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:: Bulletin du SIPAZ: Vol 9 No 3, Septembre 2004

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:: ACTUALITÉ

CHIAPAS / MEXIQUE: Rapports de gouvernements

Le Chiapas traverse actuellement un contexte pré-électoral vu que le 3 octobre prochain, 118 maires (municipalités) et 40 députés pour l’état du Chiapas devront être élus. En dépit de la profusion d’affiches, slogans et actes de prosélytisme, le contexte national diminue partiellement l’importance de la recomposition des groupes de pouvoir locaux qui va de pair avec ce processus. Il semble bien plutôt que ce qui est en jeu ce sont, de manière anticipée, les prochaines élections fédérales de 2006. Si l’on garde cette date en tête, deux faits s’offrent comme un significatif baromètre politique: le rapport de gouvernement présenté par le président Fox en septembre; et, une série de communiqués du sous-commandant Marcos publiés en août qui constituent le premier rapport des Comités de Bon Gouvernement un an après leur formation.

CONFUSION AUTOUR DU RAPPORT PRÉSIDENTIEL

Le 1er. septembre dernier, le président Fox a présenté son quatrième rapport de gouvernement auprès du Congrès de l’Union, dans une enceinte entourée de policiers, de militaires et de barrières métalliques de plus de trois mètres de haut. Autour de l’édifice, à peine contenus par les forces de l’ordre, des milliers de paysans et syndicalistes avaient organisé une manifestation. A l’intérieur de la Chambre des Députés, les expressions de mécontentement ont également prédominé. La cérémonie a été interrompue 23 fois du fait des protestations de législateurs de tous les partis politiques (à l’exception du Parti d’Action Nationale, le parti du président). Les députés du Parti de la Révolution Démocratique (PRD, le principal parti de gauche) exprimèrent leur désapprobation en tournant le dos au président.

Il est donc logique que la presse ait particulièrement souligné la trêve que Vicente Fox demanda pour pouvoir parvenir à des accords conjoints: “Le changement politique présente encore d’importantes carences. Une des plus évidentes tient au fait que la communication entre les pouvoirs législatifs et exécutif n’a pas été aussi fluide que ce que ces temps requièrent. (...) C’est une responsabilité pour tous les membres de la classe politique d’éviter que la société ne se désillusionne de la démocratie; qu’elle pense que la lutte de tant d’années n’a servi à rien”.

D’autres ont cependant interprété une de ses interventions “Qu’aucune autorité ne soit plus jamais au-dessus de la loi” comme une allusion directe à Andrés Manuel López Obrador, l’actuel chef du Gouvernement du District Fédéral. Membre du PRD, celui-ci compte sur une forte acceptation populaire comme possible candidat à la présidence de la République. Il existe une requête du bureau du Procureur Général de la République (PGR) pour retirer l’immunité au mandataire de la capitale mexicaine afin de le juger sur sa responsabilité présumée pour abus de pouvoir et non-exécution d’un ordre judiciaire qui lui demandait d’interrompre les travaux pour construire deux voiries. Ce procès pourrait l’empêcher de présenter sa candidature. Cette situation a provoqué l’indignation populaire comme on a pu l’observer lors d’une manifestation de centaines de milliers de mexicain(e)s à Mexico DF le 29 août. Plusieurs députés du PRD ont également protesté sur ce thème lors de la présentation du IVème rapport présidentiel.

Certes, le manque d’accords politiques minimums avec l’opposition au sein du Congrès de l’Union a rendu difficiles les réformes structurelles que le président se proposait. Mais il existe aussi de nouveaux fronts de bataille à l’intérieur de son parti et de son propre cabinet du fait d’une période de succession anticipée. Alfonso Durazo Montaño, ex porte-parole présidentiel a renoncé à son poste en dénonçant: "S’il n’y a pas de légalité, d’équité, de démocratie et d’arbitrage présidentiel impartial, la dispute électorale de 2006 pourrait en venir à se convertir en une répétition des vieilles et nocives rondes de méfiance quant aux résultats électoraux. Et si les élections ne se résolvent pas dans les urnes, elles se résoudront dans la rue.” Le scandale qui suivit aboutit à la renonciation de Marta Sahagún à son intention de succéder à son mari au poste présidentiel.

Dans tous ces aspects de politique interne et d’autres à échelle internationale (relations avec les USA et Cuba en particulier), des contradictions apparaissent montrant la situation d’impasse dans laquelle se trouve le leadership politique mexicain (pouvoirs exécutif et législatif).

Dans la population, ce qui prédomine est surtout la désillusion et le manque de confiance vis-à-vis de la classe politique. Ceci était déjà notable si l’on se rappelle le haut abstentionnisme qui avait caractérisé les élections de 2003. L’apparente stabilité macro-économique ne se reflète ni dans les hauts niveaux de pauvreté ou de chômage, ni dans les questions de base qui sont celles qui préoccupent effectivement les mexicains (par exemple le thème de l’insécurité). Cette stabilité ne peut pas non plus occulter la profonde crise sociale et politique, qui explique la multiplication de manifestations populaires dans les rues de Mexico au cours des derniers mois.

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BILAN DES COMITES DE BON GOUVERNEMENT UN AN APRES LEUR MISE EN PLACE

Par le biais d’une longue série de communiqués intitulés “Lire une vidéo”, le sous-commandant Marcos a publié un premier bilan du fonctionnement des Comités de Bon gouvernement (JBG) qui devrait être complété par les mêmes comités à la mi-septembre.

Bien que ces textes aient eu peu de répercussion dans les mass média, plusieurs aspects valent la peine d’être soulignés, en particulier dans le contexte politique que nous venons de décrire. Dans la première partie de ces communiqués, Marcos décrit le panorama politique actuel en ces termes: “Une rapide révision des principales images de la "vie nationale" (...) provoque une sensation de chaos, d‘anachronisme et de non-sens. Le calendrier en vigueur indique la moitié de l’an 2004, mais la programmation semble parfois correspondre à la moitié du XIXème siècle, et à d’autres moments à la moitié de l’an 2006”. Il questionne sur la corruption et l’anti-démocratie des partis politiques, la tendance toujours plus à droite des luttes entre et au sein de ces partis, le rôle des moyens de communication et les problèmes de fonctionnement du système juridique mexicain.

La seconde partie est la plus auto-critique quant au bilan des JBG. Marcos ne reconnaît pas comme une “erreur” le fait que les visiteurs doivent attendre (parfois longtemps) en expliquant: “il faut comprendre que nous sommes un mouvement rebelle et en résistance. Si l’on ajoute à cela plusieurs générations victimes de mensonges et de trahisons, on peut comprendre le manque de confiance naturel (...). Ce que certains voient comme des tendances bureaucratiques de la parte des JBG et des conseils autonomes est, en réalité, le fruit de la dynamique du chasseur et du chassé.”

Il ne reconnaît pas non plus comme une erreur la rotation des membres des JBG dans les ‘Caracoles’. Il explique: “Nous savons bien que cette méthode rend difficile la réalisation de certains projets, mais c’est aussi et au contraire une école de gouvernement qui, à la longue, donnera ses fruits dans une nouvelle façon de faire de la politique. Qui plus est, cette ‘erreur’ nous a permis de combattre la corruption qui aurait pu se présenter parmi les autorités. (...) Cela prendra du temps, je le sais, Mais pour ceux qui, comme les zapatistes, font leurs plans en fonction de décades, quelques années, ce n’est pas beaucoup”. Ils font aussi attention (“une autre ‘erreur’, qui n’en est pas une”) au thème de la représentativité, d’où leur refus des invitations et des demandes de soutiens d’autres mouvements.

Au bout du compte, Marcos reconnaît principalement deux erreurs: la participation des femmes et la relation entre la structure politico-militaire zapatiste et les gouvernements autonomes.

Par rapport aux femmes, il écrit: “Si dans les Comités Clandestins Révolutionnaires Indigènes des différentes zones le pourcentage de participation féminine varie entre 33 et 40%, dans les conseils autonomes et les Comités de Bon Gouvernement il est en règle générale de moins de 1%. (...) Bien que les femmes zapatistes aient joué et jouent un rôle fondamental dans la résistance, le respect de leurs droits reste, dans certains cas, une pure déclaration sur du papier. La violence intra familiale a diminué, c’est vrai, mais plus pour les limitations dans la consommation d’alcool que grâce à une nouvelle culture familiale et de genre”.

En ce qui concerne la relation entre la structure politico-militaire et les gouvernements autonomes, il assume pleinement les limitations: “Au départ, l’idée était que l’EZLN devait accompagner et appuyer les peuples dans la construction de l’autonomie. Cependant, l’accompagnement s’est converti en direction, le conseil en ordre... et le soutien en entrave. (...) Le fait que l’EZLN soit une organisation politico-militaire et clandestine contamine aujourd’hui encore des processus qui se doivent d’être démocratiques”.

Dans la troisième partie, Marcos commente que le “Vieil Antonio” lui a expliqué une fois que les indiens marchent voûtés “parce qu’ils portent sur les épaules leur cœur et le cœur de tous les autres". Il ajoute que “Aux deux épaules du commun des êtres humains, les zapatistes en ont ajouté un troisième: celui des ‘sociétés civiles’ ”. Il les remercie de leur solidarité et souligne que pour eux, elle a été une cause “qui pour nous tout seuls deviendrait grande: la construction d’un monde où tous les mondes trouvent leur place, c’est-à-dire un monde qui porte le cœur de tous”.

Il souligne aussi que cette année, des “personnes et organisations de, pour le moins, 43 pays, y compris (...) le Mexique” ont visité les ‘Caracoles’. Il rapporte également des entrées pour près de 12 millions et demi de pesos et des sorties pour près de 10 millions. Il explique comment cet argent a été réparti entre les 5 ‘Caracoles’ et pourquoi il a été réparti de cette façon. Même si les mêmes JBG donneront les détails, il a clarifié que rien n’a été utilisé pour bénéfice propre.

La quatrième partie se réfère à ce que Marcos appelle “quatre mensonges”: des arguments que certains groupes adverses aux processus autonomes zapatistes ont utilisé dans le passé et jusqu’à présent. La première a trait au fait que ces processus pourraient désintégrer ou “balkaniser” le pays. Marcos souligne que cela n’a pas été le cas même si le pays est “effectivement, en voie de désintégration, non pas du fait de l’autonomie indigène mais suite à une authentique guerre interne, la destruction sans pitié de ses fondements: la souveraineté sur les ressources naturelles, la politique sociale et l’économie nationale. (...) En résumé, le gouvernement fédéral a renoncé à ses fonctions et l’Etat National tremble, frappé par ceux qui sont en haut, et non pas par ceux qui sont en bas”.

Face à cette situation, il propose de “refonder la nation. Avec un nouveau pacte social, une nouvelle Constitution et une nouvelle façon de faire de la politique. En résumé, ce qui manquerait est un programme de lutte construit depuis le bas, en fonction de l’agenda nationale réel, et non pas celles que les politiques et média promeuvent”.

Un second questionnement face à la construction de l’autonomie zapatiste était le risque de construire un Etat à l’intérieur de l’Etat. Marcos répond en disant: “Les JBG sont nés pour répondre aux besoins de tous, les zapatistes, les non zapatistes, et, y compris, les anti-zapatistes.”. Il affirme qui plus est: “Respecter, c’est reconnaître. Les Comités de Bon Gouvernement reconnaissent l’existence et la juridiction du gouvernement de l’état du Chiapas et les municipalités officielles. Et, dans la majorité des cas, les autorités officielles municipales et le gouvernement de l’état reconnaissent l’existence et la juridiction de la JBG. De la même façon, les Comités de Bon Gouvernement reconnaissent l’existence d’autres organisations. Ils respectent et demandent respect”.

A différence du passé, et en contraste de ce qu’il écrit sur le commissaire pour la Paix du gouvernement fédéral, Luis H. Alvarez, Marcos reconnaît: “Sachant que la vision du zapatisme n’est pas locale mais fédérale, le gouvernement du Chiapas a choisi de ne pas faire partie du problème et essaye de faire partie de la solution”.

Un troisième risque que signalaient les critiques de l’autonomie était la possibilité que les conflits prolifèrent. Marcos indique qu’au contraire, ceux-ci ont diminué et que ce qui se cherche est une solution réelle plus qu’une punition. Il reconnaît la juridiction du pouvoir judiciaire de l’état. Il questionne cependant: “Dans les cas qui se sont présentés jusqu’à présent, la justice du gouvernement du Chiapas a brillé par sa lenteur et son inefficacité. Il semble que l’appareil judiciaire de Chiapas n’est rapide que lorsqu’il s’agit de pénaliser les ennemis politiques du gouvernement étatique”.

Une quatrième “mensonge” selon Marcos, se réfère au thème de l’application de la justice. Il clarifie: “Le bon gouvernement ne cherche pas à permettre l’impunité de ceux qui sympathisent avec le zapatisme, pas plus qu’il n’est fait pour pénaliser ceux qui ne partagent pas ses idées et prises de position. Les lois qui régissent les Municipalités Autonomes Rebelles Zapatistes, non seulement ne contredisent pas les éléments fondamentaux de la justice. Dans de nombreux cas, ils les complètent”.

Il ajoute: “Les droits collectifs (...) ne contredisent pas les droits individuels. Ils permettent au contraire que ces derniers soient à la portée de tous et non pas de quelques-uns”. Il conclut ce communiqué de manière contondante en disant: “En terres zapatistes la pulvérisation de la nation mexicaine n’est pas en gestation. Ce qui naît ici est au contraire une possibilité de sa reconstruction”.

Dans la cinquième partie, Marcos présente certains accords internes pour la conservation des forêts, contre le trafic de drogue, le trafic des sans papiers et le transit de véhicules dans la zone. Il faut aussi souligner, dans cette partie, que même s’ils ne partagent par l’option électorale comme voie pour la construction de la démocratie, il clarifie qu’ils ne s’opposeront pas à la réalisation des élections prévues pour le 3 octobre en territoires zapatistes.

Dans la sixième partie, Marcos introduit “six avancées”. Il assure que les conditions de vie dans les peuples zapatistes “même si elles sont encore loin d’être idéales, sont meilleures que celles des communautés qui reçoivent un ‘appui’ fédéral”. Ces principales avancées sont en matière de santé, éducation, alimentation, terre, logement et les formes de gouvernement propres.

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EN BREF

MONTES AZULES

Début juillet, 25 familles de la communauté San Francisco El Caracol ont été réinstallées dans un nouveau village appelé Santa Marta, municipalité Marqués de Comillas. Selon la version officielle, “des 523 hectares totaux de Santa Marta, 13.46% ont été utilisés pour la construction de 25 maisons et un édifice communautaire, avec les services d’eau potable, énergie électrique (panneaux solaires) et lettrines. Les voiries minimums ont été établies ainsi qu’un chemin d’accès. Ils ont également reçu un appui au niveau de la santé et de projets productifs pour garantir les services et opportunités de développement”.

Face au coût et aux complications techniques que cette réinstallation ont supposé, certains analystes considèrent qu’il s’agissait de créer à Santa Marta une “communauté modèle”, pour pouvoir continuer à négocier en situation d’avantage avec les autres communautés qui n’ont pas encore accepté de déménager.

Un autre facteur début septembre: pour la première fois en faisant référence à des situations spécifiques dans la Réserve de la biosphère de Montes Azules, le Comité de Bon Gouvernement de La Realidad s’est prononcé contre les menaces d’expulsion reçues par les villages Primero de Enero et Santa Cruz, appartenant à la municipalité autonome ‘Liberté des Peuples Mayas’. Cette déclaration ratifie la posture zapatiste de lutte pour le territoire dans le cas de Montes Azules.

Impunité à Chenalhó

Deux faits concrets ont marqué une recrue de la tension dans cette municipalité des Hauts-Plateaux: en août, une base de soutien zapatiste de Polhó a été assassinée (un cas encore impunie). En septembre, l’Organisation Civile “Las Abejas” a dénoncé le fait que des enfants avaient trouvé 190 balles et a déclaré: “C’est ainsi que l’on peut voir l’injustice dans laquelle nous vivons jour après jour. Les paramilitaires, auteurs matériels du massacre d’Acteal en 1997, sont toujours armés et, à cause de cela, nous vivons dans l’insécurité”.

Critiques du système de justice du Chiapas

D’autres cas attirent également l’attention sur les dysfonctionnements du système de justice au Chiapas. Un exemple concret: entre janvier et avril de cette année quatre personnes ont été détenues pour homicide d’un enseignant de San Cristóbal de las Casas en décembre . Des dénonciations indiquent que trois de ces détenus ont été torturés ainsi que la fabrication de preuves pour pouvoir les inculper. En août, les avocats responsables de leur défense et un des témoins ont été détenus pour “fausse déclarations en grade de tentative" (un délit qui n’existe pas dans le Code pénal). Le Centre des Droits de l’Homme Fray Bartolomé de las Casas a dénoncé: “Nous méconnaissons les intérêts qui prétendent inculper injustement les détenus, mais ces actions sont une claire intimidation de la défense pour occulter la responsabilité pénale des autorités pour les délits de torture et de fabrication de preuves, et pour maintenir l’accusation pour homicide contre les quatre détenus”. Pour plus d’information, voir également : http://www.laneta.apc.org/cdhbcasas/index.htm)

D’un autre coté, le Président de la Commission des Droits de l’Homme de l’état du Chiapas (CEDH), Pedro Raúl López Hernández a été destitué temporairement de son poste par le Congrès du Chiapas (pouvoir législatif) le 17 août dernier. Le Congrès a pris cette décision car il a considéré que le Président de la CEDH s’était refusé à laisser travailler l’Organe Supérieur du Fisc (chargé de réaliser un audit au cas où il existerait de possibles actes de détournement de fonds publics). Le Président de la CEDH de son côté s’est refusé à accepter cette intervention en argumentant que la procédure légale établie pour réaliser un audit au sein d’organismes publics n’avait pas été respectée.

On peut craindre que le processus d’audit de la CEDH ne sera ni libre d’influences ni transparent et qu’il s’agisse en fait d’une façon d’empêcher ou de miner la réalisation autonome du travail de dénonciation des violations des droits de l’Homme de la CEDH.
(voir également: http://www.sipaz.org/aauu/au0408_esp.htm)

Suivi du cas Guadalajara

Dans un rapport de juillet, la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) a dénoncé que les autorités policières de Jalisco ont commis les délits de détentions illégales, traitements cruels, dégradants, tortures physiques et psychologiques contre les personnes qui manifestèrent durant le troisième Sommet d’Amérique Latine, les Caraïbes et l’Union Européenne, réalisé à Guadalajara le 28 mai dernier.

La CNDH a recommandé au gouverneur de Jalisco, le membre du PAN Francisco Ramírez Acuña, de formuler les instructions nécessaires pour commencer la procédure administrative qui permettra de définir les responsabilités des fonctionnaires impliqués dans l’affaire. Ramírez a insisté que ce rapport est “partial" et que "nous avons la conscience tranquille quant aux mesures que nous avons du prendre face à ceux qui étaient venus pour attaquer Guadalajara et Jalisco". En dépit de la pression croissante exercée par des organisations des droits de l’Homme nationales et internationales, 17 jeunes sont encore en prison et 49 (sortis sous caution) attendent leur procès.

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:: DOSSIER

TOMBES DANS L’OUBLI, LES DEPLACES PAR LE CONFLIT AU CHIAPAS


Cet endroit
que tu mentionnes dans tes rêves,
est toujours là,
là où il a toujours été.

Mais la pluie ne vient pas encore
pour laver les cendres et le sang coagulé
de ce qui fut le linteau de ta maison

Antonio M. Flórez
Déplacés du Paradis

Les invisibles du conflit au Chiapas

Deux faits nous obligent à nous rappeler l’une des conséquences les plus graves du conflit armé au Chiapas, les déplacé(e)s. D’un côté, la suspension de l’aide humanitaire que le Comité International de la Croix Rouge (CICR) apportait aux déplacés de la municipalité de Chenalhó. D’un autre, le projet de loi élaboré par le Congrès fédéral pour mener à bien une réforme constitutionnelle qui introduise dans la Constitution le concept de déplacé interne (qui n’existe pas au Mexique) et permettrait la reconnaissance de cette figure juridique.

Concept et causes des déplacements internes

Les Nations Unies considèrent que les ‘déplacés internes’ sont “...les personnes ou groupes de personnes qui ont été forcés ou obligés à échapper ou fuir de leur foyer ou de leur lieu de résidence habituel, en particulier comme un résultat, ou pour éviter les effets, d’un conflit armé, de situations de violence généralisée, de violations des droits de l’Homme ou de catastrophes naturelles ou provoquées par l’être humain, et qui n’ont pas franchi la frontière de l’Etat reconnue internationalement”.

Ceux qui se trouvent dans une situation de déplacement font face à un grave degré de vulnérabilité et d’absence de protection, suite au déracinement familial, identitaire et territorial que provoque l’abandon de leurs maisons. Ces conséquences se voient aggravées lorsque les victimes du déplacement sont des peuples indigènes, paysans et autres groupes qui entretiennent une relation spéciale avec la terre. Dans leur cas, il s’agit bien plus que de leur unique moyen de survie. La terre représente le centre de la vie culturelle communautaire. Ce sont précisément ces groupes qui souffrent majoritairement les déplacements.

Dans le cadre juridique, il subsiste de grandes lacunes à échelle nationale et internationale en ce qui concerne les déplacements internes, en dépit du fait que cette situation génère de multiples violations des droits de l’Homme. Comme ils sont considérés comme conséquence d’un conflit interne, de nombreux obstacles se sont présentés pour légiférer sur cette figure. Les principes de non-intervention et de respect à la souveraineté nationale ont prédominé jusqu’à présent. Ceci a promu l’impunité et le manque de protection des populations déplacées, vu que dans la plupart des conflits, l’Etat joue un rôle (origine ou cause) dans ces déplacements.

Face à cette absence de protection, Francis Deng (représentant spécial du Secrétaire Général pour les déplacés internes de l’ONU depuis 1992) a élaboré les Principes Recteurs applicables dans le cas de Déplacements Internes: des lignes directrices portant sur la protection, l’aide humanitaire et le retour des déplacés internes.

Le déplacement forcé au Chiapas.

Selon le rapport élaboré par Francis Deng, la première et principale cause de déplacement forcé au Mexique est le conflit au Chiapas dont les cause sont:

  • La confrontation armée entre l’armée mexicaine et l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, initiée en 1994.
  • Les opérations contre la guérilla de l’armée mexicaine en 1995.
  • Le massacre d’Acteal du fait de paramilitaires en 1997

Pour le Centre de Droits de l’Homme Fray Bartolomé de Las Casas (CDHFBLC), le déplacement forcé est un mécanisme de répression de l’Etat qui fait partie d’une stratégie d’action de contre insurrection et d’une tactique pour l’expulsion et le contrôle du territoire liée à des intérêts politiques, économiques, culturels, locaux, régionaux et internationaux.

La municipalité de Chenalhó (zone des Hauts-Plateaux) et la zone Nord du Chiapas, sont les régions qui ont le plus souffert de la mise en place de cette stratégie, provoquant des milliers de déplacés qui furent obligés d’abandonner leur lieu d’origine pour sauver leur vie face à l’escalade de la violence provoquée. Nous allons nous centrer sur ces deux zones, sans pour autant minimiser les déplacements des autres régions de conflit.

A Chenalhó, la paramilitarisation, qui cherchait à limiter le nombre croissant de bases de soutien zapatistes dans les communautés, a consisté à armer et à entraîner militairement des indiens originaires de ces mêmes communautés, de filiation du Parti de la Révolution Institutionnelle). Ces derniers étaient chargés de harceler, de menacer et de tuer leurs propres voisins.

Le sommet de cette escalade de la violence dans cette municipalité fut le massacre d’Acteal (communauté de Chenalhó) où 45 membres du groupe ‘Las Abejas’ furent tués. Cette organisation non violente se trouvait alors harcelée et menacée suite à son refus de collaborer dans les actions de contre insurgence.

Après la tragédie, les déplacements de ‘Las Abejas’ et de zapatistes s’accrurent dans toutes les communautés où ils habitaient avec des membres du PRI, par peur de souffrir d’autres attaques paramilitaires.‘Las Abejas’ se réfugièrent majoritairement à X’oyep et Acteal, tandis que les bases de soutien zapatistes fuirent jusqu’à la municipalité autonome de Polhó. Selon le CDHFBLC, en 1998, on comptait 10.000 déplacés à Chenalhó: 80% bases de soutien de l’EZLN et 20% de ‘Las Abejas’.

Selon la systématisation élaborée par le Centre de Recherches Economiques et Politiques pour l’Action Communautaire (CIEPAC), dans la zone Nord, le groupe paramilitaire ‘Développement, Paix et Justice’, fut chargé de réaliser des actions violentes contre ceux qui s’organisaient pour la défense de leurs droits, qui appartenaient au Parti de la Révolution Démocratique (PRD) ainsi que les membres et sympathisants de l’EZLN. Dans ces communautés, le nombre de déplacés atteint le montant de 5,383 personnes en octobre 1998.

Les déplacés perdirent leurs maisons, leurs terres et leur bétail. Ils souffrirent du manque de services basiques comme l’eau potable, l’électricité, la santé et l’éducation ainsi que l’entassement. La principale problématique a été le manque de terres à cultiver, aboutissant à l’absence d’alimentation basique (maïs et haricots). A toutes ces carences matérielles, il faut encore ajouter les effets psycho-sociaux (traumas, dépression, peur, tristesse, douleurs corporelles...) que provoquent ces expériences; et le fait qu’ils continuent à souffrir du manque de protection ainsi que des menaces et du harcèlement continu.

Situation actuelle des déplacés

Selon le dernier recensement du CDHFBLC (actualisé le 10 août 2004), dans la zone de conflit, on comptabilise environ 12.000 personnes déplacées: 3,618 originaires de la zone Nord et 6,332 dans les Hauts-Plateaux (Chenalhó).

L’invisibilité à laquelle les déplacés se voient condamnés a provoqué le retard ou l’impossibilité de réparer les dommages et l’injustice que le déplacement a provoqué dans leur vie.

Début 2001, la Première Rencontre de l’état du Chiapas des Déplacés par la Guerre a été organisée. Des représentants des régions zone Nord, Jungle, Frontière, Hauts-Plateaux et Centre sont parvenus à un consensus sur les demandes suivantes:

  • Mise en place des Accords de San Andrés, ASA (comme mesure pour répondre au conflit de fond vu que c’est une des conditions de l’EZLN pour reprendre le dialogue).
  • Créer des conditions pour le retour ou le repositionnement des déplacés avec la garantie de recevoir des terres (exigence au gouvernement fédéral et du Chiapas).
  • Paiements pour les pertes subies (indemnisation et réparation des dommages).
  • Punir les paramilitaires, et que les gouvernements fassent justice.

Par le biais de cette première rencontre, l’objectif était d’articuler la lutte de tous les déplacés du fait du conflit. Ceux-ci optèrent cependant pour différentes stratégies.

Les bases de soutien zapatistes refusèrent de participer et négocier les demandes de justice et réparation des dommages avec le gouvernement. Ils préférèrent maintenir leur projet de résistance et d’autonomie, considérant les ASA comme loi en vigueur.

D’un autre côté, ‘Las Abejas’ décidèrent de négocier avec le gouvernement de manière indépendante. Ils retournèrent à leurs communautés d’origine à partir de juillet 2001, reçurent une indemnisation pour les victimes du massacre. Mais leurs demandes de justice et sécurité n’ont pas été couvertes.

Deux processus institutionnels ont été mis en place. En 2001, une table de négociation entre le gouvernement (par le biais du Secrétariat des Peuples Indiens-SEPI et du Sécrétariat du Gouvernement), les déplacés et le CDHFBLC. Celui-ci accompagne les déplacés à leur demande). Les représentants de 2451 personnes déplacées appartenant à différentes zones de conflit y prennent part: des 14 groupes, 10 d’entre eux se trouvent encore en situation de déplacement forcé et les 4 derniers comme “déplacés-retournés. De nombreuses difficultés ont limité les possibilités d’avancer quant aux trois points de demande au cours des trois dernières années: Terre, Justice et Réparation des Dommages. A l’heure actuelle, en ce qui concerne le thème de la Terre, la proposition du gouvernement est pour chaque famille de: 30.000$ pour ceux qui obtiennent la terre, les frais de la régularisation et 20.000$ en espèce pour des projets productifs. Pour le CDHFBLC, il s’agit d’une ‘réponse partielle’ vu que le gouvernement n’offre pas une quantité d’argent suffisante pour obtenir des terres sures, de bonne qualité et en quantité suffisante pour assurer une vie digne. D’autres thèmes restent en suspens comme la justice et la réparation intégrale des dommages: c’est à dire, punir les responsables d’entraîner et d’armer les paramilitaires ainsi que les paramilitaires coupables de morts, disparitions et déplacements; le paiement des dommages matériels et moraux, que l’Etat reconnaisse la situation de déplacement forcé et sa responsabilité vis-à-vis des déplacés pour cette situation.

Dans la zone Nord, dans la municipalité de Tila, la ‘table de négociation Jolnixtié’. La Commission pour la Réconciliation des communautés divisées du gouvernement du Chiapas) a commencé à négocier directement avec une partie des déplacés de la région. Un accord a également été atteint mas il n’y en aucun résultat quant au thème de la justice et la réparation des dommages. C’est pour cela que le CDHFBLC continue à les compter dans ses recensements vu que certaines de leurs demandes restent en suspens.

L’aide humanitaire aux déplacés du Chiapas

Si bien il est nécessaire de faire face aux causes de fond du conflit armé pour donner une réponse intégrale aux demandes des déplacés, la situation de déplacement requiert également assistance et protection depuis le moment où elle se produit. Au Chiapas, la crise humanitaire la plus importante fut après le massacre d’Acteal, en particulier dans les campements de X’oyep et Polhó.

Selon les ‘Principes Recteurs’, le principal responsable de cette aide est l’Etat. Mais le fait que celui-ci soit un acteur du conflit au Chiapas, ainsi que la résistance des zapatistes face au gouvernement et leur rejet de tout projet politique, économique ou d’aide qui vienne de celui-ci, a rendu indispensable l’aide humanitaire fourni par la CICR, les ONG et la société civile nationale et internationale.

L’assistance alimentaire de la CICR commença en août 1998 et fut fourni à Polhó jusqu’en décembre 2003. La fin de cet appui fut annoncée depuis 2001 et un accord fut passé avec les autorités autonomes de Polhó pour diminuer progressivement les aliments que recevait chaque famille.

Ce départ de la CICR a reçu de nombreuses critiques, certains considérant que la population déplacée allait rester sans protection et courrait le risque de la famine. Oscar Torres (du bureau de la CICR à San Cristóbal) affirme que la décision a été prise en sachant qu’il n’y avait pas de doutes que la population de Polhó pouvait se suffier à elle-même et que la situation n’avait plus un caractère “urgent” qui permettrait de réaliser leur mission. Il ajoute qui plus est que peu avant leur départ définitif, ils avaient renforcé les projets agricoles et productifs pour que la population puisse avoir les moyens de se maintenir seule.

Il faut aussi rappeler que le CICR a pour mandat de la communauté internationale la mission de protéger la vie et la dignité des victimes de la guerre et de la violence interne et de les assister, sur la base des Conventions de Genève et le Droit Humanitaire International.

Pour le responsable de la sous délégation de la CICR à San Cristóbal, Adolfo Beteta, il n’y a pas de situation d’urgence causée par le conflit armé dans l’état du Chiapas. Il reconnaît qu’il y a un “processus de paix inachevé”, et de ce fait, “une paix relative”, mais que les problèmes actuels des communautés ne trouvent pas leur seule origine dans le conflit entre l’EZLN et le gouvernement. En ce sens, la CICR considère dangereux de générer une dépendance des communautés du fait de l’assistance humanitaire. La CICR maintiendra une structure minimum qui leur permettra de recommencer à prêter une nouvelle assistance en cas d’une situation d’urgence.

La vision de la CICR sur le conflit est très différente de l’analyse des différents ONG existant au Chiapas. Pour celles-ci, une guerre de basse intensité ou une guerre intégrale d’usure perdure dans la région.

Le Conseil Autonome de Polhó demande son appui à la société civile internationale afin de créer un projet d’alimentation pour les déplacés. Il affirme que les déplacés n’ont toujours pas accès à leurs terres et qu’ils ne sont donc pas en mesure de produire leurs propres aliments. (www.nodo50.org/pchiapas/chiapas/documentos/polho/polho/htm).

La nature du conflit au Chiapas rompt certainement le schéma des ‘guerres conventionnelles’. La stratégie mise en place ne correspond pas aux contextes de guerre régulés dans les Conventions de Genève et où les paramètres d’action de la CICR trouvent leur origine. La CICR n’a pas la seule responsabilité de la situation des déplacés suite au conflit, Elle n’a pas non plus le mandat nécessaire pour répondre au contexte dans lequel ils se trouvent actuellement.

Reconnaissance juridique: nécessaire mais insuffisante

Au Mexique, il n’existe pas une normativité ratifiée sur le thème des déplacés. C’est pour cela qu’un projet de réforme constitutionnelle a été présenté cette année. Il introduit le concept de déplacé interne et rend l’Etat nécessaire de la protection, la sécurité et la restauration des droits des déplacés. Il s’agirait d’une première étape pour établir des parties du budget qui permettent de mettre en place les politiques publiques que cette situation de dépouillement requiert.

Ce projet de loi répond en partie aux recommandations réalisées par Francis Deng au gouvernement mexicain en 2002, après avoir visité le pays et pris connaissance de la situation des déplacés internes:

  • Attaquer les causes de fond des déplacements internes: “le meilleur remède de la crise des déplacés internes serait parvenir à la paix et à la réconciliation nationale. Ceci dépend de la capacité d’attaquer les causes de fond du conflit, ce qui implique de nombreux problèmes graves d’ordre politique économique et social”.
  • Collaborer pour assurer le retour.
  • Mise en place de politiques publiques de la part du gouvernement (après avoir réalisé une consultation auprès des déplacés).
  • Collecte d’informations.
  • Coopération avec la communauté internationale.

Les recommandations réalisées par Francis Deng n’ont pas été reprises ou mises en place par l’Etat mexicain.

Selon le CDHFBLC, la législation devrait permettre d’éviter la perpétuation ou l’institutionnalisation des déplacés internes. Elle devrait également faire partie d’une politique plus ample visant à résoudre les causes qui ont généré le conflit en premier lieu.

S’il est nécessaire de reconnaître l’existence des déplacés internes suite au conflit au Chiapas, l’absence de législation nationale n’exempte pas le gouvernement dans la mise en place des ‘Principes Recteurs’: même s’ils n’ont pas un caractère obligatoire pour les Etats, ils se fondent sur la normativité internationale en matière de droits de l’Homme, une normativité ratifiées par le Mexique. A échelle internationale, le respect de la souveraineté des Etats devrait cheminer pour renforcer la démocratie et non pas pour favoriser l’impunité et le manque de protection de ceux qui se voient dénié un endroit pour vivre en toute sécurité et dignité.

La consultation des déplacés, des ONG et des organisations sociales serait nécessaire pour établir des mesures politiques qui visent à résoudre les causes structurelles qui ont généré le déplacement au Chiapas. Ceci plus encore quand le thème de la reconnaissance de l’autonomie est l’une des principales raisons du conflit. Le talent politique pour résoudre la question des déplacés est également fonction de la volonté politique pour construire la paix.

Bibliographie

  • ZEBADÙA GONZÀLEZ, Emilio (coord..), Déplacés internos en México, Grupo Parlamentario PRD-Congreso de Diputados, México, 2004.
  • HIDALGO, O y CASTRO, G., Población desplazada en Chiapas, CIEPAC-Consejería de Proyectos, México, 1999.
  • CDHFBLC, Acteal: entre el Duelo y la Lucha, CDHFBLC, México, 1998.
  • CDHFBLC, Caminando hacia el amanecer. Informe especial sobre déplacés de guerra en Chiapas, México, 2002.
  • CDHFBLC, Informe Ejecutivo sobre la situación de déplacés internos en Chiapas, 9 de agosto del 2004.

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:: ARTICLE

Cartes postales depuis Quito dans le cadre du premier Forum Social des Amériques

“La question n’est pas que le conflit qui se vit au Chiapas ait été résolu ou qu’il ait perdu en importance. Ce qu’il se passe, c’est que la paix ne se construira pas en fonction de seuls efforts nationaux lorsque ses causes sont toujours plus globales et qu’elles se réfèrent à l’urgence d’un changement profond du système économique et politique dominant”
(Samuel Ruiz García, évêque émérite de San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, “Une nouvelle heure de grâce”, 25 janvier 2004)

Il est difficile d’écrire sur un Forum Social, et en ce sens, le premier Forum Social des Amériques (FSA) qui a eu lieu à Quito, Equateur du 25 au 30 juillet dernier n’est pas une exception à la règle. Depuis la veille et au début du registre, on se demande si on doit garder la foi en la théorie du chaos. Près de 10.000 participants originaires de 44 pays, principalement du continent américain, se réunirent en cette occasion.

Osvaldo León, directeur de l’Agence Latino américaine d’Information (Alai) explique: “Ce premier FSA s’inscrit dans le processus impulsé par le Forum Social Mondial (FSM), pour articuler la diversité des secteurs et forces sociales qui s’opposent aux politiques néolibérales, et à partir de cette diversité, construire conjointement des propositions alternatives dotés d’un sens humaniste. Le FSM est né fin janvier 2001, lors d’une rencontre célébrée dans une ville du Brésil, Porto Alegre, comme un évènement aux antipodes du Forum Economique Mondial (FEM) qui réunit tous les ans, à Davos, en Suisse, les dirigeants financiers et politiques des pays riches”. Outre les Forums Sociaux Mondiaux, d’autres Forums régionaux et thématiques ont également été organisés.

A Quito, tous les participants vous partageront une expérience différente. Prendre part au FSA aura sans doute été un cauchemar pour les plus indécis vu qu’une centaine d’évènements (entre les conférences, panels, tables rondes, témoignages et rencontres) furent menés à bien, nombre d’entre eux ayant lieu en même temps.

Derrière le slogan en commun “Un autre monde est possible”, la gamme de thèmes abordés était des plus amples: les accords de libre échange, la militarisation, les droits de l’Homme, la dette externe, le développement soutenable, la souveraineté alimentaire, etc. Toutes les présentations n’aboutissaient pas à une sombre analyse de la réalité qui auraient pu finir par décourager les activistes. Plusieurs expériences de résistance au néolibéralisme et à son corollaire militaire à échelle nationale, régionale et d’ordre global, offrirent un contraste comme des rayons de lumière dans cet obscur panorama: des processus relativement connus (comme le néozapatisme mexicain, les sans terre brésiliens ou les “piqueteros” argentins) ou un peu moins (comme les mouvements autochtones en Bolivie et en Equateur par exemple). Ce n’est pas en vain que l’Amérique Latine a parfois été nommé actuellement comme le “continent de l’espérance”.

On pourrait comparer le FSA à un espèce de grand buffet de la pensée actuelle de gauche, un spectre qui va de l’orthodoxie (la stratégie en deux étapes: prendre le pouvoir et ensuite changer le monde) à une position plus anti-système ou dans la lignée de la tradition anarchiste. Après quelques jours, la dynamique que l’on peut observer rappelle les processus de construction de consensus dans les communautés indigènes du Chiapas: tout le monde a la possibilité d’exprimer son point de vue, ce qui donne une impression de répétition. Cependant cette participation est importante car elle permet d’aboutir à des accords réels pas seulement dans le sens d’un diagnostic mais aussi en vue de possibles actions concrètes.

Dans un article de juillet intitulé “Le Forum Social Mondial à la croisée des chemins”, Immanuel Wallerstein, professeur et chercheur du Département de Sociologie de l’Université de Yale, USA, voyait là le principal défi de ce processus: “Ce qui déterminera si cet espace ouvert a effectivement la capacité de servir l’objectif de transformer le monde dans un sens plus démocratique et égalitaire, c’est la manière selon laquelle le FSM pourra mettre en place des mécanismes qui pourront concilier ce caractère ouvert avec une activité politique réelle et concrète”.

C’est autour du comment parvenir à construire cet “autre monde possible” qu’apparaissent les divergences et critiques dans ces forums. En particulier, suite à leur impact pratique limité au-delà de l’amplitude et de la diversité de ces mêmes Rencontres. Toutes ces critiques ne sont pas externes. Certaines s’écoutent au sein de ces mêmes Forums. Immanuel Wallerstein dans l’article mentionné auparavant résumait la plupart de celles-ci en ces termes: “Les critiques (...) sont multiples: le FSM dit qu’un autre monde est possible; il devrait dire que le socialisme est l’objectif. Le FSM est un forum ouvert; ce n’est donc que du bla bla. Il ne se compromet pas en actions concrètes; il est donc inefficace de manière inhérente. Il accepte de l’argent de la part des fondations et des organisations non gouvernementales; il s’est donc vendu. Il ne permet pas la participation des partis politiques; il exclut donc des groupes clefs. Il ne permet pas la participation de groupes qui recourent à la violence; mais la violence est légitime pour les groupes opprimés qui n’ont pas d’autres alternatives. Toutes les affirmations initiales sur le FSM sont exactes. Mais celles des raisonnements présentés après les points virgules ne sont pas partagés par le FSM. “

C’est en grande partie dans la Jungle Lacandone du Chiapas que ce mouvement global de résistance qui s’exprime aujourd’hui au travers de la consigne “Un autre monde est possible” a pris naissance en 1996. Le néozapatisme ouvre également quelques pistes quant à une façon de résoudre les conflits qui se donnent au sein de ces mêmes forums par le biais de leur invitation à la construction utopique d’un “monde dans lequel tous les mondes trouvent leur place”, un thème souligné par le groupe mexicain “Jeunes en Résistance Alternative” (voir l’exposition complète: “Cinq rêves du zapatisme, cinq rêves pour la résistance”)

Un théologien chilien posait la question suivante lors de l’un des espaces: “Je voudrais savoir si tous ceux qui veulent changer le monde sont aussi prêts à changer eux-mêmes?”. Cette interpellation rappelle une phrase de Gandhi. “Nous devons être le changement que nous voulons voir dans le monde”. La recherche de congruence dans la construction d’un changement réel reste un défi tant à l’extérieur qu’à l’intérieur des Forums sociaux, pour tous ceux qui pensent que ce changement est nécessaire.

José Astudillo, vice-président du SIPAZ, et originaire d’Equateur, soulignait un autre aspect à l’issue du FSA: “Passer de la charité à la solidarité, de la bienfaisance à la co-responsabilité pour transformer les relations injustes existant entre les plus riches et les plus pauvres, a également été une réflexion importante. De nombreuses organisations des Etats Unis et d’Europe remettent en question la forme de coopération des organismes internationaux. “Les aides”, “les palliatifs”, dans la plupart des cas sont des conditionnements qui permettent d’exploiter les pays pauvres. La coopération se doit d’être une militance en défense de la Vie, où il n’y plus de bienfaiteurs ni de bénéficiaires mais une alliance”. A l’heure de rêver de construire un “autre monde possible”, nous sommes tous sur le même bateau.

Pour plus d’informations, consultez:

- http://alainet.org

- www.forosocialamericas.org

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:: ACTIVITÉS DU SIPAZ

Juillet- Septembre 2004

ACCOMPAGNEMENT

En août, nous avons participé à une caravane d’observation dans la biosphère de Montes Azules (Jungle).

Egalement en août, nous avons assisté à la fête réalisée à Oventik dans le cadre du premier anniversaire des ‘Caracoles’ zapatistes.

En septembre, nous nous sommes rendus dans la zone Nord du Chiapas pour interviewer différents acteurs quant à la conjoncture dans la région dans le contexte pré-électoral.

Nous avons effectué un suivi à la situation existant dans la municipalité de Zinacantán après les incidents violents du mois d’avril par le biais d’interviews avec différentes organisations qui travaillent dans la zone, ainsi qu’une visite à certaines communautés qui se virent affectées.

Nous nous sommes réunis avec Juan Esponda de la Commission pour la Réconciliation des communautés divisées du gouvernement de l’état du Chiapas pour parler sur la situation dans la zone Nord, la Jungle et les Hauts-Plateaux.

CONTACTS ET INFORMATION

Nous avons reçu des visiteurs, délégations, étudiants et journalistes et nous leur avons présenté le contexte du Chiapas et le travail du SIPAZ. La plupart venaient des USA et d’Europe.

Nous avons organisé une délégation conjointement avec l’organisation Global Exchange (USA) qui a visité le Chiapas pour une semaine en août.

Nous avons interviewé plusieurs personnes de la Commission étatique des Droits de l’Homme du Chiapas et nous avons réalisé une Action Urgente sur ce cas.

Nous avons interviewé différents acteurs de Oaxaca, Guerrero et de la ville de Mexico pour échanger des informations sur la situation existant dans ces régions, et de manière générale, à échelle nationale.

En août, nous avons assisté au colloque : “Chiapas, 10 ans plus tard”, dont l’objectif était d’analyser les transformations qui se sont produites dans cet état depuis le soulèvement armé néozapatiste.

En septembre, nous avons participé au cycle de conférences réalisées dans le cadre de l’inauguration du “Centre d’Etudes, Information et Documentation: Immanuel Wallerstein” de l’Université de la Terre et du CIDECI (Centre Indigène de Capacitation Intégrale).

EDUCATION POUR LA PAIX

Nous continuons à travailler avec le Réseau pour la Paix, un espace pour la réflexion et l’action qui cherche à appuyer les processus de paix dans les organisations et communautés du Chiapas.

Nous continuons à animer des ateliers sur la Culture de Paix et les Droits de l’Homme avec les jeunes du Centre pour le Développement Communautaire (CEDECO) de San Cristóbal de Las Casas.

En août, l’équipe de marionnettistes “Diversité” a réalisé plusieurs représentations sur la valeur de la diversité et de la réconciliation dans plusieurs communautés de la zone Frontière.

DIALOGUE INTERRELIGIEUX

Nous avons tenu plusieurs réunions et interviews avec des acteurs religieux de Chenalhó et de San Cristóbal de Las Casas.

Nous avons assisté au Xème Congrès latino-américain “Religion et Ethnie” sur le pluralisme religieux et les transformations sociales réalisé à San Cristóbal de Las Casas du 5 au 19 juillet.

En août, nous avons animé un atelier portant sur la Transformation des conflits avec une délégation de pasteurs de l’Eglise Unie du Christ du Wisconsin à invitation de l’INESIN (Institut d’Etudes Sociales et Interculturelles), à San Cristóbal de Las Casas.

TRAVAIL NATIONAL ET INTERNATIONAL

Début juillet, nous avons présenté notre travail au Chiapas dans le cadre d’une réunion internationale des Forces de Paix Non violentes, à Cuernavaca, Morelos.

En juillet, nous avons assisté aux Forums méso-américains qui ont été organisés au Salvador: le Vème Forum Méso-américain contre le Plan Puebla Panama et pour l’Autodétermination des Peuples, IIIème Forum Méso-américain contre les Barrages, IVème Semaine de la Diversité Biologique et Culturelle, et Première Rencontre Méso-américaine des Femmes en résistance pour une vie digne.

Fin juillet, nous avons participé au IIème Sommet Continental des Peuples et Nationalités Autochtones de ‘Abya Yala’ (Amérique Latine) et le Forum Social des Amériques à Quito, Equateur. Nous avons présenté un exposé dans le cadre d’un panel portant sur le thème “Menaces pour la Paix en Amérique Latine”.

Nous avons participé au 1er. Forum National sur l’Autonomie “Plusieurs mains et un seul cœur pour lutter”, convoqué par le Congrès National Indigène (CNI) et organisé par le Conseil Indigène Populaire de Oaxaca “Ricardo Flores Magón” CIPO-RFM, realisé les 21 et 22 août 2004, à Oaxaca.

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