:: ACTUALITÉ
ET ANALYSE
Dans un monde en guerre
Construire des espaces
de rencontre, partager des alternatives
«Un autre monde n’est pas
seulement possible, il est déjà arrivé.
On peut déjà écouter comme il respire»
Arundhati Roy (écrivaine indienne)
Porto Alegre, January 2003
Le commencement de l’année
2003 a été profondément marqué par
le contexte international de guerre contre l’Irak, promue
par les États-Unis avec l’appui des gouvernements
britannique, espagnol et australien. De plus, de nombreuses,
et chaque jour plus importantes manifestations de rejet de
cette guerre dans les principales capitales du monde a aussi
marqué l’actualité internationale. Il s’agit
de la plus grande mobilisation de la société civile à ce
jour.
D’autre part, pour la troisième année
consécutive, le III° Forum social mondial a eu lieu à Porto
Alegre, Brésil. Ce Forum s’est converti en espace
de rencontre, d’échange et d’articulation
des divers mouvements sociaux et des réseaux mondiaux
qui depuis différents lieux de la planète, luttent
pour construire cet «autre monde possible» qui
permettra, à partir de l’autonomie des peuples,
de construire d’autres modèles sociaux, politiques, économiques
et culturels comme une alternative à la globalisation
néolibérale.
Ce mouvement global de résistance, que certains analystes
ont nommé «le printemps de Porto Alegre»,
a concentré l’attention mondiale sur l’Amérique
latine, considérée de nos jours comme la région
du monde la plus porteuse d’espérance de changement.
Au Mexique comme au Chiapas, l’agenda social de 2003
a également été marqué par des
rencontres et des forums avec un dénominateur commun
: la lutte face au néolibéralisme et la nécessité de
partager des expériences et de chercher des alternatives
aux politiques de privatisations et d’ajustement qui
vont de pair avec ce modèle économique ainsi
que son corollaire militaire. L’objectif de ces différentes
initiatives est de trouver des points de convergence pour pouvoir
reconstruire le tissu social et cheminer vers la construction
de «cet autre monde possible».

EZLN - «Un autre
calendrier : celui de la résistance»
«Certainement, on peut réfléchir
sur l’incapacité du pouvoir pour écouter,
mais ici, il s’agit de signaler la capacité des
peuples indigènes à dialoguer. Et sur le chemin
de la parole on se retrouve soi-même, son histoire, sa
culture, ses douleurs, ses espérances. Et aussi on y
retrouve l’autre…»
(Octava Estela, région Nord Pacifique)
Chiapas
s’est réveillé le 1° janvier 2003 avec
une énorme mobilisation de ses bases de soutien zapatistes
dans les rues de San Cristobal de las Casas, en commémoration
du 9° anniversaire du soulèvement zapatiste. Les
zapatistes ont ainsi mis fin au silence maintenu depuis l’approbation
de la réforme constitutionnelle en matière indigène
d’avril 2001 par le biais d’un communiqué lu
par les principaux commandantes et commandants.
L’EZLN
a affirmé entre autres: «Ce que nous demandons
et exigeons, nous les zapatistes c’est la reconnaissance
constitutionnelle des droits, de l’autonomie et la libre
détermination de tous les peuples indigènes du
Mexique. Nous exigeons que l’on nous traite avec égalité et
justice. Pour cela nous n’acceptons pas que l’on
se moque de nous ou que par pitié on nous offre des
miettes ou des ordures (…) Parce que nous sommes un peuple
avec une longue histoire. Pour cela nous sommes prêts à continuer
la lutte jusqu’à ce que tous les peuples indigènes
du Mexique soient respectés.» Ce regroupement
a été considéré comme la plus importante
manifestation publique zapatiste réalisée à ce
jour. Les zapatistes ont publié une série de communiqués
appelés «estelas» (stèles), une pour
chaque mois de l’année et chacune pour un état
du Mexique. Avec chaque «estelas», l’EZLN
a voulu composer «l’autre calendrier : celui de
la résistance», en racontant l’histoire
du «Mexique sous-terrain qui résiste et qui lutte».
Les «estelas» du calendrier
passe en revue les luttes passées et présentes
en différents
lieux. Entres autres, elles mentionnent la lutte contre la
privatisation de la zone archéologique de Monte Alban à Oaxaca; à Puebla,
l’opposition des paysans contre l’expropriation
des terres pour la construction de la route Puebla-Tecamachalco
et la construction du Parc Milenium ; en Hidalgo, la défense
des indigènes dans la Huasteca, mais aussi celle des
jeunes -bandes et punks- à Pachuca ; la reconstruction
de l’autonomie des différents peuples qui habitent
la région Nord-Pacifique ; la récupération
de la communauté de la nation Purépecha ou
du mouvement pour la défense de la médecine
traditionnelle à Michoacan
; et dans l’état de Mexico, où le mouvement
paysan de San Salvador Atenco obtint, grâce à son
organisation et des protestations, la paralysie du projet
de construction sur leurs terres du nouvel aéroport
de la ville de Mexico.
Toutes sont des histoires de résistances
face aux vols des terres pour des intérêts
mercantiles et représentent,
somme toute, la lutte pour le respect des cultures indigènes
et populaires, son identité et la défense du
territoire où elles vivent et se développent.
Les «estelas» semblent montrer que les revendications
populaires et la construction d’un Mexique différent
n’est pas seulement une réalité du Chiapas
mais une lutte d’ampleur nationale.: «c’est
la gestation d’un mouvement avec de multiples facettes,
politique mais hors partis politiques, qui se répand
dans de nombreuses régions et qui, ajouté à d’autres
mouvements, est l’expression d’une résistance
collective et individuelle, encore invisible» Région
Nord-Pacifique, Octava Estela.
Dans le même sens et durant ces premiers mois de l’année,
des espaces d’expression ont été créés
au Chiapas et au niveau de la nation où l’on peut échanger
et connaître des expériences concrètes
de résistance face aux programmes gouvernementaux et
au Traité de libre échange vu par les peuples
autochtones comme des menaces contre leur territoire et les
ressources naturelles.

Rencontre Nationale
contre le «PROCEDE» et le «PROCEDOM»
«Travailler
pour la reconstruction de la communauté. Renforcer
le travail collectif y communautaire ; chercher les
solutions à la division des communautés,
atteindre l’unité dans la lutte en respectant
les différences civiles, sociales et politiques
; dialoguer entre nous, nous réunir comme indigènes
et paysans sans vouloir prendre le dessus.»
(Accords de la Rencontre)
Les 5 et 6 février
2003, la Rencontre nationale contre les programmes de certification
des droits Ejidales (PROCEDE) et des droits Communaux (PRODECOM)
a eu lieu à San Felipe Ecatepec (Chiapas) avec comme
titre : «A une décade de la contre-réforme
agraire, défendons nos terres.»
L’objectif de la Rencontre était d’analyser
les diverses expériences des peuples indigènes
et des paysans en ce qui concerne ces programmes impulsés
par le gouvernement fédéral pour certifier
la propriété ejidale et communale de la terre,
connaître ses répercussions et mettre au point
des stratégies de défense au niveau juridique,
politique et social. Les organisateurs furent les centres
des droits humains et les organisations sociales du Chiapas,
de Veracruz et de Oaxaca, mais des expériences de
luttes en provenance d’autres états du Mexique
comme Querétaro, Jalisco, le District Fédéral,
Tabasco et Guerrero furent également présentées.
Le PROCEDE a été présenté comme
un instrument de la politique économique néolibérale
(lié à la réforme de l’article
27 de la Constitution (1) et à l’entrée
en vigueur de l’ALENA (2))qui
veut faciliter la privatisation des terres éjidales
et communales. Les participants échangèrent
sur les diverses stratégies du gouvernement pour pouvoir
appliquer le PROCEDE, ainsi que sur les tromperies et les
chantages utilisés par les représentants agricoles
du gouvernement. Ils ont aussi affirmé que le PROCEDE
contribue à provoquer des divisions entre ceux qui
l’acceptent et ceux qui s’y opposent. L’impact
plus profond que ces programmes peuvent produire sur les
cultures indigènes et le sens de la communauté qui
la sous-tend furent également analysés, puisque
la perte de la terre compromet l’autosuffisance alimentaire
et la reconnaissance de l’autonomie indigène.
Les participants se mirent d’accord
pour résister à la progression du PROCEDE par
le biais de l’information et de la conscientisation
de la population. Ils ont dénoncé «les
programmes gouvernementaux PROCEDE et PRODECOM qui ont divisé nos
communautés et ejidos et ont facilité la saisi
et la vente des terres.»
Ils se sont aussi engagés à «travailler
pour l’autonomie et à lutter pour la mise en
application des Accords de San Andres, spécialement
pour le droit à la libre détermination et au
territoire en impulsant la résistance politique, sociale
et culturelle contre le PROCEDE et le PRODECOM à travers
des revendications et en respectant nos us et coutumes ;
par la nomination d’une autorité propre et de
statuts communaux ; par l’usage de la langue indigène
dans les assemblées ejidales et communales ; ainsi
que par l’établissement de règles de
convivialité sociale qui défendent le droit
et la protection de la terre.»
(1) En
1992, marque la fin de la redistribution des terres par
la réforme de l’article 27 de la constitution,
qui élimine la prohibition d’aliéner
des terres ejidales (terrain commun). A partir de ce moment,
chaque ejidatario peut vendre sa parcelle. Pour la majorité des
analystes, la réforme de cet article implique l’ouverture
des portes du marché aux terres ejidales et communales. ^
(2) L’Accord
de libre échange de l’Amérique du Nord
(ALÉNA) est entré en vigueur le 1e janvier
1994 et il est considéré comme une des causes
pour lesquelles l’Armée zapatiste de libération
nationale a pris les armes cette même journée.
Le bilan pour le paysan mexicain, à neuf ans de
l’entrée en vigueur de l’ALÉNA,
est négatif puisqu’il n’a pu concurrencer
les prix des produits nord-américains subventionnés
par le gouvernement. Cela a impliqué l’abandon
de nombreuses cultures, l’entreposage de grains qui
ne peuvent être vendu sur le marché national
et international et la disparition de nombreuses petites
et moyennes entreprises.^

Deuxieme
Rencontre Chiapanèque Face au Neoliberalisme
«Renforcer les résistances
et chercher des alternatives»
(Objectifs de la Rencontre)
Les politiques qui sont le
fondement de ces programmes furent analysées très
profondément dans la Deuxième rencontre chiapanèque
face au néolibéralisme. La première rencontre
a eu lieu en octobre 2002 à San Cristobal de las Casas
et la seconde dans la communauté de Huixtan (qui se
trouve dans une région menacée par la construction
d’un barrage). Quinze ateliers parallèles furent
mis en place sur les thèmes suivants : PROCEDE, barrages,
Plan Puebla-Panama, café, OMC-ALCA, femmes, militarisation,
biodiversité, autosuffisance alimentaire, droits humains,
maïs, commerce équitable, produits transgéniques,
produits toxiques, divisions communautaires et plans néolibérales
(ce dernier atelier animé par SIPAZ et Alliance Civique).
Dans
cet atelier, une participante nous a partagé cette réflexion
: «Nous ne prenons pas conscience de la provenance
du problème. Quand dans la communauté un projet
arrive, la haine s’installe parce que nous recevons moins
que les autres. Je ne pense pas que c’est parce que nous
sommes de mauvaises personnes, mais plutôt parce qu’on
nous l’impose d’en haut pour que nous entrions
en conflit et qu’il n’y ait pas d’unité.
Cette haine et cette envie qu’ils sont en train de semer,
comment pourrons-nous la rejeter? Cette haine entre paysans,
nous qui sommes frères…. Jusqu’aux femmes
qui, à cause du programme «opportunités» [*] se
battent entre elles. Ce sont les problèmes imposés
par le projet néolibéral.»
Une grande partie des participants
se sont inscrits à l’atelier sur les barrages.
Il convient de rappeler qu’une des stratégies
du PPP est la construction de divers barrages hydroélectriques
tout au long du territoire du Chiapas. Ceci signifie, en premier
lieu, l’inévitable expulsion de ceux qui habitent
les terres affectées par ces projets, avec l’impact
social, culturel et écologique dont souffriraient ces
communautés.
Les participants –provenant de plus de 30 municipalités
du Chiapas- se sont prononcés contre le PPP, les barrages,
la ZLÉA et la militarisation de l’état
; ils ont rejeté la guerre impérialisme de Bush
contre tous les peuples, ils ont interpellé toutes les
personnes à travailler ensemble pour vivre en paix avec
justice et dignité, à défendre les semences
et l’identité, tout en reconnaissant le travail
collectif comme une alternative réelle des peuples.
Finalement, ils se sont mis d’accord pour réaliser
des actions communes de résistance et ils ont lancé un
appel pour soutenir le calendrier de mobilisation pour cette
année:
8 mars: Journée internationale
de la Femme
14 mars: Journée mondiale contre les barrages
10 avril: Anniversaire de la mort de Zapata et semaine continentale
contre les produits transgéniques
5 au 9 mai: 1° Rencontre de l’hémisphère
face à la militarisation (à San Cristobal de
las Casas, Chiapas)
16 au 18 mai: 1° Rencontre nationale de résistance
et réponse mésoamicaine à la globalisation
néolibérale (San Juan Guichicovi, Oaxaca)
Juillet: Forum contre le PPP et les barrages pour la diversité biologique
et culturelle (au Honduras)
14 au 16 août: Forum sur l’autonomie (organisé par
le réseau pour la paix au Chiapas)
12 octobre: Campagne internationale de mobilisation et proposition.
[*] C’est
le nom donné au programme gouvernemental dirigé aux
femmes autochtones et antérieurement connu comme PROGRESA.
Par le biais de ce programme, les femmes reçoivent
une petite quantité d’argent, tout dépendent
du nombre d’enfants qu’elles ont et à condition
que ceux-ci aillent à l’école et que
les femmes assistent à des contrôles médicaux. (Return)

1° Rencontre
Regionale des Femmes Indigenes Tzeltales
«Réfléchir
sur la problématique que vivent les femmes et les effets
des politiques néolibérales dans la vie du pays,
l’état et les communautés, pour chercher
et construire de nouvelles formes de travail coordonné qui
fortifient notre organisation et nos propositions dans les
champs sociaux, économiques et politiques»
(Objectif
de la Rencontre)
La 1° rencontre régional
des femmes indigènes Tzeltales s’est tenue dans
la municipalité de Ocosingo le 8 mars, journée
internationale de la femme. Lors de cette rencontre, les conséquences
des projets néolibérales à partir de la
réalité sexuelle ont été étudiées
de même que la nécessité de créer
des alternatives face à ces projets. Les réflexions
se sont réalisées à partir de cinq tables
de travail: droits sociaux, droits économiques, droits
culturels, droits politiques et réconciliation et paix.
Les participantes ont souligné la nécessité de
surmonter les conflits existants entre diverses organisations
indigènes et paysannes de la région, ainsi que
de chercher des façons de dialoguer avec les «compañeros» et
de leur faire part des objectifs qu’elles poursuivent
dans ces organisations. Plus concrètement, elles se
sont mises d’accord pour écrire une lettre à la
commandante Esther pour partager leurs expériences avec
elle et avec les femmes zapatistes.
La volonté d’union et de coordination des participantes
avec d’autres femmes mexicaines et d’ailleurs pour
partager des expériences et lutter ensembles contre
les projets gouvernementaux et néolibéraux fut
clairement exprimée.

Troisieme
Rencontre d’Experiences pour la Paix et la Reconciliation
«Nous cheminons vers
l’unité à partir de la diversité,
en respectant nos pensées pour construire les ponts
qui nous conduisent ensemble vers la justice et la dignité,
en construisant la paix, parce qu’un autre monde est
possible.»
(Déclaration finale de la rencontre)
La troisième rencontre
d’expériences pour la paix et la réconciliation
convoquée par le Réseau pour la Paix du Chiapas (4) s’est tenue en janvier 2003. Cent quatre-vingt personnes
se sont réunies en provenance de six régions
de l’état : Nord, Selva, Altos, Vallées
Centrales, Frontalières et Frailesca pour analyser
les principaux conflits que vivent les communautés
afin de définir des actions communes pour les résoudre.
Les participants ont relevé comme
problèmes fondamentaux dans les communautés :
la militarisation, l’alcoolisme et les divisions entre
les différents groupes politiques et religieux. Ils
ont identifié comme causes les divers programmes implantés
par les gouvernements fédéral et de l’état,
ainsi que les projets économiques néolibéraux
: le plan Puebla-Panama et les Accords de libre échange.
Lors de la Rencontre, un
plan d’action a été défini
et une équipe inter région à été désignée
pour préparer la prochaine rencontre et lancer un appel
aux autres peuples : «Prenons en considération
toutes les personnes, groupes et communautés, ainsi
que les us et coutumes. Cherchons le respect mutuel et résolvons
nos problèmes communautaires par le biais du dialogue.
Unissons-nous pour affronter ensemble les problèmes
qui nous affectent : conflits agraires, dépossession
des terres, divisions communautaires…»
(4) Le Réseau pour la paix est un espace local d’action
et de réflexion interinstitutionel qui cherche à appuyer
les processus de réconciliation et de paix au niveau
des organisations et des communautés au Chiapas.
Le réseau est composé, entres autres, des
organisations suivantes : Alliance civique-Chiapas,
CORECO, Cáritas, SIPAZ, CIEPAC, CEPAZ, DESMI, EDUPAZ, Enlace,
Communication et formation, les Centres de droits humains
Fray Bartolomé de las Casas et Fray Pedro Lorenzo
de la Nada, etc.^

«La
campagne n’en peut plus»
«Notre lutte n’est
pas de restaurer un passé qui ne reviendra plus (…)
Combattons par le droit que nous avons tous reçus
: le droit à produire, le droit à vivre dignement
de notre travail, le droit à une alimentation saine,
le droit à construire une économie humaine basée
sur notre idiosyncrasie et ouverte aux avancées de la
science et de la technologie, le droit à ce que notre
agriculture et nos communautés paysannes non seulement
puissent survivre mais aussi vivre avec une dimension vers
le futur et la dignité.»
(Appel du Mouvement «La
campagne n’en peut plus» au peuple du Mexique depuis
le Pont International de Cordoba, à Ciudad Juarez, la
première minute du 1er janvier 2003)
Lors
du dernier semestre, la mobilisation nationale et internationale
et l’articulation paysanne contre l’ALÉNA
se sont accrues. Le 12 novembre, douze organisations paysannes
nationales et régionales ont rendu public un manifeste «La
campagne n’en peut plus : six propositions pour sauver
et revaloriser la campagne mexicaine», qui rejette l’entrée
en vigueur (prévue pour le 1e janvier 2003) d’un
nouvel article du chapitre agraire de l’ALÉNA,
selon lequel toutes les importations agro-alimentaires en provenance
des Etats-Unis et du Canada sont exonérées, sauf
le maïs, les fèves, le lait en poudre et la canne à sucre.
Ce mouvement exige, entres
autres choses : la renégociation
du chapitre agraire de l’ALÉNA ; un plan urgent
pour 2003 et un autre à long terme –jusqu’en
2020- qui vise une réforme structurelle du secteur agraire
; une augmentation du budget de l’État pour le
développement rural de 0.6% à 1% du PIB ; une
orientation plus sociale des banques rurales ; qualité et
innocuité des aliments pour la consommation mexicaine
; et la mise en application des Accords de San Andrés
en matière de droits et culture des peuples autochtones.
Le 1e janvier, les différents groupes formant partie
de «La campagne n’en peut plus» en provenance
de tous les coins du pays ont rempli la place centrale de la
ville de Mexico. Cela coïncidait avec la mobilisation
zapatiste du Chiapas, et constituait la plus grande mobilisation
nationale paysanne depuis le temps de Lazaro Cardenas. Lors
des derniers mois, grâce à leurs mobilisations,
leurs jeûnes et leurs manifestations, les paysans ont
forcé le gouvernement fédéral a établir
une table de négociation avec comme objectif d’obtenir
un Accord national pour la campagne.
Actuellement, les réunions se poursuivent entre les
organisations paysannes et les secrétariats du gouvernement
qui participent à la table de négociation. Même
si des points de consensus ont été atteints,
de grandes divergences persistent toujours en ce qui concerne
l’ALÉNA, l’évaluation de la situation
de l’urgence de la campagne mexicaine et l’accès
de paysans à l’Institut mexicain de sécurité sociale.
D’un autre côté, près de 400 organisations
sociales, entres autres, les syndicats membres de l’Union
nationale des travailleurs (UNT), La campagne n’en peut
plus, le Congrès agraire permanent (CAP) et le Barzon
ont formé le Front syndical, paysan et social (FSCS)
qui a pour objectif d’unifier et de renforcer la lutte
pour un projet de développement national pour la campagne
et contre la privatisation du secteur énergétique
national.

Promotrice
de l’Union nationale contre le néolibéralisme
«Nos peuples luttent contre un
néolibéralisme qui implique depuis le début
la guerre contre l’humanité en toute connaissance
de cause de ceux qui nous ont vendu le modèle comme
le meilleur produit pour l’humanité. Aujourd’hui
le monde entier s’organise pour lutter contre la politique
néolibérale et pas seulement pour la paix, mais
aussi pour des projets alternatifs d’une véritable
démocratie avec justice et liberté»
(Pablo
Gonzalez Casanova)
La réactivation des mouvements sociaux
dans tout le territoire mexicain contre les politiques néolibérales
mises de l’avant par le gouvernement mexicain dans différents
secteurs (privatisations, réformes fiscales, réformes
du travail, libre échange) a été propice à la
construction de la Promotrice de l’unité nationale
contre le néolibéralisme. L’objectif est
de créer un espace de rencontre des différentes
luttes dans le but d’articuler un agenda commun de propositions.
Le mouvement –qui regroupe des intellectuels, des ONG,
des syndicats et diverses organisations sociales- a célébré au
début de mars son premier forum dans la ville de Mexico.
Ce forum avait pour objectif : «relancer cette initiative
et ouvrir la discussion pour commencer le travail de promotion
dans les états et les secteurs ; de cette façon,
arriver à une coordination avec des dirigeants sociaux
et des compagnons de divers milieux politiques et de lutte
sociale.»
Lors de ce forum, Pablo Gonzalez Casanova
(ancien recteur de la UNAM) a précisé «nous ne voulons
pas être d’avant-garde ni diriger ou être à la
tête de toutes les organisations ; être respectueux
de l’autonomie de chaque organisation ; montrer, même
dans les moments les plus difficiles, notre respect des idéologies,
religions et positions politiques ; ne pas faire de politique électoraliste,
lutter contre le terrorisme, qu’il vienne de l’état
ou de ses ennemies, et étendre la solidarité à toutes
les nations, en Amérique latine et dans le monde».
(La Jornada, 07/03/03)

Possibilités
et défis
«Comme paysans nous pouvons dire
: nous sommes pauvres ; c’est notre faute ; nous sommes
sur une terre qui n’a pas beaucoup de produits. Mais
un autre plus astucieux vient, il jette l’hameçon
et nous sommes les poissons. Et c’est facile, parce que
nous avons faim et nous nous vendons pour une petite vache
(…) je pense que le gouvernement nous bouche les yeux,
les oreilles, la bouche. Mais qu’allons-nous faire ?
Unissons les forces pour faire bouger cette pierre qui nous
dérange»
(Participant à l’atelier
sur les divisions communautaires, à Nuevo Huixtan)
Faire bouger la pierre de la globalisation
néolibérale –et son corollaire militaire,
exprimé dans la guerre en cours et la militarisation
des régions stratégiques- paraît être
l’objectif commun de la stratégie zapatiste, des
nombreuses rencontres et espaces d’articulation au niveau
local et national. Au Chiapas et dans la région, avec
l’expansion de la politique néolibérale
et belliqueuse, il se crée le sentiment qu’il
est indispensable de construire une alternative au modèle
dominant actuel comme garantie pour pouvoir construire une
paix durable avec une justice sociale et qui respecte les droits
humains individuels et collectifs.
A neuf ans de l’entrée en vigueur de l’ALÉNA
et du soulèvement zapatiste, au Chiapas et dans le reste
du Mexique tout converge vers la résistance sociale,
politique et culturel face aux différents projets néolibéraux
mis en place dans le territoire. Ceci met le pays et la région
en harmonie avec l’agenda continental et mondial symbolisé lors
du «printemps de Porto Alegre».
Dans ces processus de convergence, un des
principaux défis
sera la rencontre des différents mouvements dans des
objectifs communs, qui passeront par-dessus les particularités
qui les différencient et sans que personne ne cherche à supplanter
les autres ou à s’imposer. Le chemin peut être
le même, même s’il y a de multiples façons
de le parcourir.

::ACTIVITÉS
DU SIPAZ
Décembre 2002-Février
2003
Accompagnement
- En décembre, nous avons effectué une visite
dans la zone Nord du Chiapas. Nous sommes également
passé par San Jerónimo Tulijá, au sein
de la municipalité autonome zapatiste Ricardo Flores
Magón, afin d’assurer un suivi à la suite
des conflits violents d’août passé et afin
de contacter les personnes déplacées lors de
ces événements. A Palenque, nous continuons à visiter
l’avocat du centre de droits humains PRODH, qui a reçu
des menaces il y a quelques mois.
- Depuis octobre 2002, nous travaillons sur un projet de
marionnettes en collaboration avec Alianza Cívica-Chiapas. Ensemble,
nous avons élaboré deux œuvres portant sur
les thèmes des divisions et conflits communautaires,
ainsi que sur l’importance du respect de la diversité.
Ces pièces sont présentées dans les communautés
autochtones pour provoquer la réflexion et promouvoir
la transformation pacifique des conflits. La première
présentation s’est déroulée à Chenalhó,
dans le cadre des activités programmées pour
l’anniversaire de la formation de l’organisation
civile «Las Abejas» (Les Abeilles) et pour le cinquième
anniversaire du massacre d’Acteal. En février,
nous avons réalisé une première tournée
dans la zone Nord (voir article à part).
- En décembre, nous avons visité les sept familles
qui ont quitté la biosphère de Montes Azules
l’année passée. Réfugiées
dans un centre d’accueil de Comitán, elles attendent
que le gouvernement respecte sa promesse de leur fournir des
terres fertiles et en quantité suffisante pour
pouvoir maintenir leurs enfants.
Dialogue interreligieux
- Depuis novembre dernier, nous avons commencé une étape
de formation des représentants des Commissions de paix
de Chenalhó par le biais d’ateliers mensuels.
Entre 30 et 50 représentants des églises catholique
et presbytérienne de la zone y participent.
- Nous avons assisté à l’inauguration de
l’Institut d’études sociales et interculturelles
(INESIN), prolongation de ce que fut l’École biblique
de formation intégrale de San Cristóbal
de las Casas.
- Nous avons réalisé un exposé dans le
cadre d’un Forum portant sur le thème de la problématique
religieuse au Chiapas organisé par la Fondation
Leon XIII à San Cristóbal.
Éducation pour la Paix
- En janvier nous avons participé à l’organisation
et à la réalisation de la 3iéme Rencontre
d’expériences de paix et de réconciliation, convoquée par le Réseau pour la paix. Près
de 200 personnes de différentes régions et communautés
autochtones de l’état y ont assisté.
- En février, nous avons animé un atelier portant
sur le thème des divisions communautaires et des projets
néolibéraux dans le cadre de la Seconde
rencontre chiapanèque face au néolibéralisme, réalisée à Nuevo
Huixtán (municipalité de Las Margaritas). Nous
avons également présenté nos marionnettes
pour promouvoir la réflexion des participants.
- Nous avons pris part aux réunions de suivi de la Rencontre
nationale pour la paix ainsi qu’aux réunions de
préparation du Forum continental contre
la militarisation, qui aura lieu en mai prochain à San Cristóbal.
- Nous avons commencé un nouveau cycle d’ateliers
portant sur le thème de la Culture de paix avec les
jeunes des CEDECOS (Centres de développement communautaires) à San
Cristóbal.
Contacts et information
- Nous avons reçu plusieurs délégations
et visites (étudiants et journalistes) pour leur
parler de la situation actuelle au Chiapas et du travail
du SIPAZ.
- Nous avons pris part à l’organisation d’une
délégation du groupe Éducation mondiale
qui a permis aux participantEs de connaître plusieurs
communautés autochtones et différentes
visions du conflit du Chiapas.
- Nous avons assisté à la Première rencontre
régionale de femmes Tseltales, municipalité d’Ocosingo
(février).
International
- Fin janvier, nous avons participé au IIIième
Forum social mondial de Porto Alegre (Brésil).
- En février, le Comité Directeur et l’équipe
du SIPAZ s’est réunis au Chiapas pour évaluer
le travail, analyser le contexte actuel et élaborer
le plan stratégique pour 2003.
- Nous avons participé dans l’organisation et
la réalisation d’une Consultation
latino-américaine
de femmes travaillant pour la paix, convoquée par le
programme Femmes travaillant pour la paix d’IFOR
(Mouvement international pour la réconciliation, membre de la coalition
du SIPAZ), réalisée à Quito (Équateur)
fin février.

:: TOURNÉE
DE MARIONNETTES DANS LA ZONE NORD DU CHIAPAS:
ouvrir des espaces
de dialogue et de tolérance
(février 2003)
Contexte et antécédents En
1996-97 la zone Nord du Chiapas (en particulier les terres
basses de Tila) est devenue l’une des régions
les plus conflictuelles de l’état : innombrables
morts et disparus, un très grand nombre de prisonniers
politiques, attaques et déplacement de communautés
entières.
Le SIPAZ a commencé à visiter la zone en coordination
avec d’autres ONG du Chiapas, afin d’assurer un
suivi face à la violence et à la situation des
droits humains dans la zone. Le projet s’est appelé la «Station
Nord pour la réduction de la tension et la réconciliation». Les observateurs ont cependant été rapidement
perçus comme alliés des zapatistes et des membres
du PRD (Parti de la révolution démocratique)
par les partisans du gouvernement, l’armée et
le groupe armé «Paix et justice». A deux
reprises, des membres de la Station Nord ont été attaqués,
ce qui nous a conduit à nous retirer de la zone.
En 1999, l’équipe du SIPAZ a recommencé une
présence continue dans la zone Nord. Depuis lors, nous
visitons périodiquement plus de 20 communautés
de la zone de plus haut conflit de Tila et certaines autres
de Sabanilla.
Les objectifs de cette présence internationale
incluent: constituer une force de dissuasion face à la
violence, la création et le maintien d’espaces
de réduction
de la tension, de dialogue et de tolérance entre les
groupes opposés. Pour ce faire, le SIPAZ a toujours
recherché ouvertement le contact avec tous les acteurs.
Depuis un certain temps, nous recherchions
la possibilité d’enrichir
ce travail d’accompagnement par le biais d’autres
activités, comme la présentation de marionnettes
ou des ateliers en Transformation pacifique des conflits.
Cette possibilité s’est enfin présentée,
en octobre passé, lorsque nous avons reçu une
invitation d’Alianza Cívica-Chiapas pour participer à un
projet de marionnettes. Depuis décembre, nous avons
réalisé des présentations dans différents
espaces, parfois en combinaison avec des ateliers de transformation
de conflits, forums ou rencontres. Une
volontaire de l’équipe du SIPAZ au Chiapas depuis
1999 nous partage ce témoignage:
«En
février 2003 nous avons réalisé notre
première tournée de marionnettes dans la
zone Nord du Chiapas. Nous étions cinq personnes
(deux du SIPAZ et trois d’Alianza Cívica)
et nous nous posions beaucoup de questions : comment les
communautés allaient nous recevoir ?, qui convoquerait
la communauté (quand il faut tenir compte des divisions
politiques et religieuses qui caractérisent la zone)?,
s’ils allaient nous comprendre quand nous ne parlons
par le ch'ol?, comment allions nous résoudre les
problèmes techniques qui n’allaient pas manquer
?,... D’un autre côté, nous étions
très contents de pouvoir présenter quelque
chose de différent dans les communautés,
et pas seulement de les visiter et d’échanger
des informations. Nous avions beaucoup d’espoir de
pouvoir convoquer et animer un plus grand nombre de personnes.
Notre groupe s’appelle «Diversité».
Nous l’avons choisi en réponse au contexte
dans lequel nous travaillons : dans le cadre d’une
guerre de basse intensité, les différences
religieuses et idéologiques sont utilisées
pour provoquer des divisions et de la violence entre autochtones.
Le travail pour la paix signifie reconnaître et tirer
parti de la diversité pour enrichir la vie communautaire
et fortifier l’unité. Notre groupe en est
un exemple : il est formé par des personnes du Chiapas,
du Nord du Mexique, des États-Unis, d’Espagne
et d’Allemagne, des hommes et des femmes, entre 24
et 42 ans, chacun avec son histoire, ses expériences,
ses rêves et ses besoins. L’intensité du
voyage nous a permis de mieux nous connaître.
La tournée a duré huit jours. Les fonctions
de marionnettes ont été présentées
dans neuf communautés et dans deux villages. Le
public a varié entre une trentaine et des centaines
de personnes. Sans aucun doute, les plus enthousiastes étaient
les enfants.
Bien sur, cela n’a pas été toujours
facile mais dans certains cas, nous avons été reçu
par des affiches nous souhaitant la bienvenue et nous avons
même réalisé une fonction sous la pluie
tandis que le public, protégé par des parapluies,
tenait le coup jusqu’à la fin.
Un dimanche, notre présentation a coïncidé avec
le jour de marché de El Limar, et des personnes
de plusieurs communautés étaient présentes.
Un accord de paix et réconciliation a été signé dans
ce village il y a un an : les catholiques –qui étaient
persécutés pour leur sympathie avec l’EZLN-
ont ainsi pu recommencer à utiliser leur église
qui était occupée par le groupe Paix et justice
depuis plusieurs années. Depuis près d’un
an, l’un des principaux dirigeants de Paix et justice
et, selon plusieurs témoignages, l’un des
principaux responsables de la violence dans la zone a été arrêté.
Après la présentation, nous avons pu écouter
différents commentaires : «Le conflit ici
a commencé de la même façon» ou «espérons
que ce message touche le cœur de nos peuples».
Nous avons également été à la
communauté de Shucjá qui a reçu de
nombreux déplacés par le passé. Plusieurs
d’entre eux, qui depuis l’an passé essayent
de négocier leur retour, nous ont parlé de
leurs peurs et leurs espoirs. L’un d’eux nous
a demandés : «Vous nous accompagnerez
si nous retournons dans nos communautés?». Un
groupe déplacé retourne à ses propres
terres et des personnes d’autres communautés
les aident à reconstruire leurs maisons.
Nous continuons ainsi par des chemins
de terre, certains à pieds
et d’autres dans la voiture pleine à craquer
: le théâtre, les cartons et les sacs des
marionnettes, le décor et nos sacs à dos.
Nous avons réalisé une autre fonction dans
une communauté qui, selon certains, a participé activement
dans le conflit. L’année passée à peine
nous avons réussi à établir un premier
contact. Dans cette communauté, seulement les enfants
et leurs mères ont assisté.
Nous arrivons ensuite à Jolnixtie, une communauté divisée
depuis 1996 après plusieurs faits de violence, des
déplacements forcées et plus tard un retour
sans processus de réconciliation. En dépit
de cela, les gens cherchent à s’unir à nouveau.
L’école est l’endroit le plus neutre
de la communauté. Lorsque nous arrivons les enfants
crient déjà «Des marionnettes !».
Les enfants et leurs professeurs nous aident à monter
le décor et nous prêtent des micros. Dans
l’après-midi, toute la communauté est
invitée. Les enfants se réunissent à nouveau,
rejoint par de nombreux adultes. Ceux qui ne sont pas venus
ont du écouter de toute façon : le son est
tellement fort qu’il était impossible de ne
pas l’entendre. Le catéchiste nous aide à interpréter
le spectacle et il donne une réflexion en ch’ol.
Les protestants et des personnes de différentes
tendances politiques sont aussi là. Les
présentations suivantes ont lieu à Huanal,
une communauté où l’élevage
prédomine. Dans le cadre du conflit, ils ont été attaqués
par des voisins qui leur ont volé tout leur bétail.
D’autres témoignages indiquent que ce sont
les soldats et la police qui en ont finalement profité.
Cette histoire ressemble beaucoup à l’une
de nos œuvres : deux lapins se disputent pendant que
des ratons, profitant de ce fait, volent les carottes,
objet de leur conflit. Les professeurs nous aident à promouvoir
la réflexion des enfants. Dans l’après-midi,
toute la communauté se réunit. Comme le soleil
s’est déjà couché, certaines
personnes du public éclairent le théâtre
avec des lampes de poche. Le professeur et le directeur
de l’école lancent le débat. Tant les
professeurs que les spectateurs partagent leurs commentaire
et il est clair qu’il y a différents courants
politiques opposés.
Tôt le lendemain, nous marchons jusqu’à Obregón.
En chemin nous rencontrons des paysans qui vont travailler
leurs parcelles. Ils savaient que nous devions venir et
ils nous attendent avec enthousiasme. Ici aussi nous organisons
deux présentations : l’une pour les enfants
et l’autre pour toute la communauté. Plusieurs
personnes donnent leurs commentaires en ch’ol, et à la
tombée de la nuit nous nous réunissons dans
l’école pour continuer à parler des
principaux problèmes de la communauté. Hommes
et femmes expriment leurs préoccupations quant à la
politique économique du gouvernement et critiquent
principalement le Plan Puebla-Panama. La communauté est
divisée entre différentes religions et partis
politiques ; mais les dirigeants politiques et religieux
se sont réunis et ont réussi à signer
un accord de non agression, parvenant ainsi à éviter
une escalade de la violence dans la communauté.
Au moment le plus violent du conflit, ils ont reçu
des réfugiés provenant d’autres communautés.
A cet endroit, loin des stations service
et des mécaniciens,
la batterie de notre véhicule tombe en panne. Par
chance, une personne est prête à nous aider
et accepte de nous prêter la sienne pour que nous
puissions rejoindre Salto de Agua, l’endroit le plus
proche pour en acheter une nouvelle.
De retour aux basses terres de Tila,
nous sommes invités à la
célébration de l’anniversaire du retour
des déplacés Cruz Palenque. Un matin d’août
97, des hommes armés ont fait irruption dans la
communauté et ont attaqué les maisons de
ceux qui ne voulaient pas collaborer avec le gouvernement.
Un homme fut assassiné et les autres ont réussi à s’enfuir
avec leurs familles et à se réfugier dans
d’autres communautés. Les habitants membres
de Paix et justice furent poussés à voler
le bétail des déplacés. Plus tard,
ils se sont rendus compte de leur erreur et ont chercher à se
réconcilier avec les déplacés qui
sont finalement retournées chez eux. Ce jour-là on
fêtait les quatre ans de leur retour.
Mais la guerre n’est pas terminée. Les gens
nous parlent d’un nouvel assassinat commis la veille.
Apparemment, la victime, assassinée dans son champ
de maïs, était un partisan du PRI qui participait
dans un processus de réconciliation avec l’église
de Tila. On peut sentir la tension dans les communautés
voisines. Ils nous disent aussi que ces derniers temps,
ils ont vu des hommes provenant d’autres communautés
du PRI. Il y a beaucoup de cas de meurtres non éclaircis
dans ces communautés et les victimes proviennent
de tous les groupes.
Nous devions ensuite présenter nos marionnettes à Nuevo
Limar, une communauté fortement divisée,
majoritairement du PRI, où il y a une base militaire.
D’autres personnes, qui avouent se sentir menacées à nouveau,
nous recommandent de ne pas présenter le spectacle
sur la place comme nous l’avions pensé par
peur des représailles. Finalement nous décidons
de le présenter devant la maison de l’un d’eux.
De manière significative, nous avons reçu
la plus grande participation du public lors de cette dernière
présentation. À nouveau, des personnes issues
de tous les groupes politiques et religieux étaient
présentes. Ils nous remercient pour la visite. Nous
sentons que cela les anime.
Nous sommes rentrés à San Cristóbal
le cœur content et avec l’envie de vite reprendre
la route pour continuer à présenter notre
spectacle de marionnettes.»  |