:: ANALYSE
CHIAPAS: A 10 ANS DU SOULEVEMENT ARME
En
septembre, il y a eu sept ans que le dialogue entre le gouvernement
fédéral et l’Armée Zapatiste de
Libération Nationale (EZLN) a été suspendu.
Le 17 novembre, l’EZLN a également fêté 20
ans d’existence, un événement qu’elle
a préféré fêter de manière
interne. Elle avait cependant invité la société civile
nationale et internationale à prendre part aux activités
que plusieurs organisations, à l’intérieur
et à l’extérieur du Mexique, avaient
préparé dans le cadre de cet anniversaire.
A près de 10 ans du soulèvement armé du
1er janvier 1994 au Chiapas, les perspectives de reprise
d’un processus de négociation semblent toujours
plus lointaines quand chacune des deux parties dans le conflit
répond à une stratégie, une conception
du temps et des intérêts clairement différenciés.
A échelle
nationale, l’agenda des partis politiques
se centre sur le thème des réformes énergétiques
(électricité et essence) et fiscale, d’ores
et déjà depuis une logique de dispute pour
les prochaines élections présidentielles
(2006). Le conflit au Chiapas n’est plus un thème
prioritaire. Lors de sa visite au Chiapas en octobre,
le Ministre de l’Intérieur,
Santiago Creel, a affirmé en la matière
qu’“il
y a une politique qui n’a pas changé depuis
le début de l’actuelle administration, qui
a inclus la présentation du projet de loi COCOPA,
la libération des prisonniers liés à l’EZLN
(et) le repositionnement de sept bases militaires ».
Il fait ici référence aux trois conditions
posées par les zapatistes pour reprendre le dialogue à la
fin 2000. Tandis que le gouvernement considère
qu’il
a répondu à ces conditions, la réforme
en matière indigène finalement approuvée
par le Congrès en 2001 a été rejetée
par l’EZLN qui la considère une «trahison» aux
Accords de San Andrés établis en 1996.
Lors de sa visite, Creel a également commenté que
le gouvernement attend la réponse des congrès
des états quant à la réforme “pour
réaliser une évaluation” et présenter
une série de projets de lois auprès du
Congrès
de l’Union.
D’un autre côté, l’EZLN
a suspendu tout contact avec le gouvernement et les partis
politiques. Elle a déclaré que les Accords
de San Andrés seraient “appliqués dans
les territoires rebelles” par la voie des faits. Les “Comités
de Bon Gouvernement ” (JBG), formés depuis août
dernier et intégrés par les délégués
des Municipalités Autonomes Rebelles Zapatistes au
sein de 5 Caracoles (voir bulletin
du SIPAZ, août
2003) représentent un nouveau pas dans la construction
de l’autonomie zapatiste. Il s’agit d’un
pari à long terme, défiant le pouvoir « officiel » en
assumant des fonctions de gouvernement à tous niveaux
(éducation, santé, justice, développement,
etc.).
Repositionnement du discours officiel après
la formation des «Caracoles»
Face à cette nouvelle stratégie
zapatiste, les discours de la part du gouvernement fédéral
sont allés dans le sens que les JBG pourraient s’intégrer
dans le cadre constitutionnel. Les gouvernements fédéral
et de l’état du Chiapas se sont «passés
la balle», sans qu’aucun des deux ne semblent
vouloir répondre à la nouvelle donne. Certes,
dans la loi indigène approuvée en 2001, la
définition des espaces et de la portée de l’autonomie
sont responsabilité des états (un des points
qui signifie une marche arrière comparée avec
les Accords de San Andrés).
En septembre, cependant, la Commission des Peuples et Communautés
autochtones du Congrès de l’état a affirmé que “cela
doit être une responsabilité de la Fédération
et non pas du Congrès local, puisqu’il s’agit
d’un thème national ”, dans la mesure
où en 1994, l’EZLN a déclaré la
guerre au gouvernement fédéral.
De son côté, en octobre, le gouverneur du Chiapas,
Pablo Salazar Mendiguchía, a reconnu que les efforts
de l’EZLN en créant les JBG “sont intéressants” et
qu’ils “n’altèrent pas les organes
constitutionnels, les mairies ou le gouvernement de l‘état ”.
Il a souligné que son gouvernement à la différence
des antérieurs a maintenu et maintiendra une attitude
de respect face aux décisions des communautés
zapatistes.
Reste à voir si cette position sera viable à moyen
terme dans un état où tant de situations peuvent
dégénérer en violence ouverte ; ou,
pour reprendre une expression utilisée par Samuel
Ruiz, ex évêque de San Cristóbal de las
Casas, dans le cadre d’une situation d’ “impasse
formelle [du dialogue] mais de détérioration
réelle”. Ceci d’autant plus que la majorité des
communautés du Chiapas sont divisées et en
dépit de l’offre zapatiste d’être
au service des personnes non zapatistes vivant dans leurs
territoires...
Non conformités suite à la redéfinition
de territoires
La création des JBG conduira forcément à une
recomposition des relations à l’intérieur
et à l’extérieur des territoires zapatistes.
En dépit du message conciliateur lancé aux
non zapatistes, la redéfinition de ces territoires
n’est pas allée sans générer des
tensions pour d’autres acteurs sociaux.
La plupart des cas se sont présentés dans la
zone Nord de l’état, où la présence
zapatiste n’était pas aussi visible jusqu’à la
création des ‘Caracoles’. En septembre,
la JBG Nouvelle Graine qui va Produire (Roberto Barrios)
a dénoncé les faits violents qui ont eu lieu
dans différentes communautés de la région “suite à l’installation
de panneaux zapatistes sur les routes, à l’entrée
ou à la sortie de différentes municipalités
autonomes”: coups, menaces d’expulsion, panneaux
détruits ou sur lesquels on a tiré (balles),
principalement dans les municipalités officielles
de Tila, Sabanilla et Palenque.
A la fin septembre, des situations similaires se sont
présentées à Ocosingo
(Jungle). Une autre source de tension a été la
construction de routes dans des zones zapatistes des municipalités
de Chilón et Ocosingo, où les zapatistes sollicitent
un payement de la part des entreprises qui souhaitent travailler
dans leur territoire.
Risques d’escalades de la violence
Un autre fait préoccupant sont les dénonciations
faisant référence à des groupes auparavant
signalés comme paramilitaires. Des paysans de la région
de Monte Líbano et Taniperla (Jungle) ont informé que
l’on peut voir à nouveau des hommes armés,
vêtus d’uniformes noirs, réalisant des
entraînements. Dans un communiqué du ‘Caracol’ Tourbillon
de nos mots, la JBG Cœur de l’Arc en ciel de notre
Espérance a dénoncé les attaques de
la bande ‘Los Aguilares’ (Les
Aigles), dans la
communauté K'an Akil, de la municipalité autonome
Olga Isabel (municipalité officielle de Chilón)
fin octobre: “on a entendu des détonations et
ce groupe est venu provoquer et faire peur sur la route qui
traverse la région, et fermer le chemin du ruisseau
où les femmes vont laver leur linge et se baigner,
vu que c’est le seul endroit qu’elles peuvent
utiliser ”.
En octobre, une centaine de bases de soutien zapatiste
appartenant à la
municipalité autonome Francisco Gómez se sont
concentrés dans la communauté San Manuel, Ocosingo.
Les habitants de ce village ont dénoncé que
le 16 octobre, un groupe de 15 Membres du PRI ont récolté près
d’un hectare d’un champ de maïs , propriété de
la communauté. Face à cette situation, les
habitants de San Manuel montent la garde de manière
permanente.
Défis des JBG en matière de justice
L’existence de systèmes parallèles (entre
la structure officielle et celle zapatiste) acquiert sa complexité la
plus grande lorsque l’on en vient à toucher
les thèmes de l’administration de justice, du
fait de la pluralité existante dans les territoires “zapatistes”.
Cette situation conduit à se poser différentes
questions quant à la difficulté et la légitimité de “gouverner” ceux
qui ne les ont pas élus comme autorités.
Un des premiers
cas s’est présenté suite à l’arrestation
d’Armín Morales Jiménez,
effectuée
le 2 septembre à San Pedro Michoacán
par des miliciens de l’EZLN “pour
s’être
approprié un véhicule qui
n’était
pas à lui ” selon la
version zapatiste. En réponse,
des membres de la Centrale Indépendante
des Ouvriers Agricoles et Paysans (CIOAC)
Section Historique, ont détenu
sept personnes, deux d’entre elles
originaires de communautés
zapatistes. 48 heures plus tard, cinq furent
libérés.
Les deux derniers (zapatistes)
restèrent séquestrés
pendant neuf jours avant d’être
libéré.
En dépit de cette libération,
le ton continuait à monter,
jusqu’à ce que, le 12 octobre,
Armín
Morales fut libéré, supposément
après
que le gouvernement de l’état
eut payé les
80 mille pesos d’‘amende’ qu’il
remis au propriétaire du véhicule
qu’Armín
Morales Jiménez se serait approprié illégalement.
L’intervention de la part du gouvernement
de l’état
en la matière fut assez controversé dans
la mesure où elle reconnaissait
la légitimité de
facto du jugement émis par la JBG.
Début octobre, le Centre de Droits Humains Fray Bartolomé de
las Casas (CDHFBC) a déclaré : “Tant
que les systèmes normatifs des peuples autochtones
ne seront pas reconnus, les problèmes de ce type continueront à se
multiplier, des problèmes qui affectent les droits
et justes demandes de ces peuples, rendant plus vulnérable
encore le tissu social ”. Un autre cas début septembre a attiré l’attention.
Trois indiens, originaires de la communauté Flores
Magón, municipalité de Teopisca, furent arrêtés
pour transporter du charbon et accusés d’écocide, “dommage
dolosif et prémédité a l’écologie” selon
le Code Pénal. Ces personnes avaient l’autorisation
de la municipalité autonome Miguel Hidalgo pour exploiter
et transporter du bois. Pour la première fois, le
président d’un des Conseils autonomes zapatistes
comparu devant un Juge pénal. Les trois indigènes
furent libérés quelques jours plus tard.
Plusieurs autres cas se sont présentés qui
permettent d’imaginer deux types de scénario
en matière d’application de la justice dans
ces territoires pluriels : l’acceptation et la construction
de la légitimité des JBG ou des conflits entre
les parties et éventuellement avec le système
de justice “officiel”.
Montes Azules: calme et tensions
Bien que l’on n’a pas observé de faits
violents dans la biosphère de Montes Azules au cours
des derniers mois, les discours contradictoires de la part
de différentes instances gouvernementales ne permet
guère de réduire la tension : tandis que le
Ministère pour la Réforme Agraire (SRA) affirme
qu’aucune expulsion violente ne sera réalisée
dans la zone, le Bureau de la Procuration Fédérale
pour la Protection de l’Environnement (PROFEPA), n’a
pas écarté la possibilité d’appliquer
la loi avec une “main de fer”, ni d’utiliser
la force publique contre les personnes occupant ces terres.
En octobre, l’Association
Rurale d’Intérêt
Collectif (ARIC-Indépendante),
qui négocie
avec le gouvernement la régularisation
de plusieurs villages établis
dans la biosphère de Montes
Azules, a critiqué ce
qui avait été dit
par la PROFEPA: “Au lieu
de contribuer à la
solution du problème,
il l’empire. Parce que
cela signifie qu’au sein
du gouvernement il y a des groupes
qui prétendent une expulsion
par la force. Cela disqualifie
les négociations et cela
veut dire que les autorités
n’ont pas une véritable
volonté politique de résoudre
le problème”.
D’un autre côté, Felipe Villagrán,
ex fonctionnaire de la Banque Mondiale en représentation
des lacandons de Lacanjá Chansayab et des habitants
de Frontera Corozal et Nueva Palestina s’est réuni
avec le gouverneur du Chiapas Pablo Salazar Mendiguchía
et différents fonctionnaires de l’état
et de la Fédération. Il leur a demandé que “l’Armée
mexicaine réalise immédiatement des rondes
de garde de jour et de nuit et qu’un détachement
soit mis en place à Paraíso” (où une
communauté zapatistes se trouve), ainsi que “l’autorisation
de porter des armes de bas calibre pour surveiller les cultures
des habitants ”. (Journal
La Jornada, 10 novembre)
Militarisation et mobilisations
face à celle-ci
Après la création des JBG dans les municipalités
autonomes zapatistes, un accroissement des mouvements de
troupes (patrouilles et barrages militaires) a été observé dans
plusieurs zones de l’état, principalement dans
la zone dite de conflit. D’un autre côté,
au cours des derniers mois, on a noté un rejet croissant
de la présence militaire, une tendance qui n’est
pas exclusive des communautés zapatistes.
Si bien dans la plupart
des cas, le rejet se
réalise
de manière non violente, on ne peut que percevoir
une tension croissante. Ainsi, début septembre, plus
de mille indigènes de la municipalité de Chenalhó ont
détenu 35 militaires pour qu’ils payent les
dommages occasionnés par leurs camions sur les chemins
de terre. Ils furent libérés sous la condition
que l’Armée mexicaine offre les matériaux
nécessaires pour réparer la route, pour un
montant de 15 mille pesos.
D’un autre côté, en octobre, des indigènes
sympathisants de l’EZLN de la communauté Yulumchuntic,
municipalité de Chalchihuitán (Hauts-Plateaux),
ont détenu pour plusieurs heures trente militaires
qui supposément réalisaient une patrouille
pour combattre les semailles et la récolte de drogues.
Il existe plusieurs versions. On peut entendre dire que les
indiens leur otèrent leurs bottes et leurs armes et
les obligèrent à marcher pieds nus dans le
terrain de basket-ball. La JBG Cœur Central des Zapatistes
Face au Monde affirme cependant qu’on les laissa seulement
devant l’école de Jolitontic. Elle a également
expliqué que les zapatistes refusent la présence
de militaires dans leurs territoires et que de façon
pacifique on les fit partir, parce que les militaires avaient
installé un campement en territoire autonome. Les
soldats furent libérés plusieurs heures plus
tard, après s’être engagé auprès
des habitants à ne plus passer par cette zone, après
avoir payé une amende (20 mille pesos) et grâce à l’intervention
directe du commandant de la 31ème zone militaire.
En octobre, dans le
cadre de la Conférence Spéciale
pour la Sécurité Hémisphérique
réalisée à Mexico, les membres de l’Organisation
des Etats Américains (OEA) se sont engagés à coopérer
pour faire face aux menaces à la sécurité,
mais en laissant à chaque Etat la liberté d’identifier
ses propres priorités en la matière et de définir
les stratégies, plans et actions nécessaires
pour faire face aux défis que présentent la
nouvelle situation dans le monde. Un aspect fut souligné :
la paix se fortifie quand on va plus loin dans sa dimension
humaine et quand on promeut le respect de la dignité,
les droits humains, les libertés fondamentales des
personnes, le développement économique et social
et la lutte contre la pauvreté, les maladies et la
faim.
Dans le cadre du
suivi de la rencontre
Hémisphérique
face à la
Militarisation
de mai, les Journées
sur les Impacts
de la militarisation «Pour
la Démilitarisation,
unissons nos résistances» furent
réalisées
du 18 au 23 novembre, à San
Cristóbal
de Las Casas, un
effort parmi toutes
les autres manifestations
qui
devaient se réaliser
dans tout le continent
cette même
semaine.
Luttes partagées
Lors de la Rencontre
des Nations
Indigènes du Mexique,
en octobre, les près de 200 représentants d’organisations
et communautés autochtones de Oaxaca, Michoacán,
Jalisco, Veracruz, état de Mexico, Sonora, District
Fédéral et Puebla, ainsi que les membres d’autres
organisations sociales non indigènes ont manifesté leur
solidarité vis-à-vis du mouvement zapatiste.
Ils ont répété que les peuples autochtones
du Mexique : “nous reconnaissons et élevons
les Accords de San Andrés comme notre constitution
indigène et nous exigeons l’approbation de la
loi Cocopa” et que cela a été “une
trahison de la part des législateurs” de ne
pas le faire. Ils se prononcèrent également
en faveur des JBG annoncés par l’EZLN à Oventik.
L’EZLN a montré qu’il continue à vouloir
faire partie du mouvement alternatif global lorsque, le 26
octobre, le sous-commandant Marcos a envoyé un message
enregistré aux académiciens, intellectuels
et dirigeants sociaux qui participaient à la Rencontre
En Défense de l’Humanité. L’objectif était
de former un bloc de défense des droits des peuples,
contre le néolibéralisme et la globalisation.
Marcos souligna que la lutte contre la mondialisation du
pouvoir est une question de survie humaine.

:: DOSSIER
Les ponts de paroles construits entre la société civile et l’EZLN
“Nous serons compatriotes et
contemporains de tous ceux qui ont la volonté de justice
et de beauté où qu’ils soient nés
et quel que soit le moment où ils ont vécu,
sans nous préoccuper des frontières géographiques
ou temporelles”.
Le droit au délire. Eduardo Galeano

Policiers lors du
Sommet de Cancún, Septembre 2003
Le mois de janvier prochain,
dix ans auront passé depuis le soulèvement
de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale
(EZLN). Une décennnie au cours de laquelle les communiqués,
consultations, marches, forums et rencontres ont donné forme à une
nouvelle façon de penser, éthique et politique,
qui a eu une profonde influence non seulement au Mexique
mais aussi à l'échelle internationale.
Nous voulons profiter de cette occasion pour faire le point
sur le processus qui s’est développé depuis
1994 et sur les fruits engendrés par le dialogue entre
le mouvement politico-social zapatiste et la société civile
nationale et internationale.
Le néozapatisme: nouvelle éthique politique
Le discours politique de l’EZLN parsemé de poésie,
contes, ironie et réalisme a surpris le monde entier
dans un contexte politique national et international marqué par
le peu d’espoir et le découragement.
Dans ses communiqués, les différentes racines
culturelles du Mexique et du monde se mèlent. Les
zapatistes revendiquent une société au sein
de laquelle la démocratie, la liberté et la
justice, autant de valeurs qui partent de la dignité humaine,
sont reines. Ces mots qu’ils considèrent “les
premiers de tous les mots et de toutes les langues”,
sont réinventés en fonction de leur propre
cosmovision:
“la justice ce
n’est pas punir, c’est rendre à chacun
ce qui lui est dû et chacun mérite ce que lui
renvoie le miroir : lui-même. Celui qui a donné la
mort, la misère, l’exploitation, le mépris
mérite une bonne dose de peine et de tristesse sur
son chemin. Celui qui a donné du travail, la vie,
la lutte, celui qui s’est conduit en frère,
reçoit comme reconnaissance une petite lumière
qui illumine son visage, son cœur et sa démarche.
La liberté ne signifie pas que chacun fait ce dont
il a envie. C’est pouvoir choisir le chemin qui te
plait pour trouver le miroir, pour avancer en fonction des
vrais mots. Mais un chemin qui ne te fasse pas perdre ce
miroir, qui ne te conduit pas à te trahir, toi, les
tiens ou les autres.
La démocratie signifie que les pensées conduisent à un
bon accord. Ça ne signifie pas que tous pensent de
la même façon (...). Que ce que dit celui qui
commande obéisse à ce que pense la majorité,
que le bâton de commandement soit capable de parler
de manière collective et non pas en fonction d’une
seule volonté. Que l’espace reflète tout
cela, les marcheurs et le chemin, et soit ainsi une source
de réflexion pour chacun et pour le reste du monde.”
(L’histoire des mots. Le Vieil Antonio)
Le sociologue français
Yvon Le Bot parle du “rêve zapatiste” ;
le chercheur Guillermo Michel, de l’“Utopie
zapatiste”, reprenant ainsi la définition
de Paulo Freire pour qui l’utopie est “l’acte
de dénonce de la stucture déshumanisante
et qui annonce la structure humanisante” (MICHEL,
2001:122). Ils expliquent que les zapatistes depuis le
sud du sud se sont transformés en une voix de
dénonciation et un reflet des injustices existant
au Chiapas et dans d’autres endroits du monde ;
en même temps, ils ont annoncé la possibilité de
créer une alternative par le biais de l’organisation
et l’union de tous ceux qui souhaitent un “autre
monde possible”: “Dans nos rêves, nous
avons vu un autre monde. Un monde véritable, un
monde définitivement plus juste que celui dans
lequel nous vivons pour l’instant. Nous avons vu
que dans ce monde les armées n’étaient
pas nécessaires. Que dans celui-ci, la paix, la
justice et la liberté sont si courantes qu’on
ne parle pas d’elles comme de choses lointaines
mais de la même façon que qui dit pain,
oiseau, air, eau, comme qui dit livre et voix. (...)
Et dans ce monde, le gouvernement des plus nombreux étaient
la raison et la volonté, et ceux qui commandaient étaient
des personnes qui pensent bien, qui commandent en obéissant.
Ce monde véritable n’était pas un
rêve du passé, ce n’était pas
quelque chose qui nous venait de nos ancêtres.
C’était de l’avant qu’il venait,
c’était le pas suivant que nous faisions.
C’est ainsi que nous avons commencé à marcher
pour pouvoir faire en sorte que ce rêve s’assoit à notre
table, illumine notre maison, pousse dans nos champs
de maïs, emplisse le cœur de nos enfants, essuie
notre sueur, guérisse notre histoire et soit réel
pour tous.”
La démocratie comprise comme consensus et participation
collective est revendiquée et exprimée
au travers du principe “commander en obéissant”: “C’est
la raison et la volonté des hommes et des femmes
bons de chercher et de trouver la meilleure façon
de gouverner et de se gouverner. Ce qui est bon pour
la majorité l’est pour tous. Mais que cela
ne fasse pas taire la voix des moins nombreux, qu’ils
continuent là où ils sont, en attendant
que la pensée et le cœur se mettent d’accord
quand à ce qui est la volonté des plus
nombreux et l’opinion des moins nombreux” (communiqué du
27 février 1994).
Une nouveauté en ce qui concerne les droits fondamentaux
tient au fait d’exiger le droit de participation
de tous et de toutes, en respectant le droit à la
différence que celle-ci soit dû à l’ethnie,
la préférence sexuelle, la classe sociale,
l’âge ou le genre. Les zapatistes défendent
un monde dans lequel tous les mondes ont leur place.
Dans les premiers communiqués ils reconnaissent
les diffentes luttes existantes au Mexique et lancent
une proposition : “Nous voulons que les pas de
tous ceux qui marchent dans la vérité s’unissent
en un même pas” (communiqué du CCRI-CG
de l’EZLN, 25 janvier 1994).
Tracer la route entre rêves et mots
Depuis le soulèvement zapatiste, la société civile
nationale et internationale est devenue “Madame” l’interlocutrice
de l’EZLN. Il faut aussi rappeler que le cessez-le-feu
décrété par le gouvernement fédéral
en 1994 se doit en grande partie aux manifestations multitudinaires
au Mexique et dans d’autres villes du monde.
Au Mexique, la société civile surgie spontanément
suite au tremblement de terre en 1985 et organisée
plus tard pour faire face au fraude électoral
de 1988, représentait alors un collectif pluriel,
différent des partis politiques et du gouvernement,
rechercant une véritable démocratisation
de l’Etat mexicain dans le cadre duquel elle jouerait
un rôle protagoniste.
La relation épistolaire durant la première
année après le soulèvement est ample: “L’EZLN
a l’habitude d’émettre des communiqués
pour fixer son point de vue sur divers thèmes.
Nous faisons cela pour que le peuple mexicain, ce que
l’on appelle désormais la société civile,
puisse connaître notre pensée directement
depuis notre cœur” (communiqué du 5
mai 1994)
Dans ces lettres, les zapatistes expliquent la solidarité qu’ils
veulent établir avec les organisations non gouvernementales
(ONG), les syndicats, les femmes, les étudiants,
les organisations paysannes et indigènes indépendantes,
etc. On peut ainsi trouver cet avertissement dans une
lettre addressée aux étudiants de l’UNAM
: “Nous ne voulons pas que vous veniez nous compromettre
ou nous obliger à participer dans tel ou tel courant
politique. (...) Vous pouvez venir et nous apprendre
et apprendre à votre tour” (communiqué du
12 février 1994).
Le premier dialogue entre la société civile
nationale et l’EZLN eu lieu lors de la Convention
Nationale Démocratique (1994) et, pour ce faire,
on construisit à La Realidad, le premier Aguascalientes
Zapatiste conçu, précisément, comme
un lieu de rencontre entre la société civile
nationale et internationale et les zapatistes. Plus tard
quatre autres Aguascalientes seraient mis en place: La
Garrucha, Oventik, Morelia et Roberto Barrios.
En décembre 1994, Amado Avendaño fut nommé Gouverneur
de la société civile “rebelle” et
il le resta jusqu’en l’an 2000. En 1995,
l’EZLN convoca la Consultation Nationale et Internationale
pour la Paix. Plus d’un million de personnes y
prirent part, prouvant la préoccupation de l’opinion
publique pour le Chiapas qui se prononça en faveur
de la conversion de l’EZLN en une force politique
pacifique et indépendante. Et de fait la stratégie
zapatiste commença à se modifier en ce
sens.
En 1995, les Dialogues de San Andrés entre el
gouvernement fédéral et l’EZLN débutèrent.
La société civile y pris part comme conseillère
de l’EZLN et en organisant les cordons de sécurité qui
garantissaient la protection des participants. Les propositions
zapatistes qui permitirent d’aboutir aux Accords
de San Andrés (ASA) en matière de Droits
et Culture Indigènes récupéraient
les consensus établis lors du Forum National Indigène.
Au cours de ce Forum, il fut décidé de
former le Congrès National Indigène qui
aujourd’hui encore regroupe la plupart des peuples
autochtones du Mexique. Le Forum pour la Réforme
de l’Etat (1996) cherchait à définir
des points de coïncidence entre l’EZLN et
la société civile nationale pour les présenter
dans le cadre de la seconde table de négociations
qui devait porter sur les thèmes de la Démocratie
et la Justice.
Lors de la 4ème Déclaration de la Jungle
Lacandone, la société civile fut invitée à la
formation du Front Zapatiste de Libération Nationale
afin de poursuivre la lutte politique par le biais d’une
force politique indépendante.
Une fois interrompu le dialogue de San Andrés à partir
de la fin 1996, la Marche des 1.111 (zapatistes) fut
organisée, leur permettant de participer à la
II Assemblée du CNI à Mexico et de revendiquer
la mise en place des ASA. Une rencontre EZLN-Société Civile
fut réalisée à San Cristóbal
de Las Casas pour préparer la Consulation pour
la Reconnaissance des Droits et de la Culture Indigènes
et pour la Fin de la Guerre (1999).
L’élection d’un nouveau président
en l’an 2000 propice à l’organisation
de ce qui a consitué la dernière mobilisation
et rencontre de l’EZLN avec la société civile
nationale en dehors du territoire zapatiste: la “Marche
de la Couleur de la Terre”. Celle-ci conduisit à une
partie du commandement zapatiste et au sous-commandant
Marcos à visiter différents états
du Mexique pour expliquer les raisons pour lesquelles
ils exigent l’approbation de la loi COCOPA (projet
de réforme constitutionnelle en matière
de Droits et Culture Indigènes qui rassemble les
principaux consensus des ASA) comme condition pour reprendre
le dialogue avec le gouvernement.
Le mois d’août dernier, les municipalités
autonomes zapatistes ont invité la société civile
nationale et internacionale à célébrer
la mort des “Aguascalientes” et la naissance
des “Caracoles” dont l’un des objectifs
est d’améliorer les relations avec la société civile
nationale et internacionale.
Du local au global: un voyage aller-retour
La relation existant entre la société civile
et l’EZLN est comme une route à double voie
où les propositions et réponses circulent
dans un espèce de voyage aller-retour.
Via Internet, des liens entre la lutte néozapatiste
et les groupes ou individus qui lisaient les écrits
zapatistes depuis n’importe quel endroit de la
planète commencèrent à se former.
Les manifestations de solidarité à l’extérieur
du Mexique débutèrent peu après
le soulèvement avec de grandes manifestations à Paris
et Madrid le 14 janvier 1994.
Plus tard, la société civile internationale
fut invitée à participer à la première
Rencontre Continentale pour l’Humanité et
contre le Néoliberalisme (4-8 avril 1996), préparant
ainsi la première Rencontre Intercontinentale
pour l’Humanité et contre le Néoliberalisme
réalisée du 26 juillet au 8 août
1996 (également connue comme l’Intergalactique).
Suite aux débats, la création d’un
réseau du bas vers le haut fut proposée
(local, étatique, national et international) ainsi
que la construction d’organismes ou “noeuds” au
sein du réseau qui fonctionnent par la voie du
consensus et qui commandent en obéissant. En matière économique,
le pari fut de construire une alternative économique
par le biais de la récupération de principes
de bases comme la dignité, la solidarité,
l’auto-gestion, la diversité et la coopération
centrées sur les besoins humains conçus
de manière intégrale. Il fut aussi décidé de
lier les luttes pour la démocratie et les droits
civiques du Premier Monde avec les luttes pour l’autonomie
des peuples autochtones.
De nombreuses propositions zapatistes furent reprises
et prolongées par la société civile
internationale. Ainsi, Ia Première Rencontre Continentale
pour l’Humanité et contre le Néolibéralisme
fut suivie d’une seconde session au Brésil
et la seconde Rencontre Intercontinentale fut célébrée
en Espagne en juillet 1997.
Au delà des Rencontres et Forums ponctuels, un
réseau permanent de collectifs solidaires avec
la lutte zapatiste commença à se mettre
en place par le biais des Plateformes de Soutien ou de
Solidarité Zapatiste, ou par le biais de jumelages
avec des municipalités autonomes zapatistes. L’an
dernier un Agusacaliente permanent similaire à ceux
existant en territoires zapatistes fut créé à Madrid,
constituant un lieu de réunion et rencontre entre
ceux qui cherchent à construire une autre façon
de faire de la politique dans la société espagnole.
Le fait que des observateurs internationaux viennent
passer plusiuers semaines ou mois dans les campements
civils d’observation installés dans différentes
municipalités autonomes a permis d’établir
de véritables échanges interculturels.
Il n’est donc pas étonnant de voir que dans
le communiqué “Chiapas la treizième
stèle”, les zapatistes reconnaissent de
manière constante que tout ce qui a été construit
jusqu’à présent n’est pas que
le fruit du travail des bases de soutien zapatiste mais
aussi de la société civile nationale et
internationale.
La mondialisation de l’espoir
Cela fait désormais trois ans que le Forum Social
de Porto Alegre se réalise, comme un espace par
le biais duquel les participants cherchent à construire
une alternative économique, politique, sociale
et culturelle qui permette la participation des milliers
de marginaux qui existent dans le monde pour différentes
raisons.
Depuis Seattle, Washington, Davos, Melbourne, Quito,
Belem do Parà, Rome, Venise, Prague, Istambul,
Porto Alegre, Cancún, Québec, Genève,
les zapatistes expliquent... “...nous sommes pareils
que vous. (...) Derrière nos passe-montagnes on
trouve le visage de toutes les femmes exclues. De tous
les indiens oubliés. De tous les homosexuels poursuivis.
De tous les jeunes méprisés. De tous les
migrants battus. De tous les prisonniers détenus
pour ce qu’ils disent ou ce qu’ils pensent.
De tous les travailleurs humilliés. De tous les
morts dans l’oubli. De tous les hommes et de toutes
les femmes simples et ordinaires qui ne comptent pas,
que l’on ne voit pas, que l’on ne nomme pas,
qui n’ont pas d’avenir” (Communiqué de
la commandante Ana Maria, 27 juillet 1996).
Certains considèrent que les mouvements de résistance
face à la mondialisation à échelle
mondiale débutent avec les manifestations face à la
réunion ministérielle de l’Organisation
Mondiale du Travail à Seattle en 1999. La journaliste
Naomi Klein (No logo) en revanche remonte dans le temps
et considère que le début de la lutte contre
la mondialisation ou “altermondialiste” est
marqué par le 1er janvier 1994, avec le soulèvement
zapatiste (Journal La Jornada, 18 mai 2002). Elle coïncide
ici avec Ignacio Ramonet pour qui la rebellion zapatiste
constitue la première insurection face à la
mondialisation (RAMONET, 2001: 24). Dans ce même
sens, lors du II Forum Social de Porto Alegre, González
Casanova a affirmé que les manifestations de Seattle
seraient impensables sans le soulèvement armé de
1994 au Chiapas. Le fait que la rebellion armée
est coïncidée avec l’entrée
en vigueur de l’Accord de Libre Echange de l’Amérique
du Nord reflettait une non conformité vis-à-vis
d’une politique éloignée de la participation
et des intérêts des peuples autochtones,
qui porterait tort aux prix des produits agricoles, appauvrissant
plus encore des paysans incapables de survivre face à la
concurrence des produits nord américains.
Le sous-commandant Marcos a affirmé il y a peu
: “nous pensons que [le mouvement contre la mondialisation]
n’est pas un mouvement linéaire, avec des
antécédents et des conséquences,
qu’il ne tient pas à des situations géographiques
spécifiques ou au calendrier, qu’il ne s’agit
pas de dire que le Chiapas a été le premier,
plus tard Seattle et ensuite Genève ou aujourd’hui
Cancun” (Muñoz Ramírez, 2003: 287).
Il a défini le néo-zapatisme comme “le
symptome de quelque chose de plus grand qui se passe
en Amérique du Sud, en Amérique du Nord,
en Europe, en Asie, en Afrique et en Océanie,
(...) le symptome que ces poches de résistance
qui étaient éloignées et oubliées
luttent pour pouvoir s’ouvrir, se rompre et tâcher
de se trouver les unes avec les autres et pour mettre
un terme aux bourses de valeurs et de ces autres poches,
celles de l’oubli” (“Quelques mots
sur notre façon de penser”). [jeu de mots:
Marcos utilise le même mot à tous moments: “bolsas”]
Le fait est que le mouvement altermondialiste s’est
consolidé et développé progressivement,
passant à être non seulement un mouvement
contestataire mais aussi capable de proposer des alternatives,
caractérisé par son pluralisme et son hétérogénéité.
Il défend la politique construit depuis le bas
et combine la transgression et la confrontation directe
avec une volonté d’action participatrice.
Ce mouvement représente la défense de l’universalisation
des droits humains, au delà des souveraineté nationales
mais aussi en dehors des institutions créées
par les mêmes organes représentatifs des
Etats.
Depuis la nécessaire construction d’une paix positive en territoire
chiapanèque, le SIPAZ est convaincu du besoin de se reconnaître
dans le visage de l’Autre comme faisant partie d’une même
humanité. Nous représentons un pont qui permet de passer du local
au global, en rendant plus visible le conflit au Chiapas mais aussi du global
au local, par le biais de notre présence qui représente le regard
des organisations et personnes qui depuis d’autres endroits du globe
souhaitent maintenir une présence au Chiapas, démontrant ainsi
leur préoccupation pour l’existence d’un conflit qui reste
sans solutions.
BIBLIOGRAPHY
La Jornada, Chiapas: el alzamiento, México, La
Jornada, 1994
Ramonet Ignacio, Marcos, La dignidad rebelde, Valencia,
Cybermonde, 2001
Le Bot, Yvon, El sueño zapatista, Barcelona, Anagrama,
1997
Subcomandante Marcos, Relatos del Viejo Antonio, México,
Centro de Información y Análisis de Chiapas,
1998
Michel Guillermo, “Votán Zapata. Filísofo
de la esperanza, México, Rizoma, 2001
Muñoz Ramírez, 20 y 10, El fuego y la palabra,
México, La Jornada, 2003
EZLN, Documentos y Comunicados, Ediciones Era, 1997
 ::
ACTIVITÉS DU SIPAZ
DE SEPTEMBRE A NOVEMBRE 2003
Accompagnement
- En octobre, nous avons présenté le spectacle
de marionnettes à Tenejapa. En novembre, nous
avons réalisé deux tournées, une à Playas
de Catazaja (Palenque) et l’autre à Salto
de Agua (zone Nord). Nous avons également réalisé quatre
fonctions dans différents quartiers de San Cristóbal
de Las Casas. Les œuvres présentées
portent sur les thèmes de la réconciliation
et du respect de la diversité.
- En octobre, le SIPAZ s’est réuni avec
plusieurs personnes et ONGs de Mexico.
Dialogue inter religieux
- Nous avons réalisé plusieurs réunions
et entrevues avec des acteurs religieux de San Cristóbal
de Las Casas et de la municipalité de Chenalhó dans
le cadre du projet d’Echange et de Formation entre
les dirigeants religieux de Chenalhó et les
Commissions de Paix du Nicaragua.
- Dans le cadre de ce même projet, nous avons également
réalisé deux ateliers de formation des
acteurs religieux de Chenalhó.
- En septembre, nous avons participé au premier
atelier “Chemins pour vivre ensemble dans le pluralisme
religieux” organisé par l’Institut
d’Etudes Sociales et Interculturelles (INESIN), à San
Cristóbal de Las Casas.
Education pour la Paix
- Nous continuons à collaborer dans le Réseau
pour la Paix, un espace d’action et de réflexion
qui cherche à promouvoir les processus de réconciliation
et de paix entre les organisations et communautés
du Chiapas. Actuellement, nous préparons la 4ème,
rencontre d’Expériences de Réconciliation
et de Paix, prévue pour la fin janvier 2004.
- Nous participons aux réunions de suivi de la
Seconde Rencontre du Chiapas face au Néolibéralisme
réalisée à Nuevo Huixtán
(municipalité de Las Margaritas). Une troisième
Rencontre est en préparation pour mars 2004.
- Six jours d’ateliers portant sur le thème «Préparer
nos cœurs pour la transformation sociale» ont été organisés
dans nos bureaux en octobre et novembre. Ils ont traité différents
aspects de spiritualité, activisme et communication
non violente active.
- Nous donnons des ateliers portant sur les thèmes
de Culture de Paix et Droits Humains aux jeunes des CEDECOS (Centres de Développement Communautaires) à San
Cristóbal de Las Casas.
Contacts et information
- Nous avons reçu plusieurs visites, délégations, étudiants
et journalistes pour leur parler de la situation au
Chiapas et du travail du SIPAZ.
- Nous avons participé à l’atelier “Une
introduction en matière d’incidence politique”,
organisé par PROPAZ-Suisse et le Centre pour le
Développement et les Activités de la Population
du Guatemala, réalisé à San Cristóbal
de Las Casas du 4 au 6 septembre. L’objectif était
de renforcer les capacités des organisations pour
pouvoir influencer la prise de décisions en matière
de problématiques spécifiques.
- Nous avons présenté un exposé sur
notre travail au Chiapas dans le cadre de la première
Rencontre-Atelier de Non Violence Active convoqué par
Serpaj México, Greenpeace México, Cencos,
Serapaz et le Collectif “Pensemos en voz alta”,
les 4 et 5 octobre.
- Nous avons assisté aux conférences réalisées
durant l’évènement “La communauté en
débat : Réflexions sur le rôle de
la communauté dans le Mexique contemporain” convoqué par
le Programme de Recherches Multidisciplinaires sur la
région méso-américaine et le sud
est mexicain (PROIMMSE) de l’Institut de Recherches
de l’Université Nationale Autonome du
Mexique (UNAM).
- En novembre, à Mexico, nous avons présenté un
exposé dans le cadre des XIII Journées
Lascasianas organisées par l’Institut de
Recherches Juridiques de l’UNAM portant sur le
thème “Pluralisme juridique et peuples indiens”.
- Nous avons assisté à plusieurs évènements
organisés dans le cadre de la campagne EZLN 10/20:
le Feu et les Mots, à Mexico DF et au Chiapas.
International
- Comme observateurs des droits humains, nous avons
assisté aux
journées de manifestations et aux forums alternatifs
organisés face au 5ème Sommet Ministériel
de l’Organisation Mondiale du Commerce, qui a eu
lieu à Cancun du 7 au 14 septembre.
- Une volontaire a participé à une réunion
de coopérants de CMC-Hollande qui travaillent
au Mexique et en Amérique Centrale (Guatemala,
fin septembre).
- Une volontaire de l’équipe du Chiapas
a réalisé une tournée de 6 semaines
aux USA (voir article à continuation), présentant
la situation du Chiapas et le travail du SIPAZ.
- Dans le cadre du suivi de la Rencontre Hémisphérique
face à la Militarisation réalisée
en mai, nous avons participé aux Journées
pour la Démilitarisation du 18 au 24 novembre, à San
Cristóbal de Las Casas.

Voyage
de l’autre côté de la frontière... .
Recevoir des visites et délégations
est une partie importante du travail du SIPAZ. Beaucoup
d’entre elles proviennent des USA. D’un autre
côté, des volontaires originaires de ce pays
viennent vivre et travailler au Chiapas pour un temps,
puis repartent chez eux. Nous recevons aussi de nombreuses
visites de mexicain(e)s qui vivent aux Etats-Unis. Finalement,
une grande partie des organisations qui forment la coalition
du SIPAZ et plusieurs membres de notre Comité Exécutif
résident dans ce pays.
En réponse à différents contacts et
amitiés, nous avons planifié mon voyage aux
Etats-Unis que j’ai réalisé en octobre
et début novembre. J’ai visité huit états
: le Texas, le Minnesota, le Wisconsin, l’Illinois,
le Michigan, l’Ohio, la Californie et l’Arizona.
J’ai présenté la situation du Chiapas
et le travail du SIPAZ près de 50 fois, entre les
présentations publiques, les écoles, les
universités, les usines, les églises et radios
communautaires.
Ce voyage m’a permis d’expliquer notre travail
et la situation du Chiapas bien sûr, mais il s’est
aussi transformé en un échange riche et diversifié d’expériences,
de rêves et d’idées pour construire
un monde meilleur.
Rencontres à la frontière, problèmes
partagés
Lors de mes présentations sur le Chiapas, je mentionne
l’Accord de Libre Echange de l’Amérique
du Nord (NAFTA suivant son sigle en anglais) comme l’un
des détonateurs du soulèvement armé de
1994 au Chiapas. A El Paso, Texas, j’ai visité une
maison de migrants et un centre pour femmes ouvrières.
Un mexicain m’a commenté: “Ici, avant
il y avait beaucoup d’usines textiles. Beaucoup de
mexicain(e)s gagnaient bien leur vie dans ces usines. Avec
le NAFTA, les maquiladoras sont parties s’installer
dans les états du Nord du Mexique, créant
ici beaucoup de chômage. Ils ont créé des
emplois pour d’autres mexicains mais avec un salaire
beaucoup plus bas. Maintenant, les maquiladoras s’installent
en Amérique Centrale et en Asie, laissant au Mexique
une économie dépendante et une écologie
endommagée”.
Dans la maison des migrants, j’ai rencontré beaucoup
de mexicain(e)s sans papiers provenant des états
du Nord du Mexique, qui traversent la frontière à la
recherche d’un travail et poursuivant des rêves
de réussite. Ils m’ont expliqué que
depuis les attaques du World Trade Center le 11 septembre
2001, les contrôles à la frontière
ont beaucoup augmenté, que les “Border patrols” (patrouilles à la
frontière) portent des armes militaires et que des
personnes ont été tuées (un jeune
juste en face de la maison où nous nous trouvons).
On écoute beaucoup d’histoires ici qui pourraient
décourager les milliers de mexicain(e)s qui actuellement
rêvent ou sont en route pour le Nord, en quête
d’un meilleur futur. A
Nogales, Arizona, un mur marque la frontière entre
le Mexique et les USA, ce qui me rappelle d’autres
images et d’autres temps dans mon propre pays: l’Allemagne.
A cause de ce mur, une grande partie des sans papiers traversent
la frontière loin des villes, dans les déserts
du Texas et de l’Arizona. Faute d’eau, beaucoup
ont trouvé la mort en marchant les près de
80km dans le désert jusqu’à la ville.
A l’université d’Austin, Texas, ma visite
coïncide avec celle du président du Mexique,
Vicente Fox. Une grande partie du public est formé de
migrants mexicains. Fox a surtout parlé de son travail
de lobbying en matière de politiques migratoires
auprès des autorités des deux côtés
de la frontière. Il a salué le travail des
migrants: l’argent qu’ils envoient à leur
famille au Mexique représente la première
source de revenus économiques du Mexique. Il a été très
applaudi. Mais il y avait aussi d’autres personnes
dans la salle qui ont manifesté leur désaccord
par le biais de pancartes: “Assassinats de femmes à Juárez”, “Accords
de San Andrés”, “Promesse de résoudre
le problème du Chiapas en 15 minutes”, “EZLN”. A la fin de son discours, la discussion s’est prolongée
parmi les présents. Tous n’étaient
pas d’accord. On peut aussi noter une différence
entre ceux qui sont là depuis longtemps ou qui sont
nés aux USA, et ceux qui sont arrivés il
y a peu depuis différentes régions mexicaines.
L’interdépendance économique du Mexique
avec son “grand frère” du Nord me conduit à conclure
que les “murs” (au sens propre et figuré)
ne fournissent guère une solution à long
terme. Cette interdépendance est d’ores et
déjà un fait et la pression migratoire continue à s’accroître
depuis le Sud (y compris au delà du Chiapas, frontière
sud du Mexique), suite à la détérioration économique
dont ces régions souffrent.
Luttes communes, réponses solidaires
A Tucson, Arizona, j’ai rencontré des volontaires
organisé(e)s comme “Human Borders” (Frontières
Humaines) qui emmènent de l’eau dans le désert
pour sauver la vie de migrants. D’autres vont à Altar,
un village frontalier avec des vêtements et des aliments. “Borderlinks” à Tucson
organise des délégations pour connaître
la situation de la frontière. A El Paso, Texas et à Juárez,
Chihuahua, côté mexicain, il existe des refuges,
des maisons pour les femmes et pour les migrants maintenus
par des volontaires, grâce aux donations et aux restes
d’aliments qui ne manquent jamais dans cette société d’abondance.
Beaucoup s’engagent pour aider leur prochain, qu’il
s’agisse du sans abri de leur propre pays ou au migrant
qui vient chercher une façon de survivre.
Tucson es le berceau du mouvement sanctuaire, qui de manière
traditionnelle a aidé les réfugié(e)s
des guerres en Amérique Centrale, en leur donnant
un toit et un espace pour pouvoir parler en toute sécurité.
Ils ont aussi cherché à “éduquer” le
peuple des Etats-Unis, assumant la grande responsabilité que
leur pays a eu dans ces guerres. Ce type de travail me
permet de souligner un défi : au delà des œuvres
d’aide et de charité, reconnaître que
comme pays du “premier monde”, nous faisons
partie des problèmes autant des solutions intégrales
qui sont requises...
Je trouve aussi des thèmes de luttes partagés
avec le Mexique, en particulier contre les méga-projets économiques
(ALENA, ZLEA) et les instances qui les promeuvent (OMC,
Banque Mondiale, etc.). Je rencontre plusieurs personnes
qui vont participer aux manifestations contre la ZLEA à Miami,
en faveur des droits humains des migrants ou qui écrivent
des lettres et visitent leurs représentants au sein
du Congrès dans le cadre d’un travail permanent
de lobbying. Ils me commentent que ça n’est
pas chose aisée quand les grandes entreprises font
de même mais avec d’autres moyens.
Beaucoup de militaires du Mexique et d’autres pays
du continent sont entraînés dans les écoles
militaires des USA. Chaque année, de grandes manifestations
sont organisées contre “l’Ecole des
Amériques” entre autres. Beaucoup d’activistes
ont été mis en prison pour prendre part dans
ce type d’activités. Cette année, en
novembre, comme preuve de la solidarité sud-nord,
des manifestations contre la militarisation seront organisées
dans tout le continent aux mêmes dates que celles
qui s’organisent face à l’Ecole des
Amériques en Georgie, USA.
Et moi, qu’est-ce que j’ai à voir avec
tout ça?
A plusieurs occasions, j’ai été invité à parler
dans des écoles préparatoires (Highschools)
et universités. Les enfants et les jeunes s’intéressent
surtout à ma propre histoire. Pourquoi as-tu choisi
ce type de vie? Ça te plait? Tu n’as pas de
mari ou d’enfants? D’autres me demandent ce
qu’ils peuvent faire comme jeunes à l’intérieur
et à l’extérieur de leur pays. Je lance
la possibilité d’organiser des délégations
pour qu’ils aient la possibilité de connaître
directement la vie des autochtones au Chiapas.
Aux USA, au premier abord, tout est grand : les routes,
les voitures, les maisons, les gens... Ensuite on ne peut
que noter l’abondance, le gaspillage des ressources
: eau, essence ou nourriture. Je m’imagine qu’il
est difficile de mourir de faim quand les pauvres pourraient
se nourrir de ce que les autres laissent. “To have
fun”, s’amuser semble être la devise.
Beaucoup font très attention à leur apparence
et font du sport, que ce soit dans de grands gymnases ou
en allant (en voiture!) à un endroit où ils
peuvent marcher ou courir. Beaucoup semblent ne travailler
que pour gagner de l’argent et pouvoir le dépenser
en divertissement.
Une amie activiste m’explique : "La majorité des ‘gringos’ vivent
comme dans une boite, d’où ils regardent leur
travail, leurs dollars, leur source de diversion... Sortir
de cette boite, regarder le monde tel qu’il est implique
agir. Il est difficile de sortir les autres de cette boite.
Si tu le fais trop vite, ils prennent peur et retournent à leur
boite...”
Dans la mesure où je viens moi aussi d’un
pays du premier monde, je continue à penser à la
grande tache qu’il nous faut réaliser depuis
les pays du Nord, en reconnaissant que nous sommes tous
sur le même bateau appelé Planète terre.
Que faisons-nous et qu’est ce que nous pourrions
faire de plus? Une tache partagé avec beaucoup de
monde, également des USA...  |