:: ACTUALITÉ
CHIAPAS / MEXIQUE: Rapports de gouvernements
Le Chiapas traverse actuellement un
contexte pré-électoral vu que le 3 octobre prochain, 118
maires (municipalités) et 40 députés pour
l’état du Chiapas devront être élus.
En dépit de la profusion d’affiches, slogans et
actes de prosélytisme, le contexte national diminue
partiellement l’importance de la recomposition des groupes
de pouvoir locaux qui va de pair avec ce processus. Il semble
bien plutôt que ce qui est en jeu ce sont, de manière
anticipée, les prochaines élections fédérales
de 2006. Si l’on garde cette date en tête, deux
faits s’offrent comme un significatif baromètre
politique: le rapport de gouvernement présenté par
le président Fox en septembre; et, une série
de communiqués du sous-commandant Marcos publiés
en août qui constituent le premier rapport des Comités
de Bon Gouvernement un an après leur formation.
CONFUSION AUTOUR DU RAPPORT PRÉSIDENTIEL
Le
1er. septembre dernier, le président Fox a présenté son
quatrième rapport de gouvernement auprès du Congrès
de l’Union, dans une enceinte entourée de policiers,
de militaires et de barrières métalliques de
plus de trois mètres de haut. Autour de l’édifice, à peine
contenus par les forces de l’ordre, des milliers de paysans
et syndicalistes avaient organisé une manifestation.
A l’intérieur de la Chambre des Députés,
les expressions de mécontentement ont également
prédominé. La cérémonie a été interrompue
23 fois du fait des protestations de législateurs de
tous les partis politiques (à l’exception du Parti
d’Action Nationale, le parti du président). Les
députés du Parti de la Révolution Démocratique
(PRD, le principal parti de gauche) exprimèrent leur
désapprobation en tournant le dos au président.
Il est donc logique que la presse ait particulièrement
souligné la trêve que Vicente Fox demanda pour
pouvoir parvenir à des accords conjoints: “Le
changement politique présente encore d’importantes
carences. Une des plus évidentes tient au fait que la
communication entre les pouvoirs législatifs et exécutif
n’a pas été aussi fluide que ce que ces
temps requièrent. (...) C’est une responsabilité pour
tous les membres de la classe politique d’éviter
que la société ne se désillusionne de
la démocratie; qu’elle pense que la lutte de tant
d’années n’a servi à rien”.
D’autres ont cependant interprété une
de ses interventions “Qu’aucune autorité ne
soit plus jamais au-dessus de la loi” comme une allusion
directe à Andrés Manuel López Obrador,
l’actuel chef du Gouvernement du District Fédéral.
Membre du PRD, celui-ci compte sur une forte acceptation populaire
comme possible candidat à la présidence de la
République. Il existe une requête du bureau du
Procureur Général de la République (PGR) pour retirer l’immunité au mandataire de la capitale
mexicaine afin de le juger sur sa responsabilité présumée
pour abus de pouvoir et non-exécution d’un ordre
judiciaire qui lui demandait d’interrompre les travaux
pour construire deux voiries. Ce procès pourrait l’empêcher
de présenter sa candidature. Cette situation a provoqué l’indignation
populaire comme on a pu l’observer lors d’une manifestation
de centaines de milliers de mexicain(e)s à Mexico DF
le 29 août. Plusieurs députés du PRD ont également
protesté sur ce thème lors de la présentation
du IVème rapport présidentiel.
Certes, le manque d’accords politiques minimums avec
l’opposition au sein du Congrès de l’Union
a rendu difficiles les réformes structurelles que le
président se proposait. Mais il existe aussi de nouveaux
fronts de bataille à l’intérieur de son
parti et de son propre cabinet du fait d’une période
de succession anticipée. Alfonso Durazo Montaño,
ex porte-parole présidentiel a renoncé à son
poste en dénonçant: "S’il n’y
a pas de légalité, d’équité,
de démocratie et d’arbitrage présidentiel
impartial, la dispute électorale de 2006 pourrait en
venir à se convertir en une répétition
des vieilles et nocives rondes de méfiance quant aux
résultats électoraux. Et si les élections
ne se résolvent pas dans les urnes, elles se résoudront
dans la rue.” Le scandale qui suivit aboutit à la
renonciation de Marta Sahagún à son intention
de succéder à son mari au poste présidentiel.
Dans tous ces aspects de politique interne
et d’autres à échelle
internationale (relations avec les USA et Cuba en particulier),
des contradictions apparaissent montrant la situation d’impasse
dans laquelle se trouve le leadership politique mexicain (pouvoirs
exécutif et législatif).
Dans la population, ce qui prédomine est surtout la
désillusion et le manque de confiance vis-à-vis
de la classe politique. Ceci était déjà notable
si l’on se rappelle le haut abstentionnisme qui avait
caractérisé les élections de 2003. L’apparente
stabilité macro-économique ne se reflète
ni dans les hauts niveaux de pauvreté ou de chômage,
ni dans les questions de base qui sont celles qui préoccupent
effectivement les mexicains (par exemple le thème de
l’insécurité). Cette stabilité ne
peut pas non plus occulter la profonde crise sociale et politique,
qui explique la multiplication de manifestations populaires
dans les rues de Mexico au cours des derniers mois.
 BILAN
DES COMITES DE BON GOUVERNEMENT UN AN APRES LEUR MISE EN PLACE
Par le biais d’une
longue série de communiqués intitulés “Lire
une vidéo”,
le sous-commandant Marcos a publié un premier bilan
du fonctionnement des Comités de Bon gouvernement (JBG)
qui devrait être complété par les mêmes
comités à la mi-septembre.
Bien que ces textes aient eu peu de répercussion dans
les mass média, plusieurs aspects valent la peine d’être
soulignés, en particulier dans le contexte politique
que nous venons de décrire. Dans la première
partie de ces communiqués, Marcos décrit le panorama
politique actuel en ces termes: “Une rapide révision
des principales images de la "vie nationale" (...)
provoque une sensation de chaos, d‘anachronisme et de
non-sens. Le calendrier en vigueur indique la moitié de
l’an 2004, mais la programmation semble parfois correspondre à la
moitié du XIXème siècle, et à d’autres
moments à la moitié de l’an 2006”.
Il questionne sur la corruption et l’anti-démocratie
des partis politiques, la tendance toujours plus à droite
des luttes entre et au sein de ces partis, le rôle des
moyens de communication et les problèmes de fonctionnement
du système juridique mexicain.
La seconde partie est la plus auto-critique
quant au bilan des JBG. Marcos ne reconnaît pas comme une “erreur” le
fait que les visiteurs doivent attendre (parfois longtemps)
en expliquant: “il faut comprendre que nous sommes un
mouvement rebelle et en résistance. Si l’on ajoute à cela
plusieurs générations victimes de mensonges et
de trahisons, on peut comprendre le manque de confiance naturel
(...). Ce que certains voient comme des tendances bureaucratiques
de la parte des JBG et des conseils autonomes est, en réalité,
le fruit de la dynamique du chasseur et du chassé.”
Il ne reconnaît pas non plus comme une erreur la rotation
des membres des JBG dans les ‘Caracoles’. Il explique: “Nous
savons bien que cette méthode rend difficile la réalisation
de certains projets, mais c’est aussi et au contraire
une école de gouvernement qui, à la longue, donnera
ses fruits dans une nouvelle façon de faire de la politique.
Qui plus est, cette ‘erreur’ nous a permis de combattre
la corruption qui aurait pu se présenter parmi les autorités.
(...) Cela prendra du temps, je le sais, Mais pour ceux qui,
comme les zapatistes, font leurs plans en fonction de décades,
quelques années, ce n’est pas beaucoup”. Ils font aussi attention (“une autre ‘erreur’,
qui n’en est pas une”) au thème de la représentativité,
d’où leur refus des invitations et des demandes
de soutiens d’autres mouvements.
Au bout du compte, Marcos reconnaît
principalement deux erreurs: la participation des femmes et
la relation entre la
structure politico-militaire zapatiste et les gouvernements
autonomes.
Par rapport aux femmes, il écrit: “Si dans les
Comités Clandestins Révolutionnaires Indigènes
des différentes zones le pourcentage de participation
féminine varie entre 33 et 40%, dans les conseils autonomes
et les Comités de Bon Gouvernement il est en règle
générale de moins de 1%. (...) Bien que les femmes
zapatistes aient joué et jouent un rôle fondamental
dans la résistance, le respect de leurs droits reste,
dans certains cas, une pure déclaration sur du papier.
La violence intra familiale a diminué, c’est vrai,
mais plus pour les limitations dans la consommation d’alcool
que grâce à une nouvelle culture familiale et
de genre”.
En ce qui concerne la relation entre la
structure politico-militaire et les gouvernements autonomes,
il assume pleinement les limitations: “Au
départ, l’idée était que l’EZLN
devait accompagner et appuyer les peuples dans la construction
de l’autonomie. Cependant, l’accompagnement s’est
converti en direction, le conseil en ordre... et le soutien
en entrave. (...) Le fait que l’EZLN soit une organisation
politico-militaire et clandestine contamine aujourd’hui
encore des processus qui se doivent d’être démocratiques”.
Dans la troisième partie, Marcos commente que le “Vieil
Antonio” lui a expliqué une fois que les indiens
marchent voûtés “parce qu’ils portent
sur les épaules leur cœur et le cœur de tous
les autres". Il ajoute que “Aux deux épaules
du commun des êtres humains, les zapatistes en ont ajouté un
troisième: celui des ‘sociétés civiles’ ”. Il les remercie de leur solidarité et souligne que pour
eux, elle a été une cause “qui pour nous
tout seuls deviendrait grande: la construction d’un monde
où tous les mondes trouvent leur place, c’est-à-dire
un monde qui porte le cœur de tous”.
Il souligne aussi que cette année, des “personnes
et organisations de, pour le moins, 43 pays, y compris (...)
le Mexique” ont visité les ‘Caracoles’.
Il rapporte également des entrées pour près
de 12 millions et demi de pesos et des sorties pour près
de 10 millions. Il explique comment cet argent a été réparti
entre les 5 ‘Caracoles’ et pourquoi il a été réparti
de cette façon. Même si les mêmes JBG donneront
les détails, il a clarifié que rien n’a été utilisé pour
bénéfice propre.
La quatrième partie se réfère à ce
que Marcos appelle “quatre mensonges”: des arguments
que certains groupes adverses aux processus autonomes zapatistes
ont utilisé dans le passé et jusqu’à présent.
La première a trait au fait que ces processus pourraient
désintégrer ou “balkaniser” le pays.
Marcos souligne que cela n’a pas été le
cas même si le pays est “effectivement, en voie
de désintégration, non pas du fait de l’autonomie
indigène mais suite à une authentique guerre
interne, la destruction sans pitié de ses fondements:
la souveraineté sur les ressources naturelles, la politique
sociale et l’économie nationale. (...) En résumé,
le gouvernement fédéral a renoncé à ses
fonctions et l’Etat National tremble, frappé par
ceux qui sont en haut, et non pas par ceux qui sont en bas”.
Face à cette situation, il propose de “refonder
la nation. Avec un nouveau pacte social, une nouvelle Constitution
et une nouvelle façon de faire de la politique. En résumé,
ce qui manquerait est un programme de lutte construit depuis
le bas, en fonction de l’agenda nationale réel,
et non pas celles que les politiques et média promeuvent”.
Un second questionnement face à la construction de
l’autonomie zapatiste était le risque de construire
un Etat à l’intérieur de l’Etat.
Marcos répond en disant: “Les JBG sont nés
pour répondre aux besoins de tous, les zapatistes, les
non zapatistes, et, y compris, les anti-zapatistes.”. Il affirme qui plus est: “Respecter, c’est reconnaître.
Les Comités de Bon Gouvernement reconnaissent l’existence
et la juridiction du gouvernement de l’état du
Chiapas et les municipalités officielles. Et, dans la
majorité des cas, les autorités officielles municipales
et le gouvernement de l’état reconnaissent l’existence
et la juridiction de la JBG. De la même façon,
les Comités de Bon Gouvernement reconnaissent l’existence
d’autres organisations. Ils respectent et demandent respect”.
A différence du passé, et en contraste de ce
qu’il écrit sur le commissaire pour la Paix du
gouvernement fédéral, Luis H. Alvarez, Marcos
reconnaît: “Sachant que la vision du zapatisme
n’est pas locale mais fédérale, le gouvernement
du Chiapas a choisi de ne pas faire partie du problème
et essaye de faire partie de la solution”.
Un troisième risque que signalaient les critiques de
l’autonomie était la possibilité que les
conflits prolifèrent. Marcos indique qu’au contraire,
ceux-ci ont diminué et que ce qui se cherche est une
solution réelle plus qu’une punition. Il reconnaît
la juridiction du pouvoir judiciaire de l’état.
Il questionne cependant: “Dans les cas qui se sont présentés
jusqu’à présent, la justice du gouvernement
du Chiapas a brillé par sa lenteur et son inefficacité.
Il semble que l’appareil judiciaire de Chiapas n’est
rapide que lorsqu’il s’agit de pénaliser
les ennemis politiques du gouvernement étatique”.
Une quatrième “mensonge” selon Marcos,
se réfère au thème de l’application
de la justice. Il clarifie: “Le bon gouvernement ne cherche
pas à permettre l’impunité de ceux qui
sympathisent avec le zapatisme, pas plus qu’il n’est
fait pour pénaliser ceux qui ne partagent pas ses idées
et prises de position. Les lois qui régissent les Municipalités
Autonomes Rebelles Zapatistes, non seulement ne contredisent
pas les éléments fondamentaux de la justice.
Dans de nombreux cas, ils les complètent”.
Il ajoute: “Les droits collectifs (...) ne contredisent
pas les droits individuels. Ils permettent au contraire que
ces derniers soient à la portée de tous et non
pas de quelques-uns”. Il conclut ce communiqué de
manière contondante en disant: “En terres zapatistes
la pulvérisation de la nation mexicaine n’est
pas en gestation. Ce qui naît ici est au contraire une
possibilité de sa reconstruction”.
Dans la cinquième partie, Marcos présente certains
accords internes pour la conservation des forêts, contre
le trafic de drogue, le trafic des sans papiers et le transit
de véhicules dans la zone. Il faut aussi souligner,
dans cette partie, que même s’ils ne partagent
par l’option électorale comme voie pour la construction
de la démocratie, il clarifie qu’ils ne s’opposeront
pas à la réalisation des élections prévues
pour le 3 octobre en territoires zapatistes.
Dans la sixième partie, Marcos introduit “six
avancées”. Il assure que les conditions de vie
dans les peuples zapatistes “même si elles sont
encore loin d’être idéales, sont meilleures
que celles des communautés qui reçoivent un ‘appui’ fédéral”.
Ces principales avancées sont en matière de santé, éducation,
alimentation, terre, logement et les formes de gouvernement
propres.

EN BREF
MONTES AZULES
Début
juillet, 25 familles de la communauté San Francisco
El Caracol ont été réinstallées
dans un nouveau village appelé Santa Marta, municipalité Marqués
de Comillas. Selon la version officielle, “des
523 hectares totaux de Santa Marta, 13.46% ont été utilisés
pour la construction de 25 maisons et un édifice
communautaire, avec les services d’eau potable, énergie électrique
(panneaux solaires) et lettrines. Les voiries minimums
ont été établies ainsi qu’un
chemin d’accès. Ils ont également
reçu un appui au niveau de la santé et
de projets productifs pour garantir les services et opportunités
de développement”.
Face au coût et aux complications techniques que
cette réinstallation ont supposé, certains
analystes considèrent qu’il s’agissait
de créer à Santa Marta une “communauté modèle”,
pour pouvoir continuer à négocier en situation
d’avantage avec les autres communautés qui
n’ont pas encore accepté de déménager.
Un autre facteur début septembre: pour la première
fois en faisant référence à des
situations spécifiques dans la Réserve
de la biosphère de Montes Azules, le Comité de
Bon Gouvernement de La Realidad s’est prononcé contre
les menaces d’expulsion reçues par les villages
Primero de Enero et Santa Cruz, appartenant à la
municipalité autonome ‘Liberté des
Peuples Mayas’. Cette déclaration ratifie
la posture zapatiste de lutte pour le territoire dans
le cas de Montes Azules.
Impunité à Chenalhó
Deux faits concrets ont marqué une recrue de la
tension dans cette municipalité des Hauts-Plateaux:
en août, une base de soutien zapatiste de Polhó a été assassinée
(un cas encore impunie). En septembre, l’Organisation
Civile “Las Abejas” a dénoncé le
fait que des enfants avaient trouvé 190 balles
et a déclaré: “C’est ainsi
que l’on peut voir l’injustice dans laquelle
nous vivons jour après jour. Les paramilitaires,
auteurs matériels du massacre d’Acteal en
1997, sont toujours armés et, à cause de
cela, nous vivons dans l’insécurité”.
Critiques du système de justice
du Chiapas
D’autres cas attirent également l’attention
sur les dysfonctionnements du système de justice
au Chiapas. Un exemple concret: entre janvier et avril
de cette année quatre personnes ont été détenues
pour homicide d’un enseignant de San Cristóbal
de las Casas en décembre . Des dénonciations
indiquent que trois de ces détenus ont été torturés
ainsi que la fabrication de preuves pour pouvoir les
inculper. En août, les avocats responsables de
leur défense et un des témoins ont été détenus
pour “fausse déclarations en grade de tentative" (un
délit qui n’existe pas dans le Code pénal).
Le Centre des Droits de l’Homme Fray Bartolomé de
las Casas a dénoncé: “Nous méconnaissons
les intérêts qui prétendent inculper
injustement les détenus, mais ces actions sont
une claire intimidation de la défense pour occulter
la responsabilité pénale des autorités
pour les délits de torture et de fabrication de
preuves, et pour maintenir l’accusation pour homicide
contre les quatre détenus”. Pour plus d’information,
voir également : http://www.laneta.apc.org/cdhbcasas/index.htm)
D’un autre coté, le Président de
la Commission des Droits de l’Homme de l’état
du Chiapas (CEDH), Pedro Raúl López Hernández
a été destitué temporairement de
son poste par le Congrès du Chiapas (pouvoir législatif)
le 17 août dernier. Le Congrès a pris cette
décision car il a considéré que
le Président de la CEDH s’était refusé à laisser
travailler l’Organe Supérieur du Fisc (chargé de
réaliser un audit au cas où il existerait
de possibles actes de détournement de fonds publics).
Le Président de la CEDH de son côté s’est
refusé à accepter cette intervention en
argumentant que la procédure légale établie
pour réaliser un audit au sein d’organismes
publics n’avait pas été respectée.
On peut craindre que le processus
d’audit de la
CEDH ne sera ni libre d’influences ni transparent
et qu’il s’agisse en fait d’une façon
d’empêcher ou de miner la réalisation
autonome du travail de dénonciation des violations
des droits de l’Homme de la CEDH.
(voir également: http://www.sipaz.org/aauu/au0408_esp.htm)
Suivi du cas Guadalajara
Dans un rapport de juillet, la Commission
Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) a dénoncé que
les autorités policières de Jalisco ont
commis les délits de détentions illégales,
traitements cruels, dégradants, tortures physiques
et psychologiques contre les personnes qui manifestèrent
durant le troisième Sommet d’Amérique
Latine, les Caraïbes et l’Union Européenne,
réalisé à Guadalajara le 28 mai
dernier.
La CNDH a recommandé au gouverneur de Jalisco,
le membre du PAN Francisco Ramírez Acuña,
de formuler les instructions nécessaires pour
commencer la procédure administrative qui permettra
de définir les responsabilités des fonctionnaires
impliqués dans l’affaire. Ramírez
a insisté que ce rapport est “partial" et
que "nous avons la conscience tranquille quant aux
mesures que nous avons du prendre face à ceux
qui étaient venus pour attaquer Guadalajara et
Jalisco". En dépit de la pression croissante
exercée par des organisations des droits de l’Homme
nationales et internationales, 17 jeunes sont encore
en prison et 49 (sortis sous caution) attendent leur
procès.
 |
:: DOSSIER
TOMBES DANS L’OUBLI, LES DEPLACES PAR
LE CONFLIT AU CHIAPAS
 |
Cet endroit
que tu mentionnes dans tes rêves,
est toujours là,
là où il a toujours été.
Mais la pluie ne vient pas encore
pour laver les cendres et le sang coagulé
de ce qui fut le linteau de ta maison
Antonio M. Flórez
Déplacés du Paradis
|
Les invisibles du conflit
au Chiapas
Deux faits nous obligent à nous rappeler l’une
des conséquences les plus graves du conflit armé au
Chiapas, les déplacé(e)s. D’un côté,
la suspension de l’aide humanitaire que le Comité International
de la Croix Rouge (CICR) apportait aux déplacés
de la municipalité de Chenalhó. D’un autre,
le projet de loi élaboré par le Congrès
fédéral pour mener à bien une réforme
constitutionnelle qui introduise dans la Constitution le concept
de déplacé interne (qui n’existe pas au
Mexique) et permettrait la reconnaissance de cette figure juridique.
Concept et causes des déplacements
internes
Les Nations Unies considèrent que les ‘déplacés
internes’ sont “...les personnes ou groupes de
personnes qui ont été forcés ou obligés à échapper
ou fuir de leur foyer ou de leur lieu de résidence habituel,
en particulier comme un résultat, ou pour éviter
les effets, d’un conflit armé, de situations de
violence généralisée, de violations des
droits de l’Homme ou de catastrophes naturelles ou provoquées
par l’être humain, et qui n’ont pas franchi
la frontière de l’Etat reconnue internationalement”.
Ceux qui se trouvent dans une situation de déplacement
font face à un grave degré de vulnérabilité et
d’absence de protection, suite au déracinement
familial, identitaire et territorial que provoque l’abandon
de leurs maisons. Ces conséquences se voient aggravées
lorsque les victimes du déplacement sont des peuples
indigènes, paysans et autres groupes qui entretiennent
une relation spéciale avec la terre. Dans leur cas,
il s’agit bien plus que de leur unique moyen de survie.
La terre représente le centre de la vie culturelle communautaire.
Ce sont précisément ces groupes qui souffrent
majoritairement les déplacements.
Dans le cadre juridique, il subsiste de
grandes lacunes à échelle
nationale et internationale en ce qui concerne les déplacements
internes, en dépit du fait que cette situation génère
de multiples violations des droits de l’Homme. Comme
ils sont considérés comme conséquence
d’un conflit interne, de nombreux obstacles se sont présentés
pour légiférer sur cette figure. Les principes
de non-intervention et de respect à la souveraineté nationale
ont prédominé jusqu’à présent.
Ceci a promu l’impunité et le manque de protection
des populations déplacées, vu que dans la plupart
des conflits, l’Etat joue un rôle (origine ou cause)
dans ces déplacements.
Face à cette absence de protection, Francis Deng (représentant
spécial du Secrétaire Général pour
les déplacés internes de l’ONU depuis 1992)
a élaboré les Principes Recteurs applicables
dans le cas de Déplacements Internes: des lignes directrices
portant sur la protection, l’aide humanitaire et le retour
des déplacés internes.
Le déplacement forcé au Chiapas.
Selon le rapport élaboré par Francis Deng, la
première et principale cause de déplacement forcé au
Mexique est le conflit au Chiapas dont les cause sont:
- La confrontation
armée entre l’armée
mexicaine et l’Armée Zapatiste de Libération
Nationale, initiée en 1994.
- Les opérations contre la guérilla de l’armée
mexicaine en 1995.
- Le massacre d’Acteal
du fait de paramilitaires en 1997
Pour le Centre
de Droits de l’Homme Fray Bartolomé de
Las Casas (CDHFBLC), le déplacement forcé est
un mécanisme de répression de l’Etat qui
fait partie d’une stratégie d’action de
contre insurrection et d’une tactique pour l’expulsion
et le contrôle du territoire liée à des
intérêts politiques, économiques, culturels,
locaux, régionaux et internationaux.
La municipalité de Chenalhó (zone des Hauts-Plateaux)
et la zone Nord du Chiapas, sont les régions qui ont
le plus souffert de la mise en place de cette stratégie,
provoquant des milliers de déplacés qui furent
obligés d’abandonner leur lieu d’origine
pour sauver leur vie face à l’escalade de la
violence provoquée. Nous allons nous centrer sur ces
deux zones, sans pour autant minimiser les déplacements
des autres régions de conflit.
A Chenalhó, la paramilitarisation, qui cherchait à limiter
le nombre croissant de bases de soutien zapatistes dans les
communautés, a consisté à armer et à entraîner
militairement des indiens originaires de ces mêmes communautés,
de filiation du Parti de la Révolution Institutionnelle).
Ces derniers étaient chargés de harceler, de
menacer et de tuer leurs propres voisins.
Le sommet de cette escalade de la violence dans cette municipalité fut
le massacre d’Acteal (communauté de Chenalhó)
où 45 membres du groupe ‘Las Abejas’ furent
tués. Cette organisation non violente se trouvait
alors harcelée et menacée suite à son
refus de collaborer dans les actions de contre insurgence.
Après la tragédie, les déplacements
de ‘Las Abejas’ et de zapatistes s’accrurent
dans toutes les communautés où ils habitaient
avec des membres du PRI, par peur de souffrir d’autres
attaques paramilitaires.‘Las Abejas’ se réfugièrent
majoritairement à X’oyep et Acteal, tandis que
les bases de soutien zapatistes fuirent jusqu’à la
municipalité autonome de Polhó. Selon le CDHFBLC,
en 1998, on comptait 10.000 déplacés à Chenalhó:
80% bases de soutien de l’EZLN et 20% de ‘Las
Abejas’.
Selon la systématisation élaborée par
le Centre de Recherches Economiques et Politiques pour
l’Action
Communautaire (CIEPAC), dans la zone Nord, le groupe paramilitaire ‘Développement,
Paix et Justice’, fut chargé de réaliser
des actions violentes contre ceux qui s’organisaient
pour la défense de leurs droits, qui appartenaient au
Parti de la Révolution Démocratique (PRD) ainsi
que les membres et sympathisants de l’EZLN. Dans ces
communautés, le nombre de déplacés atteint
le montant de 5,383 personnes en octobre 1998.
Les déplacés perdirent leurs maisons, leurs
terres et leur bétail. Ils souffrirent du manque de
services basiques comme l’eau potable, l’électricité,
la santé et l’éducation ainsi que l’entassement.
La principale problématique a été le manque
de terres à cultiver, aboutissant à l’absence
d’alimentation basique (maïs et haricots). A toutes
ces carences matérielles, il faut encore ajouter les
effets psycho-sociaux (traumas, dépression, peur, tristesse,
douleurs corporelles...) que provoquent ces expériences;
et le fait qu’ils continuent à souffrir du manque
de protection ainsi que des menaces et du harcèlement
continu.
Situation actuelle des déplacés
Selon le dernier recensement du CDHFBLC (actualisé le
10 août 2004), dans la zone de conflit, on comptabilise
environ 12.000 personnes déplacées: 3,618 originaires
de la zone Nord et 6,332 dans les Hauts-Plateaux (Chenalhó).
L’invisibilité à laquelle les déplacés
se voient condamnés a provoqué le retard ou l’impossibilité de
réparer les dommages et l’injustice que le déplacement
a provoqué dans leur vie.
Début 2001, la Première Rencontre de l’état
du Chiapas des Déplacés par la Guerre a été organisée.
Des représentants des régions zone Nord, Jungle,
Frontière, Hauts-Plateaux et Centre sont parvenus à un
consensus sur les demandes suivantes:
- Mise en place des Accords de San Andrés, ASA (comme
mesure pour répondre au conflit de fond vu que c’est
une des conditions de l’EZLN pour reprendre le dialogue).
- Créer des conditions pour le retour ou le repositionnement
des déplacés avec la garantie de recevoir
des terres (exigence au gouvernement fédéral
et du Chiapas).
- Paiements pour les pertes subies (indemnisation et réparation
des dommages).
- Punir les paramilitaires, et que les gouvernements fassent
justice.
Par le biais de cette première rencontre, l’objectif était
d’articuler la lutte de tous les déplacés
du fait du conflit. Ceux-ci optèrent cependant pour
différentes stratégies.
Les bases de soutien zapatistes refusèrent de participer
et négocier les demandes de justice et réparation
des dommages avec le gouvernement. Ils préférèrent
maintenir leur projet de résistance et d’autonomie,
considérant les ASA comme loi en vigueur.
D’un autre côté, ‘Las Abejas’ décidèrent
de négocier avec le gouvernement de manière
indépendante. Ils retournèrent à leurs
communautés d’origine à partir de juillet
2001, reçurent une indemnisation pour les victimes
du massacre. Mais leurs demandes de justice et sécurité n’ont
pas été couvertes.
Deux processus institutionnels ont été mis en
place. En 2001, une table de négociation entre le gouvernement
(par le biais du Secrétariat des Peuples Indiens-SEPI
et du Sécrétariat du Gouvernement), les déplacés
et le CDHFBLC. Celui-ci accompagne les déplacés à leur
demande). Les représentants de 2451 personnes déplacées
appartenant à différentes zones de conflit y
prennent part: des 14 groupes, 10 d’entre eux se trouvent
encore en situation de déplacement forcé et les
4 derniers comme “déplacés-retournés.
De nombreuses difficultés ont limité les possibilités
d’avancer quant aux trois points de demande au cours
des trois dernières années: Terre, Justice et
Réparation des Dommages. A l’heure actuelle, en
ce qui concerne le thème de la Terre, la proposition
du gouvernement est pour chaque famille de: 30.000$ pour ceux
qui obtiennent la terre, les frais de la régularisation
et 20.000$ en espèce pour des projets productifs. Pour
le CDHFBLC, il s’agit d’une ‘réponse
partielle’ vu que le gouvernement n’offre pas une
quantité d’argent suffisante pour obtenir des
terres sures, de bonne qualité et en quantité suffisante
pour assurer une vie digne. D’autres thèmes restent
en suspens comme la justice et la réparation intégrale
des dommages: c’est à dire, punir les responsables
d’entraîner et d’armer les paramilitaires
ainsi que les paramilitaires coupables de morts, disparitions
et déplacements; le paiement des dommages matériels
et moraux, que l’Etat reconnaisse la situation de déplacement
forcé et sa responsabilité vis-à-vis des
déplacés pour cette situation.
Dans la zone Nord, dans la municipalité de Tila, la ‘table
de négociation Jolnixtié’. La Commission
pour la Réconciliation des communautés divisées
du gouvernement du Chiapas) a commencé à négocier
directement avec une partie des déplacés de
la région. Un accord a également été atteint
mas il n’y en aucun résultat quant au thème
de la justice et la réparation des dommages. C’est
pour cela que le CDHFBLC continue à les compter dans
ses recensements vu que certaines de leurs demandes restent
en suspens.
L’aide humanitaire aux déplacés
du Chiapas
Si bien il est nécessaire de faire face aux causes de
fond du conflit armé pour donner une réponse
intégrale aux demandes des déplacés, la
situation de déplacement requiert également assistance
et protection depuis le moment où elle se produit. Au
Chiapas, la crise humanitaire la plus importante fut après
le massacre d’Acteal, en particulier dans les campements
de X’oyep et Polhó.
Selon les ‘Principes Recteurs’, le principal responsable
de cette aide est l’Etat. Mais le fait que celui-ci soit
un acteur du conflit au Chiapas, ainsi que la résistance
des zapatistes face au gouvernement et leur rejet de tout projet
politique, économique ou d’aide qui vienne de
celui-ci, a rendu indispensable l’aide humanitaire fourni
par la CICR, les ONG et la société civile nationale
et internationale.
L’assistance alimentaire de la CICR commença
en août 1998 et fut fourni à Polhó jusqu’en
décembre 2003. La fin de cet appui fut annoncée
depuis 2001 et un accord fut passé avec les autorités
autonomes de Polhó pour diminuer progressivement les
aliments que recevait chaque famille.
Ce départ de la CICR a reçu de nombreuses critiques,
certains considérant que la population déplacée
allait rester sans protection et courrait le risque de la famine.
Oscar Torres (du bureau de la CICR à San Cristóbal)
affirme que la décision a été prise en
sachant qu’il n’y avait pas de doutes que la population
de Polhó pouvait se suffier à elle-même
et que la situation n’avait plus un caractère “urgent” qui
permettrait de réaliser leur mission. Il ajoute qui
plus est que peu avant leur départ définitif,
ils avaient renforcé les projets agricoles et productifs
pour que la population puisse avoir les moyens de se maintenir
seule.
Il faut aussi rappeler que le CICR a pour mandat de la
communauté internationale
la mission de protéger la vie et la dignité des
victimes de la guerre et de la violence interne et de les
assister, sur la base des Conventions de Genève et
le Droit Humanitaire International.
Pour le responsable de la sous délégation de
la CICR à San Cristóbal, Adolfo Beteta, il n’y
a pas de situation d’urgence causée par le conflit
armé dans l’état du Chiapas. Il reconnaît
qu’il y a un “processus de paix inachevé”,
et de ce fait, “une paix relative”, mais que les
problèmes actuels des communautés ne trouvent
pas leur seule origine dans le conflit entre l’EZLN et
le gouvernement. En ce sens, la CICR considère dangereux
de générer une dépendance des communautés
du fait de l’assistance humanitaire. La CICR maintiendra
une structure minimum qui leur permettra de recommencer à prêter
une nouvelle assistance en cas d’une situation d’urgence.
La vision de la CICR sur le conflit est
très différente
de l’analyse des différents ONG existant au Chiapas.
Pour celles-ci, une guerre de basse intensité ou une
guerre intégrale d’usure perdure dans la région.
Le Conseil Autonome de Polhó demande
son appui à la
société civile internationale afin de créer
un projet d’alimentation pour les déplacés.
Il affirme que les déplacés n’ont toujours
pas accès à leurs terres et qu’ils ne sont
donc pas en mesure de produire leurs propres aliments. (www.nodo50.org/pchiapas/chiapas/documentos/polho/polho/htm).
La nature du conflit au Chiapas rompt certainement
le schéma
des ‘guerres conventionnelles’. La stratégie
mise en place ne correspond pas aux contextes de guerre régulés
dans les Conventions de Genève et où les paramètres
d’action de la CICR trouvent leur origine. La CICR n’a
pas la seule responsabilité de la situation des déplacés
suite au conflit, Elle n’a pas non plus le mandat nécessaire
pour répondre au contexte dans lequel ils se trouvent
actuellement.
Reconnaissance juridique: nécessaire
mais insuffisante
Au Mexique, il n’existe pas une normativité ratifiée
sur le thème des déplacés. C’est
pour cela qu’un projet de réforme constitutionnelle
a été présenté cette année.
Il introduit le concept de déplacé interne et
rend l’Etat nécessaire de la protection, la sécurité et
la restauration des droits des déplacés. Il s’agirait
d’une première étape pour établir
des parties du budget qui permettent de mettre en place les
politiques publiques que cette situation de dépouillement
requiert.
Ce projet de loi répond en partie aux recommandations
réalisées par Francis Deng au gouvernement mexicain
en 2002, après avoir visité le pays et pris connaissance
de la situation des déplacés internes:
- Attaquer les causes de fond des déplacements internes: “le
meilleur remède de la crise des déplacés
internes serait parvenir à la paix et à la réconciliation
nationale. Ceci dépend de la capacité d’attaquer
les causes de fond du conflit, ce qui implique de nombreux
problèmes graves d’ordre politique économique
et social”.
- Collaborer pour assurer le retour.
- Mise en place de politiques publiques de la part du
gouvernement (après avoir réalisé une
consultation auprès des déplacés).
- Collecte d’informations.
- Coopération avec la communauté internationale.
Les recommandations réalisées par Francis Deng
n’ont pas été reprises ou mises en place
par l’Etat mexicain.
Selon le CDHFBLC, la législation devrait permettre
d’éviter la perpétuation ou l’institutionnalisation
des déplacés internes. Elle devrait également
faire partie d’une politique plus ample visant à résoudre
les causes qui ont généré le conflit en
premier lieu.
S’il est nécessaire de reconnaître l’existence
des déplacés internes suite au conflit au Chiapas,
l’absence de législation nationale n’exempte
pas le gouvernement dans la mise en place des ‘Principes
Recteurs’: même s’ils n’ont pas un
caractère obligatoire pour les Etats, ils se fondent
sur la normativité internationale en matière
de droits de l’Homme, une normativité ratifiées
par le Mexique. A échelle internationale, le respect
de la souveraineté des Etats devrait cheminer pour renforcer
la démocratie et non pas pour favoriser l’impunité et
le manque de protection de ceux qui se voient dénié un
endroit pour vivre en toute sécurité et dignité.
La consultation des déplacés, des ONG et des
organisations sociales serait nécessaire pour établir
des mesures politiques qui visent à résoudre
les causes structurelles qui ont généré le
déplacement au Chiapas. Ceci plus encore quand le thème
de la reconnaissance de l’autonomie est l’une des
principales raisons du conflit. Le talent politique pour résoudre
la question des déplacés est également
fonction de la volonté politique pour construire la
paix.
Bibliographie
- ZEBADÙA GONZÀLEZ, Emilio (coord..), Déplacés
internos en México, Grupo Parlamentario PRD-Congreso
de Diputados, México, 2004.
- HIDALGO, O y CASTRO, G., Población desplazada en Chiapas,
CIEPAC-Consejería de Proyectos, México,
1999.
- CDHFBLC, Acteal: entre el Duelo y la Lucha, CDHFBLC, México,
1998.
- CDHFBLC, Caminando hacia el amanecer. Informe especial
sobre déplacés de guerra en Chiapas, México,
2002.
- CDHFBLC, Informe Ejecutivo sobre la situación de déplacés
internos en Chiapas, 9 de agosto del 2004.
Pages Web

:: ARTICLE
Cartes postales depuis Quito dans le cadre
du premier Forum Social des Amériques
“La question n’est pas
que le conflit qui se vit au Chiapas ait été résolu
ou qu’il ait perdu en importance. Ce qu’il se
passe, c’est que la paix ne se construira pas en fonction
de seuls efforts nationaux lorsque ses causes sont toujours
plus globales et qu’elles se réfèrent à l’urgence
d’un changement profond du système économique
et politique dominant”
(Samuel Ruiz García, évêque émérite
de San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, “Une
nouvelle heure de grâce”, 25 janvier 2004)

Il est difficile d’écrire
sur un Forum Social, et en ce sens, le premier Forum Social
des Amériques (FSA) qui a eu lieu à Quito,
Equateur du 25 au 30 juillet dernier n’est pas une
exception à la règle. Depuis la veille et au
début du registre, on se demande si on doit garder
la foi en la théorie du chaos. Près de 10.000
participants originaires de 44 pays, principalement du continent
américain, se réunirent en cette occasion.
Osvaldo León, directeur de l’Agence
Latino américaine d’Information (Alai) explique: “Ce
premier FSA s’inscrit dans le processus impulsé par
le Forum Social Mondial (FSM), pour articuler la diversité des
secteurs et forces sociales qui s’opposent aux politiques
néolibérales, et à partir de cette diversité,
construire conjointement des propositions alternatives dotés
d’un sens humaniste. Le FSM est né fin janvier
2001, lors d’une rencontre célébrée
dans une ville du Brésil, Porto Alegre, comme un évènement
aux antipodes du Forum Economique Mondial (FEM) qui réunit
tous les ans, à Davos, en Suisse, les dirigeants financiers
et politiques des pays riches”. Outre les Forums Sociaux
Mondiaux, d’autres Forums régionaux et thématiques
ont également été organisés.
A Quito, tous les participants vous partageront une expérience
différente. Prendre part au FSA aura sans doute été un
cauchemar pour les plus indécis vu qu’une centaine
d’évènements (entre les conférences,
panels, tables rondes, témoignages et rencontres)
furent menés à bien, nombre d’entre eux
ayant lieu en même temps.
Derrière le slogan en commun “Un autre monde
est possible”, la gamme de thèmes abordés était
des plus amples: les accords de libre échange, la
militarisation, les droits de l’Homme, la dette externe,
le développement soutenable, la souveraineté alimentaire,
etc. Toutes les présentations n’aboutissaient
pas à une sombre analyse de la réalité qui
auraient pu finir par décourager les activistes. Plusieurs
expériences de résistance au néolibéralisme
et à son corollaire militaire à échelle
nationale, régionale et d’ordre global, offrirent
un contraste comme des rayons de lumière dans cet
obscur panorama: des processus relativement connus (comme
le néozapatisme mexicain, les sans terre brésiliens
ou les “piqueteros” argentins) ou un peu moins
(comme les mouvements autochtones en Bolivie et en Equateur
par exemple). Ce n’est pas en vain que l’Amérique
Latine a parfois été nommé actuellement
comme le “continent de l’espérance”.
On pourrait comparer le FSA à un espèce de
grand buffet de la pensée actuelle de gauche, un spectre
qui va de l’orthodoxie (la stratégie en deux étapes:
prendre le pouvoir et ensuite changer le monde) à une
position plus anti-système ou dans la lignée
de la tradition anarchiste. Après quelques jours,
la dynamique que l’on peut observer rappelle les processus
de construction de consensus dans les communautés
indigènes du Chiapas: tout le monde a la possibilité d’exprimer
son point de vue, ce qui donne une impression de répétition.
Cependant cette participation est importante car elle permet
d’aboutir à des accords réels pas seulement
dans le sens d’un diagnostic mais aussi en vue de possibles
actions concrètes.
Dans un article de juillet intitulé “Le Forum
Social Mondial à la croisée des chemins”,
Immanuel Wallerstein, professeur et chercheur du Département
de Sociologie de l’Université de Yale, USA,
voyait là le principal défi de ce processus: “Ce
qui déterminera si cet espace ouvert a effectivement
la capacité de servir l’objectif de transformer
le monde dans un sens plus démocratique et égalitaire,
c’est la manière selon laquelle le FSM pourra
mettre en place des mécanismes qui pourront concilier
ce caractère ouvert avec une activité politique
réelle et concrète”.
C’est autour du comment parvenir à construire
cet “autre monde possible” qu’apparaissent
les divergences et critiques dans ces forums. En particulier,
suite à leur impact pratique limité au-delà de
l’amplitude et de la diversité de ces mêmes
Rencontres. Toutes ces critiques ne sont pas externes.
Certaines s’écoutent au sein de ces mêmes
Forums. Immanuel Wallerstein dans l’article mentionné auparavant
résumait la plupart de celles-ci en ces termes: “Les
critiques (...) sont multiples: le FSM dit qu’un
autre monde est possible; il devrait dire que le socialisme
est l’objectif. Le FSM est un forum ouvert; ce n’est
donc que du bla bla. Il ne se compromet pas en actions
concrètes; il est donc inefficace de manière
inhérente. Il accepte de l’argent de la part
des fondations et des organisations non gouvernementales;
il s’est donc vendu. Il ne permet pas la participation
des partis politiques; il exclut donc des groupes clefs.
Il ne permet pas la participation de groupes qui recourent à la
violence; mais la violence est légitime pour les
groupes opprimés qui n’ont pas d’autres
alternatives. Toutes les affirmations initiales sur le
FSM sont exactes. Mais celles des raisonnements présentés
après les points virgules ne sont pas partagés
par le FSM. “
C’est en grande partie dans la Jungle
Lacandone du Chiapas que ce mouvement global de résistance
qui s’exprime aujourd’hui au travers de la consigne “Un
autre monde est possible” a pris naissance en
1996. Le néozapatisme ouvre également quelques
pistes quant à une façon de résoudre
les conflits qui se donnent au sein de ces mêmes forums
par le biais de leur invitation à la construction
utopique d’un “monde
dans lequel tous les mondes trouvent leur place”,
un thème souligné par le groupe mexicain “Jeunes
en Résistance Alternative” (voir l’exposition
complète: “Cinq rêves du zapatisme, cinq
rêves pour la résistance”)
Un théologien chilien posait la question suivante
lors de l’un des espaces: “Je voudrais savoir
si tous ceux qui veulent changer le monde sont aussi prêts à changer
eux-mêmes?”. Cette interpellation rappelle une
phrase de Gandhi. “Nous devons être le changement
que nous voulons voir dans le monde”. La recherche
de congruence dans la construction d’un changement
réel reste un défi tant à l’extérieur
qu’à l’intérieur des Forums sociaux,
pour tous ceux qui pensent que ce changement est nécessaire.
José Astudillo, vice-président du SIPAZ, et
originaire d’Equateur, soulignait un autre aspect à l’issue
du FSA: “Passer de la charité à la solidarité,
de la bienfaisance à la co-responsabilité pour
transformer les relations injustes existant entre les plus
riches et les plus pauvres, a également été une
réflexion importante. De nombreuses organisations
des Etats Unis et d’Europe remettent en question la
forme de coopération des organismes internationaux. “Les
aides”, “les palliatifs”, dans
la plupart des cas sont des conditionnements qui permettent
d’exploiter
les pays pauvres. La coopération se doit d’être
une militance en défense de la Vie, où il n’y
plus de bienfaiteurs ni de bénéficiaires mais
une alliance”. A l’heure de rêver de construire
un “autre monde possible”, nous sommes tous sur
le même bateau.
Pour plus d’informations, consultez:
- http://alainet.org
- www.forosocialamericas.org
 :: ACTIVITÉS
DU SIPAZ
Juillet- Septembre 2004
ACCOMPAGNEMENT En
août, nous avons participé à une caravane
d’observation dans la biosphère de Montes Azules
(Jungle).
Egalement en août, nous avons assisté à la
fête réalisée à Oventik dans le
cadre du premier anniversaire des ‘Caracoles’ zapatistes.
En septembre, nous nous sommes rendus
dans la zone Nord du Chiapas pour interviewer différents acteurs quant à la
conjoncture dans la région dans le contexte pré-électoral.
Nous avons effectué un suivi à la situation
existant dans la municipalité de Zinacantán
après les incidents violents du mois d’avril
par le biais d’interviews avec différentes organisations
qui travaillent dans la zone, ainsi qu’une visite à certaines
communautés qui se virent affectées.
Nous nous sommes réunis avec Juan Esponda de la Commission
pour la Réconciliation des communautés divisées
du gouvernement de l’état du Chiapas pour parler
sur la situation dans la zone Nord, la Jungle et les Hauts-Plateaux.
CONTACTS ET INFORMATION
Nous avons reçu des visiteurs, délégations, étudiants
et journalistes et nous leur avons présenté le
contexte du Chiapas et le travail du SIPAZ. La plupart venaient
des USA et d’Europe.
Nous avons organisé une délégation
conjointement avec l’organisation Global Exchange
(USA) qui a visité le Chiapas pour une semaine en août.
Nous avons interviewé plusieurs
personnes de la Commission étatique
des Droits de l’Homme du Chiapas et nous avons réalisé une
Action
Urgente sur ce cas.
Nous avons interviewé différents acteurs de
Oaxaca, Guerrero et de la ville de Mexico pour échanger
des informations sur la situation existant dans ces régions,
et de manière générale, à échelle
nationale.
En août, nous avons assisté au colloque : “Chiapas,
10 ans plus tard”, dont l’objectif était
d’analyser les transformations qui se sont produites
dans cet état depuis le soulèvement armé néozapatiste.
En septembre, nous avons participé au cycle de conférences
réalisées dans le cadre de l’inauguration
du “Centre d’Etudes, Information et Documentation:
Immanuel Wallerstein” de l’Université de
la Terre et du CIDECI (Centre Indigène de Capacitation
Intégrale).
EDUCATION POUR LA PAIX
Nous continuons à travailler avec le Réseau
pour la Paix, un espace pour la réflexion et l’action
qui cherche à appuyer les processus de paix dans les
organisations et communautés du Chiapas.
Nous continuons à animer des ateliers sur la Culture
de Paix et les Droits de l’Homme avec les jeunes du
Centre pour le Développement Communautaire (CEDECO) de San Cristóbal de Las Casas.
En août, l’équipe de marionnettistes “Diversité” a
réalisé plusieurs représentations sur
la valeur de la diversité et de la réconciliation
dans plusieurs communautés de la zone Frontière.
DIALOGUE INTERRELIGIEUX
Nous avons tenu
plusieurs réunions et interviews avec
des acteurs religieux de Chenalhó et de San Cristóbal
de Las Casas.
Nous avons assisté au Xème Congrès
latino-américain “Religion et Ethnie” sur
le pluralisme religieux et les transformations sociales réalisé à San
Cristóbal de Las Casas du 5 au 19 juillet.
En août, nous avons animé un atelier portant
sur la Transformation des conflits avec une délégation
de pasteurs de l’Eglise Unie du Christ du Wisconsin à invitation
de l’INESIN (Institut d’Etudes Sociales et Interculturelles), à San
Cristóbal de Las Casas.
TRAVAIL NATIONAL ET INTERNATIONAL
Début juillet, nous avons présenté notre
travail au Chiapas dans le cadre d’une réunion
internationale des Forces de Paix Non violentes, à Cuernavaca,
Morelos.
En juillet, nous avons assisté aux Forums méso-américains
qui ont été organisés au Salvador: le
Vème Forum Méso-américain contre le
Plan Puebla Panama et pour l’Autodétermination
des Peuples, IIIème Forum Méso-américain
contre les Barrages, IVème Semaine de la Diversité Biologique
et Culturelle, et Première Rencontre Méso-américaine
des Femmes en résistance pour une vie digne.
Fin juillet, nous avons participé au IIème
Sommet Continental des Peuples et Nationalités Autochtones
de ‘Abya Yala’ (Amérique Latine) et le
Forum Social des Amériques à Quito, Equateur.
Nous avons présenté un exposé dans le
cadre d’un panel portant sur le thème “Menaces
pour la Paix en Amérique Latine”.
Nous avons participé au 1er. Forum National sur l’Autonomie “Plusieurs
mains et un seul cœur pour lutter”, convoqué par
le Congrès National Indigène (CNI) et organisé par
le Conseil Indigène Populaire de Oaxaca “Ricardo
Flores Magón” CIPO-RFM, realisé les 21
et 22 août 2004, à Oaxaca.

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