:: ACTUALITÉ
RESISTANCE ET AUTONOMÍE: CREATION
DES COMITES DE BON GOUVERNEMENT ZAPATISTES
En juillet dernier, l’Armée
Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) a repris
l’initiative en émettant une série de
communiqués annonçant la disparition des Aguascalientes (lieux de rencontre entre l’EZLN et la société civile
au sein des municipalités autonomes zapatistes), la
création des comités du bon gouvernement et
un surprenant repositionnement politique (voir: www.ezln.org).
Le pari reste la construction de l’autonomie par la
voie des faits, renforçant ainsi un processus civil
et de résistance qui a fait déjà son
chemin depuis plusieurs années.
Un pas de plus dans la construction de
l’autonomie
En juillet, le sous-commandant Marcos (porte-parole désigné par
le commandement zapatiste) a affirmé que, face au
manque de réponse de la part des différents
niveaux du pouvoir quant à leur demande d’autonomie,
les Accords de San Andrés seront tout simplement “appliqués
dans les territoires rebelles”. Il a également
annoncé que les zapatistes “ont préparé une
série de changements qui ont trait à leur fonctionnement
interne et à leur relation avec la société civile
nationale et internationale».
Postérieurement, après avoir analysé de
manière autocritique les difficultés auxquelles
elle fait face, l’EZLN a annoncé la mort des ‘Aguascalientes’ indiquant
qu’à leur place les “Caracoles” (escargots)
seraient installés et que, depuis ces espaces, les «Comités
de bon gouvernement” commenceraient à fonctionner: “(…)ils
seront comme des portes pour entrer dans les communautés
et pour que les communautés puissent sortir ; comme
des fenêtres pour nous voir et pour que nous puissions
voir à l’extérieur ; comme des porte-voix
pour que notre voix s’entende de loin et pour écouter
celle qui vient de loin”.
Chacun des 5 comités de bon gouvernement sera formé par
un ou deux délégué(s) provenant de chacun
des conseils autonomes de la zone, couvrant ainsi les trente
municipalités autonomes rebelles zapatistes.
Ces comités
de bon gouvernement auront, entre autres, les fonctions
suivantes:
- “Essayer de réduire le
déséquilibre existant en matière
de développement entre les différentes
municipalités autonomes et les communautés.
-
Jouer un rôle de médiation dans les
conflits qui pourront se présenter dans
les municipalités autonomes, ainsi qu’entre
les municipalités autonomes et les municipalités
dépendant du gouvernement.
-
Recevoir les plaintes présentées à l’encontre
des Conseils autonomes pour violation des droits
humains, protestations et non-conformités,
enquêter sur leur véracité,
ordonner aux conseils autonomes de corriger les
erreurs et de vérifier l’accomplissement
des mesures prises.
-
Surveiller la réalisation des projets et
tâches communautaires des municipalités
autonomes rebelles zapatistes, en s’assurant
que les temps et formes accordés par les
communautés sont respectés; ainsi
que pour promouvoir le soutien des projets communautaires
dans les municipalités autonomes rebelles
zapatistes.
-
Surveiller le respect des lois qui, en accord avec
les communautés régissent les municipalités
autonomes rebelles zapatistes.
-
Recevoir et guider la société civile
nationale et internationale lors de leurs visites
dans les communautés, pour mener à bien
certains projets productifs, pour installer des
campements civils pour la paix, pour réaliser
des recherches (attention : elles doivent bénéficier
aux communautés), ainsi que pour toute autre
activité permise en communautés rebelles.
-
En commun accord avec le Comité Clandestin
Révolutionnaire Indigène – Commandement
Général (CCRI-CG) de l’EZLN,
promouvoir et donner l’autorisation permettant
la participation de compañeros et compañeras
des Municipalités autonomes rebelles zapatistes
dans le cadre d’activités ou évènements à l’extérieur
des communautés rebelles, ainsi que pour
choisir et préparer ces compañeros
et compañeras.
-
S’assurer qu’en territoire rebelle
zapatiste, celui qui commande le fasse en obéissant
aux communautés.”
|
L’EZLN a invité à un évènement
pour célébrer la mort des Aguascalientes et
l’inauguration des “Caracoles” dans le «Caracol» d’Oventik
(Hauts Plateaux du Chiapas) du 8 au 10 août. Dix commandants
zapatistes, des centaines de représentants des municipalités
autonomes ainsi que des milliers de bases de soutien zapatistes
et membres de la société civile nationale et
internationale y ont assisté.
Avec cette nouvelle structure, l’EZLN se renforce
depuis l’intérieur vers l’extérieur
et depuis le bas vers le haut, établissant avec plus
de clarté les voies de communication avec la société civile
nationale et internationale : “Ainsi désormais
les membres de la société civile savent avec
qui ils doivent se mettre d’accord pour les projets,
les campements pour la paix, visites, donations, etc. Les
défenseurs des droits humains savent désormais à qui
ils doivent faire parvenir les plaintes qu’ils reçoivent
et de qui ils doivent attendre une réponse. L’armée
et la police savent désormais qui ils doivent attaquer
(en tenant compte du fait que dans ces cas là nous,
c’est-à-dire, l’EZLN, nous interviendrons).
Les moyens de communication dont on dit qu’ils sont
payés pour dire ce qu’ils disent, savent désormais
qui calomnier et/ou ignorer. Les moyens de communication
honnêtes savent désormais où ils doivent
demander des entrevues ou pour réaliser des reportages
dans les communautés. Le gouvernement fédéral
et son mandataire savent ce qu’ils doivent prétendre
faire en sorte que cela n’existe pas. Et le Pouvoir
de l’argent sait désormais quel autre il doit
craindre.” ("La Treizième stèle",
Septième partie).
Propositions depuis le local jusqu’à l’international
Dans le cinquième communiqué de juillet, Marcos
a signalé un point sensible : les délicates
relations entre les communautés zapatistes et les
non zapatistes. L’EZLN a cherché à récupérer
et renforcer les formes de fonctionnement des communautés
où le pouvoir se conçoit de manière
démocratique, rotative et horizontale. Mais elle a également
reconnu que dans les cas de conflits ou de différences,
jusqu’à présent c’était
l’EZLN qui avait le dernier mot : «La structure
militaire de l’EZLN a dans une certaine mesure ‘contaminé’ une
tradition de démocratie et d’auto-gouvernement.
L’EZLN était, pour le dire d’une certaine
façon, un des éléments ‘anti-démocratiques’ au
sein d’une relation de démocratie communautaire
directe».
A Oventik, l’EZLN a annoncé le retrait des
barrages et des péages dans les routes et chemins
sous leur contrôle, comme un geste de bonne volonté en
direction des communautés non zapatistes. Une nouvelle
forme de relation entre les municipalités autonomes
et le bras militaire zapatiste a également été définie.
De cette façon, l’”ombre” de l’EZLN
fait un pas en arrière et les communautés deviennent
les principaux protagonistes. Le projet zapatiste apparaît
plus que jamais comme une résistance pas seulement
militaire et adopte une attitude proactive de désobéissance
civile en se proposant d’assumer de manière
toujours plus explicite des fonctions de gouvernement.
L’EZLN continuera cependant à fonctionner dans
le cadre de la défense des municipalités autonomes.
Dans ce sens, elle a envoyé un message très
dur aux groupes paramilitaires, “particulièrement
dans la zone des Hauts-Plateaux du Chiapas".
A échelle internationale, en ce qui concerne le Plan
Puebla-Panama, “les zapatistes ont les moyens et l’organisation
nécessaires pour empêcher la mise en place de
ce plan” dans leur zone d’influence. Comme alternative,
l’EZLN propose le Plan La Realidad-Tijuana au Mexique;
pour le nord du continent américain, le Plan Morelia-Pôle
Nord; pour l’Amérique Centrale, les Caraïbes
et l’Amérique du Sud, le Plan La Garrucha-Terre
de Feu; pour l’Europe et l’Afrique, le Plan Oventik-Moscou
en direction de l’orient; pour l’Asie et l’Océanie
le Plan Roberto Barrios-New-Delhi en direction de l’occident.
Elle a également annoncé qu’elle participerait
dans les mobilisations contre l’Organisation Mondiale
du Commerce (OMC) à Cancun en septembre. Cela faisait
longtemps que l’EZLN ne se prononçait avec autant
de clarté et en proposant autant d’aleternatives
quant à l’agenda social face à la mondialisation économique.
Et en effet, la voix de l’EZLN est parvenue au sommet
de Cancun par le biais de l’organisation “Vía
Campesina” (Voie Paysanne) au travers de la voix enregistrée
de la commandante Esther, du comandant David et du sous-commandant
Marcos. Ils ont appelé à continuer la résistance,
la lutte contre le néolibéralisme et à construire
par le biais de l’autonomie un monde dans lequel la
vie triomphe face à la guerre.
Réactions
On a pu observer différentes prises de position de
la part du gouvernement fédéral. Pour Xóchitl
Gálvez, la directrice de la Commission Nationale pour
le Développement des Peuples Indiens, la problématique
indigène qui persiste au Chiapas a une « unique
solution de fond : modifier la réforme constitutionnelle
indigène qui n’a satisfait ni les communautés
autochtones ni les zapatistes ». Elle a célébré le
fait que la nouvelle proposition zapatiste soit d’ordre
plus politique que militaire, au même titre que le
Ministre de l’Intérieur.
Le premier septembre, le Président Fox a présenté son
troisième rapport de gouvernement : il a dédié une
grande partie de son discours aux réformes structurelles
dans les secteurs fiscaux, du travail, des télécommunications
et énergétique. En ce qui concerne la situation
des peuples autochtones, il mis l’accent sur la création
de la Commission Nationale pour le Développement des
Peuples Indiens. Cette commission a cependant été rejetée
par plus de 50 organisations indigènes et de défense
des droits humains qui considèrent qu’elles
n’ont pas été consultées avant
sa création.
Le discours du gouvernement fédéral a cherché à affirmer
que les comités de bon gouvernement peuvent s’intégrer
dans la Constitution, grâce à la dernière
réforme constitutionnelle qui reconnaît l’autonomie
indigène. Il faut cependant rappeler que cette réforme
n’a pas été reconnue par l’EZLN
qui considère que celle-ci reste en deçà du
projet de loi indigène nommé Loi COCOPA qui
regroupait les consensus les plus importants établis
lors des Accords de San Andrés. Alors que pour l’EZLN,
les Comités de bon gouvernement impliquent un pas
de plus dans la résistance face au gouvernement, ce
dernier cherche à les inclure dans le cadre constitutionnel
où elles seraient plus proche de la réforme
qu’il a promue.
Au Chiapas, les députés du PRI et du PAN au
sein du Congrès de l’état ont fortement
remis en question la création des Comités de
bon gouvernement, alléguant qu’ils polariseraient
plus encore la société et qu’ils portent
atteinte à l’état de droit.
Le mandataire du gouvernement du Chiapas
pour la réconciliation
des communautés en conflit, Juan González Esponda,
a en revanche affirmé que l’administration du
gouverneur Pablo Salazar considère qu’ "aucune
forme de gouvernement qui cherche à améliorer
la situation des indigènes ne viole la loi".
Il a qualifié l’initiative comme "un effort
intéressant dans la recherche de nouvelles formes
de solution des conflits ".
Des représentants du Congrès National Indigène
(qui regroupe une grande partie du mouvement indigène
du Mexique) se sont compromis à suivre l’exemple
des zapatistes en promouvant l’autonomie indigène
dans tout le pays et en défendant la pratique des
droits indigènes. Des représentants de plusieurs
organisations paysannes ont célébré la
naissance des comités de bon gouvernement, en affirmant
qu’ils constituent un instrument extraordinaire pour
l’exercice de la démocratie populaire.
Elections législatives: unique vainqueur, l’abstention
Le repositionnement de l’EZLN acquiert une plus grande
importance dans le contexte post électoral dans lequel
il s’est donné. Le 6 juillet dernier, des élections
fédérales à députation ont eu
lieu au Mexique. Un taux d’abstention record dans l’histoire
récente du pays de 58.32% a été enregistré (plus
de 37 millions d’électeurs). Alors même
que le recensement laissait apparaître une augmentation
de 15 millions d’électeurs, le nombre de votes
a été moindre que lors des dernières élections
législatives de 1997 et 1994. A partir de 1988, la
société mexicaine s’était mobilisée
pour obtenir des élections sans fraudes et le respect
du vote. Ce qui semble prévaloir aujourd’hui
est le désenchantement : le haut taux d’abstention
a été interprété comme une punition
politique non seulement pour le gouvernement du président
Fox mais aussi pour l’ensemble des partis politiques,
reflétant la déception de la société face à l’alternance
politique et l’absence d’options « réelles ».
Lors de ces dernières élections, aucun parti
n’a obtenu un pourcentage de votes supérieur à 35%.
Toutefois ce qui attire l’attention lorsque l’on
observe les résultats finaux, c’est l’apparente
récupération et recomposition du Parti Révolutionnaire
Institutionnel (PRI, le parti qui a gouverné le Mexique
1929 à l’an 2000), après sa défaite
lors des élections présidentielles de l’an
2000. Il a obtenu 36.9% des suffrages et un total de 224
députés. Nous sommes cependant loin de l’époque
où ce parti emportait plus de 50% des votes.
Le Parti d’Action Nationale (PAN, le parti du président
Fox) a été considéré comme le
grand perdant de ces élections dans la mesure où il
n’est pas parvenu à obtenir la majorité nécessaire
pour faire passer les réformes qu’il se propose
sans être obligé de négocier avec l’opposition.
Le PAN a cependant emporté 32.83% des suffrages (153
députés), ce qui correspond aux pourcentages
qu’il obtenait dans le passé et le place seulement à trois
points du PRI.
De son côté, le Parti
de la Révolution
Démocratique (PRD, parti de l’opposition de
centre-gauche) a consolidé sa position dans le District
Fédéral où il a obtenu une écrasante
majorité, produit de la popularité de Manuel
López Obrador, l’actuel chef du gouvernement
de la ville de Mexico. En obtenant 18.77% des votes (95 députés),
il s’est maintenu comme la troisième force politique
du Mexique mais il a perdu en présence dans le reste
de la Fédération.
Les trois autres partis qui seront représentés
au Congrès sont le Parti Vert Ecologiste du Mexique
(PVEM) avec 6.55% des votes (17 députés), le Parti
du Travail (PT) avec 2.55% (6 députés)
et Convergence avec 2.41% (5 députés). Les
autres partis qui s’étaient présentés
ont perdu leur représentation en n’obtenant
pas la quantité de suffrages nécessaires.
Avec ces résultats, et même si le Mexique a
consolidé sa crédibilité lors de processus électoraux,
le manque de légitimité avec laquelle la Chambre
des Députés fonctionnera demeure un facteur
de préoccupation. La minorité la plus importante
(le PRI) représente environ 15% de la liste d’électeurs.
D’un autre côté, la haute fragmentation
de la Chambre des députés rendra plus difficile
l’obtention de majorité pour faire passer toute
réforme.
Conflit de la biosphère de Montes
Azules: un des principaux voyants rouges
Suite à la tension générée au
cours des derniers mois face aux menaces d’expulsions,
le gouvernement du Chiapas et les dirigeants lacandones
ont accordé une trêve afin de suspendre
les expulsions de communautés situées dans
la biosphère de Montes Azules. Les autorités
ont accepté d’appuyer les membres de l’ethnie
lacandone par le biais de différents programmes économiques
tandis que les lacandons ont renoncé à leurs
tentatives d’expulsion des autres groupes autochtones également
présents dans la région.
En mai, le changement de localisation
des 28 indigènes
choles qui avaient volontairement accepté d’abandonner
la Réserve de Montes Azules en décembre avec
la promesse de la Procuration Fédérale de Protection
de l’Environnement (Profepa) que de nouvelles terres
leur seraient offertes a été remise à plus
tard pour la cinquième fois. Les indigènes
ont alors rompu le dialogue avec le gouvernement et ont décidé de
s’établir dans la municipalité de Marqués
de Comillas par leurs propres moyens.
Mario Hernández Pérez de la Coalition
des Organisations Autonomes de l’état du Chiapas
(COAECH) a fait remarquer que ce fait “démontre
que le gouvernement fédéral n’a ni la
volonté ni les moyens de trouver de nouvelles terres
pour les communautés installées dans la réserve
de la biosphère de Montes Azules”. Il a ajouté que “maintenant
plus que jamais la position des indigènes installés à Montes
Azules est qu’ils n’accepteront pas d’être
déplacés, puisque le gouvernement ne respecte
pas ses promesses”.
Retards en matière de droits humains
Même si l’on peut observer de nombreuses avancées
en matière de droits humains au Mexique, la Commission
Interaméricaine des Droits Humains (CIDH) dans un
rapport du mois d’avril, a souligné qu’elle “observe
avec préoccupation la progressive détérioration
des institutions démocratiques ». Le Mexique
occupe la seconde place en matière de plaintes présentées
auprès de la CIDH et la septième pour ce qui
est des pétitions présentées à l’Etat
afin qu’il fournisse des mesures préventives
pour la protection de personnes impliquées dans des
cas de plaintes pour violations à leurs garanties
fondamentales en 2002”.
Le Bureau du Haut Commissaire pour les
Droits Humains de l’ONU ayant son siège au Mexique a commencé un
diagnostic portant sur la situation des droits humains, afin
d’obtenir des informations précises sur les
causes qui empêchent la pleine jouissance des garanties
individuelles, civiles et politiques de ses habitants, ainsi
que sur le respect des conventions internationales en la
matière.
Près d’un an et neuf mois après la mort
de l’avocate Digna Ochoa y Plácido, le bureau
du Ministère Public créé pour donner
suite au cas a conclu son enquête en affirmant que
celle-ci s’était suicidée. Face à la
décision de sa famille de réfuter cette conclusion
et le rejet de celle-ci de la part d’organisations
nationales et internationales de droits humains, le procureur
Bernardo Bátiz a expliqué qu’il suivra
les mécanismes de révision internes et externes.
Processus de résistance à l’échelle
régionale
En juin, le président du Parlement d’Amérique
Centrale, Augusto Vela, a reconnu qu’il existe trois
grands problèmes en suspens en ce qui concerne le
PPP : l’obtention de financement pour les projets,
la nécessité de plus de consultations et de
réunions avec les populations concernées et,
par-dessus tout, le développement social.
Entre temps, tant au Mexique qu’en Amérique
Centrale, les espaces de coordination et de rencontre prenant
position contre les grands projets économiques se
sont multipliés. Parmi d’autres, nous en mentionnons
quelques-uns.
Les 11 et 12 mai, une Réunion Continentale et Globale
contre l’ALCA (Zone de Libre Echange des Amériques)
et l’OMC s’est réalisée à Mexico.
Les délégués de plus de 150 organisations
internationales se sont mis d’accord pour réaliser
un agenda mondial de mobilisations, actions de résistance
et de désobéissance civile qui se réaliseront
dans différents pays contre la promotion de l’ALCA,
la réunion de l’OMC à Cancun et pour “démasquer” le
quatrième sommet des présidents des Amériques
qui devra également avoir lieu au Mexique à la
fin de cette année.
En mai, la Rencontre Nationale “Réponse et
Résistance Méso-américaine face à la
mondialisation néolibérale” a réuni à Oaxaca
près de 400 membres de 130 organisations sociales
et non gouvernementales sous la devise "Pour un futur
sans PPP et sans ALCA". Parmi les conclusions de l’évènement,
on peut souligner l’importance de construire un projet
social propre depuis les indigènes et paysans, les
marginaux et les exclus.
A la mi-juillet, les Journées de Résistance
2003 au Honduras ont regroupé une série de
forums et de rencontres visant à fortifier la lutte
populaire en Méso-Amérique et dans les Caraïbes
ainsi qu’à rechercher des alternatives face
aux grands projets économiques : Troisième
Semaine pour la Biodiversité Biologique et Culturelle,
le second Forum méso-américain contre les barrages et le quatrième Forum méso-américain
face au PPP.
Ces rencontres ont également permis de préparer
les mobilisations contre le cinquième sommet ministériel
de l’OMC célébré à Cancun
du 10 au 14 septembre. De nombreuses organisations paysannes,
indigènes, sociales, ainsi que des ONG mexicaines
et internationales se sont réunies pour réaliser
des forums alternatifs et pour protester face aux lois commerciales établies
para les gouvernements faisant partis de l’OMC. Dans
de nombreux autres états du Mexique et pays, d’autres
mobilisations ont été réalisées
cette même semaine pour commémorer les victimes
des guerres militaires et économiques générées
par les politiques que l’OMC définit.

:: DOSSIER
“Pour faire taire les armes, que
parlent les peuples!”
Du 6 au 9 mai, la
Première Rencontre Hémisphérique face à la
Militarisation réalisée à San Cristobal
de las Casas a convié diverses organisations civiles
et sociales de tout le continent américain et des
Caraïbes à se réunir et parler de la militarisation
que les peuples de la région doivent endurer : leurs
causes, conséquences et bien sur les formes et moyens
de la freiner et construire un nouveau mode de vie sans armes,
sans militaires, sans guerres.
La toile de fond pour ce forum était le Chiapas,
un état du Mexique qui souffre d’une militarisation
permanente depuis le soulèvement zapatiste de 1994.
A échelle internationale, cette Rencontre s’est également
transformée en un cri impuissant face à l’agression
des Etats Unis en Irak, avec le soutien de certains gouvernements
européens comme le britannique et l’espagnol.
Ce contexte mondial n’a fait que renforcer la raison
d’être et la pertinence d’un Forum de cette
nature au moment où il a eu lieu.
Mais il y avait également quelque chose à fêter
: le 1er mai dernier, les mobilisations populaires ont finalement
obtenu l’expulsion de la base militaire nord américaine
qui se trouvait à Vieques, Puerto Rico, depuis plus
de 60 ans. La présence et le témoignage des
personnes ayant participé à ce mouvement social
dans le cadre de la Rencontre ont donné force et espoir à ceux
qui recherchent comment éliminer les bases militaires
et la militarisation qui affectent les peuples du continent.
Alors même que bombes et armes continuent à détruire
des sociétés et cultures entières et
au bout du compte, la vie même, des personnes provenant
de 28 pays se sont réunies au coeur des Hauts-Plateaux
du Chiapas, non seulement pour dire qu’un autre monde
sans militarisation est possible mais aussi pour pouvoir
construire un front commun par le biais des réseaux
de solidarité existant entre ceux qui recherchent
une organisation politique, économique, sociale et
culturelle sans impositions et fondée sur la libre
auto-détermination des peuples, ainsi que sur le respect
et la solidarité entre eux.
Tous purent partager leurs expériences et le contexte
de militarisation dans lequel ils vivent, ce qui nous permit
de trouver plus d’une similitude entre régions
séparées par des milliers de kilomètres
de distance, une distance qui n’empèche pas
l’union dans la lutte quand tous souffrent d’une
situation qui répond à une politique d’hégémonie
mondiale.
Les travaux furent réalisés dans trois espaces
différents situés à peu de distance
les uns des autres. Au cours des deux premiers jours, les
conférences d’ordre plus général
et les expériences plus concrètes des différents
pays participants se sont succédées. Le troisième
jour, le travail s’est réalisé de manière
régionale, de sorte que des propositions ont surgi
permettant finalement d’aboutir à la déclaration
finale.
Le dernier jour, avant la clôture de l’évènement,
chaque région a présenté ses propositions
d’actions par le biais d’une grande ‘foire’ (c’est à dire
par le biais d’affiches, de pancartes, de dessins et
de jeux).
L’assemblée a donné son
accord pour débuter la Campagne pour la Démilitarisation
des Amériques (CADA), pour plusieurs déclarations
portant sur certains thèmes, ainsi que pour un plan
d’action et un agenda social continental (pour plus
d’informations voir Desmilitarización)
Durant ces 4 jours et depuis trois endroits
différents,
on a pu écouter non seulement des exposés,
expériences et dénonciations mais aussi de
la musique, des poèmes, des oeuvres de théatre,
marionnettes et clowns. L’art et la culture ont également éte
présents comme une autre façon de provoquer
une plus grande prise de conscience face à la militarisation.
La Rencontre a permis de réunir un grand nombre d’organisations:
indigènes du Mexique et d’autres pays, des syndicats
colombiens, des étudiants du Guatemala, des populations
originaires de zones de marginalisation, une grande gamme
de participants partageant cependant un dénominateur
commun : outre leur préoccupation face à la
militarisation, le fait de se sentir exclus et menacés
par les projets économiques néolibéraux
et de domination qui affectent la région : le Plan
Colombie, le Plan Puebla-Panama (PPP), l’Accord
de Libre Echange avec l’Amérique du Nord (ALENA),
l’Aire de Libre Commerce des Amériques (ALCA) ou l’Initiative
Régionale Andine. Ces projets
ne semblent répondre qu’aux intérêts
d’une économie transnationale hégémonique
et aux plans tracés par les institutions de l’Organisation
Mondiale du Commerce (OMC), le Fond Monétaire International
(FMI) ou la Banque Mondiale (BM).
A leur tour, les bases militaires forment
partie d’un
engrenage dans cette grande machine économique et
se trouvent précisément dans les régions
de plus grande richesse en ressources naturelles ou dans
les zones géo-stratégiquement les plus importantes.
Les armées sont ainsi utilisées pour préserver
les intérêts du pouvoir économique et
financier dans le monde qui, en accroîssant la complexité de
la chose, se trouve diffus dans un territoire global.
Cette réalité a conduit à établir
des accords pour lutter pour la démilitarisation du
continent en établissant des stratégies qui
cherchent à attaquer les causes de la situation et à construire
une nouvelle société dans laquelle la culture
de paix ainsi que la justice économique et sociale
sont des valeurs centrales, une société dans
laquelle les accords de solidarité et d’échange
entre les peuples prévalent (voir la déclaration
finale de la Rencontre).
Pour ce faire, les organisations se sont
proposées
d’un côté, de partager des informations,
analyses et diagnostics en matière de militarisation
dans tous les secteurs et niveaux, ainsi que les conséquences
des différents aspects de la vie qui se voient de
ce fait affectés ; d’un autre côté, “d’unir
les efforts, coeurs et volontés pour construire des
alternatives de paix” par le biais de la création
d’un espace permanent d’analyse portant sus les
expériences et alternatives.
Le SIPAZ a fait partie du réseau d’organisations
qui a préparé et rendu possible cette Rencontre,
et qui a représenté le début d’un
travail permanent pour continuer à dénoncer
la militarisation des peuples des Amériques ainsi
que les intérêts politiques et économiques
auxquels cette situation répond, en particulier du
fait du lancement de la Campagne pour la Démilitarisation
des Amériques (CADA).
L’effort de convergence entre diverses organisations
se maintient à l’échelle locale, nationale,
régionale et continentale grâce aux réunions
de suivi et à la diffusion de matériels portant
sur le contenu de la Rencontre dans les communautés
autochtones et populaires, ainsi que dans le cadre des différents
espaces qui ont été réalisés
dans la région depuis mai face aux projets économiques
néolibéraux et en faveur de la libre auto-détermination
des peuples.
Un autre accord a été de mener à bien
la Conférence pour la Campagne en faveur de la démilitarisation
des Amériques (CADA) du 5 au 7 mars 2004, à Quito,
Equateur, avant le Forum Social des Amériques, du
8 au 13 de mars 2004 à ce même endroit. Cette
conférence permettra également de continuer à préparer
une seconde Rencontre Hémisphérique face à la
militarisation prévue pour 2005.
Le dernier jour de la Rencontre, dans
un exposé intitulé “Paix
et Militarisation”, Adolfo Pérez Esquivel, Prix
Nobel pour la Paix, a répété que les
forces armées en Amérique Latine doivent changer
de rôle et se mettre au service de la population et
non en opposition avec elles, comme c’est le cas à l’heure
actuelle. Il a affirmé que pour améliorer la
grave situation de militarisation, il est nécessaire
de construire des alternatives sociales, politiques, économiques
et culturelles dans la vie des peuples du continent. “Il
ne suffit pas de dire NON à la militarisation et d’exiger
le retrait des bases nord américaines : nous devons
réaliser un travail interne dans nos pays mêmes
et demander à ceux qui nous gouvernent pourquoi ils
permettent cela”.
Face à l’actuelle crise de légimité des
institutions créées pour sauveguarder la paix
mondiale et plus concrètement de l’Organisation
des Nations Unies (ONU), cette Rencontre démontre
que la société civile internationale est prête à jouer
un rôle plus important dans la lutte éthique
pour le respect des droits humains ainsi que la responsabilité collective
dans leur défense.
Cette première Rencontre Hémisphérique face à la
militarisation a permis d’établir
les grandes lignes stratégiques pour lutter contre
l’un des instruments les plus destructeurs des Etats
actuels: les armées; et c’est une tâche
de toutes les organisations participantes de continuer à dénoncer
et se mobiliser face à la militarisation, à échanger
des informations et à promouvoir la solidarité entre
les peuples.
Le caractère international du SIPAZ lui permet de
servir de pont et de lien entre différentes organisations
internationales et de mettre en relation cette lutte de l’hémisphère
américain avec d’autres régions du monde
qui souffrent de la même façon de la militarisation,
que ce soit sous la forme de guerres (Irak, Afghanistan,
Palestine) ou par l’installation progressive de bases
militaires (Valencia, Espagne).
Dans son exposé, l’écrivain mexicain
Carlos Montemayor a exprimé que chaque génération
doit lutter pour ses droits et libertés fondamentales
parce que ceux-ci ne s’héritent pas. (Exposé lors
de l’inauguration de la Rencontre: “Présentation
générale sur la militarisation et l’hégémonie
des USA”).
Continuons donc à parler pour construire un monde
dans lequel le silence se doit à l’absence d’armes
et non pas des mots.
Pour plus d’information:
http://www.laneta.apc.org/sclc/desmilitarizacion/index.html

:: ACTIVITES DU SIPAZ
Mai-Août 2003
Accompagnement
- En mai et en juillet, nous avons réalisé un
voyage dans la zone Nord du Chiapas pour dialoguer avec différents
acteurs politiques et sociaux de la région.
- En juin, une volontaire a passé plusieurs jours
dans le campement civil pour la paix de Nuevo San Rafael
(Montes Azules). Elle a également visité la
communauté de Nuevo San Isidro, ainsi que les sept
familles déplacées de la réserve de
la biosphère de Montes Azules depuis l’an
dernier
- En août, nous avons réalisé plusieurs
présentations de marionnettes dans la municipalité de
Las Margaritas ainsi que dans 5 communautés
autochtones.
- Nous avons observé la célébration
de la naissance des « Caracoles » et des comités
de bon gouvernement zapatistes, du 8 au 10 août à Oventik.
Dialogue Inter religieux
- Nous avons organisé plusieurs réunions et
entrevues avec les acteurs religieux de San Cristóbal
de las Casas et de la municipalité de Chenalhó dans
le cadre du projet d’échange et de formation
des leaders religieux de Chenalhó avec
les Commissions de Paix du Nicaragua.
- Nous avons passé plusieurs semaines dans la municipalité de
Chenalhó dans le cadre de la présentation d’œuvres
de marionnettes qui nous ont permis de nous rendre dans une
douzaine de communautés faisant partie
du projet de formation de Commissions de
Paix.
- En juin, nous avons participé à un atelier
portant sur le thème de l’œcuménisme
organisé par l’Institut
d’Etudes
Sociales et Interculturelles (INESIN), héritier de ce qui fut
l’Ecole Biblique de Formation Intégrale de San
Cristóbal de las Casas.
- Nous avons assisté à une conférence
portant sur les « Défis de la théologie
du nouveau millénaire” réalisée
par le CIESAS (Centre de recherches et d’études
sociologiques et anthropologiques du Sud Est).
- Nous avons assisté à l’ordination du
nouvel évêque auxiliaire, Monseigneur Enrique
Díaz Díaz.
- Nous avons assisté à la rencontre “Mission
Intégrale de l’Eglise face à la pauvreté au
Mexique”, convoquée par l’Eglise
presbytérienne
et d’autres instances (San Cristóbal
de las Casas, du 21 au 25 juillet).
Education pour la paix
- Nous continuons à faire partie du Réseau
pour la Paix, un espace d’action et de réflexion
qui cherche à appuyer les processus de réconciliation
et de paix au niveau des organisations et communautés
autochtones du Chiapas. En août, ce Réseau a
organisé un Forum sur le thème de l’autonomie à San
Cristobal de las Casas. Des représentants de différentes
régions du Chiapas et d’autres états
du Mexique y ont partagé leurs expériences.
- Nous avons présenté une œuvre sur les
droits de la femme dans le cadre d’une Rencontre
de la Coordination Diocésaine des Femmes à laquelle
plus de 200 femmes de tout le Chiapas ont participé.
- Nous avons participé aux réunions de suivi
de la seconde Rencontre
du Chiapas face au Néolibéralisme
célébrée à Nuevo Huixtán
(municipalité de Las Margaritas). Lors de ces réunions
des actions et alternatives face à la réunion
de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) prévue
pour début septembre ont également été définies.
- Nous avons commencé un nouveau cycle d’ateliers
portant sur les thèmes Culture
de Paix et Droits Humains avec les jeunes des CEDECOS
(Centres pour le Développement
Communautaires) à San Cristóbal
de las Casas.
- Nous avons assisté à un atelier sur la transformation
des conflits organisé par la CORECO à Comitán
du 3 au 5 juillet.
Contacts et information
- Nous avons reçu la visite
de plusieurs délégations, étudiants
et journalistes pour
leur parler de la situation actuelle et du travail du
Sipaz.
- En juin, nous avons
participé à la préparation
et réalisation de la visite du Rapporteur
Spécial
de l’Organisation
des Nations Unies
(ONU) pour les
Droits Fondamentaux
et les Libertés des Indigènes,
Rodolfo Stavenhagen.
- Nous avons assisté à la première Rencontre
Internationale
pour le Développement et l’Intégration
Régionale dans le sud du Mexique et de l’Amérique
Centrale, réalisée à San Cristóbal
de las Casas du 4 au 6 juin.
- Nous avons écrit et diffusé un article portant
sur la problématique
de Montes Azules.
International
- Nous avons participé à la préparation,
réalisation et suivi de la Rencontre Hémisphérique
face à la Militarisation qui s’est réalisée à San
Cristóbal de las Casas, Chiapas du 6 au 9 mai (voir
article à part).
- Nous avons partagé notre expérience en matière
d’accompagnement international lors de l’atelier “Jumelages,
protection et diplomatie citoyenne”, dans le cadre
du Forum Social Mondial thématique organisé à Cartagena
de Indias, Colombie, du 16 au 20 juin. (voir article à part).
- Nous avons assisté aux Journées de Résistance célébrées au Honduras du 17 au 23 juillet
: Second Forum contre les barrages et la Troisième
Semaine pour la Diversité biologique et culturelle
du 17 au 20 juillet à La Esperanza et, du 22 au 24
au Quatrième Forum méso-américain pour
l’autodétermination et la résistance
des peuples à Tegucigalpa.
- Nous avons participé à la Rencontre
binationale USA/Mexique pour les droits humains, les 7 et 8 août
dans la ville de Mexico.

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Construire des ponts entre processus
de lutte
Journal de bord
d’une volontaire lors du Forum Social Mondial Thématique
en Colombie
“...et nous avons une force
qui ne vient pas des armes parce que nous luttons pour la
paix, une force qui nous vient de nos arguments, de notre
participation citoyenne, de l’enthousiasme, de la consistance
et la capacité de maintenir nos mobilisations. C’est
la force des débats que nous allons avoir ici d’où des
réseaux critiques et alternatifs peuvent imposer dans
l’agenda politique un autre agenda, un agenda pour
le développement de fait dans lequel la vie humaine
en communauté, le primat de la vie, de la sécurité,
de la survie soient des points clés.”
Boaventura de Sousa Santos
En mai dernier, le SIPAZ a reçu
une invitation pour participer à un atelier du Réseau
de Jumelage “Peuples frères, Liens visibles”,
afin de partager son expérience en matière
d’accompagnement international au Chiapas. Il devait
avoir lieu dans le cadre du Forum Social Mondial Thématique “Démocratie,
Droits Humains, Guerres et Trafic de Drogue” (FSMT),
ce qui n’a fait qu’accroître notre envie
d’y participer.
Le FSMT a eu lieu à Cartagena de Indias, du 16 au
20 juin. De nombreuses conférences, rencontres, ateliers
et tables de discussions parallèles ont amplement
abordé les thèmes des droits humains, la démocratie,
le trafic de drogues et les guerres, sans perdre de vue la
référence au pays amphitryon, la Colombie,
ainsi que le contexte international marqué par les
politiques de “sécurité” face au
terrorisme. Le choix des activités était si
grand qu’il était impossible de prendre part à toutes.
Lundi: une marche inaugure le FSMT
Le forum a commencé par
une Conférence magistrale
de Boaventura de Sousa Santos (www.fsmt.org.co). Face au
manque d’expectatives de la société actuelle,
ce professeur de l’Université de Coimbra a
indiqué que
nos problèmes au même titre que nos solutions
se trouvent dans la démocratie. Il a signalé la
nécessité de revendiquer la “démo
diversité” : “nous devons développer
des critères transculturels de démocratie.
La démocratie n’existe pas, ce qui existe,
ce sont des processus de démocratisation et il existe
des principes alternatifs, culturels, qui permettent aux
paysans, aux populations de couleur, aux communautés
autochtones, de se sentir avec la confiance suffisante
en eux mêmes pour produire des modèles de
démocratie
d’intégration des différences”.
Il a revendiqué le besoin d’une démocratie
de “haute intensité” dans laquelle les
relations de pouvoir sont remplacées par des relations
où l’autorité est partagée,
qui combine la complémentarité et la créativité de
la démocratie représentative avec les caractéristiques
de la démocratie participative, une démocratie
enfin, où les dimensions locales, nationales et
globales s’articulent entre elles.
Il a reconnu que le Forum
Social Mondial est un espace
de constructions d’alternatives, de mondialisation de
la solidarité, mais il a aussi souligné que
le défi actuel est surtout de changer les agendas
politiques. Le Forum a ensuite débuté au milieu
de ces propositions et autres défis.
Au cours de cette première après-midi, une
marche a également été réalisée
dans les rues de la ville, bien sûr sur un air de salsa
et au milieu des tambours. Une pancarte à la tête
disait : “Dans ce monde, si nous voulons, nous avons
tous une place. Nous voulons un monde meilleur: plus juste,
plus démocratique et plus solidaire”.
Mardi: journée de rencontres
Le mardi a été une journée de rencontres
: Première Rencontre Internationale pour la Démocratie,
les écologistes, la jeunesse, les syndicats, les Femmes,
pour l’Education, sur les Migrations, pour la Culture
et les Arts, pour l’Attention des Populations en situation
de déplacement et La Rencontre Nationale du Secteur
Citoyen et communautaire.
J’ai opté pour la Rencontre
Internationale des Ecologistes et, plus concrètement pour le panel “La
récupération et la défense du patrimoine
naturel face à la privatisation violente de la vie”.
Treize représentants d’organisations originaires
de différents pays y ont partagé la privatisation
progressive des ressources naturelles et les luttes locales
et/ou nationales contre cette tendance.
Mario Vasconez de l’Equateur souligna la gestion de
l’environnement de la part des municipalités
et la nécessité de formuler des politiques
alternatives en la matière. Il rappela l’importance
des actions conjointes, formant ainsi une espèce de
toile d’araignée dans laquelle nous formons
tous un tout. Selon lui, il est nécessaire d’effectuer
des changements à échelle mondiale depuis le
travail local: il faut parvenir à faire en sorte que
les multiples grains de sable servent à tous en permettant
des changements réels dans les politiques publiques.
Humberto Vargas du Centre d’Etudes sur la Réalité Sociale
de Bolivie souligna l’importance de parvenir à faire
en sorte que l’eau soit un bien social qui ne saurait être
privatisé ainsi que le rôle des mouvements autochtones
dans la défense des territoires menacés de
privatisation.
Luís Suárez du Réseau Latino-américain
d’Ecologie Politique de Cuba insista sur la nécessité de
réaliser des alliances en vue d’agendas communs
entre organisations sociales et paysannes. Il a également
souligné la relation existante entre le marché des
semences transgéniques, le Plan Colombie, l’Initiative
Régionale Andine et l’ALCA.
La représentante de la Ligue pour l’Environnement
d’Italie parla du travail de son organisation en matière
de législation, où l’expression “ecomafia” a été acceptée,
ainsi que le développement de la protection pénale
de l’environnement. Elle a affirmé que ceux
qui commettent des “crimes” contre l’environnement
peuvent être considérés comme des “voleurs
du futur”.
Depuis le Chiapas, j’ai expliqué la situation
de conflit existant dans la Réserve de la Biosphère
de Montes Azules (Jungle Lacandone) où le discours
de protection de l’environnement est utilisé pour
justifier l’expulsion de communautés autochtones
en confrontant les différents groupes ethniques et
politiques de la zone, sans pour autant cacher les grands
intérêts économiques pour la biodiversité de
la zone.
La Déclaration Finale de cette Rencontre à laquelle
95 organisations ont participé affirme que “l’application
du modèle néoliberal et la mise en vente de
la nature conduit au démantèlement social et
démocratique du droit, particulièrement de
ses principes écologiques”. D’un autre
côté, elle reconnaît que la résistance
face à cette situation avance, principalement depuis
le sud face au modèle hégémonique de
développement, en consolidant des projets d’autosuffisance
alimentaire, de sécurité énergétique,
de récupération communautaire de l’eau
et de défense du bio système.
Dans l’après-midi, j’ai assisté au
panel portant sur les “Expériences en matière
de pédagogie de la paix et la résolution des
conflits” dans le cadre de la Rencontre Internationale
pour l’Education.
Alonso Ojeda de l’Université Pédagogique
de Colombie a revendiqué la nécessité d’une
nouvelle éducation éthique, sociale et politique.
Il a affirmé que la violence répond à une
agressivité instinctive qui fait que la Raison doit
nous aider à dépasser l’irrationalité et
a conclu en citant Humberto Eco: “La force de la culture
pourra freiner le choc des civilisations”.
Alicia Cabezudo, professeur d’histoire d’Argentine,
a commencé son exposé en nous racontant une
histoire vraie : durant la dictature argentine, les militaires
ont fait irruption dans l’école au cours d’une
de ses classes. Les militaires ont brûlé tous
les livres. La professeur a obligé tous les élèves à regarder
le feu les détruisant. Plusieurs années plus
tard, alors qu’elle faisait ses courses dans un supermarché,
un des travailleurs l’a saluée en l’appelant
professeur. Elle lui a demandé quand il avait été son élève.
Il lui a simplement répondu : “Le feu, professeur”.
Pour elle, cela a été la meilleure classe qu’elle
ait jamais faite parce qu’elle avait réussi à faire
en sorte que les élèves n’oublient pas
un moment important de leur histoire.
Elle a ensuite partagé certaines expériences
concrètes d’éducation pour la paix par
le biais d’espaces ouverts en ville, où un nouveau
modèle d’éducation horizontale et interdisciplinaire
est en construction.
Plusieurs expériences et stratégies pédagogiques
pour la paix et les droits humains furent partagées,
mais les propositions destinées aux communautés
autochtones et zones rurales firent défaut.
La journée prit fin avec la Conférence de
Peter Lock sur “Les nouvelles guerres et les guerres
préventives”. Dans le nouveau contexte international
les “nouvelles guerres” affrontent un ennemi “omniprésent
dans le temps et l’espace” et aux dimensions
totalitaires.
Son affirmation dans les sens que la politique extérieure
des USA est principalement destinée à la conservation
de pouvoir à l’intérieur même des
Etats-Unis et ne constitue pas un impérialisme classique
a généré la polémique. Il a également
affirmé que les guerres sont le fait d’entreprises
et qu’elles n’ont lieu que s’il y a une
possibilité de gains et de ventes d’armes. Il
a finalement exprimé que nous allons vivre une mondialisation
caractérisée par une violence croissante qui
définira le commerce et les échanges entre
les populations.
Mercredi: confrontation entre voix discordantes.
Les jeunes qui se trouvaient réunis dans le cadre
d’un forum parallèle ont fait irruption le lendemain
matin lors de la présentation du panel “Guerres,
terrorismes, sécurité et Droits Humains”.
Trempés, ils ont monté une tente au milieu
de la scène et ont lu un communiqué pour protester
contre les incohérences du même FSMT.
La pluie de la nuit antérieure avait inondé le
camping et cela fut le détonateur pour contester les
conditions inégales entre les différents participants
du Forum. Alors que certains d’entre nous se logeaient
dans les hôtels de la zone touristique, eux et d’autres
dormaient à même le sol, dans des conditions
d’hygiène minimales. La honte pour beaucoup
d’entre nous! Un autre monde possible cela ne devrait
pas être que des mots mais aussi en faisant en sorte
que nos actes soient conformes à nos paroles...
Il fut difficile de reprendre le cours
de la discussion lorsque le besoin de construire depuis ces
mêmes espaces
cet autre monde possible dont on parle tant avait été mis
sur le tapis.
La mi journée fut marquée par de nouveaux
désaccords dans le cadre de la conférence portant
sur la “Mondialisation et les Droits Humains” donnée
par le Directeur de Human Rights Watch, José Miguel
Vivanco. Le débat a tourné autour de la situation
des droits humains à Cuba. Il a en effet affirmé que
l’exercice des libertés politiques basiques
est impossible à Cuba. Il a également déclaré que
son organisation n’avait pas pu avoir accès
aux prisons cubaines. Face à ces déclarations,
une partie du public a commencé à le siffler.
L’ambassadeur de Cuba en Colombie, défendant
la position officielle cubaine, a traité le présentateur
de “menteur” et l’a invité à se
rendre à Cuba pour prouver l’absence de violations
des droits humains. La discorde a réchauffé les
esprits et l’exposé s’est terminé comme
lors d’un match de football entre sifflets et applaudissements.
Jeudi: repenser le rôle de la société civile
Lors de la table de discussion sur le thème de la “Mondialisation,
la démocratie et les nouvelles pratiques de la citoyenneté globale”, les représentants du Brésil ont nié l’existence
de “modèles” démocratiques mais
ont réaffirmé l’existence de valeurs
indispensables pour pouvoir parler de démocratie :
la pluralité (reconnaissance de l’autre), l’égalité (participation),
la justice (distribution), la diversité (intégration
des différences).
Ils on critiqué le fait que le marché ait plus
de poids que la politique : “Produire des formes
de vie fait partie de l’être humain. Les problèmes
apparaissent quand le marché devient le sens de la
vie et que nous sentons que nous n’existons que si
nous avons accès à ce marché”.
Au milieu des interventions, les jeunes font à nouveau
leur entrée en brandissant une grande pancarte sur
laquelle se trouve le symbole d’un cochon avec le signe
du dollar et les slogans “ONG, ONG, ONG” [allusion
aux organisations non gouvernementales et à l’onomatopée
qui correspond au cri du cochon] ainsi que “FSMT, PLUS
THEMATIQUE QUE SOCIAL”.
Dans l’après-midi, une table de discussion
a porté sur le thème “Guerres, souveraineté nationale
et rôle de la communauté internationale”. Adam Isacson du Center
for International Policy (USA) a présenté plusieurs
documents sur la politique extérieure des USA en relation
avec la Colombie. Il a commencé son exposé en
demandant pardon pour les actions des USA. Depuis la vision
de son pays, aucun projet de développement ne pourra
fonctionner en Colombie jusqu’à ce qu’il
y ait un meilleur système de sécurité dans
le pays.
Alejandro Kirk de l’International Press Service, a
critiqué l’absence de discussion sur le rôle
des moyens de communication dans les débats, en soulignant
qu’il “n’y a pas de démocratie sans
communication”.
La dernière partie du débat a porté sur
le rôle de la communauté internationale dans
des conflits comme celui de la Colombie, en particulier lorsque
le président du pays, Alvaro Uribe, est accusé d’appeler á une
invasion multilatérale, à laquelle il faut
encore ajouter la “coopération bilatérale” des
USA par le biais du Plan Colombie et de l’Initiative
Régionale Andine.
Vendredi: mouvements de résistance
locaux et mondiaux
“
Résistances civiles et contrepoids face aux guerres”. Sous ce titre le débat fut le lendemain lancé sur
les stratégies de résistance civile face aux
guerres.
Ulrich Oslender, Chercheur spécialiste des Mouvements
Sociaux, a affirmé qu’il est plus que jamais
nécessaire de “mondialiser la résistance” et
d’informer sur ses différentes formes. Il a
considéré exemplaires les mobilisations de
la société civile contre la guerre en Irak.
Une de leurs caractéristiques fut leur hétérogénéité et
le fait que beaucoup participaient pour la première
fois à ce type d’actions. Il a rappelé l’importance
des zapatistes dans la mondialisation de la résistance
et la responsabilité de la société civile
pour continuer à mener à bien cet effort.
REDEPAZ (Réseau d’Initiatives pour la Paix)
a présenté une synthèse de toutes les
activités qui ont été réalisées à ce
jour pour construire la paix en Colombie, en explicitant
que cette paix n’est pas qu’absence de violence
mais aussi développement, démocratie, droits
humains et insertion . Il a rejeté l’idée
que la paix puisse être ambiguë : “la violence
ne peut rien construire”. Il a encore ajouté: “la
paix n’est possible que si nous sommes capables de
la construire depuis la base, depuis les communautés”.
Dans l’après-midi, j’ai participé à l’atelier “Jumelages,
protectorats et diplomatie alternative” du Réseau
de Jumelages “Peuples frères-Liens visibles” au
cours de laquelle plusieurs expériences de jumelages
et de relations de coopération nord-nord, sud-nord,
nord-sud et sud-sud ont été présentées.
En représentation du SIPAZ, et plus concrètement
son projet de marionnettes “Diversité” que
nous travaillons en collaboration avec l’organisation
mexicaine Alianza Cívica-Chiapas, j’ai partagé cette
nouvelle forme d’accompagnement que nous réalisons
ainsi (voir bulletin
d’avril).
D’un autre côté, la coordinatrice de Brigades
de Paix en Colombie a expliqué leur travail d’accompagnement
et déploré le fait que leur organisation ne
puisse répondre à toutes les demandes.
Finalement, Arcadi Oliveres, directeur de l’ONG “Justice
et Paix” de Barcelone a parlé des jumelages
entre municipalités en soulignant l’importance
de construire de vrais liens, peut être peu formels
mais de fond.
Samedi: des sourires qui sentent la mort
Ma découverte de la réalité colombienne
ne s’est pas limitée au seul Forum. Deux amis
d’organisations des droits humains colombiens m’ont
invité à visiter une communauté qui
a souffert d’un massacre il y a trois ans de cela,
El Salado. Elle se trouve dans une zone contrôlée
par les paramilitaires. Là, trois passagers d’un
véhicule ont été séquestrés
sur la route cette même semaine.
La population nous a parlé du massacre et de leur
retour il y a un an. La communauté était comme
morte. Ils n’ont pas la possibilité de cultiver.
Les marques des mitraillettes sont encore visibles sur les
murs. Les regards de ceux qui n’ont de cesse de nous
remercier de notre venue m’émeuvent. Ils nous
content avec rage comment les hélicoptères
continuent à survoler la communauté la nuit
venue.
Ils me demandent de leur expliquer mon travail au SIPAZ
et surtout comment vont les communautés autochtones au
Chiapas. Ils écoutent mes mots et mes excuses pour
ne pas pouvoir les aider.
Sans aucun doute, l’aspect le plus enrichissant de
ce FSMT a été de pouvoir connaître autant
d’organisations et de personnes qui cherchent à construire
une société dans laquelle le respect des droits
humains sera une réalité quotidienne. Dans
le cas de la Colombie, la grande majorité des participants
travaillent pour un meilleur futur avec plus d’un compañero
mort dans cette même lutte. Leur force, leur énergie
et leurs rires m’ont touché au cœur. La
Colombie a pour moi la forme de leurs visages dignes et souriants.

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