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ACTUALITÉ
Élections en Chiapas: ¿qui
a gagné?
Le 3 octobre dernier des élections
ont eu lieu au Chiapas afin d’élire 118 maires
et 40 députés locaux (Congrès de l’Etat).
Les JBG (Comités de Bon Gouvernement)
zapatistes ont tenu leur promesse et ont respecté
le processus électoral. Ils ont informé de
cette décision en août dernier en demandant
que "de la même façon que nous respectons
ceux qui veulent voter, respectez-vous aussi ceux qui ne
veulent pas le faire". Cette décision confirme
l’option de non-confrontation du mouvement zapatiste.
Au cours des dix dernières années,
des incidents violents (vol et destruction des urnes ainsi
que des affrontements entre les groupes antagonistes) avaient
été observées lors de toutes les élections
locales et fédérales. Cette fois-ci, les élections
ont eu lieu dans un relatif calme. Douze dénonciations
pour possibles délits électoraux ont cependant
été présentées. On continue
également à reporter des pratiques clientélistes
(répartition d’aliments et d’argent)
et de transport massif d’électeurs jusqu’aux
points de vote.
La participation du 3 octobre a été
relativement élevée en comparaison avec les
années antérieures. Le taux d’abstention
a été de plus de 45%; le nombre de votes nuls
a dépassé 73 000 (représentant plus
de 5% des votes).
Un autre élément plutôt
paradoxal qui attire l’attention tient au fait que
la majorité des acteurs politiques ont considéré
avoir “gagné” ces élections.
Même si le PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel)
a pour la première fois perdu la majorité
absolue au sein du Congrès local, il reste la principale
force politique du Chiapas avec 18 des 40 députations.
A échelle municipale, le PRI a arraché des
mains du PAN (Parti d’Action Nationale) et
à d’autres partis plusieurs villes importantes
de l’Etat, comme la capitale Tuxtla Gutiérrez
et San Cristóbal de Las Casas. Toutefois, alors qu’il
détenait 72 des 118 mairies, il n’en conservera
plus que 53. Il a donc perdu 19 mairies qu’il gouvernait
auparavant.
L’Alliance pour le Chiapas formée
par le PRD (Parti de la Révolution Démocratique),
le PAN et le PT (Parti du Travail) a obtenu près
de la moitié des députations et 27 mairies.
Le Parti Vert Ecologiste du Mexique
(PVEM) a obtenu plus de 14% des suffrages, ce qui le
situe pratiquement au même niveau que le PAN et le
PRD. Il continuera à gouverner 4 mairies et 4 autres
par le biais de son alliance avec le PRI.
L’actuel gouverneur du Chiapas,
Pablo Salazar Mendiguchía, a souffert un revers relatif
dans la mesure où plusieurs de ses proches ont perdu
ces élections par exemple à San Cristóbal
de Las Casas. Cependant, le principal contre-poids qu’il
avait était la majorité absolue du PRI au
sein du Congrès, une majorité que ce parti
a perdue lors de ces élections. Ce fait devrait permettre
à Pablo Salazar de renforcer son projet politique
pour les deux dernières années qui lui restent
de son administration.
Election des députés
| |
Nº
Votos |
Porcentaje |
| PRD-PAN-PT |
517175
|
38.78 |
| PRI-PVEM |
139638 |
10.47 |
| PRI |
428718 |
32.15 |
PVEM
|
124566 |
9.34 |
| Convergencia |
48829 |
3.66 |
| Nuls |
73363 |
5.50 |
| Non
enregistrés |
1295 |
0.10 |
Élections municipales
| |
Nº
Municipios |
| PRI |
53 |
| PAN |
11 |
| PRD |
14 |
| PVEM |
4 |
| PT |
3 |
| Alliance
pour le Chiapas |
27 |
| Alliance
pour tous |
4 |
| Convergencia |
2 |
| TOTAL |
118 |
PANORAMA ELECTORAL AU CHIAPAS
EN VUE DES ELECTIONS DE 2006
Ces
élections d’octobre ont constitué un
espèce de baromètre politique en vue des élections
de 2006 où le successeur de l’actuel gouverneur
du Chiapas, Pablo Salazar Mendiguchía devra être
élu.
Les représentants
des Partis qui forment l’Alliance pour le Chiapas
(PAN, PRD y PT) ont affirmé que seulement par le
biais d’alliances, le PRI (parti qui a dominé
la scène politique du Mexique pendant plus de 70
ans) pourra être vaincu en 2006. Ils ont également
reconnu le caractère polémique de ces coalitions
entre partis théoriquement “incompatibles”
depuis une lecture fédérale, vu qu’elles
impliquent allier la gauche et la droite. Le PAN (droite)
a lui seul est peu présent en zones rurales. Le PRD
(gauche) se trouve divisé du fait de luttes internes.
Il reste à voir comment cette Alliance parviendra
à se maintenir jusqu’en 2006.
En ce sens, il faut souligner
une perte de définition politique et un affaiblissement
des différents partis politiques (dans une moindre
mesure dans le cas du PRI). Le 27 septembre dernier, plus
de 8000 fidèles du Diocèse de San Cristóbal
(qui couvre 46 municipalités du Chiapas) ont réalisé
un pèlerinage pour exiger la libération de
plusieurs prisonniers (voir bulletin antérieur).
Dans leur communiqué, et en référence
au processus électoral, ils diagnostiquaient: “la
politique, sous le joug des grands intérêts
économiques, semble avoir perdu sa boussole et exprime
uniquement une lutte malsaine de recherche du pouvoir pour
le pouvoir, et oublie de répondre aux besoins et
demandes de la population en général”.
Un autre élément
qui implique un changement en vue de 2006: à la fin
octobre, un projet de loi a été passé
au Chiapas. Il implique modifier l’article 35 de la
Constitution Politique de l’Etat quant aux conditions
pour pouvoir être élu gouverneur de l’Etat,
ce qui laisserait hors courses plusieurs prétendants
à ce poste comme Roberto Albores, du PRI, et Emilio
Zebadúa, du PRD.
Ces modifications incluent
para exemple que pour pouvoir se présenter comme
candidat à gouverneur, une condition est de ne pas
avoir occupé ce poste comme gouverneur constitutionnel,
provisoire, intérimaire ou substitut, et de ne pas
faire l’objet d’un processus pénal. Elles
établissent également que le candidat devra
être né au Chiapas et avoir résidé
dans l’entité au moins 5 ans.
Le projet prévoit
également d’autres modifications à des
lois secondaires en matière électorale. Il
propose que les conjoints et membres de la famille des gouverneurs
et maires ne puissent pas se présenter à des
postes électoraux. Il réduit la durée
des temps de campagnes à deux mois et crée
un bureau électoral comme organe autonome et indépendant.
Ce bureau serait cependant nommé par le Congrès
de l’Etat en fonction d’une proposition du pouvoir
exécutif local.
Cette loi a généré
plusieurs réactions de protestation, en particulier
de la part du PRI local. Le coordinateur de la fraction
parlementaire de ce parti, Mario Carlos Culebro, a critiqué
cette mesure comme étant "antidémocratique,
autoritaire, asservissante, totalitaire, archaïque
et contraire à la volonté du peuple du Chiapas".
CROISSANTE PERTE DE LEGITIMITE
DE LA DEMOCRATIE PARTIDISTE
Ce
que l’on peut observer au Chiapas est un reflet de
la situation à échelle nationale où
l’année 2006 correspondra également
aux élections présidentielles. Les principaux
partis politiques font face à une sévère
crise de crédibilité politique après
une série de scandales financiers dont aucun n’est
sorti indemne. Les intrigues visant à empêcher
la possible candidature à la présidence de
la République de l’actuel chef du Gouvernement
du District Fédéral, Andrés Manuel
López Obrador, en 2006 constituent un autre élément
dans cette perte de crédibilité.
A la mi novembre, un autre
élément a semblé marqué une
rupture définitive entre les pouvoirs et législatif
lorsque le président Fox a annoncé qu’il
attaquerait juridiquement le Budget de la Fédération
de 2005 que la Chambre des Députés avait approuvé.
Il a critiqué ce budget en le qualifiant d’”incohérent
et invivable''. Il a affirmé que les députés
de l’opposition prétendent bloquer le gouvernement
fédéral et l’empêcher de remplir
son objectif d’améliorer le bien être
des mexicains. Des sénateurs du PRI et du PRD ont
demandé au président Fox de cesser de confronter
le Congrès de l’Union et d’accepter le
Budget approuvé par la Chambre des députés,
et qu’en cas contraire il conduirait le pays à
une crise du gouvernement.
En novembre, un autre facteur qui a été interprété
comme une preuve de l’affaiblissement et de la perte
de prestige des institutions et du manque de confiance croissant
de la part de la population à leur égard a
été le lynchage de deux policiers à
Tláhuac au District Fédéral. Les analystes
ont également signalé la responsabilité
des moyens de communication, la télévision
en particulier, qui alimentent un "climat de terreur"
pour justifier la répression et la violence. Pour
le directeur d’Amnesty International - section Mexique,
ces expressions violentes vont croissant, en particulier
dans les nations où le gouvernement est incapable
de garantir un Etat de Droit.
LA RECHERCHE D’ALTERNATIVES
Dans ce contexte, les 27
et 28 novembre, un Premier Dialogue National pour un Projet
de Nation avec Liberté, Justice et Démocratie
a été convoqué dans la ville de Mexico.
Cette initiative promue principalement bien que de manière
non exclusive par un ensemble de forces syndicales se proposait
de convoquer “tous les secteurs sociaux, culturels
et politiques pour qu’ensemble nous avancions dans
l’élaboration d’un diagnostic des grands
problèmes nationaux et internationaux, en ébauchant
les aspects essentiels d’un Projet de Nation Alternatif
et en unissant toutes les résistances face au capitalisme
sauvage et au système corporatif pour construire
une proposition capable de disputer la conduite de la Nation
à la barbarie néolibérale”.
Plus
de 1700 participants de 164 organisations sociales, ouvrières,
paysannes, indigènes, d’étudiants, syndicales
et politiques, etc. ont assisté à cet espace
et ont décidé de “rejeter le modèle
de destruction et de mort appelé Néolibéralisme”
et de “continuer ce processus de dialogue
dans tout le territoire national, afin que les luttes de
résistance se fortifient et alimentent à leur
tout la formulation d’un Projet de Nation avec Liberté,
Justice et Démocratie” (voir: www.dialogonational1.org).
Il faut souligner que plusieurs exposés ont fait
référence à l’expérience
des “caracoles” zapatistes comme un
exemple positif des nouveaux modèles de participation
qui doivent être mis en place au-delà des actions
contestataires.
Début décembre,
à Chilpancingo, Guerrero, le forum “Contre
le silence et l’oubli: la voix des peuples indigènes
du Mexique”. Les organisations participantes
ont affirmé à nouveau leur détermination
à continuer à lutter contre la “contre-réforme
indigène de 2001” (loi sur les droits
et la culture indigène approuvée en 2001 et
que l’EZLN et les principales organisations indigènes
du pays ont rejetée) et à exercer leur droit
"à gouverner" par la voie des faits.
NOUVELLES BREVES SUR MONTES
AZULES
En octobre, la représentante
responsable de cette région auprès du Ministère
de la Réforme Agraire (SRA), Martha Cecilia Díaz
Gordillo a annoncé que 25 communautés
“en situation irrégulière”
dans la Communauté Lacandone et la Réserve
Intégrale de la Biosphère de Montes Azules
ont signé des accords permettant la solution du problème
agraire et écologique dans la zone. Ella ajouté
que 18 autres communautés négocient pour être
réinstallées dans une autre région
ou pour être régularisés via expropriation
(El Universal, 12 octobre 2004).
D’un autre côté,
fin octobre, l’EZLN a annoncé son intention
de reconcentrer plusieurs de ses communautés installées
dans le sud de la biosphère de Montes Azules et a
demandé à la société civile
nationale et internationale de les aider à réaliser
ces transferts et réinstallations.
L’EZLN (Armée
Zapatiste de Libération Nationale) a expliqué
cette décision en affirmant qu’"avec
l’avancée des dits ‘Comités de
Bon Gouvernement’, une grande partie des communautés
indigènes zapatistes se voient dotées de moyens
qui améliorent significativement leurs conditions
de vie. Cependant, l’éloignement et la dispersion
de plusieurs de ces villages présentent des difficultés
importantes. C’est pour cela que l’EZLN a accordé,
avec le consentement explicite de ses habitants, de reconcentrer
certains des peuples zapatistes dans cette zone, afin qu’ils
bénéficient de la couverture du Comité
de Bon Gouvernement de la zona Jungle-Frontière”.
Le communiqué explique également: “qu’ils
pourront ainsi mieux résister aux menaces, qu’ils
pourront prendre soin de la forêt, et qu’ils
participeront plus directement dans la lutte de l’EZLN
pour le respect et la reconnaissance des droits et de la
culture indigène”.
Les villages qui ont fait
ou continuent à faire l’objet de cette reconcentration
(sans qu’il s’agisse des seules communautés
zapatistes de Montes Azules) sont: Primero de Enero, San
Isidro, 12 de Décembre, 8 de Octobre, Santa Cruz,
Nuevo Limar et Agua Dulce. Cette reconcentration qui implique
un repositionnement stratégique de la part de l’EZLN
a été considérée par certains
comme un repli; et part d’autres comme la seule option
pour pouvoir défendre et appuyer ses communautés
dans cette partie sud de la réserve. Elle a été
réalisée sans violence ni publicité.
En novembre, 29 familles
tzotzils originaires de San Isidro (partie non zapatiste
de la population) et de Sol Paraíso ont été
réinstallées dans le nouveau village Nueva
Magdalena, hors de la zone forestière protégée.
Ce même mois, les représentants de 20 de Noviembre
et Nuevo México, deux des plus de 40 villages qui
doivent être expulsés ou réinstallés
à un autre endroit, ont rompu les négociations
avec les gouvernements du Chiapas et fédéral.
Ils ont exprimé: “Nous pensons que nous
faisons à nouveau l’objet de mensonges, qu’ils
veulent nous utiliser, et c’est pour cela que nous
demandons au Ministre de la Réforme Agraire, Florencio
Salazar Adame, et au gouverneur Pablo Salazar, de nous laisser
ici de manière définitive, sans altérer
la paix sociale".
A la fin novembre, plusieurs
organisations sociales de la municipalité d’Ocosingo
ayant une présence à Montes Azules ont averti
que “si le gouvernement veut maintenir le dialogue,
cela doit être avec respect et au plus haut niveau;
nous n’accepterons pas ceux qui n’ont pas de
pouvoir de décision”. Ils ont également
exigé la fin immédiate du harcèlement
supposément exercé par le CISEN (Centre d’Investigation
et pour la Sécurité Nationale) à leur
encontre.
PERSISTANTES PREOCCUPATIONS
EN MATIERE DE DROITS DE L’HOMME
En octobre, plusieurs organisations
civiles ont exprimé leur indignation suite à
la ratification de José Luis Soberanes, comme Président
de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH)
pour la prochaine période (2004-2009). Ils ont déploré
“la manière selon laquelle le processus
de sélection a été mené: avec
un accord entre partis politiques de dernière heure,
une participation extrêmement limitée et réduite
quant au nombre et au temps accordé aux organisations
de la société civile pour présenter
leurs opinions et leurs propositions, à portes fermées
(...) sans expliquer les critères sur lesquels ils
ont fondé leur décision (...) pour ratifier
presque automatiquement le Docteur Soberanes”.
Ils ont affirmé que “le Sénat ne
contribue pas à fortifier un organisme autonome,
mais tout le contraire. Ce qu’il fait réellement
c’est de mettre en danger sa légitimité
d’ores et déjà remise en cause, affaiblissement
tout le Système National de Protection des Droits
de l’Homme dans le pays”.
En novembre, le Réseau
Chiapas des Droits de l’Homme s’est prononcé
contre la Loi pour la Promotion et la Protection des Droits
de l’Homme approuvée dans cet Etat ce même
mois, car il considère qu’elle constitue un
pas en arrière quant à l’autonomie et
l’efficacité de la Commission de l’Etat
pour les Droits de l’Homme au Chiapas (CEDH). Ce réseau
a également remis en cause la nomination récente
de Yesmín Lima Adam comme titulaire de cette institution.
Ils ont affirmé qu’elle a été
nommée “sans avoir le profil adéquat
et sans passer par une procédure transparente et
inclusive de la société”. Ils ont
souligné: “Ces actes de la part du Congrès
de l’Etat, ajoutés à la destitution
arbitraire de Pedro Raúl López il y a peu,
ainsi que les réformes au Code Pénal du Chiapas
en vigueur depuis le mois de mai dernier, porte atteinte
de manière dramatique aux Droits de l’Homme
dans l’Etat du Chiapas, en limitant la jouissance
de garanties fondamentales et en affaiblissant l’organisme
responsable de leur protection”. (voir: http://www.laneta.apc.org/cdhbcasas)
En décembre, Amnesty
International a publié un rapport “Abus
sans réponses à Guadalajara: la résistance
à clarifier les violations des Droits de l’Homme
ne fait que perpétuer l’impunité”.
Il signale: “Le gouvernement du Mexique a exprimé
à plusieurs reprises son engagement pour prévenir
et punir les violations des Droits de l’Homme au Mexique.
Cependant les violations, comme la détention arbitraire,
la torture et les mauvais traitements qui ont eu lieu à
Guadalajara lors du Troisième Sommet d’Amérique
Latine, les Caraïbes et l’Union européenne
en mai 2004 démontrent que de sérieux abus
de ce type, particulièrement depuis les états
et les municipalités, sont encore des faits courants
dans le pays”. Quant à ce cas, et bien
que la CNDH ait documenté 118 détentions et
19 cas de torture, les recommandations émises para
cette instance ont été rejetées par
le gouverneur de Guadalajara jusqu’à ce jour.

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DOSSIER
Désobéissance
au paiement de l’électricité: une lutte
locale contre la privatisation
LE ‘NON PAIEMENT’
DE L’ÉLECTRICITE ET LE ‘TARIF VIE MEILLEURE’
Depuis
décembre 2003, le gouvernement de l’Etat du
Chiapas a signé une Convention avec la Commission
Fédérale d’Électricité
(CFE), chargée de pourvoir la population mexicaine
d’électricité. Cet accord a mis en place
le programme connu comme ‘Tarif Vie Meilleure’
(TVM), qui restera en vigueur jusqu’en 2006. Ses objectifs
selon le gouverneur du Chiapas devaient être: de mettre
fin à la “culture du ‘non paiement’,
commencer une nouvelle ère la ‘co-responsabilité’
et (...) obtenir un tarif électrique juste pour tous
les habitants du Chiapas”. Ce programme amnistie ceux
qui se trouvaient en prison du fait de leur lutte contre
les tarifs électriques injustes, et le désistement
de toutes les actions légales initiées à
leur encontre. (voir www.contreloriachiapas.gob.mx/tarifmeilleure/discursotarif.htm).
L’augmentation des
tarifs électriques et les conséquences liées
au non-paiement des factures constituent l’un des
principaux problèmes existant dans les communautés
du Chiapas. C’est ce que nous ont exprimé les
différents groupes avec lesquels nous avons parlé
lors de note récente visite dans la zone Nord (municipalité
de Tila). Dans ce même sens, le Comité de Bon
Gouvernement (JBG) de Roberto Barrios (à laquelle
appartient la zone Nord) nous a commentés que les
conflits en matière électrique et avec la
CFE ont été les plus fréquents lors
de leur première année de fonctionnement.
La ‘sur facturation’
de la lumière n’est pas propre des municipalités
de la zone Nord, ni du Chiapas. Dans l’Etat voisin
du Tabasco (au nord de Tila), 52% de la population ne paye
pas la lumière depuis près de 10 ans, ce qui
représente l’un des mouvements de résistance
les plus importants du pays. Ce mouvement a été
initié par López Obrador (à l’époque
candidat comme gouverneur de l’Etat pour le Parti
Révolutionnaire Démocratique -PRD, et aujourd’hui
Gouverneur du District Fédéral) face au fraude
électoral qui donna alors la victoire au représentant
du Parti Révolutionnaire Institutionnel, PRI (El
Universal, 30 octobre 2004).
Nous devons aussi rappeler
que la municipalité de Tila est l’une des zones
qui a le plus souffert de la violence après de soulèvement
zapatiste de 1994. C’est là que le groupe
“Développement, Paix et Justice” a
été formé. Il a été accusé
de commettre des actes paramilitaires, générant
terreur, morts et déplacements entre ceux qui appartenaient
à l’Armée Zapatiste de Libération
Nationale (EZLN) ou à d’autres organisations
opposées au gouvernement du PRI, comme les membres
du PRD ou d‘Abu Xu’ (coalition de groupes de
la société civile).
Actuellement, la sur facturation
de l’électricité affecte tous les groupes
existant dans les communautés, même si les
réponses face au problème varient en fonction
de l’organisation à laquelle ils appartiennent.
Ce facteur accroît les fractures sociales existantes
suite au conflit, et est une source de préoccupation
importante pour ceux qui comme nous visitent la région.
Dans les communautés
de la zone Nord, les maisons ont en moyenne trois ampoules
par famille; seule une minorité possède un
ou plusieurs appareils électriques du style réfrigérateur
ou télévision. Par ailleurs, la population
n’utilise généralement l’électricité
qu’entre 7 heures et 9 heures du soir, vu que leur
rythme de vie est fonction de l’horaire solaire. Dans
la plupart des communautés, la lumière n’est
arrivée qu’il y a peu. Dans certaines comme
Jolnixtié, durant l’époque la plus dure
du conflit, ce service était exclusif des membres
du PRI.
Au départ, ils recevaient
des factures de 15 o 20 pesos mexicains (un Euro environ)
par famille, mais ces derniers temps, elles s’élèvent
à 50, 80, 300 ou 500 pesos mexicains, sans que cela
corresponde à une augmentation proportionnelle de
leur consommation électrique. Nous parlons de familles
qui comptent chaque mois avec moins d’un salaire minimum
(1200 pesos mexicains, moins de 100 Euros). Il est donc
impossible pour elles de payer des factures aussi élevées,
ce qui les conduit à des dettes de milliers de pesos.
Aux difficultés de
paiement, il faut ajouter la présence de fonctionnaires
de la CFE qui viennent couper l’électricité
à ceux qui ne payent pas, provoquant des réactions
violentes de la part d’une population indignée
et impuissante quand elle ne peut payer des factures électriques
disproportionnées par rapport aux conditions économiques
dans lesquelles elle survit.
C’est dans ce contexte
que ‘TVM’ a été présenté
comme une façon de résoudre ce conflit de
manière dialoguée. Ce programme établit
un minimum de consommation bimestriel (de 300 à 400
Kw/heure en fonction de la région): les consommateurs
bénéficient d’une remise de 51% pour
les premiers 150 kw et de 12% pour les 100 kw suivant. Le
manque d’information adéquate a fait penser
à beaucoup de consommateurs que ce nouveau tarif
serait fixé sans prendre en compte les dettes antérieures,
c’est à dire en partant de zéro. Au
contraire, la signature de la Convention implique reconnaître
les dettes accumulées. Pour la surprise de nombre
d’entre eux, les dettes sont tellement élevées
que, même si le gouvernement assume un pourcentage
de celles-ci, elles représentent des quantités
impossibles à payer face au manque de liquidité
des économies familiales.
Actuellement, ceux qui ont
accepté le TVM et qui ne peuvent pas payer leurs
factures se voient couper la lumière de manière
définitive. Le programme n’a pas donné
les résultats escomptés vu que la plus grande
partie des personnes ‘en résistance’
l’a rejeté et continuent sans payer.

DIFFERENTES RESISTANCES FACE
AUX TARIFS INJUSTES
Dans la zone Nord, on peut observer différentes
formes de résistance. D’un côté,
les bases de soutien zapatistes ne payent pas la lumière
depuis 1994, une option qui fait partie de leur mouvement
de résistance face au gouvernement. Elle représente
un instrument de pression de plus pour exiger au gouvernement
de mettre en place les Accords de San Andrés (signés
par le Gouvernement Fédéral et l’EZLN
le 16 février 1996). Les zapatistes considèrent
la lumière comme une propriété collective
de la Nation, et exigent donc sa redistribution publique.
Les JBG se chargent du maintien des transformateurs et substituent
ainsi le manque de service de la CFE dans leurs territoires.
D’un autre côté, le
‘mouvement de résistance civil’ a été
créé spécifiquement suite à
l’organisation de la résistance contre le paiement
de l’électricité. Dans la municipalité
de Tila, la majorité fait partie de la société
civile qui s’est organisée contre le gouvernement
durant l’époque la plus violente du conflit
et qui ont du se déplacer face à la violence
des membres de ‘Paix et Justice’. Le début
de leur résistance se donne lorsqu’ils sont
revenus chez eux, après avoir réussi à
sauver leur vie, lorsqu’ils ont commencé à
recevoir des factures avec toutes les dettes accumulées
pendant leur déplacement. L’impossibilité
de payer des quantités aussi élevées
ainsi que l’indignation d’être tenus comme
endettés vis-à-vis de la CFE après
avoir été obligés à fuir sont
les principales raisons de leur désobéissance
et postérieurement de leur union au mouvement de
résistance civile. Ils affirment qu’ils ne
payeront pas tant qu’un tarif juste n’aura pas
été établi. Ce mouvement appartient
à l’Alliance de Résistance Civile de
l’Etat du Chiapas, créée en avril de
cette année, afin de lutter pour un tarif juste,
“en fonction des conditions économiques”
de la population. Il considère le TVM comme un leurre
qui vise à obtenir le paiement des dettes dans la
mesure où il ne met pas en place un véritable
tarif juste.
Certains membres du PRI, traditionnellement
alliés du gouvernement et qui acceptent ses projets
ou aides économiques, ont également cessé
de payer l’électricité (y compris certains
qui ont accepté le ‘TVM’) suite à
leur impossibilité de payer les factures. Dans ces
cas, ils ne s’organisent ni ne s’articulent
pas avec les autres mouvements de résistance.
Il existe des exceptions comme dans la
Municipalité Autonome de San Juan de La Libertad,
où les différents groupes politiques (bases
zapatistes, membres du PRD, du PRI ou du Parti du Travail-
PT) se sont organisés pour réparer le transformateur
et assurer le service électrique pour tous.

POURQUOI PAYER AUTANT POUR
UNE RESSOURCE NATURELLE AUSSI BASIQUE?: LA PRIVATISATION
La lumière forme partie des droits
économiques, sociaux et culturels, fondamentaux pour
jouir d’une vie digne. L’énergie électrique
a été considérée comme un service
public au Mexique depuis l’époque du Président
Lázaro Cárdenas, qui a commencé la
nationalisation de l’Industrie Électrique qui
pris fin en 1960. La CFE a été constituée
comme un organisme décentralisé depuis la
fin des années 40. Elle a été chargée
de pourvoir l’électricité à la
population mexicaine, excluant le capital privé de
ce marché. Elle est considérée comme
propriété du peuple mexicain et destinée
à un bénéfice social.
La politique énergétique
nationale a été reformulée à
partir de 1992 avec la réforme de l’article
27 Constitutionnel qui ouvre la porte aux investissements
privés dans le pays.
Selon le Centre d’Investigations
Economiques et Politiques pour l’Action Communautaire
(CIEPAC), le Chiapas génère entre 45 et 65%
de l’énergie hydroélectrique du pays.
Les contradictions voient le jour lorsque l’on constate
que la plupart de l’énergie produite au Chiapas
est destinée à la ville de Mexico et de la
zone urbaine alentours. Selon la JBG de La Realidad, 90
% des communautés de la région dont elle est
responsable dans la Jungle n’ont pas l’électricité.
En dépit des inégalités
sociales et économiques, les politiques fédérales
ne répondent pas aux besoins locaux mais aux intérêts
marqués par les exigences du ‘développement’
et de la consommation des pays les plus industrialisés.
La haute consommation énergétique des USA
et leur manque de ressources propres expliquent les intérêts
de ce pays pour les zones de libre échange dans le
continent américain et pour la création de
marchés énergétiques régionaux
qui lui permettent de couvrir ses besoins dans les prochaines
décennies. Pour le CIEPAC, la résistance au
paiement électrique peut être perçue
comme un obstacle dans l’organisation de la région
du Plan Puebla-Panama (PPP), dans laquelle la création
d’un marché électrique régional
est prévu par le biais du Système d’Interconnexion
Électrique pour l’Amérique Centrale
(SIEPAC). Ainsi, pour 2007, une ligne de transmission de
haut voltage devrait être établie, unissant
les systèmes électriques depuis le Panama
jusqu’au Mexique, et du Mexique jusqu’aux Etats-Unis.
Selon la Banque Interaméricaine du Développement
(BID), l’objectif est de créer ‘une interconnexion
mesoaméricaine qui attire la participation du secteur
privé pour le développement du marché
électrique de la région’ et afin d’améliorer
l’‘efficacité économique du processus
complet d’approvisionnement’. (LaJornada, “Les
fronts du PPP”, 18 octobre 2004).
Le groupe de Développement de
la Politique Energétique Nationale des Etats Unis
a publié un rapport dans lequel il signale: "La
production et la coopération accrues entre les secteurs
énergétiques des Etats-Unis, du Canada et
du Mexique amélioreraient notre sécurité
énergétique et, par le biais de nos liens
économiques dans le cadre de l’Accord de Libre
Echange d’Amérique du Nord, augmenterait de
manière significative la sécurité économique
de chaque pays ". Ce rapport affirme que les réformes
constitutionnelles de de 1992 au Mexique permettent aux
entreprises privées de générer de l’électricité
pour leur propre consommation et de vendre l’excédent
à la CFE. (http://usinfo.state.gov/espanol/mexico/01082905.htm)
Dans ce contexte régional de marchés
‘libres’, le Ministère des Finances du
Gouvernement Fédéral a émis un Décret
qui modifie les tarifs, en éliminant une partie des
subventions (décret publié dans le Journal
Officiel le 7 février 2002). Cette mesure devrait
aider le gouvernement à faire en sorte que les usagers
avec la consommation la plus basse se voient bénéficiés
et d’un autre côté, obtenir plus d’argent
pour un service de meilleure qualité. Aucun de ces
deux objectifs n’a été atteint parce
que les usagers qui consomment le moins sont ceux qui souffrent
le plus de cette modification des tarifs; et selon les témoignages
des communautés, la CFE est toujours vue comme incapable
de fournir une maintenance et un service adéquats.
Quelques mois plus tard, en août 2002, le pouvoir
exécutif fédéral a présenté
un projet de réforme de l’article 27 qui ouvre
la possibilité aux particuliers de produire de l’énergie,
une faculté traditionnellement réservée
à la Nation. L’exclusivité fédérale
ne se maintient que pour la prestation du service public.
En avril 2003, la Cour Suprême
de Justice de la Nation (SCJN) a décrété
la suspension provisoire du décret antérieur.
Cette décision a ouvert la porte à l’interposition
de recours légaux face à la sur-facturation,
dans la mesure où l’on devrait avoir repris
les tarifs subventionnés et la différenciation
entre les usagers.
Au Chiapas, l’interposition de
ces recours n’a guère prospéré
du fait de fraudes de la part de l’avocat chargé
de défendre ces cas.

LA DESOBEISSANCE CIVILE:
UN MOYEN DE RESISTANCE
Nous avons pu constater que le ‘TVM’ est un
facteur qui augmente les conflits dans des zones comme Tila
où le tissu social a été détruit
du fait du conflit. Les mêmes institutions gouvernementales
ont exercé des pressions directes et indirectes sur
la population afin qu’elle accepte le TVM, en insistant
sur les avantages de ce programme et la convenance de l’accepter.
Les fonctionnaires de la CFE ont forcé certains à
signer l’accord en les menaçant de ne pas réparer
les transformateurs s’ils ne le faisaient pas. Dans
certaines communautés, le ‘comisariado’
(autorité communautaire) a également fait
pression sur les familles pour qu’ils signent ce contrat
et dans d’autres, cette signature a été
exigée comme condition pour obtenir d’autres
projets et aides de la part du gouvernement.
A tout cela, il faut ajouter
le manque de qualité de l’énergie fournie:
les coupures d’électricité sont un fait
quotidien dans les communautés. La tension électrique
est variable et ces variations nuisent les appareils électriques.
La médition de la consommation n’est pas effectuée
directement dans les communautés, ce qui peut expliquer
les différences de facturation entre voisins, sans
importer leur consommation réelle; ou bien le fait
que certains ne reçoivent pas de factures.
La désobéissance
organisée s’est présentées comme
une réponse de survie de la part de la population
face à des lois et décisions considérées
comme injustes. Dans ce cas, elle se réalise face
à une politique de tarifs et surtout contre une politique
des services publics qui a oublié sa fonction sociale.
Cette voie apparaît comme la seule option quand les
autres issues se referment (parmi celles-ci, la juridique,
lente, coûteuse et par rapport à laquelle il
faut prendre en compte le manque de crédibilité
des institutions de l’Etat).
Le mouvement de résistance
signale la privatisation du secteur énergétique
comme l’une des principales raisons qui explique les
tarifs électriques élevés: “le
gouvernement cherche à montrer aux investisseurs
étrangers que la CFE est un négoce rentable
qui encaisse des hauts tarifs” (Document des Coordinatrices
Régionales du Chiapas de la Société
Civile en Résistance). Une autre explication que
l’on entend beaucoup tient à l’idée
que le non-paiement généralisé serait
un argument parfait pour justifier l’insolvabilité
de la CFE et, de ce fait, le besoin d’introduire des
capitaux privés.
Dans ce contexte, le programme
‘TVM’ n’est pas seulement source de conflits,
il représente une proposition partielle et limitée
dans la mesure où il n’influe pas sur les politiques
énergétiques décidées dans les
espaces politiques internationaux, loin des réalités
communautaires; l’opinion de la société
civile n’a pas été prise en compte dans
les négociations qui ont permis d’établir
le TVM.
Ces résistances sont
l’une des expressions de l’opposition de la
société civile à la privatisation de
l’énergie électrique. Elles permettent
de mieux comprendre les raisons pour lesquelles le soulèvement
zapatiste a coïncidé avec la signature de l’Accord
de Libre Echange de l’Amérique du Nord. Le
sens de ces luttes s’explique aussi dans le cadre
du mouvement global contre la mise en vente des ressources
basiques comme l’électricité, le pétrole,
l’eau ou la biodiversité. Finalement, ces expériences
sont des pas importants dans le sens de la récupération
de l’autonomie et de la construction d’un projet
de vie différent, dans lequel les peuples peuvent
opiner sur les politiques qui affectent leur quotidien.

::
ARTICLE
Ecole des Amériques:
no más, no more, plus jamais
No mas,
no more shout the hills of Salvador
Echo the voices of the world we cry out
No Mas No more
No mas No more –we must stop the dirty wars,
Compañeros compañeras we cry out, |
Plus jamais crient les montagnes
du Salvador
Comme l’écho des voix du monde, nous crions
Plus jamais
Plus jamais – nous devons stopper les guerres
sales
Compañeros compañeras crions |

Dimanche 21
novembre: la journée s’annonce
nuageuse tandis que la rue commence à se remplir
face à l’entrée de la base militaire
de Fort Benning, Columbus, Georgia, USA. En quelques heures,
près de 16.000 personnes se réunissent. Tous
portent une croix blanche. Sur chacune, on peut lire le
nom d’une personne d’Amérique Latine,
son age et l’endroit où elle a été
assassinée. La mienne porte le nom de Lorenzo Gómez
Perez, une des victimes du massacre d’Acteal, le 22
décembre 1997 au Chiapas. A 10 heures du matin, la
marche commence lentement vers l’entrée de
la base. Depuis le podium, plusieurs personnes chantent
sur une mélodie grégorienne les noms des milliers
de victimes, enfants, jeunes, personnes âgées,
hommes et femmes. 16.000 voix répondent PRESENT!.
Pendant plus de deux heures, les participants s’avancent
jusqu’à la grille de l’entrée
de la base et y laissent leurs croix.
Ceci
est la manifestation qui s’organise chaque année
contre l’Ecole des Amériques (SOA), une institution
qui entraîne des soldats dans toute l’Amérique
Latine. Elle a désormais changé de nom et
s’appelle officiellement l’Institut de l’Ouest
de Coopération pour la Sécurité (Western
Hemispheric Institute for Security Cooperation WHISC). Cette
Ecole a été fondée au Panama en 1946
par l’Armée des USA pour aider les gouvernements
latino américains à promouvoir la “stabilité”
et la “démocratie” dans leurs pays respectifs
avant d’être transférée à
Fort Benning, Georgia, USA en 1984. Elle a perdu beaucoup
de son prestige lorsque l’on a su que ses diplômés
avaient contribué à établir pour le
moins 10 dictatures militaires et que plusieurs d’entre
eux avaient pris part dans des assassinats, massacres et
une série de violations des Droits de l’Homme
en Amérique Latine.
Un des cas les plus connus
et les plus choquants est l’assassinat de six pères
Jésuites, de leur assistante et de sa fille au Salvador
en 1989. La Commission de la Vérité de l’ONU
a établi que 19 des 27 soldats impliqués dans
ce massacre étaient des diplômés de
l’Ecole des Amériques. Lamentablement, il ne
s’agit que d’un exemple parmi des centaines
dans d’autres pays comme le Honduras, le Guatemala
et le Pérou.
Les manuels de l’Ecole
publiés en 1996 montrent que cette institution a
enseigné et entraîné des soldats sur
les techniques de torture physique et psychologique, d’interrogatoires,
contre insurgeance, Guerre de Basse Intensité, franc
tireur, ou pour réaliser des opérations de
commando (Centre d’Investigations Economiques et Politiques
pour l’Action Communautaire-CIEPAC).
Durant les 50 premières
années de fonctionnement de l’Ecole, le Mexique
a envoyé peu d’étudiants à l’Ecole
des Amériques. Cependant, au cours de cette dernière
décennie, sa participation est allée croissant
au point qu’en 1997, un tiers des diplômés
était des mexicains. Au moins 18 militaires en positions
de commandement au Chiapas, au Guerrero et à Oaxaca
ont été formés dans cette Ecole.
La manifestation contre
la SOA de cette année ne cherchait pas qu’à
dénoncer les conséquences en Amérique
Latine. Il s’agissait aussi d’une prise de position
face à la situation des milliers de soldats US qui
prennent part à la guerre en Iraq. La mère
d’un des soldats mort là bas a expliqué
qu’il est important de voir dans chaque soldat mort
non seulement une perte dans le combat mais une personne
à part entière avec sa famille, ses amis,
son travail, un contexte social particulier, etc...
Parmi
les activistes il y avait un peu de tout: des religieuses,
des punks, des étudiants, des vétérans
de guerre (nombre d’entre eux du Vietnam), des syndicalistes,
des enfants, etc. Chaque année un acte de désobéissance
consiste à “franchir la ligne”. Auparavant
il s’agissait effectivement de franchir une ligne
dessinée sur le sol qui marquait l’entrée
de la base, ce qui était interdit et impliquait détention.
Cette année il fallait sauter la grille. 20 personnes
ont été détenues. Pour cet acte de
désobéissance civile, pour être entré
et pour s’opposer à la politique de leur gouvernement,
ils devront passer entre 3 et 6 mois en prison. Depuis 1990,
lorsque ces manifestations ont commencé, 170 activistes
ont passé entre tous 85 ans en prison pour avoir
protesté contre cette Ecole et sa politique. La plupart
étaient des religieuses.
Cette manifestation représentait la dernière
partie d’une tournée de travail de trois semaines
aux USA que j’avais débutée à
peine deux jours après les élections présidentielles
dans ce pays. C’était la première fois
que je venais là après plusieurs années
et le passage par Migration fut une expérience étrange
et assez terrifiante, non seulement à cause de l’attitude
désagréable de l’officier, mais aussi
et surtout parce qu’ils prirent les empreintes de
mes index et une photo de mon visage. Il s’agissait
seulement du début de mon voyage dans ce pays dit
de la liberté.
Rencontrer mes amis US déçus
et tristes face aux résultats des élections
et la réélection du président Bush
pour 4 années de plus fut aussi stressant. Beaucoup
avait décidé de participer et réalisèrent
de grands efforts pour essayer de mettre fin à l’option
belliqueuse que représente Bush. Quelqu’un
m’a dit que c’était la première
fois qu’il avait pris part aux campagnes parce qu’il
ne pouvait pas supporter l’idée de vivre 4
ans avec le président George W. Bush à la
tête de son pays. Certains sont également allés
en Floride pour travailler dans la campagne démocrate
et éviter un fraude comme celui des élections
antérieures. Finalement, ce fut sans pouvoir obtenir
le résultat qu’ils espéraient.
Une chose surprenante fut
de me rendre compte de la bipolarisation existante à
l’intérieur de la société US,
bipolarisation accrue dans ce contexte post-électoral.
Durant la manifestation contre la SOA, plusieurs arboraient
des T-shirts et des pins sur lesquels “Protester
es un acte patriotique” apparaissait. Je ne comprenais
pas le sens de cette expression jusqu’à ce
qu’une amie m’explique: “Les républicains
monopolisent le mot ‘patriotisme’. Quand nous
protestons contre notre gouvernement, certains croient que
nous sommes contre notre patrie. Pour nous, il est important
de montrer que notre manifestation n’est pas seulement
un droit démocratique et qu’au contraire, en
la réalisant, nous exerçons la démocratie
nécessaire pour que notre pays existe”.
En ce sens, j’ai entendu
deux histoires exemplaires de cette situation. Une adolescente,
de 11 ans, s’est exprimée dans son école
face à la guerre en Iraq en disant: “tant
de gens sont déjà mort, et tant d’autres
sont innocents, qu’il vaudrait mieux que nos troupes
reviennent”. La maîtresse l’a punie
en la mettant au coin. D’un autre côté,
un professeur d’université m’a raconté
qu’après avoir prononcé un discours
contre la guerre en Iraq à la télévision,
il avait commencé à recevoir diverses pressions
pour abandonner son poste.

Après avoir vu cette
situation, si difficile à comprendre à distance,
la seule chose qui m’a réconforté, c’est
d’avoir connu tant de personnes qui luttent pour changer
leur propre société. J’ai pu connaître
différentes personnes qui vouent une partie de leur
temps libre pour travailler dans des organisations qui luttent
contre l’injustice économique, sociale, et
politique. Cette lutte contre la politique du gouvernement
US de la part de ses propres citoyens fait partie du mouvement
global qui cherche à réaliser le rêve
d’un autre monde possible. J’admire ces gens,
la voix des 16.000 personnes présentes à Fort
Benning, pour se souvenir le temps d’une manifestation
de tous les morts provoqués par la SOA et crier NO
MAS NO MORE, plus jamais...
Pour plus d’information:
www.soaw.org
http://www.ciepac.org/bulletins/100-200/bolec181.html
http://faculty.hope.edu/psych/psy281/soa.html
http://www.benning.army.mil/whinsec/

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ACTIVITÉS DE SIPAZ
Octobre- Décembre
2004
ACCOMPAGNEMENT
Entre octobre et novembre, nous nous
sommes réunis avec les Comités de Bon Gouvernement
des 5 “caracoles” zapatistes.
Nous avons participé comme observateurs
électoraux aux élections du 10 octobre dans
la municipalité de Chenalhó.
En novembre, nous avons visité
la zone Nord du Chiapas pour interviewer différents
groupes sur la conjoncture et pour mieux connaître
le mouvement de résistance au paiement de l’électricité,
thème de notre Dossier.
CONTACTS ET INFORMATION
Nous avons reçu des visiteurs,
délégations, étudiants et journalistes
et nous leur avons présenté le contexte du
Chiapas et le travail du SIPAZ. La plupart venaient des
USA et d’Europe.
En octobre, nous nous sommes réunis
avec des membres de l’Ambassade des USA (au Chiapas)
et en novembre, avec des membres de l’Ambassade d’Allemagne
(à Mexico).
En octobre et en décembre, nous
avons interviewé différents acteurs de la
ville de Mexico pour échanger des informations sur
le contexte national.
En octobre, nous avons terminé
deux vidéos: une générale sur le travail
du SIPAZ et une autre sur le projet de marionnettes que
nous avons réalisé avec Alliance Civique,
Chiapas.
En novembre et décembre, nous
avons participé à deux sessions du séminaire
“L’œuvre d’Immanuel Wallerstein:
une entrée pour mieux comprendre le monde actuel
depuis une perspective critique” coordonné
par le “Centre d’Etudes, d’Information
et de Documentation: Immanuel Wallerstein” de
l’Université de la Terre-Chiapas et le Centre
Indigène de Capacitation Intégrale (CIDECI).
EDUCATION POUR LA PAIX
Nous continuons à travailler
avec le Réseau pour la Paix, un espace pour la réflexion
et l’action qui cherche à appuyer les processus
de paix dans les organisations et communautés du
Chiapas.
En novembre, nous avons animé
une Rencontre de deux jours du Réseau mexicain de
constructeurs de Paix, à Mexico. Les thèmes
travaillés furent les concepts de Paix et Transformation
des conflits. Ce Réseau continue à avancer
dans la construction de son plan stratégique.
Nous continuons à animer des ateliers
sur la Culture de Paix et les Droits de l’Homme avec
les jeunes du Centre pour le Développement Communautaire
(CEDECO) de San Cristóbal de Las Casas.
En octobre, l’équipe de
marionnettistes “Diversités”
a présenté des fonctions sur le respect à
la diversité à plus de 1.200 élèves
de différentes écoles de San Cristóbal
de Las Casas.
Nous avons tenu plusieurs réunions
et interviews avec des acteurs religieux de Chenalhó
et de San Cristóbal de Las Casas
Nous avons assisté au Second Symposium
International sur le Protestantisme réalisé
à San Cristóbal de Las Casas du 19 au 22 octobre.
TRAVAIL NATIONAL ET INTERNATIONAL
Les 15 et 16 novembre, nous avons présenté
deux exposés lors de l’évènement
“Mondialisation, Commerce Equitable et groupes
en Résistance” organisé par l’Université
Autonome de Puebla (BUAP).
En novembre, nous avons présenté
un exposé lors de la XIVème Journée
International Las Casas, organisée à Chetumal,
Quintana Roo, et convoquée par l’Institut de
Recherches Juridiques de l’UNAM (Université
Nationale Autonome de Mexico) ainsi que par l’Université
de Quintana Roo. Cette journée portait sur la Convention
169 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT)
en matière des droits indigènes et des tribus.
Nous avons assisté comme observateurs
au Premier Dialogue National pour un Projet de Nation avec
Liberté, Justice et Démocratie réalisé
à Mexico les 27 et 28 novembre. L’objectif
de cet espace était d’ouvrir un débat
sur les thèmes: Souveraineté Nationale et
mondialisation; Nouveaux Modèles de Développement
Économique; Nouveaux Modèles de Démocratie;
Identités, Cultures et Education; Justice et Droits
Sociaux; Alternatives d’Organisation et d’Alliances.
En novembre, un membre de l’équipe
a réalisé une tournée de trois semaines
aux USA, principalement à Washington et Chicago.
Elle s’est réunie avec plusieurs membres de
notre coalition et a assisté aux manifestations face
à l’Ecole des Amériques (Fort Benning,
Georgia).
En décembre, un autre membre de
l’équipe a commencé une tournée
en Allemagne qui la conduira dans plusieurs villes de ce
pays.

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