
DOSSIER : Différences de compréhension sur l’autonomie des peuples autochtones et afro-mexicains: Entre reconnaissance des droits et autonomie construite « depuis la base »
10 septembre 2026
Activités du SIPAZ (Mi-mai à mi-août 2026)
10 septembre 2026
P arler de consolidation de la paix au Chiapas implique parler de défendre la dignité humaine, de promouvoir la justice, de reconnaître et de respecter la diversité culturelle et religieuse, et de créer des espaces où les différences peuvent être abordées par le dialogue et l’organisation collective.
Dans ce processus, l’œcuménisme et le dialogue interreligieux ont joué un rôle particulièrement important. Le diocèse de San Cristóbal de las Casas a été l’un des principaux points de référence, notamment depuis l’arrivée de Samuel Ruiz García (évêque de 1959 à 1999). Par son engagement envers les peuples autochtones, une Église autochtone et le dialogue entre les différentes traditions religieuses, il a contribué à ouvrir la voie à la réconciliation et à la participation sociale.
Dans cette même perspective, nous situons l’action de SIPAZ, qui, depuis 30 ans, fonde son action sur le soutien aux organisations sociales, aux communautés autochtones, aux organisations de défense des droits humains, aux réseaux nationaux et internationaux, ainsi qu’aux acteurs religieux.
L’œcuménisme comme voie vers la paix
L’œcuménisme se comprend comme la recherche de l’unité et de la collaboration entre les différentes confessions chrétiennes. Cependant, dans des contextes comme celui du Chiapas, il ne s’agit pas simplement de trouver un terrain d’entente entre diverses religions, mais de construire des espaces partagés pour aborder les problèmes qui affectent la société dans son ensemble.
Face à une réalité marquée par la violence et la division, les communautés de foi peuvent offrir une perspective différente : écouter l’autre, le reconnaître et chercher ce qui leur permet de cheminer ensemble. Ceci est particulièrement important au Chiapas, où la diversité religieuse se mêle à la diversité culturelle des peuples autochtones.
L’expérience du diocèse de San Cristóbal nous permet d’observer combien la foi est profondément liée à la réalité sociale. L’approche pastorale de Samuel « jTatik » a été transformée par son contact avec les communautés autochtones et sa prise de conscience de la marginalisation et de la discrimination dont elles étaient victimes. Cette transformation a contribué à renforcer l’organisation de ces communautés et à lier l’expérience religieuse à la défense de leurs droits.
Dans cette perspective, la paix se construit depuis la base lorsque ceux qui ont été historiquement exclus peuvent participer en tant qu’acteurs, et non simplement subir les décisions d’autrui.
« La paix se construit depuis la base lorsque ceux qui ont été historiquement exclus peuvent participer en tant qu’acteurs, et non simplement subir les décisions d’autrui».
Une Église qui a appris à écouter
L’un des aspects les plus importants de l’héritage de « jTatik » Samuel a été la promotion d’une Église autochtone, c’est-à-dire une Église capable de reconnaître que les peuples autochtones ne doivent pas renoncer à leur culture pour vivre leur foi.
Dans ce processus, la théologie autochtone a acquis une importance particulière, cherchant à retrouver et à reconnaître les expériences religieuses et spirituelles ancestrales des peuples autochtones. Elle repose sur un postulat profondément significatif : les peuples autochtones possèdent leur propre expérience spirituelle qui mérite d’être entendue et valorisée. Leur relation à la Terre Mère, la recherche de l’harmonie communautaire, de la justice, des accords et du « Lekil kuxlejal » (bien vivre) sont autant d’éléments qui peuvent dialoguer avec la tradition chrétienne et l’enrichir.
Cela représentait un changement radical par rapport aux pratiques historiques d’imposition religieuse. Au lieu de considérer les spiritualités autochtones comme des obstacles à éliminer, la théologie autochtone cherche à y reconnaître une source de sagesse. Le dialogue cesse alors d’être une stratégie pour convaincre l’autre et devient une occasion d’apprendre d’eux.
« Le dialogue cesse alors d’être une stratégie pour convaincre l’autre et devient une occasion d’apprendre d’eux ».
En février 1991, le Chiapas a accueilli la « Première Rencontre continentale de théologie indigène ». Au fil du temps, ces initiatives ont contribué à dépasser certains préjugés qui avaient freiné l’inculturation de l’Église et l’appropriation de la foi chrétienne par les populations autochtones.
Du dialogue interreligieux à la consolidation de la paix
La contribution de l’œcuménisme à la paix prend une dimension encore plus grande lorsqu’elle est liée à la défense de la Terre Mère et des droits humains. L’expérience du Chiapas montre qu’une Église peut jouer un rôle social sans renoncer à son identité spirituelle.
L’Église catholique, en collaboration avec des organisations de la société civile, a participé à des processus de médiation et de dialogue lors de moments particulièrement difficiles de l’histoire récente du Chiapas. Après le soulèvement zapatiste, elle a joué un rôle central de médiatrice entre l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) et le gouvernement fédéral. Cette démarche l’a amenée à reconnaître les inégalités existantes entre les parties et à créer les conditions permettant à celles et ceux qui avaient moins d’occasions de se faire entendre de participer.
C’est là que réside l’une des contributions les plus importantes de l’œcuménisme : la possibilité de jeter des ponts. Dans des contextes polarisés, les communautés religieuses peuvent offrir des espaces de rencontre entre des personnes qui auraient du mal à se côtoyer autrement. La spiritualité peut devenir un langage commun autour de valeurs telles que la défense de la vie, la justice, la réconciliation et la dignité humaine.
« La spiritualité peut devenir un langage commun autour de valeurs telles que la défense de la vie, la justice, la réconciliation et la dignité humaine ».
Cette dimension a trouvé une expression internationale significative en 1998, lors de la réunion du Conseil de la paix au Chiapas, en présence de personnalités éminentes du mouvement pour la paix. Par la suite, SIPAZ a également promu des rencontres œcuméniques et interreligieuses au Chiapas. En 1999, à notre initiative, près de 300 chefs religieux de 26 pays ont participé à une déclaration reconnaissant les 40 ans de ministère de Samuel Ruiz. Ce document a été approuvé par diverses confessions chrétiennes et par des représentants des traditions juive, musulmane et bouddhiste.
Ces événements démontrent que l’expérience du Chiapas ne s’est pas limitée aux frontières de cet état. La solidarité internationale a permis aux conflits et aux espoirs des communautés d’être connus dans d’autres parties du monde.
SIPAZ et l’œcuménisme : une logique de collaboration partagée
Le lien entre l’œcuménisme et l’action de SIPAZ repose sur une idée commune : la construction de la paix exige la collaboration.
Issu d’une coalition internationale, SIPAZ a, dès ses débuts, entretenu des liens avec des organisations sociales et religieuses. Avec le temps, nous avons compris que l’œcuménisme n’est pas seulement une question religieuse, mais aussi un moyen de tisser des liens sociaux. Lorsque différentes personnes et organisations parviennent à collaborer malgré leurs différences, nous renforçons notre capacité à résister aux diverses formes de violence qui cherchent à nous diviser.
« L’œcuménisme n’est pas seulement une question religieuse, mais aussi un moyen de tisser des liens sociaux. »
Cet aspect est particulièrement pertinent dans le contexte actuel. Nous savons que la collaboration est de plus en plus nécessaire face à la multiplicité des violences et à l’isolement qui accroît notre vulnérabilité. C’est pourquoi nous continuons de soutenir les initiatives communautaires, les rencontres, les espaces au sein du diocèse de San Cristóbal, les initiatives liées à la défense de la Terre Mère et les actions de diverses organisations sœurs. Ces dernières années, les Églises catholique et évangéliques ont par exemple participé conjointement à des pèlerinages pour la paix.
Convergence et accompagnement
Don Samuel a promu des processus où les peuples autochtones étaient acteurs de leur propre histoire et de leur expérience religieuse. Le SIPAZ, pour sa part, cherche à accompagner sans s’approprier les processus locaux. Sa mission consiste à être présent, à écouter, à documenter, à exprimer, à rendre visible et à renforcer les capacités de celles et ceux qui défendent pacifiquement leurs droits.
Cette approche suppose de reconnaître que les communautés possèdent leurs propres savoirs et stratégies pour résoudre leurs problèmes. L’accompagnement extérieur ne doit pas les remplacer, mais plutôt contribuer à élargir leur champ d’action.
Elle suppose également de concevoir la paix comme un processus de longue haleine. La construction de la paix exige de la mémoire, car oublier les violations des droits humains et les conflits peut permettre leur répétition. Elle exige la justice, car les blessures ne disparaissent pas avec le temps. Elle exige le dialogue, car les différences ont besoin d’espaces pour être exprimées. Et elle exige l’espoir, car aucune transformation sociale profonde n’est possible si les gens cessent d’imaginer un avenir différent.
« Aucune transformation sociale profonde n’est possible si les gens cessent d’imaginer un avenir différent. »
La spiritualité comme fondement et moteur de la transformation et de la résistance.
L’expérience du Chiapas démontre que l’œcuménisme peut être bien plus qu’un dialogue entre Églises. La spiritualité peut devenir une force de transformation sociale. Les luttes et l’unité dont nous avons été témoins et auxquelles nous avons participé nous montrent que la foi peut transcender les frontières religieuses et culturelles pour devenir un langage commun de résistance, d’espoir et de justice.
La paix n’est pas une destination, mais un cheminement collectif. Un cheminement qui exige présence, dialogue, mémoire, justice et solidarité. Un cheminement où nul ne doit se croire supérieur à autrui, mais chemine côte à côte avec les autres. La paix se construit lorsque les peuples retrouvent leur voix, lorsque les communautés peuvent décider de leur propre avenir, lorsque les différences religieuses cessent d’être une source de conflit, lorsque la diversité culturelle est reconnue comme une richesse et lorsque la solidarité remplace l’isolement.
« La paix n’est pas une destination, mais un cheminement collectif. »
Face à cette responsabilité, le SIPAZ reste déterminé à soutenir celles et ceux qui, guidés par leur spiritualité ou leurs convictions, œuvrent à la construction d’une paix véritable au Chiapas.








