
Activités du SIPAZ (mi-février à mi-mai 2025)
28 mai 2025
DOSSIER : Dixième rapport de l’État mexicain face au CEDAW
3 septembre 2025L es négociations tendues entre le Mexique et les États-Unis sont devenues une constante depuis le retour de Donald Trump à la présidence en janvier dernier, ceci dans un contexte marqué par une asymétrie politique, économique et militaire. Depuis, le président américain et la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum ont maintenu le dialogue dans un climat de tensions permanentes.
L’épisode le plus récent s’est produit en août, lorsque Trump a affirmé que « le Mexique fait ce qu’on lui dit de faire » en matière de sécurité frontalière. En réponse, Sheinbaum a rétorqué : « Le président Trump a une façon particulière de s’exprimer, mais (…) au Mexique, c’est le peuple qui commande. »
Ces déclarations ont eu lieu peu après la remise par le gouvernement mexicain de 26 membres de cartels aux États-Unis pour qu’ils soient poursuivis en justice dans ce pays ; et suite à l’accord conclu fin juillet, qui a instauré une trêve de 90 jours sur les droits de douane que Washington cherche à imposer afin de poursuivre les négociations. La présidente mexicaine a réitéré sa volonté de collaborer à la lutte contre le trafic de drogue, tout en soulignant que « la souveraineté n’est pas négociable ». Ce schéma s’est déjà répété à plusieurs reprises : Trump accentue la pression sur les échanges commerciaux, tandis que Sheinbaum répond avec modération, mais généralement avec un certain compromis de sa part sur des aspects de sécurité.
Concernant la migration, les États-Unis ont arrêté plus de 352 000 immigrants sans papiers au cours des 200 premiers jours de l’administration Trump et en ont expulsé 324 000, selon un rapport du Département de la Sécurité intérieure. En juin, le Centre des droits humains Fray Matías de Córdova a dénoncé la « macropolitique croissante mise en place par les États de la région, qui utilise la détention des migrants pour punir et briser la volonté des migrants, les dissuader d’exercer leurs droits et d’abandonner leurs projets de migration et/ou de vie ». Selon l’organisation, ces derniers mois, le Mexique et plusieurs pays d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud ont adopté des politiques migratoires imposées par les États-Unis, sous la pression de mesures économiques. L’ONG a averti qu’« au Mexique, (…) les personnes migrantes continuent de subir de graves violations des droits humains lorsqu’elles sont détenues. Malgré les tentatives de l’État de masquer leur nature carcérale par des euphémismes tels que « refuges » ou « espaces d’hébergement », ces centres continuent de fonctionner de manière punitive, une situation qui passe actuellement inaperçue auprès de l’opinion publique ».
Mexique : Faible participation aux élections judiciaires
Le processus électoral pour l’élection des juges et des magistrats du pays s’est déroulé le 1er juin dernier, avec environ 13 % de participation électorale. En 2024, le Mexique a approuvé une réforme du système judiciaire qui a suscité un large débat parmi les spécialistes, les avocats et les acteurs politiques. Si cette modification législative cherche à lutter contre les problèmes structurels tels que la corruption, le népotisme et le manque de professionnalisme qui ont historiquement affecté le système judiciaire mexicain, les risques liés à la mise en place d’un système d’élection populaire ont été soulignés : il pourrait affecter l’indépendance du pouvoir judiciaire, ainsi que sa transparence et son efficacité.
Après les élections, le gouvernement de Claudia Sheinbaum a rejeté le rapport préliminaire préparé par la Mission d’observation électorale de l’Organisation des États américains (OEA), dans lequel l’organisation recommandait de ne pas reproduire le modèle d’élection populaire des juges dans aucun autre pays de la région. Le ministère des Affaires étrangères mexicain a envoyé une note diplomatique à l’organisation internationale, accusant la mission d’émettre des « jugements de valeur » qui « outrepassent ses pouvoirs ». Le rapport de la Mission d’observation a souligné que les candidats gagnants étaient les mêmes que ceux figurant sur les « accordéons » distribués avant les élections – principalement attribués au parti au pouvoir, Morena – et qu’ils avaient été sélectionnés par le pouvoir exécutif. Il a souligné que certains des observateurs électoraux présents dans les bureaux de vote avaient reconnu avoir été envoyés par des partis politiques – ce qui était interdit – et a constaté que le taux d’abstention de 87 % et le nombre élevé de bulletins nuls faisaient de cette élection judiciaire le scrutin ayant enregistré le plus faible taux de participation de la région.
Lutte contre la violence : entre changement et continuité
Remplaçant la stratégie de sécurité de l’administration précédente, fondée sur la politique « des embrassades, pas des balles », le gouvernement fédéral actuel a lancé la « Stratégie nationale de sécurité publique 2024-2030 ». Si ce plan a relancé l’approche de l’administration précédente pour s’attaquer aux causes structurelles de la violence, des changements ont été observés : l’arrestation de figures importantes du crime organisé, la lutte contre l’extorsion, les saisies de drogue et la destruction de laboratoires de fabrication de drogues dans diverses régions du pays.
Le rapport « Mexique : Sécurité citoyenne et démocratie », présenté par l’Université ibéro-américaine en juin, souligne cependant que « les niveaux de violence au Mexique n’ont pas diminué ». Il montre qu’en réponse, le gouvernement fédéral a privilégié le déploiement militaire et les réformes pénales punitives, telles que l’alourdissement des peines et l’élargissement des délits passibles de détention provisoire. Il souligne que le renforcement des institutions civiles a été négligé et que la dépendance vis-à-vis de l’armée s’est accentuée.
À cet égard, en juin, Morena et ses alliés ont approuvé la réforme constitutionnelle qui confère au ministère de la Défense nationale le contrôle opérationnel et le commandement de la Garde nationale. Cette loi donnera à la Garde nationale des pouvoirs en matière de renseignement et d’intervention sur les appels téléphoniques, les réseaux sociaux et les courriers électroniques, sous réserve d’autorisation judiciaire. Des organisations civiles ont averti que « la surveillance illégale et abusive par les forces armées est une pratique récurrente que nous avons dénoncée et documentée de manière convaincante (…) et qui a été menée de manière sélective contre des journalistes, des défenseurs des droits humains, des chercheurs et même des fonctionnaires ».
Aspects irrésolus en matière de droits humains

Collectif Mères en Résistance, des mères à la recherche de membres de leur famille disparus au Chiapas, Tuxtla Gutiérrez, août 2025 © SIPAZ
En juin, plus de 300 groupes de familles de personnes disparues ont exigé que le Congrès convoque un Parlement ouvert pour débattre du projet de la présidente Sheinbaum visant à réformer la loi sur les disparitions. Ils ont déploré que lors des tables rondes convoquées par le ministère de l’Intérieur toutes les plate-formes représentant les familles de personnes disparues n’y ont pas participé. « Nous ne soutenons pas ce projet, principalement parce qu’il ne répond pas aux graves problèmes auxquels nous sommes confrontés en tant que familles de personnes disparues », ont-ils déclaré. Ils l’accusent également de vouloir « imposer un système de surveillance de masse », qui « pourrait être dangereux pour la sécurité de tous les citoyens du Mexique ». Ils ont exigé « la convocation d’un Parlement ouvert pour débattre publiquement de l’initiative de l’exécutif fédéral. Sans cela, le processus de simulation se concrétisera, ce qui renforcera l’impunité et prolongera la torture que nous, les familles, subissons », ont averti les signataires.
Dans son dernier rapport, Reporters sans frontières (RSF) a constaté que le Mexique demeure le pays le plus dangereux d’Amérique latine pour le journalisme : depuis janvier 2025, l’organisation a recensé le meurtre de huit journalistes dans le pays. « Ceci, malgré les engagements pris par la présidence et la mise en place de mécanismes de protection », a noté l’organisation. « La plupart des victimes travaillaient pour des médias locaux ou communautaires et couvraient des sujets sensibles tels que la corruption, le crime organisé, l’environnement… Plusieurs d’entre elles avaient déjà reçu des menaces ou étaient la cible de campagnes de diffamation. Deux journalistes étaient même sous protection policière au moment de leur décès. Bien que des enquêtes aient été ouvertes sur la plupart de ces crimes, elles restent souvent non élucidées, perpétuant un climat de peur », a-t-elle souligné.
En juin, lors de la 91e session du Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) à Genève, en Suisse, l’État mexicain a présenté un bilan sur la situation dans le pays. En juillet, le CEDAW a présenté ses conclusions : tout en célébrant l’arrivée de la première femme présidente du pays et la création du Ministère de la Femme, il a exprimé son inquiétude face à « l’omniprésence » de la violence contre les femmes et les filles au Mexique. À travers 90 recommandations, il a exhorté l’État mexicain à investir de manière « efficace et durable » en faveur de l’égalité des sexes (voir Dossier).
CHIAPAS : « Une réalité violente déguisée en paix »
En mai, le groupe de la société civile Las Abejas a dénoncé : « La réalité dans laquelle nous vivons aujourd’hui est plus dangereuse (…) car les paramilitaires sont devenus des tueurs à gages. » Il a déclaré : « Les Forces de réaction immédiate Pakal [nouvelle force créée par le gouverneur Eduardo Ramírez] n’ont procédé à aucun désarmement. Les campements de l’armée, de la Garde nationale et de la police ne garantissent pas la tranquillité des communautés ; certains ont constaté des signes de complicité (…). Les opérations des Pakales ont été un spectacle applaudi ; les tueurs à gages se sont cachés ; maintenant, ils circulent à toute heure du jour, et rien ne se passe. Nous vivons dans une normalité violente déguisée en paix. »
En juin, les autorités de la communauté Tzajalchén, dans la municipalité de Chenalhó, et le groupe de la société civile Las Abejas ont signalé que des individus armés avaient tiré avec des armes de gros calibre « sur le lieu où nous tenions une réunion de coordination pour résoudre un problème de vente de drogue ». Des dizaines d’organisations de la société civile ont exprimé leur solidarité, déclarant que « cette attaque illustre la violence systématique qui continue d’affecter les communautés des Hauts Plateaux », notamment les attaques armées ; la présence de groupes armés liés au crime organisé en collusion avec les structures gouvernementales ; l’intervention de l’État qui ne parvient pas à assurer la sécurité ; les barrages routiers intentionnels ; et la criminalisation des dirigeants communautaires.
La frontière avec le Guatemala est une autre zone où la tension reste vive. En juin, cinq membres de la Police préventive de l’état du Chiapas (PEP) ont été pris dans une embuscade et tués dans la municipalité de Frontera Comalapa. Le Secrétariat à la Sécurité publique a signalé que l’attaque avait été perpétrée par un groupe criminel organisé qui s’est ensuite réfugié au Guatemala. Par la suite, un affrontement armé a eu lieu entre les forces de sécurité et des membres présumés du crime organisé dans la même municipalité, faisant au moins quatre morts parmi les criminels présumés. Cet affrontement a contraint les assaillants à se replier sur le territoire guatémaltèque, où ils ont également été interceptés par les forces armées guatémaltèques. Des éléments de la FRIP ont traversé la frontière, ce qui aurait pu déclencher un incident diplomatique.
Des enlèvements ont de nouveau été signalés à Frontera Comalapa. Malgré une prétendue diminution de la violence après le changement de gouvernement en décembre dernier, les habitants affirment que « l’insécurité persiste ; les Pakales sont là, mais ils ne font pas grand-chose ; il semble y avoir une complicité », affirment-ils. Le gouverneur du Chiapas, Eduardo Ramírez, a affirmé qu’aucune plainte officielle n’avait été déposée concernant ces incidents. En août, le procureur général de l’état, Jorge Luis Llaven Abarca, a indiqué qu’aucun cas de violence ou de déplacement forcé n’était actuellement signalé dans la Sierra. Il a affirmé qu’une certaine peur, alimentée par les « fausses » informations, persistait.
Plusieurs membres du FRIP ont été accusés d’actes présumés de corruption et de collusion avec le crime organisé. Fin mai, le gouverneur Eduardo Ramírez a ordonné la destitution de José Carlos Lemus Vidal, commandant des Pakales de la municipalité de La Concordia, après qu’un de ses agents l’a accusé de collusion avec des groupes criminels. Par ailleurs, en juillet, Gustavo Ruiz Laparra, directeur juridique du bureau du procureur général de l’État, a été arrêté pour enlèvement et extorsion présumés. L’arrestation d’un haut fonctionnaire a soulevé de sérieuses questions quant à une possible infiltration du crime organisé au sein de l’institution.
Par ailleurs, en juillet, le Centre des droits Fray Bartolomé de Las Casas (Frayba) a dénoncé les intimidations dont il a été victime ces derniers mois, la plus récente étant la perquisition au domicile de Dora Roblero, directrice de Frayba, survenue ce mois-ci à San Cristóbal de Las Casas. Il a déclaré qu’« en moins de dix mois, il s’agirait de la deuxième perquisition contre un membre de Frayba, dans un contexte marqué par le harcèlement, l’intimidation et la surveillance systématique ».
Processus de défense de la terre, du territoire et de la vie
Le Mouvement pour la défense de la vie et du territoire (Modevite), le gouvernement communautaire de Chilón et plusieurs localités de la région exigent l’annulation de la construction de l’autoroute Palenque-San Cristóbal de las Casas. Le 8 juin, le gouverneur Eduardo Ramírez a inauguré le début des travaux et a déclaré qu’elle « constituera un catalyseur de développement social, économique, commercial et touristique ». Il a affirmé qu’elle « ne sera pas concédée, car elle appartient aux communautés et sera construite dans le plein respect de l’environnement ».
Cependant, diverses organisations ont souligné que « dans le processus organisé par le gouvernement, le consentement d’un petit groupe puissant a été obtenu, ce qui ne représente ni les sentiments ni les pensées de nos peuples. Ce projet marque le début de la dévastation de notre Terre Mère et de toute la vie que nous avons préservée pendant des siècles (…) en plus de modifier les modes de vie des communautés, de faciliter la dépossession territoriale et d’ouvrir la voie à des intérêts extractifs. » C’est pourquoi ils ont exigé « l’annulation immédiate du projet d’autoroute ».
Une injonction judiciaire déposée pour suspendre les travaux a été rejetée en juillet. Les représentants des communautés concernées attendent la décision de leur recours en révision déposé suite au rejet de la suspension définitive.
En août, plus de 3 000 personnes ont organisé un pèlerinage à Chilón pour exprimer leur opposition à la construction de l’autoroute San Cristóbal-Palenque. Les communautés considèrent ce projet comme une menace pour leurs territoires, l’environnement et leur autonomie. Les terres concernées sont situées à Chilón, Ocosingo, Yajalón et Tila et comprennent des zones agricoles, des terres sacrées et des zones écologiques. Les participants ont également exprimé leur inquiétude face à la militarisation croissante de la région et à la criminalisation des défenseurs des communautés. Ils ont dénoncé les actes de dépossession, les menaces et l’extraction de matériaux sans leur consentement. Ils ont aussi exigé que les deux injonctions judiciaires déposées soient traitées de manière urgente.
Parmi d’autres formes de résistance, la « Rencontre internationale pour la défense de la vie : maïs, eau, territoire et Terre Mère » s’est tenue en juillet dans la municipalité de Chilón. Les participants ont dénoncé que les territoires des peuples autochtones sont menacés par les grands projets d’infrastructure par les gouvernements sans leur consentement, et l’utilisation des consultations comme forme de simplifier le pillage. Ils ont également dénoncé la militarisation de leurs territoires, ainsi que la présence du crime organisé et sa complicité avec les autorités. Ils ont exigé le respect de l’autonomie des peuples autochtones.
En août, la rencontre internationale « Résistance et rébellion : quelques parties d’un tout », convoquée par l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN), s’est tenue au ‘Caracol’ de Morelia, dans la municipalité d’Altamirano, avec la participation de personnes de 37 pays. Elle a porté sur les thèmes suivants : Les femmes que nous sommes ; Destruction de la nature ; Attaques contre la différence sous toutes ses formes ; Destruction des identités, des peuples et des communautés ; Résistance et rébellion dans l’art et la culture ; Migration, racisme, ségrégation ; Guerres et destruction de la vie ; entre autres.
« Justice incomplète » (Frayba)
Juillet a marqué le quatrième anniversaire de l’assassinat de Simón Pedro Pérez López, catéchiste et ancien dirigeant de la société civile Las Abejas. Le Frayba a souligné que « bien que l’auteur matériel ait été condamné, la justice reste incomplète, le FGE (Bureau du Procureur du Chiapas) n’ayant pas épuisé toutes les pistes ni clarifié la responsabilité des commanditaires, une omission qui (…) se transforme en une forme de tolérance à la violence contre ceux qui défendent la vie. » « L’impunité qui entoure le cas de notre collègue Simón est la même que celle qui entoure la violence qui sévit dans la région des Hauts Plateaux, dans un contexte de diversification des groupes armés et criminels », a-t-il déclaré.
En août, le Frayba a pris position contre la peine de 20 ans de prison prononcée contre ll’auteur matériel du meurtre du père Marcelo Pérez Pérez, « maintenant l’injustice par une stratégie institutionnelle qui occulte la vérité, sans fournir de preuves permettant d’identifier les commanditaires ». Il a dénoncé que « les accusations portées contre le père Marcelo en attaquant, intimidant et en réduisant au silence son travail de défenseur des droits humains des peuples autochtones font parties du un modèle de criminalisation des défenseurs au Chiapas. » Il a appelé l’État mexicain à « enquêter sans raccourcis ni pactes d’impunité. Car lorsqu’une personne qui lutte pour la vie est exécutée, il ne suffit pas de condamner : il faut nommer, clarifier et transformer. »
OAXACA : Les défenseurs des droits humains continuent d’être victimes d’attaques et de criminalisation

La défenseure des droits humains zapotèque Silvia Pérez Yescas a signalé de multiples attaques et menaces de la part de groupes armés locaux dirigés par César Pulido Herrera, un responsable de l’Institut national des peuples autochtones. © EDUCA
En mai, des représentants de 33 organisations de la société civile ont dénoncé la grave crise des droits humains au Oaxaca. Ils ont particulièrement insisté sur la situation des défenseurs des droits humains, ayant documenté le meurtre de 58 d’entre eux, dont 55 personnes autochtones. Ils ont également dénoncé la criminalisation de la protestation sociale, qui se produit principalement dans les communautés autochtones, contre les défenseurs communautaires et les membres d’organisations civiles. « Les meurtres de membres des communautés sont dus à la persistance des conflits agraires, et à l’opposition des communautés aux grands projets d’infrastructure sur leurs terres. Cette situation a entraîné des déplacements forcés, des divisions communautaires, des assassinats et la menace d’emprisonnement des défenseurs », ont-ils déclaré. Le rapport souligne également l’impunité et le fait que les victimes ne souhaitent pas dénoncer ces délits, « en conséquence de l’inaction du gouvernement et des possibles répercussions négatives des signalements, y compris la perte de la vie ».
Parmi les exemples les plus récents, en juin, des organisations de la société civile ont exigé des garanties de protection pour l’organisation de défense de l’égalité des sexes Ciarena, suite à une nouvelle perquisition dans ses bureaux de San Juan Cotzocón. Cet incident s’ajoute à une série d’attaques et de harcèlements dont l’organisation a été victimes en raison de son travail. César Pulido Herrera, actuel fonctionnaire de l’Institut national des peuples autochtones (INPI) et ancien agent municipal de María Lombardo, a été désigné comme l’auteur présumé des menaces proférées à leur encontre. « Bien que les autorités étatiques et fédérales soient au courant des allégations et des informations de fond, les attaques se poursuivent dans un climat d’impunité totale », ont dénoncé les organisations de la société civile.
En juin, à l’occasion du 40e anniversaire de l’Union des communautés autochtones de la zone nord de l’isthme (UCIZONI), une marche a été organisée dans les municipalités de Matías Romero et de Santa María Petapa. La marche s’est arrêtée sur les voies ferrées de l’isthme de Tehuantepec pour « exiger la fin de la criminalisation de dizaines d’autochtones dont le seul crime est de défendre leurs foyers et leurs terres ». De 2022 à 2024, 55 dossiers d’enquête ont été ouverts contre des défenseurs opposés au corridor interocéanique. Ils ont également se sont également remémorés les plus de vingt collègues assassinés pour leur travail de défense des terres et du territoire.
Dans ce contexte de répression, en août, plus de 150 représentants de communautés autochtones et 17 organisations sociales ont conclu le « Forum régional : Défense du territoire et de l’autonomie face aux grands projets d’infrastructure » à Santo Domingo Tehuantepec. « Nous sommes confrontés à une offensive gouvernementale et capitaliste du modèle d’extraction des matières premières sans précédent. Sous couvert d’un discours de développement et d’utilité publique, elle impose des projets tels que l’exploitation minière, les concessions hydrauliques, les projets touristiques et le corridor interocéanique de l’isthme de Tehuantepec, sans respecter nos droits collectifs, nos modes de vie, notre relation à la terre et la vie elle-même », ont-ils déclaré. Ils ont exigé que les gouvernements fédéral et des états mexicains respectent pleinement les droits des peuples autochtones à l’autodétermination et à l’autonomie.
GUERRERO : « Une justice qui ne vient jamais », Tlachinollan
En juin, l’ancien maire d’Iguala, José Luis Abarca, a été acquitté dans l’affaire de la disparition de 43 élèves de l’École normale rurale d’Ayotzinapa en septembre 2014. Faute de preuves suffisantes, l’appel présenté par les parents des 43 élèves a été rejeté. Ces derniers cherchaient à faire annuler le jugement de 2019 qui l’avait exonéré des accusations de crime organisé, notamment d’enlèvement et de trafic de drogue. Abarca avait été identifié comme l’un des auteurs présumés de cette affaire dès les premières investigations. Malgré cet acquittement, l’ancien fonctionnaire restera en prison, après avoir été condamné à 20 ans de prison pour meurtre, et est également poursuivi pour blanchiment d’argent et atteintes à la santé publique. La présidente Sheinbaum a exprimé son désaccord avec « le fait que les juges, sans aucune explication, l’acquittent alors que l’enquête est bien fondée ». Elle s’est dite confiante quant à la capacité du pouvoir judiciaire, grâce à la nouvelle réforme qui permettra d’évaluer le travail des juges et des magistrats et, en cas d’irrégularités, de les sanctionner.
En juillet, les familles ont exprimé leur mécontentement, estimant que la « vérité historique » controversée de l’administration précédente dans cette affaire était ravivée. En réponse à ce désaccord, la présidente Claudia Sheinbaum a affirmé que les informations présentées ne correspondaient pas au travail de la nouvelle équipe spéciale, qui opère depuis le Secrétariat à la sécurité citoyenne et mettrait en œuvre une stratégie différente, avec un soutien technologique. Elle a demandé que qu’on lui laisse la possibilité de démontrer la nouvelle orientation de l’enquête. Parallèlement, les familles ont continué d’exiger que les recommandations du Groupe interdisciplinaire d’experts indépendants de l’OEA (GIEI) soient réactivées et que la voie que suivra l’enquête soit clairement expliquée.
Plus récemment, en juin, deux mois après l’assassinat de Marco Antonio Suástegui Muñoz, dirigeant du Conseil des ejidos et communautés opposés au barrage de La Parota (Cecop), l’organisation, sa famille et le Centre de défense des droits humains de la montagne Tlachinollan ont exigé que l’affaire soit présentée auprès du Bureau du Procureur général de la République (FGR). Ils ont déclaré que « le Bureau du Procureur général de l’état du Guerrero est paralysé par le crime commis contre le défenseur » et ont dénoncé l’absence de progrès de l’agence.
En juillet, une cérémonie a été organisée pour célébrer le 22e anniversaire du Conseil des ejidos et communautés opposés au barrage de La Parota (Cecop), sur les rives du fleuve Papagayo, où un sit-in avait été installé à la même date en 2003 pour empêcher le passage des engins de la Commission fédérale de l’électricité (CFE), qui cherche à y construire un barrage hydroélectrique depuis plus de deux décennies. Les membres du CECOP ont exigé que l’annulation définitive du projet soit prononcée par décret, ainsi qu’une enquête sur le meurtre de leur ancien porte-parole, Marco Antonio Suástegui. Ils ont également rappelé que Marco Antonio était décédé sans avoir retrouvé son frère, Vicente, également opposant au barrage et fondateur de la police communautaire de Cacahuatepec, disparu en 2021.










