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:: Bulletin du SIPAZ: Vol VIII Nº 3, Décembre 2003

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soulèvement armé
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entre la société civile et l’EZLN
-> Activités du SIPAZ: De septembre à novembre 2003
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:: ANALYSE

CHIAPAS: A 10 ANS DU SOULEVEMENT ARME

En septembre, il y a eu sept ans que le dialogue entre le gouvernement fédéral et l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) a été suspendu. Le 17 novembre, l’EZLN a également fêté 20 ans d’existence, un événement qu’elle a préféré fêter de manière interne. Elle avait cependant invité la société civile nationale et internationale à prendre part aux activités que plusieurs organisations, à l’intérieur et à l’extérieur du Mexique, avaient préparé dans le cadre de cet anniversaire.

A près de 10 ans du soulèvement armé du 1er janvier 1994 au Chiapas, les perspectives de reprise d’un processus de négociation semblent toujours plus lointaines quand chacune des deux parties dans le conflit répond à une stratégie, une conception du temps et des intérêts clairement différenciés.

A échelle nationale, l’agenda des partis politiques se centre sur le thème des réformes énergétiques (électricité et essence) et fiscale, d’ores et déjà depuis une logique de dispute pour les prochaines élections présidentielles (2006). Le conflit au Chiapas n’est plus un thème prioritaire. Lors de sa visite au Chiapas en octobre, le Ministre de l’Intérieur, Santiago Creel, a affirmé en la matière qu’“il y a une politique qui n’a pas changé depuis le début de l’actuelle administration, qui a inclus la présentation du projet de loi COCOPA, la libération des prisonniers liés à l’EZLN (et) le repositionnement de sept bases militaires ». Il fait ici référence aux trois conditions posées par les zapatistes pour reprendre le dialogue à la fin 2000. Tandis que le gouvernement considère qu’il a répondu à ces conditions, la réforme en matière indigène finalement approuvée par le Congrès en 2001 a été rejetée par l’EZLN qui la considère une «trahison» aux Accords de San Andrés établis en 1996. Lors de sa visite, Creel a également commenté que le gouvernement attend la réponse des congrès des états quant à la réforme “pour réaliser une évaluation” et présenter une série de projets de lois auprès du Congrès de l’Union.

D’un autre côté, l’EZLN a suspendu tout contact avec le gouvernement et les partis politiques. Elle a déclaré que les Accords de San Andrés seraient “appliqués dans les territoires rebelles” par la voie des faits. Les “Comités de Bon Gouvernement ” (JBG), formés depuis août dernier et intégrés par les délégués des Municipalités Autonomes Rebelles Zapatistes au sein de 5 Caracoles (voir bulletin du SIPAZ, août 2003) représentent un nouveau pas dans la construction de l’autonomie zapatiste. Il s’agit d’un pari à long terme, défiant le pouvoir « officiel » en assumant des fonctions de gouvernement à tous niveaux (éducation, santé, justice, développement, etc.).

Repositionnement du discours officiel après la formation des «Caracoles»

Face à cette nouvelle stratégie zapatiste, les discours de la part du gouvernement fédéral sont allés dans le sens que les JBG pourraient s’intégrer dans le cadre constitutionnel. Les gouvernements fédéral et de l’état du Chiapas se sont «passés la balle», sans qu’aucun des deux ne semblent vouloir répondre à la nouvelle donne. Certes, dans la loi indigène approuvée en 2001, la définition des espaces et de la portée de l’autonomie sont responsabilité des états (un des points qui signifie une marche arrière comparée avec les Accords de San Andrés).

En septembre, cependant, la Commission des Peuples et Communautés autochtones du Congrès de l’état a affirmé que “cela doit être une responsabilité de la Fédération et non pas du Congrès local, puisqu’il s’agit d’un thème national ”, dans la mesure où en 1994, l’EZLN a déclaré la guerre au gouvernement fédéral.

De son côté, en octobre, le gouverneur du Chiapas, Pablo Salazar Mendiguchía, a reconnu que les efforts de l’EZLN en créant les JBG “sont intéressants” et qu’ils “n’altèrent pas les organes constitutionnels, les mairies ou le gouvernement de l‘état ”. Il a souligné que son gouvernement à la différence des antérieurs a maintenu et maintiendra une attitude de respect face aux décisions des communautés zapatistes.

Reste à voir si cette position sera viable à moyen terme dans un état où tant de situations peuvent dégénérer en violence ouverte ; ou, pour reprendre une expression utilisée par Samuel Ruiz, ex évêque de San Cristóbal de las Casas, dans le cadre d’une situation d’ “impasse formelle [du dialogue] mais de détérioration réelle”. Ceci d’autant plus que la majorité des communautés du Chiapas sont divisées et en dépit de l’offre zapatiste d’être au service des personnes non zapatistes vivant dans leurs territoires...

Non conformités suite à la redéfinition de territoires

La création des JBG conduira forcément à une recomposition des relations à l’intérieur et à l’extérieur des territoires zapatistes. En dépit du message conciliateur lancé aux non zapatistes, la redéfinition de ces territoires n’est pas allée sans générer des tensions pour d’autres acteurs sociaux.

La plupart des cas se sont présentés dans la zone Nord de l’état, où la présence zapatiste n’était pas aussi visible jusqu’à la création des ‘Caracoles’. En septembre, la JBG Nouvelle Graine qui va Produire (Roberto Barrios) a dénoncé les faits violents qui ont eu lieu dans différentes communautés de la région “suite à l’installation de panneaux zapatistes sur les routes, à l’entrée ou à la sortie de différentes municipalités autonomes”: coups, menaces d’expulsion, panneaux détruits ou sur lesquels on a tiré (balles), principalement dans les municipalités officielles de Tila, Sabanilla et Palenque.

A la fin septembre, des situations similaires se sont présentées à Ocosingo (Jungle). Une autre source de tension a été la construction de routes dans des zones zapatistes des municipalités de Chilón et Ocosingo, où les zapatistes sollicitent un payement de la part des entreprises qui souhaitent travailler dans leur territoire.

Risques d’escalades de la violence

Un autre fait préoccupant sont les dénonciations faisant référence à des groupes auparavant signalés comme paramilitaires. Des paysans de la région de Monte Líbano et Taniperla (Jungle) ont informé que l’on peut voir à nouveau des hommes armés, vêtus d’uniformes noirs, réalisant des entraînements. Dans un communiqué du ‘Caracol’ Tourbillon de nos mots, la JBG Cœur de l’Arc en ciel de notre Espérance a dénoncé les attaques de la bande ‘Los Aguilares’ (Les Aigles), dans la communauté K'an Akil, de la municipalité autonome Olga Isabel (municipalité officielle de Chilón) fin octobre: “on a entendu des détonations et ce groupe est venu provoquer et faire peur sur la route qui traverse la région, et fermer le chemin du ruisseau où les femmes vont laver leur linge et se baigner, vu que c’est le seul endroit qu’elles peuvent utiliser ”.

En octobre, une centaine de bases de soutien zapatiste appartenant à la municipalité autonome Francisco Gómez se sont concentrés dans la communauté San Manuel, Ocosingo. Les habitants de ce village ont dénoncé que le 16 octobre, un groupe de 15 Membres du PRI ont récolté près d’un hectare d’un champ de maïs , propriété de la communauté. Face à cette situation, les habitants de San Manuel montent la garde de manière permanente.

Défis des JBG en matière de justice

L’existence de systèmes parallèles (entre la structure officielle et celle zapatiste) acquiert sa complexité la plus grande lorsque l’on en vient à toucher les thèmes de l’administration de justice, du fait de la pluralité existante dans les territoires “zapatistes”. Cette situation conduit à se poser différentes questions quant à la difficulté et la légitimité de “gouverner” ceux qui ne les ont pas élus comme autorités.

Un des premiers cas s’est présenté suite à l’arrestation d’Armín Morales Jiménez, effectuée le 2 septembre à San Pedro Michoacán par des miliciens de l’EZLN “pour s’être approprié un véhicule qui n’était pas à lui ” selon la version zapatiste. En réponse, des membres de la Centrale Indépendante des Ouvriers Agricoles et Paysans (CIOAC) Section Historique, ont détenu sept personnes, deux d’entre elles originaires de communautés zapatistes. 48 heures plus tard, cinq furent libérés. Les deux derniers (zapatistes) restèrent séquestrés pendant neuf jours avant d’être libéré. En dépit de cette libération, le ton continuait à monter, jusqu’à ce que, le 12 octobre, Armín Morales fut libéré, supposément après que le gouvernement de l’état eut payé les 80 mille pesos d’‘amende’ qu’il remis au propriétaire du véhicule qu’Armín Morales Jiménez se serait approprié illégalement. L’intervention de la part du gouvernement de l’état en la matière fut assez controversé dans la mesure où elle reconnaissait la légitimité de facto du jugement émis par la JBG.

Début octobre, le Centre de Droits Humains Fray Bartolomé de las Casas (CDHFBC) a déclaré : “Tant que les systèmes normatifs des peuples autochtones ne seront pas reconnus, les problèmes de ce type continueront à se multiplier, des problèmes qui affectent les droits et justes demandes de ces peuples, rendant plus vulnérable encore le tissu social ”.

Un autre cas début septembre a attiré l’attention. Trois indiens, originaires de la communauté Flores Magón, municipalité de Teopisca, furent arrêtés pour transporter du charbon et accusés d’écocide, “dommage dolosif et prémédité a l’écologie” selon le Code Pénal. Ces personnes avaient l’autorisation de la municipalité autonome Miguel Hidalgo pour exploiter et transporter du bois. Pour la première fois, le président d’un des Conseils autonomes zapatistes comparu devant un Juge pénal. Les trois indigènes furent libérés quelques jours plus tard.

Plusieurs autres cas se sont présentés qui permettent d’imaginer deux types de scénario en matière d’application de la justice dans ces territoires pluriels : l’acceptation et la construction de la légitimité des JBG ou des conflits entre les parties et éventuellement avec le système de justice “officiel”.

Montes Azules: calme et tensions

Bien que l’on n’a pas observé de faits violents dans la biosphère de Montes Azules au cours des derniers mois, les discours contradictoires de la part de différentes instances gouvernementales ne permet guère de réduire la tension : tandis que le Ministère pour la Réforme Agraire (SRA) affirme qu’aucune expulsion violente ne sera réalisée dans la zone, le Bureau de la Procuration Fédérale pour la Protection de l’Environnement (PROFEPA), n’a pas écarté la possibilité d’appliquer la loi avec une “main de fer”, ni d’utiliser la force publique contre les personnes occupant ces terres.

En octobre, l’Association Rurale d’Intérêt Collectif (ARIC-Indépendante), qui négocie avec le gouvernement la régularisation de plusieurs villages établis dans la biosphère de Montes Azules, a critiqué ce qui avait été dit par la PROFEPA: “Au lieu de contribuer à la solution du problème, il l’empire. Parce que cela signifie qu’au sein du gouvernement il y a des groupes qui prétendent une expulsion par la force. Cela disqualifie les négociations et cela veut dire que les autorités n’ont pas une véritable volonté politique de résoudre le problème”.

D’un autre côté, Felipe Villagrán, ex fonctionnaire de la Banque Mondiale en représentation des lacandons de Lacanjá Chansayab et des habitants de Frontera Corozal et Nueva Palestina s’est réuni avec le gouverneur du Chiapas Pablo Salazar Mendiguchía et différents fonctionnaires de l’état et de la Fédération. Il leur a demandé que “l’Armée mexicaine réalise immédiatement des rondes de garde de jour et de nuit et qu’un détachement soit mis en place à Paraíso” (où une communauté zapatistes se trouve), ainsi que “l’autorisation de porter des armes de bas calibre pour surveiller les cultures des habitants ”. (Journal La Jornada, 10 novembre)

Militarisation et mobilisations face à celle-ci

Après la création des JBG dans les municipalités autonomes zapatistes, un accroissement des mouvements de troupes (patrouilles et barrages militaires) a été observé dans plusieurs zones de l’état, principalement dans la zone dite de conflit. D’un autre côté, au cours des derniers mois, on a noté un rejet croissant de la présence militaire, une tendance qui n’est pas exclusive des communautés zapatistes.

Si bien dans la plupart des cas, le rejet se réalise de manière non violente, on ne peut que percevoir une tension croissante. Ainsi, début septembre, plus de mille indigènes de la municipalité de Chenalhó ont détenu 35 militaires pour qu’ils payent les dommages occasionnés par leurs camions sur les chemins de terre. Ils furent libérés sous la condition que l’Armée mexicaine offre les matériaux nécessaires pour réparer la route, pour un montant de 15 mille pesos.

D’un autre côté, en octobre, des indigènes sympathisants de l’EZLN de la communauté Yulumchuntic, municipalité de Chalchihuitán (Hauts-Plateaux), ont détenu pour plusieurs heures trente militaires qui supposément réalisaient une patrouille pour combattre les semailles et la récolte de drogues. Il existe plusieurs versions. On peut entendre dire que les indiens leur otèrent leurs bottes et leurs armes et les obligèrent à marcher pieds nus dans le terrain de basket-ball. La JBG Cœur Central des Zapatistes Face au Monde affirme cependant qu’on les laissa seulement devant l’école de Jolitontic. Elle a également expliqué que les zapatistes refusent la présence de militaires dans leurs territoires et que de façon pacifique on les fit partir, parce que les militaires avaient installé un campement en territoire autonome. Les soldats furent libérés plusieurs heures plus tard, après s’être engagé auprès des habitants à ne plus passer par cette zone, après avoir payé une amende (20 mille pesos) et grâce à l’intervention directe du commandant de la 31ème zone militaire.

En octobre, dans le cadre de la Conférence Spéciale pour la Sécurité Hémisphérique réalisée à Mexico, les membres de l’Organisation des Etats Américains (OEA) se sont engagés à coopérer pour faire face aux menaces à la sécurité, mais en laissant à chaque Etat la liberté d’identifier ses propres priorités en la matière et de définir les stratégies, plans et actions nécessaires pour faire face aux défis que présentent la nouvelle situation dans le monde. Un aspect fut souligné : la paix se fortifie quand on va plus loin dans sa dimension humaine et quand on promeut le respect de la dignité, les droits humains, les libertés fondamentales des personnes, le développement économique et social et la lutte contre la pauvreté, les maladies et la faim.

Dans le cadre du suivi de la rencontre Hémisphérique face à la Militarisation de mai, les Journées sur les Impacts de la militarisation «Pour la Démilitarisation, unissons nos résistances» furent réalisées du 18 au 23 novembre, à San Cristóbal de Las Casas, un effort parmi toutes les autres manifestations qui devaient se réaliser dans tout le continent cette même semaine.

Luttes partagées

Lors de la Rencontre des Nations Indigènes du Mexique, en octobre, les près de 200 représentants d’organisations et communautés autochtones de Oaxaca, Michoacán, Jalisco, Veracruz, état de Mexico, Sonora, District Fédéral et Puebla, ainsi que les membres d’autres organisations sociales non indigènes ont manifesté leur solidarité vis-à-vis du mouvement zapatiste. Ils ont répété que les peuples autochtones du Mexique : “nous reconnaissons et élevons les Accords de San Andrés comme notre constitution indigène et nous exigeons l’approbation de la loi Cocopa” et que cela a été “une trahison de la part des législateurs” de ne pas le faire. Ils se prononcèrent également en faveur des JBG annoncés par l’EZLN à Oventik.

L’EZLN a montré qu’il continue à vouloir faire partie du mouvement alternatif global lorsque, le 26 octobre, le sous-commandant Marcos a envoyé un message enregistré aux académiciens, intellectuels et dirigeants sociaux qui participaient à la Rencontre En Défense de l’Humanité. L’objectif était de former un bloc de défense des droits des peuples, contre le néolibéralisme et la globalisation. Marcos souligna que la lutte contre la mondialisation du pouvoir est une question de survie humaine.

Ir hacia arriba

:: DOSSIER

Les ponts de paroles construits entre la société civile et l’EZLN

“Nous serons compatriotes et contemporains de tous ceux qui ont la volonté de justice et de beauté où qu’ils soient nés et quel que soit le moment où ils ont vécu, sans nous préoccuper des frontières géographiques ou temporelles”.
Le droit au délire. Eduardo Galeano

Policiers lors du Sommet de Cancún, Septembre 2003

Le mois de janvier prochain, dix ans auront passé depuis le soulèvement de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN). Une décennnie au cours de laquelle les communiqués, consultations, marches, forums et rencontres ont donné forme à une nouvelle façon de penser, éthique et politique, qui a eu une profonde influence non seulement au Mexique mais aussi à l'échelle internationale.

Nous voulons profiter de cette occasion pour faire le point sur le processus qui s’est développé depuis 1994 et sur les fruits engendrés par le dialogue entre le mouvement politico-social zapatiste et la société civile nationale et internationale.

Le néozapatisme: nouvelle éthique politique

Le discours politique de l’EZLN parsemé de poésie, contes, ironie et réalisme a surpris le monde entier dans un contexte politique national et international marqué par le peu d’espoir et le découragement.

Dans ses communiqués, les différentes racines culturelles du Mexique et du monde se mèlent. Les zapatistes revendiquent une société au sein de laquelle la démocratie, la liberté et la justice, autant de valeurs qui partent de la dignité humaine, sont reines. Ces mots qu’ils considèrent “les premiers de tous les mots et de toutes les langues”, sont réinventés en fonction de leur propre cosmovision:

“la justice ce n’est pas punir, c’est rendre à chacun ce qui lui est dû et chacun mérite ce que lui renvoie le miroir : lui-même. Celui qui a donné la mort, la misère, l’exploitation, le mépris mérite une bonne dose de peine et de tristesse sur son chemin. Celui qui a donné du travail, la vie, la lutte, celui qui s’est conduit en frère, reçoit comme reconnaissance une petite lumière qui illumine son visage, son cœur et sa démarche.

La liberté ne signifie pas que chacun fait ce dont il a envie. C’est pouvoir choisir le chemin qui te plait pour trouver le miroir, pour avancer en fonction des vrais mots. Mais un chemin qui ne te fasse pas perdre ce miroir, qui ne te conduit pas à te trahir, toi, les tiens ou les autres.

La démocratie signifie que les pensées conduisent à un bon accord. Ça ne signifie pas que tous pensent de la même façon (...). Que ce que dit celui qui commande obéisse à ce que pense la majorité, que le bâton de commandement soit capable de parler de manière collective et non pas en fonction d’une seule volonté. Que l’espace reflète tout cela, les marcheurs et le chemin, et soit ainsi une source de réflexion pour chacun et pour le reste du monde.”

(L’histoire des mots. Le Vieil Antonio)

Le sociologue français Yvon Le Bot parle du “rêve zapatiste” ; le chercheur Guillermo Michel, de l’“Utopie zapatiste”, reprenant ainsi la définition de Paulo Freire pour qui l’utopie est “l’acte de dénonce de la stucture déshumanisante et qui annonce la structure humanisante” (MICHEL, 2001:122). Ils expliquent que les zapatistes depuis le sud du sud se sont transformés en une voix de dénonciation et un reflet des injustices existant au Chiapas et dans d’autres endroits du monde ; en même temps, ils ont annoncé la possibilité de créer une alternative par le biais de l’organisation et l’union de tous ceux qui souhaitent un “autre monde possible”: “Dans nos rêves, nous avons vu un autre monde. Un monde véritable, un monde définitivement plus juste que celui dans lequel nous vivons pour l’instant. Nous avons vu que dans ce monde les armées n’étaient pas nécessaires. Que dans celui-ci, la paix, la justice et la liberté sont si courantes qu’on ne parle pas d’elles comme de choses lointaines mais de la même façon que qui dit pain, oiseau, air, eau, comme qui dit livre et voix. (...) Et dans ce monde, le gouvernement des plus nombreux étaient la raison et la volonté, et ceux qui commandaient étaient des personnes qui pensent bien, qui commandent en obéissant. Ce monde véritable n’était pas un rêve du passé, ce n’était pas quelque chose qui nous venait de nos ancêtres. C’était de l’avant qu’il venait, c’était le pas suivant que nous faisions. C’est ainsi que nous avons commencé à marcher pour pouvoir faire en sorte que ce rêve s’assoit à notre table, illumine notre maison, pousse dans nos champs de maïs, emplisse le cœur de nos enfants, essuie notre sueur, guérisse notre histoire et soit réel pour tous.”

La démocratie comprise comme consensus et participation collective est revendiquée et exprimée au travers du principe “commander en obéissant”: “C’est la raison et la volonté des hommes et des femmes bons de chercher et de trouver la meilleure façon de gouverner et de se gouverner. Ce qui est bon pour la majorité l’est pour tous. Mais que cela ne fasse pas taire la voix des moins nombreux, qu’ils continuent là où ils sont, en attendant que la pensée et le cœur se mettent d’accord quand à ce qui est la volonté des plus nombreux et l’opinion des moins nombreux” (communiqué du 27 février 1994).

Une nouveauté en ce qui concerne les droits fondamentaux tient au fait d’exiger le droit de participation de tous et de toutes, en respectant le droit à la différence que celle-ci soit dû à l’ethnie, la préférence sexuelle, la classe sociale, l’âge ou le genre. Les zapatistes défendent un monde dans lequel tous les mondes ont leur place. Dans les premiers communiqués ils reconnaissent les diffentes luttes existantes au Mexique et lancent une proposition : “Nous voulons que les pas de tous ceux qui marchent dans la vérité s’unissent en un même pas” (communiqué du CCRI-CG de l’EZLN, 25 janvier 1994).

Tracer la route entre rêves et mots

Depuis le soulèvement zapatiste, la société civile nationale et internationale est devenue “Madame” l’interlocutrice de l’EZLN. Il faut aussi rappeler que le cessez-le-feu décrété par le gouvernement fédéral en 1994 se doit en grande partie aux manifestations multitudinaires au Mexique et dans d’autres villes du monde.

Au Mexique, la société civile surgie spontanément suite au tremblement de terre en 1985 et organisée plus tard pour faire face au fraude électoral de 1988, représentait alors un collectif pluriel, différent des partis politiques et du gouvernement, rechercant une véritable démocratisation de l’Etat mexicain dans le cadre duquel elle jouerait un rôle protagoniste.
La relation épistolaire durant la première année après le soulèvement est ample: “L’EZLN a l’habitude d’émettre des communiqués pour fixer son point de vue sur divers thèmes. Nous faisons cela pour que le peuple mexicain, ce que l’on appelle désormais la société civile, puisse connaître notre pensée directement depuis notre cœur” (communiqué du 5 mai 1994)

Dans ces lettres, les zapatistes expliquent la solidarité qu’ils veulent établir avec les organisations non gouvernementales (ONG), les syndicats, les femmes, les étudiants, les organisations paysannes et indigènes indépendantes, etc. On peut ainsi trouver cet avertissement dans une lettre addressée aux étudiants de l’UNAM : “Nous ne voulons pas que vous veniez nous compromettre ou nous obliger à participer dans tel ou tel courant politique. (...) Vous pouvez venir et nous apprendre et apprendre à votre tour” (communiqué du 12 février 1994).

Le premier dialogue entre la société civile nationale et l’EZLN eu lieu lors de la Convention Nationale Démocratique (1994) et, pour ce faire, on construisit à La Realidad, le premier Aguascalientes Zapatiste conçu, précisément, comme un lieu de rencontre entre la société civile nationale et internationale et les zapatistes. Plus tard quatre autres Aguascalientes seraient mis en place: La Garrucha, Oventik, Morelia et Roberto Barrios.

En décembre 1994, Amado Avendaño fut nommé Gouverneur de la société civile “rebelle” et il le resta jusqu’en l’an 2000. En 1995, l’EZLN convoca la Consultation Nationale et Internationale pour la Paix. Plus d’un million de personnes y prirent part, prouvant la préoccupation de l’opinion publique pour le Chiapas qui se prononça en faveur de la conversion de l’EZLN en une force politique pacifique et indépendante. Et de fait la stratégie zapatiste commença à se modifier en ce sens.

En 1995, les Dialogues de San Andrés entre el gouvernement fédéral et l’EZLN débutèrent. La société civile y pris part comme conseillère de l’EZLN et en organisant les cordons de sécurité qui garantissaient la protection des participants. Les propositions zapatistes qui permitirent d’aboutir aux Accords de San Andrés (ASA) en matière de Droits et Culture Indigènes récupéraient les consensus établis lors du Forum National Indigène. Au cours de ce Forum, il fut décidé de former le Congrès National Indigène qui aujourd’hui encore regroupe la plupart des peuples autochtones du Mexique. Le Forum pour la Réforme de l’Etat (1996) cherchait à définir des points de coïncidence entre l’EZLN et la société civile nationale pour les présenter dans le cadre de la seconde table de négociations qui devait porter sur les thèmes de la Démocratie et la Justice.
Lors de la 4ème Déclaration de la Jungle Lacandone, la société civile fut invitée à la formation du Front Zapatiste de Libération Nationale afin de poursuivre la lutte politique par le biais d’une force politique indépendante.

Une fois interrompu le dialogue de San Andrés à partir de la fin 1996, la Marche des 1.111 (zapatistes) fut organisée, leur permettant de participer à la II Assemblée du CNI à Mexico et de revendiquer la mise en place des ASA. Une rencontre EZLN-Société Civile fut réalisée à San Cristóbal de Las Casas pour préparer la Consulation pour la Reconnaissance des Droits et de la Culture Indigènes et pour la Fin de la Guerre (1999).

L’élection d’un nouveau président en l’an 2000 propice à l’organisation de ce qui a consitué la dernière mobilisation et rencontre de l’EZLN avec la société civile nationale en dehors du territoire zapatiste: la “Marche de la Couleur de la Terre”. Celle-ci conduisit à une partie du commandement zapatiste et au sous-commandant Marcos à visiter différents états du Mexique pour expliquer les raisons pour lesquelles ils exigent l’approbation de la loi COCOPA (projet de réforme constitutionnelle en matière de Droits et Culture Indigènes qui rassemble les principaux consensus des ASA) comme condition pour reprendre le dialogue avec le gouvernement.

Le mois d’août dernier, les municipalités autonomes zapatistes ont invité la société civile nationale et internacionale à célébrer la mort des “Aguascalientes” et la naissance des “Caracoles” dont l’un des objectifs est d’améliorer les relations avec la société civile nationale et internacionale.

Du local au global: un voyage aller-retour

La relation existant entre la société civile et l’EZLN est comme une route à double voie où les propositions et réponses circulent dans un espèce de voyage aller-retour.

Via Internet, des liens entre la lutte néozapatiste et les groupes ou individus qui lisaient les écrits zapatistes depuis n’importe quel endroit de la planète commencèrent à se former. Les manifestations de solidarité à l’extérieur du Mexique débutèrent peu après le soulèvement avec de grandes manifestations à Paris et Madrid le 14 janvier 1994.

Plus tard, la société civile internationale fut invitée à participer à la première Rencontre Continentale pour l’Humanité et contre le Néoliberalisme (4-8 avril 1996), préparant ainsi la première Rencontre Intercontinentale pour l’Humanité et contre le Néoliberalisme réalisée du 26 juillet au 8 août 1996 (également connue comme l’Intergalactique).

Suite aux débats, la création d’un réseau du bas vers le haut fut proposée (local, étatique, national et international) ainsi que la construction d’organismes ou “noeuds” au sein du réseau qui fonctionnent par la voie du consensus et qui commandent en obéissant. En matière économique, le pari fut de construire une alternative économique par le biais de la récupération de principes de bases comme la dignité, la solidarité, l’auto-gestion, la diversité et la coopération centrées sur les besoins humains conçus de manière intégrale. Il fut aussi décidé de lier les luttes pour la démocratie et les droits civiques du Premier Monde avec les luttes pour l’autonomie des peuples autochtones.

De nombreuses propositions zapatistes furent reprises et prolongées par la société civile internationale. Ainsi, Ia Première Rencontre Continentale pour l’Humanité et contre le Néolibéralisme fut suivie d’une seconde session au Brésil et la seconde Rencontre Intercontinentale fut célébrée en Espagne en juillet 1997.

Au delà des Rencontres et Forums ponctuels, un réseau permanent de collectifs solidaires avec la lutte zapatiste commença à se mettre en place par le biais des Plateformes de Soutien ou de Solidarité Zapatiste, ou par le biais de jumelages avec des municipalités autonomes zapatistes. L’an dernier un Agusacaliente permanent similaire à ceux existant en territoires zapatistes fut créé à Madrid, constituant un lieu de réunion et rencontre entre ceux qui cherchent à construire une autre façon de faire de la politique dans la société espagnole.

Le fait que des observateurs internationaux viennent passer plusiuers semaines ou mois dans les campements civils d’observation installés dans différentes municipalités autonomes a permis d’établir de véritables échanges interculturels. Il n’est donc pas étonnant de voir que dans le communiqué “Chiapas la treizième stèle”, les zapatistes reconnaissent de manière constante que tout ce qui a été construit jusqu’à présent n’est pas que le fruit du travail des bases de soutien zapatiste mais aussi de la société civile nationale et internationale.

La mondialisation de l’espoir

Cela fait désormais trois ans que le Forum Social de Porto Alegre se réalise, comme un espace par le biais duquel les participants cherchent à construire une alternative économique, politique, sociale et culturelle qui permette la participation des milliers de marginaux qui existent dans le monde pour différentes raisons.

Depuis Seattle, Washington, Davos, Melbourne, Quito, Belem do Parà, Rome, Venise, Prague, Istambul, Porto Alegre, Cancún, Québec, Genève, les zapatistes expliquent... “...nous sommes pareils que vous. (...) Derrière nos passe-montagnes on trouve le visage de toutes les femmes exclues. De tous les indiens oubliés. De tous les homosexuels poursuivis. De tous les jeunes méprisés. De tous les migrants battus. De tous les prisonniers détenus pour ce qu’ils disent ou ce qu’ils pensent. De tous les travailleurs humilliés. De tous les morts dans l’oubli. De tous les hommes et de toutes les femmes simples et ordinaires qui ne comptent pas, que l’on ne voit pas, que l’on ne nomme pas, qui n’ont pas d’avenir” (Communiqué de la commandante Ana Maria, 27 juillet 1996).

Certains considèrent que les mouvements de résistance face à la mondialisation à échelle mondiale débutent avec les manifestations face à la réunion ministérielle de l’Organisation Mondiale du Travail à Seattle en 1999. La journaliste Naomi Klein (No logo) en revanche remonte dans le temps et considère que le début de la lutte contre la mondialisation ou “altermondialiste” est marqué par le 1er janvier 1994, avec le soulèvement zapatiste (Journal La Jornada, 18 mai 2002). Elle coïncide ici avec Ignacio Ramonet pour qui la rebellion zapatiste constitue la première insurection face à la mondialisation (RAMONET, 2001: 24). Dans ce même sens, lors du II Forum Social de Porto Alegre, González Casanova a affirmé que les manifestations de Seattle seraient impensables sans le soulèvement armé de 1994 au Chiapas. Le fait que la rebellion armée est coïncidée avec l’entrée en vigueur de l’Accord de Libre Echange de l’Amérique du Nord reflettait une non conformité vis-à-vis d’une politique éloignée de la participation et des intérêts des peuples autochtones, qui porterait tort aux prix des produits agricoles, appauvrissant plus encore des paysans incapables de survivre face à la concurrence des produits nord américains.

Le sous-commandant Marcos a affirmé il y a peu : “nous pensons que [le mouvement contre la mondialisation] n’est pas un mouvement linéaire, avec des antécédents et des conséquences, qu’il ne tient pas à des situations géographiques spécifiques ou au calendrier, qu’il ne s’agit pas de dire que le Chiapas a été le premier, plus tard Seattle et ensuite Genève ou aujourd’hui Cancun” (Muñoz Ramírez, 2003: 287).

Il a défini le néo-zapatisme comme “le symptome de quelque chose de plus grand qui se passe en Amérique du Sud, en Amérique du Nord, en Europe, en Asie, en Afrique et en Océanie, (...) le symptome que ces poches de résistance qui étaient éloignées et oubliées luttent pour pouvoir s’ouvrir, se rompre et tâcher de se trouver les unes avec les autres et pour mettre un terme aux bourses de valeurs et de ces autres poches, celles de l’oubli” (“Quelques mots sur notre façon de penser”). [jeu de mots: Marcos utilise le même mot à tous moments: “bolsas”]

Le fait est que le mouvement altermondialiste s’est consolidé et développé progressivement, passant à être non seulement un mouvement contestataire mais aussi capable de proposer des alternatives, caractérisé par son pluralisme et son hétérogénéité. Il défend la politique construit depuis le bas et combine la transgression et la confrontation directe avec une volonté d’action participatrice. Ce mouvement représente la défense de l’universalisation des droits humains, au delà des souveraineté nationales mais aussi en dehors des institutions créées par les mêmes organes représentatifs des Etats.

Depuis la nécessaire construction d’une paix positive en territoire chiapanèque, le SIPAZ est convaincu du besoin de se reconnaître dans le visage de l’Autre comme faisant partie d’une même humanité. Nous représentons un pont qui permet de passer du local au global, en rendant plus visible le conflit au Chiapas mais aussi du global au local, par le biais de notre présence qui représente le regard des organisations et personnes qui depuis d’autres endroits du globe souhaitent maintenir une présence au Chiapas, démontrant ainsi leur préoccupation pour l’existence d’un conflit qui reste sans solutions.

BIBLIOGRAPHY

La Jornada, Chiapas: el alzamiento, México, La Jornada, 1994
Ramonet Ignacio, Marcos, La dignidad rebelde, Valencia, Cybermonde, 2001
Le Bot, Yvon, El sueño zapatista, Barcelona, Anagrama, 1997
Subcomandante Marcos, Relatos del Viejo Antonio, México, Centro de Información y Análisis de Chiapas, 1998
Michel Guillermo, “Votán Zapata. Filísofo de la esperanza, México, Rizoma, 2001
Muñoz Ramírez, 20 y 10, El fuego y la palabra, México, La Jornada, 2003
EZLN, Documentos y Comunicados, Ediciones Era, 1997

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:: ACTIVITÉS DU SIPAZ

DE SEPTEMBRE A NOVEMBRE 2003

Accompagnement

  • En octobre, nous avons présenté le spectacle de marionnettes à Tenejapa. En novembre, nous avons réalisé deux tournées, une à Playas de Catazaja (Palenque) et l’autre à Salto de Agua (zone Nord). Nous avons également réalisé quatre fonctions dans différents quartiers de San Cristóbal de Las Casas. Les œuvres présentées portent sur les thèmes de la réconciliation et du respect de la diversité.
  • En octobre, le SIPAZ s’est réuni avec plusieurs personnes et ONGs de Mexico.

Dialogue inter religieux

  • Nous avons réalisé plusieurs réunions et entrevues avec des acteurs religieux de San Cristóbal de Las Casas et de la municipalité de Chenalhó dans le cadre du projet d’Echange et de Formation entre les dirigeants religieux de Chenalhó et les Commissions de Paix du Nicaragua.
  • Dans le cadre de ce même projet, nous avons également réalisé deux ateliers de formation des acteurs religieux de Chenalhó.
  • En septembre, nous avons participé au premier atelier “Chemins pour vivre ensemble dans le pluralisme religieux” organisé par l’Institut d’Etudes Sociales et Interculturelles (INESIN), à San Cristóbal de Las Casas.

Education pour la Paix

  • Nous continuons à collaborer dans le Réseau pour la Paix, un espace d’action et de réflexion qui cherche à promouvoir les processus de réconciliation et de paix entre les organisations et communautés du Chiapas. Actuellement, nous préparons la 4ème, rencontre d’Expériences de Réconciliation et de Paix, prévue pour la fin janvier 2004.
  • Nous participons aux réunions de suivi de la Seconde Rencontre du Chiapas face au Néolibéralisme réalisée à Nuevo Huixtán (municipalité de Las Margaritas). Une troisième Rencontre est en préparation pour mars 2004.
  • Six jours d’ateliers portant sur le thème «Préparer nos cœurs pour la transformation sociale» ont été organisés dans nos bureaux en octobre et novembre. Ils ont traité différents aspects de spiritualité, activisme et communication non violente active.
  • Nous donnons des ateliers portant sur les thèmes de Culture de Paix et Droits Humains aux jeunes des CEDECOS (Centres de Développement Communautaires) à San Cristóbal de Las Casas.

Contacts et information

  • Nous avons reçu plusieurs visites, délégations, étudiants et journalistes pour leur parler de la situation au Chiapas et du travail du SIPAZ.
  • Nous avons participé à l’atelier “Une introduction en matière d’incidence politique”, organisé par PROPAZ-Suisse et le Centre pour le Développement et les Activités de la Population du Guatemala, réalisé à San Cristóbal de Las Casas du 4 au 6 septembre. L’objectif était de renforcer les capacités des organisations pour pouvoir influencer la prise de décisions en matière de problématiques spécifiques.
  • Nous avons présenté un exposé sur notre travail au Chiapas dans le cadre de la première Rencontre-Atelier de Non Violence Active convoqué par Serpaj México, Greenpeace México, Cencos, Serapaz et le Collectif “Pensemos en voz alta”, les 4 et 5 octobre.
  • Nous avons assisté aux conférences réalisées durant l’évènement “La communauté en débat : Réflexions sur le rôle de la communauté dans le Mexique contemporain” convoqué par le Programme de Recherches Multidisciplinaires sur la région méso-américaine et le sud est mexicain (PROIMMSE) de l’Institut de Recherches de l’Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM).
  • En novembre, à Mexico, nous avons présenté un exposé dans le cadre des XIII Journées Lascasianas organisées par l’Institut de Recherches Juridiques de l’UNAM portant sur le thème “Pluralisme juridique et peuples indiens”.
  • Nous avons assisté à plusieurs évènements organisés dans le cadre de la campagne EZLN 10/20: le Feu et les Mots, à Mexico DF et au Chiapas.

International

  • Comme observateurs des droits humains, nous avons assisté aux journées de manifestations et aux forums alternatifs organisés face au 5ème Sommet Ministériel de l’Organisation Mondiale du Commerce, qui a eu lieu à Cancun du 7 au 14 septembre.
  • Une volontaire a participé à une réunion de coopérants de CMC-Hollande qui travaillent au Mexique et en Amérique Centrale (Guatemala, fin septembre).
  • Une volontaire de l’équipe du Chiapas a réalisé une tournée de 6 semaines aux USA (voir article à continuation), présentant la situation du Chiapas et le travail du SIPAZ.
  • Dans le cadre du suivi de la Rencontre Hémisphérique face à la Militarisation réalisée en mai, nous avons participé aux Journées pour la Démilitarisation du 18 au 24 novembre, à San Cristóbal de Las Casas.

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Voyage de l’autre côté de la frontière... .

Recevoir des visites et délégations est une partie importante du travail du SIPAZ. Beaucoup d’entre elles proviennent des USA. D’un autre côté, des volontaires originaires de ce pays viennent vivre et travailler au Chiapas pour un temps, puis repartent chez eux. Nous recevons aussi de nombreuses visites de mexicain(e)s qui vivent aux Etats-Unis. Finalement, une grande partie des organisations qui forment la coalition du SIPAZ et plusieurs membres de notre Comité Exécutif résident dans ce pays.

En réponse à différents contacts et amitiés, nous avons planifié mon voyage aux Etats-Unis que j’ai réalisé en octobre et début novembre. J’ai visité huit états : le Texas, le Minnesota, le Wisconsin, l’Illinois, le Michigan, l’Ohio, la Californie et l’Arizona. J’ai présenté la situation du Chiapas et le travail du SIPAZ près de 50 fois, entre les présentations publiques, les écoles, les universités, les usines, les églises et radios communautaires.

Ce voyage m’a permis d’expliquer notre travail et la situation du Chiapas bien sûr, mais il s’est aussi transformé en un échange riche et diversifié d’expériences, de rêves et d’idées pour construire un monde meilleur.

Rencontres à la frontière, problèmes partagés

Lors de mes présentations sur le Chiapas, je mentionne l’Accord de Libre Echange de l’Amérique du Nord (NAFTA suivant son sigle en anglais) comme l’un des détonateurs du soulèvement armé de 1994 au Chiapas. A El Paso, Texas, j’ai visité une maison de migrants et un centre pour femmes ouvrières. Un mexicain m’a commenté: “Ici, avant il y avait beaucoup d’usines textiles. Beaucoup de mexicain(e)s gagnaient bien leur vie dans ces usines. Avec le NAFTA, les maquiladoras sont parties s’installer dans les états du Nord du Mexique, créant ici beaucoup de chômage. Ils ont créé des emplois pour d’autres mexicains mais avec un salaire beaucoup plus bas. Maintenant, les maquiladoras s’installent en Amérique Centrale et en Asie, laissant au Mexique une économie dépendante et une écologie endommagée”.

Dans la maison des migrants, j’ai rencontré beaucoup de mexicain(e)s sans papiers provenant des états du Nord du Mexique, qui traversent la frontière à la recherche d’un travail et poursuivant des rêves de réussite. Ils m’ont expliqué que depuis les attaques du World Trade Center le 11 septembre 2001, les contrôles à la frontière ont beaucoup augmenté, que les “Border patrols” (patrouilles à la frontière) portent des armes militaires et que des personnes ont été tuées (un jeune juste en face de la maison où nous nous trouvons). On écoute beaucoup d’histoires ici qui pourraient décourager les milliers de mexicain(e)s qui actuellement rêvent ou sont en route pour le Nord, en quête d’un meilleur futur.

Mur à la frontière entre les USA et le Mexique (© BBC)A Nogales, Arizona, un mur marque la frontière entre le Mexique et les USA, ce qui me rappelle d’autres images et d’autres temps dans mon propre pays: l’Allemagne. A cause de ce mur, une grande partie des sans papiers traversent la frontière loin des villes, dans les déserts du Texas et de l’Arizona. Faute d’eau, beaucoup ont trouvé la mort en marchant les près de 80km dans le désert jusqu’à la ville.

A l’université d’Austin, Texas, ma visite coïncide avec celle du président du Mexique, Vicente Fox. Une grande partie du public est formé de migrants mexicains. Fox a surtout parlé de son travail de lobbying en matière de politiques migratoires auprès des autorités des deux côtés de la frontière. Il a salué le travail des migrants: l’argent qu’ils envoient à leur famille au Mexique représente la première source de revenus économiques du Mexique. Il a été très applaudi. Mais il y avait aussi d’autres personnes dans la salle qui ont manifesté leur désaccord par le biais de pancartes: “Assassinats de femmes à Juárez”, “Accords de San Andrés”, “Promesse de résoudre le problème du Chiapas en 15 minutes”, “EZLN”. A la fin de son discours, la discussion s’est prolongée parmi les présents. Tous n’étaient pas d’accord. On peut aussi noter une différence entre ceux qui sont là depuis longtemps ou qui sont nés aux USA, et ceux qui sont arrivés il y a peu depuis différentes régions mexicaines.

L’interdépendance économique du Mexique avec son “grand frère” du Nord me conduit à conclure que les “murs” (au sens propre et figuré) ne fournissent guère une solution à long terme. Cette interdépendance est d’ores et déjà un fait et la pression migratoire continue à s’accroître depuis le Sud (y compris au delà du Chiapas, frontière sud du Mexique), suite à la détérioration économique dont ces régions souffrent.

Luttes communes, réponses solidaires

A Tucson, Arizona, j’ai rencontré des volontaires organisé(e)s comme “Human Borders” (Frontières Humaines) qui emmènent de l’eau dans le désert pour sauver la vie de migrants. D’autres vont à Altar, un village frontalier avec des vêtements et des aliments. “Borderlinks” à Tucson organise des délégations pour connaître la situation de la frontière. A El Paso, Texas et à Juárez, Chihuahua, côté mexicain, il existe des refuges, des maisons pour les femmes et pour les migrants maintenus par des volontaires, grâce aux donations et aux restes d’aliments qui ne manquent jamais dans cette société d’abondance. Beaucoup s’engagent pour aider leur prochain, qu’il s’agisse du sans abri de leur propre pays ou au migrant qui vient chercher une façon de survivre.

Tucson es le berceau du mouvement sanctuaire, qui de manière traditionnelle a aidé les réfugié(e)s des guerres en Amérique Centrale, en leur donnant un toit et un espace pour pouvoir parler en toute sécurité. Ils ont aussi cherché à “éduquer” le peuple des Etats-Unis, assumant la grande responsabilité que leur pays a eu dans ces guerres. Ce type de travail me permet de souligner un défi : au delà des œuvres d’aide et de charité, reconnaître que comme pays du “premier monde”, nous faisons partie des problèmes autant des solutions intégrales qui sont requises...

Je trouve aussi des thèmes de luttes partagés avec le Mexique, en particulier contre les méga-projets économiques (ALENA, ZLEA) et les instances qui les promeuvent (OMC, Banque Mondiale, etc.). Je rencontre plusieurs personnes qui vont participer aux manifestations contre la ZLEA à Miami, en faveur des droits humains des migrants ou qui écrivent des lettres et visitent leurs représentants au sein du Congrès dans le cadre d’un travail permanent de lobbying. Ils me commentent que ça n’est pas chose aisée quand les grandes entreprises font de même mais avec d’autres moyens.

Beaucoup de militaires du Mexique et d’autres pays du continent sont entraînés dans les écoles militaires des USA. Chaque année, de grandes manifestations sont organisées contre “l’Ecole des Amériques” entre autres. Beaucoup d’activistes ont été mis en prison pour prendre part dans ce type d’activités. Cette année, en novembre, comme preuve de la solidarité sud-nord, des manifestations contre la militarisation seront organisées dans tout le continent aux mêmes dates que celles qui s’organisent face à l’Ecole des Amériques en Georgie, USA.

Et moi, qu’est-ce que j’ai à voir avec tout ça?

A plusieurs occasions, j’ai été invité à parler dans des écoles préparatoires (Highschools) et universités. Les enfants et les jeunes s’intéressent surtout à ma propre histoire. Pourquoi as-tu choisi ce type de vie? Ça te plait? Tu n’as pas de mari ou d’enfants? D’autres me demandent ce qu’ils peuvent faire comme jeunes à l’intérieur et à l’extérieur de leur pays. Je lance la possibilité d’organiser des délégations pour qu’ils aient la possibilité de connaître directement la vie des autochtones au Chiapas.

Aux USA, au premier abord, tout est grand : les routes, les voitures, les maisons, les gens... Ensuite on ne peut que noter l’abondance, le gaspillage des ressources : eau, essence ou nourriture. Je m’imagine qu’il est difficile de mourir de faim quand les pauvres pourraient se nourrir de ce que les autres laissent. “To have fun”, s’amuser semble être la devise. Beaucoup font très attention à leur apparence et font du sport, que ce soit dans de grands gymnases ou en allant (en voiture!) à un endroit où ils peuvent marcher ou courir. Beaucoup semblent ne travailler que pour gagner de l’argent et pouvoir le dépenser en divertissement.

Une amie activiste m’explique : "La majorité des ‘gringos’ vivent comme dans une boite, d’où ils regardent leur travail, leurs dollars, leur source de diversion... Sortir de cette boite, regarder le monde tel qu’il est implique agir. Il est difficile de sortir les autres de cette boite. Si tu le fais trop vite, ils prennent peur et retournent à leur boite...”

Dans la mesure où je viens moi aussi d’un pays du premier monde, je continue à penser à la grande tache qu’il nous faut réaliser depuis les pays du Nord, en reconnaissant que nous sommes tous sur le même bateau appelé Planète terre. Que faisons-nous et qu’est ce que nous pourrions faire de plus? Une tache partagé avec beaucoup de monde, également des USA...

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