2025
7 janvier 2026
DOSSIER : Grands projets d’infrastructures ferroviaires dans le Sud-Est : Violations des droits humains, impacts socio-environnementaux et militarisation au nom du développement
4 mars 2026
L a migration et la sécurité des frontières sont des enjeux centraux des relations entre le Mexique et les États-Unis, même s’ils ne sont pas toujours sous les feux des projecteurs. Historiquement, ces thèmes ont influencé le ton de ces relations et constituent une source de pression importante pour le Mexique. Bien entendu, le commerce bilatéral demeure primordial (le Mexique étant l’un des principaux partenaires commerciaux des États-Unis), ce qui exige le maintien du dialogue, même en cas de désaccords, notamment dans la perspective de la prochaine révision de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (TLCAN) en juillet.
Par ailleurs, des tensions sont apparues. La fermeture temporaire supposée de l’aéroport d’El Paso, due à un possible drone lié aux cartels, a engendré des tensions diplomatiques. Les États-Unis ont imputé cette fermeture à un drone ; le gouvernement mexicain a indiqué qu’il pourrait s’agir d’un exercice militaire. De même, le Mexique a envoyé une aide humanitaire à Cuba dans un contexte de sanctions américaines contre l’île. Cette situation place l’administration mexicaine dans un exercice d’équilibriste diplomatique : maintenir de bonnes relations avec Cuba sans s’aliéner Washington. Dans de nombreux domaines, le gouvernement de la présidente Claudia Sheinbaum s’efforce d’afficher sa fermeté sans pour autant compromettre les relations avec les États-Unis, cherchant à éviter toute confrontation directe malgré des désaccords sur plusieurs points, notamment les déclarations du président Donald Trump proposant ou menaçant d’une intervention directe au Mexique.
Le Mexique peut se targuer de certains progrès en matière de sécurité, du moins en ce qui concerne la réduction des homicides : en 2025, le pays a enregistré environ 23 374 homicides, soit une baisse par rapport aux années précédentes, avec un taux d’environ 17,5 meurtres pour 100 000 habitants, le plus bas depuis 2015, selon les premières estimations officielles. La moyenne quotidienne d’homicides est passée de 86,9 en 2024 à environ 54,7 fin 2025, ce qui représente une diminution d’environ 37 %. Cependant, des organisations comme México Evalúa indiquent que les disparitions ont considérablement augmenté, avec des chiffres faisant état d’une hausse de plus de 200 % au cours de la dernière décennie, même si les données officielles varient selon la méthode de comptage. On estime que plus de 130 000 personnes ont disparu au Mexique depuis 2012. Les États de Sinaloa, de Sonora et de Basse-Californie du Sud enregistrent les taux de disparition les plus élevés en 2025, bien que le problème s’étende au-delà des zones traditionnellement associées au crime organisé. Des incidents isolés de violence armée continuent également de se produire dans plusieurs états (par exemple, des attaques contre des véhicules et des affrontements entre groupes criminels). Enfin, le Mexique continue de faire face à un niveau élevé de violence à l’égard des femmes : bien que les chiffres officiels complets pour 2025 ne soient pas encore disponibles, les estimations indiquent qu’environ 10 femmes sont assassinées chaque jour.
No obstante, organizaciones como México Evalúa señalan que las desapariciones han crecido de manera considerable, con cifras que muestran aumentos de más del 200 % en la última década, aunque los datos oficiales varían según el método de conteo. Se estima que más de 130.000 personas están desaparecidas en México desde 2012. Sinaloa, Sonora y Baja California Sur figuran como las entidades con las tasas más altas de personas desaparecidas y no localizadas en 2025, aunque el problema se extiende fuera de zonas tradicionalmente asociadas al crimen organizado. Asimismo, incidentes aislados de violencia armada continúan ocurriendo en varios estados (por ejemplo, ataques contra convoyes y enfrentamientos entre grupos criminales). Finalmente, México sigue enfrentando altos niveles de violencia contra mujeres: aunque no hay cifras oficiales completas de 2025 todavía consolidadas, estimaciones indican que alrededor de 10 mujeres son asesinadas cada día.
Le gouvernement fédéral promeut la Stratégie nationale de sécurité publique 2024-2030, qui postule que la paix se construit en s’attaquant aux causes structurelles de la criminalité : la pauvreté, les inégalités, l’exclusion et le manque d’opportunités, plutôt qu’en poursuivant simplement les criminels. Le discours officiel met l’accent sur la coordination interinstitutionnelle et les programmes sociaux liés au bien-être et au développement des jeunes dans le cadre d’une approche préventive. Cependant, depuis l’entrée en fonction de Claudia Sheinbaum, des changements ont été observés dans les arrestations de membres du crime organisé, la lutte contre l’extorsion, les saisies de drogue et la destruction de laboratoires dans différentes régions du pays. Parallèlement, l’accent reste mis sur la composante punitive et militarisée. Dans plusieurs états, cette stratégie plus conflictuelle a engendré une recrudescence de la violence. À cet égard, un cas récent d’enlèvement et de meurtre de mineurs à Sinaloa a soulevé des inquiétudes quant à l’efficacité des politiques de sécurité fédérales.
Les forces armées continuent d’être déployées dans les rues pour garantir la sécurité des citoyens et dans la lutte contre le crime organisé. Cette implication militaire fait l’objet de critiques constantes de la part des organisations de défense des droits humains, qui soulignent que lorsque l’armée assume durablement des fonctions de sécurité publique sans contrôle civil effectif, des abus, des exécutions extrajudiciaires et des obstacles à l’obligation de rendre des comptes se multiplient. Le transfert du contrôle de la Garde nationale à l’armée s’est consolidé, un changement qui, selon ses détracteurs, accentue la militarisation de la sécurité publique au Mexique.
Quoi qu’il en soit, la mise en œuvre de la vision et des stratégies fédérales se heurte à des obstacles structurels liés à l’ampleur de la violence, à la présence de cartels dans de nombreuses régions et au niveau d’impunité, malgré la réforme judiciaire promue par Sheinbaum en 2025.
En novembre, Alejandro Gertz Manero a démissionné de son poste de procureur général de la République, quittant ses fonctions après près de sept ans, alors que son mandat était initialement prévu pour neuf ans. Avant son départ, il a entamé la transition au sein du Bureau du Procureur Général (FGR), confié à Ernestina Godoy – conseillère juridique de la Présidence et proche collaboratrice de Claudia Sheinbaum – en attendant que le Sénat désigne le titulaire du poste. Plusieurs organisations de la société civile ont critiqué Gertz pour avoir quitté l’institution « sans avoir eu à rendre de comptes », soulignant le manque de transparence qui a marqué son départ. De plus, il a laissé de nombreuses enquêtes importantes en suspens, sans verdict ni conclusion définitive. Il s’agit notamment d’affaires de corruption, de contrebande de carburant, d’irrégularités douanières, d’opérations de blanchiment d’argent, de possibles détournements de fonds, ainsi que d’affaires impliquant des personnalités et des entreprises de premier plan.
Droits humains : Préoccupations et cas récents

Activités à Tuxtla Gutiérrez dans le cadre de la Journée internationale des personnes disparues, août 2025 © SIPAZ
Le 10 décembre, à l’occasion de la Journée internationale des droits humains, plus d’une centaine d’organisations, de réseaux, de collectifs et de défenseur.e.s des droits humains ont alerté sur la persistance de graves problèmes structurels qui entravent le plein exercice des droits humains dans le pays et ont présenté une évaluation exhaustive des défis actuels.
L’une des principales préoccupations soulevées concernait la situation des défenseurs des droits humains et des journalistes, confrontés à une escalade de la violence. En 2025, au moins six journalistes et quatorze défenseurs des droits humains ont été assassinés en raison de leur travail. L’impunité, l’absence de réponses institutionnelles et le manque de politiques de protection intégrant les dimensions de genre, intersectionnelles et territoriales accroissent les risques, en particulier pour les communautés autochtones et les organisations qui défendent l’environnement, l’eau et les droits collectifs. Les signataires ont également critiqué la criminalisation du journalisme par le biais de mécanismes juridiques tels que le cyberharcèlement et les crimes contre l’honneur, ainsi que des lois récentes qui, de par leur formulation vague, menacent la liberté d’expression et l’utilisation des médias numériques.
Ils ont également constaté que la situation des disparitions forcées constitue l’une des crises des droits humains les plus graves. Bien que des initiatives législatives existent, elles sont insuffisantes face à l’ampleur du problème. Au 30 septembre 2025, plus de 132 000 personnes étaient portées disparues, avec une moyenne alarmante de 45 disparitions par jour pour le seul mois de septembre de cette année-là. La crise est exacerbée par l’absence de politiques de prévention, le manque de stratégie de recherche globale et la grave crise médico-légale, avec plus de 72 000 restes humains non identifiés. Dans ce contexte, des proches des disparus participant aux recherches ont assumé des tâches relevant de la compétence de l’État, au péril de leur vie ; au moins 30 proches de personnes disparues ont été assassinés, la plupart étant des femmes.
Le manque de réglementations robustes en matière de droits humains et d’activités commerciales a également été souligné, alors même que ces réglementations sont essentielles pour prévenir les impacts des grands projets d’insfrastructure et des activités extractives sur les territoires et les communautés. Cette omission est particulièrement préoccupante compte tenu des efforts déployés pour attirer de nouveaux investissements via le Plan Mexique, qui n’a pas consulté les communautés concernées et promeut des projets ayant des répercussions négatives sur les droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux.

Activités à Tuxtla Gutiérrez dans le cadre de la Journée internationale des personnes disparues, août 2025 © SIPAZ
De même, l’adoption d’une loi générale sur les déplacements forcés internes reste en suspens, malgré l’augmentation de ce phénomène dans plusieurs états du pays, dénonce le communiqué.
Les manifestations continuent de se heurter à la répression, à un usage excessif de la force et à des cadres juridiques restrictifs, sans parler de la stigmatisation dont elle fait l’objet de la part des personnes au pouvoir. Les organisations ont également remis en question la stratégie fédérale en matière de sécurité, soulignant que la militarisation et le déploiement permanent de la Garde nationale n’ont pas amélioré la sécurité et ont, au contraire, accru de façon alarmante le pouvoir des forces armées sans contrôle adéquat.
Concernant les groupes historiquement vulnérables, des lacunes persistent dans la protection des enfants, des jeunes, des personnes LGBTQIA+, des peuples autochtones et des femmes. Dans le cas de ces dernières, les chiffres relatifs aux féminicides, aux homicides et aux disparitions témoignent d’une crise de violence persistante, aggravée par l’impunité et l’absence de politiques de prévention globales, malgré certains progrès institutionnels récents.
Enfin, des préoccupations ont été exprimées concernant l’accès à la justice, la réforme judiciaire, la persistance de la torture, le recours excessif à la détention provisoire, la criminalisation des migrations et les conditions inhumaines dans les prisons. Face à cette situation, les organisations ont exigé que le prochain Plan national des droits humains intègre les recommandations internationales, définisse des actions concrètes et garantisse des espaces permanents de dialogue, d’évaluation et de responsabilisation, afin de transformer structurellement la situation des droits humains au Mexique.
CHIAPAS : Perspectives divergentes sur la situation dans l’état
En décembre, le gouverneur du Chiapas, Eduardo Ramírez Aguilar, a présenté son premier discours sur la situation de l’état et a déclaré qu’en seulement un an, son administration avait accompli des progrès que beaucoup jugeaient impossibles : le rétablissement de la paix, de l’État de droit et de la bonne gouvernance dans un état plongé dans une vague de violence alimentée par les conflits entre groupes criminels organisés.
Il a indiqué qu’avant son arrivée, le Chiapas était en proie aux meurtres, aux fusillades, aux corps retrouvés pendus ou décapités, et aux vols à main armée sur les routes. M. Ramírez a attribué ce changement à la nouvelle stratégie de sécurité mise en œuvre en collaboration avec la présidente Claudia Sheinbaum, le ministre à la Sécurité Omar García Harfuch, les forces armées et les services de police étatiques et fédéraux.
Il a rapporté qu’au cours de sa première année, environ 6 000 personnes avaient été arrêtées, dont 5 000 sont toujours en détention. Il a félicité le système judiciaire de l’état pour ne pas avoir libéré de criminels présumés, contrairement à ce qui s’était produit par le passé. Une vidéo a également été présentée, illustrant les investissements réalisés : un hélicoptère Black Hawk, des véhicules blindés, des drones, des caméras de surveillance, des bases mobiles et des augmentations de salaire pour les policiers.
Outre la sécurité, le gouverneur a souligné les progrès accomplis dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’environnement, du tourisme et des infrastructures. Il a notamment évoqué un programme d’alphabétisation, le lancement des travaux de construction de l’autoroute Palenque–San Cristóbal de Las Casas, la réfection des routes, la création de la compagnie aérienne Balam pour relier le Chiapas aux autres états du pays, ainsi que des programmes de bourses d’études et d’aide alimentaire pour les populations vulnérables.
Pour l’année prochaine, il a annoncé de nouvelles initiatives : le renforcement des centres sociaux, le soutien aux producteurs de café, de maïs et de poisson, des bourses d’études pour les étudiants et les athlètes, l’intégration des artisans au système de sécurité sociale, la restauration des micro-bassins, des programmes pour les femmes et des projets de travaux publics réalisés avec des entreprises locales et selon des critères de transparence. Ramírez a affirmé que « le Chiapas s’est éveillé » et que l’état progresse pour devenir le « géant du Sud ». Il a reconnu que des défis historiques persistent – pauvreté, inégalités, conflits agraires, retard en matière d’éducation, carences dans les services de base, violence et discrimination envers les communautés autochtones – mais a assuré que son gouvernement continuerait d’œuvrer pour les résoudre.
Cette vision optimiste contraste avec la perception des organisations de défense des droits humains, qui soulignent que la violence persiste et que la militarisation de la sécurité n’a pas résolu les conflits structurels. En décembre, le Groupe de travail sur la région frontalière, composé de plusieurs organisations de la société civile, a publié le rapport préliminaire « Chiapas 2025 : La paix en suspens ». « Le gouvernement de l’état a choisi la Force de réaction immédiate Pakal (FRIP) comme pierre angulaire de sa stratégie de pacification ; ses actions ont accentué la militarisation de la région et engendré de nouveaux risques pour la population civile, tels que les détentions arbitraires et les abus de pouvoir », indique le rapport. Par ailleurs, le celui-ci affirme que les déplacements forcés demeurent une constante. Entre 2023 et 2024, plus de 8 000 personnes ont été expulsées de leurs communautés ; bien que nombre d’entre elles soient rentrées chez elles en 2025, elles l’ont fait sans aucune garantie réelle de sécurité. D’autres restent déplacées ou subissent des déplacements intermittents, se déplaçant entre leurs communautés et d’autres municipalités, voire le Guatemala, en raison de menaces persistantes et de la présence de groupes armés. Un autre problème crucial mis en lumière par le rapport est l’augmentation des disparitions forcées. En 2025, au moins 29 personnes ont été portées disparues dans les municipalités frontalières, principalement à Frontera Comalapa et La Concordia, même si un sous-enregistrement important est reconnu en raison de la peur de dénoncer ces disparitions. « La paix au Chiapas reste un rêve inaccessible. La persistance de la violence, des disparitions, des déplacements forcés et le manque de données officielles fiables rendent les victimes invisibles et entravent l’élaboration de politiques publiques efficaces, plongeant les communautés frontalières dans un climat de peur, d’incertitude et d’abandon institutionnel », conclut le rapport.
Dans cette même région, toujours en décembre, le Peuple Croyant de Chicomuselo a exprimé son inquiétude face à la banalisation de la violence et à la contradiction entre le discours officiel de pacification et la réalité quotidienne vécue par les communautés. Il a déclaré que l’état « baigne dans le sang d’innocents », celui des victimes de massacres, de disparitions, d’enlèvements, de déplacements forcés et de meurtres résultant de la lutte territoriale entre groupes criminels. « Le récit selon lequel la paix serait arrivée au Chiapas ne correspond pas à la réalité. La paix ne s’impose pas par décret, elle se construit sur la justice, la vérité et la reconnaissance de la dignité humaine », a-t-il affirmé.
Plus amplement, le 25 janvier, le pèlerinage traditionnel du Peuple Croyant du diocèse de San Cristóbal a eu lieu à San Cristóbal de Las Casas pour honorer la mémoire de Samuel Ruiz García, dit Tatik Samuel, à l’occasion du 15e anniversaire de sa mort. Plus de 10 000 personnes venues de différentes municipalités du Chiapas ont réclamé la paix et la justice pour leurs communautés. Ils ont déclaré : « Nous continuons de dénoncer les violences perpétrées par le crime organisé dans certaines municipalités de notre état du Chiapas, notamment les affrontements armés, les meurtres, les disparitions, les enlèvements, l’extorsion, l’intimidation des habitants et l’imposition d’amendes à ceux qui sont contraints de participer à des événements publics ou de maintenir de faux barrages routiers organisés par des groupes criminels. Tout cela provoque des déplacements de population. Les gens gardent le silence par peur pour leur vie. »
Entre décembre et février, de nombreux incidents violents ont été signalés, dont des meurtres, des affrontements, des incendies de véhicules et des disparitions dans une autre zone, Villaflores. Ces incidents seraient liés à un conflit entre deux groupes criminels organisés qui se disputent le contrôle territorial de cette région, reliant la Sierra Madre au centre de l’État. La découverte de corps démembrés a également été signalée dans la capitale, Tuxtla Gutiérrez. Le gouvernement de l’état a mené plusieurs opérations et procédé à des arrestations. Le cas le plus significatif est celui d’un homme surnommé « El Espíritu » (L’Esprit), que les autorités identifient comme leader criminel dans plusieurs zones du Chiapas. La promesse de renforcer les points de contrôle et les dispositifs de sécurité à Tuxtla Gutiérrez et dans tout l’état n’a pas complètement apaisé les craintes d’une reprise des dispute de territoires et d’une violence accrue.
Les mouvements organisés se poursuivent

Rencontre zapatiste « Des pyramides, des histoires, des amours et, bien sûr, des chagrins d’amour », décembre 2025 © SIPAZ
Outre les pèlerinages déjà mentionnés, une série d’activités ont eu lieu en novembre à San Juan Cancuc, dans le cadre du 12e anniversaire du Mouvement pour la défense de la vie et du territoire (MODEVITE). Lors de ces activités, les participants ont notamment exigé que l’État mexicain respecte leur droit à l’autodétermination, à l’autonomie et à leurs systèmes normatifs propres ; que le projet d’autoroute San Cristóbal–Palenque soit définitivement abandonné ; que les grands projets d’extraction de ressources naturelles soient stoppés sur l’ensemble des territoires mayas, zoques et chols ; que la voix des peuples autochtones soit entendue lors de la COP 30 et que leur rôle fondamental dans la défense de la Terre Mère soit reconnu.
Du 26 décembre 2025 au 1er janvier 2026, l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) a célébré le 32e anniversaire du soulèvement zapatiste au CIDECI de San Cristóbal de Las Casas, puis au Caracol d’Oventik. Le sous-commandant Moisés et le capitaine Marcos ont participé à toutes les sessions de la rencontre « Des pyramides, des histoires, des amours et, bien sûr, des chagrins d’amour ». Ils ont invité leurs intervenants à s’exprimer sur les thèmes suivants : « les pyramides et la manipulation de l’histoire au sein du système économique, les mauvais gouvernements, les lois et le système judiciaire, les mouvements de résistance, la gauche et le progressisme, les droits humains, la lutte féministe et les arts ».
Le programme comprenait une série de rencontres avec des intellectuels, des militants et des membres de la société civile. Le point culminant des célébrations a eu lieu le 31 décembre au Caracol d’Oventik, lieu de commémoration du soulèvement de 1994.
Groupes particulièrement vulnérables face à la violence : femmes, enfants et défenseurs des droits humains

Pèlerinage de la Coordination Diocésaine des Femmes (CODIMUJ), San Cristóbal de las Casas, 25 novembre 2025 © SIPAZ
Le 25 novembre 2025, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, environ 800 membres du Comité diocésain de coordination des femmes (CODIMUJ) ont manifesté à San Cristóbal de Las Casas pour exiger la fin des violences dont elles sont victimes. À Tuxtla Gutiérrez, d’autres femmes ont dénoncé l’impunité qui persiste au Chiapas, malgré les campagnes institutionnelles et les déclarations officielles : féminicides, disparitions et violences systématiques contre les femmes et les filles. En décembre, le collectif féministe 50+1 avait recensé au moins 31 féminicides en 2025. Par ailleurs, selon le Réseau pour les droits des enfants et des adolescents du Chiapas (Redias), le bureau du procureur général de l’état a émis environ 460 signalements de disparition d’enfants et d’adolescents en 2025, soit plus d’un cas par jour. Les données indiquent que le groupe le plus touché est celui des jeunes filles de 15 ans (sept cas sur dix). Redias a également souligné qu’en 2025, 16 homicides, 9 féminicides, 328 cas d’abus sexuels sur mineurs, l’expulsion de 635 enfants et adolescents du Chiapas depuis les États-Unis et la détention de 8 656 enfants migrants dans l’État ont été recensés, dont 876 ont été renvoyés dans leur pays d’origine.
En janvier, le débat intitulé « La situation des défenseurs des droits humains au Chiapas : les défis en vue de leur protection » a mis en lumière la vulnérabilité de ce secteur. La Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des défenseur.e.s des droits humains, Mary Lawlor, y a participé et, après avoir rencontré plusieurs d’entre eux, a notamment déclaré : « Les défenseurs des droits humains ne sont pas en sécurité au Chiapas », car le gouvernement mexicain « ne fait que donner une image de paix » et « la militarisation, le crime organisé, les grands projets d’insfrastructure et la criminalisation des défenseurs des droits humains les mettent en danger.» Elle a également constaté que de nombreuses personnes dans l’état « aspirent à la paix, mais sont paralysées par la peur ».
Dans le cas le plus récent illustrant cette vulnérabilité, en février, la défenseure des droits humains Poulette Celene Hernández a été victime d’agressions physiques, de menaces de mort et d’actes de harcèlement dans la municipalité de Tonalá. Selon la documentation du Centre des droits humains Digna Ochoa, le 8 février, trois personnes se sont rendues à son domicile, où elles l’ont insultée, menacée et agressée physiquement. La veille, le 7 février, probablement en raison de la présence d’autres personnes dans la maison, quatre hommes à moto sont arrivés devant chez elle et ont proféré des menaces avant de repartir, ce qui est considéré comme un acte d’intimidation préalable. Poulette Celene Hernández est avocate et travaille auprès des femmes de la côte du Chiapas, où elle soutient les victimes de violence et promeut la formation aux droits humains, à la santé communautaire et à l’agroécologie. Son travail se réalise dans un contexte de fortes tensions sociales, récemment marquées par des allégations liées au Corridor interocéanique et des soupçons de collusion entre les autorités et des groupes criminels.

Rencontre avec la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les défenseurs des droits de l’homme, Mary Lawlor, San Cristóbal de las Casas, janvier 2026 © SIPAZ







