:: ACTUALITÉ
CHIAPAS: Multiplication des voyants au
rouge dans un contexte de haute tension
Certainement, le Chiapas n’occupe
plus autant la Une des journaux nationaux comme c’était
le cas au cours des premières années après
le soulèvement de l’Armée Zapatiste
de Libération Nationale (EZLN) en 1994. Cependant,
lorsque l’on les lit plus attentivement ou lorsque
l’on révise la presse locale, il est difficile
de ne pas expérimenter une certaine alarme lorsque
l’on note la multiplication de faits de violence ou
de voyants au rouge qui pourraient conduire à tout
moment à une situation de violence. Ceci est d’autant
plus vrai si l’on prend en compte le fait que la plupart
des causes derrière ces faits répondent aux
facteurs structurels qui furent à l’origine
du soulèvement armé.
Des Hauts-Plateaux...
Au cours de ces derniers mois, un premier
fait de violence a eu lieu le 10 avril dernier, dans la
municipalité de Zinacantán alors que des centaines
de bases de soutien zapatistes réalisaient une marche
pacifique pour célébrer l’Anniversaire
de la mort d’Emiliano Zapata. Après la manifestation,
ils ont réparti de l’eau aux communautés
qui avaient été privées de ce service
par les autorités municipales du Parti de la
Révolution Démocratique (PRD). Ils furent
pris en embuscade par des sympathisants du PRD laissant
un bilan d’une dizaine de blessés et 125 familles
déplacées qui purent retourner à leurs
communautés d’origine seulement 15 jours plus
tard (voir article à part
dans ce même bulletin).
Il existe un autre conflit similaire quant à ses
causes dans la municipalité de Tenejapa portant sur
le thème et l’utilisation d’une source
d’eau qui pourrait dégénérer
en violence selon le témoignage d’habitants
de l’une des communautés affectées.
Fin mai, le conseil autonome de Polhó
(Chenalhó), a dénoncé que “les
groupes armés liés au gouvernement du PRD
de Zinacantán sont alliés avec pour le moins
un secteur des paramilitaires de Chenalhó, qui n’ont
jamais été désarmés, et qui,
depuis 1997 n’ont jamais cessé de fonctionner,
de menacer et de maintenir en exil des milliers d’indigènes
zapatistes”.
A la Jungle...
Le cas le plus connu se réfère
à la réserve de la biosphère de Montes
Azules où les menaces d’expulsion perdurent
et où le repositionnement de plus de 30 villages
reste en suspens. Plusieurs instances fédérales
et de l’état insistent : la voie du dialogue
avec les villages installés dans la zone de manière
“irrégulière” a été
privilégiée à tout moment. En mars,
10 communautés situées dans la réserve
et regroupées dans l’Union des communautés
autochtones de la jungle du Chiapas ont refusé de
dialoguer avec le Ministère de la Réforme
Agraire quant à leur possible expulsion ou déplacement
en expliquant qu’ils n’accepteront plus “de
supposés dialogues et négociations qui n’aboutissent
à aucun compromis et accords sérieux”.
D’autres déclarations publiques
sonnent plus ambiguës. En avril, par exemple, le sénateur
du PAN (Parti d’Action Nationale) Jorge Nordhausen
de la Commission pour l’Environnement, les Ressources
Naturelles et la Pêche du Sénat de la République
a proposé de continuer les expulsions à Montes
Azules “en vue de rétablir l’ordre
et la légalité dans la réserve de la
biosphère située dans la Jungle Lacandone”.
Il a souligné que les expulsions “ne sont pas
des mesures arbitraires, mais qu’elles sont des actions
fondées sur la loi et répondent aux invasions
de territoires qui portent préjudice au patrimoine
naturel de la Nation”.
En mai, le PROFEPA (Bureau du Procureur
Fédéral pour la Protection de l’Environnement)
a assuré être parvenu à signer 13 accords
de repositionnement et cinq de régularisation qui
devraient être mis en place en juin.
Dans la région des ‘Cañadas’,
en avril, les organisations de la zone ont multiplié
les accusations réciproques: le Comité de
Bon Gouvernement “Chemin ver le futur” a
démenti la création de groupes de policiers
zapatistes. Ils ont dénoncé au contraire que
les membres du PRI (Parti de la Révolution Institutionnelle)
et de l’Association Rurale d’Intérêt
Collectif, ARIC Indépendante sont ceux qui ont
installé des barrages près d’Ocosingo
depuis deux mois en dépit du désaccord des
zapatistes.
De la zone Nord à la Côte
Fin avril, le Comité de Bon Gouvernement
“Semence qui va Produire” a accusé
des paramilitaires présumés liés au
PRI d’attaquer des familles bases de soutien de l’EZLN
de la communauté Tiutzol, municipalité de
Tila (zone Nord).
Les conflits continuent également
quant à la résistance au paiement de la lumière
électrique. Des informations circulent annonçant
des barrages (ville de Tapachula) et la détention
d’employés de la Commission Fédérale
d’Electricité –CFE- (Côte, zone
Nord). Cependant, fin mai, le responsable de la Division
Sud-Sud Est de la CFE a assuré que 90% de la
population de la région Côte a d’ores
et déjà accepté le programme préférentiel
“Vie Meilleure”
(Voir bulletin du SIPAZ de mars 2004). Il a affirmé
que les conflits ne sont guère que de “petits
incidents” et que la CFE continuera de couper l’électricité
à tous ceux qui refusent de payer.

¿CONFLITS COMMUNAUTAIRES OU PARTIE
EMERGEE D’UN ICEBERG?
Certains souhaitent considérer
ces faits de violence comme de simples problèmes
inter ou intra communautaires. Dans le cadre d’une
visite au Chiapas en avril, le Ministre de l’Intérieur,
Santiago Creel a exprimé que “le Chiapas
a cessé d’être un mal de tête pour
le gouvernement fédéral” et que
cet état “jouit de stabilité politique”
en dépit du conflit de Zinacantán. Pour celui-ci,
cet affrontement n’était qu’un “incident”.
D’autres considèrent cependant
ces faits comme les symptômes d’une situation
plus complexe. La Commission de Soutien pour l’Unité
et la Réconciliation Communautaires (Coreco) a
ainsi fait remarquer : “Ce qui s’est passé
le 10 avril n’a pas été une simple querelle.
Il ne s’agissait pas non plus d’une pure conséquence
de l’incapacité des gouvernements de l’état
et municipal à l’heure de couvrir l’une
des nécessités de la population. Ce n’était
pas non plus le résultat de l‘aggravation d’un
conflit du fait de l’existence de deux systèmes
juridiques. L’embuscade, l’agression, la violence,
les menaces et le harcèlement vis-à-vis de
la marche et des communautés en résistance
de Zinacantán, ont eu lieu, une fois de plus, afin
d’obliger les bases de soutien de l’EZLN à
renoncer à leur filiation politique”.
Des députés de la Commission
pour la Concorde et la Pacification (COCOPA,
instance législative formée pour faciliter
le dialogue entre l’EZLN et le gouvernement) ont affirmé
que les faits de Zinacantán reflètent la “mise
au rancart” du thème Chiapas dans l’agenda
du gouvernement fédéral.
Luis H. Álvarez, représentant
pour la paix du gouvernement fédéral au Chiapas
a soutenu de son côté: “L’EZLN
a une responsabilité importante dans le cadre de
la génération d’un espace de négociation
politique qui permette d’éviter de plus grands
conflits et l’effusion de sang indigène. Il
faut que l’EZLN admette une fois pour toutes qu’elle
doit rétablir le dialogue avec les autorités
gouvernementales afin de parvenir à des accords minimums
qui permettent la coexistence pacifique dans l’état."
En juin, la fraction du PRD de la Chambre
des Députés a dit qu’elle exigerait
la comparution du représentant pour la paix au Chiapas,
Luis H. Alvarez. Elle considère en effet que ce dernier
a dénaturé sa mission en se dédiant,
lors de ces visites au Chiapas, à la remise de plaques
de tôle ondulée ou d’autres choses de
ce type parmi les personnes qui ont déserté
du zapatisme ou qui lui sont contraires. De son côté,
Gerardo Ulloa du PRD a déclaré que la distribution
de matériaux de la part de Luis H. Alvarez le transforme
en un instrument du gouvernement pour miner les bases zapatistes,
ce qui n’aide en rien à la réactivation
du dialogue ; cela réduit au contraire sa qualité
morale comme négociateur.

LE BOUILLON DE CULTURE
Derrière ces faits de violence,
il existe de multiples facteurs.
Les séquelles de plusieurs années
de guerre
A la marginalisation sociale, politique
et économique des communautés autochtones
du Chiapas qui existait avant 1994, il faut ajouter les
conséquences de la guerre de basse intensité
qui a affecté cette région depuis lors. L’expression
la plus visible de celle-ci reste la militarisation permanente
du territoire du Chiapas. Une conséquence est la
décomposition du tissu social, ce qui a impliqué
la multiplication de conflits inter et intracommunautaires.
Une culture croissante d’intolérance prédomine
et la tendance est à régler les différences
idéologiques, politiques ou religieuses en recourant
à la violence.
Début juin, le Centre des
Droits de l’Homme Fray Bartolomé de Las Casas
a dénoncé que la situation des plus de 12.000
déplacés suite au conflit armé au Chiapas
reste un thème en suspens. Il a signalé que
même si certains ont cherché à négocier
avec le gouvernement, en aucun des cas ils n’ont obtenu
une terre pour vivre. Les responsables des déplacements
n’ont pas été poursuivis en justice.
Quelques jours plus tard, Emilio Zebadúa,
député fédéral du PRD, a souligné
que les déplacés du Chiapas se trouvent dans
une situation d’“extrême vulnérabilité”
suite au retrait du Comité International de la
Croix Rouge (CICR) de la zone. Zebadúa a remis
en question le gouvernement fédéral vu que
ce dernier n’a pas respecté les recommandations
en faveur des déplacés émises il y
a un an par Francis Deng, commissaire de l’Organisation
des Nations-Unies.
Contexte pré-électoral
Un autre facteur qui explique une augmentation
de la tension sociale tient aux élections locales
du 3 octobre prochain. 118 maires et 40 députés
de l’état du Chiapas seront élus.
A échelle fédérale,
l’agenda politique tourne d’ores et déjà
autour des prochaines élections présidentielles
bien que celles-ci soient prévues pour 2006. Ceci
se donne au milieu des scandales politiques, des luttes
internes au sein des différents partis et des disqualifications.
A l’intérieur du Parti
d’Action Nationale (PAN), actuellement au pouvoir,
des frictions se sont produites entre le Président
Fox et ses possibles successeurs au sein du Parti. Un des
cas fut celui de Felipe Calderón, Ministre de l’Energie,
qui a annoncé sa candidature à la Présidence
lors du IIIème Sommet des Chefs d’État
et de Gouvernement d’Amérique Latine, des Caraïbes
et de l’Union Européenne. Le président
Fox l’a obligé à renoncer à son
poste s’il souhaitait se dédier à la
campagne politique. Un clair exemple des différences
existant entre les différentes familles du PAN…
En ce qui concerne les partis d’opposition,
le cas le plus couvert dans les médias se doit aux
conflits entre le gouvernement fédéral et
l’actuel chef du gouvernement du District Fédéral
de la ville de Mexico, Andrés Manuel López
Obrador, possible candidat à la présidence
pour le PRD.
Dénonciation de réduction
d’espaces politiques et civils
Loi “Mordaza”
Le 17 février dernier, des réformes
au Code Pénal du Chiapas ont été
approuvées. Elles se réfèrent aux délits
contre l’honneur, délits pour lesquels des
sanctions de 9 ans de prisons et des amendes allant jusqu’à
mille jours de salaire minimum pourront être imposées.
Les organisations de défense des droits de l’Homme,
associations de journalistes et la société
civile ont manifesté leur rejet en argumentant que
ces réformes sont contraires aux droits de liberté
d’opinion et d’expression ainsi qu’au
droit à l’information. Elles ont souligné
qui plus est que celles-ci attentent aux documents légaux
signés par le gouvernement mexicain, comme le sont
la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme
et la Convention Américaine des Droits de l’Homme.
Ces réformes sont cependant entrées en vigueur
fin mai.
CEDH
Une autre situation préoccupante
pour les organisations des droits de l’Homme au Chiapas
a trait à l’efficacité que les organismes
publics de protection doivent offrir aux citoyens, efficacité
remise en question suite à la controverse qui a surgi
entre la Commission Nationale des Droits de l’Homme
(CNDH) et son homologue au Chiapas (CEDH).
Selon la CNDH, les déficiences d’une recommandation
émise par la CEDH ont rendu possible l’impunité
de policiers de Comitán qui avaient agressé
66 personnes au cours d’une expulsion en 2002.
En juin, le Congrès du Chiapas
a accepté la dénonciation d’infraction
présentée par la CNDH contre son homologue
de l’état. De son côté, le responsable
de la CEDH locale, Pedro Raúl López Hernández,
a demandé aux législateurs qu’ils respectent
son droit d’audience avant de résoudre quoique
ce soit.
Loi sur les Droits de l’Homme
En avril, le projet de réforme
constitutionnelle en matière de droits de l’homme,
cette fois-ci à échelle fédérale,
a également généré polémique.
Les organisations appartement au Comité de Liaison
entre le gouvernement fédéral et le Bureau
du Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits de
l’Homme (ACNUDH), ont dénoncé que,
bien que le projet de réforme réponde à
certains aspects clefs, il s’éloigne de la
formulation et de l’esprit de la proposition qui avait
été travaillé conjointement, ce qui
mine le processus de dialogue engagé. (Pour plus
de détails, voir le site du Centre
pour les Droits de l’Homme Augustín Pro Juárez).
Les organisations du Comité de
Liaison ont remis en question les déclarations du
président Fox affirmant que personne ne peut désormais
dire que le gouvernement ne respecte pas les droits de l’Homme
: “Il existe des preuves importantes qui contredisent
une telle affirmation: le Diagnostic du Haut Commissariat
des Nations Unies pour les Droits de l’Homme (ACNUDH),
les nombreuses plaintes reçues et documentées
par la Commission Nationale des Droits de l’Homme
et par les organismes internationaux… Et que dire
de toutes ces violations qui sont les plus nombreuses, celles
qui ne font l’objet d’aucune dénonciation
du fait du manque de confiance de la population face à
l’inefficacité des institutions responsables
de la protection des droits de l’Homme, juridictionnelles
ou pas. Cette situation requiert de manière urgente
non pas des discours éloignés de la réalité
mais une véritable politique d’État
qui garantisse le respect, la garantie et la protection
des droits de l’Homme”.
Fin mai, dans son rapport 2004, Amnisty
International a affirmé de son côté
que les efforts du gouvernement du président Vicente
Fox afin de garantir le respect des droits de l’Homme
ont été “insuffisants”
pour freiner les “violations fréquentes
et généralisées”. Elle dénonce
que les “failles structurelles” du
système de justice pénale restent l’une
des causes fondamentales des violations des droits de l’homme
et de l’impunité. Elle indique encore que la
discrimination, la marginalisation et les conflits communautaires
continuent à générer de multiples violations
des droits de l’Homme dans les communautés
autochtones. Le bulletin rappelle aussi qu’en juin
2003, Amnisty avait invité le Mexique à reprendre
les négociations avec l’EZLN et à réformer
la législation “controversée”
de 2001 portant sur les droits indigènes. Ce bulletin
signale également qu’il existe une grande préoccupation
du fait du danger que représente le Plan Puebla-Panama
pour les communautés autochtones du sud du Mexique,
car celui-ci risque de violer les droits économiques,
sociaux et culturels des peuples indiens.
Fin mai, des représentants des
organisations civiles du Comité de Liaison se sont
réunis avec le ministre de l’Intérieur,
Santiago Creel et sont parvenus à une série
d’accords qui permettent de garantir la continuité
du dialogue avec le Ministère.

PROCESSUS SOCIAUX ET ESPACES OFFICIELS
En ce qui concerne les peuples autochtones,
à la mi mai, la treizième réunion du
Congrès National Indigène (CNI) a
été réalisée à Union
Hidalgo, Oaxaca. Les délégués de la
région Centre-Pacifique ont décidé
de ratifier les Accords de San Andrés comme “Constitution
Autochtone” et de mener à bien une “rébellion
pacifique” par le biais de l’exercice de
l’autonomie. Juan Chávez, indigène purépecha
de Nurio, a souligné: “il ne faut pas tomber
dans le piège et continuer à demander à
l’État ce qu’il nous a déjà
nié (la reconnaissance constitutionnelle des droits
des peuples indiens par l’approbation du projet de
loi de la COCOPA). Nous n’avons pas besoin de demander
au gouvernement son autorisation ou de lui faire des courbettes.
Cette demande n’a plus lieu d’être depuis
la création des Caracoles au Chiapas et avec les
municipalités autonomes comme Xochistlahuaca (Guerrero)
ou ce qui se passe à Union Hidalgo (Oaxaca) et Tlalnepantla
(Morelos)”.
Le 28 mai, le sommet des Chefs d’État
et de gouvernement d’Amérique Latine, des Caraïbes
et de l’Union Européenne a débuté
à Guadalajara, Jalisco, Mexique avec la présence
de 58 pays. Plusieurs forums sociaux “altermondialistes”
parallèles (voir Dossier
à part) ont également été
organisés. Hélas, dans les médias,
il a été difficile de savoir quoique ce soit
quant au contenu des discussions vu que la marche qui devait
clore les journées de travail a terminé de
manière violente, seul fait véritablement
couvert par la presse. Plusieurs organisations présentes
à Guadalajara ont dénoncé que la répression
policière fut bien supérieure aux mesures
de sécurité qui auraient pu être établies
afin de prévenir les actes de violence commis par
des groupes réduits de la marche.
45 jeunes mexicains furent arrêtés.
Huit étrangers furent expulsés du Mexique.
Des organisations pour la défense des droits de l’Homme
ont condamné les abus, brimades et violations à
leurs droits d’accès à la justice et
de protection de leur intégrité physique auxquels
ils furent soumis. Une semaine plus tard, les jeunes mexicains
furent déclarés formellement prisonniers pour
les délits de mutinerie, vandalisme, résistance
ou désobéissance de particuliers, attaques
aux voies de communication, lésions, vol et dommages.
Finalement, la Rencontre mexicaine
d’Alternatives de Vie des Peuples a eu lieu à
Tepeaca (État de Puebla) du 4 au 6 juin. Il
s’agissait d’un évènement préparatoire
aux prochains forums sociaux méso-américains
qui doivent être organisés au Salvador en juillet.
Les représentants de 112 organisations sociales de
tout le pays ont rejeté les politiques néolibérales
mis en place par le Président Fox, ainsi que les
conséquences directes de celles-ci. Ils ont répété
leur option de lutte pour l’autonomie des peuples
ainsi que pour le respect des Accords de San Andrés.
Ils ont proposé l’élaboration d’un
Plan Alternatif de Vie pour les Peuples Méso-américains
fondé sur leur dignité, leur culture et la
‘Madre Tierra’ ( Mère Terre).

:: ZINACANTÁN
ZINACANTAN: FLEURS ET REGARDS ACCOMPAGNENT
LE RETOUR DE DEPLACES ZAPATISTES.
Les faits de violence
Le 10 avril dernier, des bases de soutien
zapatistes de la région des Hauts-Plateaux du Chiapas
furent pris en embuscade par des membres du Parti de
la Révolution Démocratique (PRD), originaires
de Zinacantán (municipalité tzotzil des Hauts-Plateaux,
près de San Cristóbal de Las Casas).
Ce jour-là, les zapatistes commémoraient
au travers d’une marche la mort du leader paysan Emiliano
Zapata, dont ils tirent leur nom et la lutte pour la “Terre
et [la] Liberté”. Suite à la manifestation
pacifique, dans un acte de solidarité, ils ont également
apporté de l’eau aux zapatistes de la communauté
de Jech’vó. Ces derniers avaient été
privés de ce service public depuis le 9 décembre
2003 par ordre des membres du PRD de Zinacantán,
qui leur demandaient de collaborer et de participer aux
postes d’autorité traditionnels.
A leur retour, des membres du PRD leur
ont barré le chemin, leur ont lancé des pierres
et des bâtons et leur ont tiré dessus avec
des armes à feu. Bilan: 35 blessés et plus
de 500 personnes ont fui de leurs communautés par
peur d’être attaquées à nouveau.
Il s’agit de la plus grande agression subie par des
bases de soutien zapatistes depuis le soulèvement
armé de 1994.
Le Comité de Bon Gouvernement
d’Oventik (les autorités autonomes zapatistes
de la région) ont émis plusieurs communiqués
condamnant l’agression, donnant de plus amples informations
sur les blessés et donnant la liste des responsables
de l’embuscade. Ils ont également accusé
le PRD de “s’être uni à la
guerre du mauvais gouvernement contre les peuples indiens”.
La direction nationale du PRD a affirmé
que l’embuscade était due exclusivement à
un conflit quant à l’approvisionnement de l’eau
et qu’il n’y avait aucune raison de le voir
comme un problème du PRD contre les zapatistes. Le
Ministre de l’Intérieur, Santiago Creel et
le gouverneur de l’état du Chiapas, Pablo Salazar
ont affirmé dans la même lignée qu’il
s’agissait d’un “conflit au sein d’une
municipalité” pour la question de l’eau.
Retour sans justice
Deux semaines plus tard, les autorités
zapatistes ont annoncé le retour des familles déplacées
même si les responsables des agressions n’avaient
toujours pas été arrêtés. Ils
ont invité la société civile nationale
et internationale à organiser une caravane pour accompagner
ce retour le dimanche 25 avril. Ils ont également
sollicité l’installation de campements civils
pour la Paix dans les communautés pour éviter
de futures agressions.
Environ 200 bases de soutien zapatistes
couverts de leur passe-montagne et provenant d’autres
municipalités des Hauts-Plateaux ont aussi accompagné
ce retour:
'Nous sommes venus jusqu’ici
afin d’accompagner nos ‘compañeros’
et ‘compañeras’ qui étaient déplacés
depuis le 10 avril. Mais aujourd’hui nous sommes venus
les ramener dans leur communauté d’origine,
ces ‘compañeros’ et ‘compañeras’,
et ils vont rester là, parce que leur maison et leur
peuple est ici et que personne n’a le droit de les
ennuyer ni de les expulser de leur propre communauté;
ils sont zapatistes et ils continueront à être
zapatistes''
(communiqué lu par ceux-ci au début
et à la fin de la caravane)
Nous avons pris la route qui se rend
à Tuxtla Gutierrez (la capitale de l’état
du Chiapas) jusqu’à l’endroit où
les déplacés avaient trouvé refuge.
A notre arrivée, ils sont restés pantois au
bord de la route en voyant la grande quantité de
voitures et de bus qui accompagnaient les zapatistes. On
pouvait dénombrer plus de 20 véhicules et
plus de 100 personnes: société civile nationale
et internationale, presse et organisations de droits de
l’Homme. Le parcours a également été
“accompagné” par des membres
du gouvernement de l’état, de la Police, du
Centre d’Intelligence Secrète et par un hélicoptère.
Nous sommes d’abord arrivés
à la communauté de Jech’vó où
la tension était palpable. Les familles qui devaient
rester à cet endroit sont descendues des camionnettes
et ont reçu des membres de la société
civile des bouquets de fleurs blanches. Les femmes, les
enfants et les hommes sont descendus avec les musettes qui
contenaient le peu de choses qu’ils avaient avec eux
le jour de l’agression. Les enfants regardaient entre
frayeur et curiosité, sans vraiment comprendre les
raisons de leur protagonisme, pourquoi des dizaines d’appareils
photos étaient braqués sur eux, leur volant
l’anonymat que l’enfance exige.
Dans cette première communauté,
les représentants zapatistes ont lu un communiqué
au milieu de la place demandant que leur projet de vie soit
respecté:
''Nous voulons dire à nouveau
à tous nos frères qui ne sont pas zapatistes,
à ceux qui appartiennent aux différents partis
politiques: nous les zapatistes nous ne voulons pas nous
battre contre nos frères indigènes qui habitent
au même endroit et dans la même municipalité.
Nous n’embêtons personne, nous n’offensons
personne; nous, les zapatistes, nous respectons tout le
monde sans faire de différence en fonction de leur
organisation, leur parti ou leur religion. Mais nous voulons
aussi que vous nous respectiez, que vous respectiez notre
lutte et notre résistance. Notre lutte n’est
pas contre nos frères pauvres; notre lutte est pour
une juste cause qui s’appelle démocratie, liberté
et justice pour tous.''
Ils ont également remercié
les membres de la société civile nationale
et internationale pour leur présence. Plusieurs d’entre
eux sont restés dans les communautés comme
observateurs afin d’essayer d’éviter
de possibles agressions. Pour ceux qui retournaient dans
leurs communautés d’origine, cet accompagnement
de personnes qu’ils ne connaissent pas représente
une protection et leurs regards, une dénonciation.
Pendant ce temps, des dizaines de policiers
observaient, gainés dans leurs uniformes bleus, dans
une attitude qui paraissait plutôt intimidante. Dans
les communautés suivantes, la tension diminua quelque
peu. En tout, 35 familles sont retournées à
Jech’vó, 19 à Elambó Alto, 33
à Elambó Bajo et 15 à la communauté
de Apaz.
Qu’est-ce qui est en jeu dans ce
conflit ?
Contrôlant les mouvements de la
caravane le président municipal du PRD de Zinacantán
était également présent. Les zapatistes
l’ont rendu responsable des agressions à leur
encontre. Il s’agit d’un leader de Zinacantán
connu pour son fort contrôle politique et économique
dans la région. Il contrôle en particulier
le transport des camionnettes qui se rendent tous les jours
à Tuxtla. Lui et ses adeptes restèrent tout
ce dimanche au croisement de la route en direction de Tuxtla,
observant la caravane entrer, sortir et retourner à
San Cristóbal.
Les zapatistes échappent à
leur contrôle politique et économique. Ils
ont leurs propres autorités autonomes, leur propre
projet politique qui rompt avec le système de gouvernement
officiel mais aussi avec les ‘caciques’
traditionnels qui ont dominé ces terres depuis plusieurs
décennies.
Le conflit dans les communautés
de Zinacantán n’est pas résolu. Il n’existe
pas non plus les conditions nécessaires pour un retour
sans problèmes, mais les zapatistes comme d’autres
organisations autochtones de l’état, connaissent
bien ce que signifie le déplacement : le fait de
ne pas pouvoir cultiver la ‘milpa’
(champs de maïs), perdre leur bétail et être
déracinés de leurs terres. Personne ne voulait
un nouveau “Polhó”, la municipalité
autonome rebelle zapatiste située à Chenalhó
(Hauts-Plateaux) actuellement habitée par environ
5000 déplacés, suite au conflit de 1997 dans
cette municipalité.
Les Hauts-Plateaux sont une des zones
où la stratégie contre l’insurrection
zapatiste dans une guerre qualifiée “de basse
intensité” a été caractérisée
par la formation de groupes paramilitaires dont les membres
sont des autochtones des mêmes communautés,
généralement affiliés au Parti
de la Révolution Institutionnelle (PRI,
parti qui a contrôlé les pouvoirs fédéraux,
de l’état et municipaux durant plus de 70 ans,
jusqu’à l’an 2000). A Chenalhó,
l’escalade de violence a culminé avec le massacre
de 45 indiens appartenant à l’organisation
‘Las Abejas’, Société
Civile, à Acteal le 22 décembre 1997. Il faut
souligner que le président et le vice-président
de ‘Las Abejas’ ont accompagné
le retour des zapatistes de Zinacantán. Ils connaissent
bien la douleur du déplacement prolongé et
l’amertume d’un retour sans justice.
Beaucoup ont vécu à nouveau
la peur et l’incertitude que le massacre avaient provoquées
dans les faits de Zinacantán et ils ont comparé
ces deux situations. Il existe pourtant des différences.
Pour comprendre ce qui s’est passé à
Zinacantán, il faut prendre en compte le fait que
l’on se trouve face à un contexte social qui
a souffert plus de 10 ans d’une guerre d’usure
intégrale, un contexte caractérisé
par la décomposition et la division des communautés.
Les conflits actuels surgissent pour de simples questions
comme le paiement de la lumière électrique,
de l’eau, ou pour la construction de routes. Mais
ce ne sont que les détonateurs. L’origine réelle
des conflits tient à l’incapacité de
respecter la différence, au thème du pouvoir,
à la difficulté pour permettre que les peuples
s’auto déterminent et qu’ils décident
comment organiser leur éducation, leur gouvernement,
leur santé ou leur production.
Le retour à une uniformité
monochrome est hors de question. La diversité présente
un défi où que l’on soit. Au Chiapas,
pour les zapatistes et pour le reste des organisations sociales
et politiques, elle est comme une graine dont il faudra
prendre soin pour que les fleurs blanches de l’espérance
fleurissent et pour réinventer les couleurs de la
vie interculturelle.
A l’heure actuelle, les responsables
des agressions n’ont toujours pas été
détenus. La tension qui se maintient fait que des
observateurs restent présents dans les communautés
de Zinacantán où le conflit a éclaté.
Le problème de l’eau demeure. Le peu qu’il
y a n’est pas propre et génère des maladies
de peau et d’estomac.

:: DOSSIER
DEVELOPPEMENT ALTERNATIF OU ALTERNATIVE
AU DEVELOPPEMENT
“seulement lorsque tu auras
coupé le dernier arbre, pêché le dernier
poisson et pollué la dernière rivière,
tu te rendras compte que l’argent ne se mange pas”
Dicton autochtone nord américain
Globalisation économique: un seul
marché, un seul monde
La célébration du IIIème
Sommet des Chefs d’État et des Gouvernements
de l’Union Européenne, l’Amérique
Latine et les Caraïbes, le 28 et 29 mai 2004,
à Guadalajara (Jalisco, Mexique) a permis de faire
apparaître les différentes visions existantes
quant au concept de ‘développement
’.
Le Sommet ‘officiel’
voulait donner un suivi au travail initié entre les
pays d’Amérique Latine, des Caraïbes et
de l’Union Européenne (ALCUE) à Rio
de Janeiro en 1999. A partir de cette date, l’idée
d’établir une ‘association stratégique
bi-régionale’ est apparue comme nécessaire.
Cela signifiait, entre autres: “stimuler la coopération
économique internationale pour promouvoir la libéralisation
intégrale et mutuellement profitable du commerce,
comme une façon d’accroître la prospérité
(...)” (Déclaration de Río, 1999).
Ce IIIème Sommet avait deux grands
objectifs:
- ‘Renforcement du multilatéralisme’:
Appuyer les actions conjointes entre les différents
pays autour des thèmes paix, sécurité
internationale, architecture financière internationale,
la dette externe et coopération pour le développement;
- ‘Cohésion sociale’:
Tout ce qui a trait à la pauvreté, les politiques
de développement social, les formes de gouvernement
démocratique, la promotion de l’emploi, la
distribution des revenus et les mouvements migratoires.
Les objectifs et stratégies de
cet espace bi-régional de relations font partie de
la logique dite de ‘globalisation économique’.
Une globalisation de cette nature implique promouvoir un
grand réseau d’échanges commerciaux,
un grand marché. Pour ce faire, il est nécessaire
de modifier les lois nationales qui représentent
un obstacle pour la libre circulation des capitaux financiers
(argent), productif (matières premières et
main d’œuvre) et commerciaux (biens comme les
aliments, vêtements, appareils électroménagers
et services).
Ce type d’organisation mondiale
a été appliqué depuis plusieurs décennies.
En 1949 (après la seconde Guerre Mondiale et en pleine
Guerre Froide), le président des États Unis,
Truman, à son arrivée au pouvoir, a défini
comme mission du ‘monde libre’ (c’est-à-dire,
capitaliste) de mettre fin à la pauvreté et
de contribuer au développement des nations ‘sous
développées’. “L’ère
du développement capitaliste” vit ainsi
le jour. La différence entre pays ‘développés’
et ‘sous-développés’ apparut.
L’exportation du modèle que nous connaissons
aujourd’hui comme ‘néolibéralisme’
commença.
Le développement dans le modèle
néolibéral
Dans les années 40, il était
courant de penser que par le biais de ce type de globalisation,
gouvernée par le commerce et la technologie, on parviendrait
à mettre fin aux inégalités sociales
et à la pauvreté. C’est pour cela que
l’on parlait de ‘pays en voie de développement’,
en pensant qu’un jour ceux-ci atteindraient la situation
du ‘Premier Monde’. Mais la réalité
montre au contraire, selon un bulletin de la Banque
Mondiale sur le Développement Mondial de 1990,
que les riches sont toujours plus riches, et que les pauvres
sont toujours plus pauvres.
Plus récemment, la Conférence
des Nations Unies sur le Commerce et le Développement
(UNCTAD) dans son nouveau bulletin sur les ‘Pays
les Moins Avancés’ (PMA) 2002, montre
que dans ces pays l’extrême pauvreté
a doublé au cours des 30 dernières années
et affecte désormais 307 millions de personnes. Elle
pronostique que le nombre de personnes qui vivent avec moins
d’1 dollar par jour dans les PMA dépassera
les 420 millions d’ici à 2015 si les tendances
économiques actuelles persistent.
Pendant ce temps, le principal objectif
des projets néolibéraux est d’éliminer
les entraves qui existent encore pour parvenir réellement
à un marché mondial unique: les barrières
douanières, que les états établissent
pour l’entrée de produits étrangers,
et les subventions, par le biais desquelles ils protègent
leurs entreprises et leurs producteurs nationaux. Dans ce
cadre, la coopération internationale entre les pays
est un autre instrument de l‘aide pour que les peuples
parviennent au développement "occidental".
Critiques au modèle néolibéral
de développement à Guadalajara
Le modèle néolibéral
de développement est de plus en plus remis en question
en particulier parce qu’il suppose une transformation
des formas de vie (non seulement dans leurs dimensions économiques
mais aussi sociales, politiques et culturelles) vers la
production et la commercialisation compétitives.
Les critiques et les propositions alternatives face à
ce modèle économique dans lequel la distribution
du capital et du pouvoir est aux mains de quelques-uns sont
cependant très diverses.
Face au Sommet ‘officiel’
de Guadalajara plusieurs ‘forums sociaux’
parallèles furent réalisés: de multiples
ONG et une grande diversité d’organisations
sociales y prirent part pour s’interroger et proposer
des alternatives aux politiques de l’UE en Amérique
Latine.
Lors de la Rencontre Sociale ‘Entrelacer
les Alternatives’, diverses positions critiques
au développement néolibéral étaient
présentes: d’un coté, certaines organisations
questionnent les Accords de Libre Commerce promus entre
les gouvernements d’Amérique et ceux européens.
Ils sont partisans d’un développement respectueux
des droits de l’Homme et ils proposent d’utiliser
les instruments que les mêmes accords commerciaux
établissent, comme le sont, dans le cas de l’Accord
Commercial entre l’UE et le Mexique, la dite ‘clause
démocratique’ et ‘l’Observatoire
Social’, instruments qui prétendent permettre
à la société civile de contrôler
les violations des droits de l’Homme que pourraient
occasionner ces politiques.
D’un autre coté, certains
mouvements sociaux et d’autres organisations considèrent
la politique de l’UE comme une nouvelle forme de colonisation
économique et culturelle qui utilise le discours
de la démocratie et des droits de l’Homme comme
‘Cheval de Troyes’ pour se donner légitimité
et s’imposer. Pour ces participantes, les cultures
doivent avoir le droit de décider directement quel
est leur projet de vie et de rechercher d’autres façons
de combiner la lutte contre la pauvreté et la protection
de l’environnement, depuis l’expérience
particulière des peuples.
La déclaration finale réalisée
conjointement par la société civile d’Amérique
Latine et d’Europe à Guadalajara rejette les
politiques néolibérales qui dans les deux
continents génèrent plus d’inégalité
ainsi que la privatisation de la santé, l’éducation
et la culture. Selon cette même déclaration,
l’UE ne représente pas une alternative à
la politique des États-Unis en Amérique Latine,
mais qu’au contraire “(...) elle utilise
les politiques de coopération comme instrument pour
permettre l’entrée de ses entreprises, et (...)
les accords de coopération en matière de sécurité
contribuent à la militarisation du continent.”
Face à cette stratégie,
les participants du Forum alternatif ont demandé:
- La primauté des droits civils, politiques, économiques,
culturels et de protection à l’environnement
sur la libéralisation commerciale.
- La promotion d’un modèle de coopération
solidaire.
- L’engagement des pays développés
d’attribuer pour le moins 0.7 % de leur PIB à
la coopération pour le développement et
de rechercher de nouvelles formes de redistribution des
revenus à échelle nationale et internationale
effectivement orientées à la lutte contre
la pauvreté, au développement durable et
à la justice sociale, par exemple par le biais
de fonds de compensation sociale ou d’impôts
sur les transferts de capitaux spéculatifs.
- Renégocier la dette publique externe.
- Toute action de coopération pour le développement
financée par l’UE doit être définie
avec la consultation et le pleine participation des populations
affectées ainsi que la Convention 169 de l’Organisation
Internationale du Travail (OIT) l’indique.
Las alternatives son très variées
et vont depuis la confiance en l’État comme
un acteur qui peut encore limiter les impacts négatifs
de la politique néolibérale, jusqu’aux
plus ‘anti-système’ qui cherchent à
construire de nouvelles propositions sans Etat.
Résistances et recherche d’alternatives
Les peuples autochtones représentent
l’un des principaux mouvements (sans être le
seul) contre les politiques actuelles de planification du
développement. Leur survie hors du monde marchand
est une façon de démontrer la diversité
des réalités et des cosmovisions qui habitent
la terre.
“Un monde où beaucoup
de mondes trouvent leur place” représente
une demande des zapatistes du Chiapas en vue de redéfinir
l’État-nation comme un espace où les
différentes cultures puissent cohabiter. Cette phrase
a été reprise par la lutte alter- mondialiste
contre l’uniformité culturelle à laquelle
semple nous conduire l’actuel capitalisme global.
Les ‘Caracoles’
zapatistes et leur projet s’opposent aux projets néolibéraux
par le biais du contrôle du territoire, de la reconstruction
de la vie communautaire, les travaux collectifs et la création
de gouvernements autonomes.
Ils ont aussi modifié la forme
traditionnelle de coopération internationale dans
la mesure où ils décident eux-mêmes
quel type d’aide, quand, comment et pour quoi. Des
réseaux de solidarité de la société
civile nationale et internationale avec les gouvernements
autonomes zapatistes se sont constitués. Ils représentent
une autre modification des relations de supériorité/infériorité
qui sont implicites dans beaucoup de projets de coopération
internationale (celui qui donne est celui qui décide
pourquoi et comment). Ce nouveau projet et l’imposition
de conditions de la part des zapatistes pour développer
des projets dans leurs régions n’a pas manqué
de générer un certain malaise parmi ceux qui
viennent de l’extérieur avec leur propre façon
de travailler. Ce type de coopération est certainement
éloigné des intérêts économiques
‘globaux’ et répond aux besoins
que les ‘autonomes’ déterminent eux-mêmes.
Ce projet de résistance de même
que d’autres doivent coexister et pas toujours de
manière facile, avec les projets gouvernementaux:
"Dans notre coopérative,
nous apportons toutes une coopération de 70$ (pesos
mexicains). Nous donnons de l’importance à
notre projet. Si le gouvernement te donne un projet, il
ne te demande ni ce que tu veux, ni ce dont tu as besoin.
Ils te donnent pour que tu réalises le projet qu’ils
ont décidé que tu dois réaliser. Alors
tu ne lui donnes pas beaucoup d’importance. Mais ils
nous habituent ainsi et nos propres projets comme ceux de
l’EZLN ne peuvent pas prospérer”.
(Juanita, Xomé Ixuk- Organisation Indépendante
de Femmes de Las Margaritas)
Mais au delà du Chiapas, il existe
dans le monde entier des expériences et projets qui
cherchent à transformer les formes d’existence,
reconnaissant qu’ils partent d’une cosmovision
différente à celle occidentale.
Projets alternatifs de Vie
En décembre 2003, un colloque
portant sur l“Amérique Profonde”
a été organisé dans la ville de Mexico.
Des représentants de mouvements d‘auto-affirmation
autochtone d’Amérique et des invités
de Nouvelle Zélande et de l’Inde vinrent parler
sur leur identité, leur lutte et leurs espérances.
La proposition avait été
lancée par le Centre de Rencontres et Dialogues
Interculturels (CEDI) du Oaxaca, une des initiatives
de Gustavo Esteva qui cherche à trouver dans la ‘régénération
culturelle’ de nouvelles formes de vie en réinventant
la culture propre. Ainsi la proposition de l’Université
de la Terre du Oaxaca promeut la construction de nouveaux
espaces de communauté depuis les racines culturelles
pour redécouvrir des pensées philosophiques
propres, la souveraineté alimentaire (depuis la façon
de cultiver jusqu’à la préparation),
l’art d’habiter, la façon de guérir,
d’apprendre, de concevoir le temps et l’espace,
l’organisation communautaire, au bout du compte, une
façon de vivre propre fondée sur la communauté.
Certains acteurs de l’économie
néolibérale accusent les peuples d’être
les principaux destructeurs des forêts, sans reconnaître
que les industries ou la construction de barrages promues
par les projets néolibéraux sont les facteurs
qui ont généré les transformations
pour l’environnement les plus négatives.
“Transformer en respectant
la Nature est quelque chose qui contredit le modèle
néolibéral (...) parce que celui-ci nie tout
futur à l’humanité. Les alternatives
face à ce modèle qui ne fonctionne pas se
manifestent dans le Forum Social Mondial, le Mouvement des
Sans Terre, la théologie de l’écologie,
la régénération culturelle, la divinisation
de la Nature”
(Jorge Santiago, Développement Économique
et Social des Mexicains Autochtones, DESMI)
Autre exemple d’alternatives: en
mai dernier, au Brésil, le ‘Manifeste contre
le Désert Vert et en Faveur de la Vie’
a été signé par plus de 100 entités
brésiliennes. Il dénonce le désastre
socio-écologique causé au cours des 35 dernières
années par les monocultures d’eucalyptus et
de pin qui approvisionnent les industries de la sidérurgie
et de la cellulose, nuisant aux écosystèmes
et à la population. Il affirme au contraire que ‘les
peuples autochtones ont démontré qu’ils
sont capables de maintenir les forêts parce que c’est
ce qu’ils ont fait pendant des milliers d’années’.
En Inde le mouvement Chipko, où des femmes embrassent
les arbres afin d’éviter la destruction des
forêts est un des exemples les plus connus.
La délégation d’organisations
sociales du Chiapas présentes à Guadalajara
a rédigé un communiqué spécial
demandant le moratoire du Projet ‘Développement
Social Intégré et Durable dans la Jungle Lacandone’,
financé par l’UE par le biais d’une Convention
signée avec le Gouvernement de l’état
de Chiapas. Elle explique ce rejet car ce projet n’a
pas respecté la condition de consultation préalable
des peuples affectés, établie par la Convention
nº169 de l’Organisation Internationale du Travail.
La région dans laquelle ce projet
va être mis en place fait partie de la zone de conflit
du Chiapas, établie depuis 1994. Le chercheur italien,
Luca Martinelli, membre de l’organisation ‘Manitese’
a réalisé une analyse de ce projet. Il rappelle
que diverses organisations sociales et civiles ont indiqué
les risques de cette Convention et ont demandé au
gouvernement une transparence totale dans le processus vu
que ce Plan “conditionne, piège et condamne
les peuples et les communautés à la dépendance
dans le marché des services écologiques: le
paiement pour les forêts, l’eau, les puisards
de charbon, et à l’éco-tourisme scientifique".
Il signale que l’un des objectifs
du projet est de "réduire la pauvreté
dans le cadre d’un développement territorial
participatif et soutenable, parvenir à faire bénéficier
directement le gouvernement de l’état, en générant
des capacités dans le sens de la reformulation et
l’application plus efficace des politiques de développement
social". L’analyste dénonce "le
caractère contre-insurgeant de ces programmes dans
des territoires où il existe une opposition sociale
et paysanne, et l’incidence d’intérêts
de la Banque Mondiale, des entreprises transnationales et
de programmes sociaux qui divisent et augmentent la confrontation
entre les peuples autochtones".
D’un autre coté, il remet
en question le fait que la réduction de la pauvreté
sera mesurée en fonction du nombre de familles qui
cessera de vivre avec moins qu’un salaire minimum
et non en fonction de l’autoconsommation et la souveraineté
alimentaire qu’ils possèderont.
La souveraineté alimentaire n’est
pas seulement un mode de survie. C’est une forme de
vie alternative qui évite la dépendance de
l’extérieur pour pouvoir se nourrir. En ce
sens, Voie paysanne (le réseau mondial le plus important
de mouvements paysans et de familles d’agriculteurs)
s’est opposée au Bulletin 2004 de l’Organisation
des Nations Unies sur l’Alimentation et l’Agriculture
(FAO), intitulée: ‘La Biotechnologie
répond-elle aux besoins des pauvres? . La FAO
soutient que la biotechnologie serait une solution à
la faim dans le monde et à l’augmentation croissante
de la population et indique que la seule limitation tient
au fait que les pauvres n’aient pas accès aux
OGM.
Voie Paysanne dénonce que la faim
n’a rien à voir avec la technologie mais oui
avec l’injustice sociale, les problèmes d’accès
et le contrôle de la distribution aux mains des transnationales
qui ‘veulent manipuler nos cultures, pour pouvoir
contrôler la totalité de la chaîne alimentaire
à l’échelle globale, en nous obligeant
à arrêter de produire des aliments –même
localement- et à devoir consommer leurs produits
dans le monde entier’.
Le discours quant au développement
a défiguré le sens du mot ‘prospère’
qui vient du latin “en fonction de l’espérance”.
La prospérité des peuples dépend donc
de l’espérance de chacun d’entre eux,
non pas de ce qu’ils peuvent consommer ou produire
pour pouvoir entrer dans les statistiques mesurant le ‘niveau
de pauvreté’.
Nous devrions tous commencer à
nous demander : développement, pour quoi et pour
qui? Qu’est-ce que la pauvreté? Que signifie
aide? Qui contrôle et qui définit? Que faisons-nous
aujourd’hui pour construire un lendemain que d’autres
ont d’ores et déjà défini pour
nous?’ Probablement nous parviendrons à nous
rendre compte qu’il existe de multiples façons
de rêver la vie et que la véritable pauvreté
est bien plutôt l’uniformité.

Bibliographie
- Sachs, Wolfgang (coord.), Diccionario del desarrollo,
México, Ed. Galileo y la Universidad Autónoma
de Sinaloa, 2001
- América Profunda. Un ejercicio de reflexión
en la acción, México, Proyecto (2003)
- Arriola,J., y Aguilar, J.V., Globalización
de la Economía, El Salvador, Equipo Maíz,
2001.
- Ribeiro, S., “La FAO declara la guerra a
los campesinos” en www.argenpress.info
(17/06/2004)
- WRZ, “Rotunda manifestación en Brasil
contra el Desierto Verde y a Favor de la Vida”,
en Ambiente y Sociedad, AÑO 5, Nº 163 (16
de junio de 2004) en www.ecoportal.net

:: ACTIVITES
DU SIPAZ
Avril - Juin 2004
ACCOMPAGNEMENT
Au cours des derniers mois, l’équipe
de marionnettistes “Diversité”
a réalisé plusieurs représentations
sur la valeur de la diversité et de la réconciliation
dans les municipalités de Tila (zone Nord) et de
Las Margaritas (zone Frontière) ainsi que dans divers
quartiers de la ville de San Cristóbal de Las Casas
(zone des Hauts-Plateaux).
En avril, nous avons participé
à la caravane d’observation des droits de l’Homme
organisée après les faits de violence à
Zinacantán (zone des Hauts-Plateaux). Nous avons
également accompagné le retour des familles
déplacées après l’embuscade d’avril
à leurs communautés d’origine. Nous
avons participé à plusieurs réunions
d’analyse convoquées par différents
espaces quant à la situation dans cette municipalité.
Nous nous sommes réunis avec Juan Esponda de la Commission
pour la Réconciliation des communautés divisées
du gouvernement de l’état du Chiapas pour aborder
ce même thème et pour parler de la situation
dans la zone Nord.
En mai et juin, nous avons réalisé
plusieurs interviews avec des acteurs de la zone Frontière
pour connaître la situation dans la région.
En juin, nous avons passé une
semaine à Montes Azules et dans la Jungle Lacandone
où nous avons réalisé diverses interviews
avec des acteurs de la zone.
CONTACTS ET INFORMATION
Nous avons reçu des visiteurs,
délégations, étudiants et journalistes
et nous leur avons présenté le contexte du
Chiapas et le travail du SIPAZ. La plupart venaient des
USA, du Canada et d’Espagne.
Nous nous sommes réunis avec différents
acteurs au Chiapas, à Oaxaca et dans la ville de
Mexico : communautés indigènes, mouvements
sociaux, ONG et gouvernement (voir aussi Travail
National).
Nous avons élaboré deux
actions urgentes: une première sur les faits de violence
à Zinacantán et une autre sur l’assassinat
de Noel Pavel, étudiant de l’Université
Nationale Autonome de Mexico (UNAM) et activiste travaillant
avec des communautés zapatistes du Chiapas (voir:
www.sipaz.org).
EDUCATION POUR LA PAIX
Nous continuons à travailler
avec le Réseau pour la Paix, un espace pour la réflexion
et l’action qui cherche à appuyer les processus
de paix dans les organisations et communautés du
Chiapas. Le 5 mai, un atelier/Rencontre ouvert à
d’autres organisations qui ne font pas partie du réseau
pour la Paix a été organisé en vue
d’une réorientation stratégique de cet
espace face aux défis actuels. Le Réseau pour
la paix a également élaboré et diffusé
des brochures en espagnol et en anglais ainsi que des posters
qui systématisent les moments clefs et les principales
leçons des 10 années de conflit au Chiapas.
Nous continuons à animer des ateliers
sur la Culture de Paix et les Droits de l’Homme avec
les jeunes du Centre pour le Développement Communautaire
(CEDECO) de San Cristóbal de Las Casas.
Un membre de l’équipe participe
à un Diplôme sur la “Transformation
positive des Conflits” (4 sessions de deux jours
jusqu’à la fin de l’année) convoqué
par la Commission de Soutien pour l’Unité
et la Réconciliation Communautaire (CORECO) et
l’Université de la Terre-Chiapas.
En juin, nous avons assisté à
un atelier portant sur le thème de la “Négociation”
réalisé dans la ville de Mexico et animé
par des membres de Cambridge, de l’Institut Technologique
de Massachussets, USA.
Egalement en juin, dans la ville de Mexico,
nous avons partagé à d’autres ONG l’expérience
du SIPAZ en matière d’ateliers portant sur
la “Transformation des conflits”, ateliers
que nous réalisons depuis 1998. L’objectif
était de récupérer des expériences
méthodologiques et stratégiques dans ce domaine.
DIALOGUE INTERRELIGIEUX
Dans le cadre du projet d’“Echange
et formation entre leaders religieux de Chenalhó
et les Commissions de Paix de Nicaragua”, une
réunion de suivi au cycle d’ateliers portant
sur la négociation et la réconciliation. Les
participants ont décidé d’écrire
une lettre pour inviter d’autres acteurs religieux
de la municipalité de Chenalhó à participer
au processus. Cette lettre a été distribuée
dans la zone et à San Cristóbal de Las Casas
en mai. Nous avons également tenu plusieurs réunions
et interviews avec des acteurs religieux de Chenalhó
et de San Cristóbal de Las Casas qui prennent part
à ce processus.
TRAVAIL NATIONAL ET INTERNATIONAL
Le 29 et le 30 avril nous avons participé
à l’animation d’un atelier de réflexion
sur “Le Concept et les stratégies de Paix”
réalisé dans l’état du Oaxaca.
Nous avons participé à
un second atelier sur la non violence active organisé
par Greenpeace, Amnisty International, Serpaj et le collectif
"Penser à voix haute" à
Cuernavaca début mai.
Un membre de l’équipe a
participé à une série de réunions
sur le “Processus de paix au Chiapas et la coopération
internationale” à Vienne, Autriche avec
des représentants d’organisations qui travaillent
au Chiapas du Mexique, d’Autriche, de Belgique, d’Allemagne,
de France, d’Italie et de Suisse.
En mai, nous avons été
présents comme observateurs accompagnant la délégation
du Chiapas lors de la Rencontre Sociale “Entrelacer
les alternatives” organisée parallèlement
au IIIème Sommet de l’Union Européenne
avec l’Amérique Latine et les Caraïbes
réalisés à Guadalajara (état
de Jalisco, Mexique).
En juin, dans la ville de Mexico, nous
avons participé à une réunion du Réseau
Mexicain de constructeurs de Paix.

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