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:: BULLETIN DU SIPAZ: Vol VIII Nº 2 - Août 2003

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des comites de bon gouvernement
zapatistes
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::> Construire des ponts entre processus de lutte:
Journal de bord d’une volontaire lors du Forum
Social Mondial Thématique en Colombie
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:: ACTUALITÉ

RESISTANCE ET AUTONOMÍE: CREATION DES COMITES DE BON GOUVERNEMENT ZAPATISTES

En juillet dernier, l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) a repris l’initiative en émettant une série de communiqués annonçant la disparition des Aguascalientes (lieux de rencontre entre l’EZLN et la société civile au sein des municipalités autonomes zapatistes), la création des comités du bon gouvernement et un surprenant repositionnement politique (voir: www.ezln.org). Le pari reste la construction de l’autonomie par la voie des faits, renforçant ainsi un processus civil et de résistance qui a fait déjà son chemin depuis plusieurs années.

Un pas de plus dans la construction de l’autonomie

En juillet, le sous-commandant Marcos (porte-parole désigné par le commandement zapatiste) a affirmé que, face au manque de réponse de la part des différents niveaux du pouvoir quant à leur demande d’autonomie, les Accords de San Andrés seront tout simplement “appliqués dans les territoires rebelles”. Il a également annoncé que les zapatistes “ont préparé une série de changements qui ont trait à leur fonctionnement interne et à leur relation avec la société civile nationale et internationale».

Postérieurement, après avoir analysé de manière autocritique les difficultés auxquelles elle fait face, l’EZLN a annoncé la mort des ‘Aguascalientes’ indiquant qu’à leur place les “Caracoles” (escargots) seraient installés et que, depuis ces espaces, les «Comités de bon gouvernement” commenceraient à fonctionner: “(…)ils seront comme des portes pour entrer dans les communautés et pour que les communautés puissent sortir ; comme des fenêtres pour nous voir et pour que nous puissions voir à l’extérieur ; comme des porte-voix pour que notre voix s’entende de loin et pour écouter celle qui vient de loin”.

Chacun des 5 comités de bon gouvernement sera formé par un ou deux délégué(s) provenant de chacun des conseils autonomes de la zone, couvrant ainsi les trente municipalités autonomes rebelles zapatistes.

Ces comités de bon gouvernement auront, entre autres, les fonctions suivantes:

  • “Essayer de réduire le déséquilibre existant en matière de développement entre les différentes municipalités autonomes et les communautés.
  • Jouer un rôle de médiation dans les conflits qui pourront se présenter dans les municipalités autonomes, ainsi qu’entre les municipalités autonomes et les municipalités dépendant du gouvernement.
  • Recevoir les plaintes présentées à l’encontre des Conseils autonomes pour violation des droits humains, protestations et non-conformités, enquêter sur leur véracité, ordonner aux conseils autonomes de corriger les erreurs et de vérifier l’accomplissement des mesures prises.
  • Surveiller la réalisation des projets et tâches communautaires des municipalités autonomes rebelles zapatistes, en s’assurant que les temps et formes accordés par les communautés sont respectés; ainsi que pour promouvoir le soutien des projets communautaires dans les municipalités autonomes rebelles zapatistes.
  • Surveiller le respect des lois qui, en accord avec les communautés régissent les municipalités autonomes rebelles zapatistes.
  • Recevoir et guider la société civile nationale et internationale lors de leurs visites dans les communautés, pour mener à bien certains projets productifs, pour installer des campements civils pour la paix, pour réaliser des recherches (attention : elles doivent bénéficier aux communautés), ainsi que pour toute autre activité permise en communautés rebelles.
  • En commun accord avec le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène – Commandement Général (CCRI-CG) de l’EZLN, promouvoir et donner l’autorisation permettant la participation de compañeros et compañeras des Municipalités autonomes rebelles zapatistes dans le cadre d’activités ou évènements à l’extérieur des communautés rebelles, ainsi que pour choisir et préparer ces compañeros et compañeras.
  • S’assurer qu’en territoire rebelle zapatiste, celui qui commande le fasse en obéissant aux communautés.”

L’EZLN a invité à un évènement pour célébrer la mort des Aguascalientes et l’inauguration des “Caracoles” dans le «Caracol» d’Oventik (Hauts Plateaux du Chiapas) du 8 au 10 août. Dix commandants zapatistes, des centaines de représentants des municipalités autonomes ainsi que des milliers de bases de soutien zapatistes et membres de la société civile nationale et internationale y ont assisté.

Avec cette nouvelle structure, l’EZLN se renforce depuis l’intérieur vers l’extérieur et depuis le bas vers le haut, établissant avec plus de clarté les voies de communication avec la société civile nationale et internationale : “Ainsi désormais les membres de la société civile savent avec qui ils doivent se mettre d’accord pour les projets, les campements pour la paix, visites, donations, etc. Les défenseurs des droits humains savent désormais à qui ils doivent faire parvenir les plaintes qu’ils reçoivent et de qui ils doivent attendre une réponse. L’armée et la police savent désormais qui ils doivent attaquer (en tenant compte du fait que dans ces cas là nous, c’est-à-dire, l’EZLN, nous interviendrons). Les moyens de communication dont on dit qu’ils sont payés pour dire ce qu’ils disent, savent désormais qui calomnier et/ou ignorer. Les moyens de communication honnêtes savent désormais où ils doivent demander des entrevues ou pour réaliser des reportages dans les communautés. Le gouvernement fédéral et son mandataire savent ce qu’ils doivent prétendre faire en sorte que cela n’existe pas. Et le Pouvoir de l’argent sait désormais quel autre il doit craindre.” ("La Treizième stèle", Septième partie).

Propositions depuis le local jusqu’à l’international

Dans le cinquième communiqué de juillet, Marcos a signalé un point sensible : les délicates relations entre les communautés zapatistes et les non zapatistes. L’EZLN a cherché à récupérer et renforcer les formes de fonctionnement des communautés où le pouvoir se conçoit de manière démocratique, rotative et horizontale. Mais elle a également reconnu que dans les cas de conflits ou de différences, jusqu’à présent c’était l’EZLN qui avait le dernier mot : «La structure militaire de l’EZLN a dans une certaine mesure ‘contaminé’ une tradition de démocratie et d’auto-gouvernement. L’EZLN était, pour le dire d’une certaine façon, un des éléments ‘anti-démocratiques’ au sein d’une relation de démocratie communautaire directe».

A Oventik, l’EZLN a annoncé le retrait des barrages et des péages dans les routes et chemins sous leur contrôle, comme un geste de bonne volonté en direction des communautés non zapatistes. Une nouvelle forme de relation entre les municipalités autonomes et le bras militaire zapatiste a également été définie. De cette façon, l’”ombre” de l’EZLN fait un pas en arrière et les communautés deviennent les principaux protagonistes. Le projet zapatiste apparaît plus que jamais comme une résistance pas seulement militaire et adopte une attitude proactive de désobéissance civile en se proposant d’assumer de manière toujours plus explicite des fonctions de gouvernement.

L’EZLN continuera cependant à fonctionner dans le cadre de la défense des municipalités autonomes. Dans ce sens, elle a envoyé un message très dur aux groupes paramilitaires, “particulièrement dans la zone des Hauts-Plateaux du Chiapas".

A échelle internationale, en ce qui concerne le Plan Puebla-Panama, “les zapatistes ont les moyens et l’organisation nécessaires pour empêcher la mise en place de ce plan” dans leur zone d’influence. Comme alternative, l’EZLN propose le Plan La Realidad-Tijuana au Mexique; pour le nord du continent américain, le Plan Morelia-Pôle Nord; pour l’Amérique Centrale, les Caraïbes et l’Amérique du Sud, le Plan La Garrucha-Terre de Feu; pour l’Europe et l’Afrique, le Plan Oventik-Moscou en direction de l’orient; pour l’Asie et l’Océanie le Plan Roberto Barrios-New-Delhi en direction de l’occident. Elle a également annoncé qu’elle participerait dans les mobilisations contre l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à Cancun en septembre. Cela faisait longtemps que l’EZLN ne se prononçait avec autant de clarté et en proposant autant d’aleternatives quant à l’agenda social face à la mondialisation économique.

Et en effet, la voix de l’EZLN est parvenue au sommet de Cancun par le biais de l’organisation “Vía Campesina” (Voie Paysanne) au travers de la voix enregistrée de la commandante Esther, du comandant David et du sous-commandant Marcos. Ils ont appelé à continuer la résistance, la lutte contre le néolibéralisme et à construire par le biais de l’autonomie un monde dans lequel la vie triomphe face à la guerre.

Réactions

On a pu observer différentes prises de position de la part du gouvernement fédéral. Pour Xóchitl Gálvez, la directrice de la Commission Nationale pour le Développement des Peuples Indiens, la problématique indigène qui persiste au Chiapas a une « unique solution de fond : modifier la réforme constitutionnelle indigène qui n’a satisfait ni les communautés autochtones ni les zapatistes ». Elle a célébré le fait que la nouvelle proposition zapatiste soit d’ordre plus politique que militaire, au même titre que le Ministre de l’Intérieur.

Le premier septembre, le Président Fox a présenté son troisième rapport de gouvernement : il a dédié une grande partie de son discours aux réformes structurelles dans les secteurs fiscaux, du travail, des télécommunications et énergétique. En ce qui concerne la situation des peuples autochtones, il mis l’accent sur la création de la Commission Nationale pour le Développement des Peuples Indiens. Cette commission a cependant été rejetée par plus de 50 organisations indigènes et de défense des droits humains qui considèrent qu’elles n’ont pas été consultées avant sa création.

Le discours du gouvernement fédéral a cherché à affirmer que les comités de bon gouvernement peuvent s’intégrer dans la Constitution, grâce à la dernière réforme constitutionnelle qui reconnaît l’autonomie indigène. Il faut cependant rappeler que cette réforme n’a pas été reconnue par l’EZLN qui considère que celle-ci reste en deçà du projet de loi indigène nommé Loi COCOPA qui regroupait les consensus les plus importants établis lors des Accords de San Andrés. Alors que pour l’EZLN, les Comités de bon gouvernement impliquent un pas de plus dans la résistance face au gouvernement, ce dernier cherche à les inclure dans le cadre constitutionnel où elles seraient plus proche de la réforme qu’il a promue.

Au Chiapas, les députés du PRI et du PAN au sein du Congrès de l’état ont fortement remis en question la création des Comités de bon gouvernement, alléguant qu’ils polariseraient plus encore la société et qu’ils portent atteinte à l’état de droit.

Le mandataire du gouvernement du Chiapas pour la réconciliation des communautés en conflit, Juan González Esponda, a en revanche affirmé que l’administration du gouverneur Pablo Salazar considère qu’ "aucune forme de gouvernement qui cherche à améliorer la situation des indigènes ne viole la loi". Il a qualifié l’initiative comme "un effort intéressant dans la recherche de nouvelles formes de solution des conflits ".

Des représentants du Congrès National Indigène (qui regroupe une grande partie du mouvement indigène du Mexique) se sont compromis à suivre l’exemple des zapatistes en promouvant l’autonomie indigène dans tout le pays et en défendant la pratique des droits indigènes. Des représentants de plusieurs organisations paysannes ont célébré la naissance des comités de bon gouvernement, en affirmant qu’ils constituent un instrument extraordinaire pour l’exercice de la démocratie populaire.

Elections législatives: unique vainqueur, l’abstention

Le repositionnement de l’EZLN acquiert une plus grande importance dans le contexte post électoral dans lequel il s’est donné. Le 6 juillet dernier, des élections fédérales à députation ont eu lieu au Mexique. Un taux d’abstention record dans l’histoire récente du pays de 58.32% a été enregistré (plus de 37 millions d’électeurs). Alors même que le recensement laissait apparaître une augmentation de 15 millions d’électeurs, le nombre de votes a été moindre que lors des dernières élections législatives de 1997 et 1994. A partir de 1988, la société mexicaine s’était mobilisée pour obtenir des élections sans fraudes et le respect du vote. Ce qui semble prévaloir aujourd’hui est le désenchantement : le haut taux d’abstention a été interprété comme une punition politique non seulement pour le gouvernement du président Fox mais aussi pour l’ensemble des partis politiques, reflétant la déception de la société face à l’alternance politique et l’absence d’options « réelles ».

Lors de ces dernières élections, aucun parti n’a obtenu un pourcentage de votes supérieur à 35%. Toutefois ce qui attire l’attention lorsque l’on observe les résultats finaux, c’est l’apparente récupération et recomposition du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI, le parti qui a gouverné le Mexique 1929 à l’an 2000), après sa défaite lors des élections présidentielles de l’an 2000. Il a obtenu 36.9% des suffrages et un total de 224 députés. Nous sommes cependant loin de l’époque où ce parti emportait plus de 50% des votes.

Le Parti d’Action Nationale (PAN, le parti du président Fox) a été considéré comme le grand perdant de ces élections dans la mesure où il n’est pas parvenu à obtenir la majorité nécessaire pour faire passer les réformes qu’il se propose sans être obligé de négocier avec l’opposition. Le PAN a cependant emporté 32.83% des suffrages (153 députés), ce qui correspond aux pourcentages qu’il obtenait dans le passé et le place seulement à trois points du PRI.

De son côté, le Parti de la Révolution Démocratique (PRD, parti de l’opposition de centre-gauche) a consolidé sa position dans le District Fédéral où il a obtenu une écrasante majorité, produit de la popularité de Manuel López Obrador, l’actuel chef du gouvernement de la ville de Mexico. En obtenant 18.77% des votes (95 députés), il s’est maintenu comme la troisième force politique du Mexique mais il a perdu en présence dans le reste de la Fédération.

Les trois autres partis qui seront représentés au Congrès sont le Parti Vert Ecologiste du Mexique (PVEM) avec 6.55% des votes (17 députés), le Parti du Travail (PT) avec 2.55% (6 députés) et Convergence avec 2.41% (5 députés). Les autres partis qui s’étaient présentés ont perdu leur représentation en n’obtenant pas la quantité de suffrages nécessaires.

Avec ces résultats, et même si le Mexique a consolidé sa crédibilité lors de processus électoraux, le manque de légitimité avec laquelle la Chambre des Députés fonctionnera demeure un facteur de préoccupation. La minorité la plus importante (le PRI) représente environ 15% de la liste d’électeurs. D’un autre côté, la haute fragmentation de la Chambre des députés rendra plus difficile l’obtention de majorité pour faire passer toute réforme.

Conflit de la biosphère de Montes Azules: un des principaux voyants rouges

Suite à la tension générée au cours des derniers mois face aux menaces d’expulsions, le gouvernement du Chiapas et les dirigeants lacandones ont accordé une trêve afin de suspendre les expulsions de communautés situées dans la biosphère de Montes Azules. Les autorités ont accepté d’appuyer les membres de l’ethnie lacandone par le biais de différents programmes économiques tandis que les lacandons ont renoncé à leurs tentatives d’expulsion des autres groupes autochtones également présents dans la région.

En mai, le changement de localisation des 28 indigènes choles qui avaient volontairement accepté d’abandonner la Réserve de Montes Azules en décembre avec la promesse de la Procuration Fédérale de Protection de l’Environnement (Profepa) que de nouvelles terres leur seraient offertes a été remise à plus tard pour la cinquième fois. Les indigènes ont alors rompu le dialogue avec le gouvernement et ont décidé de s’établir dans la municipalité de Marqués de Comillas par leurs propres moyens.

Mario Hernández Pérez de la Coalition des Organisations Autonomes de l’état du Chiapas (COAECH) a fait remarquer que ce fait “démontre que le gouvernement fédéral n’a ni la volonté ni les moyens de trouver de nouvelles terres pour les communautés installées dans la réserve de la biosphère de Montes Azules”. Il a ajouté que “maintenant plus que jamais la position des indigènes installés à Montes Azules est qu’ils n’accepteront pas d’être déplacés, puisque le gouvernement ne respecte pas ses promesses”.

Retards en matière de droits humains

Même si l’on peut observer de nombreuses avancées en matière de droits humains au Mexique, la Commission Interaméricaine des Droits Humains (CIDH) dans un rapport du mois d’avril, a souligné qu’elle “observe avec préoccupation la progressive détérioration des institutions démocratiques ». Le Mexique occupe la seconde place en matière de plaintes présentées auprès de la CIDH et la septième pour ce qui est des pétitions présentées à l’Etat afin qu’il fournisse des mesures préventives pour la protection de personnes impliquées dans des cas de plaintes pour violations à leurs garanties fondamentales en 2002”.

Le Bureau du Haut Commissaire pour les Droits Humains de l’ONU ayant son siège au Mexique a commencé un diagnostic portant sur la situation des droits humains, afin d’obtenir des informations précises sur les causes qui empêchent la pleine jouissance des garanties individuelles, civiles et politiques de ses habitants, ainsi que sur le respect des conventions internationales en la matière.

Près d’un an et neuf mois après la mort de l’avocate Digna Ochoa y Plácido, le bureau du Ministère Public créé pour donner suite au cas a conclu son enquête en affirmant que celle-ci s’était suicidée. Face à la décision de sa famille de réfuter cette conclusion et le rejet de celle-ci de la part d’organisations nationales et internationales de droits humains, le procureur Bernardo Bátiz a expliqué qu’il suivra les mécanismes de révision internes et externes.

Processus de résistance à l’échelle régionale

En juin, le président du Parlement d’Amérique Centrale, Augusto Vela, a reconnu qu’il existe trois grands problèmes en suspens en ce qui concerne le PPP : l’obtention de financement pour les projets, la nécessité de plus de consultations et de réunions avec les populations concernées et, par-dessus tout, le développement social.

Entre temps, tant au Mexique qu’en Amérique Centrale, les espaces de coordination et de rencontre prenant position contre les grands projets économiques se sont multipliés. Parmi d’autres, nous en mentionnons quelques-uns.

Les 11 et 12 mai, une Réunion Continentale et Globale contre l’ALCA (Zone de Libre Echange des Amériques) et l’OMC s’est réalisée à Mexico. Les délégués de plus de 150 organisations internationales se sont mis d’accord pour réaliser un agenda mondial de mobilisations, actions de résistance et de désobéissance civile qui se réaliseront dans différents pays contre la promotion de l’ALCA, la réunion de l’OMC à Cancun et pour “démasquer” le quatrième sommet des présidents des Amériques qui devra également avoir lieu au Mexique à la fin de cette année.

En mai, la Rencontre Nationale “Réponse et Résistance Méso-américaine face à la mondialisation néolibérale” a réuni à Oaxaca près de 400 membres de 130 organisations sociales et non gouvernementales sous la devise "Pour un futur sans PPP et sans ALCA". Parmi les conclusions de l’évènement, on peut souligner l’importance de construire un projet social propre depuis les indigènes et paysans, les marginaux et les exclus.

A la mi-juillet, les Journées de Résistance 2003 au Honduras ont regroupé une série de forums et de rencontres visant à fortifier la lutte populaire en Méso-Amérique et dans les Caraïbes ainsi qu’à rechercher des alternatives face aux grands projets économiques : Troisième Semaine pour la Biodiversité Biologique et Culturelle, le second Forum méso-américain contre les barrages et le quatrième Forum méso-américain face au PPP.

Ces rencontres ont également permis de préparer les mobilisations contre le cinquième sommet ministériel de l’OMC célébré à Cancun du 10 au 14 septembre. De nombreuses organisations paysannes, indigènes, sociales, ainsi que des ONG mexicaines et internationales se sont réunies pour réaliser des forums alternatifs et pour protester face aux lois commerciales établies para les gouvernements faisant partis de l’OMC. Dans de nombreux autres états du Mexique et pays, d’autres mobilisations ont été réalisées cette même semaine pour commémorer les victimes des guerres militaires et économiques générées par les politiques que l’OMC définit.

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:: DOSSIER

“Pour faire taire les armes, que parlent les peuples!”

Du 6 au 9 mai, la Première Rencontre Hémisphérique face à la Militarisation réalisée à San Cristobal de las Casas a convié diverses organisations civiles et sociales de tout le continent américain et des Caraïbes à se réunir et parler de la militarisation que les peuples de la région doivent endurer : leurs causes, conséquences et bien sur les formes et moyens de la freiner et construire un nouveau mode de vie sans armes, sans militaires, sans guerres.

La toile de fond pour ce forum était le Chiapas, un état du Mexique qui souffre d’une militarisation permanente depuis le soulèvement zapatiste de 1994. A échelle internationale, cette Rencontre s’est également transformée en un cri impuissant face à l’agression des Etats Unis en Irak, avec le soutien de certains gouvernements européens comme le britannique et l’espagnol. Ce contexte mondial n’a fait que renforcer la raison d’être et la pertinence d’un Forum de cette nature au moment où il a eu lieu.

Mais il y avait également quelque chose à fêter : le 1er mai dernier, les mobilisations populaires ont finalement obtenu l’expulsion de la base militaire nord américaine qui se trouvait à Vieques, Puerto Rico, depuis plus de 60 ans. La présence et le témoignage des personnes ayant participé à ce mouvement social dans le cadre de la Rencontre ont donné force et espoir à ceux qui recherchent comment éliminer les bases militaires et la militarisation qui affectent les peuples du continent.

Alors même que bombes et armes continuent à détruire des sociétés et cultures entières et au bout du compte, la vie même, des personnes provenant de 28 pays se sont réunies au coeur des Hauts-Plateaux du Chiapas, non seulement pour dire qu’un autre monde sans militarisation est possible mais aussi pour pouvoir construire un front commun par le biais des réseaux de solidarité existant entre ceux qui recherchent une organisation politique, économique, sociale et culturelle sans impositions et fondée sur la libre auto-détermination des peuples, ainsi que sur le respect et la solidarité entre eux.

Tous purent partager leurs expériences et le contexte de militarisation dans lequel ils vivent, ce qui nous permit de trouver plus d’une similitude entre régions séparées par des milliers de kilomètres de distance, une distance qui n’empèche pas l’union dans la lutte quand tous souffrent d’une situation qui répond à une politique d’hégémonie mondiale.

Les travaux furent réalisés dans trois espaces différents situés à peu de distance les uns des autres. Au cours des deux premiers jours, les conférences d’ordre plus général et les expériences plus concrètes des différents pays participants se sont succédées. Le troisième jour, le travail s’est réalisé de manière régionale, de sorte que des propositions ont surgi permettant finalement d’aboutir à la déclaration finale.

Le dernier jour, avant la clôture de l’évènement, chaque région a présenté ses propositions d’actions par le biais d’une grande ‘foire’ (c’est à dire par le biais d’affiches, de pancartes, de dessins et de jeux).

L’assemblée a donné son accord pour débuter la Campagne pour la Démilitarisation des Amériques (CADA), pour plusieurs déclarations portant sur certains thèmes, ainsi que pour un plan d’action et un agenda social continental (pour plus d’informations voir Desmilitarización)

Durant ces 4 jours et depuis trois endroits différents, on a pu écouter non seulement des exposés, expériences et dénonciations mais aussi de la musique, des poèmes, des oeuvres de théatre, marionnettes et clowns. L’art et la culture ont également éte présents comme une autre façon de provoquer une plus grande prise de conscience face à la militarisation.

La Rencontre a permis de réunir un grand nombre d’organisations: indigènes du Mexique et d’autres pays, des syndicats colombiens, des étudiants du Guatemala, des populations originaires de zones de marginalisation, une grande gamme de participants partageant cependant un dénominateur commun : outre leur préoccupation face à la militarisation, le fait de se sentir exclus et menacés par les projets économiques néolibéraux et de domination qui affectent la région : le Plan Colombie, le Plan Puebla-Panama (PPP), l’Accord de Libre Echange avec l’Amérique du Nord (ALENA), l’Aire de Libre Commerce des Amériques (ALCA) ou l’Initiative Régionale Andine. Ces projets ne semblent répondre qu’aux intérêts d’une économie transnationale hégémonique et aux plans tracés par les institutions de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), le Fond Monétaire International (FMI) ou la Banque Mondiale (BM).

A leur tour, les bases militaires forment partie d’un engrenage dans cette grande machine économique et se trouvent précisément dans les régions de plus grande richesse en ressources naturelles ou dans les zones géo-stratégiquement les plus importantes. Les armées sont ainsi utilisées pour préserver les intérêts du pouvoir économique et financier dans le monde qui, en accroîssant la complexité de la chose, se trouve diffus dans un territoire global.

Cette réalité a conduit à établir des accords pour lutter pour la démilitarisation du continent en établissant des stratégies qui cherchent à attaquer les causes de la situation et à construire une nouvelle société dans laquelle la culture de paix ainsi que la justice économique et sociale sont des valeurs centrales, une société dans laquelle les accords de solidarité et d’échange entre les peuples prévalent (voir la déclaration finale de la Rencontre).

Pour ce faire, les organisations se sont proposées d’un côté, de partager des informations, analyses et diagnostics en matière de militarisation dans tous les secteurs et niveaux, ainsi que les conséquences des différents aspects de la vie qui se voient de ce fait affectés ; d’un autre côté, “d’unir les efforts, coeurs et volontés pour construire des alternatives de paix” par le biais de la création d’un espace permanent d’analyse portant sus les expériences et alternatives.

Le SIPAZ a fait partie du réseau d’organisations qui a préparé et rendu possible cette Rencontre, et qui a représenté le début d’un travail permanent pour continuer à dénoncer la militarisation des peuples des Amériques ainsi que les intérêts politiques et économiques auxquels cette situation répond, en particulier du fait du lancement de la Campagne pour la Démilitarisation des Amériques (CADA).

L’effort de convergence entre diverses organisations se maintient à l’échelle locale, nationale, régionale et continentale grâce aux réunions de suivi et à la diffusion de matériels portant sur le contenu de la Rencontre dans les communautés autochtones et populaires, ainsi que dans le cadre des différents espaces qui ont été réalisés dans la région depuis mai face aux projets économiques néolibéraux et en faveur de la libre auto-détermination des peuples.

Un autre accord a été de mener à bien la Conférence pour la Campagne en faveur de la démilitarisation des Amériques (CADA) du 5 au 7 mars 2004, à Quito, Equateur, avant le Forum Social des Amériques, du 8 au 13 de mars 2004 à ce même endroit. Cette conférence permettra également de continuer à préparer une seconde Rencontre Hémisphérique face à la militarisation prévue pour 2005.

Le dernier jour de la Rencontre, dans un exposé intitulé “Paix et Militarisation”, Adolfo Pérez Esquivel, Prix Nobel pour la Paix, a répété que les forces armées en Amérique Latine doivent changer de rôle et se mettre au service de la population et non en opposition avec elles, comme c’est le cas à l’heure actuelle. Il a affirmé que pour améliorer la grave situation de militarisation, il est nécessaire de construire des alternatives sociales, politiques, économiques et culturelles dans la vie des peuples du continent. “Il ne suffit pas de dire NON à la militarisation et d’exiger le retrait des bases nord américaines : nous devons réaliser un travail interne dans nos pays mêmes et demander à ceux qui nous gouvernent pourquoi ils permettent cela”.

Face à l’actuelle crise de légimité des institutions créées pour sauveguarder la paix mondiale et plus concrètement de l’Organisation des Nations Unies (ONU), cette Rencontre démontre que la société civile internationale est prête à jouer un rôle plus important dans la lutte éthique pour le respect des droits humains ainsi que la responsabilité collective dans leur défense.

Cette première Rencontre Hémisphérique face à la militarisation a permis d’établir les grandes lignes stratégiques pour lutter contre l’un des instruments les plus destructeurs des Etats actuels: les armées; et c’est une tâche de toutes les organisations participantes de continuer à dénoncer et se mobiliser face à la militarisation, à échanger des informations et à promouvoir la solidarité entre les peuples.

Le caractère international du SIPAZ lui permet de servir de pont et de lien entre différentes organisations internationales et de mettre en relation cette lutte de l’hémisphère américain avec d’autres régions du monde qui souffrent de la même façon de la militarisation, que ce soit sous la forme de guerres (Irak, Afghanistan, Palestine) ou par l’installation progressive de bases militaires (Valencia, Espagne).

Dans son exposé, l’écrivain mexicain Carlos Montemayor a exprimé que chaque génération doit lutter pour ses droits et libertés fondamentales parce que ceux-ci ne s’héritent pas. (Exposé lors de l’inauguration de la Rencontre: “Présentation générale sur la militarisation et l’hégémonie des USA”).

Continuons donc à parler pour construire un monde dans lequel le silence se doit à l’absence d’armes et non pas des mots.

Pour plus d’information:
http://www.laneta.apc.org/sclc/desmilitarizacion/index.html

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:: ACTIVITES DU SIPAZ

Mai-Août 2003

Accompagnement

  • En mai et en juillet, nous avons réalisé un voyage dans la zone Nord du Chiapas pour dialoguer avec différents acteurs politiques et sociaux de la région.
  • En juin, une volontaire a passé plusieurs jours dans le campement civil pour la paix de Nuevo San Rafael (Montes Azules). Elle a également visité la communauté de Nuevo San Isidro, ainsi que les sept familles déplacées de la réserve de la biosphère de Montes Azules depuis l’an dernier
  • En août, nous avons réalisé plusieurs présentations de marionnettes dans la municipalité de Las Margaritas ainsi que dans 5 communautés autochtones.
  • Nous avons observé la célébration de la naissance des « Caracoles » et des comités de bon gouvernement zapatistes, du 8 au 10 août à Oventik.

Dialogue Inter religieux

  • Nous avons organisé plusieurs réunions et entrevues avec les acteurs religieux de San Cristóbal de las Casas et de la municipalité de Chenalhó dans le cadre du projet d’échange et de formation des leaders religieux de Chenalhó avec les Commissions de Paix du Nicaragua.
  • Nous avons passé plusieurs semaines dans la municipalité de Chenalhó dans le cadre de la présentation d’œuvres de marionnettes qui nous ont permis de nous rendre dans une douzaine de communautés faisant partie du projet de formation de Commissions de Paix.
  • En juin, nous avons participé à un atelier portant sur le thème de l’œcuménisme organisé par l’Institut d’Etudes Sociales et Interculturelles (INESIN), héritier de ce qui fut l’Ecole Biblique de Formation Intégrale de San Cristóbal de las Casas.
  • Nous avons assisté à une conférence portant sur les « Défis de la théologie du nouveau millénaire” réalisée par le CIESAS (Centre de recherches et d’études sociologiques et anthropologiques du Sud Est).
  • Nous avons assisté à l’ordination du nouvel évêque auxiliaire, Monseigneur Enrique Díaz Díaz.
  • Nous avons assisté à la rencontre “Mission Intégrale de l’Eglise face à la pauvreté au Mexique”, convoquée par l’Eglise presbytérienne et d’autres instances (San Cristóbal de las Casas, du 21 au 25 juillet).

Education pour la paix

  • Nous continuons à faire partie du Réseau pour la Paix, un espace d’action et de réflexion qui cherche à appuyer les processus de réconciliation et de paix au niveau des organisations et communautés autochtones du Chiapas. En août, ce Réseau a organisé un Forum sur le thème de l’autonomie à San Cristobal de las Casas. Des représentants de différentes régions du Chiapas et d’autres états du Mexique y ont partagé leurs expériences.
  • Nous avons présenté une œuvre sur les droits de la femme dans le cadre d’une Rencontre de la Coordination Diocésaine des Femmes à laquelle plus de 200 femmes de tout le Chiapas ont participé.
  • Nous avons participé aux réunions de suivi de la seconde Rencontre du Chiapas face au Néolibéralisme célébrée à Nuevo Huixtán (municipalité de Las Margaritas). Lors de ces réunions des actions et alternatives face à la réunion de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) prévue pour début septembre ont également été définies.
  • Nous avons commencé un nouveau cycle d’ateliers portant sur les thèmes Culture de Paix et Droits Humains avec les jeunes des CEDECOS (Centres pour le Développement Communautaires) à San Cristóbal de las Casas.
  • Nous avons assisté à un atelier sur la transformation des conflits organisé par la CORECO à Comitán du 3 au 5 juillet.

Contacts et information

  • Nous avons reçu la visite de plusieurs délégations, étudiants et journalistes pour leur parler de la situation actuelle et du travail du Sipaz.
  • En juin, nous avons participé à la préparation et réalisation de la visite du Rapporteur Spécial de l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour les Droits Fondamentaux et les Libertés des Indigènes, Rodolfo Stavenhagen.
  • Nous avons assisté à la première Rencontre Internationale pour le Développement et l’Intégration Régionale dans le sud du Mexique et de l’Amérique Centrale, réalisée à San Cristóbal de las Casas du 4 au 6 juin.
  • Nous avons écrit et diffusé un article portant sur la problématique de Montes Azules.

International

  • Nous avons participé à la préparation, réalisation et suivi de la Rencontre Hémisphérique face à la Militarisation qui s’est réalisée à San Cristóbal de las Casas, Chiapas du 6 au 9 mai (voir article à part).
  • Nous avons partagé notre expérience en matière d’accompagnement international lors de l’atelier “Jumelages, protection et diplomatie citoyenne”, dans le cadre du Forum Social Mondial thématique organisé à Cartagena de Indias, Colombie, du 16 au 20 juin. (voir article à part).
  • Nous avons assisté aux Journées de Résistance célébrées au Honduras du 17 au 23 juillet : Second Forum contre les barrages et la Troisième Semaine pour la Diversité biologique et culturelle du 17 au 20 juillet à La Esperanza et, du 22 au 24 au Quatrième Forum méso-américain pour l’autodétermination et la résistance des peuples à Tegucigalpa.
  • Nous avons participé à la Rencontre binationale USA/Mexique pour les droits humains, les 7 et 8 août dans la ville de Mexico.

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:: Construire des ponts entre processus de lutte

Journal de bord d’une volontaire lors du Forum Social Mondial Thématique en Colombie

“...et nous avons une force qui ne vient pas des armes parce que nous luttons pour la paix, une force qui nous vient de nos arguments, de notre participation citoyenne, de l’enthousiasme, de la consistance et la capacité de maintenir nos mobilisations. C’est la force des débats que nous allons avoir ici d’où des réseaux critiques et alternatifs peuvent imposer dans l’agenda politique un autre agenda, un agenda pour le développement de fait dans lequel la vie humaine en communauté, le primat de la vie, de la sécurité, de la survie soient des points clés.”
Boaventura de Sousa Santos

En mai dernier, le SIPAZ a reçu une invitation pour participer à un atelier du Réseau de Jumelage “Peuples frères, Liens visibles”, afin de partager son expérience en matière d’accompagnement international au Chiapas. Il devait avoir lieu dans le cadre du Forum Social Mondial Thématique “Démocratie, Droits Humains, Guerres et Trafic de Drogue” (FSMT), ce qui n’a fait qu’accroître notre envie d’y participer.

Le FSMT a eu lieu à Cartagena de Indias, du 16 au 20 juin. De nombreuses conférences, rencontres, ateliers et tables de discussions parallèles ont amplement abordé les thèmes des droits humains, la démocratie, le trafic de drogues et les guerres, sans perdre de vue la référence au pays amphitryon, la Colombie, ainsi que le contexte international marqué par les politiques de “sécurité” face au terrorisme. Le choix des activités était si grand qu’il était impossible de prendre part à toutes.

Lundi: une marche inaugure le FSMT

Le forum a commencé par une Conférence magistrale de Boaventura de Sousa Santos (www.fsmt.org.co). Face au manque d’expectatives de la société actuelle, ce professeur de l’Université de Coimbra a indiqué que nos problèmes au même titre que nos solutions se trouvent dans la démocratie. Il a signalé la nécessité de revendiquer la “démo diversité” : “nous devons développer des critères transculturels de démocratie. La démocratie n’existe pas, ce qui existe, ce sont des processus de démocratisation et il existe des principes alternatifs, culturels, qui permettent aux paysans, aux populations de couleur, aux communautés autochtones, de se sentir avec la confiance suffisante en eux mêmes pour produire des modèles de démocratie d’intégration des différences”. Il a revendiqué le besoin d’une démocratie de “haute intensité” dans laquelle les relations de pouvoir sont remplacées par des relations où l’autorité est partagée, qui combine la complémentarité et la créativité de la démocratie représentative avec les caractéristiques de la démocratie participative, une démocratie enfin, où les dimensions locales, nationales et globales s’articulent entre elles.

Il a reconnu que le Forum Social Mondial est un espace de constructions d’alternatives, de mondialisation de la solidarité, mais il a aussi souligné que le défi actuel est surtout de changer les agendas politiques. Le Forum a ensuite débuté au milieu de ces propositions et autres défis.

Au cours de cette première après-midi, une marche a également été réalisée dans les rues de la ville, bien sûr sur un air de salsa et au milieu des tambours. Une pancarte à la tête disait : “Dans ce monde, si nous voulons, nous avons tous une place. Nous voulons un monde meilleur: plus juste, plus démocratique et plus solidaire”.

Mardi: journée de rencontres

Le mardi a été une journée de rencontres : Première Rencontre Internationale pour la Démocratie, les écologistes, la jeunesse, les syndicats, les Femmes, pour l’Education, sur les Migrations, pour la Culture et les Arts, pour l’Attention des Populations en situation de déplacement et La Rencontre Nationale du Secteur Citoyen et communautaire.

J’ai opté pour la Rencontre Internationale des Ecologistes et, plus concrètement pour le panel “La récupération et la défense du patrimoine naturel face à la privatisation violente de la vie”.

Treize représentants d’organisations originaires de différents pays y ont partagé la privatisation progressive des ressources naturelles et les luttes locales et/ou nationales contre cette tendance.

Mario Vasconez de l’Equateur souligna la gestion de l’environnement de la part des municipalités et la nécessité de formuler des politiques alternatives en la matière. Il rappela l’importance des actions conjointes, formant ainsi une espèce de toile d’araignée dans laquelle nous formons tous un tout. Selon lui, il est nécessaire d’effectuer des changements à échelle mondiale depuis le travail local: il faut parvenir à faire en sorte que les multiples grains de sable servent à tous en permettant des changements réels dans les politiques publiques.

Humberto Vargas du Centre d’Etudes sur la Réalité Sociale de Bolivie souligna l’importance de parvenir à faire en sorte que l’eau soit un bien social qui ne saurait être privatisé ainsi que le rôle des mouvements autochtones dans la défense des territoires menacés de privatisation.

Luís Suárez du Réseau Latino-américain d’Ecologie Politique de Cuba insista sur la nécessité de réaliser des alliances en vue d’agendas communs entre organisations sociales et paysannes. Il a également souligné la relation existante entre le marché des semences transgéniques, le Plan Colombie, l’Initiative Régionale Andine et l’ALCA.

La représentante de la Ligue pour l’Environnement d’Italie parla du travail de son organisation en matière de législation, où l’expression “ecomafia” a été acceptée, ainsi que le développement de la protection pénale de l’environnement. Elle a affirmé que ceux qui commettent des “crimes” contre l’environnement peuvent être considérés comme des “voleurs du futur”.

Depuis le Chiapas, j’ai expliqué la situation de conflit existant dans la Réserve de la Biosphère de Montes Azules (Jungle Lacandone) où le discours de protection de l’environnement est utilisé pour justifier l’expulsion de communautés autochtones en confrontant les différents groupes ethniques et politiques de la zone, sans pour autant cacher les grands intérêts économiques pour la biodiversité de la zone.

La Déclaration Finale de cette Rencontre à laquelle 95 organisations ont participé affirme que “l’application du modèle néoliberal et la mise en vente de la nature conduit au démantèlement social et démocratique du droit, particulièrement de ses principes écologiques”. D’un autre côté, elle reconnaît que la résistance face à cette situation avance, principalement depuis le sud face au modèle hégémonique de développement, en consolidant des projets d’autosuffisance alimentaire, de sécurité énergétique, de récupération communautaire de l’eau et de défense du bio système.

Dans l’après-midi, j’ai assisté au panel portant sur les “Expériences en matière de pédagogie de la paix et la résolution des conflits” dans le cadre de la Rencontre Internationale pour l’Education.

Alonso Ojeda de l’Université Pédagogique de Colombie a revendiqué la nécessité d’une nouvelle éducation éthique, sociale et politique. Il a affirmé que la violence répond à une agressivité instinctive qui fait que la Raison doit nous aider à dépasser l’irrationalité et a conclu en citant Humberto Eco: “La force de la culture pourra freiner le choc des civilisations”.
Alicia Cabezudo, professeur d’histoire d’Argentine, a commencé son exposé en nous racontant une histoire vraie : durant la dictature argentine, les militaires ont fait irruption dans l’école au cours d’une de ses classes. Les militaires ont brûlé tous les livres. La professeur a obligé tous les élèves à regarder le feu les détruisant. Plusieurs années plus tard, alors qu’elle faisait ses courses dans un supermarché, un des travailleurs l’a saluée en l’appelant professeur. Elle lui a demandé quand il avait été son élève. Il lui a simplement répondu : “Le feu, professeur”. Pour elle, cela a été la meilleure classe qu’elle ait jamais faite parce qu’elle avait réussi à faire en sorte que les élèves n’oublient pas un moment important de leur histoire.

Elle a ensuite partagé certaines expériences concrètes d’éducation pour la paix par le biais d’espaces ouverts en ville, où un nouveau modèle d’éducation horizontale et interdisciplinaire est en construction.

Plusieurs expériences et stratégies pédagogiques pour la paix et les droits humains furent partagées, mais les propositions destinées aux communautés autochtones et zones rurales firent défaut.

La journée prit fin avec la Conférence de Peter Lock sur “Les nouvelles guerres et les guerres préventives”. Dans le nouveau contexte international les “nouvelles guerres” affrontent un ennemi “omniprésent dans le temps et l’espace” et aux dimensions totalitaires.

Son affirmation dans les sens que la politique extérieure des USA est principalement destinée à la conservation de pouvoir à l’intérieur même des Etats-Unis et ne constitue pas un impérialisme classique a généré la polémique. Il a également affirmé que les guerres sont le fait d’entreprises et qu’elles n’ont lieu que s’il y a une possibilité de gains et de ventes d’armes. Il a finalement exprimé que nous allons vivre une mondialisation caractérisée par une violence croissante qui définira le commerce et les échanges entre les populations.

Mercredi: confrontation entre voix discordantes.

Les jeunes qui se trouvaient réunis dans le cadre d’un forum parallèle ont fait irruption le lendemain matin lors de la présentation du panel “Guerres, terrorismes, sécurité et Droits Humains”. Trempés, ils ont monté une tente au milieu de la scène et ont lu un communiqué pour protester contre les incohérences du même FSMT.

La pluie de la nuit antérieure avait inondé le camping et cela fut le détonateur pour contester les conditions inégales entre les différents participants du Forum. Alors que certains d’entre nous se logeaient dans les hôtels de la zone touristique, eux et d’autres dormaient à même le sol, dans des conditions d’hygiène minimales. La honte pour beaucoup d’entre nous! Un autre monde possible cela ne devrait pas être que des mots mais aussi en faisant en sorte que nos actes soient conformes à nos paroles...

Il fut difficile de reprendre le cours de la discussion lorsque le besoin de construire depuis ces mêmes espaces cet autre monde possible dont on parle tant avait été mis sur le tapis.

La mi journée fut marquée par de nouveaux désaccords dans le cadre de la conférence portant sur la “Mondialisation et les Droits Humains” donnée par le Directeur de Human Rights Watch, José Miguel Vivanco. Le débat a tourné autour de la situation des droits humains à Cuba. Il a en effet affirmé que l’exercice des libertés politiques basiques est impossible à Cuba. Il a également déclaré que son organisation n’avait pas pu avoir accès aux prisons cubaines. Face à ces déclarations, une partie du public a commencé à le siffler. L’ambassadeur de Cuba en Colombie, défendant la position officielle cubaine, a traité le présentateur de “menteur” et l’a invité à se rendre à Cuba pour prouver l’absence de violations des droits humains. La discorde a réchauffé les esprits et l’exposé s’est terminé comme lors d’un match de football entre sifflets et applaudissements.

Jeudi: repenser le rôle de la société civile

Lors de la table de discussion sur le thème de la “Mondialisation, la démocratie et les nouvelles pratiques de la citoyenneté globale”, les représentants du Brésil ont nié l’existence de “modèles” démocratiques mais ont réaffirmé l’existence de valeurs indispensables pour pouvoir parler de démocratie : la pluralité (reconnaissance de l’autre), l’égalité (participation), la justice (distribution), la diversité (intégration des différences).

Ils on critiqué le fait que le marché ait plus de poids que la politique : “Produire des formes de vie fait partie de l’être humain. Les problèmes apparaissent quand le marché devient le sens de la vie et que nous sentons que nous n’existons que si nous avons accès à ce marché”.

Au milieu des interventions, les jeunes font à nouveau leur entrée en brandissant une grande pancarte sur laquelle se trouve le symbole d’un cochon avec le signe du dollar et les slogans “ONG, ONG, ONG” [allusion aux organisations non gouvernementales et à l’onomatopée qui correspond au cri du cochon] ainsi que “FSMT, PLUS THEMATIQUE QUE SOCIAL”.

Dans l’après-midi, une table de discussion a porté sur le thème “Guerres, souveraineté nationale et rôle de la communauté internationale”. Adam Isacson du Center for International Policy (USA) a présenté plusieurs documents sur la politique extérieure des USA en relation avec la Colombie. Il a commencé son exposé en demandant pardon pour les actions des USA. Depuis la vision de son pays, aucun projet de développement ne pourra fonctionner en Colombie jusqu’à ce qu’il y ait un meilleur système de sécurité dans le pays.

Alejandro Kirk de l’International Press Service, a critiqué l’absence de discussion sur le rôle des moyens de communication dans les débats, en soulignant qu’il “n’y a pas de démocratie sans communication”.

La dernière partie du débat a porté sur le rôle de la communauté internationale dans des conflits comme celui de la Colombie, en particulier lorsque le président du pays, Alvaro Uribe, est accusé d’appeler á une invasion multilatérale, à laquelle il faut encore ajouter la “coopération bilatérale” des USA par le biais du Plan Colombie et de l’Initiative Régionale Andine.

Vendredi: mouvements de résistance locaux et mondiaux

“ Résistances civiles et contrepoids face aux guerres”. Sous ce titre le débat fut le lendemain lancé sur les stratégies de résistance civile face aux guerres.

Ulrich Oslender, Chercheur spécialiste des Mouvements Sociaux, a affirmé qu’il est plus que jamais nécessaire de “mondialiser la résistance” et d’informer sur ses différentes formes. Il a considéré exemplaires les mobilisations de la société civile contre la guerre en Irak. Une de leurs caractéristiques fut leur hétérogénéité et le fait que beaucoup participaient pour la première fois à ce type d’actions. Il a rappelé l’importance des zapatistes dans la mondialisation de la résistance et la responsabilité de la société civile pour continuer à mener à bien cet effort.

REDEPAZ (Réseau d’Initiatives pour la Paix) a présenté une synthèse de toutes les activités qui ont été réalisées à ce jour pour construire la paix en Colombie, en explicitant que cette paix n’est pas qu’absence de violence mais aussi développement, démocratie, droits humains et insertion . Il a rejeté l’idée que la paix puisse être ambiguë : “la violence ne peut rien construire”. Il a encore ajouté: “la paix n’est possible que si nous sommes capables de la construire depuis la base, depuis les communautés”.

Dans l’après-midi, j’ai participé à l’atelier “Jumelages, protectorats et diplomatie alternative” du Réseau de Jumelages “Peuples frères-Liens visibles” au cours de laquelle plusieurs expériences de jumelages et de relations de coopération nord-nord, sud-nord, nord-sud et sud-sud ont été présentées.

En représentation du SIPAZ, et plus concrètement son projet de marionnettes “Diversité” que nous travaillons en collaboration avec l’organisation mexicaine Alianza Cívica-Chiapas, j’ai partagé cette nouvelle forme d’accompagnement que nous réalisons ainsi (voir bulletin d’avril).

D’un autre côté, la coordinatrice de Brigades de Paix en Colombie a expliqué leur travail d’accompagnement et déploré le fait que leur organisation ne puisse répondre à toutes les demandes.

Finalement, Arcadi Oliveres, directeur de l’ONG “Justice et Paix” de Barcelone a parlé des jumelages entre municipalités en soulignant l’importance de construire de vrais liens, peut être peu formels mais de fond.

Samedi: des sourires qui sentent la mort

Ma découverte de la réalité colombienne ne s’est pas limitée au seul Forum. Deux amis d’organisations des droits humains colombiens m’ont invité à visiter une communauté qui a souffert d’un massacre il y a trois ans de cela, El Salado. Elle se trouve dans une zone contrôlée par les paramilitaires. Là, trois passagers d’un véhicule ont été séquestrés sur la route cette même semaine.

La population nous a parlé du massacre et de leur retour il y a un an. La communauté était comme morte. Ils n’ont pas la possibilité de cultiver. Les marques des mitraillettes sont encore visibles sur les murs. Les regards de ceux qui n’ont de cesse de nous remercier de notre venue m’émeuvent. Ils nous content avec rage comment les hélicoptères continuent à survoler la communauté la nuit venue.

Ils me demandent de leur expliquer mon travail au SIPAZ et surtout comment vont les communautés autochtones au Chiapas. Ils écoutent mes mots et mes excuses pour ne pas pouvoir les aider.

Sans aucun doute, l’aspect le plus enrichissant de ce FSMT a été de pouvoir connaître autant d’organisations et de personnes qui cherchent à construire une société dans laquelle le respect des droits humains sera une réalité quotidienne. Dans le cas de la Colombie, la grande majorité des participants travaillent pour un meilleur futur avec plus d’un compañero mort dans cette même lutte. Leur force, leur énergie et leurs rires m’ont touché au cœur. La Colombie a pour moi la forme de leurs visages dignes et souriants.

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