que les familles elles-mêmes mènent des recherches qui devraient incomber à l’État. Ces découvertes remettent également en question l’idée que la violence soit totalement maîtrisée.
Par ailleurs, les journalistes sont également visés par ces violences. En juin, le journaliste Marcos Carlos Ramos a été blessé par balle à Cintalapa. Cet incident a provoqué des manifestations de journalistes à Tuxtla Gutiérrez. Ces derniers ont souligné que ces attaques engendrent la peur, l’autocensure et portent atteinte au droit à l’information.
La situation des enfants et des adolescents demeure préoccupante. Selon le REDIM, au Chiapas, 74,6 % des enfants et des adolescents vivaient dans la pauvreté en 2024, et 33,4 % dans l’extrême pauvreté. Le recrutement de mineurs par des groupes criminels est également une source d’inquiétude, mais son ampleur réelle est difficile à évaluer faute de statistiques officielles suffisantes. Le REDIAS a également constaté que les infractions sexuelles représentent environ 42 % des crimes commis contre les enfants et les adolescents dans l’état. Le cas d’une enfant agressée sexuellement à Sabanilla a suscité l’indignation et conduit à l’arrestation de quatre personnes soupçonnées d’y être impliquées. En août, une jeune fille de 14 ans originaire de San Juan Chamula a été retrouvée morte après plusieurs jours de recherches.
L’organisation communautaire et la défense du territoire au cœur de la construction d’alternatives

Manifestation de résistance face à la construction de l’autoroute San Cristóbal-Palenque, juillet 2026 © SIPAZ
Face à la violence, les communautés ont développé des mécanismes d’organisation collective, de défense territoriale, d’autonomie et de solidarité. Pour les organisations autochtones, la paix ne se résume pas à la fin du conflit armé, mais englobe la possibilité de vivre sans crainte, d’avoir accès à la justice, de préserver leur territoire et de vivre dans la dignité.
En juillet, diverses organisations et communautés se sont réunies pour construire des solutions alternatives en vue de la paix après l’attaque de Nicolás Ruiz, qui a fait trois morts et un disparu. Elles ont exigé justice, la sécurité et le retour sain et sauf d’Ángel Jiménez López, un homme autochtone Tseltal disparu en avril. Elles ont dénoncé le risque d’exacerbation des conflits territoriaux face à des projets de méga-infrastructures et réclamé le respect de l’autodétermination des peuples autochtones.
Toujours en juillet, le Frayba a signalé des attaques et des menaces contre des membres du Congrès National Indigène (CNI) à Ocosingo, Teopisca, Chilón et Salto de Agua. À Ocosingo, des pressions et des expropriations ont été signalées contre des commerçants liés au CNI. À San Francisco, dans la municipalité de Teopisca, les communautés ont rejeté un projet d’autoroute susceptible d’affecter des sites sacrés, des sources d’esau et des ressources naturelles. À Jotolá, les déplacements de population et les processus de criminalisation se poursuivent, tandis qu’à Agua Clara, dans la municipalité de Salto de Agua, les menaces liées aux conflits agraires se sont intensifiées.
L’un des principaux conflits territoriaux de l’état est lié à la construction de l’autoroute San Cristóbal-Palenque. En juillet, des communautés autochtones et des organisations sociales ont dénoncé des irrégularités dans les consultations publiques et l’intrusion d’ouvriers sur leurs terres pour effectuer des relevés sans autorisation. « La construction de l’autoroute Palenque-San Cristóbal, appelée « Route des Cultures Mayas » (…), est juridiquement inacceptable, car les autorités ont mené des consultations sans préavis, ni consentement libre et éclairé », ont-elles déclaré. Elles ont également dénoncé la destruction de forêts, de jungle, de sources et de montagnes, et accusé les entreprises de construction d’« intimidation par divers actes de harcèlement et des actions qui violent nos droits humains et visent à affaiblir la défense de notre Terre Mère ». Elles ont en outre averti que le projet cherche à « briser le tissu communautaire que nous, peuples autochtones, avons tissé depuis des générations », en opposant ses membres les uns aux autres sur la base d’« intérêts étrangers au bien commun ».
En août, le Peuple Croyant de Bachajón a organisé un pèlerinage, auquel quelque 600 communautés ont participé pour rejeter une nouvelle fois la route dite « Route des Cultures Mayas ». Il a dénoncé les dommages environnementaux, les intimidations et des consultations qui, selon eux, n’ont été ni libres, ni préalables, ni éclairées. Ce conflit révèle un désaccord fondamental entre le gouvernement et les communautés : pour les autorités, cette infrastructure symbolise le développement et la connectivité ; pour de nombreux peuples autochtones, elle représente un risque de dépossession territoriale et de destruction environnementale et culturelle.
L’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) a maintenu une intense activité politique et organisationnelle. Du 20 au 25 juillet, elle a tenu à San Cristóbal de Las Casas le rassemblement « Guerre contre l’humanité », réunissant plus de 700 participants de 31 pays. Ce rassemblement a abordé les thèmes de la guerre, du capitalisme, des disparitions, des déplacements de population, de la destruction de l’environnement et des grands projets d’infrastructure. Pour l’EZLN, ces phénomènes s’inscrivent dans une même dynamique de dépossession et d’exploitation.
La proposition zapatiste actuelle met l’accent sur le renforcement de l’organisation communautaire, de l’autonomie, de la défense territoriale, de la protection de l’environnement et de la coopération, plutôt que de s’appuyer exclusivement sur les gouvernements, les partis politiques ou les institutions. Par ailleurs, l’EZLN a annoncé qu’en décembre 2026, une délégation se rendra à Mexico pour rencontrer des familles de personnes disparues et écouter leurs revendications de vérité et de justice. Une marche est également prévue sous le slogan « Tous les combats, une seule revendication : vérité et justice pour les disparus ».







