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:: Bulletin du SIPAZ: Vol 9 No 2, Juin 2004

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voyants au rouge dans un
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  - Zinacantán: fleurs et regards
accompagnent le retour des
déplacés zapatistes
-> Dossier Développement alternatif ou
alternative au développement
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:: ACTUALITÉ

CHIAPAS: Multiplication des voyants au rouge dans un contexte de haute tension

Certainement, le Chiapas n’occupe plus autant la Une des journaux nationaux comme c’était le cas au cours des premières années après le soulèvement de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) en 1994. Cependant, lorsque l’on les lit plus attentivement ou lorsque l’on révise la presse locale, il est difficile de ne pas expérimenter une certaine alarme lorsque l’on note la multiplication de faits de violence ou de voyants au rouge qui pourraient conduire à tout moment à une situation de violence. Ceci est d’autant plus vrai si l’on prend en compte le fait que la plupart des causes derrière ces faits répondent aux facteurs structurels qui furent à l’origine du soulèvement armé.

Des Hauts-Plateaux...

Au cours de ces derniers mois, un premier fait de violence a eu lieu le 10 avril dernier, dans la municipalité de Zinacantán alors que des centaines de bases de soutien zapatistes réalisaient une marche pacifique pour célébrer l’Anniversaire de la mort d’Emiliano Zapata. Après la manifestation, ils ont réparti de l’eau aux communautés qui avaient été privées de ce service par les autorités municipales du Parti de la Révolution Démocratique (PRD). Ils furent pris en embuscade par des sympathisants du PRD laissant un bilan d’une dizaine de blessés et 125 familles déplacées qui purent retourner à leurs communautés d’origine seulement 15 jours plus tard (voir article à part dans ce même bulletin).

Il existe un autre conflit similaire quant à ses causes dans la municipalité de Tenejapa portant sur le thème et l’utilisation d’une source d’eau qui pourrait dégénérer en violence selon le témoignage d’habitants de l’une des communautés affectées.

Fin mai, le conseil autonome de Polhó (Chenalhó), a dénoncé que “les groupes armés liés au gouvernement du PRD de Zinacantán sont alliés avec pour le moins un secteur des paramilitaires de Chenalhó, qui n’ont jamais été désarmés, et qui, depuis 1997 n’ont jamais cessé de fonctionner, de menacer et de maintenir en exil des milliers d’indigènes zapatistes”.

A la Jungle...

Le cas le plus connu se réfère à la réserve de la biosphère de Montes Azules où les menaces d’expulsion perdurent et où le repositionnement de plus de 30 villages reste en suspens. Plusieurs instances fédérales et de l’état insistent : la voie du dialogue avec les villages installés dans la zone de manière “irrégulière” a été privilégiée à tout moment. En mars, 10 communautés situées dans la réserve et regroupées dans l’Union des communautés autochtones de la jungle du Chiapas ont refusé de dialoguer avec le Ministère de la Réforme Agraire quant à leur possible expulsion ou déplacement en expliquant qu’ils n’accepteront plus “de supposés dialogues et négociations qui n’aboutissent à aucun compromis et accords sérieux”.

D’autres déclarations publiques sonnent plus ambiguës. En avril, par exemple, le sénateur du PAN (Parti d’Action Nationale) Jorge Nordhausen de la Commission pour l’Environnement, les Ressources Naturelles et la Pêche du Sénat de la République a proposé de continuer les expulsions à Montes Azules “en vue de rétablir l’ordre et la légalité dans la réserve de la biosphère située dans la Jungle Lacandone”. Il a souligné que les expulsions “ne sont pas des mesures arbitraires, mais qu’elles sont des actions fondées sur la loi et répondent aux invasions de territoires qui portent préjudice au patrimoine naturel de la Nation”.

En mai, le PROFEPA (Bureau du Procureur Fédéral pour la Protection de l’Environnement) a assuré être parvenu à signer 13 accords de repositionnement et cinq de régularisation qui devraient être mis en place en juin.

Dans la région des ‘Cañadas’, en avril, les organisations de la zone ont multiplié les accusations réciproques: le Comité de Bon Gouvernement “Chemin ver le futur” a démenti la création de groupes de policiers zapatistes. Ils ont dénoncé au contraire que les membres du PRI (Parti de la Révolution Institutionnelle) et de l’Association Rurale d’Intérêt Collectif, ARIC Indépendante sont ceux qui ont installé des barrages près d’Ocosingo depuis deux mois en dépit du désaccord des zapatistes.

De la zone Nord à la Côte

Fin avril, le Comité de Bon Gouvernement “Semence qui va Produire” a accusé des paramilitaires présumés liés au PRI d’attaquer des familles bases de soutien de l’EZLN de la communauté Tiutzol, municipalité de Tila (zone Nord).

Les conflits continuent également quant à la résistance au paiement de la lumière électrique. Des informations circulent annonçant des barrages (ville de Tapachula) et la détention d’employés de la Commission Fédérale d’Electricité –CFE- (Côte, zone Nord). Cependant, fin mai, le responsable de la Division Sud-Sud Est de la CFE a assuré que 90% de la population de la région Côte a d’ores et déjà accepté le programme préférentiel “Vie Meilleure” (Voir bulletin du SIPAZ de mars 2004). Il a affirmé que les conflits ne sont guère que de “petits incidents” et que la CFE continuera de couper l’électricité à tous ceux qui refusent de payer.

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¿CONFLITS COMMUNAUTAIRES OU PARTIE EMERGEE D’UN ICEBERG?

Certains souhaitent considérer ces faits de violence comme de simples problèmes inter ou intra communautaires. Dans le cadre d’une visite au Chiapas en avril, le Ministre de l’Intérieur, Santiago Creel a exprimé que “le Chiapas a cessé d’être un mal de tête pour le gouvernement fédéral” et que cet état “jouit de stabilité politique” en dépit du conflit de Zinacantán. Pour celui-ci, cet affrontement n’était qu’un “incident”.

D’autres considèrent cependant ces faits comme les symptômes d’une situation plus complexe. La Commission de Soutien pour l’Unité et la Réconciliation Communautaires (Coreco) a ainsi fait remarquer : “Ce qui s’est passé le 10 avril n’a pas été une simple querelle. Il ne s’agissait pas non plus d’une pure conséquence de l’incapacité des gouvernements de l’état et municipal à l’heure de couvrir l’une des nécessités de la population. Ce n’était pas non plus le résultat de l‘aggravation d’un conflit du fait de l’existence de deux systèmes juridiques. L’embuscade, l’agression, la violence, les menaces et le harcèlement vis-à-vis de la marche et des communautés en résistance de Zinacantán, ont eu lieu, une fois de plus, afin d’obliger les bases de soutien de l’EZLN à renoncer à leur filiation politique”.

Des députés de la Commission pour la Concorde et la Pacification (COCOPA, instance législative formée pour faciliter le dialogue entre l’EZLN et le gouvernement) ont affirmé que les faits de Zinacantán reflètent la “mise au rancart” du thème Chiapas dans l’agenda du gouvernement fédéral.

Luis H. Álvarez, représentant pour la paix du gouvernement fédéral au Chiapas a soutenu de son côté: “L’EZLN a une responsabilité importante dans le cadre de la génération d’un espace de négociation politique qui permette d’éviter de plus grands conflits et l’effusion de sang indigène. Il faut que l’EZLN admette une fois pour toutes qu’elle doit rétablir le dialogue avec les autorités gouvernementales afin de parvenir à des accords minimums qui permettent la coexistence pacifique dans l’état."

En juin, la fraction du PRD de la Chambre des Députés a dit qu’elle exigerait la comparution du représentant pour la paix au Chiapas, Luis H. Alvarez. Elle considère en effet que ce dernier a dénaturé sa mission en se dédiant, lors de ces visites au Chiapas, à la remise de plaques de tôle ondulée ou d’autres choses de ce type parmi les personnes qui ont déserté du zapatisme ou qui lui sont contraires. De son côté, Gerardo Ulloa du PRD a déclaré que la distribution de matériaux de la part de Luis H. Alvarez le transforme en un instrument du gouvernement pour miner les bases zapatistes, ce qui n’aide en rien à la réactivation du dialogue ; cela réduit au contraire sa qualité morale comme négociateur.

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LE BOUILLON DE CULTURE

Derrière ces faits de violence, il existe de multiples facteurs.

Les séquelles de plusieurs années de guerre

A la marginalisation sociale, politique et économique des communautés autochtones du Chiapas qui existait avant 1994, il faut ajouter les conséquences de la guerre de basse intensité qui a affecté cette région depuis lors. L’expression la plus visible de celle-ci reste la militarisation permanente du territoire du Chiapas. Une conséquence est la décomposition du tissu social, ce qui a impliqué la multiplication de conflits inter et intracommunautaires. Une culture croissante d’intolérance prédomine et la tendance est à régler les différences idéologiques, politiques ou religieuses en recourant à la violence.

Début juin, le Centre des Droits de l’Homme Fray Bartolomé de Las Casas a dénoncé que la situation des plus de 12.000 déplacés suite au conflit armé au Chiapas reste un thème en suspens. Il a signalé que même si certains ont cherché à négocier avec le gouvernement, en aucun des cas ils n’ont obtenu une terre pour vivre. Les responsables des déplacements n’ont pas été poursuivis en justice.

Quelques jours plus tard, Emilio Zebadúa, député fédéral du PRD, a souligné que les déplacés du Chiapas se trouvent dans une situation d’“extrême vulnérabilité” suite au retrait du Comité International de la Croix Rouge (CICR) de la zone. Zebadúa a remis en question le gouvernement fédéral vu que ce dernier n’a pas respecté les recommandations en faveur des déplacés émises il y a un an par Francis Deng, commissaire de l’Organisation des Nations-Unies.

Contexte pré-électoral

Un autre facteur qui explique une augmentation de la tension sociale tient aux élections locales du 3 octobre prochain. 118 maires et 40 députés de l’état du Chiapas seront élus.

A échelle fédérale, l’agenda politique tourne d’ores et déjà autour des prochaines élections présidentielles bien que celles-ci soient prévues pour 2006. Ceci se donne au milieu des scandales politiques, des luttes internes au sein des différents partis et des disqualifications.

A l’intérieur du Parti d’Action Nationale (PAN), actuellement au pouvoir, des frictions se sont produites entre le Président Fox et ses possibles successeurs au sein du Parti. Un des cas fut celui de Felipe Calderón, Ministre de l’Energie, qui a annoncé sa candidature à la Présidence lors du IIIème Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement d’Amérique Latine, des Caraïbes et de l’Union Européenne. Le président Fox l’a obligé à renoncer à son poste s’il souhaitait se dédier à la campagne politique. Un clair exemple des différences existant entre les différentes familles du PAN…

En ce qui concerne les partis d’opposition, le cas le plus couvert dans les médias se doit aux conflits entre le gouvernement fédéral et l’actuel chef du gouvernement du District Fédéral de la ville de Mexico, Andrés Manuel López Obrador, possible candidat à la présidence pour le PRD.

Dénonciation de réduction d’espaces politiques et civils

Loi “Mordaza”

Le 17 février dernier, des réformes au Code Pénal du Chiapas ont été approuvées. Elles se réfèrent aux délits contre l’honneur, délits pour lesquels des sanctions de 9 ans de prisons et des amendes allant jusqu’à mille jours de salaire minimum pourront être imposées. Les organisations de défense des droits de l’Homme, associations de journalistes et la société civile ont manifesté leur rejet en argumentant que ces réformes sont contraires aux droits de liberté d’opinion et d’expression ainsi qu’au droit à l’information. Elles ont souligné qui plus est que celles-ci attentent aux documents légaux signés par le gouvernement mexicain, comme le sont la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Convention Américaine des Droits de l’Homme. Ces réformes sont cependant entrées en vigueur fin mai.

CEDH

Une autre situation préoccupante pour les organisations des droits de l’Homme au Chiapas a trait à l’efficacité que les organismes publics de protection doivent offrir aux citoyens, efficacité remise en question suite à la controverse qui a surgi entre la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) et son homologue au Chiapas (CEDH). Selon la CNDH, les déficiences d’une recommandation émise par la CEDH ont rendu possible l’impunité de policiers de Comitán qui avaient agressé 66 personnes au cours d’une expulsion en 2002.

En juin, le Congrès du Chiapas a accepté la dénonciation d’infraction présentée par la CNDH contre son homologue de l’état. De son côté, le responsable de la CEDH locale, Pedro Raúl López Hernández, a demandé aux législateurs qu’ils respectent son droit d’audience avant de résoudre quoique ce soit.

Loi sur les Droits de l’Homme

En avril, le projet de réforme constitutionnelle en matière de droits de l’homme, cette fois-ci à échelle fédérale, a également généré polémique. Les organisations appartement au Comité de Liaison entre le gouvernement fédéral et le Bureau du Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme (ACNUDH), ont dénoncé que, bien que le projet de réforme réponde à certains aspects clefs, il s’éloigne de la formulation et de l’esprit de la proposition qui avait été travaillé conjointement, ce qui mine le processus de dialogue engagé. (Pour plus de détails, voir le site du Centre pour les Droits de l’Homme Augustín Pro Juárez).

Les organisations du Comité de Liaison ont remis en question les déclarations du président Fox affirmant que personne ne peut désormais dire que le gouvernement ne respecte pas les droits de l’Homme : “Il existe des preuves importantes qui contredisent une telle affirmation: le Diagnostic du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme (ACNUDH), les nombreuses plaintes reçues et documentées par la Commission Nationale des Droits de l’Homme et par les organismes internationaux… Et que dire de toutes ces violations qui sont les plus nombreuses, celles qui ne font l’objet d’aucune dénonciation du fait du manque de confiance de la population face à l’inefficacité des institutions responsables de la protection des droits de l’Homme, juridictionnelles ou pas. Cette situation requiert de manière urgente non pas des discours éloignés de la réalité mais une véritable politique d’État qui garantisse le respect, la garantie et la protection des droits de l’Homme”.

Fin mai, dans son rapport 2004, Amnisty International a affirmé de son côté que les efforts du gouvernement du président Vicente Fox afin de garantir le respect des droits de l’Homme ont été “insuffisants” pour freiner les “violations fréquentes et généralisées”. Elle dénonce que les “failles structurelles” du système de justice pénale restent l’une des causes fondamentales des violations des droits de l’homme et de l’impunité. Elle indique encore que la discrimination, la marginalisation et les conflits communautaires continuent à générer de multiples violations des droits de l’Homme dans les communautés autochtones. Le bulletin rappelle aussi qu’en juin 2003, Amnisty avait invité le Mexique à reprendre les négociations avec l’EZLN et à réformer la législation “controversée” de 2001 portant sur les droits indigènes. Ce bulletin signale également qu’il existe une grande préoccupation du fait du danger que représente le Plan Puebla-Panama pour les communautés autochtones du sud du Mexique, car celui-ci risque de violer les droits économiques, sociaux et culturels des peuples indiens.

Fin mai, des représentants des organisations civiles du Comité de Liaison se sont réunis avec le ministre de l’Intérieur, Santiago Creel et sont parvenus à une série d’accords qui permettent de garantir la continuité du dialogue avec le Ministère.

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PROCESSUS SOCIAUX ET ESPACES OFFICIELS

En ce qui concerne les peuples autochtones, à la mi mai, la treizième réunion du Congrès National Indigène (CNI) a été réalisée à Union Hidalgo, Oaxaca. Les délégués de la région Centre-Pacifique ont décidé de ratifier les Accords de San Andrés comme “Constitution Autochtone” et de mener à bien une “rébellion pacifique” par le biais de l’exercice de l’autonomie. Juan Chávez, indigène purépecha de Nurio, a souligné: “il ne faut pas tomber dans le piège et continuer à demander à l’État ce qu’il nous a déjà nié (la reconnaissance constitutionnelle des droits des peuples indiens par l’approbation du projet de loi de la COCOPA). Nous n’avons pas besoin de demander au gouvernement son autorisation ou de lui faire des courbettes. Cette demande n’a plus lieu d’être depuis la création des Caracoles au Chiapas et avec les municipalités autonomes comme Xochistlahuaca (Guerrero) ou ce qui se passe à Union Hidalgo (Oaxaca) et Tlalnepantla (Morelos)”.

Le 28 mai, le sommet des Chefs d’État et de gouvernement d’Amérique Latine, des Caraïbes et de l’Union Européenne a débuté à Guadalajara, Jalisco, Mexique avec la présence de 58 pays. Plusieurs forums sociaux “altermondialistes” parallèles (voir Dossier à part) ont également été organisés. Hélas, dans les médias, il a été difficile de savoir quoique ce soit quant au contenu des discussions vu que la marche qui devait clore les journées de travail a terminé de manière violente, seul fait véritablement couvert par la presse. Plusieurs organisations présentes à Guadalajara ont dénoncé que la répression policière fut bien supérieure aux mesures de sécurité qui auraient pu être établies afin de prévenir les actes de violence commis par des groupes réduits de la marche.

45 jeunes mexicains furent arrêtés. Huit étrangers furent expulsés du Mexique. Des organisations pour la défense des droits de l’Homme ont condamné les abus, brimades et violations à leurs droits d’accès à la justice et de protection de leur intégrité physique auxquels ils furent soumis. Une semaine plus tard, les jeunes mexicains furent déclarés formellement prisonniers pour les délits de mutinerie, vandalisme, résistance ou désobéissance de particuliers, attaques aux voies de communication, lésions, vol et dommages.

Finalement, la Rencontre mexicaine d’Alternatives de Vie des Peuples a eu lieu à Tepeaca (État de Puebla) du 4 au 6 juin. Il s’agissait d’un évènement préparatoire aux prochains forums sociaux méso-américains qui doivent être organisés au Salvador en juillet. Les représentants de 112 organisations sociales de tout le pays ont rejeté les politiques néolibérales mis en place par le Président Fox, ainsi que les conséquences directes de celles-ci. Ils ont répété leur option de lutte pour l’autonomie des peuples ainsi que pour le respect des Accords de San Andrés. Ils ont proposé l’élaboration d’un Plan Alternatif de Vie pour les Peuples Méso-américains fondé sur leur dignité, leur culture et la ‘Madre Tierra’ ( Mère Terre).

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:: ZINACANTÁN

ZINACANTAN: FLEURS ET REGARDS ACCOMPAGNENT LE RETOUR DE DEPLACES ZAPATISTES.

Les faits de violence

Le 10 avril dernier, des bases de soutien zapatistes de la région des Hauts-Plateaux du Chiapas furent pris en embuscade par des membres du Parti de la Révolution Démocratique (PRD), originaires de Zinacantán (municipalité tzotzil des Hauts-Plateaux, près de San Cristóbal de Las Casas).

Ce jour-là, les zapatistes commémoraient au travers d’une marche la mort du leader paysan Emiliano Zapata, dont ils tirent leur nom et la lutte pour la “Terre et [la] Liberté”. Suite à la manifestation pacifique, dans un acte de solidarité, ils ont également apporté de l’eau aux zapatistes de la communauté de Jech’vó. Ces derniers avaient été privés de ce service public depuis le 9 décembre 2003 par ordre des membres du PRD de Zinacantán, qui leur demandaient de collaborer et de participer aux postes d’autorité traditionnels.

A leur retour, des membres du PRD leur ont barré le chemin, leur ont lancé des pierres et des bâtons et leur ont tiré dessus avec des armes à feu. Bilan: 35 blessés et plus de 500 personnes ont fui de leurs communautés par peur d’être attaquées à nouveau. Il s’agit de la plus grande agression subie par des bases de soutien zapatistes depuis le soulèvement armé de 1994.

Le Comité de Bon Gouvernement d’Oventik (les autorités autonomes zapatistes de la région) ont émis plusieurs communiqués condamnant l’agression, donnant de plus amples informations sur les blessés et donnant la liste des responsables de l’embuscade. Ils ont également accusé le PRD de “s’être uni à la guerre du mauvais gouvernement contre les peuples indiens”.

La direction nationale du PRD a affirmé que l’embuscade était due exclusivement à un conflit quant à l’approvisionnement de l’eau et qu’il n’y avait aucune raison de le voir comme un problème du PRD contre les zapatistes. Le Ministre de l’Intérieur, Santiago Creel et le gouverneur de l’état du Chiapas, Pablo Salazar ont affirmé dans la même lignée qu’il s’agissait d’un “conflit au sein d’une municipalité” pour la question de l’eau.

Retour sans justice

Deux semaines plus tard, les autorités zapatistes ont annoncé le retour des familles déplacées même si les responsables des agressions n’avaient toujours pas été arrêtés. Ils ont invité la société civile nationale et internationale à organiser une caravane pour accompagner ce retour le dimanche 25 avril. Ils ont également sollicité l’installation de campements civils pour la Paix dans les communautés pour éviter de futures agressions.

Environ 200 bases de soutien zapatistes couverts de leur passe-montagne et provenant d’autres municipalités des Hauts-Plateaux ont aussi accompagné ce retour:

'Nous sommes venus jusqu’ici afin d’accompagner nos ‘compañeros’ et ‘compañeras’ qui étaient déplacés depuis le 10 avril. Mais aujourd’hui nous sommes venus les ramener dans leur communauté d’origine, ces ‘compañeros’ et ‘compañeras’, et ils vont rester là, parce que leur maison et leur peuple est ici et que personne n’a le droit de les ennuyer ni de les expulser de leur propre communauté; ils sont zapatistes et ils continueront à être zapatistes''
(communiqué lu par ceux-ci au début et à la fin de la caravane)

Nous avons pris la route qui se rend à Tuxtla Gutierrez (la capitale de l’état du Chiapas) jusqu’à l’endroit où les déplacés avaient trouvé refuge. A notre arrivée, ils sont restés pantois au bord de la route en voyant la grande quantité de voitures et de bus qui accompagnaient les zapatistes. On pouvait dénombrer plus de 20 véhicules et plus de 100 personnes: société civile nationale et internationale, presse et organisations de droits de l’Homme. Le parcours a également été “accompagné” par des membres du gouvernement de l’état, de la Police, du Centre d’Intelligence Secrète et par un hélicoptère.

Nous sommes d’abord arrivés à la communauté de Jech’vó où la tension était palpable. Les familles qui devaient rester à cet endroit sont descendues des camionnettes et ont reçu des membres de la société civile des bouquets de fleurs blanches. Les femmes, les enfants et les hommes sont descendus avec les musettes qui contenaient le peu de choses qu’ils avaient avec eux le jour de l’agression. Les enfants regardaient entre frayeur et curiosité, sans vraiment comprendre les raisons de leur protagonisme, pourquoi des dizaines d’appareils photos étaient braqués sur eux, leur volant l’anonymat que l’enfance exige.

Dans cette première communauté, les représentants zapatistes ont lu un communiqué au milieu de la place demandant que leur projet de vie soit respecté:

''Nous voulons dire à nouveau à tous nos frères qui ne sont pas zapatistes, à ceux qui appartiennent aux différents partis politiques: nous les zapatistes nous ne voulons pas nous battre contre nos frères indigènes qui habitent au même endroit et dans la même municipalité. Nous n’embêtons personne, nous n’offensons personne; nous, les zapatistes, nous respectons tout le monde sans faire de différence en fonction de leur organisation, leur parti ou leur religion. Mais nous voulons aussi que vous nous respectiez, que vous respectiez notre lutte et notre résistance. Notre lutte n’est pas contre nos frères pauvres; notre lutte est pour une juste cause qui s’appelle démocratie, liberté et justice pour tous.''

Ils ont également remercié les membres de la société civile nationale et internationale pour leur présence. Plusieurs d’entre eux sont restés dans les communautés comme observateurs afin d’essayer d’éviter de possibles agressions. Pour ceux qui retournaient dans leurs communautés d’origine, cet accompagnement de personnes qu’ils ne connaissent pas représente une protection et leurs regards, une dénonciation.

Pendant ce temps, des dizaines de policiers observaient, gainés dans leurs uniformes bleus, dans une attitude qui paraissait plutôt intimidante. Dans les communautés suivantes, la tension diminua quelque peu. En tout, 35 familles sont retournées à Jech’vó, 19 à Elambó Alto, 33 à Elambó Bajo et 15 à la communauté de Apaz.

Qu’est-ce qui est en jeu dans ce conflit ?

Contrôlant les mouvements de la caravane le président municipal du PRD de Zinacantán était également présent. Les zapatistes l’ont rendu responsable des agressions à leur encontre. Il s’agit d’un leader de Zinacantán connu pour son fort contrôle politique et économique dans la région. Il contrôle en particulier le transport des camionnettes qui se rendent tous les jours à Tuxtla. Lui et ses adeptes restèrent tout ce dimanche au croisement de la route en direction de Tuxtla, observant la caravane entrer, sortir et retourner à San Cristóbal.

Les zapatistes échappent à leur contrôle politique et économique. Ils ont leurs propres autorités autonomes, leur propre projet politique qui rompt avec le système de gouvernement officiel mais aussi avec les ‘caciques’ traditionnels qui ont dominé ces terres depuis plusieurs décennies.

Le conflit dans les communautés de Zinacantán n’est pas résolu. Il n’existe pas non plus les conditions nécessaires pour un retour sans problèmes, mais les zapatistes comme d’autres organisations autochtones de l’état, connaissent bien ce que signifie le déplacement : le fait de ne pas pouvoir cultiver la ‘milpa’ (champs de maïs), perdre leur bétail et être déracinés de leurs terres. Personne ne voulait un nouveau “Polhó”, la municipalité autonome rebelle zapatiste située à Chenalhó (Hauts-Plateaux) actuellement habitée par environ 5000 déplacés, suite au conflit de 1997 dans cette municipalité.

Les Hauts-Plateaux sont une des zones où la stratégie contre l’insurrection zapatiste dans une guerre qualifiée “de basse intensité” a été caractérisée par la formation de groupes paramilitaires dont les membres sont des autochtones des mêmes communautés, généralement affiliés au Parti de la Révolution Institutionnelle (PRI, parti qui a contrôlé les pouvoirs fédéraux, de l’état et municipaux durant plus de 70 ans, jusqu’à l’an 2000). A Chenalhó, l’escalade de violence a culminé avec le massacre de 45 indiens appartenant à l’organisation ‘Las Abejas’, Société Civile, à Acteal le 22 décembre 1997. Il faut souligner que le président et le vice-président de ‘Las Abejas’ ont accompagné le retour des zapatistes de Zinacantán. Ils connaissent bien la douleur du déplacement prolongé et l’amertume d’un retour sans justice.

Beaucoup ont vécu à nouveau la peur et l’incertitude que le massacre avaient provoquées dans les faits de Zinacantán et ils ont comparé ces deux situations. Il existe pourtant des différences. Pour comprendre ce qui s’est passé à Zinacantán, il faut prendre en compte le fait que l’on se trouve face à un contexte social qui a souffert plus de 10 ans d’une guerre d’usure intégrale, un contexte caractérisé par la décomposition et la division des communautés. Les conflits actuels surgissent pour de simples questions comme le paiement de la lumière électrique, de l’eau, ou pour la construction de routes. Mais ce ne sont que les détonateurs. L’origine réelle des conflits tient à l’incapacité de respecter la différence, au thème du pouvoir, à la difficulté pour permettre que les peuples s’auto déterminent et qu’ils décident comment organiser leur éducation, leur gouvernement, leur santé ou leur production.

Le retour à une uniformité monochrome est hors de question. La diversité présente un défi où que l’on soit. Au Chiapas, pour les zapatistes et pour le reste des organisations sociales et politiques, elle est comme une graine dont il faudra prendre soin pour que les fleurs blanches de l’espérance fleurissent et pour réinventer les couleurs de la vie interculturelle.

A l’heure actuelle, les responsables des agressions n’ont toujours pas été détenus. La tension qui se maintient fait que des observateurs restent présents dans les communautés de Zinacantán où le conflit a éclaté. Le problème de l’eau demeure. Le peu qu’il y a n’est pas propre et génère des maladies de peau et d’estomac.

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:: DOSSIER

DEVELOPPEMENT ALTERNATIF OU ALTERNATIVE AU DEVELOPPEMENT

“seulement lorsque tu auras coupé le dernier arbre, pêché le dernier poisson et pollué la dernière rivière,
tu te rendras compte que l’argent ne se mange pas”
Dicton autochtone nord américain

Globalisation économique: un seul marché, un seul monde

La célébration du IIIème Sommet des Chefs d’État et des Gouvernements de l’Union Européenne, l’Amérique Latine et les Caraïbes, le 28 et 29 mai 2004, à Guadalajara (Jalisco, Mexique) a permis de faire apparaître les différentes visions existantes quant au concept de ‘développement ’.

Le Sommet ‘officiel’ voulait donner un suivi au travail initié entre les pays d’Amérique Latine, des Caraïbes et de l’Union Européenne (ALCUE) à Rio de Janeiro en 1999. A partir de cette date, l’idée d’établir une ‘association stratégique bi-régionale’ est apparue comme nécessaire. Cela signifiait, entre autres: “stimuler la coopération économique internationale pour promouvoir la libéralisation intégrale et mutuellement profitable du commerce, comme une façon d’accroître la prospérité (...)” (Déclaration de Río, 1999).

Ce IIIème Sommet avait deux grands objectifs:

  1. ‘Renforcement du multilatéralisme’: Appuyer les actions conjointes entre les différents pays autour des thèmes paix, sécurité internationale, architecture financière internationale, la dette externe et coopération pour le développement;
  2. ‘Cohésion sociale’: Tout ce qui a trait à la pauvreté, les politiques de développement social, les formes de gouvernement démocratique, la promotion de l’emploi, la distribution des revenus et les mouvements migratoires.

Les objectifs et stratégies de cet espace bi-régional de relations font partie de la logique dite de ‘globalisation économique’. Une globalisation de cette nature implique promouvoir un grand réseau d’échanges commerciaux, un grand marché. Pour ce faire, il est nécessaire de modifier les lois nationales qui représentent un obstacle pour la libre circulation des capitaux financiers (argent), productif (matières premières et main d’œuvre) et commerciaux (biens comme les aliments, vêtements, appareils électroménagers et services).

Ce type d’organisation mondiale a été appliqué depuis plusieurs décennies. En 1949 (après la seconde Guerre Mondiale et en pleine Guerre Froide), le président des États Unis, Truman, à son arrivée au pouvoir, a défini comme mission du ‘monde libre’ (c’est-à-dire, capitaliste) de mettre fin à la pauvreté et de contribuer au développement des nations ‘sous développées’. “L’ère du développement capitaliste” vit ainsi le jour. La différence entre pays ‘développés’ et ‘sous-développés’ apparut. L’exportation du modèle que nous connaissons aujourd’hui comme ‘néolibéralisme’ commença.

Le développement dans le modèle néolibéral

Dans les années 40, il était courant de penser que par le biais de ce type de globalisation, gouvernée par le commerce et la technologie, on parviendrait à mettre fin aux inégalités sociales et à la pauvreté. C’est pour cela que l’on parlait de ‘pays en voie de développement’, en pensant qu’un jour ceux-ci atteindraient la situation du ‘Premier Monde’. Mais la réalité montre au contraire, selon un bulletin de la Banque Mondiale sur le Développement Mondial de 1990, que les riches sont toujours plus riches, et que les pauvres sont toujours plus pauvres.

Plus récemment, la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (UNCTAD) dans son nouveau bulletin sur les ‘Pays les Moins Avancés’ (PMA) 2002, montre que dans ces pays l’extrême pauvreté a doublé au cours des 30 dernières années et affecte désormais 307 millions de personnes. Elle pronostique que le nombre de personnes qui vivent avec moins d’1 dollar par jour dans les PMA dépassera les 420 millions d’ici à 2015 si les tendances économiques actuelles persistent.

Pendant ce temps, le principal objectif des projets néolibéraux est d’éliminer les entraves qui existent encore pour parvenir réellement à un marché mondial unique: les barrières douanières, que les états établissent pour l’entrée de produits étrangers, et les subventions, par le biais desquelles ils protègent leurs entreprises et leurs producteurs nationaux. Dans ce cadre, la coopération internationale entre les pays est un autre instrument de l‘aide pour que les peuples parviennent au développement "occidental".

Critiques au modèle néolibéral de développement à Guadalajara

Le modèle néolibéral de développement est de plus en plus remis en question en particulier parce qu’il suppose une transformation des formas de vie (non seulement dans leurs dimensions économiques mais aussi sociales, politiques et culturelles) vers la production et la commercialisation compétitives. Les critiques et les propositions alternatives face à ce modèle économique dans lequel la distribution du capital et du pouvoir est aux mains de quelques-uns sont cependant très diverses.

Face au Sommet ‘officiel’ de Guadalajara plusieurs ‘forums sociaux’ parallèles furent réalisés: de multiples ONG et une grande diversité d’organisations sociales y prirent part pour s’interroger et proposer des alternatives aux politiques de l’UE en Amérique Latine.

Lors de la Rencontre Sociale ‘Entrelacer les Alternatives’, diverses positions critiques au développement néolibéral étaient présentes: d’un coté, certaines organisations questionnent les Accords de Libre Commerce promus entre les gouvernements d’Amérique et ceux européens. Ils sont partisans d’un développement respectueux des droits de l’Homme et ils proposent d’utiliser les instruments que les mêmes accords commerciaux établissent, comme le sont, dans le cas de l’Accord Commercial entre l’UE et le Mexique, la dite ‘clause démocratique’ et ‘l’Observatoire Social’, instruments qui prétendent permettre à la société civile de contrôler les violations des droits de l’Homme que pourraient occasionner ces politiques.

D’un autre coté, certains mouvements sociaux et d’autres organisations considèrent la politique de l’UE comme une nouvelle forme de colonisation économique et culturelle qui utilise le discours de la démocratie et des droits de l’Homme comme ‘Cheval de Troyes’ pour se donner légitimité et s’imposer. Pour ces participantes, les cultures doivent avoir le droit de décider directement quel est leur projet de vie et de rechercher d’autres façons de combiner la lutte contre la pauvreté et la protection de l’environnement, depuis l’expérience particulière des peuples.

La déclaration finale réalisée conjointement par la société civile d’Amérique Latine et d’Europe à Guadalajara rejette les politiques néolibérales qui dans les deux continents génèrent plus d’inégalité ainsi que la privatisation de la santé, l’éducation et la culture. Selon cette même déclaration, l’UE ne représente pas une alternative à la politique des États-Unis en Amérique Latine, mais qu’au contraire “(...) elle utilise les politiques de coopération comme instrument pour permettre l’entrée de ses entreprises, et (...) les accords de coopération en matière de sécurité contribuent à la militarisation du continent.”

Face à cette stratégie, les participants du Forum alternatif ont demandé:

  • La primauté des droits civils, politiques, économiques, culturels et de protection à l’environnement sur la libéralisation commerciale.
  • La promotion d’un modèle de coopération solidaire.
  • L’engagement des pays développés d’attribuer pour le moins 0.7 % de leur PIB à la coopération pour le développement et de rechercher de nouvelles formes de redistribution des revenus à échelle nationale et internationale effectivement orientées à la lutte contre la pauvreté, au développement durable et à la justice sociale, par exemple par le biais de fonds de compensation sociale ou d’impôts sur les transferts de capitaux spéculatifs.
  • Renégocier la dette publique externe.
  • Toute action de coopération pour le développement financée par l’UE doit être définie avec la consultation et le pleine participation des populations affectées ainsi que la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) l’indique.

Las alternatives son très variées et vont depuis la confiance en l’État comme un acteur qui peut encore limiter les impacts négatifs de la politique néolibérale, jusqu’aux plus ‘anti-système’ qui cherchent à construire de nouvelles propositions sans Etat.

Résistances et recherche d’alternatives

Les peuples autochtones représentent l’un des principaux mouvements (sans être le seul) contre les politiques actuelles de planification du développement. Leur survie hors du monde marchand est une façon de démontrer la diversité des réalités et des cosmovisions qui habitent la terre.

Un monde où beaucoup de mondes trouvent leur place” représente une demande des zapatistes du Chiapas en vue de redéfinir l’État-nation comme un espace où les différentes cultures puissent cohabiter. Cette phrase a été reprise par la lutte alter- mondialiste contre l’uniformité culturelle à laquelle semple nous conduire l’actuel capitalisme global.

Les ‘Caracoles’ zapatistes et leur projet s’opposent aux projets néolibéraux par le biais du contrôle du territoire, de la reconstruction de la vie communautaire, les travaux collectifs et la création de gouvernements autonomes.

Ils ont aussi modifié la forme traditionnelle de coopération internationale dans la mesure où ils décident eux-mêmes quel type d’aide, quand, comment et pour quoi. Des réseaux de solidarité de la société civile nationale et internationale avec les gouvernements autonomes zapatistes se sont constitués. Ils représentent une autre modification des relations de supériorité/infériorité qui sont implicites dans beaucoup de projets de coopération internationale (celui qui donne est celui qui décide pourquoi et comment). Ce nouveau projet et l’imposition de conditions de la part des zapatistes pour développer des projets dans leurs régions n’a pas manqué de générer un certain malaise parmi ceux qui viennent de l’extérieur avec leur propre façon de travailler. Ce type de coopération est certainement éloigné des intérêts économiques ‘globaux’ et répond aux besoins que les ‘autonomes’ déterminent eux-mêmes.

Ce projet de résistance de même que d’autres doivent coexister et pas toujours de manière facile, avec les projets gouvernementaux:

"Dans notre coopérative, nous apportons toutes une coopération de 70$ (pesos mexicains). Nous donnons de l’importance à notre projet. Si le gouvernement te donne un projet, il ne te demande ni ce que tu veux, ni ce dont tu as besoin. Ils te donnent pour que tu réalises le projet qu’ils ont décidé que tu dois réaliser. Alors tu ne lui donnes pas beaucoup d’importance. Mais ils nous habituent ainsi et nos propres projets comme ceux de l’EZLN ne peuvent pas prospérer”.
(Juanita, Xomé Ixuk- Organisation Indépendante de Femmes de Las Margaritas)

Mais au delà du Chiapas, il existe dans le monde entier des expériences et projets qui cherchent à transformer les formes d’existence, reconnaissant qu’ils partent d’une cosmovision différente à celle occidentale.

Projets alternatifs de Vie

En décembre 2003, un colloque portant sur l“Amérique Profonde” a été organisé dans la ville de Mexico. Des représentants de mouvements d‘auto-affirmation autochtone d’Amérique et des invités de Nouvelle Zélande et de l’Inde vinrent parler sur leur identité, leur lutte et leurs espérances.

La proposition avait été lancée par le Centre de Rencontres et Dialogues Interculturels (CEDI) du Oaxaca, une des initiatives de Gustavo Esteva qui cherche à trouver dans la ‘régénération culturelle’ de nouvelles formes de vie en réinventant la culture propre. Ainsi la proposition de l’Université de la Terre du Oaxaca promeut la construction de nouveaux espaces de communauté depuis les racines culturelles pour redécouvrir des pensées philosophiques propres, la souveraineté alimentaire (depuis la façon de cultiver jusqu’à la préparation), l’art d’habiter, la façon de guérir, d’apprendre, de concevoir le temps et l’espace, l’organisation communautaire, au bout du compte, une façon de vivre propre fondée sur la communauté.

Certains acteurs de l’économie néolibérale accusent les peuples d’être les principaux destructeurs des forêts, sans reconnaître que les industries ou la construction de barrages promues par les projets néolibéraux sont les facteurs qui ont généré les transformations pour l’environnement les plus négatives.

“Transformer en respectant la Nature est quelque chose qui contredit le modèle néolibéral (...) parce que celui-ci nie tout futur à l’humanité. Les alternatives face à ce modèle qui ne fonctionne pas se manifestent dans le Forum Social Mondial, le Mouvement des Sans Terre, la théologie de l’écologie, la régénération culturelle, la divinisation de la Nature”
(Jorge Santiago, Développement Économique et Social des Mexicains Autochtones, DESMI)

Autre exemple d’alternatives: en mai dernier, au Brésil, le ‘Manifeste contre le Désert Vert et en Faveur de la Vie’ a été signé par plus de 100 entités brésiliennes. Il dénonce le désastre socio-écologique causé au cours des 35 dernières années par les monocultures d’eucalyptus et de pin qui approvisionnent les industries de la sidérurgie et de la cellulose, nuisant aux écosystèmes et à la population. Il affirme au contraire que ‘les peuples autochtones ont démontré qu’ils sont capables de maintenir les forêts parce que c’est ce qu’ils ont fait pendant des milliers d’années’. En Inde le mouvement Chipko, où des femmes embrassent les arbres afin d’éviter la destruction des forêts est un des exemples les plus connus.

La délégation d’organisations sociales du Chiapas présentes à Guadalajara a rédigé un communiqué spécial demandant le moratoire du Projet ‘Développement Social Intégré et Durable dans la Jungle Lacandone’, financé par l’UE par le biais d’une Convention signée avec le Gouvernement de l’état de Chiapas. Elle explique ce rejet car ce projet n’a pas respecté la condition de consultation préalable des peuples affectés, établie par la Convention nº169 de l’Organisation Internationale du Travail.

La région dans laquelle ce projet va être mis en place fait partie de la zone de conflit du Chiapas, établie depuis 1994. Le chercheur italien, Luca Martinelli, membre de l’organisation ‘Manitese’ a réalisé une analyse de ce projet. Il rappelle que diverses organisations sociales et civiles ont indiqué les risques de cette Convention et ont demandé au gouvernement une transparence totale dans le processus vu que ce Plan “conditionne, piège et condamne les peuples et les communautés à la dépendance dans le marché des services écologiques: le paiement pour les forêts, l’eau, les puisards de charbon, et à l’éco-tourisme scientifique".

Il signale que l’un des objectifs du projet est de "réduire la pauvreté dans le cadre d’un développement territorial participatif et soutenable, parvenir à faire bénéficier directement le gouvernement de l’état, en générant des capacités dans le sens de la reformulation et l’application plus efficace des politiques de développement social". L’analyste dénonce "le caractère contre-insurgeant de ces programmes dans des territoires où il existe une opposition sociale et paysanne, et l’incidence d’intérêts de la Banque Mondiale, des entreprises transnationales et de programmes sociaux qui divisent et augmentent la confrontation entre les peuples autochtones".

D’un autre coté, il remet en question le fait que la réduction de la pauvreté sera mesurée en fonction du nombre de familles qui cessera de vivre avec moins qu’un salaire minimum et non en fonction de l’autoconsommation et la souveraineté alimentaire qu’ils possèderont.

La souveraineté alimentaire n’est pas seulement un mode de survie. C’est une forme de vie alternative qui évite la dépendance de l’extérieur pour pouvoir se nourrir. En ce sens, Voie paysanne (le réseau mondial le plus important de mouvements paysans et de familles d’agriculteurs) s’est opposée au Bulletin 2004 de l’Organisation des Nations Unies sur l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), intitulée: ‘La Biotechnologie répond-elle aux besoins des pauvres? . La FAO soutient que la biotechnologie serait une solution à la faim dans le monde et à l’augmentation croissante de la population et indique que la seule limitation tient au fait que les pauvres n’aient pas accès aux OGM.

Voie Paysanne dénonce que la faim n’a rien à voir avec la technologie mais oui avec l’injustice sociale, les problèmes d’accès et le contrôle de la distribution aux mains des transnationales qui ‘veulent manipuler nos cultures, pour pouvoir contrôler la totalité de la chaîne alimentaire à l’échelle globale, en nous obligeant à arrêter de produire des aliments –même localement- et à devoir consommer leurs produits dans le monde entier’.

Le discours quant au développement a défiguré le sens du mot ‘prospère’ qui vient du latin “en fonction de l’espérance”. La prospérité des peuples dépend donc de l’espérance de chacun d’entre eux, non pas de ce qu’ils peuvent consommer ou produire pour pouvoir entrer dans les statistiques mesurant le ‘niveau de pauvreté’.

Nous devrions tous commencer à nous demander : développement, pour quoi et pour qui? Qu’est-ce que la pauvreté? Que signifie aide? Qui contrôle et qui définit? Que faisons-nous aujourd’hui pour construire un lendemain que d’autres ont d’ores et déjà défini pour nous?’ Probablement nous parviendrons à nous rendre compte qu’il existe de multiples façons de rêver la vie et que la véritable pauvreté est bien plutôt l’uniformité.

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Bibliographie

  • Sachs, Wolfgang (coord.), Diccionario del desarrollo, México, Ed. Galileo y la Universidad Autónoma de Sinaloa, 2001
  • América Profunda. Un ejercicio de reflexión en la acción, México, Proyecto (2003)
  • Arriola,J., y Aguilar, J.V., Globalización de la Economía, El Salvador, Equipo Maíz, 2001.
  • Ribeiro, S., “La FAO declara la guerra a los campesinos” en www.argenpress.info (17/06/2004)
  • WRZ, “Rotunda manifestación en Brasil contra el Desierto Verde y a Favor de la Vida”, en Ambiente y Sociedad, AÑO 5, Nº 163 (16 de junio de 2004) en www.ecoportal.net

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:: ACTIVITES DU SIPAZ

Avril - Juin 2004

ACCOMPAGNEMENT

Au cours des derniers mois, l’équipe de marionnettistes “Diversité” a réalisé plusieurs représentations sur la valeur de la diversité et de la réconciliation dans les municipalités de Tila (zone Nord) et de Las Margaritas (zone Frontière) ainsi que dans divers quartiers de la ville de San Cristóbal de Las Casas (zone des Hauts-Plateaux).

En avril, nous avons participé à la caravane d’observation des droits de l’Homme organisée après les faits de violence à Zinacantán (zone des Hauts-Plateaux). Nous avons également accompagné le retour des familles déplacées après l’embuscade d’avril à leurs communautés d’origine. Nous avons participé à plusieurs réunions d’analyse convoquées par différents espaces quant à la situation dans cette municipalité. Nous nous sommes réunis avec Juan Esponda de la Commission pour la Réconciliation des communautés divisées du gouvernement de l’état du Chiapas pour aborder ce même thème et pour parler de la situation dans la zone Nord.

En mai et juin, nous avons réalisé plusieurs interviews avec des acteurs de la zone Frontière pour connaître la situation dans la région.

En juin, nous avons passé une semaine à Montes Azules et dans la Jungle Lacandone où nous avons réalisé diverses interviews avec des acteurs de la zone.

CONTACTS ET INFORMATION

Nous avons reçu des visiteurs, délégations, étudiants et journalistes et nous leur avons présenté le contexte du Chiapas et le travail du SIPAZ. La plupart venaient des USA, du Canada et d’Espagne.

Nous nous sommes réunis avec différents acteurs au Chiapas, à Oaxaca et dans la ville de Mexico : communautés indigènes, mouvements sociaux, ONG et gouvernement (voir aussi Travail National).

Nous avons élaboré deux actions urgentes: une première sur les faits de violence à Zinacantán et une autre sur l’assassinat de Noel Pavel, étudiant de l’Université Nationale Autonome de Mexico (UNAM) et activiste travaillant avec des communautés zapatistes du Chiapas (voir: www.sipaz.org).

EDUCATION POUR LA PAIX

Nous continuons à travailler avec le Réseau pour la Paix, un espace pour la réflexion et l’action qui cherche à appuyer les processus de paix dans les organisations et communautés du Chiapas. Le 5 mai, un atelier/Rencontre ouvert à d’autres organisations qui ne font pas partie du réseau pour la Paix a été organisé en vue d’une réorientation stratégique de cet espace face aux défis actuels. Le Réseau pour la paix a également élaboré et diffusé des brochures en espagnol et en anglais ainsi que des posters qui systématisent les moments clefs et les principales leçons des 10 années de conflit au Chiapas.

Nous continuons à animer des ateliers sur la Culture de Paix et les Droits de l’Homme avec les jeunes du Centre pour le Développement Communautaire (CEDECO) de San Cristóbal de Las Casas.

Un membre de l’équipe participe à un Diplôme sur la “Transformation positive des Conflits” (4 sessions de deux jours jusqu’à la fin de l’année) convoqué par la Commission de Soutien pour l’Unité et la Réconciliation Communautaire (CORECO) et l’Université de la Terre-Chiapas.

En juin, nous avons assisté à un atelier portant sur le thème de la “Négociation” réalisé dans la ville de Mexico et animé par des membres de Cambridge, de l’Institut Technologique de Massachussets, USA.

Egalement en juin, dans la ville de Mexico, nous avons partagé à d’autres ONG l’expérience du SIPAZ en matière d’ateliers portant sur la “Transformation des conflits”, ateliers que nous réalisons depuis 1998. L’objectif était de récupérer des expériences méthodologiques et stratégiques dans ce domaine.

DIALOGUE INTERRELIGIEUX

Dans le cadre du projet d’“Echange et formation entre leaders religieux de Chenalhó et les Commissions de Paix de Nicaragua”, une réunion de suivi au cycle d’ateliers portant sur la négociation et la réconciliation. Les participants ont décidé d’écrire une lettre pour inviter d’autres acteurs religieux de la municipalité de Chenalhó à participer au processus. Cette lettre a été distribuée dans la zone et à San Cristóbal de Las Casas en mai. Nous avons également tenu plusieurs réunions et interviews avec des acteurs religieux de Chenalhó et de San Cristóbal de Las Casas qui prennent part à ce processus.

TRAVAIL NATIONAL ET INTERNATIONAL

Le 29 et le 30 avril nous avons participé à l’animation d’un atelier de réflexion sur “Le Concept et les stratégies de Paix” réalisé dans l’état du Oaxaca.

Nous avons participé à un second atelier sur la non violence active organisé par Greenpeace, Amnisty International, Serpaj et le collectif "Penser à voix haute" à Cuernavaca début mai.

Un membre de l’équipe a participé à une série de réunions sur le “Processus de paix au Chiapas et la coopération internationale” à Vienne, Autriche avec des représentants d’organisations qui travaillent au Chiapas du Mexique, d’Autriche, de Belgique, d’Allemagne, de France, d’Italie et de Suisse.

En mai, nous avons été présents comme observateurs accompagnant la délégation du Chiapas lors de la Rencontre Sociale “Entrelacer les alternatives” organisée parallèlement au IIIème Sommet de l’Union Européenne avec l’Amérique Latine et les Caraïbes réalisés à Guadalajara (état de Jalisco, Mexique).

En juin, dans la ville de Mexico, nous avons participé à une réunion du Réseau Mexicain de constructeurs de Paix.

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