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:: BULLETIN DU SIPAZ: Vol VIII No 1 - Avril 2003

-> Actualité et Analyse:
En un Mundo en Guerra ...
Dans un monde en guerre
Construire des espaces de
rencontre, partager
des alternatives.
EZN - "Otro Calendario: El de la Resistencia..."
EZLN:“Un autre calendrier:
celui de la résistance”
Encuentro Nacional contra el PROCEDE y el PROCECOM
Rencontre Nationale contre
le «PROCEDE» et
le «PROCEDOM»
Segundo Encuentro Chiapaneco frente al Liberalismo
Deuxieme Rencontre
Chiapanèque Face au
Neoliberalisme
Primer Encuentro Regional de Mujeres Indígenas Tzeltales 1° Rencontre Regionale
des Femmes Indigenes
Tzeltales
Tercer Encuentro sobre Experiencias por la Paz y la Reconciliación Troisieme Rencontre
d’Experiences pour la
Paix et la Reconciliation
"El campo no aguanta más"... «La campagne n’en peut plus»
Promotora de la Unidad Nacional contra el Neoliberalismo Promotrice de l’Union nationale
contre le néolibéralisme
Posibilidades y desafíos Possibilités et défis
-> Activités du SIPAZ
-> Tournée de marionnettes dans la zone Nord du Chiapas:
ouvrir des espaces de dialogue et de tolérance
(février 2003)
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:: ACTUALITÉ ET ANALYSE

Dans un monde en guerre

Construire des espaces de rencontre, partager des alternatives

«Un autre monde n’est pas seulement possible, il est déjà arrivé. On peut déjà écouter comme il respire»
Arundhati Roy (écrivaine indienne)
Porto Alegre, January 2003

Le commencement de l’année 2003 a été profondément marqué par le contexte international de guerre contre l’Irak, promue par les États-Unis avec l’appui des gouvernements britannique, espagnol et australien. De plus, de nombreuses, et chaque jour plus importantes manifestations de rejet de cette guerre dans les principales capitales du monde a aussi marqué l’actualité internationale. Il s’agit de la plus grande mobilisation de la société civile à ce jour.

D’autre part, pour la troisième année consécutive, le III° Forum social mondial a eu lieu à Porto Alegre, Brésil. Ce Forum s’est converti en espace de rencontre, d’échange et d’articulation des divers mouvements sociaux et des réseaux mondiaux qui depuis différents lieux de la planète, luttent pour construire cet «autre monde possible» qui permettra, à partir de l’autonomie des peuples, de construire d’autres modèles sociaux, politiques, économiques et culturels comme une alternative à la globalisation néolibérale.

Ce mouvement global de résistance, que certains analystes ont nommé «le printemps de Porto Alegre», a concentré l’attention mondiale sur l’Amérique latine, considérée de nos jours comme la région du monde la plus porteuse d’espérance de changement.

Au Mexique comme au Chiapas, l’agenda social de 2003 a également été marqué par des rencontres et des forums avec un dénominateur commun : la lutte face au néolibéralisme et la nécessité de partager des expériences et de chercher des alternatives aux politiques de privatisations et d’ajustement qui vont de pair avec ce modèle économique ainsi que son corollaire militaire. L’objectif de ces différentes initiatives est de trouver des points de convergence pour pouvoir reconstruire le tissu social et cheminer vers la construction de «cet autre monde possible».

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EZLN - «Un autre calendrier : celui de la résistance»

«Certainement, on peut réfléchir sur l’incapacité du pouvoir pour écouter, mais ici, il s’agit de signaler la capacité des peuples indigènes à dialoguer. Et sur le chemin de la parole on se retrouve soi-même, son histoire, sa culture, ses douleurs, ses espérances. Et aussi on y retrouve l’autre…»
(Octava Estela, région Nord Pacifique)

Chiapas s’est réveillé le 1° janvier 2003 avec une énorme mobilisation de ses bases de soutien zapatistes dans les rues de San Cristobal de las Casas, en commémoration du 9° anniversaire du soulèvement zapatiste. Les zapatistes ont ainsi mis fin au silence maintenu depuis l’approbation de la réforme constitutionnelle en matière indigène d’avril 2001 par le biais d’un communiqué lu par les principaux commandantes et commandants.

L’EZLN a affirmé entre autres: «Ce que nous demandons et exigeons, nous les zapatistes c’est la reconnaissance constitutionnelle des droits, de l’autonomie et la libre détermination de tous les peuples indigènes du Mexique. Nous exigeons que l’on nous traite avec égalité et justice. Pour cela nous n’acceptons pas que l’on se moque de nous ou que par pitié on nous offre des miettes ou des ordures (…) Parce que nous sommes un peuple avec une longue histoire. Pour cela nous sommes prêts à continuer la lutte jusqu’à ce que tous les peuples indigènes du Mexique soient respectés.» Ce regroupement a été considéré comme la plus importante manifestation publique zapatiste réalisée à ce jour.

Les zapatistes ont publié une série de communiqués appelés «estelas» (stèles), une pour chaque mois de l’année et chacune pour un état du Mexique. Avec chaque «estelas», l’EZLN a voulu composer «l’autre calendrier : celui de la résistance», en racontant l’histoire du «Mexique sous-terrain qui résiste et qui lutte».

Les «estelas» du calendrier passe en revue les luttes passées et présentes en différents lieux. Entres autres, elles mentionnent la lutte contre la privatisation de la zone archéologique de Monte Alban à Oaxaca; à Puebla, l’opposition des paysans contre l’expropriation des terres pour la construction de la route Puebla-Tecamachalco et la construction du Parc Milenium ; en Hidalgo, la défense des indigènes dans la Huasteca, mais aussi celle des jeunes -bandes et punks- à Pachuca ; la reconstruction de l’autonomie des différents peuples qui habitent la région Nord-Pacifique ; la récupération de la communauté de la nation Purépecha ou du mouvement pour la défense de la médecine traditionnelle à Michoacan ; et dans l’état de Mexico, où le mouvement paysan de San Salvador Atenco obtint, grâce à son organisation et des protestations, la paralysie du projet de construction sur leurs terres du nouvel aéroport de la ville de Mexico.

Toutes sont des histoires de résistances face aux vols des terres pour des intérêts mercantiles et représentent, somme toute, la lutte pour le respect des cultures indigènes et populaires, son identité et la défense du territoire où elles vivent et se développent. Les «estelas» semblent montrer que les revendications populaires et la construction d’un Mexique différent n’est pas seulement une réalité du Chiapas mais une lutte d’ampleur nationale.: «c’est la gestation d’un mouvement avec de multiples facettes, politique mais hors partis politiques, qui se répand dans de nombreuses régions et qui, ajouté à d’autres mouvements, est l’expression d’une résistance collective et individuelle, encore invisible» Région Nord-Pacifique, Octava Estela.

Dans le même sens et durant ces premiers mois de l’année, des espaces d’expression ont été créés au Chiapas et au niveau de la nation où l’on peut échanger et connaître des expériences concrètes de résistance face aux programmes gouvernementaux et au Traité de libre échange vu par les peuples autochtones comme des menaces contre leur territoire et les ressources naturelles.

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Rencontre Nationale contre le «PROCEDE» et le «PROCEDOM»

«Travailler pour la reconstruction de la communauté. Renforcer le travail collectif y communautaire ; chercher les solutions à la division des communautés, atteindre l’unité dans la lutte en respectant les différences civiles, sociales et politiques ; dialoguer entre nous, nous réunir comme indigènes et paysans sans vouloir prendre le dessus.»
(Accords de la Rencontre)

Les 5 et 6 février 2003, la Rencontre nationale contre les programmes de certification des droits Ejidales (PROCEDE) et des droits Communaux (PRODECOM) a eu lieu à San Felipe Ecatepec (Chiapas) avec comme titre : «A une décade de la contre-réforme agraire, défendons nos terres.»

L’objectif de la Rencontre était d’analyser les diverses expériences des peuples indigènes et des paysans en ce qui concerne ces programmes impulsés par le gouvernement fédéral pour certifier la propriété ejidale et communale de la terre, connaître ses répercussions et mettre au point des stratégies de défense au niveau juridique, politique et social. Les organisateurs furent les centres des droits humains et les organisations sociales du Chiapas, de Veracruz et de Oaxaca, mais des expériences de luttes en provenance d’autres états du Mexique comme Querétaro, Jalisco, le District Fédéral, Tabasco et Guerrero furent également présentées.

Le PROCEDE a été présenté comme un instrument de la politique économique néolibérale (lié à la réforme de l’article 27 de la Constitution (1) et à l’entrée en vigueur de l’ALENA (2))qui veut faciliter la privatisation des terres éjidales et communales. Les participants échangèrent sur les diverses stratégies du gouvernement pour pouvoir appliquer le PROCEDE, ainsi que sur les tromperies et les chantages utilisés par les représentants agricoles du gouvernement. Ils ont aussi affirmé que le PROCEDE contribue à provoquer des divisions entre ceux qui l’acceptent et ceux qui s’y opposent. L’impact plus profond que ces programmes peuvent produire sur les cultures indigènes et le sens de la communauté qui la sous-tend furent également analysés, puisque la perte de la terre compromet l’autosuffisance alimentaire et la reconnaissance de l’autonomie indigène.

Les participants se mirent d’accord pour résister à la progression du PROCEDE par le biais de l’information et de la conscientisation de la population. Ils ont dénoncé «les programmes gouvernementaux PROCEDE et PRODECOM qui ont divisé nos communautés et ejidos et ont facilité la saisi et la vente des terres.»

Ils se sont aussi engagés à «travailler pour l’autonomie et à lutter pour la mise en application des Accords de San Andres, spécialement pour le droit à la libre détermination et au territoire en impulsant la résistance politique, sociale et culturelle contre le PROCEDE et le PRODECOM à travers des revendications et en respectant nos us et coutumes ; par la nomination d’une autorité propre et de statuts communaux ; par l’usage de la langue indigène dans les assemblées ejidales et communales ; ainsi que par l’établissement de règles de convivialité sociale qui défendent le droit et la protection de la terre.»

(1) En 1992, marque la fin de la redistribution des terres par la réforme de l’article 27 de la constitution, qui élimine la prohibition d’aliéner des terres ejidales (terrain commun). A partir de ce moment, chaque ejidatario peut vendre sa parcelle. Pour la majorité des analystes, la réforme de cet article implique l’ouverture des portes du marché aux terres ejidales et communales. ^

(2) L’Accord de libre échange de l’Amérique du Nord (ALÉNA) est entré en vigueur le 1e janvier 1994 et il est considéré comme une des causes pour lesquelles l’Armée zapatiste de libération nationale a pris les armes cette même journée. Le bilan pour le paysan mexicain, à neuf ans de l’entrée en vigueur de l’ALÉNA, est négatif puisqu’il n’a pu concurrencer les prix des produits nord-américains subventionnés par le gouvernement. Cela a impliqué l’abandon de nombreuses cultures, l’entreposage de grains qui ne peuvent être vendu sur le marché national et international et la disparition de nombreuses petites et moyennes entreprises.^

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Deuxieme Rencontre Chiapanèque Face au Neoliberalisme

«Renforcer les résistances et chercher des alternatives»
(Objectifs de la Rencontre)

Les politiques qui sont le fondement de ces programmes furent analysées très profondément dans la Deuxième rencontre chiapanèque face au néolibéralisme. La première rencontre a eu lieu en octobre 2002 à San Cristobal de las Casas et la seconde dans la communauté de Huixtan (qui se trouve dans une région menacée par la construction d’un barrage). Quinze ateliers parallèles furent mis en place sur les thèmes suivants : PROCEDE, barrages, Plan Puebla-Panama, café, OMC-ALCA, femmes, militarisation, biodiversité, autosuffisance alimentaire, droits humains, maïs, commerce équitable, produits transgéniques, produits toxiques, divisions communautaires et plans néolibérales (ce dernier atelier animé par SIPAZ et Alliance Civique).

Dans cet atelier, une participante nous a partagé cette réflexion : «Nous ne prenons pas conscience de la provenance du problème. Quand dans la communauté un projet arrive, la haine s’installe parce que nous recevons moins que les autres. Je ne pense pas que c’est parce que nous sommes de mauvaises personnes, mais plutôt parce qu’on nous l’impose d’en haut pour que nous entrions en conflit et qu’il n’y ait pas d’unité. Cette haine et cette envie qu’ils sont en train de semer, comment pourrons-nous la rejeter? Cette haine entre paysans, nous qui sommes frères…. Jusqu’aux femmes qui, à cause du programme «opportunités» [*] se battent entre elles. Ce sont les problèmes imposés par le projet néolibéral.»

Une grande partie des participants se sont inscrits à l’atelier sur les barrages. Il convient de rappeler qu’une des stratégies du PPP est la construction de divers barrages hydroélectriques tout au long du territoire du Chiapas. Ceci signifie, en premier lieu, l’inévitable expulsion de ceux qui habitent les terres affectées par ces projets, avec l’impact social, culturel et écologique dont souffriraient ces communautés.

Les participants –provenant de plus de 30 municipalités du Chiapas- se sont prononcés contre le PPP, les barrages, la ZLÉA et la militarisation de l’état ; ils ont rejeté la guerre impérialisme de Bush contre tous les peuples, ils ont interpellé toutes les personnes à travailler ensemble pour vivre en paix avec justice et dignité, à défendre les semences et l’identité, tout en reconnaissant le travail collectif comme une alternative réelle des peuples. Finalement, ils se sont mis d’accord pour réaliser des actions communes de résistance et ils ont lancé un appel pour soutenir le calendrier de mobilisation pour cette année:

8 mars: Journée internationale de la Femme
14 mars: Journée mondiale contre les barrages
10 avril: Anniversaire de la mort de Zapata et semaine continentale contre les produits transgéniques
5 au 9 mai: 1° Rencontre de l’hémisphère face à la militarisation (à San Cristobal de las Casas, Chiapas)
16 au 18 mai: 1° Rencontre nationale de résistance et réponse mésoamicaine à la globalisation néolibérale (San Juan Guichicovi, Oaxaca)
Juillet: Forum contre le PPP et les barrages pour la diversité biologique et culturelle (au Honduras)
14 au 16 août: Forum sur l’autonomie (organisé par le réseau pour la paix au Chiapas)
12 octobre: Campagne internationale de mobilisation et proposition.

[*] C’est le nom donné au programme gouvernemental dirigé aux femmes autochtones et antérieurement connu comme PROGRESA. Par le biais de ce programme, les femmes reçoivent une petite quantité d’argent, tout dépendent du nombre d’enfants qu’elles ont et à condition que ceux-ci aillent à l’école et que les femmes assistent à des contrôles médicaux. (Return)

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1° Rencontre Regionale des Femmes Indigenes Tzeltales

«Réfléchir sur la problématique que vivent les femmes et les effets des politiques néolibérales dans la vie du pays, l’état et les communautés, pour chercher et construire de nouvelles formes de travail coordonné qui fortifient notre organisation et nos propositions dans les champs sociaux, économiques et politiques»
(Objectif de la Rencontre)

La 1° rencontre régional des femmes indigènes Tzeltales s’est tenue dans la municipalité de Ocosingo le 8 mars, journée internationale de la femme. Lors de cette rencontre, les conséquences des projets néolibérales à partir de la réalité sexuelle ont été étudiées de même que la nécessité de créer des alternatives face à ces projets. Les réflexions se sont réalisées à partir de cinq tables de travail: droits sociaux, droits économiques, droits culturels, droits politiques et réconciliation et paix.

Les participantes ont souligné la nécessité de surmonter les conflits existants entre diverses organisations indigènes et paysannes de la région, ainsi que de chercher des façons de dialoguer avec les «compañeros» et de leur faire part des objectifs qu’elles poursuivent dans ces organisations. Plus concrètement, elles se sont mises d’accord pour écrire une lettre à la commandante Esther pour partager leurs expériences avec elle et avec les femmes zapatistes.

La volonté d’union et de coordination des participantes avec d’autres femmes mexicaines et d’ailleurs pour partager des expériences et lutter ensembles contre les projets gouvernementaux et néolibéraux fut clairement exprimée.

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Troisieme Rencontre d’Experiences pour la Paix et la Reconciliation

«Nous cheminons vers l’unité à partir de la diversité, en respectant nos pensées pour construire les ponts qui nous conduisent ensemble vers la justice et la dignité, en construisant la paix, parce qu’un autre monde est possible.»
(Déclaration finale de la rencontre)

La troisième rencontre d’expériences pour la paix et la réconciliation convoquée par le Réseau pour la Paix du Chiapas (4) s’est tenue en janvier 2003. Cent quatre-vingt personnes se sont réunies en provenance de six régions de l’état : Nord, Selva, Altos, Vallées Centrales, Frontalières et Frailesca pour analyser les principaux conflits que vivent les communautés afin de définir des actions communes pour les résoudre.

Les participants ont relevé comme problèmes fondamentaux dans les communautés : la militarisation, l’alcoolisme et les divisions entre les différents groupes politiques et religieux. Ils ont identifié comme causes les divers programmes implantés par les gouvernements fédéral et de l’état, ainsi que les projets économiques néolibéraux : le plan Puebla-Panama et les Accords de libre échange.

Lors de la Rencontre, un plan d’action a été défini et une équipe inter région à été désignée pour préparer la prochaine rencontre et lancer un appel aux autres peuples : «Prenons en considération toutes les personnes, groupes et communautés, ainsi que les us et coutumes. Cherchons le respect mutuel et résolvons nos problèmes communautaires par le biais du dialogue. Unissons-nous pour affronter ensemble les problèmes qui nous affectent : conflits agraires, dépossession des terres, divisions communautaires…»

(4) Le Réseau pour la paix est un espace local d’action et de réflexion interinstitutionel qui cherche à appuyer les processus de réconciliation et de paix au niveau des organisations et des communautés au Chiapas. Le réseau est composé, entres autres, des organisations suivantes : Alliance civique-Chiapas, CORECO, Cáritas, SIPAZ, CIEPAC, CEPAZ, DESMI, EDUPAZ, Enlace, Communication et formation, les Centres de droits humains Fray Bartolomé de las Casas et Fray Pedro Lorenzo de la Nada, etc.^

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«La campagne n’en peut plus»

«Notre lutte n’est pas de restaurer un passé qui ne reviendra plus (…) Combattons par le droit que nous avons tous reçus : le droit à produire, le droit à vivre dignement de notre travail, le droit à une alimentation saine, le droit à construire une économie humaine basée sur notre idiosyncrasie et ouverte aux avancées de la science et de la technologie, le droit à ce que notre agriculture et nos communautés paysannes non seulement puissent survivre mais aussi vivre avec une dimension vers le futur et la dignité.»
(Appel du Mouvement «La campagne n’en peut plus» au peuple du Mexique depuis le Pont International de Cordoba, à Ciudad Juarez, la première minute du 1er janvier 2003)

Lors du dernier semestre, la mobilisation nationale et internationale et l’articulation paysanne contre l’ALÉNA se sont accrues. Le 12 novembre, douze organisations paysannes nationales et régionales ont rendu public un manifeste «La campagne n’en peut plus : six propositions pour sauver et revaloriser la campagne mexicaine», qui rejette l’entrée en vigueur (prévue pour le 1e janvier 2003) d’un nouvel article du chapitre agraire de l’ALÉNA, selon lequel toutes les importations agro-alimentaires en provenance des Etats-Unis et du Canada sont exonérées, sauf le maïs, les fèves, le lait en poudre et la canne à sucre.

Ce mouvement exige, entres autres choses : la renégociation du chapitre agraire de l’ALÉNA ; un plan urgent pour 2003 et un autre à long terme –jusqu’en 2020- qui vise une réforme structurelle du secteur agraire ; une augmentation du budget de l’État pour le développement rural de 0.6% à 1% du PIB ; une orientation plus sociale des banques rurales ; qualité et innocuité des aliments pour la consommation mexicaine ; et la mise en application des Accords de San Andrés en matière de droits et culture des peuples autochtones.

Le 1e janvier, les différents groupes formant partie de «La campagne n’en peut plus» en provenance de tous les coins du pays ont rempli la place centrale de la ville de Mexico. Cela coïncidait avec la mobilisation zapatiste du Chiapas, et constituait la plus grande mobilisation nationale paysanne depuis le temps de Lazaro Cardenas. Lors des derniers mois, grâce à leurs mobilisations, leurs jeûnes et leurs manifestations, les paysans ont forcé le gouvernement fédéral a établir une table de négociation avec comme objectif d’obtenir un Accord national pour la campagne.

Actuellement, les réunions se poursuivent entre les organisations paysannes et les secrétariats du gouvernement qui participent à la table de négociation. Même si des points de consensus ont été atteints, de grandes divergences persistent toujours en ce qui concerne l’ALÉNA, l’évaluation de la situation de l’urgence de la campagne mexicaine et l’accès de paysans à l’Institut mexicain de sécurité sociale.

D’un autre côté, près de 400 organisations sociales, entres autres, les syndicats membres de l’Union nationale des travailleurs (UNT), La campagne n’en peut plus, le Congrès agraire permanent (CAP) et le Barzon ont formé le Front syndical, paysan et social (FSCS) qui a pour objectif d’unifier et de renforcer la lutte pour un projet de développement national pour la campagne et contre la privatisation du secteur énergétique national.

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Promotrice de l’Union nationale contre le néolibéralisme

«Nos peuples luttent contre un néolibéralisme qui implique depuis le début la guerre contre l’humanité en toute connaissance de cause de ceux qui nous ont vendu le modèle comme le meilleur produit pour l’humanité. Aujourd’hui le monde entier s’organise pour lutter contre la politique néolibérale et pas seulement pour la paix, mais aussi pour des projets alternatifs d’une véritable démocratie avec justice et liberté»
(Pablo Gonzalez Casanova)

La réactivation des mouvements sociaux dans tout le territoire mexicain contre les politiques néolibérales mises de l’avant par le gouvernement mexicain dans différents secteurs (privatisations, réformes fiscales, réformes du travail, libre échange) a été propice à la construction de la Promotrice de l’unité nationale contre le néolibéralisme. L’objectif est de créer un espace de rencontre des différentes luttes dans le but d’articuler un agenda commun de propositions.

Le mouvement –qui regroupe des intellectuels, des ONG, des syndicats et diverses organisations sociales- a célébré au début de mars son premier forum dans la ville de Mexico. Ce forum avait pour objectif : «relancer cette initiative et ouvrir la discussion pour commencer le travail de promotion dans les états et les secteurs ; de cette façon, arriver à une coordination avec des dirigeants sociaux et des compagnons de divers milieux politiques et de lutte sociale.»

Lors de ce forum, Pablo Gonzalez Casanova (ancien recteur de la UNAM) a précisé «nous ne voulons pas être d’avant-garde ni diriger ou être à la tête de toutes les organisations ; être respectueux de l’autonomie de chaque organisation ; montrer, même dans les moments les plus difficiles, notre respect des idéologies, religions et positions politiques ; ne pas faire de politique électoraliste, lutter contre le terrorisme, qu’il vienne de l’état ou de ses ennemies, et étendre la solidarité à toutes les nations, en Amérique latine et dans le monde». (La Jornada, 07/03/03)

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Possibilités et défis

«Comme paysans nous pouvons dire : nous sommes pauvres ; c’est notre faute ; nous sommes sur une terre qui n’a pas beaucoup de produits. Mais un autre plus astucieux vient, il jette l’hameçon et nous sommes les poissons. Et c’est facile, parce que nous avons faim et nous nous vendons pour une petite vache (…) je pense que le gouvernement nous bouche les yeux, les oreilles, la bouche. Mais qu’allons-nous faire ? Unissons les forces pour faire bouger cette pierre qui nous dérange»
(Participant à l’atelier sur les divisions communautaires, à Nuevo Huixtan)

Faire bouger la pierre de la globalisation néolibérale –et son corollaire militaire, exprimé dans la guerre en cours et la militarisation des régions stratégiques- paraît être l’objectif commun de la stratégie zapatiste, des nombreuses rencontres et espaces d’articulation au niveau local et national. Au Chiapas et dans la région, avec l’expansion de la politique néolibérale et belliqueuse, il se crée le sentiment qu’il est indispensable de construire une alternative au modèle dominant actuel comme garantie pour pouvoir construire une paix durable avec une justice sociale et qui respecte les droits humains individuels et collectifs.

A neuf ans de l’entrée en vigueur de l’ALÉNA et du soulèvement zapatiste, au Chiapas et dans le reste du Mexique tout converge vers la résistance sociale, politique et culturel face aux différents projets néolibéraux mis en place dans le territoire. Ceci met le pays et la région en harmonie avec l’agenda continental et mondial symbolisé lors du «printemps de Porto Alegre».

Dans ces processus de convergence, un des principaux défis sera la rencontre des différents mouvements dans des objectifs communs, qui passeront par-dessus les particularités qui les différencient et sans que personne ne cherche à supplanter les autres ou à s’imposer. Le chemin peut être le même, même s’il y a de multiples façons de le parcourir.

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::ACTIVITÉS DU SIPAZ

Décembre 2002-Février 2003

Accompagnement

  • En décembre, nous avons effectué une visite dans la zone Nord du Chiapas. Nous sommes également passé par San Jerónimo Tulijá, au sein de la municipalité autonome zapatiste Ricardo Flores Magón, afin d’assurer un suivi à la suite des conflits violents d’août passé et afin de contacter les personnes déplacées lors de ces événements. A Palenque, nous continuons à visiter l’avocat du centre de droits humains PRODH, qui a reçu des menaces il y a quelques mois.
  • Depuis octobre 2002, nous travaillons sur un projet de marionnettes en collaboration avec Alianza Cívica-Chiapas. Ensemble, nous avons élaboré deux œuvres portant sur les thèmes des divisions et conflits communautaires, ainsi que sur l’importance du respect de la diversité. Ces pièces sont présentées dans les communautés autochtones pour provoquer la réflexion et promouvoir la transformation pacifique des conflits. La première présentation s’est déroulée à Chenalhó, dans le cadre des activités programmées pour l’anniversaire de la formation de l’organisation civile «Las Abejas» (Les Abeilles) et pour le cinquième anniversaire du massacre d’Acteal. En février, nous avons réalisé une première tournée dans la zone Nord (voir article à part).
  • En décembre, nous avons visité les sept familles qui ont quitté la biosphère de Montes Azules l’année passée. Réfugiées dans un centre d’accueil de Comitán, elles attendent que le gouvernement respecte sa promesse de leur fournir des terres fertiles et en quantité suffisante pour pouvoir maintenir leurs enfants.

Dialogue interreligieux

  • Depuis novembre dernier, nous avons commencé une étape de formation des représentants des Commissions de paix de Chenalhó par le biais d’ateliers mensuels. Entre 30 et 50 représentants des églises catholique et presbytérienne de la zone y participent.
  • Nous avons assisté à l’inauguration de l’Institut d’études sociales et interculturelles (INESIN), prolongation de ce que fut l’École biblique de formation intégrale de San Cristóbal de las Casas.
  • Nous avons réalisé un exposé dans le cadre d’un Forum portant sur le thème de la problématique religieuse au Chiapas organisé par la Fondation Leon XIII à San Cristóbal.

Éducation pour la Paix

  • En janvier nous avons participé à l’organisation et à la réalisation de la 3iéme Rencontre d’expériences de paix et de réconciliation, convoquée par le Réseau pour la paix. Près de 200 personnes de différentes régions et communautés autochtones de l’état y ont assisté.
  • En février, nous avons animé un atelier portant sur le thème des divisions communautaires et des projets néolibéraux dans le cadre de la Seconde rencontre chiapanèque face au néolibéralisme, réalisée à Nuevo Huixtán (municipalité de Las Margaritas). Nous avons également présenté nos marionnettes pour promouvoir la réflexion des participants.
  • Nous avons pris part aux réunions de suivi de la Rencontre nationale pour la paix ainsi qu’aux réunions de préparation du Forum continental contre la militarisation, qui aura lieu en mai prochain à San Cristóbal.
  • Nous avons commencé un nouveau cycle d’ateliers portant sur le thème de la Culture de paix avec les jeunes des CEDECOS (Centres de développement communautaires) à San Cristóbal.

Contacts et information

  • Nous avons reçu plusieurs délégations et visites (étudiants et journalistes) pour leur parler de la situation actuelle au Chiapas et du travail du SIPAZ.
  • Nous avons pris part à l’organisation d’une délégation du groupe Éducation mondiale qui a permis aux participantEs de connaître plusieurs communautés autochtones et différentes visions du conflit du Chiapas.
  • Nous avons assisté à la Première rencontre régionale de femmes Tseltales, municipalité d’Ocosingo (février).

International

  • Fin janvier, nous avons participé au IIIième Forum social mondial de Porto Alegre (Brésil).
  • En février, le Comité Directeur et l’équipe du SIPAZ s’est réunis au Chiapas pour évaluer le travail, analyser le contexte actuel et élaborer le plan stratégique pour 2003.
  • Nous avons participé dans l’organisation et la réalisation d’une Consultation latino-américaine de femmes travaillant pour la paix, convoquée par le programme Femmes travaillant pour la paix d’IFOR (Mouvement international pour la réconciliation, membre de la coalition du SIPAZ), réalisée à Quito (Équateur) fin février.

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:: TOURNÉE DE MARIONNETTES DANS LA ZONE NORD DU CHIAPAS:

ouvrir des espaces de dialogue et de tolérance
(février 2003)

Contexte et antécédents

En 1996-97 la zone Nord du Chiapas (en particulier les terres basses de Tila) est devenue l’une des régions les plus conflictuelles de l’état : innombrables morts et disparus, un très grand nombre de prisonniers politiques, attaques et déplacement de communautés entières.

Le SIPAZ a commencé à visiter la zone en coordination avec d’autres ONG du Chiapas, afin d’assurer un suivi face à la violence et à la situation des droits humains dans la zone. Le projet s’est appelé la «Station Nord pour la réduction de la tension et la réconciliation». Les observateurs ont cependant été rapidement perçus comme alliés des zapatistes et des membres du PRD (Parti de la révolution démocratique) par les partisans du gouvernement, l’armée et le groupe armé «Paix et justice». A deux reprises, des membres de la Station Nord ont été attaqués, ce qui nous a conduit à nous retirer de la zone.

En 1999, l’équipe du SIPAZ a recommencé une présence continue dans la zone Nord. Depuis lors, nous visitons périodiquement plus de 20 communautés de la zone de plus haut conflit de Tila et certaines autres de Sabanilla.

Les objectifs de cette présence internationale incluent: constituer une force de dissuasion face à la violence, la création et le maintien d’espaces de réduction de la tension, de dialogue et de tolérance entre les groupes opposés. Pour ce faire, le SIPAZ a toujours recherché ouvertement le contact avec tous les acteurs.

Depuis un certain temps, nous recherchions la possibilité d’enrichir ce travail d’accompagnement par le biais d’autres activités, comme la présentation de marionnettes ou des ateliers en Transformation pacifique des conflits.

Cette possibilité s’est enfin présentée, en octobre passé, lorsque nous avons reçu une invitation d’Alianza Cívica-Chiapas pour participer à un projet de marionnettes. Depuis décembre, nous avons réalisé des présentations dans différents espaces, parfois en combinaison avec des ateliers de transformation de conflits, forums ou rencontres.

Une volontaire de l’équipe du SIPAZ au Chiapas depuis 1999 nous partage ce témoignage:

«En février 2003 nous avons réalisé notre première tournée de marionnettes dans la zone Nord du Chiapas. Nous étions cinq personnes (deux du SIPAZ et trois d’Alianza Cívica) et nous nous posions beaucoup de questions : comment les communautés allaient nous recevoir ?, qui convoquerait la communauté (quand il faut tenir compte des divisions politiques et religieuses qui caractérisent la zone)?, s’ils allaient nous comprendre quand nous ne parlons par le ch'ol?, comment allions nous résoudre les problèmes techniques qui n’allaient pas manquer ?,... D’un autre côté, nous étions très contents de pouvoir présenter quelque chose de différent dans les communautés, et pas seulement de les visiter et d’échanger des informations. Nous avions beaucoup d’espoir de pouvoir convoquer et animer un plus grand nombre de personnes.

Notre groupe s’appelle «Diversité». Nous l’avons choisi en réponse au contexte dans lequel nous travaillons : dans le cadre d’une guerre de basse intensité, les différences religieuses et idéologiques sont utilisées pour provoquer des divisions et de la violence entre autochtones. Le travail pour la paix signifie reconnaître et tirer parti de la diversité pour enrichir la vie communautaire et fortifier l’unité. Notre groupe en est un exemple : il est formé par des personnes du Chiapas, du Nord du Mexique, des États-Unis, d’Espagne et d’Allemagne, des hommes et des femmes, entre 24 et 42 ans, chacun avec son histoire, ses expériences, ses rêves et ses besoins. L’intensité du voyage nous a permis de mieux nous connaître.

La tournée a duré huit jours. Les fonctions de marionnettes ont été présentées dans neuf communautés et dans deux villages. Le public a varié entre une trentaine et des centaines de personnes. Sans aucun doute, les plus enthousiastes étaient les enfants.

Bien sur, cela n’a pas été toujours facile mais dans certains cas, nous avons été reçu par des affiches nous souhaitant la bienvenue et nous avons même réalisé une fonction sous la pluie tandis que le public, protégé par des parapluies, tenait le coup jusqu’à la fin.

Un dimanche, notre présentation a coïncidé avec le jour de marché de El Limar, et des personnes de plusieurs communautés étaient présentes. Un accord de paix et réconciliation a été signé dans ce village il y a un an : les catholiques –qui étaient persécutés pour leur sympathie avec l’EZLN- ont ainsi pu recommencer à utiliser leur église qui était occupée par le groupe Paix et justice depuis plusieurs années. Depuis près d’un an, l’un des principaux dirigeants de Paix et justice et, selon plusieurs témoignages, l’un des principaux responsables de la violence dans la zone a été arrêté. Après la présentation, nous avons pu écouter différents commentaires : «Le conflit ici a commencé de la même façon» ou «espérons que ce message touche le cœur de nos peuples».

Nous avons également été à la communauté de Shucjá qui a reçu de nombreux déplacés par le passé. Plusieurs d’entre eux, qui depuis l’an passé essayent de négocier leur retour, nous ont parlé de leurs peurs et leurs espoirs. L’un d’eux nous a demandés : «Vous nous accompagnerez si nous retournons dans nos communautés?». Un groupe déplacé retourne à ses propres terres et des personnes d’autres communautés les aident à reconstruire leurs maisons.

Nous continuons ainsi par des chemins de terre, certains à pieds et d’autres dans la voiture pleine à craquer : le théâtre, les cartons et les sacs des marionnettes, le décor et nos sacs à dos.

Nous avons réalisé une autre fonction dans une communauté qui, selon certains, a participé activement dans le conflit. L’année passée à peine nous avons réussi à établir un premier contact. Dans cette communauté, seulement les enfants et leurs mères ont assisté.

Nous arrivons ensuite à Jolnixtie, une communauté divisée depuis 1996 après plusieurs faits de violence, des déplacements forcées et plus tard un retour sans processus de réconciliation. En dépit de cela, les gens cherchent à s’unir à nouveau. L’école est l’endroit le plus neutre de la communauté. Lorsque nous arrivons les enfants crient déjà «Des marionnettes !». Les enfants et leurs professeurs nous aident à monter le décor et nous prêtent des micros. Dans l’après-midi, toute la communauté est invitée. Les enfants se réunissent à nouveau, rejoint par de nombreux adultes. Ceux qui ne sont pas venus ont du écouter de toute façon : le son est tellement fort qu’il était impossible de ne pas l’entendre. Le catéchiste nous aide à interpréter le spectacle et il donne une réflexion en ch’ol. Les protestants et des personnes de différentes tendances politiques sont aussi là.

Les présentations suivantes ont lieu à Huanal, une communauté où l’élevage prédomine. Dans le cadre du conflit, ils ont été attaqués par des voisins qui leur ont volé tout leur bétail. D’autres témoignages indiquent que ce sont les soldats et la police qui en ont finalement profité. Cette histoire ressemble beaucoup à l’une de nos œuvres : deux lapins se disputent pendant que des ratons, profitant de ce fait, volent les carottes, objet de leur conflit. Les professeurs nous aident à promouvoir la réflexion des enfants. Dans l’après-midi, toute la communauté se réunit. Comme le soleil s’est déjà couché, certaines personnes du public éclairent le théâtre avec des lampes de poche. Le professeur et le directeur de l’école lancent le débat. Tant les professeurs que les spectateurs partagent leurs commentaire et il est clair qu’il y a différents courants politiques opposés.

Tôt le lendemain, nous marchons jusqu’à Obregón. En chemin nous rencontrons des paysans qui vont travailler leurs parcelles. Ils savaient que nous devions venir et ils nous attendent avec enthousiasme. Ici aussi nous organisons deux présentations : l’une pour les enfants et l’autre pour toute la communauté. Plusieurs personnes donnent leurs commentaires en ch’ol, et à la tombée de la nuit nous nous réunissons dans l’école pour continuer à parler des principaux problèmes de la communauté. Hommes et femmes expriment leurs préoccupations quant à la politique économique du gouvernement et critiquent principalement le Plan Puebla-Panama. La communauté est divisée entre différentes religions et partis politiques ; mais les dirigeants politiques et religieux se sont réunis et ont réussi à signer un accord de non agression, parvenant ainsi à éviter une escalade de la violence dans la communauté. Au moment le plus violent du conflit, ils ont reçu des réfugiés provenant d’autres communautés.

A cet endroit, loin des stations service et des mécaniciens, la batterie de notre véhicule tombe en panne. Par chance, une personne est prête à nous aider et accepte de nous prêter la sienne pour que nous puissions rejoindre Salto de Agua, l’endroit le plus proche pour en acheter une nouvelle.

De retour aux basses terres de Tila, nous sommes invités à la célébration de l’anniversaire du retour des déplacés Cruz Palenque. Un matin d’août 97, des hommes armés ont fait irruption dans la communauté et ont attaqué les maisons de ceux qui ne voulaient pas collaborer avec le gouvernement. Un homme fut assassiné et les autres ont réussi à s’enfuir avec leurs familles et à se réfugier dans d’autres communautés. Les habitants membres de Paix et justice furent poussés à voler le bétail des déplacés. Plus tard, ils se sont rendus compte de leur erreur et ont chercher à se réconcilier avec les déplacés qui sont finalement retournées chez eux. Ce jour-là on fêtait les quatre ans de leur retour.

Mais la guerre n’est pas terminée. Les gens nous parlent d’un nouvel assassinat commis la veille. Apparemment, la victime, assassinée dans son champ de maïs, était un partisan du PRI qui participait dans un processus de réconciliation avec l’église de Tila. On peut sentir la tension dans les communautés voisines. Ils nous disent aussi que ces derniers temps, ils ont vu des hommes provenant d’autres communautés du PRI. Il y a beaucoup de cas de meurtres non éclaircis dans ces communautés et les victimes proviennent de tous les groupes.

Nous devions ensuite présenter nos marionnettes à Nuevo Limar, une communauté fortement divisée, majoritairement du PRI, où il y a une base militaire. D’autres personnes, qui avouent se sentir menacées à nouveau, nous recommandent de ne pas présenter le spectacle sur la place comme nous l’avions pensé par peur des représailles. Finalement nous décidons de le présenter devant la maison de l’un d’eux. De manière significative, nous avons reçu la plus grande participation du public lors de cette dernière présentation. À nouveau, des personnes issues de tous les groupes politiques et religieux étaient présentes. Ils nous remercient pour la visite. Nous sentons que cela les anime.

Nous sommes rentrés à San Cristóbal le cœur content et avec l’envie de vite reprendre la route pour continuer à présenter notre spectacle de marionnettes.»

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