:: SYNTHESE
Lors de la mise sous presse de ce bulletin,
la résolution de la Suprême Cour de Justice
de la Nation (SCJN) quant à la réforme constitutionnelle
indigène approuvée l'an passé était
imminente. Pour la considérer contraire aux Accords
de San Andrés, cette réforme a été rejetée
par l'EZLN, les congrès des états de plus forte
population indigène et leurs principales organisations.
Plus de 300 recours juridiques ou controverses
constitutionnelles ont été présentés auprès
de la SCJN contre cette loi, un fait inhabituel et historique,
vu qu’aucune réforme constitutionnelle n’avait
jamais soulevé autant de questions.
Au cours des derniers mois, de nombreuses
organisations de la société civile ont signalé que
la SCJN a la possibilité de contribuer au processus
de paix au Chiapas, dans la mesure où la mise en place
des Accords de San Andrés est l'une des conditions
posées par les zapatistes pour reprendre le dialogue.
La résolution de la SCJN conduira les acteurs à redéfinir
leurs stratégies. Si la réforme est déclarée
valide, la décision pourra être lue par certains
comme la fin de l'option politique et pacifique pour résoudre
le conflit. Il restera cependant la possibilité de
recourir aux organismes internationaux, comme l'Organisation
Internationale du Travail (OIT), la Commission Interaméricaine
des Droits Humains (CIDH) ou l'Organisation des
Nations Unies (ONU). Il faut noter toutefois que les résolutions
de ce type d'organismes n'ont pas d'effet coercitif à l'intérieur
des pays.
Du 5 au 7 juillet, la Rencontre Nationale
pour la Paix avec Justice et Dignité s'est réalisée à San
Cristóbal de las Casas, Chiapas. Plus de mille personnes
y ont participé, indigènes et non indigènes,
de 285 organisations, 23 états mexicains et 13 pays.
La rencontre a été une opportunité pour
renforcer le lien entre les mouvements indigène, social
et civil. Son principal objectif était de réactiver
l'articulation des initiatives civiles face au conflit du
Chiapas ; mais les thèmes abordés ont permis
d'aller au-delà de cet aspect, affirmant ainsi le
caractère nationale et international de ce qui est
en jeu au Chiapas.
Un premier thème était le conflit armé au
Mexique, ses conséquences et le processus de paix
; le second, démocratie et droits des peuples indigènes
; le troisième, développement économique
alternatif pour les communautés, municipalités
et les peuples indiens. Un quatrième thème –transversal
aux antérieurs- était la construction d’alternatives
d’articulation et de participation civile, nationale
et internationale pour atteindre la paix avec justice et
dignité.
Un autre facteur de fortification de la société civile
organisée fut le conflit de San Salvador Atenco,
où les petits propriétaires de ce village
refusaient l'expropriation de leurs terres dans le cadre
de la construction d'un nouvel aéroport international
dans l'état de Mexico. La lutte organisée
des paysans -avec le soutien d'amples secteurs sociaux-
a finalement permis que le gouvernement rejette ce projet
en août.
Le rejet du Plan Puebla-Panamá constitue un autre
vecteur de convergence populaire ces derniers temps. A Veracruz,
au Chiapas, au Nicaragua et au Guatemala, les organisations
sociales et indigènes de la région méso-américaine
se sont réunies pour réitérer leur rejet
catégorique de ce méga-projet. En réponse
aux critiques, le président Fox et l'ancien coordinateur
du Plan, Florencio Salazar, ont déclaré que
rien ne se ferait sans le consentement des habitants de la
région.
Au Chiapas, pendant ce temps, les dénonciations des
municipalités autonomes zapatistes se sont multipliées
contre l'augmentation notoire des activités militaires
et paramilitaires dans la zone de conflit. On parle même
de la formation d'un nouveau groupe armé accusé d'être
paramilitaire (OPDIC).
En juillet et août, on a observé une préoccupante
escalade de la violence dans les municipalités autonomes
de la zone Selva. Le 7 août, José López
Sántiz (zapatiste) a été assassiné dans
la municipalité autonome 17 de Noviembre (Altamirano).
Le 19 août, à Crucero Quexil, municipalité autonome
San Manuel, où les bases de soutien zapatistes maintiennent
un barrage pour prévenir le trafic d'alcool, de voitures
volées et de bois précieux, une confrontation
s'est terminée avec un bilan de 9 blessés.
Le 25 août, dans le ranch d'Amaytik, Ocosingo, deux
personnes (autorités de la municipalité autonome
Ricardo Flores Magón) ont également été assassinées.
Le même jour, un autre zapatiste a été tué dans
la municipalité autonome Olga Isabel (Chilón).
Dans ce dernier cas, on accuse un groupe armé appelé "los
Aguilares". Dans toutes ces situations de violence,
les zapatistas accusent des groupes armés proches
du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI). Lors
de la mise sous presse de ce bulletin, des brigades civiles
d'observation continuaient leur enquête. Plusieurs
organisations non gouvernementales de l'état ont dénoncé que
ces faits de violence et d'autres qui ont eu lieu en août
contre les municipalités autonomes présentent
les mêmes caractéristiques.
Une autre source de préoccupation est la visible
détérioration de la relation entre les zapatistes
et d'autres organisations indigènes, particulièrement
dans la zone des canyons (Selva), avec la multiplication
d'accusations mutuelles et des conflits violents entre ces
groupes.
La terre est un facteur de tension permanente.
Le gouverneur du Chiapas, Pablo Salazar, reconnaît que 80% des problèmes
sociaux et politiques au Chiapas sont liés à la
problématique agraire. Plusieurs zones sont particulièrement
préoccupantes, en particulier dans la région
Selva. Il faut souligner le cas des communautés menacés
d'expulsion de la biosphère de Montes Azules.
De leur côté, les autorités fédérales
reconnaissent qu'il existe environ 5000 conflits agraires
au Mexique. Le massacre d'Agua Fría (Oaxaca), en juin,
qui a causé 26 morts et 42 blessés pour cette
raison, a conduit à la création d'une structure
entre différents ministères pour définir
une stratégie de prévention et réponse
aux conflits agraires potentiels.
En dépit de quelques avancées, le Mexique
reste un objet de préoccupation pour les organismes
nationaux et internationaux de droits humains. La Haute
Commissaire pour les Droits Humains, Mary Robinson, le Représentant
du Secrétariat Général de l'ONU pour
les Déplacés Internes, Francis Deng, et le
président de la Commission Interaméricaine
des Droits Humains, Juan Méndez, ont visité le
pays au cours des derniers mois. Amnesty International, la
Fédération Internationale des Droits Humains et la Commission
Civile Internationale d'Observation des Droits Humains ont fait de même et coïncident
pour affirmer que les peuples indiens sont les principales
victimes des fréquentes violations des droits humains
au Mexique.

Actions recommandées
- Ecrire au président Fox en exprimant:
- votre préoccupation lorsque la réforme
constitutionnelle sur les droits indigènes
s'est convertie en un obstacle pour la reprise du
processus de
paix et d'une recherche de solution au conflit du
Chiapas;
- l'espoir de la communauté internationale que
l'Etat mexicain, par le biais du pouvoir exécutif,
législatif et judiciaire, révisera la réforme
indigène approuvée, pour s'assurer qu'elle
sera cohérente avec les engagements pris à San
Andrés et auprès de l'OIT en ratifiant
la Convention 169.
- votre préoccupation face à l'augmentation
de l'activité militaire au Chiapas, qui n'arrange
en rien la situation et accroît les conflits politiques
et sociaux de l'état.
- Ecrire à l'OIT pour qu'elle exige à l'Etat
mexicain à faire en sorte que la législation
interne sur les peuples indiens soit cohérente avec
la Convention 169.
- Ecrire au gouvernement du Chiapas,
afin qu'il réalise
une investigation immédiate, impartiale et efficace
sur les faits récents de violence au Chiapas et
qu'il soumette les coupables à la justice.
- Diffuser l'information, comme le contenu de
ce bulletin, sur la situation au Chiapas.
Veuillez ecrire a:
Lic. Vicente Fox
Presidente de la República
Residencia Oficial de los Pinos
11850 México, D.F., México
Fax: (+52) 55 55 22 41 17
http://www.presidencia.gob.mx/?P=17
Dr. Juan Somavia
Director General
Organización Internacional del Trabajo
4, route des Morillons
CH-1211, Geneva 22, Suiza
Fax: (00-41) 22 917 90 10
cabinet@ilo.org
Lic. Pablo Salazar Mendiguchía
Gobernador del Estado de Chiapas
Palacio de Gobierno, 1er piso
Fax: (+52)-961-61-20917
salazarp@prodigy.net.mx
http://www.pablosalazar.org.mx

:: ACTUALITÉ
Moment de définition
pour le conflit du Chiapas Alors
que nous étions sur le point de publier ce bulletin,
on attendait l'imminente résolution de la Suprême
Cour de Justice de la Nation (SCJN) quant à la réforme
constitutionnelle en matière indigène approuvée
l'an passé.
Antécédents
En février 96, la première étape de
la négociation entre le gouvernement fédéral
et l'Armée Zapatiste de Libération Nationale
(EZLN) a abouti à la signature des Accords de San
Andrés en matière de Droits et Culture Indigène.
A la fin de cette même année, la Commission
législative pour la Concorde et la Pacification (COCOPA)
a rédigé une proposition de réforme
constitutionnelle à partir de ces Accords.
Après de nombreux avatars, le projet de loi a finalement été présenté devant
le Congrès par le Président récemment
investi, Vicente Fox, en décembre 2000. En avril 2001,
le Congrès a approuvé une réforme constitutionnelle
différente du texte original. Cette réforme
a été rejetée par l'EZLN, les congrès
des états de plus forte population indigène
ainsi que par les principales organisations indigènes.
Le processus de réforme a cependant suivi son cours,
et après avoir obtenu une majorité de votes
de la part des congrès des états, la loi a
finalement été publiée en août
2001.
Plus de 300 recours légaux ou controverses constitutionnelles
ont été présentées auprès
de la Suprême Cour de Justice de la Nation (SCJN),
un effet inhabituel et historique vu qu’aucune réforme
constitutionnelle n’avait jamais soulevé autant
de questions. Après les audiences réalisées
en mai et juin, la SCJN est sur le point d'émettre
sa sentence.
En août, la Cour analysait encore
si elle dispose de la faculté pour se prononcer en
matière de réformes constitutionnelles. Au
cours des derniers mois, de nombreuses organisations de la
société civile ont souligné la responsabilité et
la possibilité que la SCJN a de faire respecter les
Accords de San Andrés et, de cette manière,
de contribuer au processus de paix au Chiapas. En effet,
la mise en place des dits Accords est l'une des conditions
posées par l'EZLN pour reprendre le dialogue. D'autres
analystes considèrent que la position que prendra
la SCJN face à un thème aussi sensible politiquement
constituera un paramètre pour évaluer la division
réelle des pouvoirs au sein de la démocratie
mexicaine.
La résolution de la SCJN ouvre
la possibilité de
deux types de scénarios. Si elle valide la réforme,
l'adéquation des lois secondaires au texte constitutionnel
débutera. Si en revanche, la Cour déclare la
loi non valide, elle définira à partir de quel
moment il faut reprendre le processus: depuis la discussion
au sein du Congrès fédéral, en ce qui
concerne la votation des Congrès des états
ou lors du calcul final des résultats. Cependant,
aucune de ces options ne garantit que la discussion quant
au contenu de la loi sera rouverte.
La résolution de la SCJN conduira certainement les
acteurs à redéfinir leurs stratégies.
Comme la réforme renvoie la définition de l'autonomie
aux Congrès des états, il sera plus compliqué de
mettre en place une stratégie conjointe entre les
différents peuples indigènes du pays. Il sera
encore possible de recourir aux organismes internationaux
comme l'Organisation Internationale du Travail (OIT), la
Commission Interaméricaine des Droits Humains (CIDH)
ou l'Organisation des Nations Unies (ONU). D'un autre côté,
dans nos bulletins antérieurs, nous avons mis en garde
sur le danger que représenterait le fait de valider
la loi dans la mesure où ce fait pourrait être
vu comme la fin des voies légales et pacifiques.
Assurément, nous sommes encore loin de la possibilité d'une
reprise du processus de paix au Chiapas. Alors que l'EZLN
continue de réclamer le respect des trois conditions
exigées, les cinq prisonniers zapatistes incarcérés à Tabasco
et Queretaro n'ont toujours pas été libérés.
Une relation difficile
Alors que l'on attend toujours la fin de cette impasse,
d'autres événements
ont mis en évidence la confrontation existante entre
l'Etat et les peuples indiens du Mexique, qui s'exprime par
le manque de confiance et les difficultés de communication.
Le gouvernement fédéral a manifesté son
intention de réformer l'Institut National Indigéniste
(INI) pour que la conception, l'orientation et la supervision
des politiques appliquées aux peuples indiens restent
entièrement sous leurs responsabilités. Pour
ce faire, durant tout le mois de juillet, il a cherché à consulter
les 62 peuples indiens du Mexique quant au type de relation
qu'ils souhaiteraient avoir avec l'Etat et sur la réforme
de l'INI.
La consultation, intitulée "Peuples Indiens,
Politiques Publiques et Réforme Institutionnelle" a été rejetée
par les principales organisations indigènes. Dans
la déclaration de Waut, le Congrès National
Indigène, qui regroupe bon nombre d'entre elles, a
affirmé: "Nous n'accepterons aucune réforme
légale ou constitutionnelle tant que les trois conditions
pour reprendre le dialogue ne seront pas remplies".
Y compris la béatification de l'indigène Juan
Diego, dans le cadre de la visite du Pape au Mexique, a généré une
forte polémique et des critiques sévères
de la part des organisations indigènes. Certaines
d'entre elles ont refusé l'invitation à assister à la
cérémonie de canonisation en argumentant que "ceux
qui sont en faveur de la canonisation de Juan Diego, ne sont
pas des indigènes, ce sont les mêmes qui se
sont systématiquement opposés au mouvement
et à la lutte des droits légitimes des communautés".
Une autre forte confrontation a été le conflit
entre le gouvernement fédéral et les petits
propriétaires de San Salvador Atenco, qui refusaient
l'expropriation de leurs terres dans le cadre de la construction
d'un nouvel aéroport international dans l'état
de Mexico. La lutte organisée des paysans -avec le
soutien d'autres secteurs sociaux- a finalement permis que
le gouvernement rejette ce projet. Pour
certains analystes, ce conflit peut être considéré comme
un avertissement de ce qui pourrait se passer avec le Plan
Puebla-Panamá (PPP) (1).
Au cours des derniers mois, l'opposition populaire s'est
accrue. A Veracruz, au Chiapas, au Nicaragua et au Guatemala,
les organisations sociales et indigènes de région
méso-américaine se sont réunies pour
réitérer leur rejet catégorique de
ce méga-projet.
Plusieurs secteurs
religieux et des milieux intellectuels se sont joints aux
critiques, au point que le président Fox et l'ex coordinateur
du PPP, Florencio Salazar, ont déclaré que
rien ne se fera sans le consentement des habitants de la
région. Peut être que ces déclarations,
plus qu'un respect sincère de la volonté populaire,
contiennent une dose de réalisme: Atenco a démontré qu'imposer
des projets que les affectés rejettent, peut avoir
des coûts sociaux et politiques élevés.
La Rencontre Nationale
pour la Paix réalisé en juillet au Chiapas
(vois le dossier de ce même bulletin), l'exhortation
du Pape à reconnaître les droits des peuples
indiens et la victoire d'Atenco ont redonné du courage:
on peut percevoir une plus grande confiance de la part de
la société civile organisée dans sa
capacité de faire valoir ses revendications. Grave
escalade de la violence au Chiapas
Au Chiapas, cependant,
les dénonciations des municipalités autonomes
zapatistes se sont multipliées contre l'augmentation
notoire des activités militaires dans la zone de conflit
(survols, patrouilles, harcèlement de la part de l'armée
contre les communautés).
D'un autre côté, les communautés zapatistes
et le Réseau des Défenseurs Communautaires
et l'organisation civile Las Abejas dénoncent la persistance
de la présence paramilitaire et, y compris, la possible
formation de nouveaux groupes : la municipalité autonome
Ricardo Flores Magón affirme qu'un nouveau groupe
armé s'est formé à Ocosingo, l'Organisation
pour la Défense des Droits Indigènes et des
Paysans (OPDIC), dirigé par l'actuel député local
du PRI Pedro Chulín, qui a également été signalé comme
le dirigeant de l'organisation accusée d'être
paramilitaire Mouvement Indigène Révolutionnaire
Antizapatiste (MIRA).
En juillet et août, on a observé une préoccupante
escalade de la violence dans les municipalités autonomes
de la zone Selva. Le 7 août, José López
Sántiz (zapatiste) a été assassiné dans
la municipalité autonome 17 de Noviembre (Altamirano).
Le 19 août, à Crucero Quexil, municipalité autonome
San Manuel, où les bases de soutien zapatistes maintiennent
un barrage pour prévenir le trafic d'alcool, de voitures
volées et de bois précieux, une confrontation
s'est terminée avec un bilan de 9 blessés.
Le 25 août, dans le ranch d'Amaytik, Ocosingo, deux
personnes (autorités de la municipalité autonome
Ricardo Flores Magón) ont également été assassinées.
Le même jour, un autre zapatiste a été tué dans
la municipalité autonome Olga Isabel (Chilón).
Dans ce dernier cas, on accuse un groupe armé appelé "los
Aguilares". Dans toutes ces situations de violence,
les zapatistas accusent des groupes armés proches
du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI).
Lors de la mise sous presse de ce bulletin,
des brigades civiles d'observation continuaient leur enquête. Plusieurs
organisations non gouvernementales de l'état ont dénoncé que
ces faits de violence et d'autres qui ont eu lieu en août
contre les municipalités autonomes présentent
les mêmes caractéristiques.
Une
autre source d'indiscutable préoccupation est la détérioration
de la relation entre les zapatistes et d'autres organisations
indigènes, particulièrement dans la zone des
canyons (Selva). Les échanges d'accusations entre
autorités des municipalités autonomes et dirigeants
de l'ORCAO (2), la ARIC-Indépendante (3),
du FOS (4),
etc. sont fréquentes, et les versions sur les actes
violents où interviennent les uns ou les autres se
contredisent. Y
compris avant cette récente escalade de la violence,
de nombreuses organisations critiquaient le gouvernement
de l'état pour n'avoir pas agi de manière
plus directe. De son côté, le gouverneur Pablo
Salazar a expliqué à la Commission Civile
Internationale d'Observation des Droits Humains (CCIODH) que sa stratégie s'est divisée en deux étapes
: d'abord lancer une politique de réconciliation
et ensuite, de combat à l'impunité.
Au cours de cette interview, le gouverneur
a également
rappelé ses actions pour démanteler la structure
répressive (avec un ex procureur de la justice et
25 commandants de la Police incarcérés),
ainsi que les procès engagé contre 88 ex
maires, l'emprisonnement d'anciens hauts fonctionnaires
et des mandats d'arrêt contre plus de 20% du cabinet
du gouverneur antérieur pour actes de corruption.
La terre est un facteur de tension permanente.
Le gouverneur du Chiapas, Pablo Salazar, reconnaît que 80% des
problèmes sociaux et politiques au Chiapas sont
liés à la problématique agraire. Plusieurs
zones sont particulièrement préoccupantes,
en particulier dans la région Selva où les
conflits peuvent occasionner morts, blessés et séquestrations.
Il faut souligner le cas des communautés menacées
d'expulsion de la biosphère de Montes Azules et
la violence latente dans la zone des Chimalapas (frontière
de l'état du Oaxaca).
De leur côté, les autorités fédérales
reconnaissent qu'il existe environ 5000 conflits agraires
au Mexique (362 d'entre eux pourraient générer
un conflit social), qui affectent particulièrement
les peuples indiens. Le massacre d'Agua Fría (Oaxaca),
en juin, qui a causé 26 morts et 42 blessés
pour cette raison, a constitué un autre appel à l'ordre
et a justifié une réunion du ministre de
l'Intérieur avec les ministres de la Défense
Nationale, de l'Environnement et des Ressources Naturelles,
de la Réforme Agraire et du Développement
Social, pour définir, en collaboration avec les
gouvernements des états, une stratégie inter
institutionnelle de prévention et réponse
aux conflits agraires potentiels.
En dépit des efforts, le Mexique réprouvé en
matière de droits humains
A la mi-juin, lors de la première application de
la nouvelle loi sur la transparence informative, le public
a pu avoir accès aux documents de la "Guerre
Sale" (des années 70 et 80). Comme maître
de cérémonie, le président Fox a assuré que
le gouvernement recherche la vérité et à appliquer
la loi, mais qu'il n'y aura ni vengeance, ni revanche,
ni outrage. Les ONG de droits humains critiquent que le
bureau spécial créé pour enquêter
sur cette période ait une fonction limitée,
dans la mesure où elle ne jugera pas les institutions
ni ne déterminera si les faits faisaient partie
d'une politique d'Etat.
Un autre signe positif de la part du
gouvernement fédéral
a été la création de deux nouvelles
structures pour répondre aux problèmes en
matière de droits humains, au sein du Ministère
de l'Intérieur et du Bureau du Procureur Général
de la République, peut être comme l'un des
résultats des tables de négociation entre
le gouvernement fédéral et les ONG qui réclament
une politique d'Etat en la matière.
En dépit de ces avancées, le gouvernement
a continué de recevoir des rapports critiques au
cours des derniers mois, tant de la part des organismes
de droits humains nationaux qu'internationaux. En août,
le Centre des Droits Humains Miguel Augustín Pro
a publié son rapport sur la torture durant le premier
semestre 2002 qui parle de 35 cas de personnes qui ont été torturées
par des policiers ou des militaires, y compris trois mineurs
et deux femmes indigènes violées par des
militaires.
Le Mexique reste un objet de préoccupation pour
les organismes internationaux de droits humains. La Haute
Commissaire pour les Droits Humains, Mary Robinson, le
Représentant du Secrétariat Général
de l'ONU pour les Déplacés Internes, Francis
Deng, et les président de la Commission Interaméricaine
des Droits Humains, Juan Méndez, ont visité le
pays au cours des derniers mois. Ces deux derniers se sont également
rendus au Chiapas.
En juin Amnesty International a présenté son
rapport annuel correspondant à l'année 2001,
dans lequel les abus et injustices au Mexique sont signalés.
Le responsable pour le Mexique a également visité le
Chiapas. De son côté, la Fédération
Internationale des Droits Humains a rendu public le rapport
de la mission d'observation sur les peuples indiens réalisé fin
2001. Elle considère insuffisante la réforme
constitutionnelle en matière indigène "par
rapport au contenu et à l'esprit des Accords de
San Andrés Larrainzar et les dispositions de la
Convention 169 de l'OIT", "ce qui n'aide pas
dans le cadre de la pacification" de la région.
La Commission Civile Internationale d'Observation des
Droits Humains est également venue au Mexique et au Chiapas
pour présenter le rapport de la mission réalisée
début 2002. Elle affirme que peu de choses ont changé avec
les nouveaux gouvernements quant à la situation
des peuples indiens, qui sont toujours les principales
victimes des violations de droits humains.
(1) Grand
projet de développement couvrant différents
secteurs économiques et transnational qui couvrira
le sud-sudest du Mexique et toute l'Amérique Centrale (Return)
(2) Organisation Régionale
de Producteurs de Café d'Ocosingo, qui réunit
plusieurs organisations de paysans.(Return)
(3) Association Rurale
d'Intérêt Collectif. Organisation Indigène
des canyons de la Jungle Lacandone. (Return)
(4) Front des Organisations
de la Selva, proche du PRI. (Return)

:: DOSSIER
Rencontre Nationale
pour la Paix : la société civile recharge ses
batteries pour mieux répondre à la situation
de conflit au Chiapas
Du 5 au 7 de juillet, la Rencontre
Nationale pour la Paix avec Justice et Dignité a eu lieu à San
Cristóbal de las Casas, Chiapas, réunissant
plus de mille personnes (indigènes et non indigènes)
issues de 285 organisations, 23 états de la République
et de 13 pays.
Le principal objectif de cette Rencontre était de
réactiver l’articulation des initiatives de
la société civile par rapport au conflit du
Chiapas, en particulier en défense des Accords de
San Andrés en matière de droits et culture
indigène.
Pour ce faire, les participants ont travaillé trois
grands thèmes. Le premier était le conflit
armé au Mexique, ses conséquences et le processus
de paix ; le second, démocratie et droits des peuples
indigènes ; le troisième, développement économique
alternatif pour les communautés, municipalités
et les peuples indiens. Un quatrième thème –transversal
aux antérieurs- était la construction d’alternatives
d’articulation et de participation civile, nationale
et internationale pour atteindre la paix avec justice et
dignité.
Le moment et les raisons de la Rencontre
L’invitation avait été lancée
par Samuel Ruiz -évêque émérite
de San Cristóbal de las Casas-, ainsi que d’autres
personnalités et membres de la ex Commission
Nationale d’Intermédiation (CONAI). Plusieurs organisations
civiles, des intellectuels et représentants de différents
secteurs sociaux s’y sont joints. L'initiative est
née suite à une série de réunions à Mexico
afin de lancer un nouvel effort pour la paix.
Selon Miguel Alvarez, de l’organisation Services
et Conseil pour la Paix (SERAPAZ), "une autre raison pour
convoquer cette Rencontre tient au fait qu’à court
terme il y a peu de possibilités de reprise du dialogue...
La société civile devait faire renaître
la préoccupation nationale quand actuellement, les
médias renvoient l’image de simples différences
communautaires”. (journal Hoy, 4/7/02).
Felipe Toussaint, de la Commission d’Appui pour l’Unité et
la Réconciliation Communautaire (CORECO), un des organisateurs
de la Rencontre, considère qu’après les
grandes initiatives de 1994-96, la mobilisation populaire
en faveur d’une solution pacifique au conflit du Chiapas
s'était réduite de manière significative.
Le massacre d’Acteal en 1997 avait également
généré une réaction importante,
mais celle-ci était retombée après les
attaques contre les municipalités autonomes en 1998.
Les élections en l’an 2000 ont, elles aussi
joué un rôle dans la dispersion et la division
de la société civile, qui a cependant démontré une
grande capacité de mobilisation lors de la Marche
zapatiste à Mexico DF, début 2001.
Cependant, le repli et le silence prolongé de la
part du commandement zapatiste après l’approbation
de la réforme indigène (différente des
Accords de San Andrés) ont conduit la situation à une
impasse, qui se prolongera probablement jusqu’à la
résolution de la Suprême Cour de Justice de
la Nation (SCJN) sur les recours légaux présentés
contre la réforme indigène. Selon Toussaint,
lors de cette étape clef, “il était important
que la société civile dise : nous sommes là et
nous voulons continuer à travailler en faveur du processus
de paix, comme un acteur qui doit être pris en compte”.
De son côté, Gonzalo Ituarte, ex membre de
la CONAI, a commenté : "Le gouvernement de Vicente
Fox ne dispose pas à l'heure actuelle de la clarté nécessaire
ni face au conflit, ni face au processus de paix, ni face à la
problématique indigène et de ses raisons de
fond... Actuellement, on n'entr'aperçoit pas la disponibilité pour
un nouvel effort de paix, et au Chiapas, ce que l'on observe
c'est la polarisation et la destruction du tissu social.
La paix dont Fox parle au cours de ces voyages à l'étranger,
il semblerait qu'elle ne signifie que le silence des armes
et il est difficile de comprendre que le conflit existe toujours,
que l'armée fédérale est toujours là,
que l'EZLN est toujours armée, que la déclaration
de guerre est encore en vigueur et que le problème
des paramilitaires se maintient. Tant que les responsables
et les protecteurs politiques, économiques et armés
de la création de ces groupes resteront impunis, il
sera difficile de croire qu'il existe les conditions minimums
pour reprendre le processus de dialogue." (Journal La
Jornada, 11/7/02).
Absences, silences et débats
Les organisateurs avaient envoyé une lettre à l'EZLN,
l'informant de la réalisation de la Rencontre et lui
demandant d'animer les bases de soutien zapatistes à participer.
Ils expliquaient également que leur intention n'était
pas d'obliger l'EZLN à modifier sa stratégie
actuelle. En tous les cas, l'EZLN ne s'est prononcé ni à faveur
ni contre la Rencontre, mais la présence de sympathisants
et bases de soutien zapatistes était évidente.
Toussaint commente : "Peut être que l'EZLN est
intéressée par les résultats de la Rencontre,
combien de personne vont participer. Et voir si la société civil
reste active ou pas, vu que depuis le début, quand
les "fusils se sont tus" comme ils disent et qu'ils
ont commencé à chercher une solution par la
voie du dialogue, pacifique, ils ont cherché le soutien
de la société civile".
Les gouvernements fédéral et de l'état
ont semblé regarder l'événement d'un
bon œil. Santiago Creel, le Ministre de l'Intérieur
a déclaré: "J'espère que ce qui
s'analysera à San Cristóbal soit quelque chose
qui apporte, enrichisse la réflexion et le débat
sur un thème qui a besoin d'être étudié,
qui requiert une réflexion permanente" (Journal
Diario de Chiapas, 5/7/02). De son côté, le
secrétaire du gouvernement du Chiapas, Emilio Zebadúa,
s'est exprimé en ces termes: “certainement que
[cet événement] apportera un nouvel éclairage
sur ce que [les participants] considèrent nécessaire
pour que l'EZLN rompe son silence et donne à nouveau
un signe qui permette d'entrevoir une opportunité pour
reprendre le dialogue". (Journal Expreso, 11/7/02).
Les relations se sont cependant détériorées
quelques jours avant l'inauguration de la Rencontre. En conférence
de presse, les organisateurs ont exprimé leurs craintes
que le gouvernement de l'état "prétende
tirer profit de cet effort de la société civile
comme s'il s'agissait d'un effort conjoint ou comme si cette
Rencontre secondait ses initiatives par rapport au thème
Chiapas". Tout en marquant une prise de distance, ils
ont éclairci qu'ils ne se laisseraient pas influencer
par le gouvernement de l'état, qui selon eux, par
le biais de cette Rencontre cherchaient à exercer
une pression sur les zapatistes.
Bien que plusieurs fonctionnaires du gouvernement
de l'état
aient participé comme observateurs ou participants,
quelques jours après la Rencontre, le gouverneur Salazar
a questionné: " Ceux qui croient qu'au Chiapas
l'on peut construire un processus de réconciliation
contre le gouvernement, en marginalisant ou isolant le gouvernement
sont des rêveurs, des idiots". "Ce furent
des propositions de paix qui ont utilisé un langage
de guerre, des propositions de réconciliation qui
excluent le gouvernement". (Journal Expreso, 11/7/02).
Selon Toussaint, "Pablo Salazar oublie que ces organisations,
qui d'une certaine manière l'ont aidé à parvenir
au pouvoir, ont conservé une façon d'agir qui
maintient une saine autonomie face aux instances gouvernementales,
pour préserver leur capacité de convocation
et de dialogue avec les acteurs de l'opposition (…)
Le processus de paix est une responsabilité de tout
le monde et chacun a son rôle à jouer, et nous
ne devons pas attendre que le gouvernement nous dise ce que
nous allons faire".
Réussites, perspectives et questions
En termes quantitatifs, la Rencontre a constitué un
succès indiscutable. L'historien Andrés Aubry
a comparé l'événement avec "une
brique pour la construction de la paix" : la participation
de plus de mille personnes de toutes parts a démontré que
la société civile n'est pas passive. "Les
gens ont répondu à l'invitation et sont venus
de toutes parts et en grande quantité. (...) [La Rencontre]
montre que la dénommée société civile
répondra en cas d'urgence" (Journal Expreso,
10/7/02).
Selon Felipe Toussaint, un autre succès est le fait
qu'en plus de la réaffirmation de la défense
des Accords de San Andrés, un grand intérêt
et des efforts ont été réalisés
pour avancer dans le sens d'une plus grande articulation
autour d'autres thèmes comme l'aspect économique
(particulièrement la lutte contre le Plan Puebla-Panamá et
l'ALCA) ainsi que d'autres initiatives thématiques.
Les participants ont décidé de remettre les
conclusions de la Rencontre aux ministres de la SCJN (le
14 juillet), et de réaliser une seconde Rencontre
dans six mois, possiblement au Guerrero pour réaffirmer
le caractère national du processus.
Au-delà de l'enthousiasme immédiat et du succès évident
de l'invitation, de nombreuses questions subsistent quant
au futur de l'initiative, en particulier par rapport au possible
impact sur les acteurs politiques et la continuité des
lignes d'action approuvées. Un facteur clef sera la
capacité des organisations à articuler des
stratégies conjointes pour mettre en pratique les
compromis assumés, en particulier dans la nouvelle étape
qu'ouvrira la résolution de la SCJN.
Principaux accords
Les résultats des thèmes travaillés
se trouvent résumés dans les onze points suivants:
- Inciter toutes les luttes civiles à s'orienter de
manière articulée vers la création des
conditions de paix, le respect des droits humains et la construction
de la démocratie.
- Défendre les Accords de San Andrés et exiger
le respect des trois signes demandés par l'EZLN.
- Fortifier la participation et l'observation
civile dans la lutte contre la militarisation, la para
militarisation, pour la libération des prisonniers politiques et la
création de conditions pour le retour des déplacés.
- S'assurer de la participation autant
des femmes que des hommes dans tous les processus et
projets de lutte
qui
favorisent la construction de la paix.
- Diffuser des informations sur la gravité de la situation
de guerre et les conflits au niveau national, ainsi que sur
ce que requiert une paix véritable.
- Appuyer les processus d'autonomie et
de résistance
des peuples indigènes.
- Inciter les processus d'unité et de participation
de la société civile vers la construction de
la paix et la démocratie.
- Promouvoir des valeurs politiques fondés sur l'idée
de "commander en obéissant" qui
respectent la diversité culturelle.
- Promouvoir la participation de la société civile
mexicaine dans les processus de lutte continentaux et internationaux,
ainsi que contre les projets néolibéraux
comme l'Accord de Libre Commerce (ALENA),
le Plan
Puebla-Panamá et
l'Accord de Libre Commerce des Amériques
(ALCA).
- Renforcer la lutte
contre la privatisation, défendre
les droits des travailleurs contenus
dans l'article 123 de la Constitution et récupérer
l'esprit original de l'article 27.
- Générer des alternatives économiques
qui favorisent l'autonomie, la diversité biologique
et culturelle.
Pour plus d'information sur la Rencontre, consultez la page
Web:
http://www.derechoshumanos.laneta.org/especiales/Encuentro.htm
 ::
INFORMATION COMPLEMENTAIRE
LA SUPRÊME
COUR DE JUSTICE DE LA NATION REJETTE LES DEMANDES PRÉSENTÉES
PAR LES PEUPLES INDIGÈNES CONTRE LA RÉFORME
CONSTITUTIONNELLE
"Nous avons lutté beaucoup,
mais nous avons peu avancé. Nous avons frappé à de
nombreuses portes aux niveaux de l'état, fédéral
et même international, mais ils nous ont fait peu
de cas. Pourquoi les autorités ne nous prennent-elles
pas en compte ? Les membres de nos communautés nous
demandent : pourquoi allons-nous en ville si elles ne nous
feront pas cas ? A partir de quand se décideront-elles à nous écouter
? Ou bien est-il nécessaire que l'EZLN se soulève à nouveau
pour qu'elles nous écoutent ?
(Autorités indigènes réunies à Mexico
le 12 septembre 2002).
Le 6 septembre, un an après les
avoir reçues, la Suprême Cour de Justice de
la Nation (SCJN) a décidé de déclarer
irrecevables les controverses constitutionnelles présentées
par différentes municipalités indigènes
contre la procédure de la réforme constitutionnelle
en matière de droits indigènes (voir
Actualité dans
ce bulletin).
Ce verdict est
selon la Cour basé sur l'article
105 constitutionnel, fraction I, qui établit la
compétence de la SCJN en matière de controverses
constitutionnelles: cet article ne permet pas à l'organe
de justice maximum de réviser les processus de réforme
constitutionnelle vu que l'organe réformateur n'est
pas de la même nature que ceux qui réalisent
les fonctions de gouvernement, ceci en dépit du
fait qu'il est formé par le Congrès fédéral
et les législations des différents états.
En bref, la Cour considère qu'elle n'a pas la faculté de
juger le caractère constitutionnel des réformes à la
Constitution émanant du Pouvoir législatif.
Les réactions
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Des
organisations indigènes du Chiapas ont exprimé leur
profonde déception face au verdict. Dans une déclaration
conjointe, ils ont affirmé : "...à nouveau
nous sommes exclus. Nous ne sommes rien pour eux (…)
aucun des trois pouvoirs ne nous écoute ni ne comprend
notre lutte et ils ont fermé les portes à une
justice avec paix et dignité. Et l'état mexicain
se préoccupe seulement pour les intérêts
des grandes transnationales et par le Plan Puebla-Panamá".
Du 6 septembre à ce
jour, les organisations indigènes
ont réalisé des actions de protestation locales
et nationales de manière pacifique: marches, barrages,
sit in, actes publics et rencontres, qui ont généralement été ignorées
par les médias. Dans tous les cas, l'accent a été mis
sur la décision de ne pas reconnaître la réforme
indigène et d'exercer l'autonomie qu'on leur nie
par la voie des faits.
Les principales concentrations ont été la Rencontre
Nationale des Peuples Indiens (Chilpancingo,
Guerrero , le 12 et 13 septembre) et le IIIème Forum
National pour la Défense de la Médecine Traditionelle (Atlapulco, état de Mexico, du 14 au 16 septembre).
Durant la première, 200 représentants de
36 organisations ont convoqué les Indiens à s'articuler
en un ample mouvement et à entreprendre des initiatives
conjointes permettant l'exercice direct de l'autonomie.
Ils ont également invité la société civile à participer
dans un même effort pour un projet de nation plurielle
et démocratique. Lors du second événement,
environ 500 délégués de 29 peuples
indiens ont rendu publique la Première Déclaration
de M'enhuani reconnaissant les Accords de San Andrés
comme la seule loi en matière indigène. Ils
ont également appelé les peuples indiens à fortifier
toutes les expressions d'autonomie dans les différentes
régions du pays.
Un autre accord a été la réalisation
d'une grande journée de protestations et mobilisation
nationale et internationale le 12 octobre. Certaines organisations
faisant partie du Congrès National Indigène
ont annoncé qu'ils continueront la bataille légale
pour éviter que la réforme ne s'applique
dans leurs territoires, en recourant à la OIT et
au système interaméricain.
L'EZLN ne s'est toujours pas prononcé par rapport
au verdict. Un "silence éloquent", selon
l'interprétation de Felipe Arizmendi, évêque
de San Cristóbal de las Casas : "Leur réponse
est le silence ; pour eux il s'agit d'une forme de réponse
: ils considèrent que dans la mesure ou leurs propositions
et les accords que le gouvernement avait réalissé avec
eux n'ont pas été pris en compte, le dialogue
est inutile".
Une des critiques les plus fortes à la SCJN provient
d'un ample secteur de la société civile formé d'ONG,
des principaux centres de droits humains, d'organisations
sociales, d'académiciens et d'intellectuels reconnus
qui ont qualifié le verdict de "moquerie" qui
reproduit "la discrimination, le racisme et toute
l'attitude colonialiste" auxquels les peuples indiens
du Mexique ont été soumis. Le communiqué termine
en affirmant que "personne n'a désormais l'autorité morale
pour juger la voie que les peuples indiens choisiront librement
pour obtenir les justes demandes d'autonomie et de dignité".
La Conférence Episcopale Mexicaine a convoqué la
société à un grand Dialogue National
-auquel pourra contribuer la communauté internationale-
pour chercher à transformer les mots du Pape lors
de sa récente visite au Mexique en réalité : "Le
Mexique a besoin de ses indigènes et les indigènes
ont besoin de Mexique". Les évêques catholiques
ont affirmé que "comme église, nous
souhaitons renforcer notre compromis vis à vis des
indigènes. Il est impossible de continuer à vivre
dans un Mexique divisé par le racisme et la discrimination
; les peuples indiens méritent la reconnaissance
de leurs cultures, leur façon de voir les choses
et leur autonomie. "
Depuis le secteur protestant, le leader de l'Eglise Presbytérienne,
le pasteur Abner López, a exhorté le Congrès à réviser
les réformes constitutionnelles en matière
indigène vu que sans cela, il sera pratiquement
impossible de continuer le dialogue de paix entre l'EZLN
et le gouvernement fédéral. Il a également
critiqué le gouvernement du président Fox
dans la mesure ou sa préoccupation pour les peuples
indiens n'a été "qu'en apparence".
Le gouvernement du Chiapas a exprimé que la décision
de la Cour "ne doit pas être considérée
comme la fin du chemin mais comme le début d'une
nouvelle étape de laquelle de nouvelles initiatives
de paix devront surgir". Il a affirmé que le
Congrès de l'Union doit évaluer la possibilité de
lancer une réforme additionnelle : "aucun effort
n'est excessif à l'heure actuelle si par ce biais
s'exprime la volonté inaltérable de répondre
aux peuples indiens et d'avancer dans le sens de la paix".
Au niveau politique, le PRD a rejeté catégoriquement
le verdict de la Cour. Du coté du PRI, on a pu écouter
diverses opinions, depuis ceux qui ont demandé de
commencer immédiatement une réforme à la
réforme jusqu'à ceux qui considèrent
que le thème de doit pas ni n'a besoin d'être
reconsidéré. La majorité des législateurs
du PAN ont approuvé le verdict de la SCJN. Les opinions
au sein de la COCOPA ont été le reflet du
manque de consensus qui existe par rapport au thème.
Le Pouvoir Exécutif
- par le biais du Ministre de l'Intérieur Santiago
Creel et du Représentant
gouvernemental pour la Paix au Chiapas, Luis H. Alvarez-
ont manifesté leur strict respect du verdict. Ils
ont ajouté que le gouvernement "maintiendra
en permanence ouverte les voies pour un dialogue avec le
Pouvoir Législatif et les autres acteurs sociaux
et politiques, afin de consolider la reconnaissance des
droits des indiens dans le cadre juridique existant au
niveau national". Il a également réaffirmé sa
disposition "inaltérable" à reprendre
le dialogue avec l'EZLN?
Analyse
Le verdict de la Suprême Cour de Justice de la Nation
réduit significativement la possibilité de
reprise du processus de paix au Chiapas et de reconnaître
les droits des peuples indiens du Mexique. Après
s'être sentis abandonnés par le Pouvoir exécutif
et trahi par le Pouvoir Législatif, les peuples
indiens espéraient que le Pouvoir judiciaire leur
donnerait la raison en invalidant une réforme dont
la légalité est sujette à question
(dans la mesure où le processus d'approbation de
celle-ci a présenté certains vices) et qui
manque de légitimité, vu qu'elle a été rejetée
par ses supposés bénéficiaires.
Le fait que la Cour ait tardé plus d'un an pour émettre
un verdict qui ne se réfère ni au contenu
ni au processus d'approbation de la réforme remise
en question pour considérer qu'elle n'était
pas compétente pour ce faire est notable. Cette
décision remise à plus tard pendant longtemps
s'est donnée à un moment de plus grand conflit
politique et vulnérabilité sociale au Chiapas,
immédiatement après une escalade de violence
qui a coûté la vie de plusieurs dirigeants
civils zapatistes.
Dans ce contexte, la décision de la SCJN, loin de
contribuer à une diminution de la tension, probablement
sera un facteur de radicalisation pour la dynamique de
confrontation qui prévaut actuellement au Chiapas
et dans d'autres états du pays, réaffirmant
ainsi la conviction de ceux qui croient que les voies légales
pour exprimer pacifiquement leurs demandes n'existent plus.
D'un autre coté, ce verdict marque un précédent
pour le futur des institutions démocratiques mexicaines
: si le plus haut niveau du Pouvoir judiciaire se considèrent
incompétent pour surveiller la constitutionnalité des
réformes constitutionnelles, à quelle institution
de l'Etat correspond cette fonction essentielle?
Un autre fait préoccupant est le message que l'Etat
mexicain envoie au monde quant à sa volonté de
respecter les compromis assumés, tant à échelle
nationale (Accords de San Andrés) qu'internationale
(en ratifiant la Convention 169 de l'OIT). La SCJN a laissé passer
une opportunité historique de faire valoir d'une
pierre deux coups les demandes et droits des peuples indiens,
contribuer au renforcement des institutions démocratiques
et avancer dans la mise en place des compromis internationaux
assumés par le Mexique.
En dépit de ces sombres perspectives, nous espérons
que les différents acteurs dans ce conflit -qui
va au-delà des limites du Chiapas vu qu'il affecte
l'ensemble des peuples indigènes du pays- feront
tout leur possible pour rechercher avec responsabilité et
honnêteté, les possibilités de compréhension
nécessaires pour débloquer la situation actuelle.
Nous considérons également
que toute solution pour être durable devra donner
la priorité -
au-delà des intérêts économiques
et politiques de certains secteurs ou transnationaux- aux
droits légitimes des peuples indiens à mettre
en place leurs propres formes d'organisation sociale, économique
et politique, préserver leurs territoires et ressources
naturelles, qui sont la garantie de leur existence actuelle
et l'espoir d'un futur meilleur pour leurs descendants?  ::
ACTIVITES DU SIPAZ
Juin - Août
2002
Accompagnement
- L'équipe du SIPAZ a réalisé plusieurs
visites des communautés indigènes des municipalités
de Tila y Sabanilla, zone Nord du Chiapas. Suite aux changements
de gouvernements au Chiapas et au niveau fédéral,
la situation s'est calmée mais le manque de confiance
persiste entre les différents groupes. SIPAZ maintient
des relations entre les différents acteurs politiques
et religieux afin de promouvoir des espaces de plus grand
rapprochement, respect et de moindre tension. Au Limar,
nous avons écouté le témoignage des
groupes auparavant antagoniques quant à leurs espoirs
et craintes après la réouverture de l'église.
Nous avons parlé avec les déplacés
et bases de soutien zapatistes de diverses communautés.
Nous avons également interviewé les autorités
de Tila et Sabanilla ainsi que les fonctionnaires du gouvernement
de l'état qui, depuis Yajalón, sont responsables
de ces deux municipalités.
- A la demande du Centre des Droits Humains Miguel Augustín
Pro, le SIPAZ visite régulièrement leur avocat
qui travaille à Palenque. Suite à l'assassinat
de Digna Ochoa, en octobre 2001, plusieurs défenseurs
de droits humains ont reçu des menaces.
Contacts et information
- Le SIPAZ a réalisé plusieurs réunions
avec des conseillers, ONG et Ambassades à Mexico
DF.
- L’équipe a reçu à San Cristóbal
plusieurs délégations, journalistes et d’autres
visites internationales, pour leur parler de la situation
actuelle au Chiapas et du travail du SIPAZ.
- Nous avons également participé lors de
la Rencontre Nationale pour la Paix avec Justice et Dignité réalisée à San
Cristóbal du 5 au 7 juillet.
Dialogue inter religieux
- Nous avons réalisé plusieurs réunions
avec les acteurs religieux de San Cristóbal de las
Casas, de la municipalité de Chenalhó et
avec le Groupe Plural Œcuménique.
- Le projet d’Echange et de Formation entre les dirigeants
religieux de Chenalhó et les Commissions de Paix
du Nicaragua suit son cours. Au cours des derniers mois,
les délégués qui sont allés
au Nicaragua en septembre 2001 (presbytériens
et ‘Abejas’ de
Chenalhó, un missionnaire protestant, une religieuse
catholique du SIPAZ et un membre du SIPAZ) ont visité dix
communautés de Chenalhó pour présenter
le projet en assemblées communautaires , les expériences
du voyage au Nicaragua et des Commissions de Paix dans
ce pays, ainsi que pour écouter les commentaires
des communautés. Environ 700 hommes, femmes et enfants
ont participé à ces réunions, de différentes
croyances religieuses et tendances politiques.
- Le SIPAZ a également été présent
lors de la Conférence sur le droit à la liberté de
culte, un événement national, organisé au
Chiapas par le sous-secrétariat des Affaires Religieuses
du gouvernement de l’état.
- Nous avons assisté à la Conférence
sur le Christianisme et l’Islam organisé par
la Mission Conjointe du Chiapas de l’Eglise Nationale
Presbytérienne du Mexique.
- L’équipe continue à participer dans
la préparation et la réalisation de prières œcuméniques
pour la paix à San Cristóbal de las Casas.
Education pour la Paix
- Le SIPAZ a animé en collaboration avec d’autres
organisations une série d’ateliers portant
sur la Transformation des Conflits pour les élèves
des Centres de Développement Communautaire (CEDECO) à San
Cristóbal de las Casas et Las Margaritas. Les participants
sont des jeunes, majoritairement indigènes qui
viennent se former professionnellement dans ces centres.
- Nous avons également réalisé plusieurs
ateliers de formation en Transformation des Conflits pour
les membres de l’organisation Melel Xojobal. Ces
ateliers nous ont été sollicités pour
renforcer le travail avec des enfants de la rue, qui expérimentent
de nombreuses formes de violence.
- Le SIPAZ fait partie du Réseau pour la Paix,
un espace d’action et de réflexion qui cherche à appuyer
les processus de réconciliation et de paix au niveau
des organisations et communautés du Chiapas.
International
- Le SIPAZ a participé au VIIème Congrès
Régional des Constructeurs de Paix, organisé au
Salvador du 8 au 10 août par le réseau régional
de Justice et Paix (Mexique, Amérique Centrale,
Colombie et Caraïbes).

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