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:: BULLETIN DU SIPAZ: Vol 9 Nº 1, Mars 2004

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et nouveaux défis
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Les Accords de San Andrés
parlent Bats’i K’op

-> Article Quatrième Rencontre d’Expériences
pour la Paix et la Réconciliation:
“unis pour construire une maison
dans laquelle nous ayons tous
notre place”.
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:: ANALYSE

CHIAPAS: Temps de bilan et nouveaux défis
A 10 ANS DU SOULÈVEMENT ARMÉ...

A dix ans du soulèvement armé zapatiste du 1er. janvier 1994 au Chiapas, le moment se prête aux premiers bilans. Au Mexique, au delà des affiliations politiques, partisanes ou non, il y a un avant et un après 1994.

La revue “Proceso” a consacré un numéro spécial en janvier sur ce thème: “1994-2004: La grande illusion... La grande frustration”. Dans cette publication, le sociologue, Bernard Duterme, résume une bonne partie des lectures existantes quant aux zapatistes: “Ni euphorique ni définitif, le panorama est nuancé. D’un côté, (...) catalyseurs de la démocratisation du Chiapas et du Mexique, artisans de la chute du parti politique qui monopolisait le pouvoir depuis les années 20 [le Parti Révolutionnaire Institutionnel, PRI], moteurs de la constitution d’un mouvement autochtone national et possiblement latino-américain, affirmatif, massif et démocratique, pionniers d’une nouvelle internationale plurielle, appelé aujourd’hui “altermondialiste”. (...) D’un autre côté, (...) les résultats d’une décennie de conflits plus ou moins ouverts et de négociations entre les rebelles et gouvernement réjouissent seulement les détracteurs de l’EZLN. Son ancrage social au Chiapas miné et mal en point, semble pour le moins menacé. Son insertion dans le scénario politique mexicain, régulièrement remise à plus tard, a fini ajourné. Son articulation intergalactique avec les convergences altermondialistes, hier ambivalente, aujourd'hui évanescente, n'a pas tenu sa promesse ".

© Foto CDHFBCLors de la présentation de sa lettre pastorale intitulée “Une nouvelle heure de grâce”, Samuel Ruiz García, évêque émérite de San Cristóbal de las Casas, soulignait quant à lui: “même si les causes du conflit n’ont pas été résolues, l'effort réalisé pour construire la paix avec justice et dignité est un patrimoine commun de toute la nation (les acteurs qui y ont pris part ont été multiples et divers) et a apporté des avancées, des résultats et une nouvelle prise de conscience. Sans être le seul facteur à prendre en compte, le soulèvement de l’EZLN -et son évolution politique postérieure- a favorisé la prise de conscience et l'organisation de plusieurs des peuples autochtones du Mexique; il a facilité la germination d'une nouvelle conscience dans le pays en ce qui concerne les droits indigènes et l’importance des indiens ; il a stimulé la croissance et la participation de la société civile ; il a provoqué le monde politique pour qu’il recherche de nouvelles réponses ; il a joué un rôle dans les quelques avancées de la réforme de l’Etat ; il a rendu plus évidente la nécessité de transformer les institutions, ainsi que les relations sociales et économiques ; il a démontré les insuffisances sérieuses du système politique mexicain et le long chemin qui reste à faire pour construire une démocratie digne de ce nom; il a exigé une réponse responsable (encore remise à plus tard), aux causes du conflit de la part des pouvoirs de l'Etat ; il a interrogé les églises quant à leur disponibilité historique dans la recherche de la justice ; il a mis sur le tapis international le thème des peuples indiens dans le monde, et la dénonciation du système neolibéral et de ses conséquences”.

Nouveau défi zapatiste: les Comités de Bon Gouvernement (JBG)

Comme Miguel Alvarez du Serapaz (Service et Conseil pour la Paix) le souligne: "après la contre réforme indigène, ce n’est pas un chapitre du processus de paix qui a pris fin mais un livre. La proposition des JBG démontre que la stratégie zapatiste est d’ores et déjà dans la logique de ce deuxième tome". Depuis plus de 6 mois, les bases de soutien de l'EZLN se dédient au renforcement des 35 municipalités autonomes existantes dans leurs territoires par le biais des Comités de bon Gouvernement, une nouvelle étape de caractère régional (voir bulletin du SIPAZ, vol. 8 nº3).

Le fonctionnement des JBG doit relever de multiples défis. Un premier a trait à la pluralité existante dans les territoires qu'ils cherchent à couvrir. Dans beaucoup de zones, une partie de population (majorité ou minorité selon le cas) n’est pas d’accord avec le projet d'autonomie zapatiste. Par exemple, la tension a augmenté en décembre, quand, à Altamirano, plusieurs organisations sociales ont décidé d’organiser une manifestation face à la JBG de la zone. À ce jour, le conflit a diminué grâce à l'intervention du gouvernement de l’état.

Un autre facteur de tension est le thème des services publics (l'eau, la lumière électrique et les travaux publics en particulier). Les zapatistes étant en résistance face aux instances gouvernementales, des frictions se génèrent avec le reste de population qui paye pour ces services. Deux situations particulièrement tendues ces derniers mois se sont produites à Zinacantán (des militants du Parti de la Révolution Démocratique, PRD, ont coupé l'eau aux bases de soutien zapatistes) et à San Juan Cancúc (des membres du PRI ont menacé d’expulser des indigènes qui soutiennent l'EZLN et qui refusent de coopérer pour les services). Pour certains, ce facteur de division est un élément clef de la nouvelle stratégie de contre-insurrection.

Autonomies à l’échelle nationale

Après l'approbation de la réforme constitutionnelle en matière indigène en 2001, autant l'EZLN que le Congrès National Indigène (qui regroupe la plupart des peuples autochtones du Mexique) ont choisi de construire l'autonomie par la voie des faits.

Récemment, un exemple critique au sujet du futur de l'autonomie s'est produit à Morelos quand, en janvier, les habitants de Tlanepantla se sont déclarés municipalité autonome. Le 14 janvier, le gouvernement de l’état a envoyé la police pour que le maire constitutionnel puisse prendre son poste. Le conseil municipal autonome a été expulsé et il s'est produit une confrontation qui a laissé un bilan de un mort et des centaines de déplacés qui ne sont retournés dans la municipalité qu’au mois de mars. Le gouverneur de Morelos a justifié l'intervention en affirmant qu’un "campement de formation de type guérillero" avait été identifié, et qu’il sait "que le groupe d’opposition face au gouvernement municipal était fortement armé”.

Faisant référence à ces faits, le ministre de l’Intérieur, Santiago Creel a affirmé qu’il est nécessaire que les responsabilités soient définies "avec clarté et précision", mais également que "l’on ne va pas admettre qu’aucune personne ne vienne établir de nouvelles formes de gouvernement selon son bon vouloir et pour le bon plaisir d'un certain groupe qui n'est pas d’accord avec l'autorité constitutionnelle". L’Association de soutien aux groupes autochtones de Jalisco a noté que ces déclarations : "ressemblent à une menace et mettent en péril des expériences comme les Comités de bon Gouvernement des zapatistes".

Le représentant du Haut Commissaire pour les droits de l'Homme des Nations Unies au Mexique, Anders Kompass, en référence à ce même cas, a indiqué que si les problèmes post électoraux ne sont pas résolus de manière pacifique, “ils courent le risque de se transformer en situations de violence”, un élément qui apparaît également dans le diagnostic de l'ONU sur la situation des droits de l'Homme au Mexique.

Droits indigènes au Mexique: retards persistants

Ce diagnostic a formellement été présenté le 8 décembre dernier. Le président Fox a accepté les 32 recommandations dérivées de ce dernier et a admis qu'il reste beaucoup à faire pour que le respect des garanties individuelles soit une réalité pleine dans le pays.

En ce qui concerne les droits indigènes, le diagnostic souligne : "Même s'il existe certaines avancées en la matière, de sérieux retards persistent face auxquels la volonté politique dans la recherche de solutions n’a pas été suffisante (...) Actuellement les violations aux droits humains des autochtones se produisent généralement dans un contexte caractérisé par un haut degré de caractère conflictuel, particulièrement dans le milieu rural. Ils ont fondamentalement trait à la problématique agraire et aux luttes de pouvoir politique local et régional. On a à plusieurs reprises informé de l'existence de conflits dans des communautés autochtones où se produisent des actes de violence et l’intervention des autorités publiques conduit fréquemment à d’autres violations des droits de l’Homme. Selon les rapports existants, beaucoup de ces violations restent impunies et provoquent l'aggravation des conflits et la recrudescence de la violence ".

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Certains éléments du diagnostic en matière de droits indigènes

CONFLIT AU CHIAPAS

Suite au soulèvement de l’EZLN en 1994, les droits humains d’indigènes originaires de nombreuses communautés furent violés (droits collectifs et individuels). L’absence de solutions face aux demandes autochtones donne lieu à des relations conflictuelles entre les différentes organisations sociales et politiques de la région. Ceci a conduit à des situations d’extrême violence et à de graves violations des droits de l’Homme, dans lesquelles diverses autorités gouvernementales sont impliquées.

DEPLACES

Suite aux négociations entre les autorités fédérales et la Commission des Déplacés, le retour a pu commencer. Cet effort s’est fait sur le tard, et reste jusqu’à ce jour insuffisant. Parmi les déplacés, l’insécurité et la peur persistent, et mi 2003, le problème restait d’actualité.

MILITARISATION ET PARAMILITARISATION

Une partie de la situation de violence que les communautés autochtones du Chiapas vivent est due aux séquelles des actions de groupes paramilitaires liés aux structures de pouvoir local et de l’état pendant les années 90. Les actions violentes de ces groupes dans le cadre des conflits politiques et sociaux de la région ont eu pour conséquence un bilan de personnes assassinées, blessées et déplacées. Même si durant l’actuelle administration, leur action a diminué, des dénonciations indiquent qu’ils n’ont été ni démantelés ni désarmés.

LOI INDIGENE

La réforme constitutionnelle approuvée a repris certains aspects de la dite Loi COCOPA mais s’est éloignée significativement de celle-ci à plusieurs niveaux, qui ont une importance fondamentale pour les peuples autochtones. En conséquence, le mouvement indigène organisé dans le pays l’a rejeté, et les états de la République dotés de la population autochtone la plus nombreuse ne l’ont pas ratifiée. (...) Les peuples autochtones se sont sentis trahis et exclus.

(Diagnostic complet)

Militarisation persistante

En dépit des manifestations pour que l’armée fédérale se retire des communautés autochtones, comme par exemple à Emiliano Zapata (zone Nord) en janvier, la présence militaire au Chiapas reste la plus élevée du pays, après le District Fédéral, siège du commandement militaire national. Certaines des conséquences de la militarisation sont toujours plus notables et remises en question : alcoolisme, drogue, prostitution et rupture du tissu social en particulier.

Le Centre d’Analyse Politique et d’Investigations Sociales et Economiques (CAPISE), dans sa publication la plus récente “L’occupation militaire au Chiapas: le dilemme du prisonnier” a situé 91 installations militaires permanentes dans la zone de conflit. Il affirme que: “la présence de l’armée signifie la suspension de garanties avec un coût social dont les communautés autochtones font les frais. Celui-ci a été et continue d’être très élevé.” Il dénonce que “les opérations militaires ont été irrégulières, c’est-à-dire, des activités guerrières qui n’ont pas pour objectif d’aboutir à une décision mais qui visent à générer plus d’hostilité et à user l’adversaire, et qui peuvent se réaliser comme des faits isolés et individuels ou comme faisant partie d’un plan de défense établi préalablement, en combinaison ou pas avec des opérations régulières. Par le biais d’un fort impact paramilitaire et du déplacement forcé de milliers d’habitants, ces opérations se sont fondées sur la création de groupes paramilitaires”. Ver www.capise.org.

En ce qui concerne les activités de type paramilitaire, en mars, le Centre des Droits de l’Homme Fray Bartolomé de las Casas (CDHFBLC) a signalé que depuis la fin de l’an dernier, des attaques, menaces et homicides ont été commis dans les municipalités de San Andrés et San Juan de la Libertad (El Bosque). Dans cette région, les activités réalisées par le groupe connu sous le nom de ‘Masque Rouge’ ont été dénoncées et répertoriées. Ce groupe est également accusé d’avoir été le responsable du massacre d’Acteal.

Montes Azules: constant voyant rouge

Le CDHFBLC a informé que le jeudi 22 janvier, 23 maisons de la communauté Nuevo San Rafael se situant dans la réserve de la biosphère de Montes Azules ont été brûlées. Ce fait a eu lieu après l’arrivée d’une dizaine de membres de la Marine, de policiers et de fonctionnaires du Bureau du Procureur Fédéral pour la protection de l’environnement (Profepa), lors d’une opération que le CDHFBLC a qualifiée de “disproportionnée”. Il a dénoncé que la Profepa maintenait la communauté “isolée” et a condamné la “violation du libre transit dans la région de Montes Azules”. De son côté, le Ministère de la Réforme Agraire (SRA) a informé que les familles de Nuevo San Rafael avaient décidé d’abandonner le village “volontairement”. Cependant, il existe plusieurs versions allant dans le sens que la SRA avait divisé la population. Certains ont décidé de retourner à leur lieu d’origine, dans la municipalité de Sabanilla; d’autres ont décidé de rester à Montes Azules.

Suite à ces faits, le village zapatiste à proximité de Nuevo San Isidro qui s’est formé il y a près de deux ans a annoncé: “Nous ne sortirons que morts de ces terres, parce que nous n’allons pas accepter les aumônes du gouvernement”. A ce sujet, le président de l’organisation ‘Bois du Peuple du Sud est’ a averti: “si la pression se maintient et si une expulsion va à avoir lieu, cela conduira à un affrontement, un massacre, parce que ce sera contre l’Armée Zapatiste”.

Début février, cinq organisations non gouvernementales (ONG) ont exigé des gouvernements de la Fédération et de l’état du Chiapas de “mettre fin aux opérations isolées” à Montes Azules, “jusqu’à ce que tous les acteurs en jeu soient consultés en profondeur dans ce processus”. Ils ont assuré que dans le cas de la communauté de San Rafael, le gouvernement “a poussé les habitants à retourner à leur communauté d’origine, El Calvario, d’où ils avaient été déplacés dans le passé par le groupe paramilitaire Paix et Justice”.

Ils ont également pris position face à la signature récente de la convention entre l’Union Européenne (qui concèdera 15 millions d’Euros) et le gouvernement du Chiapas (qui apportera 16 millions d’Euros de plus). Ce projet prétend faire bénéficier à 155 milles habitants de 16 micro-régions de la Jungle Lacandone dans laquelle la biosphère de Montes Azules se trouve: “le cercle des intérêts internationaux (...) se referme, et répartit” la zone entre l’Union Européenne (UE) et les Etats-Unis. En dépit de l’intention déclarée de la part de l’UE de promouvoir la participation directe des communautés et de contribuer au dialogue entre les autochtones et le gouvernement, ce projet prétend être mis en place dans une des zones les plus problématiques du Chiapas.

Réouverture du procès du massacre d’Acteal

Le 22 décembre dernier, dans le cadre du septième anniversaire du massacre d’Acteal (durant laquelle 45 indigènes du groupe ‘la société civile Las Abejas’ ont été assassinés), les dirigeants des principales églises protestantes du pays ont exigé du gouvernement fédéral de réouvrir le procès. Ils affirment que des 74 autochtones actuellement prisonniers (plusieurs d’entre eux étant protestants), la majorité sont innocents et qu’ils ont présenté les éléments nécessaires pour le prouver.

En février, ‘Las Abejas’ ont lancé une “Campagne contre l’impunité”: ils considèrent que le gouvernement fédéral “prépare le chemin pour libérer les coupables du massacre”. Ils ont exprimé qu’ils ne sont pas d’accord pour réouvrir le procès et ont dénoncé qu’il s’agit d’une “stratégie conçue pour couvrir les auteurs intellectuels du génocide réalisé à Acteal”. Ils ont souligné que le conflit de Chenalhó n’est pas d’ordre religieux et ils ont mentionné qu’ils avaient vu avec préoccupation et comme un antécédent la libération en janvier de sept présumés paramilitaires du groupe Paix et Justice (zone Nord de l’état).

En mars, le groupe qui étudiera à nouveau le cas d’Acteal a commencé à travailler. Des représentants du Ministère de l’Intérieur, du bureau du procureur général de la République (PGR), de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) et de la communauté protestante y prennent part. Abner López Pérez, pasteur protestant et directeur de la Société Biblique du Mexique a lancé “un appel fraternel” au groupe ‘Las Abejas’ pour qu’ils participent à ce groupe et pour “rechercher l’éclaircissement total des faits”. Adoniram Gaxiola, également pasteur protestant, a exigé “que les véritables auteurs intellectuels et matériels reçoivent un châtiment juste, (...) et qu’il ne sera fait justice aux morts d’Acteal que lorsque les véritables coupables seront identifiés”.
L’évêque de San Cristóbal, Felipe Arizmendi, a affirmé que “si ceux qui sont en prison sont innocents, ce qui reste encore à prouver, il faudra alors trouver les véritables coupables. Espérons que le cas sera traité avec une délicatesse extrême sinon cela pourrait générer un manque de confiance total dans le pouvoir judiciaire, particulièrement si les prisonniers actuels étaient libérés”.

Electricité, nouveau facteur de tension

En décembre, le gouverneur du Chiapas, Pablo Salazar a annoncé que plus de 500 habitants du Chiapas qui faisaient face à divers types de processus pénal suite à des conflits avec la Commission Fédérale d’Electricité (CFE), conséquences de la résistance à payer la lumière et pour demander un tarif juste, seraient libérés de prison ou de poursuites pénales par le biais du retrait des accusations de la part des autorités fédérales.

D’un autre côté, depuis le début de l’année, la CFE a lancé le programme ‘Tarif: Vie meilleure’, dont l’objectif est de mettre fin à la résistance au paiement de la lumière et de régulariser la situation. Cependant, les conflits entre la CFE et des centaines de communautés de l’état, loin de diminuer se sont multipliés.

En février, le Front de Résistance Juridique et Civile du Chiapas (Frejuch) a annoncé qu’il existe déjà plus de 3.000 appels, 2.500 demandes auprès de la Bureau Fédéral pour la Défense du Consommateur (Profeco) et pour le moins 7.000 plaintes présentées auprès de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH).

Le 12 mars, le directeur de CFE a affirmé qu’ils ont d’ores et déjà “obtenu 98.000 des 300.000 accords” qu’elle cherche à signer et que “la population qui se maintenait en résistance pour ne pas payer ses dettes à la CFE, contribue désormais avec enthousiasme pour résoudre ce problème”. Les groupes de résistance aux politiques de la CFE assurent en revanche que pour le moins 78 municipalités rejettent les tarifs que la CFE et les autorités locales cherchent à imposer. Dans plusieurs municipalités de la zone des Hauts-Plateaux et du Nord, certains processus administratifs sont mis sous condition (inscriptions scolaires ou papiers pour le service militaire par exemple) et fonction de la régularisation des paiements à la CFE. A Cancúc, le programme a servi de prétexte pour menacer d’expulsion les bases de soutien zapatistes. Le député fédéral, Emilio Zebadúa, ex secrétaire du Gouvernement de Pablo Salazar, a reconnu que le “Tarif ‘Vie meilleure’ n’a pas résolu les problèmes auxquels il prétendait trouver solution quand il a été présenté.

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:: DOSSIER

Les Accords de San Andrés parlent Bats’i K’op (1)

(1) Bats’i k’op signifie littéralement “mot véritable”, les indigènes nomment ainsi leur langue.

Chaval chana’lek, a’ no’ox akiloj abolil
chava’i lek, mu xa na’ me pak’chikinot
lekil antzot, batz’i yan apukujil,
chavavta lekilal, a’ no’ox chailbaijinvan skoj apukulij
¡ Ay chulti’ me’el!
Tu dis que tu sais mais tu portes des sacs d’ignorance,
tu écoutes mais tu es sourde,
tu es bonne mais ton bouclier est la méchanceté,
tu cries liberté mais avec ton ambition tu rends esclave.
¡ Ah, Madame Chulti’!
Chulti’: mensonge en tzotzil
Ruperta Bautista. DICES

La route des Accords de San Andrés

© Foto CDHFBC

© Foto CDHFBC

Les Dialogues de San Andrés Sacamch’en des Pauvres, qui ont commencé entre l’EZLN et le gouvernement fédéral en 1995, cherchaient à résoudre les causes structurelles, sociales, politiques et culturelles à l’origine du soulèvement armé zapatiste de 1994 et qui se fondent sur les relations inégales existant entre les peuples indigènes, le reste de la société et l’Etat mexicain.

La création de cet espace public de dialogue a représenté un effort pour établir un nouveau pacte social pour le projet de nation mexicaine, fondé sur la reconnaissance des droits individuels et des droits collectifs des peuples indigènes dans tous les domaines:

  • Politique: gouvernements autonomes et formes propres d’élection;
  • Juridique: exercer leurs propres systèmes normatifs internes, façons d’établir la justice et prendre leurs propres décisions quant aux conflits internes;
  • Social: décider leurs formes d’organisation sociale;
  • Économique: jouir de leurs ressources naturelles, décision quant à leurs besoins et aux manières de les couvrir;
  • Culturel: préserver leur culture.

Pour mener à bien ce processus, six tables de dialogue furent mises en place:

  1. Droits et Culture Indigènes;
  2. Démocratie et Justice;
  3. Bien être et Développement;
  4. Conciliation au Chiapas;
  5. Droits de la Femme y
  6. Fin des Hostilités.

Le 16 février 1996, les parties parvinrent à un accord quant à la table 1 portant sur les Droits et la Culture Indigène. Les textes qui regroupent les points de consensus sont les dits “Accords de San Andrés” (ASA).

Ces ASA comprennent trois grandes parties:

  1. Déclaration conjointe: un document politique qui définit un nouveau projet de pays fondé sur les principes suivants:
    • la libre détermination et l’autonomie: le droit de décision des peuples autochtones doit être respecté;
    • la participation: les peuples autochtones sont les sujets actifs de l’élaboration, la planification et l’exécution des projets pour lesquels ils optent;
    • le pluralisme: respect de la diversité des peuples;
    • l’intégralité: le gouvernement doit essayer de résoudre les problèmes de manière complète, pas une seule partie;
    • la vision à long terme: les projets et les programmes ne doivent pas nuire à l’environnement ni aux ressources naturelles des peuples autochtones.
  2. Projet de lois conjointes: un document légal qui établit les modifications qui devront être réalisées dans les textes de lois pour que le nouveau projet de nation puisse exister, y compris une réforme constitutionnelle.
  3. Engagements du Chiapas: un document local qui établit les actions que cet état devra réaliser afin d’assurer la mise en place des Accords.

Le 3 septembre 1996, l’EZLN décide de se retirer des tables de négociation et dénonce le manque de volonté politique de la part du gouvernement fédéral à l’heure de continuer le dialogue dans la table 2 ainsi que la stratégie de guerre qu’il maintient de manière parallèle au processus de paix.

La Commission pour la Concorde et la Pacification (COCOPA), formée par des législateurs des différents partis politiques et chargée d’aider dans le processus de dialogue depuis mars 1995, a alors rédigé et présenté aux deux parties un projet de réforme constitutionnelle qui reprenait les principaux consensus des ASA. Ce projet de loi est souvent appelé “Loi COCOPA” et cherchait à permettre la reprise du processus de négociation. L’idée était que les parties accepteraient l’initiative dans son intégralité, sans aucune observation ou correction, ou la rejetteraient. En décembre 1996, l’EZLN a accepté ce texte; le gouvernement en revanche a présenté des modifications qui changeaient de manière substantielle le projet de loi de la COCOPA.

A partir de ce moment, les ASA se sont convertis en symbole de lutte du mouvement indigène national et d’amples secteurs de la société civile nationale ont assumé ce texte comme légitime du fait de son contenu (récupération des résultats du Forum National Indigène réalisé en janvier 1996 et qui permit la formation du Congrès National Indigène, CNI) mais aussi à cause de la pluralité dans laquelle ils trouvent leur origine. Il faut en effet rappeler l’ample représentation et participation de la société mexicaine lors des dialogues de San Andrés.

En l’an 2000, les élections présidentielles donnèrent la victoire au leader du Parti d’Action Nationale, Vicente Fox, qui exprima sa disposition à reprendre le dialogue de paix. Après plus de 70 ans de gouvernements fédéraux contrôlés par le Parti de la Révolution Institutionnelle (PRI), un espoir de changement semblait à l’ordre du jour.

L’EZLN a établi trois conditions pour accepter de reprendre les négociations: le retrait de sept positions militaires, la libération des prisonniers politiques zapatistes et la mise en place des ASA par le biais de l’approbation de la Loi COCOPA. Ce dernier aspect a remis à l’ordre du jour le thème des ASA en 2001: leur mise en place est une porte ouverte pour continuer à avancer dans la construction d’une paix avec justice et dignité.

Pour expliquer l’importance des ASA, l’EZLN organisa la Marche de la Couleur de la Terre ou Marche pour la Dignité Indigène parcourant différents états de la République mexicaine et se présentant le 11 mars 2001 auprès du Congrès de l’Union, où les commandants zapatistes purent expliquer aux législateurs les raisons pour lesquelles l’approbation de la Loi COCOPA était importante.

Finalement, au mois d’avril une réforme constitutionnelle portant sur les Droits et la Culture Indigène qui s’éloigne des droits collectifs des peuples indigènes repris par la loi COCOPA a été approuvée: elle ne reconnaît pas l’autonomie des peuples à l’échelle fédérale mais renvoie sa définition aux législations des états; elle ne reconnaît pas le droit collectif au territoire, ni sur l’utilisation et la jouissance des ressources naturelles. En bref, elle ne reconnaît pas certains droits collectifs fondamentaux déjà reconnus par l’Etat Mexicain vu que celui-ci a signé la Convention n° 169 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) sur les droits des peuples indigènes et des tribus dans les pays indépendants (en vigueur au Mexique depuis 1991).

La réforme a été rejetée par l’EZLN, le CNI, de nombreux intellectuels, et une grande partie de la société civile nationale et internationale. D’un côté, 324 controverses constitutionnelles ont été présentées auprès de la Suprême Cour de Justice de la Nation, qui s’est déclarée incompétente pour juger cet acte du pouvoir législatif. D’un autre côté, l’EZLN et le CNI ont déclaré les ASA loi en vigueur dans leurs territoires, et ont décidé de continuer à construire leurs projets d’autonomie dans un acte de désobéissance civile face à cette réforme constitutionnelle qualifiée de “trahison aux peuples autochtones”.

Les Accords de San Andrés revivent en langue indigène

© Foto CDHFBCHuit ans après la signature des ASA, ce document d’ores et déjà historique, ressurgit avec une voix indigène, suite au travail collectif et interculturel réalisé par le Centre Etatique des Langues, de l’Art et de la Littérature Indigène (CELALI) du Chiapas.

Ce centre a été créé en 1997 par le biais de la mise en place des “Engagements pour le Chiapas” établis dans les ASA, et plus concrètement des actions et mesures dans les domaines de l’éducation et la culture. Le CELALI lance et promeut le développement des langues indigènes du Chiapas depuis la reconnaissance de l’autonomie culturelle des peuples indigènes.

En réponse à cet objectif et grâce à l’effort conjoint d’une équipe de conseillers, traducteurs et chercheurs sociaux naît l’édition bilingue des ASA dans les 10 langues indigènes existant dans le territoire du Chiapas: zoque, tzotzil, tzeltal, tojolabal, ch’ol, lacandón, jacalteco, q’anjob’al, chuj et mam (ces quatre dernières langues guatémaltèques existant au Chiapas suite à la présence de réfugiés du Guatemala dans ce territoire).

Comme l’historien et l’anthropologue Andrés Aubry le signale, ces livres se sont convertis en un matériel de travail pour les communautés indigènes. Les traducteurs ont tenu pendant un an des ateliers sur le contexte dans lequel les ASA ont été réalisés. Durant cette étape, les conseillers ont joué un rôle fondamental. Parmi ceux-ci, se trouvent certains ex membres de la CONAI (Commission Nationale pour la Médiation, l’instance qui a servi de médiation entre les parties durant les Dialogues de Paix).

Durant une seconde étape, les traducteurs se sont rendus dans diverses communautés pour partager leurs visions avec les personnes parlant ces langues. Plus tard, des Comités Populaires de Lecture ont été organisés, et finalement, deux réunions plénières ont été réalisées à San Cristóbal avec des délégués de différentes communautés.

Un défi majeur fut la création en langues indigènes de nouveaux mots pour pouvoir nommer les relations politiques et juridiques, des mots qui n’existaient pas jusqu’à présent du fait de la stagnation que la colonisation a provoquée dans le développement de celles-ci. Ainsi, de manière collective des concepts comme autonomie, droit à la différence, pluriculturalisme, instances de débat national, libre détermination, nouveau pacte social, peuples indigènes, reconnaissance, réforme de l’Etat, systèmes normatifs internes, vision à long terme, ressources naturelles, territoire ou us et coutumes. Ces mots ont été les plus polémiques dans les communautés et ceux qui créèrent le plus de difficultés pour être traduits. De ce fait, un“Glossaire” apparaît dans cette édition bilingue, avec une explication plus ample du sens de certains mots et un renvoi aux numéros des paragraphes correspondant dans le texte des accords de San Andrés où ces concepts apparaissent.

Cette expérience nous montre comment le langage politique et juridique qui forme partie du mouvement indigène actuel reste «colonisé» dans son discours par des concepts qui viennent de l’espagnol, et qui sont de ce fait des constructions conceptuelles éloignées des cosmovisions indigènes. Par exemple, Xuno López, membre du CELALI, raconte comment la première version de la traduction fut rejetée parce qu’elle maintenait la forme traditionnelle de nommer le ‘gouvernement’ comme ‘dieu ou maître’, ajvalil en langue indigène.

C’est pour cela que Samuel Ruiz, évêque émérite de San Cristóbal de Las Casas, considère ces traductions comme un “travail de libération des langues autochtones, de mots qui déterminent un certain type de relation”.

Cette réactualisation des langues indigènes n’est pas vu de manière positive par tout le monde. Certains se demandent pourquoi changer des mots en espagnol qui font d’ores et déjà partie du quotidien des peuples autochtones, et s’interrogent sur le risque de provoquer des langues «standards» suite à ces travaux de traduction. Pour d’autres, ce travail est une voie de plus, un cadeau pour l’humanité et une valeur ajoutée pour les communautés dans la mesure où ils peuvent participer dans la création de nouveaux mots.

Un autre doute était lié au fait qu’il est difficile d’avoir un impact réel par le biais de ce travail dans un état comme le Chiapas, caractérisé par ses hauts niveaux d’analphabétisme. Quant à ce facteur, Andrés Aubry mentionne comment dans les travaux de traduction réalisés dans les communautés, des personnes analphabètes voulaient participer elles aussi en argumentant “Je ne sais ni lire, ni écrire mais je sais penser”.

A présent, un nouveau processus a commencé: rendre ce texte aux communautés indigènes, recevoir leurs commentaires et vérifier si les traductions sont correctes et ont permis d’atteindre leur objectif.

Marcos Girón, membre de l’équipe de coordination, nous commentait qu’à l’heure de présenter le document terminé à une organisation paysanne, les membres de celle-ci se surprirent parce que les Accords “disaient de bonnes choses”. Jusqu’alors, ils avaient pensé que les ASA étaient seulement des “fainéants” qui ont pris les armes (faisant référence aux zapatistes).

Cette anecdote nous montre combien de collectifs et personnes méconnaissent le contenu des ASA, ce qui fait qu’à certains moments ils les voient seulement comme un texte des indigènes ou des zapatistes, au lieu de les concevoir comme un patrimoine de tous et de toutes et pour tou(te)s les mexicain(e)s.

Les Accords de San Andrés: une ouverture vers l’échange entre cultures

La traduction des ASA permet de les faire revivre : “ils ne sont pas une simple ‘éphéméride’ mais un programme vivant” et ils font partir de la stratégie des peuples indigènes pour poursuivre leur ‘reconstruction de l’autonomie’ par la voie des faits (Magdalena Gómez, La Jornada, 17 février 2003).

La signification des ASA et à présent leur traduction en langues indigènes du Chiapas convertissent ce processus en un pas de plus vers la construction d’une paix qui représente la fin de l’oppression à laquelle les peuples indigènes du Mexique ont été soumis pendant des siècles.

L’appropriation des langues indigènes d’un texte politique de l’importance des ASA est beaucoup plus qu’un simple apport linguistique: elle représente l’émancipation des langues indigènes dans le domaine politique et plus encore, le début d’un véritable échange interculturel, dans lequel le contact entre les différentes cultures se fonde sur le dialogue et la reconnaissance mutuelle, où l’égalité, la participation, la vie en commun, l’autonomie et la réciprocité prédominent.

Lors de la présentation de cette édition bilingue des ASA à San Cristóbal de Las Casas, le 16 février 2004, Andrés Aubry a affirmé que c’était un jour de fête pour ce nouveau pays qui commence à prendre forme dans ces textes: “Nous sommes en train de construire la paix. Sans la mise en place des ASA il n’y a pas de paix possible. Ce texte est de tous, il n’est ni de l’EZLN ni du gouvernement. Qu’ils puissent se réaliser dépend de l’ensemble du pays. On ne peut pas dissocier les ASA du processus de paix”.

Cette expérience nous montre que les échanges interculturels peuvent être une ouverture vers une paix avec justice et dignité, en partant de la reconnaissance de l’autre. Cette lutte pour la dignité des cultures indigènes compte désormais avec une “arme qui ne tire pas des balles, mais des mots et des pensées” (Andrés Aubry).

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:: ARTICLE

QUATRIÈME RENCONTRE D’EXPÉRIENCES POUR LA PAIX ET LA RÉCONCILIATION:

“unis pour construire une maison dans laquelle nous ayons tous notre place”.

“Prenons-nous par la main et travaillons ensemble dans une même lutte. Préparons-nous et ayons plus d’expériences qui nous aident à construire un meilleur à venir pour nos enfants. Recherchons la paix (...) cela prendra du temps, aussi ne nous lâchons pas les mains”
(Un participant à la fin de la Rencontre)

Les 30, 31 janvier et 1er février 2004, le Réseau pour la Paix du Chiapas (dont le SIPAIX fait partie) a convoqué à la Quatrième Rencontre d’Expériences pour la Paix et la Réconciliation. Environ 120 personnes de 30 municipalités du Chiapas y ont participé. L’objectif était de promouvoir un espace pour “dialoguer et réfléchir sur la situation de guerre que nous vivons, ce qui affecte nos vies et nos organisations, ainsi que sur notre travail dans la recherche de la paix”.

“Une guerre qui peut paraître invisible”...

Pour analyser le contexte actuel, la Rencontre a commencé par un panel dans lequel des personnes de différentes organisations et régions ont participé.

L’une d’entre elles exprimait: “Il y a une guerre qui peut paraître invisible, mais que nous savons là. Nous la voyons dans les programmes du gouvernement, ses plans pour que les peuples indiens perdent leur force et prennent peur. La guerre veut dominer la raison des peuples autochtones et les mots de nos frères. D’un autre côté, il y a la résistance aux plans du gouvernement et à la politique néoliberale. (...) Le gouvernement n’a pas respecté les Accords de San Andrés parce qu’il ne veut pas reconnaître nos droits. Cela ne lui convient pas parce qu’il a en tête l’idée de nous voler nos ressources. Il est important de savoir qu’avec ou sans la loi, nous pouvons nous organiser, nous sentir fiers de notre identité indigène et paysanne, créer une bonne conscience et reconnaître nos droits”.

Après cette présentation, un travail en groupes permit d’aller plus loin dans la réflexion. La synthèse souligne que la guerre a plusieurs facettes:

  1. Sociale: On observe une rupture du tissu social, des divisions dans les familles, les communautés, les organisations, l’individualisme. On observe aussi le mensonge, la tromperie, l’alcoolisme, la drogue, la prostitution, les séquestrations. Nous nous voyons différents, nous ne nous croyons pas entre nous. Avant dans notre culture, la parole donnée était parole tenue. Aujourd’hui, elle ne vaut plus rien. On observe le manque de confiance et la rancœur, des sentiments négatifs de tristesse et de peur, qui, quand ils ne sont pas contrôlés, provoquent plus de violence.
  2. Economique: Bas prix des produits des paysans et prix élevés des produits des grandes entreprises. Chômage, marginalisation, pauvreté et migration. La terre ne produit plus à cause des produits chimiques.
  3. Militaire: l’armée, les paramilitaires, les survols, les barrages, le trafic d’armes, la production et vente de drogue, les expulsions, les intimidations, les déplacés, la persécution et les assassinats de dirigeants.
  4. Culturel: Intérêts personnels des dirigeants qui perdent les racines de notre culture. Désorganisation des communautés. Manque de confiance en nous-mêmes. La vente de notre mère, la terre. Ceux qui émigrent à leur retour ne veulent pas se réintégrer dans la communauté.
  5. Légal: Réforme de l’article 27. Nos droits ne sont pas reconnus par la Constitution et nos dirigeants n’ont pas été écoutés par le Congrès fédéral.
  6. Ecologique: Pollution de l’environnement. (Base: Bulletin final de la Rencontre)

1994-2004, Processus de guerre, processus de paix: récupérer les avancées et les apprentissages

Après nous être remémoré les évènements les plus importants, nous avons travaillé en groupe pour rappeler ce que la société civile a fait au cours de ces 10 ans de conflit. Une synthèse des apports civils à la paix a été présentée:

> INITIATIVES SOCIALES Y POLITIQUES

  • Formation en matière d’analyse et de réponses face au contexte, en vue d’une politique constructive et légitime (Rencontres, forums, réunions et ateliers).
  • Création de plus de conscience sociale quant à: (1) la stratégie de guerre de la part du gouvernement, (2) l’achat des dirigeants de la part du gouvernement, (3) la lutte pour la justice, l’amour et la libération, (4) les droits des peuples autochtones et des femmes, (5) que les conflits ne sont pas religieux mais ont une autre origine (6) l’importance de la tolérance dans les situations de conflit.
  • Nous recherchons la voie du dialogue dans la résolution des conflits: (1) Formation de promoteurs pour les droits de l’Homme et la réconciliation, (2) Certaines situations de conflit ont été résolues, (3) ouverture d’espaces pour parler sur l’unité et la paix, (4) nous avons cherché à nous retrouver en frères en dépit des conflits et (5) nous avons formulé certaines règles pour résoudre les problèmes dans nos communautés.
  • Plus grande participation des femmes dans certains espaces. Il y a plus de conscience quant à leurs droits.
  • Plus grande diffusion de l’information, des contacts et dénonciations à l’échelle nationale et internationale sur la situation de guerre et contre la discrimination.
  • Construction d’un nouveau projet politique qui ne vient pas d’en haut mais qui se construit depuis la base, en maintenant l’espoir que la transformation est possible et en renforçant la vie des communautés.
  • Participation dans: les Ceinturons de sécurité; dialogues de San Andrés; consultations (comme celles de 1995 et de 1999); marches; réunions, sit-in, barrages et autres mobilisations; plusieurs pèlerinages; la Convention Nationale Démocratique; le Congrès National Indigène.
  • Soutien des observateurs civils pour la paix.
  • Prise de présidences municipales et formation de Conseils Municipaux.
  • Observation électorale.
  • Résistance face à la répression gouvernementale, aux violations des droits de l’Homme et aux expulsions.
  • Formation de Municipalités Autonomes, construction et exigence de l’autonomie.

> INITIATIVES ÉCONOMIQUES

  • Résistance aux: Accords de Libre Echange), PPP (Plan Puebla-Panama), paiement de la lumière, barrages, projets du gouvernement, OGM et autres.
  • Propositions alternatives comme: (1) Production et magasins de produits écologiques, (2) coopératives, travaux et organisation collectifs, (3) échange de produits entre communautés, (4) organisation pour l’éducation, la santé, la commercialisation des produits.

> INITIATIVES FACE A LA MILITARISATION

  • Lutte et résistance face à des situations difficiles: pression et harcèlement militaire et ses conséquences (alcoolisme, prostitution, drogue, harcèlement sexuel contre les femmes, division, répression, déplacements).
  • Empêcher l’entrée des militaires et lutter pour le retrait de l’armée.

> INITIATIVES CULTURELLES

  • Récupération de nos us et coutumes.
  • Education selon nos valeurs.
  • Résolution de certains conflits communautaires suivant nos coutumes autochtones.

> INITIATIVES LEGALES

  • Règlements ou lois internes pour résoudre les problèmes dans les communautés.
  • Défense de notre territoire contre les réformes de l’article 27 de la Constitution.
  • Lutte pour la reconnaissance des droits indigènes auprès du Congrès.

“La paix est comme une graine: il faut être patient et la protéger pour la voir grandir...”

Nous avons à nouveau travailler en groupes pour analyser les positions des différents acteurs au Chiapas en cherchant à identifier ce qu’ils cherchent, ce qu’ils font, ce qu’ils favorisent et ce qu’ils affectent à cause de ce qu’ils font ou ne font pas.

Le bulletin final synthétise: “Tous les acteurs disent qu’ils veulent la paix, Mais chacun la recherche de manière différente. Nous devons essayer de nous mettre dans les chaussures des autres pour comprendre comment ils pensent et pourquoi ils font ce qu’ils font. Ça n’est pas pour dire s’ils ont raison ou pas, c’est pour mieux les comprendre, ce qui nous aide à être plus clairs pour définir nos actions. Le gouvernement, par exemple, pense que comme il n’y a plus de guerre, le problème est résolu et que les projets aident à construire la paix. Nous vivons dans un monde où il y a plusieurs groupes. Mais par exemple nous ne pouvons pas parler de l’église comme s’il s’agissait d’un unique groupe, il y a différentes églises et chacune est formée d’autres groupes. (...) Il ne s’agit pas dire aux autres acteurs ce qu’ils doivent faire.. Chacun a son idée. Il nous faut voir ce qu’il nous faut faire”.

Après ce travail, nous avons travaillé sur la question: Et nous, ¿que comprenons-nous par paix? Certaines idées ont été:

  • “Vivre sans peur, être heureux. C’est la vie qui nous conduit au respect”.
  • “C’est travailler avec un seul cœur”.
  • “Pour le bénéfice de tous. Sans militaires. Sans domination”.
  • “C’est vivre une vie digne: toit, travail, santé, éducation. C’est avoir une terre à travailler et que tous aient à manger. Que personne ne souffre”.
  • “C’est vivre en harmonie avec soi, avec mes frères et avec la nature. C’est quelque chose de profond, c’est éliminer l’amertume, dépasser la haine, la rancœur”.
  • “Ce n’est pas uniquement l’absence de conflits. C’est la réconciliation de la communauté. C’est établir des accords pour vivre en paix. Et respecter les droits de tous, en respectant la libre expression”.

Dans un des bulletins de presse, certains éléments pour le futur apparaissent: “Comme peuples nous travaillons pour la construction de la paix, l’amour, la justice, nous recherchons la réconciliation et le dialogue, la défense de notre territoire, la libération de nos peuples pour ne plus vivre dans l’oppression, en renforçant notre projet de vie. (...) Nous n’attendons plus rien de la part du gouvernement pour améliorer notre situation, le changement nous devons le construire nous-mêmes depuis la base, depuis nous-mêmes”, ce qui impliquera beaucoup de patience, et d’attention pour les graines de paix et d’unité...

(http://www.laneta.apc.org/coreco/Boletfinal.htm)

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:: ACTIVITES DU SIPAZ

Décembre 2003 - Mars 2004

ACCOMPAGNEMENT

Au cours des derniers mois, l’équipe de marionnettistes “Diversité” a présenté un spectacle sur la valeur de la diversité et de la réconciliation lors d’une Assemblée de femmes artisanes de la zone des Hauts-Plateaux et dans différents quartiers de San Cristóbal de Las Casas. Nous avons élaboré une nouvelle oeuvre portant sur le thème de l’eau et de l’environnement, qui complète les quatre autres existantes portant sur les divisions, la réconciliation, les droits de la femme et les droits de l’enfant. Nous avons étrenné ce nouveau thème lors de la troisième Rencontre du Chiapas face au Néolibéralisme qui a eu lieu à Huitiupán du 19 au 21 mars.

En janvier, nous nous sommes rendus à deux reprises à Emiliano Zapata, une communauté de la zone Nord. Nous étions là comme observateurs des manifestations réalisées par la majorité de la population pour exiger le retrait de la base militaire installée dans ce village.

A la fin mars, nous avons visité la zone Nord (municipalités de Tila, Sabanilla et Yajalón) pour rencontrer les différents acteurs de la région et préparer une prochaine tournée de marionnettes.

DIALOGUE INTERRELIGIEUX

Dans le cadre du projet d’Echange et de Formation des dirigeants religieux de Chenalhó avec les Commissions de Paix du Nicaragua, nous avons réalisé trois ateliers portant sur la négociation et la médiation avec les acteurs religieux de la municipalité de Chenalhó. Nous nous sommes également réunis avec les acteurs religieux de cette municipalité et de San Cristóbal de Las Casas qui participent à ce même processus.

En décembre, nous avons reçu la visite du secrétaire exécutif de la Commission Episcopale France-Amérique Latine (CEFAL) dans le cadre de sa visite au Chiapas.

En janvier, nous avons assisté à la conférence de presse réalisée par l’ex évêque de San Cristóbal de Las Casas, Samuel Ruiz lors de la présentation de sa lettre pastorale “Une nouvelle heure de grâce”.

Nous avons pris part à deux activités promues pare le Conseil Interreligieux du Chiapas: (CICH): chorales de différentes églises (décembre), et prière œcuménique (dans le cadre de la semaine pour l’unité des chrétiens).

EDUCATION POUR LA PAIX

Avec les autres membres du Réseau pour la Paix du Chiapas, nous avons participé à l’organisation et la réalisation de la 4º Rencontre pour la Paix et la Réconciliation, à San Cristóbal de Las Casas fin janvier. 120 personnes de 30 municipalités de l’état y ont pris part (voir http://www.laneta.apc.org/coreco/Boletfinal.htm).

Début mars, nous avons participé à l’“Atelier pour construire une référence de paix nationale, dans la ville de Mexico.
En mars, nous avons réalisé un atelier sur le thème des “Divisions communautaires et plans néo-libéraux" en coordination avec la CORECO (Commission pour la Réconciliation Communautaire), dans la cadre de la troisième Rencontre du Chiapas fac au Néolibéralisme de Huitiupán.

CONTACTS ET INFORMATION

Nous avons reçu des visites, délégations, étudiants et journalistes pour leur présenter le contexte du Chiapas et le travail du SIPAZ, principalement des USA, Allemagne, Belgique et Norvège.

En décembre, nos avons eu une interview avec l’ambassadeur d’Allemagne au Mexique, Dr. Eberhard Kölsch.
En décembre, nous avons assisté à la présentation du Rapport annuel du gouvernement du Chiapas, présenté par le gouverneur de cet état, Pablo Salazar Mendiguchía.

Nous avons interviewé différents acteurs au Chiapas et à Mexico: communautés autochtones, mouvements sociaux, ONGs et membres du gouvernement. Nous sommes allés à Mexico en trois occasions. En décembre et février, nous nous sommes rendus à Oventik pour interviewer le Comité de Bon Gouvernement.

Nous avons présenté des éléments de réflexion sur les 10 ans de conflit armé au Chiapas lors de réunions de la Coordination Diocésaine des Femmes (CODIMUJ) et du Mouvement Indépendant des Femmes (MIM) en février.

INTERNATIONAL

Un membre de l’équipe a donné une série de présentations en Espagne dans l’Université de Deusto de Bilbao (Pays Basque), l’Université de Lleida (Catalogne) et dans l’Université de Valencia (Communauté Autonome de Valence) en décembre.

En mars, nous avons participé à la consultation nationale sur le rôle de la société civile dans le cadre de conflits armés, une consultation globale qui culminera avec une conférence internationale qui doit se réaliser au siège des Nations Unies en 2004. Nous nous sommes réunis avec les responsables de ce processus aux Etats-Unis et au Canada.

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