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:: Bulletin du SIPAZ: Vol 9 No 4, Décembre 2004

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:: ACTUALITÉ

Élections en Chiapas: ¿qui a gagné?

Le 3 octobre dernier des élections ont eu lieu au Chiapas afin d’élire 118 maires et 40 députés locaux (Congrès de l’Etat).

Les JBG (Comités de Bon Gouvernement) zapatistes ont tenu leur promesse et ont respecté le processus électoral. Ils ont informé de cette décision en août dernier en demandant que "de la même façon que nous respectons ceux qui veulent voter, respectez-vous aussi ceux qui ne veulent pas le faire". Cette décision confirme l’option de non-confrontation du mouvement zapatiste.

Au cours des dix dernières années, des incidents violents (vol et destruction des urnes ainsi que des affrontements entre les groupes antagonistes) avaient été observées lors de toutes les élections locales et fédérales. Cette fois-ci, les élections ont eu lieu dans un relatif calme. Douze dénonciations pour possibles délits électoraux ont cependant été présentées. On continue également à reporter des pratiques clientélistes (répartition d’aliments et d’argent) et de transport massif d’électeurs jusqu’aux points de vote.

La participation du 3 octobre a été relativement élevée en comparaison avec les années antérieures. Le taux d’abstention a été de plus de 45%; le nombre de votes nuls a dépassé 73 000 (représentant plus de 5% des votes).

Un autre élément plutôt paradoxal qui attire l’attention tient au fait que la majorité des acteurs politiques ont considéré avoir “gagné” ces élections. Même si le PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) a pour la première fois perdu la majorité absolue au sein du Congrès local, il reste la principale force politique du Chiapas avec 18 des 40 députations. A échelle municipale, le PRI a arraché des mains du PAN (Parti d’Action Nationale) et à d’autres partis plusieurs villes importantes de l’Etat, comme la capitale Tuxtla Gutiérrez et San Cristóbal de Las Casas. Toutefois, alors qu’il détenait 72 des 118 mairies, il n’en conservera plus que 53. Il a donc perdu 19 mairies qu’il gouvernait auparavant.

L’Alliance pour le Chiapas formée par le PRD (Parti de la Révolution Démocratique), le PAN et le PT (Parti du Travail) a obtenu près de la moitié des députations et 27 mairies.

Le Parti Vert Ecologiste du Mexique (PVEM) a obtenu plus de 14% des suffrages, ce qui le situe pratiquement au même niveau que le PAN et le PRD. Il continuera à gouverner 4 mairies et 4 autres par le biais de son alliance avec le PRI.

L’actuel gouverneur du Chiapas, Pablo Salazar Mendiguchía, a souffert un revers relatif dans la mesure où plusieurs de ses proches ont perdu ces élections par exemple à San Cristóbal de Las Casas. Cependant, le principal contre-poids qu’il avait était la majorité absolue du PRI au sein du Congrès, une majorité que ce parti a perdue lors de ces élections. Ce fait devrait permettre à Pablo Salazar de renforcer son projet politique pour les deux dernières années qui lui restent de son administration.

Election des députés

 
Nº Votos
Porcentaje

PRD-PAN-PT

517175
38.78
PRI-PVEM
139638
10.47
PRI
428718
32.15
PVEM
124566
9.34
Convergencia
48829
3.66
Nuls
73363
5.50
Non enregistrés
1295
0.10

Élections municipales

 
 Nº Municipios
PRI
53
PAN
11
PRD
14
PVEM
4
PT
3
Alliance pour le Chiapas
27
Alliance pour tous
4
Convergencia
2
TOTAL
118

PANORAMA ELECTORAL AU CHIAPAS EN VUE DES ELECTIONS DE 2006

Pablo Salazar MendiguchiaCes élections d’octobre ont constitué un espèce de baromètre politique en vue des élections de 2006 où le successeur de l’actuel gouverneur du Chiapas, Pablo Salazar Mendiguchía devra être élu.

Les représentants des Partis qui forment l’Alliance pour le Chiapas (PAN, PRD y PT) ont affirmé que seulement par le biais d’alliances, le PRI (parti qui a dominé la scène politique du Mexique pendant plus de 70 ans) pourra être vaincu en 2006. Ils ont également reconnu le caractère polémique de ces coalitions entre partis théoriquement “incompatibles” depuis une lecture fédérale, vu qu’elles impliquent allier la gauche et la droite. Le PAN (droite) a lui seul est peu présent en zones rurales. Le PRD (gauche) se trouve divisé du fait de luttes internes. Il reste à voir comment cette Alliance parviendra à se maintenir jusqu’en 2006.

En ce sens, il faut souligner une perte de définition politique et un affaiblissement des différents partis politiques (dans une moindre mesure dans le cas du PRI). Le 27 septembre dernier, plus de 8000 fidèles du Diocèse de San Cristóbal (qui couvre 46 municipalités du Chiapas) ont réalisé un pèlerinage pour exiger la libération de plusieurs prisonniers (voir bulletin antérieur). Dans leur communiqué, et en référence au processus électoral, ils diagnostiquaient: “la politique, sous le joug des grands intérêts économiques, semble avoir perdu sa boussole et exprime uniquement une lutte malsaine de recherche du pouvoir pour le pouvoir, et oublie de répondre aux besoins et demandes de la population en général”.

Un autre élément qui implique un changement en vue de 2006: à la fin octobre, un projet de loi a été passé au Chiapas. Il implique modifier l’article 35 de la Constitution Politique de l’Etat quant aux conditions pour pouvoir être élu gouverneur de l’Etat, ce qui laisserait hors courses plusieurs prétendants à ce poste comme Roberto Albores, du PRI, et Emilio Zebadúa, du PRD.

Ces modifications incluent para exemple que pour pouvoir se présenter comme candidat à gouverneur, une condition est de ne pas avoir occupé ce poste comme gouverneur constitutionnel, provisoire, intérimaire ou substitut, et de ne pas faire l’objet d’un processus pénal. Elles établissent également que le candidat devra être né au Chiapas et avoir résidé dans l’entité au moins 5 ans.

Le projet prévoit également d’autres modifications à des lois secondaires en matière électorale. Il propose que les conjoints et membres de la famille des gouverneurs et maires ne puissent pas se présenter à des postes électoraux. Il réduit la durée des temps de campagnes à deux mois et crée un bureau électoral comme organe autonome et indépendant. Ce bureau serait cependant nommé par le Congrès de l’Etat en fonction d’une proposition du pouvoir exécutif local.

Cette loi a généré plusieurs réactions de protestation, en particulier de la part du PRI local. Le coordinateur de la fraction parlementaire de ce parti, Mario Carlos Culebro, a critiqué cette mesure comme étant "antidémocratique, autoritaire, asservissante, totalitaire, archaïque et contraire à la volonté du peuple du Chiapas".

CROISSANTE PERTE DE LEGITIMITE DE LA DEMOCRATIE PARTIDISTE

Ce que l’on peut observer au Chiapas est un reflet de la situation à échelle nationale où l’année 2006 correspondra également aux élections présidentielles. Les principaux partis politiques font face à une sévère crise de crédibilité politique après une série de scandales financiers dont aucun n’est sorti indemne. Les intrigues visant à empêcher la possible candidature à la présidence de la République de l’actuel chef du Gouvernement du District Fédéral, Andrés Manuel López Obrador, en 2006 constituent un autre élément dans cette perte de crédibilité.

A la mi novembre, un autre élément a semblé marqué une rupture définitive entre les pouvoirs et législatif lorsque le président Fox a annoncé qu’il attaquerait juridiquement le Budget de la Fédération de 2005 que la Chambre des Députés avait approuvé. Il a critiqué ce budget en le qualifiant d’”incohérent et invivable''. Il a affirmé que les députés de l’opposition prétendent bloquer le gouvernement fédéral et l’empêcher de remplir son objectif d’améliorer le bien être des mexicains. Des sénateurs du PRI et du PRD ont demandé au président Fox de cesser de confronter le Congrès de l’Union et d’accepter le Budget approuvé par la Chambre des députés, et qu’en cas contraire il conduirait le pays à une crise du gouvernement.
En novembre, un autre facteur qui a été interprété comme une preuve de l’affaiblissement et de la perte de prestige des institutions et du manque de confiance croissant de la part de la population à leur égard a été le lynchage de deux policiers à Tláhuac au District Fédéral. Les analystes ont également signalé la responsabilité des moyens de communication, la télévision en particulier, qui alimentent un "climat de terreur" pour justifier la répression et la violence. Pour le directeur d’Amnesty International - section Mexique, ces expressions violentes vont croissant, en particulier dans les nations où le gouvernement est incapable de garantir un Etat de Droit.

LA RECHERCHE D’ALTERNATIVES

Dans ce contexte, les 27 et 28 novembre, un Premier Dialogue National pour un Projet de Nation avec Liberté, Justice et Démocratie a été convoqué dans la ville de Mexico. Cette initiative promue principalement bien que de manière non exclusive par un ensemble de forces syndicales se proposait de convoquer “tous les secteurs sociaux, culturels et politiques pour qu’ensemble nous avancions dans l’élaboration d’un diagnostic des grands problèmes nationaux et internationaux, en ébauchant les aspects essentiels d’un Projet de Nation Alternatif et en unissant toutes les résistances face au capitalisme sauvage et au système corporatif pour construire une proposition capable de disputer la conduite de la Nation à la barbarie néolibérale”.

Plus de 1700 participants de 164 organisations sociales, ouvrières, paysannes, indigènes, d’étudiants, syndicales et politiques, etc. ont assisté à cet espace et ont décidé de “rejeter le modèle de destruction et de mort appelé Néolibéralisme” et de “continuer ce processus de dialogue dans tout le territoire national, afin que les luttes de résistance se fortifient et alimentent à leur tout la formulation d’un Projet de Nation avec Liberté, Justice et Démocratie” (voir: www.dialogonational1.org). Il faut souligner que plusieurs exposés ont fait référence à l’expérience des “caracoles” zapatistes comme un exemple positif des nouveaux modèles de participation qui doivent être mis en place au-delà des actions contestataires.

Début décembre, à Chilpancingo, Guerrero, le forum “Contre le silence et l’oubli: la voix des peuples indigènes du Mexique”. Les organisations participantes ont affirmé à nouveau leur détermination à continuer à lutter contre la “contre-réforme indigène de 2001” (loi sur les droits et la culture indigène approuvée en 2001 et que l’EZLN et les principales organisations indigènes du pays ont rejetée) et à exercer leur droit "à gouverner" par la voie des faits.

NOUVELLES BREVES SUR MONTES AZULES

En octobre, la représentante responsable de cette région auprès du Ministère de la Réforme Agraire (SRA), Martha Cecilia Díaz Gordillo a annoncé que 25 communautés “en situation irrégulière” dans la Communauté Lacandone et la Réserve Intégrale de la Biosphère de Montes Azules ont signé des accords permettant la solution du problème agraire et écologique dans la zone. Ella ajouté que 18 autres communautés négocient pour être réinstallées dans une autre région ou pour être régularisés via expropriation (El Universal, 12 octobre 2004).

D’un autre côté, fin octobre, l’EZLN a annoncé son intention de reconcentrer plusieurs de ses communautés installées dans le sud de la biosphère de Montes Azules et a demandé à la société civile nationale et internationale de les aider à réaliser ces transferts et réinstallations.

L’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale) a expliqué cette décision en affirmant qu’"avec l’avancée des dits ‘Comités de Bon Gouvernement’, une grande partie des communautés indigènes zapatistes se voient dotées de moyens qui améliorent significativement leurs conditions de vie. Cependant, l’éloignement et la dispersion de plusieurs de ces villages présentent des difficultés importantes. C’est pour cela que l’EZLN a accordé, avec le consentement explicite de ses habitants, de reconcentrer certains des peuples zapatistes dans cette zone, afin qu’ils bénéficient de la couverture du Comité de Bon Gouvernement de la zona Jungle-Frontière”. Le communiqué explique également: “qu’ils pourront ainsi mieux résister aux menaces, qu’ils pourront prendre soin de la forêt, et qu’ils participeront plus directement dans la lutte de l’EZLN pour le respect et la reconnaissance des droits et de la culture indigène”.

Les villages qui ont fait ou continuent à faire l’objet de cette reconcentration (sans qu’il s’agisse des seules communautés zapatistes de Montes Azules) sont: Primero de Enero, San Isidro, 12 de Décembre, 8 de Octobre, Santa Cruz, Nuevo Limar et Agua Dulce. Cette reconcentration qui implique un repositionnement stratégique de la part de l’EZLN a été considérée par certains comme un repli; et part d’autres comme la seule option pour pouvoir défendre et appuyer ses communautés dans cette partie sud de la réserve. Elle a été réalisée sans violence ni publicité.

En novembre, 29 familles tzotzils originaires de San Isidro (partie non zapatiste de la population) et de Sol Paraíso ont été réinstallées dans le nouveau village Nueva Magdalena, hors de la zone forestière protégée. Ce même mois, les représentants de 20 de Noviembre et Nuevo México, deux des plus de 40 villages qui doivent être expulsés ou réinstallés à un autre endroit, ont rompu les négociations avec les gouvernements du Chiapas et fédéral. Ils ont exprimé: “Nous pensons que nous faisons à nouveau l’objet de mensonges, qu’ils veulent nous utiliser, et c’est pour cela que nous demandons au Ministre de la Réforme Agraire, Florencio Salazar Adame, et au gouverneur Pablo Salazar, de nous laisser ici de manière définitive, sans altérer la paix sociale".

A la fin novembre, plusieurs organisations sociales de la municipalité d’Ocosingo ayant une présence à Montes Azules ont averti que “si le gouvernement veut maintenir le dialogue, cela doit être avec respect et au plus haut niveau; nous n’accepterons pas ceux qui n’ont pas de pouvoir de décision”. Ils ont également exigé la fin immédiate du harcèlement supposément exercé par le CISEN (Centre d’Investigation et pour la Sécurité Nationale) à leur encontre.

PERSISTANTES PREOCCUPATIONS EN MATIERE DE DROITS DE L’HOMME

En octobre, plusieurs organisations civiles ont exprimé leur indignation suite à la ratification de José Luis Soberanes, comme Président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) pour la prochaine période (2004-2009). Ils ont déploré “la manière selon laquelle le processus de sélection a été mené: avec un accord entre partis politiques de dernière heure, une participation extrêmement limitée et réduite quant au nombre et au temps accordé aux organisations de la société civile pour présenter leurs opinions et leurs propositions, à portes fermées (...) sans expliquer les critères sur lesquels ils ont fondé leur décision (...) pour ratifier presque automatiquement le Docteur Soberanes”. Ils ont affirmé que “le Sénat ne contribue pas à fortifier un organisme autonome, mais tout le contraire. Ce qu’il fait réellement c’est de mettre en danger sa légitimité d’ores et déjà remise en cause, affaiblissement tout le Système National de Protection des Droits de l’Homme dans le pays”.

En novembre, le Réseau Chiapas des Droits de l’Homme s’est prononcé contre la Loi pour la Promotion et la Protection des Droits de l’Homme approuvée dans cet Etat ce même mois, car il considère qu’elle constitue un pas en arrière quant à l’autonomie et l’efficacité de la Commission de l’Etat pour les Droits de l’Homme au Chiapas (CEDH). Ce réseau a également remis en cause la nomination récente de Yesmín Lima Adam comme titulaire de cette institution. Ils ont affirmé qu’elle a été nommée “sans avoir le profil adéquat et sans passer par une procédure transparente et inclusive de la société”. Ils ont souligné: “Ces actes de la part du Congrès de l’Etat, ajoutés à la destitution arbitraire de Pedro Raúl López il y a peu, ainsi que les réformes au Code Pénal du Chiapas en vigueur depuis le mois de mai dernier, porte atteinte de manière dramatique aux Droits de l’Homme dans l’Etat du Chiapas, en limitant la jouissance de garanties fondamentales et en affaiblissant l’organisme responsable de leur protection”. (voir: http://www.laneta.apc.org/cdhbcasas)

En décembre, Amnesty International a publié un rapport “Abus sans réponses à Guadalajara: la résistance à clarifier les violations des Droits de l’Homme ne fait que perpétuer l’impunité”. Il signale: “Le gouvernement du Mexique a exprimé à plusieurs reprises son engagement pour prévenir et punir les violations des Droits de l’Homme au Mexique. Cependant les violations, comme la détention arbitraire, la torture et les mauvais traitements qui ont eu lieu à Guadalajara lors du Troisième Sommet d’Amérique Latine, les Caraïbes et l’Union européenne en mai 2004 démontrent que de sérieux abus de ce type, particulièrement depuis les états et les municipalités, sont encore des faits courants dans le pays”. Quant à ce cas, et bien que la CNDH ait documenté 118 détentions et 19 cas de torture, les recommandations émises para cette instance ont été rejetées par le gouverneur de Guadalajara jusqu’à ce jour.

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:: DOSSIER

Désobéissance au paiement de l’électricité: une lutte locale contre la privatisation

LE ‘NON PAIEMENT’ DE L’ÉLECTRICITE ET LE ‘TARIF VIE MEILLEURE’

Depuis décembre 2003, le gouvernement de l’Etat du Chiapas a signé une Convention avec la Commission Fédérale d’Électricité (CFE), chargée de pourvoir la population mexicaine d’électricité. Cet accord a mis en place le programme connu comme ‘Tarif Vie Meilleure’ (TVM), qui restera en vigueur jusqu’en 2006. Ses objectifs selon le gouverneur du Chiapas devaient être: de mettre fin à la “culture du ‘non paiement’, commencer une nouvelle ère la ‘co-responsabilité’ et (...) obtenir un tarif électrique juste pour tous les habitants du Chiapas”. Ce programme amnistie ceux qui se trouvaient en prison du fait de leur lutte contre les tarifs électriques injustes, et le désistement de toutes les actions légales initiées à leur encontre. (voir www.contreloriachiapas.gob.mx/tarifmeilleure/discursotarif.htm).

L’augmentation des tarifs électriques et les conséquences liées au non-paiement des factures constituent l’un des principaux problèmes existant dans les communautés du Chiapas. C’est ce que nous ont exprimé les différents groupes avec lesquels nous avons parlé lors de note récente visite dans la zone Nord (municipalité de Tila). Dans ce même sens, le Comité de Bon Gouvernement (JBG) de Roberto Barrios (à laquelle appartient la zone Nord) nous a commentés que les conflits en matière électrique et avec la CFE ont été les plus fréquents lors de leur première année de fonctionnement.

La ‘sur facturation’ de la lumière n’est pas propre des municipalités de la zone Nord, ni du Chiapas. Dans l’Etat voisin du Tabasco (au nord de Tila), 52% de la population ne paye pas la lumière depuis près de 10 ans, ce qui représente l’un des mouvements de résistance les plus importants du pays. Ce mouvement a été initié par López Obrador (à l’époque candidat comme gouverneur de l’Etat pour le Parti Révolutionnaire Démocratique -PRD, et aujourd’hui Gouverneur du District Fédéral) face au fraude électoral qui donna alors la victoire au représentant du Parti Révolutionnaire Institutionnel, PRI (El Universal, 30 octobre 2004).

Nous devons aussi rappeler que la municipalité de Tila est l’une des zones qui a le plus souffert de la violence après de soulèvement zapatiste de 1994. C’est là que le groupe “Développement, Paix et Justice” a été formé. Il a été accusé de commettre des actes paramilitaires, générant terreur, morts et déplacements entre ceux qui appartenaient à l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) ou à d’autres organisations opposées au gouvernement du PRI, comme les membres du PRD ou d‘Abu Xu’ (coalition de groupes de la société civile).

Actuellement, la sur facturation de l’électricité affecte tous les groupes existant dans les communautés, même si les réponses face au problème varient en fonction de l’organisation à laquelle ils appartiennent. Ce facteur accroît les fractures sociales existantes suite au conflit, et est une source de préoccupation importante pour ceux qui comme nous visitent la région.

Dans les communautés de la zone Nord, les maisons ont en moyenne trois ampoules par famille; seule une minorité possède un ou plusieurs appareils électriques du style réfrigérateur ou télévision. Par ailleurs, la population n’utilise généralement l’électricité qu’entre 7 heures et 9 heures du soir, vu que leur rythme de vie est fonction de l’horaire solaire. Dans la plupart des communautés, la lumière n’est arrivée qu’il y a peu. Dans certaines comme Jolnixtié, durant l’époque la plus dure du conflit, ce service était exclusif des membres du PRI.

Au départ, ils recevaient des factures de 15 o 20 pesos mexicains (un Euro environ) par famille, mais ces derniers temps, elles s’élèvent à 50, 80, 300 ou 500 pesos mexicains, sans que cela corresponde à une augmentation proportionnelle de leur consommation électrique. Nous parlons de familles qui comptent chaque mois avec moins d’un salaire minimum (1200 pesos mexicains, moins de 100 Euros). Il est donc impossible pour elles de payer des factures aussi élevées, ce qui les conduit à des dettes de milliers de pesos.

Aux difficultés de paiement, il faut ajouter la présence de fonctionnaires de la CFE qui viennent couper l’électricité à ceux qui ne payent pas, provoquant des réactions violentes de la part d’une population indignée et impuissante quand elle ne peut payer des factures électriques disproportionnées par rapport aux conditions économiques dans lesquelles elle survit.

C’est dans ce contexte que ‘TVM’ a été présenté comme une façon de résoudre ce conflit de manière dialoguée. Ce programme établit un minimum de consommation bimestriel (de 300 à 400 Kw/heure en fonction de la région): les consommateurs bénéficient d’une remise de 51% pour les premiers 150 kw et de 12% pour les 100 kw suivant. Le manque d’information adéquate a fait penser à beaucoup de consommateurs que ce nouveau tarif serait fixé sans prendre en compte les dettes antérieures, c’est à dire en partant de zéro. Au contraire, la signature de la Convention implique reconnaître les dettes accumulées. Pour la surprise de nombre d’entre eux, les dettes sont tellement élevées que, même si le gouvernement assume un pourcentage de celles-ci, elles représentent des quantités impossibles à payer face au manque de liquidité des économies familiales.

Actuellement, ceux qui ont accepté le TVM et qui ne peuvent pas payer leurs factures se voient couper la lumière de manière définitive. Le programme n’a pas donné les résultats escomptés vu que la plus grande partie des personnes ‘en résistance’ l’a rejeté et continuent sans payer.

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DIFFERENTES RESISTANCES FACE AUX TARIFS INJUSTES

Dans la zone Nord, on peut observer différentes formes de résistance. D’un côté, les bases de soutien zapatistes ne payent pas la lumière depuis 1994, une option qui fait partie de leur mouvement de résistance face au gouvernement. Elle représente un instrument de pression de plus pour exiger au gouvernement de mettre en place les Accords de San Andrés (signés par le Gouvernement Fédéral et l’EZLN le 16 février 1996). Les zapatistes considèrent la lumière comme une propriété collective de la Nation, et exigent donc sa redistribution publique. Les JBG se chargent du maintien des transformateurs et substituent ainsi le manque de service de la CFE dans leurs territoires.

D’un autre côté, le ‘mouvement de résistance civil’ a été créé spécifiquement suite à l’organisation de la résistance contre le paiement de l’électricité. Dans la municipalité de Tila, la majorité fait partie de la société civile qui s’est organisée contre le gouvernement durant l’époque la plus violente du conflit et qui ont du se déplacer face à la violence des membres de ‘Paix et Justice’. Le début de leur résistance se donne lorsqu’ils sont revenus chez eux, après avoir réussi à sauver leur vie, lorsqu’ils ont commencé à recevoir des factures avec toutes les dettes accumulées pendant leur déplacement. L’impossibilité de payer des quantités aussi élevées ainsi que l’indignation d’être tenus comme endettés vis-à-vis de la CFE après avoir été obligés à fuir sont les principales raisons de leur désobéissance et postérieurement de leur union au mouvement de résistance civile. Ils affirment qu’ils ne payeront pas tant qu’un tarif juste n’aura pas été établi. Ce mouvement appartient à l’Alliance de Résistance Civile de l’Etat du Chiapas, créée en avril de cette année, afin de lutter pour un tarif juste, “en fonction des conditions économiques” de la population. Il considère le TVM comme un leurre qui vise à obtenir le paiement des dettes dans la mesure où il ne met pas en place un véritable tarif juste.

Certains membres du PRI, traditionnellement alliés du gouvernement et qui acceptent ses projets ou aides économiques, ont également cessé de payer l’électricité (y compris certains qui ont accepté le ‘TVM’) suite à leur impossibilité de payer les factures. Dans ces cas, ils ne s’organisent ni ne s’articulent pas avec les autres mouvements de résistance.

Il existe des exceptions comme dans la Municipalité Autonome de San Juan de La Libertad, où les différents groupes politiques (bases zapatistes, membres du PRD, du PRI ou du Parti du Travail- PT) se sont organisés pour réparer le transformateur et assurer le service électrique pour tous.

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POURQUOI PAYER AUTANT POUR UNE RESSOURCE NATURELLE AUSSI BASIQUE?: LA PRIVATISATION

La lumière forme partie des droits économiques, sociaux et culturels, fondamentaux pour jouir d’une vie digne. L’énergie électrique a été considérée comme un service public au Mexique depuis l’époque du Président Lázaro Cárdenas, qui a commencé la nationalisation de l’Industrie Électrique qui pris fin en 1960. La CFE a été constituée comme un organisme décentralisé depuis la fin des années 40. Elle a été chargée de pourvoir l’électricité à la population mexicaine, excluant le capital privé de ce marché. Elle est considérée comme propriété du peuple mexicain et destinée à un bénéfice social.

La politique énergétique nationale a été reformulée à partir de 1992 avec la réforme de l’article 27 Constitutionnel qui ouvre la porte aux investissements privés dans le pays.

Selon le Centre d’Investigations Economiques et Politiques pour l’Action Communautaire (CIEPAC), le Chiapas génère entre 45 et 65% de l’énergie hydroélectrique du pays. Les contradictions voient le jour lorsque l’on constate que la plupart de l’énergie produite au Chiapas est destinée à la ville de Mexico et de la zone urbaine alentours. Selon la JBG de La Realidad, 90 % des communautés de la région dont elle est responsable dans la Jungle n’ont pas l’électricité.

En dépit des inégalités sociales et économiques, les politiques fédérales ne répondent pas aux besoins locaux mais aux intérêts marqués par les exigences du ‘développement’ et de la consommation des pays les plus industrialisés. La haute consommation énergétique des USA et leur manque de ressources propres expliquent les intérêts de ce pays pour les zones de libre échange dans le continent américain et pour la création de marchés énergétiques régionaux qui lui permettent de couvrir ses besoins dans les prochaines décennies. Pour le CIEPAC, la résistance au paiement électrique peut être perçue comme un obstacle dans l’organisation de la région du Plan Puebla-Panama (PPP), dans laquelle la création d’un marché électrique régional est prévu par le biais du Système d’Interconnexion Électrique pour l’Amérique Centrale (SIEPAC). Ainsi, pour 2007, une ligne de transmission de haut voltage devrait être établie, unissant les systèmes électriques depuis le Panama jusqu’au Mexique, et du Mexique jusqu’aux Etats-Unis. Selon la Banque Interaméricaine du Développement (BID), l’objectif est de créer ‘une interconnexion mesoaméricaine qui attire la participation du secteur privé pour le développement du marché électrique de la région’ et afin d’améliorer l’‘efficacité économique du processus complet d’approvisionnement’. (LaJornada, “Les fronts du PPP”, 18 octobre 2004).

Le groupe de Développement de la Politique Energétique Nationale des Etats Unis a publié un rapport dans lequel il signale: "La production et la coopération accrues entre les secteurs énergétiques des Etats-Unis, du Canada et du Mexique amélioreraient notre sécurité énergétique et, par le biais de nos liens économiques dans le cadre de l’Accord de Libre Echange d’Amérique du Nord, augmenterait de manière significative la sécurité économique de chaque pays ". Ce rapport affirme que les réformes constitutionnelles de de 1992 au Mexique permettent aux entreprises privées de générer de l’électricité pour leur propre consommation et de vendre l’excédent à la CFE. (http://usinfo.state.gov/espanol/mexico/01082905.htm)

Dans ce contexte régional de marchés ‘libres’, le Ministère des Finances du Gouvernement Fédéral a émis un Décret qui modifie les tarifs, en éliminant une partie des subventions (décret publié dans le Journal Officiel le 7 février 2002). Cette mesure devrait aider le gouvernement à faire en sorte que les usagers avec la consommation la plus basse se voient bénéficiés et d’un autre côté, obtenir plus d’argent pour un service de meilleure qualité. Aucun de ces deux objectifs n’a été atteint parce que les usagers qui consomment le moins sont ceux qui souffrent le plus de cette modification des tarifs; et selon les témoignages des communautés, la CFE est toujours vue comme incapable de fournir une maintenance et un service adéquats. Quelques mois plus tard, en août 2002, le pouvoir exécutif fédéral a présenté un projet de réforme de l’article 27 qui ouvre la possibilité aux particuliers de produire de l’énergie, une faculté traditionnellement réservée à la Nation. L’exclusivité fédérale ne se maintient que pour la prestation du service public.

En avril 2003, la Cour Suprême de Justice de la Nation (SCJN) a décrété la suspension provisoire du décret antérieur. Cette décision a ouvert la porte à l’interposition de recours légaux face à la sur-facturation, dans la mesure où l’on devrait avoir repris les tarifs subventionnés et la différenciation entre les usagers.

Au Chiapas, l’interposition de ces recours n’a guère prospéré du fait de fraudes de la part de l’avocat chargé de défendre ces cas.

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LA DESOBEISSANCE CIVILE: UN MOYEN DE RESISTANCE

Nous avons pu constater que le ‘TVM’ est un facteur qui augmente les conflits dans des zones comme Tila où le tissu social a été détruit du fait du conflit. Les mêmes institutions gouvernementales ont exercé des pressions directes et indirectes sur la population afin qu’elle accepte le TVM, en insistant sur les avantages de ce programme et la convenance de l’accepter. Les fonctionnaires de la CFE ont forcé certains à signer l’accord en les menaçant de ne pas réparer les transformateurs s’ils ne le faisaient pas. Dans certaines communautés, le ‘comisariado’ (autorité communautaire) a également fait pression sur les familles pour qu’ils signent ce contrat et dans d’autres, cette signature a été exigée comme condition pour obtenir d’autres projets et aides de la part du gouvernement.

A tout cela, il faut ajouter le manque de qualité de l’énergie fournie: les coupures d’électricité sont un fait quotidien dans les communautés. La tension électrique est variable et ces variations nuisent les appareils électriques. La médition de la consommation n’est pas effectuée directement dans les communautés, ce qui peut expliquer les différences de facturation entre voisins, sans importer leur consommation réelle; ou bien le fait que certains ne reçoivent pas de factures.

La désobéissance organisée s’est présentées comme une réponse de survie de la part de la population face à des lois et décisions considérées comme injustes. Dans ce cas, elle se réalise face à une politique de tarifs et surtout contre une politique des services publics qui a oublié sa fonction sociale. Cette voie apparaît comme la seule option quand les autres issues se referment (parmi celles-ci, la juridique, lente, coûteuse et par rapport à laquelle il faut prendre en compte le manque de crédibilité des institutions de l’Etat).

Le mouvement de résistance signale la privatisation du secteur énergétique comme l’une des principales raisons qui explique les tarifs électriques élevés: “le gouvernement cherche à montrer aux investisseurs étrangers que la CFE est un négoce rentable qui encaisse des hauts tarifs” (Document des Coordinatrices Régionales du Chiapas de la Société Civile en Résistance). Une autre explication que l’on entend beaucoup tient à l’idée que le non-paiement généralisé serait un argument parfait pour justifier l’insolvabilité de la CFE et, de ce fait, le besoin d’introduire des capitaux privés.

Dans ce contexte, le programme ‘TVM’ n’est pas seulement source de conflits, il représente une proposition partielle et limitée dans la mesure où il n’influe pas sur les politiques énergétiques décidées dans les espaces politiques internationaux, loin des réalités communautaires; l’opinion de la société civile n’a pas été prise en compte dans les négociations qui ont permis d’établir le TVM.

Ces résistances sont l’une des expressions de l’opposition de la société civile à la privatisation de l’énergie électrique. Elles permettent de mieux comprendre les raisons pour lesquelles le soulèvement zapatiste a coïncidé avec la signature de l’Accord de Libre Echange de l’Amérique du Nord. Le sens de ces luttes s’explique aussi dans le cadre du mouvement global contre la mise en vente des ressources basiques comme l’électricité, le pétrole, l’eau ou la biodiversité. Finalement, ces expériences sont des pas importants dans le sens de la récupération de l’autonomie et de la construction d’un projet de vie différent, dans lequel les peuples peuvent opiner sur les politiques qui affectent leur quotidien.

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Ecole des Amériques: no más, no more, plus jamais

No mas, no more shout the hills of Salvador
Echo the voices of the world we cry out
No Mas No more
No mas No more –we must stop the dirty wars,
Compañeros compañeras we cry out,
Plus jamais crient les montagnes du Salvador
Comme l’écho des voix du monde, nous crions
Plus jamais
Plus jamais – nous devons stopper les guerres sales
Compañeros compañeras crions

Dimanche 21 novembre: la journée s’annonce nuageuse tandis que la rue commence à se remplir face à l’entrée de la base militaire de Fort Benning, Columbus, Georgia, USA. En quelques heures, près de 16.000 personnes se réunissent. Tous portent une croix blanche. Sur chacune, on peut lire le nom d’une personne d’Amérique Latine, son age et l’endroit où elle a été assassinée. La mienne porte le nom de Lorenzo Gómez Perez, une des victimes du massacre d’Acteal, le 22 décembre 1997 au Chiapas. A 10 heures du matin, la marche commence lentement vers l’entrée de la base. Depuis le podium, plusieurs personnes chantent sur une mélodie grégorienne les noms des milliers de victimes, enfants, jeunes, personnes âgées, hommes et femmes. 16.000 voix répondent PRESENT!. Pendant plus de deux heures, les participants s’avancent jusqu’à la grille de l’entrée de la base et y laissent leurs croix.

Ceci est la manifestation qui s’organise chaque année contre l’Ecole des Amériques (SOA), une institution qui entraîne des soldats dans toute l’Amérique Latine. Elle a désormais changé de nom et s’appelle officiellement l’Institut de l’Ouest de Coopération pour la Sécurité (Western Hemispheric Institute for Security Cooperation WHISC). Cette Ecole a été fondée au Panama en 1946 par l’Armée des USA pour aider les gouvernements latino américains à promouvoir la “stabilité” et la “démocratie” dans leurs pays respectifs avant d’être transférée à Fort Benning, Georgia, USA en 1984. Elle a perdu beaucoup de son prestige lorsque l’on a su que ses diplômés avaient contribué à établir pour le moins 10 dictatures militaires et que plusieurs d’entre eux avaient pris part dans des assassinats, massacres et une série de violations des Droits de l’Homme en Amérique Latine.

Un des cas les plus connus et les plus choquants est l’assassinat de six pères Jésuites, de leur assistante et de sa fille au Salvador en 1989. La Commission de la Vérité de l’ONU a établi que 19 des 27 soldats impliqués dans ce massacre étaient des diplômés de l’Ecole des Amériques. Lamentablement, il ne s’agit que d’un exemple parmi des centaines dans d’autres pays comme le Honduras, le Guatemala et le Pérou.

Les manuels de l’Ecole publiés en 1996 montrent que cette institution a enseigné et entraîné des soldats sur les techniques de torture physique et psychologique, d’interrogatoires, contre insurgeance, Guerre de Basse Intensité, franc tireur, ou pour réaliser des opérations de commando (Centre d’Investigations Economiques et Politiques pour l’Action Communautaire-CIEPAC).

Durant les 50 premières années de fonctionnement de l’Ecole, le Mexique a envoyé peu d’étudiants à l’Ecole des Amériques. Cependant, au cours de cette dernière décennie, sa participation est allée croissant au point qu’en 1997, un tiers des diplômés était des mexicains. Au moins 18 militaires en positions de commandement au Chiapas, au Guerrero et à Oaxaca ont été formés dans cette Ecole.

La manifestation contre la SOA de cette année ne cherchait pas qu’à dénoncer les conséquences en Amérique Latine. Il s’agissait aussi d’une prise de position face à la situation des milliers de soldats US qui prennent part à la guerre en Iraq. La mère d’un des soldats mort là bas a expliqué qu’il est important de voir dans chaque soldat mort non seulement une perte dans le combat mais une personne à part entière avec sa famille, ses amis, son travail, un contexte social particulier, etc...

Parmi les activistes il y avait un peu de tout: des religieuses, des punks, des étudiants, des vétérans de guerre (nombre d’entre eux du Vietnam), des syndicalistes, des enfants, etc. Chaque année un acte de désobéissance consiste à “franchir la ligne”. Auparavant il s’agissait effectivement de franchir une ligne dessinée sur le sol qui marquait l’entrée de la base, ce qui était interdit et impliquait détention. Cette année il fallait sauter la grille. 20 personnes ont été détenues. Pour cet acte de désobéissance civile, pour être entré et pour s’opposer à la politique de leur gouvernement, ils devront passer entre 3 et 6 mois en prison. Depuis 1990, lorsque ces manifestations ont commencé, 170 activistes ont passé entre tous 85 ans en prison pour avoir protesté contre cette Ecole et sa politique. La plupart étaient des religieuses.

Cette manifestation représentait la dernière partie d’une tournée de travail de trois semaines aux USA que j’avais débutée à peine deux jours après les élections présidentielles dans ce pays. C’était la première fois que je venais là après plusieurs années et le passage par Migration fut une expérience étrange et assez terrifiante, non seulement à cause de l’attitude désagréable de l’officier, mais aussi et surtout parce qu’ils prirent les empreintes de mes index et une photo de mon visage. Il s’agissait seulement du début de mon voyage dans ce pays dit de la liberté.

Rencontrer mes amis US déçus et tristes face aux résultats des élections et la réélection du président Bush pour 4 années de plus fut aussi stressant. Beaucoup avait décidé de participer et réalisèrent de grands efforts pour essayer de mettre fin à l’option belliqueuse que représente Bush. Quelqu’un m’a dit que c’était la première fois qu’il avait pris part aux campagnes parce qu’il ne pouvait pas supporter l’idée de vivre 4 ans avec le président George W. Bush à la tête de son pays. Certains sont également allés en Floride pour travailler dans la campagne démocrate et éviter un fraude comme celui des élections antérieures. Finalement, ce fut sans pouvoir obtenir le résultat qu’ils espéraient.

Une chose surprenante fut de me rendre compte de la bipolarisation existante à l’intérieur de la société US, bipolarisation accrue dans ce contexte post-électoral. Durant la manifestation contre la SOA, plusieurs arboraient des T-shirts et des pins sur lesquels “Protester es un acte patriotique” apparaissait. Je ne comprenais pas le sens de cette expression jusqu’à ce qu’une amie m’explique: “Les républicains monopolisent le mot ‘patriotisme’. Quand nous protestons contre notre gouvernement, certains croient que nous sommes contre notre patrie. Pour nous, il est important de montrer que notre manifestation n’est pas seulement un droit démocratique et qu’au contraire, en la réalisant, nous exerçons la démocratie nécessaire pour que notre pays existe”.

En ce sens, j’ai entendu deux histoires exemplaires de cette situation. Une adolescente, de 11 ans, s’est exprimée dans son école face à la guerre en Iraq en disant: “tant de gens sont déjà mort, et tant d’autres sont innocents, qu’il vaudrait mieux que nos troupes reviennent”. La maîtresse l’a punie en la mettant au coin. D’un autre côté, un professeur d’université m’a raconté qu’après avoir prononcé un discours contre la guerre en Iraq à la télévision, il avait commencé à recevoir diverses pressions pour abandonner son poste.

Après avoir vu cette situation, si difficile à comprendre à distance, la seule chose qui m’a réconforté, c’est d’avoir connu tant de personnes qui luttent pour changer leur propre société. J’ai pu connaître différentes personnes qui vouent une partie de leur temps libre pour travailler dans des organisations qui luttent contre l’injustice économique, sociale, et politique. Cette lutte contre la politique du gouvernement US de la part de ses propres citoyens fait partie du mouvement global qui cherche à réaliser le rêve d’un autre monde possible. J’admire ces gens, la voix des 16.000 personnes présentes à Fort Benning, pour se souvenir le temps d’une manifestation de tous les morts provoqués par la SOA et crier NO MAS NO MORE, plus jamais...

Pour plus d’information:
www.soaw.org
http://www.ciepac.org/bulletins/100-200/bolec181.html
http://faculty.hope.edu/psych/psy281/soa.html
http://www.benning.army.mil/whinsec/

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:: ACTIVITÉS DE SIPAZ

Octobre- Décembre 2004

ACCOMPAGNEMENT

Entre octobre et novembre, nous nous sommes réunis avec les Comités de Bon Gouvernement des 5 “caracoles” zapatistes.

Nous avons participé comme observateurs électoraux aux élections du 10 octobre dans la municipalité de Chenalhó.

En novembre, nous avons visité la zone Nord du Chiapas pour interviewer différents groupes sur la conjoncture et pour mieux connaître le mouvement de résistance au paiement de l’électricité, thème de notre Dossier.

CONTACTS ET INFORMATION

Nous avons reçu des visiteurs, délégations, étudiants et journalistes et nous leur avons présenté le contexte du Chiapas et le travail du SIPAZ. La plupart venaient des USA et d’Europe.

En octobre, nous nous sommes réunis avec des membres de l’Ambassade des USA (au Chiapas) et en novembre, avec des membres de l’Ambassade d’Allemagne (à Mexico).

En octobre et en décembre, nous avons interviewé différents acteurs de la ville de Mexico pour échanger des informations sur le contexte national.

En octobre, nous avons terminé deux vidéos: une générale sur le travail du SIPAZ et une autre sur le projet de marionnettes que nous avons réalisé avec Alliance Civique, Chiapas.

En novembre et décembre, nous avons participé à deux sessions du séminaire “L’œuvre d’Immanuel Wallerstein: une entrée pour mieux comprendre le monde actuel depuis une perspective critique” coordonné par le “Centre d’Etudes, d’Information et de Documentation: Immanuel Wallerstein” de l’Université de la Terre-Chiapas et le Centre Indigène de Capacitation Intégrale (CIDECI).

EDUCATION POUR LA PAIX

Nous continuons à travailler avec le Réseau pour la Paix, un espace pour la réflexion et l’action qui cherche à appuyer les processus de paix dans les organisations et communautés du Chiapas.

En novembre, nous avons animé une Rencontre de deux jours du Réseau mexicain de constructeurs de Paix, à Mexico. Les thèmes travaillés furent les concepts de Paix et Transformation des conflits. Ce Réseau continue à avancer dans la construction de son plan stratégique.

Nous continuons à animer des ateliers sur la Culture de Paix et les Droits de l’Homme avec les jeunes du Centre pour le Développement Communautaire (CEDECO) de San Cristóbal de Las Casas.

En octobre, l’équipe de marionnettistes “Diversités” a présenté des fonctions sur le respect à la diversité à plus de 1.200 élèves de différentes écoles de San Cristóbal de Las Casas.

Nous avons tenu plusieurs réunions et interviews avec des acteurs religieux de Chenalhó et de San Cristóbal de Las Casas

Nous avons assisté au Second Symposium International sur le Protestantisme réalisé à San Cristóbal de Las Casas du 19 au 22 octobre.

TRAVAIL NATIONAL ET INTERNATIONAL

Les 15 et 16 novembre, nous avons présenté deux exposés lors de l’évènement “Mondialisation, Commerce Equitable et groupes en Résistance” organisé par l’Université Autonome de Puebla (BUAP).

En novembre, nous avons présenté un exposé lors de la XIVème Journée International Las Casas, organisée à Chetumal, Quintana Roo, et convoquée par l’Institut de Recherches Juridiques de l’UNAM (Université Nationale Autonome de Mexico) ainsi que par l’Université de Quintana Roo. Cette journée portait sur la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) en matière des droits indigènes et des tribus.

Nous avons assisté comme observateurs au Premier Dialogue National pour un Projet de Nation avec Liberté, Justice et Démocratie réalisé à Mexico les 27 et 28 novembre. L’objectif de cet espace était d’ouvrir un débat sur les thèmes: Souveraineté Nationale et mondialisation; Nouveaux Modèles de Développement Économique; Nouveaux Modèles de Démocratie; Identités, Cultures et Education; Justice et Droits Sociaux; Alternatives d’Organisation et d’Alliances.

En novembre, un membre de l’équipe a réalisé une tournée de trois semaines aux USA, principalement à Washington et Chicago. Elle s’est réunie avec plusieurs membres de notre coalition et a assisté aux manifestations face à l’Ecole des Amériques (Fort Benning, Georgia).

En décembre, un autre membre de l’équipe a commencé une tournée en Allemagne qui la conduira dans plusieurs villes de ce pays.

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