:: ANALYSE
CHIAPAS: Temps de bilan et nouveaux défis
A 10 ANS DU SOULÈVEMENT ARMÉ...
A dix ans du soulèvement armé zapatiste
du 1er. janvier 1994 au Chiapas, le moment se prête
aux premiers bilans. Au Mexique, au delà des affiliations
politiques, partisanes ou non, il y a un avant et un après
1994.
La revue “Proceso” a consacré un numéro
spécial en janvier sur ce thème: “1994-2004:
La grande illusion... La grande frustration”. Dans
cette publication, le sociologue, Bernard Duterme, résume
une bonne partie des lectures existantes quant aux zapatistes: “Ni
euphorique ni définitif, le panorama est nuancé.
D’un côté, (...) catalyseurs de la démocratisation
du Chiapas et du Mexique, artisans de la chute du parti politique
qui monopolisait le pouvoir depuis les années 20 [le
Parti Révolutionnaire Institutionnel, PRI], moteurs
de la constitution d’un mouvement autochtone national
et possiblement latino-américain, affirmatif, massif
et démocratique, pionniers d’une nouvelle internationale
plurielle, appelé aujourd’hui “altermondialiste”.
(...) D’un autre côté, (...) les résultats
d’une décennie de conflits plus ou moins ouverts
et de négociations entre les rebelles et gouvernement
réjouissent seulement les détracteurs de l’EZLN.
Son ancrage social au Chiapas miné et mal en point,
semble pour le moins menacé. Son insertion dans le
scénario politique mexicain, régulièrement
remise à plus tard, a fini ajourné. Son articulation
intergalactique avec les convergences altermondialistes,
hier ambivalente, aujourd'hui évanescente, n'a pas
tenu sa promesse ".
Lors
de la présentation de sa lettre pastorale intitulée “Une
nouvelle heure de grâce”,
Samuel Ruiz García, évêque émérite
de San Cristóbal de las Casas, soulignait quant à lui: “même
si les causes du conflit n’ont pas été résolues,
l'effort réalisé pour construire la paix avec
justice et dignité est un patrimoine commun de toute
la nation (les acteurs qui y ont pris part ont été multiples
et divers) et a apporté des avancées, des résultats
et une nouvelle prise de conscience. Sans être le seul
facteur à prendre en compte, le soulèvement
de l’EZLN -et son évolution politique postérieure-
a favorisé la prise de conscience et l'organisation
de plusieurs des peuples autochtones du Mexique; il a facilité la
germination d'une nouvelle conscience dans le pays en ce
qui concerne les droits indigènes et l’importance
des indiens ; il a stimulé la croissance et la participation
de la société civile ; il a provoqué le
monde politique pour qu’il recherche de nouvelles réponses
; il a joué un rôle dans les quelques avancées
de la réforme de l’Etat ; il a rendu plus évidente
la nécessité de transformer les institutions,
ainsi que les relations sociales et économiques ;
il a démontré les insuffisances sérieuses
du système politique mexicain et le long chemin qui
reste à faire pour construire une démocratie
digne de ce nom; il a exigé une réponse responsable
(encore remise à plus tard), aux causes du conflit
de la part des pouvoirs de l'Etat ; il a interrogé les églises
quant à leur disponibilité historique dans
la recherche de la justice ; il a mis sur le tapis international
le thème des peuples indiens dans le monde, et la
dénonciation du système neolibéral et
de ses conséquences”.
Nouveau défi
zapatiste: les Comités de Bon Gouvernement (JBG)
Comme Miguel Alvarez
du Serapaz (Service et Conseil pour la Paix) le souligne: "après
la contre réforme indigène, ce n’est
pas un chapitre du processus de paix qui a pris fin mais
un livre. La proposition des JBG démontre que la stratégie
zapatiste est d’ores et déjà dans la
logique de ce deuxième tome". Depuis plus de
6 mois, les bases de soutien de l'EZLN se dédient
au renforcement des 35 municipalités autonomes existantes
dans leurs territoires par le biais des Comités de
bon Gouvernement, une nouvelle étape de caractère
régional (voir bulletin
du SIPAZ, vol. 8 nº3).
Le fonctionnement des JBG doit relever de multiples défis.
Un premier a trait à la pluralité existante
dans les territoires qu'ils cherchent à couvrir. Dans
beaucoup de zones, une partie de population (majorité ou
minorité selon le cas) n’est pas d’accord
avec le projet d'autonomie zapatiste. Par exemple, la tension
a augmenté en décembre, quand, à Altamirano,
plusieurs organisations sociales ont décidé d’organiser
une manifestation face à la JBG de la zone. À ce
jour, le conflit a diminué grâce à l'intervention
du gouvernement de l’état.
Un autre facteur de tension est le thème des services
publics (l'eau, la lumière électrique et les
travaux publics en particulier). Les zapatistes étant
en résistance face aux instances gouvernementales,
des frictions se génèrent avec le reste de
population qui paye pour ces services. Deux situations particulièrement
tendues ces derniers mois se sont produites à Zinacantán
(des militants du Parti de la Révolution Démocratique,
PRD, ont coupé l'eau aux bases de soutien zapatistes)
et à San Juan Cancúc (des membres du PRI ont
menacé d’expulser des indigènes qui soutiennent
l'EZLN et qui refusent de coopérer pour les services).
Pour certains, ce facteur de division est un élément
clef de la nouvelle stratégie de contre-insurrection.
Autonomies à l’échelle
nationale
Après l'approbation
de la réforme constitutionnelle en matière
indigène en 2001, autant l'EZLN que le Congrès
National Indigène (qui regroupe la plupart des peuples
autochtones du Mexique) ont choisi de construire l'autonomie
par la voie des faits.
Récemment, un exemple critique au sujet du futur de
l'autonomie s'est produit à Morelos quand, en janvier,
les habitants de Tlanepantla se sont déclarés
municipalité autonome. Le 14 janvier, le gouvernement
de l’état a envoyé la police pour que
le maire constitutionnel puisse prendre son poste. Le conseil
municipal autonome a été expulsé et
il s'est produit une confrontation qui a laissé un
bilan de un mort et des centaines de déplacés
qui ne sont retournés dans la municipalité qu’au
mois de mars. Le gouverneur de Morelos a justifié l'intervention
en affirmant qu’un "campement de formation de
type guérillero" avait été identifié,
et qu’il sait "que le groupe d’opposition
face au gouvernement municipal était fortement armé”.
Faisant référence à ces faits, le ministre
de l’Intérieur, Santiago Creel a affirmé qu’il
est nécessaire que les responsabilités soient
définies "avec clarté et précision",
mais également que "l’on ne va pas admettre
qu’aucune personne ne vienne établir de nouvelles
formes de gouvernement selon son bon vouloir et pour le bon
plaisir d'un certain groupe qui n'est pas d’accord
avec l'autorité constitutionnelle". L’Association
de soutien aux groupes autochtones de Jalisco a noté que
ces déclarations : "ressemblent à une
menace et mettent en péril des expériences
comme les Comités de bon Gouvernement des zapatistes".
Le représentant du Haut Commissaire pour les droits
de l'Homme des Nations Unies au Mexique, Anders Kompass,
en référence à ce même cas, a
indiqué que si les problèmes post électoraux
ne sont pas résolus de manière pacifique, “ils
courent le risque de se transformer en situations de violence”, un élément qui apparaît également
dans le diagnostic de l'ONU sur la situation des droits de
l'Homme au Mexique.
Droits indigènes
au Mexique: retards persistants
Ce diagnostic a
formellement été présenté le
8 décembre dernier. Le président Fox a accepté les
32 recommandations dérivées de ce dernier et
a admis qu'il reste beaucoup à faire pour que le respect
des garanties individuelles soit une réalité pleine
dans le pays.
En ce qui concerne les droits indigènes, le diagnostic
souligne : "Même s'il existe certaines avancées
en la matière, de sérieux retards persistent
face auxquels la volonté politique dans la recherche
de solutions n’a pas été suffisante (...)
Actuellement les violations aux droits humains des autochtones
se produisent généralement dans un contexte
caractérisé par un haut degré de caractère
conflictuel, particulièrement dans le milieu rural.
Ils ont fondamentalement trait à la problématique
agraire et aux luttes de pouvoir politique local et régional.
On a à plusieurs reprises informé de l'existence
de conflits dans des communautés autochtones où se
produisent des actes de violence et l’intervention
des autorités publiques conduit fréquemment à d’autres
violations des droits de l’Homme. Selon les rapports
existants, beaucoup de ces violations restent impunies et
provoquent l'aggravation des conflits et la recrudescence
de la violence ".

Certains éléments
du diagnostic en matière de droits indigènes
CONFLIT
AU CHIAPAS
Suite
au soulèvement de l’EZLN en 1994, les
droits humains d’indigènes originaires
de nombreuses communautés furent violés
(droits collectifs et individuels). L’absence
de solutions face aux demandes autochtones donne lieu à des
relations conflictuelles entre les différentes
organisations sociales et politiques de la région.
Ceci a conduit à des situations d’extrême
violence et à de graves violations des droits
de l’Homme, dans lesquelles diverses autorités
gouvernementales sont impliquées.
DEPLACES
Suite aux négociations entre les autorités
fédérales et la Commission des Déplacés,
le retour a pu commencer. Cet effort s’est fait
sur le tard, et reste jusqu’à ce jour
insuffisant. Parmi les déplacés, l’insécurité et
la peur persistent, et mi 2003, le problème
restait d’actualité.
MILITARISATION ET PARAMILITARISATION
Une partie de la situation de violence que les
communautés
autochtones du Chiapas vivent est due aux séquelles
des actions de groupes paramilitaires liés aux
structures de pouvoir local et de l’état
pendant les années 90. Les actions violentes
de ces groupes dans le cadre des conflits politiques
et sociaux de la région ont eu pour conséquence
un bilan de personnes assassinées, blessées
et déplacées. Même si durant l’actuelle
administration, leur action a diminué, des dénonciations
indiquent qu’ils n’ont été ni
démantelés ni désarmés.
LOI INDIGENE
La réforme constitutionnelle approuvée
a repris certains aspects de la dite Loi COCOPA mais
s’est éloignée significativement
de celle-ci à plusieurs niveaux, qui ont une
importance fondamentale pour les peuples autochtones.
En conséquence, le mouvement indigène
organisé dans le pays l’a rejeté,
et les états de la République dotés
de la population autochtone la plus nombreuse ne l’ont
pas ratifiée. (...) Les peuples autochtones
se sont sentis trahis et exclus.
(Diagnostic
complet) |
Militarisation
persistante
En dépit
des manifestations pour que l’armée fédérale
se retire des communautés autochtones, comme par exemple à Emiliano
Zapata (zone Nord) en janvier, la présence militaire
au Chiapas reste la plus élevée du pays, après
le District Fédéral, siège du commandement
militaire national. Certaines des conséquences de
la militarisation sont toujours plus notables et remises
en question : alcoolisme, drogue, prostitution et rupture
du tissu social en particulier.
Le Centre d’Analyse Politique et d’Investigations
Sociales et Economiques (CAPISE), dans sa publication la
plus récente “L’occupation militaire au
Chiapas: le dilemme du prisonnier” a situé 91
installations militaires permanentes dans la zone de conflit.
Il affirme que: “la présence de l’armée
signifie la suspension de garanties avec un coût social
dont les communautés autochtones font les frais. Celui-ci
a été et continue d’être très élevé.” Il
dénonce que “les opérations militaires
ont été irrégulières, c’est-à-dire,
des activités guerrières qui n’ont pas
pour objectif d’aboutir à une décision
mais qui visent à générer plus d’hostilité et à user
l’adversaire, et qui peuvent se réaliser comme
des faits isolés et individuels ou comme faisant partie
d’un plan de défense établi préalablement,
en combinaison ou pas avec des opérations régulières.
Par le biais d’un fort impact paramilitaire et du déplacement
forcé de milliers d’habitants, ces opérations
se sont fondées sur la création de groupes
paramilitaires”. Ver www.capise.org.
En ce qui concerne les activités de type paramilitaire,
en mars, le Centre des Droits de l’Homme Fray Bartolomé de
las Casas (CDHFBLC) a signalé que depuis la fin de
l’an dernier, des attaques, menaces et homicides ont été commis
dans les municipalités de San Andrés et San
Juan de la Libertad (El Bosque). Dans cette région,
les activités réalisées par le groupe
connu sous le nom de ‘Masque Rouge’ ont été dénoncées
et répertoriées. Ce groupe est également
accusé d’avoir été le responsable
du massacre d’Acteal.
Montes Azules: constant
voyant rouge
Le
CDHFBLC a informé que le jeudi 22 janvier, 23 maisons
de la communauté Nuevo San Rafael se situant dans
la réserve de la biosphère de Montes Azules
ont été brûlées. Ce fait a eu
lieu après l’arrivée d’une dizaine
de membres de la Marine, de policiers et de fonctionnaires
du Bureau du Procureur Fédéral pour la protection
de l’environnement (Profepa), lors d’une opération
que le CDHFBLC a qualifiée de “disproportionnée”.
Il a dénoncé que la Profepa maintenait la communauté “isolée” et
a condamné la “violation du libre transit dans
la région de Montes Azules”. De son côté,
le Ministère de la Réforme Agraire (SRA) a
informé que les familles de Nuevo San Rafael avaient
décidé d’abandonner le village “volontairement”.
Cependant, il existe plusieurs versions allant dans le sens
que la SRA avait divisé la population. Certains ont
décidé de retourner à leur lieu d’origine,
dans la municipalité de Sabanilla; d’autres
ont décidé de rester à Montes Azules.
Suite à ces
faits, le village zapatiste à proximité de
Nuevo San Isidro qui s’est formé il y a près
de deux ans a annoncé: “Nous ne sortirons
que morts de ces terres, parce que nous n’allons
pas accepter les aumônes du gouvernement”.
A ce sujet, le président de l’organisation ‘Bois
du Peuple du Sud est’ a averti: “si la pression
se maintient et si une expulsion va à avoir lieu,
cela conduira à un
affrontement, un massacre, parce que ce sera contre l’Armée
Zapatiste”.
Début février, cinq organisations non gouvernementales
(ONG) ont exigé des gouvernements de la Fédération
et de l’état du Chiapas de “mettre fin
aux opérations isolées” à Montes
Azules, “jusqu’à ce que tous les acteurs
en jeu soient consultés en profondeur dans ce processus”. Ils ont assuré que dans le cas de la communauté de
San Rafael, le gouvernement “a poussé les habitants à retourner à leur
communauté d’origine, El Calvario, d’où ils
avaient été déplacés dans le
passé par le groupe paramilitaire Paix et Justice”.
Ils ont également pris position face à la signature
récente de la convention entre l’Union Européenne
(qui concèdera 15 millions d’Euros) et le gouvernement
du Chiapas (qui apportera 16 millions d’Euros de plus).
Ce projet prétend faire bénéficier à 155
milles habitants de 16 micro-régions de la Jungle
Lacandone dans laquelle la biosphère de Montes Azules
se trouve: “le cercle des intérêts internationaux
(...) se referme, et répartit” la zone entre
l’Union Européenne (UE) et les Etats-Unis. En
dépit de l’intention déclarée
de la part de l’UE de promouvoir la participation directe
des communautés et de contribuer au dialogue entre
les autochtones et le gouvernement, ce projet prétend être
mis en place dans une des zones les plus problématiques
du Chiapas.
Réouverture
du procès du massacre d’Acteal
Le 22 décembre
dernier, dans le cadre du septième anniversaire du
massacre d’Acteal (durant laquelle 45 indigènes
du groupe ‘la société civile Las Abejas’ ont été assassinés),
les dirigeants des principales églises protestantes
du pays ont exigé du gouvernement fédéral
de réouvrir le procès. Ils affirment que des
74 autochtones actuellement prisonniers (plusieurs d’entre
eux étant protestants), la majorité sont innocents
et qu’ils ont présenté les éléments
nécessaires pour le prouver.
En février, ‘Las Abejas’ ont lancé une “Campagne
contre l’impunité”: ils considèrent
que le gouvernement fédéral “prépare
le chemin pour libérer les coupables du massacre”.
Ils ont exprimé qu’ils ne sont pas d’accord
pour réouvrir le procès et ont dénoncé qu’il
s’agit d’une “stratégie conçue
pour couvrir les auteurs intellectuels du génocide
réalisé à Acteal”. Ils ont souligné que
le conflit de Chenalhó n’est pas d’ordre
religieux et ils ont mentionné qu’ils avaient
vu avec préoccupation et comme un antécédent
la libération en janvier de sept présumés
paramilitaires du groupe Paix et Justice (zone Nord de l’état).
En mars, le groupe qui étudiera à nouveau le
cas d’Acteal a commencé à travailler.
Des représentants du Ministère de l’Intérieur,
du bureau du procureur général de la République
(PGR), de la Commission Nationale des Droits de l’Homme
(CNDH) et de la communauté protestante y prennent
part. Abner López Pérez, pasteur protestant
et directeur de la Société Biblique du Mexique
a lancé “un appel fraternel” au groupe ‘Las
Abejas’ pour qu’ils participent à ce groupe
et pour “rechercher l’éclaircissement
total des faits”. Adoniram Gaxiola, également
pasteur protestant, a exigé “que les véritables
auteurs intellectuels et matériels reçoivent
un châtiment juste, (...) et qu’il ne sera fait
justice aux morts d’Acteal que lorsque les véritables
coupables seront identifiés”.
L’évêque de San Cristóbal, Felipe
Arizmendi, a affirmé que “si ceux qui sont en
prison sont innocents, ce qui reste encore à prouver,
il faudra alors trouver les véritables coupables.
Espérons que le cas sera traité avec une délicatesse
extrême sinon cela pourrait générer un
manque de confiance total dans le pouvoir judiciaire, particulièrement
si les prisonniers actuels étaient libérés”.
Electricité,
nouveau facteur de tension
En décembre,
le gouverneur du Chiapas, Pablo Salazar a annoncé que
plus de 500 habitants du Chiapas qui faisaient face à divers
types de processus pénal suite à des conflits
avec la Commission Fédérale d’Electricité (CFE),
conséquences de la résistance à payer
la lumière et pour demander un tarif juste, seraient
libérés de prison ou de poursuites pénales
par le biais du retrait des accusations de la part des autorités
fédérales.
D’un autre côté, depuis le début
de l’année, la CFE a lancé le programme ‘Tarif:
Vie meilleure’, dont l’objectif est de mettre
fin à la résistance au paiement de la lumière
et de régulariser la situation. Cependant, les conflits
entre la CFE et des centaines de communautés de l’état,
loin de diminuer se sont multipliés.
En février, le Front de Résistance Juridique
et Civile du Chiapas (Frejuch) a annoncé qu’il
existe déjà plus de 3.000 appels, 2.500 demandes
auprès de la Bureau Fédéral pour la
Défense du Consommateur (Profeco) et pour le moins
7.000 plaintes présentées auprès de
la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH).
Le 12 mars, le directeur de CFE a affirmé qu’ils
ont d’ores et déjà “obtenu 98.000
des 300.000 accords” qu’elle cherche à signer
et que “la population qui se maintenait en résistance
pour ne pas payer ses dettes à la CFE, contribue désormais
avec enthousiasme pour résoudre ce problème”.
Les groupes de résistance aux politiques de la CFE
assurent en revanche que pour le moins 78 municipalités
rejettent les tarifs que la CFE et les autorités locales
cherchent à imposer. Dans plusieurs municipalités
de la zone des Hauts-Plateaux et du Nord, certains processus
administratifs sont mis sous condition (inscriptions scolaires
ou papiers pour le service militaire par exemple) et fonction
de la régularisation des paiements à la CFE.
A Cancúc, le programme a servi de prétexte
pour menacer d’expulsion les bases de soutien zapatistes.
Le député fédéral, Emilio Zebadúa,
ex secrétaire du Gouvernement de Pablo Salazar, a
reconnu que le “Tarif ‘Vie meilleure’ n’a
pas résolu les problèmes auxquels il prétendait
trouver solution quand il a été présenté.

:: DOSSIER
Les Accords de San Andrés parlent
Bats’i K’op (1)
(1) Bats’i
k’op signifie littéralement “mot
véritable”, les indigènes nomment
ainsi leur langue.
Chaval chana’lek, a’ no’ox akiloj
abolil
chava’i lek, mu xa na’ me pak’chikinot
lekil antzot, batz’i yan apukujil,
chavavta lekilal, a’ no’ox chailbaijinvan
skoj apukulij
¡
Ay chulti’ me’el!
|
Tu dis que tu sais mais
tu portes des sacs d’ignorance,
tu écoutes mais tu es sourde,
tu es bonne mais ton bouclier est la méchanceté,
tu cries liberté mais avec ton ambition tu rends
esclave.
¡
Ah, Madame Chulti’!
|
| Chulti’: mensonge
en tzotzil |
| Ruperta Bautista.
DICES |
La route des
Accords de San Andrés

© Foto CDHFBC
Les Dialogues de
San Andrés Sacamch’en des Pauvres, qui ont commencé entre
l’EZLN et le gouvernement fédéral en
1995, cherchaient à résoudre les causes structurelles,
sociales, politiques et culturelles à l’origine
du soulèvement armé zapatiste de 1994 et qui
se fondent sur les relations inégales existant entre
les peuples indigènes, le reste de la société et
l’Etat mexicain.
La création de cet espace public de dialogue a représenté un
effort pour établir un nouveau pacte social pour le
projet de nation mexicaine, fondé sur la reconnaissance
des droits individuels et des droits collectifs des peuples
indigènes dans tous les domaines:
- Politique: gouvernements autonomes et formes propres
d’élection;
- Juridique: exercer leurs propres systèmes normatifs
internes, façons d’établir la justice
et prendre leurs propres décisions quant aux conflits
internes;
- Social: décider leurs formes d’organisation
sociale;
- Économique: jouir de leurs ressources
naturelles, décision
quant à leurs besoins et aux manières
de les couvrir;
- Culturel: préserver leur culture.
Pour mener à bien ce processus,
six tables de dialogue furent mises en place:
- Droits et Culture Indigènes;
- Démocratie
et Justice;
- Bien être et Développement;
- Conciliation au Chiapas;
- Droits de la Femme y
- Fin des Hostilités.
Le 16 février 1996, les parties
parvinrent à un accord quant à la table 1 portant
sur les Droits et la Culture Indigène. Les textes
qui regroupent les points de consensus sont les dits “Accords
de San Andrés” (ASA).
Ces ASA comprennent trois grandes parties:
- Déclaration conjointe: un document
politique qui définit un nouveau projet de pays
fondé sur
les principes suivants:
- la libre détermination et l’autonomie: le droit de décision des peuples autochtones
doit être respecté;
- la participation: les peuples
autochtones sont les sujets actifs de l’élaboration,
la planification et l’exécution des
projets pour lesquels ils optent;
- le pluralisme: respect de la diversité des
peuples;
- l’intégralité: le
gouvernement doit essayer de résoudre les problèmes
de manière complète, pas une seule
partie;
- la vision à long terme: les
projets et les programmes ne doivent pas nuire à l’environnement
ni aux ressources naturelles des peuples autochtones.
- Projet de lois conjointes: un document légal
qui établit les modifications qui devront être
réalisées dans les textes de lois pour
que le nouveau projet de nation puisse exister, y compris
une réforme constitutionnelle.
- Engagements du Chiapas: un document local qui établit
les actions que cet état devra réaliser
afin d’assurer la mise en place des Accords.
Le 3 septembre 1996, l’EZLN décide
de se retirer des tables de négociation et dénonce
le manque de volonté politique de la part du gouvernement
fédéral à l’heure de continuer
le dialogue dans la table 2 ainsi que la stratégie
de guerre qu’il maintient de manière parallèle
au processus de paix.
La Commission
pour la Concorde et la Pacification (COCOPA),
formée par des législateurs des différents
partis politiques et chargée d’aider dans le
processus de dialogue depuis mars 1995, a alors rédigé et
présenté aux deux parties un projet de réforme
constitutionnelle qui reprenait les principaux consensus
des ASA. Ce projet de loi est souvent appelé “Loi
COCOPA” et cherchait à permettre la reprise
du processus de négociation. L’idée était
que les parties accepteraient l’initiative dans son
intégralité, sans aucune observation ou correction,
ou la rejetteraient. En décembre 1996, l’EZLN
a accepté ce texte; le gouvernement en revanche a
présenté des modifications qui changeaient
de manière substantielle le projet de loi de la COCOPA.
A partir de ce moment, les ASA se sont convertis en symbole
de lutte du mouvement indigène national et d’amples
secteurs de la société civile nationale ont
assumé ce texte comme légitime du fait de son
contenu (récupération des résultats
du Forum National Indigène réalisé en
janvier 1996 et qui permit la formation du Congrès
National Indigène, CNI) mais aussi à cause
de la pluralité dans laquelle ils trouvent leur origine.
Il faut en effet rappeler l’ample représentation
et participation de la société mexicaine lors
des dialogues de San Andrés.
En l’an 2000, les élections présidentielles
donnèrent la victoire au leader du Parti d’Action
Nationale, Vicente Fox, qui exprima sa disposition à reprendre
le dialogue de paix. Après plus de 70 ans de gouvernements
fédéraux contrôlés par le Parti
de la Révolution Institutionnelle (PRI), un espoir
de changement semblait à l’ordre du jour.
L’EZLN a établi trois conditions pour accepter
de reprendre les négociations: le retrait de sept
positions militaires, la libération des prisonniers
politiques zapatistes et la mise en place des ASA par le
biais de l’approbation de la Loi COCOPA. Ce dernier
aspect a remis à l’ordre du jour le thème
des ASA en 2001: leur mise en place est une porte ouverte
pour continuer à avancer dans la construction d’une
paix avec justice et dignité.
Pour expliquer l’importance des ASA, l’EZLN organisa
la Marche de la Couleur de la Terre ou Marche pour la Dignité Indigène
parcourant différents états de la République
mexicaine et se présentant le 11 mars 2001 auprès
du Congrès de l’Union, où les commandants
zapatistes purent expliquer aux législateurs les raisons
pour lesquelles l’approbation de la Loi COCOPA était
importante.
Finalement, au mois d’avril une réforme constitutionnelle
portant sur les Droits et la Culture Indigène qui
s’éloigne des droits collectifs des peuples
indigènes repris par la loi COCOPA a été approuvée:
elle ne reconnaît pas l’autonomie des peuples à l’échelle
fédérale mais renvoie sa définition
aux législations des états; elle ne reconnaît
pas le droit collectif au territoire, ni sur l’utilisation
et la jouissance des ressources naturelles. En bref, elle
ne reconnaît pas certains droits collectifs fondamentaux
déjà reconnus par l’Etat Mexicain vu
que celui-ci a signé la Convention n° 169 de l’Organisation
Internationale du Travail (OIT) sur les droits des peuples
indigènes et des tribus dans les pays indépendants
(en vigueur au Mexique depuis 1991).
La réforme a été rejetée par
l’EZLN, le CNI, de nombreux intellectuels, et une grande
partie de la société civile nationale et internationale.
D’un côté, 324 controverses constitutionnelles
ont été présentées auprès
de la Suprême Cour de Justice de la Nation, qui s’est
déclarée incompétente pour juger cet
acte du pouvoir législatif. D’un autre côté,
l’EZLN et le CNI ont déclaré les ASA
loi en vigueur dans leurs territoires, et ont décidé de
continuer à construire leurs projets d’autonomie
dans un acte de désobéissance civile face à cette
réforme constitutionnelle qualifiée de “trahison
aux peuples autochtones”.
Les Accords de San Andrés revivent
en langue indigène
Huit
ans après la signature des ASA, ce document d’ores
et déjà historique, ressurgit avec une voix
indigène, suite au travail collectif et interculturel
réalisé par le Centre Etatique des Langues,
de l’Art et de la Littérature Indigène
(CELALI) du Chiapas.
Ce centre a été créé en
1997 par le biais de la mise en place des “Engagements
pour le Chiapas” établis dans les ASA, et plus
concrètement des actions et mesures dans les domaines
de l’éducation et la culture. Le CELALI lance
et promeut le développement des langues indigènes
du Chiapas depuis la reconnaissance de l’autonomie
culturelle des peuples indigènes.
En réponse à cet
objectif et grâce à l’effort conjoint
d’une équipe de conseillers, traducteurs et
chercheurs sociaux naît l’édition bilingue
des ASA dans les 10 langues indigènes existant dans
le territoire du Chiapas: zoque, tzotzil, tzeltal, tojolabal,
ch’ol, lacandón, jacalteco, q’anjob’al,
chuj et mam (ces quatre dernières langues guatémaltèques
existant au Chiapas suite à la présence de
réfugiés du Guatemala dans ce territoire).
Comme l’historien et l’anthropologue Andrés
Aubry le signale, ces livres se sont convertis en un matériel
de travail pour les communautés indigènes.
Les traducteurs ont tenu pendant un an des ateliers sur le
contexte dans lequel les ASA ont été réalisés.
Durant cette étape, les conseillers ont joué un
rôle fondamental. Parmi ceux-ci, se trouvent certains
ex membres de la CONAI (Commission Nationale pour la Médiation,
l’instance qui a servi de médiation entre les
parties durant les Dialogues de Paix).
Durant une seconde étape, les traducteurs se sont
rendus dans diverses communautés pour partager leurs
visions avec les personnes parlant ces langues. Plus tard,
des Comités Populaires de Lecture ont été organisés,
et finalement, deux réunions plénières
ont été réalisées à San
Cristóbal avec des délégués de
différentes communautés.
Un défi majeur fut la création en langues indigènes
de nouveaux mots pour pouvoir nommer les relations politiques
et juridiques, des mots qui n’existaient pas jusqu’à présent
du fait de la stagnation que la colonisation a provoquée
dans le développement de celles-ci. Ainsi, de manière
collective des concepts comme autonomie, droit à la
différence, pluriculturalisme, instances de débat
national, libre détermination, nouveau pacte social,
peuples indigènes, reconnaissance, réforme
de l’Etat, systèmes normatifs internes, vision à long
terme, ressources naturelles, territoire ou us et coutumes.
Ces mots ont été les plus polémiques
dans les communautés et ceux qui créèrent
le plus de difficultés pour être traduits. De
ce fait, un“Glossaire” apparaît dans cette édition
bilingue, avec une explication plus ample du sens de certains
mots et un renvoi aux numéros des paragraphes correspondant
dans le texte des accords de San Andrés où ces
concepts apparaissent.
Cette expérience nous montre comment le langage politique
et juridique qui forme partie du mouvement indigène
actuel reste «colonisé» dans son discours
par des concepts qui viennent de l’espagnol, et qui
sont de ce fait des constructions conceptuelles éloignées
des cosmovisions indigènes. Par exemple, Xuno López,
membre du CELALI, raconte comment la première version
de la traduction fut rejetée parce qu’elle maintenait
la forme traditionnelle de nommer le ‘gouvernement’ comme ‘dieu
ou maître’, ajvalil en langue indigène.
C’est pour cela que Samuel Ruiz, évêque émérite
de San Cristóbal de Las Casas, considère ces
traductions comme un “travail de libération
des langues autochtones, de mots qui déterminent un
certain type de relation”.
Cette réactualisation des langues indigènes
n’est pas vu de manière positive par tout le
monde. Certains se demandent pourquoi changer des mots en
espagnol qui font d’ores et déjà partie
du quotidien des peuples autochtones, et s’interrogent
sur le risque de provoquer des langues «standards» suite à ces
travaux de traduction. Pour d’autres, ce travail est
une voie de plus, un cadeau pour l’humanité et
une valeur ajoutée pour les communautés dans
la mesure où ils peuvent participer dans la création
de nouveaux mots.
Un autre doute était lié au fait qu’il
est difficile d’avoir un impact réel par le
biais de ce travail dans un état comme le Chiapas,
caractérisé par ses hauts niveaux d’analphabétisme.
Quant à ce facteur, Andrés Aubry mentionne
comment dans les travaux de traduction réalisés
dans les communautés, des personnes analphabètes
voulaient participer elles aussi en argumentant “Je
ne sais ni lire, ni écrire mais je sais penser”.
A présent, un nouveau processus a commencé:
rendre ce texte aux communautés indigènes,
recevoir leurs commentaires et vérifier si les traductions
sont correctes et ont permis d’atteindre leur objectif.
Marcos Girón, membre de l’équipe de coordination,
nous commentait qu’à l’heure de présenter
le document terminé à une organisation paysanne,
les membres de celle-ci se surprirent parce que les Accords “disaient
de bonnes choses”. Jusqu’alors, ils avaient pensé que
les ASA étaient seulement des “fainéants” qui
ont pris les armes (faisant référence aux zapatistes).
Cette anecdote nous montre combien de collectifs
et personnes méconnaissent le contenu des ASA, ce qui fait qu’à certains
moments ils les voient seulement comme un texte des indigènes
ou des zapatistes, au lieu de les concevoir comme un patrimoine
de tous et de toutes et pour tou(te)s les mexicain(e)s.
Les Accords de San
Andrés: une ouverture vers l’échange
entre cultures
La traduction des
ASA permet de les faire revivre : “ils ne sont pas
une simple ‘éphéméride’ mais
un programme vivant” et ils font partir de la stratégie
des peuples indigènes pour poursuivre leur ‘reconstruction
de l’autonomie’ par la voie des faits (Magdalena
Gómez, La Jornada, 17 février 2003).
La signification des ASA et à présent leur
traduction en langues indigènes du Chiapas convertissent
ce processus en un pas de plus vers la construction d’une
paix qui représente la fin de l’oppression à laquelle
les peuples indigènes du Mexique ont été soumis
pendant des siècles.
L’appropriation des langues indigènes d’un
texte politique de l’importance des ASA est beaucoup
plus qu’un simple apport linguistique: elle représente
l’émancipation des langues indigènes
dans le domaine politique et plus encore, le début
d’un véritable échange interculturel,
dans lequel le contact entre les différentes cultures
se fonde sur le dialogue et la reconnaissance mutuelle, où l’égalité,
la participation, la vie en commun, l’autonomie et
la réciprocité prédominent.
Lors de la présentation de cette édition bilingue
des ASA à San Cristóbal de Las Casas, le 16
février 2004, Andrés Aubry a affirmé que
c’était un jour de fête pour ce nouveau
pays qui commence à prendre forme dans ces textes: “Nous
sommes en train de construire la paix. Sans la mise en place
des ASA il n’y a pas de paix possible. Ce texte est
de tous, il n’est ni de l’EZLN ni du gouvernement.
Qu’ils puissent se réaliser dépend de
l’ensemble du pays. On ne peut pas dissocier les ASA
du processus de paix”.
Cette expérience nous montre que les échanges
interculturels peuvent être une ouverture vers une
paix avec justice et dignité, en partant de la reconnaissance
de l’autre. Cette lutte pour la dignité des
cultures indigènes compte désormais avec une “arme
qui ne tire pas des balles, mais des mots et des pensées” (Andrés
Aubry).

:: ARTICLE
QUATRIÈME RENCONTRE D’EXPÉRIENCES
POUR LA PAIX ET LA RÉCONCILIATION:
“unis pour construire une maison
dans laquelle nous ayons tous notre place”.
“Prenons-nous par la main et
travaillons ensemble dans une même lutte. Préparons-nous
et ayons plus d’expériences qui nous aident à construire
un meilleur à venir pour nos enfants. Recherchons
la paix (...) cela prendra du temps, aussi ne nous lâchons
pas les mains”
(Un participant à la fin de la Rencontre)

Les 30, 31 janvier et 1er
février 2004, le Réseau pour la Paix du Chiapas
(dont le SIPAIX fait partie) a convoqué à la
Quatrième Rencontre d’Expériences pour
la Paix et la Réconciliation. Environ 120 personnes
de 30 municipalités du Chiapas y ont participé.
L’objectif était de promouvoir un espace pour “dialoguer
et réfléchir sur la situation de guerre que
nous vivons, ce qui affecte nos vies et nos organisations,
ainsi que sur notre travail dans la recherche de la paix”.
“Une guerre qui peut paraître
invisible”...
Pour analyser le
contexte actuel, la Rencontre a commencé par un panel
dans lequel des personnes de différentes organisations
et régions ont participé.
L’une
d’entre elles exprimait: “Il y a une guerre qui
peut paraître invisible, mais que nous savons là.
Nous la voyons dans les programmes du gouvernement, ses plans
pour que les peuples indiens perdent leur force et prennent
peur. La guerre veut dominer la raison des peuples autochtones
et les mots de nos frères. D’un autre côté,
il y a la résistance aux plans du gouvernement et à la
politique néoliberale. (...) Le gouvernement n’a
pas respecté les Accords de San Andrés parce
qu’il ne veut pas reconnaître nos droits. Cela
ne lui convient pas parce qu’il a en tête l’idée
de nous voler nos ressources. Il est important de savoir
qu’avec ou sans la loi, nous pouvons nous organiser,
nous sentir fiers de notre identité indigène
et paysanne, créer une bonne conscience et reconnaître
nos droits”.
Après cette
présentation, un travail en groupes permit d’aller
plus loin dans la réflexion. La synthèse souligne
que la guerre a plusieurs facettes:
- Sociale: On observe une rupture
du tissu social, des divisions dans les familles, les
communautés,
les organisations, l’individualisme. On observe
aussi le mensonge, la tromperie, l’alcoolisme,
la drogue, la prostitution, les séquestrations.
Nous nous voyons différents, nous ne nous
croyons pas entre nous. Avant dans notre culture,
la parole donnée était parole tenue.
Aujourd’hui, elle ne vaut plus rien. On observe
le manque de confiance et la rancœur, des sentiments
négatifs de tristesse et de peur, qui, quand
ils ne sont pas contrôlés, provoquent
plus de violence.
- Economique: Bas prix des produits des paysans
et prix élevés des produits des grandes
entreprises. Chômage, marginalisation, pauvreté et
migration. La terre ne produit plus à cause
des produits chimiques.
- Militaire: l’armée, les paramilitaires,
les survols, les barrages, le trafic d’armes,
la production et vente de drogue, les expulsions, les
intimidations, les déplacés, la persécution
et les assassinats de dirigeants.
- Culturel: Intérêts personnels des dirigeants
qui perdent les racines de notre culture. Désorganisation
des communautés. Manque de confiance en nous-mêmes.
La vente de notre mère, la terre. Ceux qui émigrent à leur
retour ne veulent pas se réintégrer dans
la communauté.
- Légal: Réforme de l’article
27. Nos droits ne sont pas reconnus par la Constitution
et nos dirigeants n’ont pas été écoutés
par le Congrès fédéral.
- Ecologique: Pollution de l’environnement.
(Base: Bulletin final de la Rencontre)
|
1994-2004, Processus de guerre, processus
de paix: récupérer les avancées et les
apprentissages
Après nous être
remémoré les évènements les plus
importants, nous avons travaillé en groupe pour rappeler
ce que la société civile a fait au cours de
ces 10 ans de conflit. Une synthèse des apports civils à la
paix a été présentée:
> INITIATIVES SOCIALES Y
POLITIQUES
- Formation en matière d’analyse et
de réponses face au contexte, en vue d’une
politique constructive et légitime (Rencontres,
forums, réunions et ateliers).
- Création de plus de conscience sociale quant à:
(1) la stratégie de guerre de la part du gouvernement,
(2) l’achat des dirigeants de la part du gouvernement,
(3) la lutte pour la justice, l’amour et la
libération, (4) les droits des peuples autochtones
et des femmes, (5) que les conflits ne sont pas religieux
mais ont une autre origine (6) l’importance
de la tolérance dans les situations de conflit.
- Nous recherchons la voie du dialogue dans la
résolution
des conflits: (1) Formation de promoteurs pour les
droits de l’Homme et la réconciliation,
(2) Certaines situations de conflit ont été résolues,
(3) ouverture d’espaces pour parler sur l’unité et
la paix, (4) nous avons cherché à nous
retrouver en frères en dépit des conflits
et (5) nous avons formulé certaines règles
pour résoudre les problèmes dans nos
communautés.
- Plus grande participation des femmes dans certains
espaces. Il y a plus de conscience quant à leurs
droits.
- Plus grande diffusion de l’information, des
contacts et dénonciations à l’échelle
nationale et internationale sur la situation de guerre
et contre la discrimination.
- Construction d’un nouveau projet politique
qui ne vient pas d’en haut mais qui se construit
depuis la base, en maintenant l’espoir que
la transformation est possible et en renforçant
la vie des communautés.
- Participation dans: les Ceinturons de
sécurité;
dialogues de San Andrés; consultations (comme
celles de 1995 et de 1999); marches; réunions,
sit-in, barrages et autres mobilisations; plusieurs
pèlerinages; la Convention Nationale Démocratique;
le Congrès National Indigène.
- Soutien des observateurs civils pour
la paix.
- Prise de présidences municipales et formation
de Conseils Municipaux.
- Observation électorale.
- Résistance face à la répression
gouvernementale, aux violations des droits de l’Homme
et aux expulsions.
- Formation de Municipalités Autonomes, construction
et exigence de l’autonomie.
>
INITIATIVES ÉCONOMIQUES
- Résistance aux: Accords de Libre Echange),
PPP (Plan Puebla-Panama), paiement de la lumière,
barrages, projets du gouvernement, OGM et autres.
- Propositions alternatives comme: (1) Production
et magasins de produits écologiques, (2) coopératives,
travaux et organisation collectifs, (3) échange
de produits entre communautés, (4) organisation
pour l’éducation, la santé, la
commercialisation des produits.
> INITIATIVES
FACE A LA MILITARISATION
- Lutte et résistance face à des
situations difficiles: pression et harcèlement
militaire et ses conséquences (alcoolisme,
prostitution, drogue, harcèlement sexuel contre
les femmes, division, répression, déplacements).
- Empêcher l’entrée des militaires
et lutter pour le retrait de l’armée.
> INITIATIVES
CULTURELLES
- Récupération
de nos us et coutumes.
- Education selon nos valeurs.
- Résolution de certains conflits communautaires
suivant nos coutumes autochtones.
> INITIATIVES
LEGALES
- Règlements
ou lois internes pour résoudre les problèmes
dans les communautés.
- Défense de notre territoire contre les réformes
de l’article 27 de la Constitution.
- Lutte pour la reconnaissance des droits indigènes
auprès du Congrès.
|
“La paix
est comme une graine: il faut être patient et la protéger
pour la voir grandir...”
Nous avons à nouveau
travailler en groupes pour analyser les positions des différents
acteurs au Chiapas en cherchant à identifier ce qu’ils
cherchent, ce qu’ils font, ce qu’ils favorisent
et ce qu’ils affectent à cause de ce qu’ils
font ou ne font pas.
Le
bulletin final synthétise: “Tous les acteurs
disent qu’ils veulent la paix, Mais chacun la recherche
de manière différente. Nous devons essayer
de nous mettre dans les chaussures des autres pour comprendre
comment ils pensent et pourquoi ils font ce qu’ils
font. Ça n’est pas pour dire s’ils ont
raison ou pas, c’est pour mieux les comprendre, ce
qui nous aide à être plus clairs pour définir
nos actions. Le gouvernement, par exemple, pense que comme
il n’y a plus de guerre, le problème est résolu
et que les projets aident à construire la paix. Nous
vivons dans un monde où il y a plusieurs groupes.
Mais par exemple nous ne pouvons pas parler de l’église
comme s’il s’agissait d’un unique groupe,
il y a différentes églises et chacune est formée
d’autres groupes. (...) Il ne s’agit pas dire
aux autres acteurs ce qu’ils doivent faire.. Chacun
a son idée. Il nous faut voir ce qu’il nous
faut faire”.
Après ce travail, nous avons travaillé sur
la question: Et nous, ¿que comprenons-nous par paix?
Certaines idées ont été:
- “Vivre sans peur, être
heureux. C’est la vie qui nous conduit au respect”.
- “C’est travailler avec un seul cœur”.
- “Pour le bénéfice de tous. Sans militaires.
Sans domination”.
- “C’est vivre une vie digne: toit, travail,
santé, éducation. C’est avoir une terre à travailler
et que tous aient à manger. Que personne ne souffre”.
- “C’est vivre en harmonie avec soi, avec mes
frères et avec la nature. C’est quelque chose
de profond, c’est éliminer l’amertume,
dépasser la haine, la rancœur”.
- “Ce n’est pas uniquement l’absence de
conflits. C’est la réconciliation de la communauté.
C’est établir des accords pour vivre en paix.
Et respecter les droits de tous, en respectant la libre expression”.
Dans un des bulletins de presse, certains éléments
pour le futur apparaissent: “Comme peuples nous travaillons
pour la construction de la paix, l’amour, la justice,
nous recherchons la réconciliation et le dialogue,
la défense de notre territoire, la libération
de nos peuples pour ne plus vivre dans l’oppression,
en renforçant notre projet de vie. (...) Nous n’attendons
plus rien de la part du gouvernement pour améliorer
notre situation, le changement nous devons le construire
nous-mêmes depuis la base, depuis nous-mêmes”,
ce qui impliquera beaucoup de patience, et d’attention
pour les graines de paix et d’unité...
(http://www.laneta.apc.org/coreco/Boletfinal.htm)

:: ACTIVITES
DU SIPAZ
Décembre 2003
- Mars 2004
ACCOMPAGNEMENT
Au cours des derniers
mois, l’équipe de marionnettistes “Diversité” a
présenté un spectacle sur la valeur de la diversité et
de la réconciliation lors d’une Assemblée
de femmes artisanes de la zone des Hauts-Plateaux et dans
différents quartiers de San Cristóbal de Las
Casas. Nous avons élaboré une nouvelle oeuvre
portant sur le thème de l’eau et de l’environnement,
qui complète les quatre autres existantes portant
sur les divisions, la réconciliation, les droits de
la femme et les droits de l’enfant. Nous avons étrenné ce
nouveau thème lors de la troisième Rencontre
du Chiapas face au Néolibéralisme qui a eu
lieu à Huitiupán du 19 au 21 mars.
En janvier, nous nous sommes rendus à deux reprises à Emiliano
Zapata, une communauté de la zone Nord. Nous étions
là comme observateurs des manifestations réalisées
par la majorité de la population pour exiger le retrait
de la base militaire installée dans ce village.
A la fin mars, nous avons visité la zone Nord (municipalités
de Tila, Sabanilla et Yajalón) pour rencontrer les
différents acteurs de la région et préparer
une prochaine tournée de marionnettes.
DIALOGUE INTERRELIGIEUX
Dans le cadre du projet d’Echange et de Formation des
dirigeants religieux de Chenalhó avec les Commissions
de Paix du Nicaragua, nous avons réalisé trois
ateliers portant sur la négociation et la médiation
avec les acteurs religieux de la municipalité de Chenalhó.
Nous nous sommes également réunis avec les
acteurs religieux de cette municipalité et de San
Cristóbal de Las Casas qui participent à ce
même processus.
En décembre, nous avons reçu la visite du secrétaire
exécutif de la Commission Episcopale France-Amérique
Latine (CEFAL) dans le cadre de sa visite au Chiapas.
En janvier, nous avons assisté à la conférence
de presse réalisée par l’ex évêque
de San Cristóbal de Las Casas, Samuel Ruiz lors de
la présentation de sa lettre pastorale “Une
nouvelle heure de grâce”.
Nous avons pris part à deux activités promues
pare le Conseil Interreligieux du Chiapas: (CICH): chorales
de différentes églises (décembre), et
prière œcuménique (dans le cadre de la
semaine pour l’unité des chrétiens).
EDUCATION POUR LA PAIX
Avec les autres
membres du Réseau pour la Paix du
Chiapas, nous avons participé à l’organisation
et la réalisation de la 4º Rencontre pour la
Paix et la Réconciliation, à San Cristóbal
de Las Casas fin janvier. 120 personnes de 30 municipalités
de l’état y ont pris part (voir http://www.laneta.apc.org/coreco/Boletfinal.htm).
Début mars, nous avons participé à l’“Atelier
pour construire une référence de paix nationale,
dans la ville de Mexico.
En mars, nous avons réalisé un atelier sur
le thème des “Divisions communautaires
et plans néo-libéraux" en coordination
avec la CORECO (Commission pour la Réconciliation
Communautaire), dans la cadre de la troisième
Rencontre du Chiapas fac au Néolibéralisme
de Huitiupán.
CONTACTS ET INFORMATION
Nous avons reçu des visites, délégations, étudiants
et journalistes pour leur présenter le contexte du
Chiapas et le travail du SIPAZ, principalement des USA, Allemagne,
Belgique et Norvège.
En décembre, nos avons eu une interview avec l’ambassadeur
d’Allemagne au Mexique, Dr. Eberhard Kölsch.
En décembre, nous avons assisté à la
présentation du Rapport annuel du gouvernement du
Chiapas, présenté par le gouverneur de cet état,
Pablo Salazar Mendiguchía.
Nous avons interviewé différents acteurs au
Chiapas et à Mexico: communautés autochtones,
mouvements sociaux, ONGs et membres du gouvernement. Nous
sommes allés à Mexico en trois occasions. En
décembre et février, nous nous sommes rendus à Oventik
pour interviewer le Comité de Bon Gouvernement.
Nous avons présenté des éléments
de réflexion sur les 10 ans de conflit armé au
Chiapas lors de réunions de la Coordination Diocésaine
des Femmes (CODIMUJ) et du Mouvement Indépendant des
Femmes (MIM) en février.
INTERNATIONAL
Un membre de l’équipe a donné une série
de présentations en Espagne dans l’Université de
Deusto de Bilbao (Pays Basque), l’Université de
Lleida (Catalogne) et dans l’Université de Valencia
(Communauté Autonome de Valence) en décembre.
En mars, nous avons participé à la consultation
nationale sur le rôle de la société civile
dans le cadre de conflits armés, une consultation
globale qui culminera avec une conférence internationale
qui doit se réaliser au siège des Nations Unies
en 2004. Nous nous sommes réunis avec
les responsables de ce processus aux Etats-Unis
et au Canada.

|