:: SYNTHESE
Un volcan endormi, une bombe à retardement
sur le point d'exploser…. Ce sont deux des métaphores
qui sont utilisées pour décrire la situation
actuelle du Chiapas. Quelques statistiques récemment
publiées par le gouvernement indiquent que cet état,
avec ses hauts niveaux de pauvreté, d'analphabétisme
et de chômage, occupe la première place de marginalisation
au Mexique. Dans un continent où l'on a opté pour
le modèle néolibéral, beaucoup sont
préoccupés par le fait que la débâcle économique
actuelle de l'Argentine puisse se reproduire au Mexique.
On a écouté divers commentaires sur la première
année du gouvernement du président Fox et du
gouverneur du Chiapas, Pablo Salazar. Au niveau fédéral,
bien que les indicateurs macro-économiques rendent
compte d'une certaine stabilité, la majorité des
problèmes sociaux restent en suspens, de même
que quelques thèmes relatifs aux droits humains, au
système d'accès à la justice et à l'administration
juridique au Mexique.
Pour sa première année de gouvernement, Pablo
Salazar a du affronter un nombre considérable de problèmes
politiques et sociaux, avec la difficulté de conserver
l'appui des partis et des organisations sociales qui l'ont
porté au pouvoir. D'autre part, les divisions et les
conflits internes du PRI et dans d'autres partis se sont
amplifiés à cause des changements des dirigeants.
Dans ce contexte, il a été difficile de mettre
en place des mesures efficaces pour commencer à résoudre
les problèmes de pauvreté et de marginalisation
qui sont profondément enracinés et très
présents dans cet état.
Au Chiapas, la polarisation et les tensions
continuent de croître, de même que les dénonciations
de harcèlements, menaces et sequestrations Le Centre
des droits humains Fray Bartolomé de las Casas a du
répondre à 45 cas de violation des droits humains
durant la première année du gouvernement de
Pablo Salazar (2001). En janvier, le président de
la Commission des Droits Humains de l'état a été menacé de
mort, sa maison et sa voiture ont été criblées
de balle. Lors de la mise sous presse de ce bulletin, le
gouvernement du Chiapas a rendu publique la détention
de Diego Vásquez, principal dirigeant de l'organisation
Paix et Justice, accusée d'être paramilitaire,
pour divers délits commis entre 95 et 97.
Le contexte national est marqué par l'incertitude,
la tension et un manque d'avancées visibles. On peut
observer cette tendance plus particulièrement en ce
qui concerne les droits humains. En février, le général
José Gallardo a été remis en liberté après
huit ans de prison pour avoir réclamé la création
d'un poste de chargé des droits humains au sein de
l'armée mexicaine. Bien que la libération de
Gallardo soit due aux pressions internationales, son innocence
n'a pas encore été reconnue. De plus, le gouvernement
n'a pas donné suite aux autres recommandations de
la Commission Interaméricaine des Droits Humains
(CIDH). (voir actions recommandées)
Un comité interministériel constitué par
le Bureau du procureur de justice, la police et la Défense
nationale a été crée à la fin
de l'année dernière, afin de coordonner les
efforts en matière de protection des défenseurs
des droits humains. Néanmoins, en janvier, à trois
mois de l'assassinat de l'avocate, Digna Ochoa, le Centre
des droits humains Miguel Augustin Pro a réalisé un
bilan qui signale le peu d'avancées dans l'investigation.
Ce bilan critique le manque de collaboration du Ministère
de la Défense Nationale et d'autres instances fédérales
au Bureau du procureur de Justice de la ville de Mexico.
D'autres organisations reconnues comme Amnistie internationale,
Human Rights Watch et la Fédération Internationale
des Droits Humains ont publié conjointement un rapport
dans lequel elles reconnaissent les avancées mais
aussi les questions restées en suspens en matière
de droits humains.
Le rapport de la Commission nationale
des droits humains (CNDH) sur le cas des disparitions durant
la "guerre
sale" dans les années 70 et 80, publié à la
fin novembre, est une initiative importante. Ce rapport est
une avancée significative dans la lutte contre l'impunité.
Un thème sans solution et source de tensions, d'incertitude
et d'expectative est celui de la loi sur les Droits et la
culture indigène. Au cours des premiers mois de 2002,
la Cour Suprême de Justice de la Nation devra résoudre
les plus de 300 controverses constitutionnelles qui ont été présentées
contre cette loi. Si la plus haute cour de justice opte pour
valider la loi, elle pourra renforcer l'idée, déjà présente
et défendue par quelques groupes radicaux, que la
violence est l'unique voie pour obtenir des changements au
Mexique.

Actions recommandées
- Ecrire au président
Fox en exprimant votre préoccupation :
- Pour le fait que la réforme constitutionnelle sur
les Droits indigènes s'est converti en un obstacle
pour la reprise du processus de paix et d'une recherche
de solution au conflit du Chiapas;
- pour le manque d'avancée dans l'investigation de
l'assassinat de Digna Ochoa, et en l'exhortant à prendre
des moyens pour que l'armée, les organismes fédéraux
et les gouvernements des états concernés collaborent
avec le Ministère de justice de la ville de Mexico,
afin d'amener en cour les responsables et mettre fin aux
menaces contre les défenseurs des droits humains.
- Ecrire au président Fox pour le féliciter
de la libération du général José Gallardo
et l'exhorter à réaliser les autres recommandations
de la CIDH : réparation intégrale, reconnaissance
de son innocence, chercher et punir les responsables des
fausses accusations et du harcèlement qui le conduisirent
en prison et mirent sa vie en danger.
- Ecrire à la Cour Suprême de Justice de
la nation pour exprimer respectueusement votre attente à la
résolution des controverses constitutionnelles en
ce qui concerne la loi indigène en prenant en compte;
les demandes faites pas les peuples indigènes, les
engagements du gouvernement fédéral souscrits
dans les Accords de San Andrés de février
96 et ses obligations dues à la ratification
de la Convention 169 de la OIT.
- Diffuser l'information, comme
le contenu de ce rapport, sur la situation au Chiapas.
Veuillez ecrire a :
Lic. Vicente Fox
Presidente de la República
Residencia Oficial de los Pinos
Colonia M. Chapultepec, Delegación M. Hidalgo
11850 México, D.F., México
Fax: (+52) 55 55 15 17 94
Site
internet pour donner vos opinions
Suprema Corte de Justicia de la Nación
Calle Pino Suárez #2
Col. Centro, Delegación Cuauhtemoc
México D.F., México
Fax: (+52) 55 55 22 44 45

:: UPDATE
Les droits humains au Mexique: Affaires
en suspens
En décembre 2001, le Président
Fox a envoyé au Sénat une initiative pour ratifier
le statut de la Cour Pénale Internationale, qui aura
juridiction sur les crimes contre l'humanité. Le ministère
de l'Intérieur a aussi annoncé la création
d'un comité interministériel constitué par
le bureau du procureur, la police et la défense nationale
pour permettre un suivi des mesures de protection des défenseurs
des droits humains. Le Sénat a également approuvé les
cinq mesures internationales permettant de punir les violations
des droits humains.
Le général José Francisco Gallardo
a été remis en liberté le 7 février,
grâce à une réduction de peine, après
avoir purgé plus de huit années de prisons
pour avoir proposé la création d'un poste de
chargé des droits humains au sein de l'armée.
Les organismes de droits humains ont signalé que grâce à cette
libération, l'Etat mexicain répond partiellement
aux recommandations de la Commission Interaméricaine
des Droits Humains (CIDH). Il reste encore à mettre
fin à la campagne de harcèlement et de persécution
contre le général, à enquêter
et punir ceux qui furent responsables de l'emprisonnement
injustifié de Gallardo et lui payer un dédommagement.
De son côté, le militaire a assuré qu'il
continuera sa lutte légale pour démontrer sa
pleine innocence ainsi que pour créer ce poste de
chargé militaire des droits humains.
D'autre part, les préoccupations des organisations
nationales et internationales des droits humains continuent.
En décembre, Amnistie internationale a présenté un
rapport qui soutient qu'au Mexique les défenseurs
des droits humains sont traités comme "des délinquants
et des subversifs" et sont soumis à des formes
dégradantes de persécution, et y compris d'assassinat
comme dans le cas de Digna Ochoa. Après une mission
en décembre, la Fédération Internationale
des Droits Humains, a critiqué de la situation des
droits économiques, sociaux et culturels des peuples
indigènes. Dans son rapport de janvier, Human
Right Watch a fait l'éloge des "grands changements" dans
l'attitude du gouvernement mexicain au sujet des droits humains,
mais a averti qu'il est nécessaire d'obtenir des "avancées
significatives" pour résoudre les abus de la
part des militaires et qu'ils ne peuvent se soustraire aux
lois en vigueur.
En décembre, le Centre
des droits humains Miguel Augustin Pro a fait l'évaluation de la première
année du gouvernement de Vicente Fox. Ils ont critiqué le
manque de politique d'Etat en matière de droits
humains, et le fait que les actions entreprises semblent être
plus le résultat d'une préoccupation pour
maintenir une bonne image internationale. Ce Centre soutient
que l'attention nécessaire n'a pas été donnée
pour résoudre les problèmes d'ordre structuraux
et que l'impunité et la tendance à militariser
les milieux de compétence civile perdurent.
Quatre mois après l'assassinat de Digna Ochoa, le
cas n'est toujours pas résolu. Face au peu d'avancées
et aux difficultés présentées, en décembre
le procureur de Justice de la ville de Mexico, Bernardo Batiz,
a changé la totalité de l'équipe d'enquêteurs.
Celle-ci est désormais sous la responsabilité du
sous-procureur juridique et des droits humains, Renato Sales.
Malgré cela, à fin janvier le Centre PRODH a dénoncé le manque de collaboration dans l'enquête
de la part du Secrétariat de Défense Nationale
et d'autres instances fédérales. De même,
l'offre de coopération faite de la part de la CIDH à l'équipe
d'enquêteurs par l'entremise d'un expert en la matière
ne s'est toujours pas concrétisée.
Après l'émission du rapport de la Commission
nationale des droits humains (CNDH) à la fin novembre,
les demandes de la société civile continuent,
exigeant une enquête en profondeur sur le massacre
de Tlatelolco en octobre 1968 et les cas de disparitions
dans la dénommée "guerre sale" des
années 70 et 80. Pour répondre à ces
demandes, une commission spéciale à été créée
sous la direction de Ignacio Camillo Prieto. En décembre,
des documents officiels du ministère de la justice
(PGR) indiquant clairement l'existence de détenus
et de disparus en 1968 ont été rendus publics,
ce qui dément la version officielle de plus de trois
décades.
Durant la première année du nouveau gouvernement
du Chiapas, le Centre des droits humains Fray Bartolomé de
las Casas a enregistré 45 cas de violation des droits
humains. Bien que se soit une diminution importante par rapport
aux gouvernements précédents, le Centre considère
qu'il n'a pas reçu de réponses satisfaisantes à ces
dénonciations. Dans un rapport spécial, le
Centre a aussi dénoncé le fait qu'au Chiapas,
la police continue de pratiquer la torture, les menaces de
mort, le vol et les abus de pouvoir contre les indigènes.
Il a demandé au gouverneur qu'il fasse connaître
publiquement ses plans pour une réforme intégrale
du système de la justice ainsi que sa politique en
matière de droits humains. En janvier le gouverneur
du Chiapas a annoncé qu'il enquêtera sur les
supposés abus commis par la police de l'état
durant le sauvetage de cinq fonctionnaires gouvernementaux
le 27 juillet dernier dans la municipalité de Marqués
de Comillas.
En janvier, Pedro Raúl Lopez Hernández, président
de la Commission d'état des droits humains a reçu
des menaces de mort, et sa maison et sa voiture ont été criblées
de balles. D'après lui, il est l'objet de persécutions
de la part des fonctionnaires du gouvernement du Chiapas.
Le gouverneur Pablo Salazar a nié les accusations,
condamné l'agression et demandé à la
CNDH et à la PGR de mener l'enquête. Autant
la CNDH que la CIDH ont sollicité du gouvernement
fédéral des mesures de protection pour Lopez
Hernández et sa famille.
Des réalités qui contredisent
les discours
En décembre, Fox a dit que le Mexique forme déjà partie
du "groupe des nations qui conduisent la globalisation
et le développement de l'humanité". Paradoxalement,
un mois plus tard il a annoncé que cette année
250 micro-régions de haute marginalisation et de migration
sortiront de la pauvreté. De son côté,
le ministre du travail a assuré que l'économie
aura une croissance de 1,7% et 300 000 emplois enrichiront
le marché du travail. Fox a également annoncé que
le programme d'agriculture pour les cinq prochaines années
a pour but de laisser en arrière la culture des subventions
et le paternalisme pour la remplacer par des aides à la
création d'agro-industries et des capitaux pour la
production. Le secrétaire de l'agriculture, Javier
Usabiaga, a assuré que la campagne «doit s'ajuster
aux nouvelles règles du jeu économique». L'opposition, au contraire, a affirmé que l'actuelle
crise argentine «démontre l'échec du
model néolibéral en Amérique latine»,
et que c'est un message d'alerte pour Fox. Le Mexique doit éviter
de tomber dans les mêmes conséquences en suivant
les "recettes" trompeuses du FMI.
Selon les chiffres du recensement de l'année 2000,
Chiapas occupe la première place de la marginalisation
au niveau national : 93,16% des municipalités de l'état,
incluant les zones de métis et celles des indigènes,
ont des niveaux de "très haute" et de "haute" marginalisation.
En janvier le Ministère du Développement Social a assuré que Chiapas recevra 400 millions de pesos
pour une douzaine de programmes de développement (en
2001 le montant fut de 360 millions de pesos).
Chiapas: une paix nerveuse
Le cardinal Roger Etchegaray, président émérite
du Conseil Pontifical de Justice et Paix a visité le
Chiapas. Lors d'une réunion avec le président
Fox, Etchegaray a dit que «le problème du Chiapas
est réel, c'est un problème grave, mais c'est
aussi un problème symbolique, dans la mesure où,
partout au Mexique on trouve, à la base, ces problèmes
sociaux. C'est à dire les problèmes de la pauvreté,
du respect de la dignité de l'homme, de chaque homme».
Il a dit aussi que la "paix nerveuse" que vit le
Chiapas préoccupe le Pape.
Au niveau des communautés, les conflits continuent.
Il y a chaque fois plus de dénonciations de harcèlement,
de menaces, de séquestrations dans diverses municipalités
de la zone Selva et Nord. Les municipalités autonomes
continuent de dénoncer l'accroissement de survols
et de patrouilles militaires près de leurs communautés.
Les conflits post-électoraux dans diverses municipalités
de l'état perdurent. En décembre, le sous-secrétaire
du gouvernement du Chiapas a annoncé la création
d'un nouveau corps pour intervenir dans des actions de contre
insurrection dans les municipalités de la Zone Sierra.
D'autre part, le 27 janvie,r vingt organisations
sociales, politiques et religieuses de la Zone Nord du Chiapas, à l'exception
de Paix et Justice, ont signé dans la municipalité de
Tila, un accord où elles s'engagent à freiner
l'incursion de personnes armées et les agressions
contre les sympathisants de l'EZLN.
Dans la municipalité de Chenalhó, le nouveau
maire du PRI et le nouveau comité directeur de l'organisation
civile Las Abejas ont ratifié l'accord de non-agression
signé le 24 août 2001, le jour du retour de
Las Abejas à ses communautés d'origines. De
son côté, le Bureau du procureur de justice
a commencé une enquête contre divers ex-fonctionnaires
de cette municipalité –incluant l'ex-maire Antonio
Perez Arias- pour avoir empêché l'opération
contre les paramilitaires de Los Chorros en novembre 2000.
Le 15 février, le gouvernement du Chiapas a informé de
la détention de Diego Vásquez, principal dirigeant
chol de l'organisation Paix et Justice (soupçonné d'être
paramilitaire), pour divers délits de violence commis
entre 95 et 97. L'opération a été réalisée
par la police judiciaire de l'état à la demande
sous-procureur de justice, dans la communauté de El
Limar (Zone Nord), un jour après la signature de l'accord
de pacification promu par le gouvernement de l'état.
Diego Vásquez avait refusé de signer ledit
accord, qui a permis la réouverture de l'église
catholique de cette localité. Selon les autorités,
la détention du dirigeant accusé d'être
paramilitaire «correspond à la conviction du
gouvernement dans le sens des accords de réconciliation
qui ne sont pas des certificats d'impunité, la justice
arrivera là où elle doit arriver».
Premières avancées dans
la lutte contre la corruption
L'absence de 2 mil 559 millions de pesos dans les comptes
du Chiapas a été détectée lors
de 266 vérifications externes réalisées
au cours de la dernière année d'administration
de l'ex-gouverneur Roberto Albores. Cela a généré 1
023 processus administratifs et 43 dénonciations pénales
contre l'ex-fonctionnaire. Librado de Torre Gonzalez, le
secrétaire de l'agriculture et l'élevage du
gouvernement de Albores, fut détenu le 19 décembre
et accusé d'association délictueuse, détournement
de fonds public, fraude, abus de pouvoir, usurpation et exercice
illégal de fonctions publiques. C'est le quatrième
fonctionnaire de l'administration passée qui est détenu.
Au niveau fédéral, les investigations commencées
en janvier sur le détournement de fonds de plus de
1 000 millions de pesos de PEMEX pour la campagne présidentielle
du PRI en 2000, nous informent pour la première fois
de manière précise sur le financement de l'ex-parti
officiel par le biais du trésor public.

:: ANALYSE
Chiapas : dangereux éloignement
des acteurs politiques
«Le Chiapas est un
volcan endormi qui peut exploser à tout moment»
(Cardinal Roger Etchegaray, président émérite
du Conseil pontifical de justice et paix et envoyé papal,
après sa visite au Chiapas début janvier)
Il y a un an de cela, notre analyse du
conflit au Chiapas était beaucoup plus optimiste quant
aux possibilités de relance du processus de paix :
l’EZLN annonçait sa marche vers la ville de
Mexico et les nouveaux gouvernements (fédéral
et de l’état), donnaient des signes encourageants,
sept années après le soulèvement armé de
1994 (consultez nos bulletins de février et mars 2001).
Cette étape de rapprochement a pris fin en avril
dernier suite à l’approbation d’une loi
sur les droits autochtones que les organisations indigènes
ont rejeté, arguant que cette réforme est contraire
aux Accords de San Andrés signés entre le gouvernement
et l’EZLN en février 1996. Cette décision était
particulièrement critique dans la mesure où cette
loi constituait l’une des conditions posées
par les zapatistes pour reprendre le dialogue.
Réduction croissante des marges de manœuvre
L’EZLN est restée silencieuse pendant plus de
neuf long mois et les analystes ne s’attendent pas à ce
que cela change jusqu’à ce que la Cour suprême
de justice de la Nation (SCJN) prenne une décision
quant aux plus de 300 controverses constitutionnelles présentées
contre la loi indigène auprès de cette instance.
L’influence de cette instance judiciaire a considérablement
augmenté depuis le début du gouvernement de
Fox. Elle pourrait se convertir en arbitre de la transition
dans la mesure où elle constitue un contrepoids face
aux autres pouvoirs.
Ce laps de temps a permis jusqu’à présent
de limiter la tendance croissante à la polarisation
des acteurs. La responsabilité de la SCJN est donc
particulièrement importante : si elle se prononce
en faveur de la loi, cela réduirait plus encore les
marges d’actions politiques et légales. Les
groupes armés plus radicaux pourraient considérer
cette décision comme une source de légitimité,
l’option violente resurgissant comme seule voie possible.
Si par contre, la SCJN se prononce contre la loi et que le
thème est réouvert au sein du Congrès,
la tension aurait plus de chance d’être gérée
politiquement par les acteurs.
Une autre marge de manœuvre subsistera encore du fait
de la proposition présentée par 160 députés
de rediscuter le projet de réforme de la COCOPA. Dans
un contexte international peu favorable, avec un Plan Puebla-Panamá sur
le point d'être mis en marche et avec la conformation
actuelle du Congrès, la reprise de la discussion autour
de cette loi semble peu probable.
A un an de gouvernement pour le président
Fox
Le Chiapas est seulement l’une des multiples promesses
de campagne non tenues du gouvernement du président
Fox. S’il a certes pu maintenir une stabilité macro-économique
relative dans un contexte international adverse, un grand
nombre de problèmes sociaux sont toujours sans solutions
et semblent même s’aggraver. Sur plus d’un
plan, la situation se prête à une plus grande
instabilité et à la multiplication des conflits.
Bien que l’on ne puisse nier certaines avancées
dans le cadre de la transition démocratique (en particulier
un plus grand respect de la division des pouvoirs), certains
thèmes ont été reportés jusqu’à un
moment plus propice. C’est le cas par exemple de la
réforme de l’Etat promise pendant la campagne
et qui a été mis de coté faute de soutien
au niveau du Congrès.
Une initiative importante a été la présentation
surprise, quatre jours à peine avant la fin de sa
première année au gouvernement, d’un
rapport de la CNDH portant sur les disparitions forcées.
Cela constitue un premier pas dans la clarification des crimes
d’Etat commis au cours des décennies passées,
et une décision clef dans la lutte contre l’impunité :
massacre de 1968, cas du général Gallardo,
etc. Cette tendance n’a pas manqué de déranger
certains secteurs de l’armée et du PRI.
Après l’assassinat de l’activiste en
droits humains Digna Ochoa en octobre 2001, les menaces contre
les défenseurs de droits humains, journalistes et
militants politiques se sont multipliés. Par delà les
cas ponctuels, il est de plus en plus difficile de nier le
caractère structurel des conflits au Mexique : impunité,
limitations et manque de garanties du système d’administration
de justice, privilèges et incidence croissante de
l’armée, etc. La réitération des
cas de ce type a introduit un bémol dans la relation
du gouvernement de Fox avec les organismes de droits humains
après plusieurs mois de relative harmonie.
A un an du gouvernement de Pablo Salazar
dans l'état
du Chiapas
Ce que l’on peut observer à l’échelle
fédérale ressemble beaucoup à ce qui
s’est passé au Chiapas : représentants
du pouvoir exécutif gouvernant sans l’appui
des partis qui les ont conduits au pouvoir ou avec un Congrès
dominé par l’opposition ; repositionnement des
forces et des acteurs politiques ; contradictions entre,
et à l’intérieur des différents
niveaux de pouvoir ; inerties des institutions et manque
d’expérience des nouveaux fonctionnaires ; croissant
mécontentement social ; etc.
Bien que le PRI ait conservé la majorité au
sein du Congrès de l’état, cela ne signifie
pas qu’il détienne le pouvoir comme parti. La
stratégie du pouvoir exécutif semble avoir
fait le pari d’un lobby individuel des membres du Congrès,
plus que d’une négociation avec les fractions
parlementaires. Les différences entre partis sont
en voie de disparaître, ce qui est encore plus évident
au niveau des municipalités. Dans les communautés,
beaucoup sont «oficialistas» (appui au parti
officiel au pouvoir), quel que soit le parti au pouvoir.
Le PRI du Chiapas se trouve affaibli:
d’un côté,
le changement de la direction de ce parti fait apparaître
plus clairement les intérêts personnels, ce
qui ravive les tensions entre le PRI national et de l’état
; d’un autre côté, les procès contre
des fonctionnaires du gouvernement antérieur se sont
multipliés.
Au cours de cette première année, le premier
gouverneur du Chiapas non issu du PRI a du utilisé une
grande partie de son énergie simplement pour maintenir
un minimum de stabilité politique. Il n’a du
coup pas pu répondre aux énormes retards économiques
et sociaux, ni diminuer les conflits. De plus, face à la
polarisation du scénario politico-social, il est particulièrement
compliqué de promouvoir des projets de développement
sans que cela devienne une source de tension et de division
entre les différents secteurs de la société.
Chiapas : sur le point d’éclater?
Entre temps, le processus de paix en suspens est lourd
de conséquences à l’échelle locale,
car il passe par la radicalisation des positions des acteurs.
L’EZLN s’éloigne toujours plus des organisations
locales qui auparavant étaient ses alliés
et sont désormais plus proches du gouvernement de
Pablo Salazar. Les affrontements pour problèmes
agraires et des différences politiques (où les
conflits post-électoraux pèsent) se sont
multipliés dans plusieurs zones de l’état,
et la manière utilisée pour chercher à les
résoudre démontre dramatiquement le manque
de culture démocratique et de tolérance.
Au-delà du futur de la loi indigène et du
processus de dialogue, cette situation de divisions et violence
croissante dans les communautés rend difficile la
possibilité de construction de l’autonomie,
un thème qui pourra se transformer en une autre source
de conflits.
Par ailleurs, au niveau national, le Chiapas
est l’état
où il y a le plus de marginalisation, une réalité préoccupante
qui ne concerne pas seulement les communautés indigènes
mais aussi quelques zones de populations métisses.

:: DOSSIER
Les défis
de la paix et de la réconciliation au Chiapas
S'il est vrai que la situation du Chiapas
ne correspond pas à un conflit armé ouvert
depuis plusieurs années, et que le thème ne
préoccupe plus autant les Mexicains ni la communauté internationale,
les conflits secondaires se sont en revanche multipliés,
exacerbés par la polarisation existant entre l'EZLN
et le gouvernement fédéral. La rupture et la
décomposition du tissu social sont toujours plus marquées
et les conflits latents sont tels que la possibilité que
la situation explose à court ou moyen terme est allée
croissant.
Les perspectives de solutions s'éloignent toujours
plus : la négociation reste en suspens et il est évident
que le processus de paix ne reprendra pas rapidement et que
la signature d'accords de paix entre deux acteurs politiques,
qui ne sont plus les seuls impliqués dans le conflit,
résultera insuffisant. Toute solution véritable
passera par une lente et laborieuse reconstruction du tissu
social.
Chiapas : radiographie du moment
Il est toujours plus compliqué d'expliquer les dynamiques
qui existent aujourd'hui au Chiapas du fait du conflit non
résolu entre les zapatistes et le gouvernement. Après
plusieurs années de guerre de basse intensité,
de violence et d'usure, les facteurs sources de fractures
qui divisent la population se sont diversifiés. En
conséquence, les espaces pour chercher à résoudre
pacifiquement les conflits se sont vus réduits significativement.
Les disputes historiques dont les conflits actuels ont dérivé au
cours du temps sont à l'origine politiques, idéologiques,
agraires et religieux.
Les zapatistes ont rejeté la voie électorale
comme option pour réaliser les changements structurels
dont, selon eux, le Mexique a besoin. S'il est vrai qu'ils
n'ont pas interdit la votation, ils ont continué de
promouvoir des espaces de gouvernement parallèles
: les municipalités autonomes. C'est une première
source de tension quand, en absence d'un cadre légal à ce
sujet (un aspect par ailleurs inclus dans les Accords de
San Andrés), des conflits entre le régime politique
officiel et les municipalités autonomes se sont multipliés.
Dans de nombreux cas, lorsque les communautés sont
divisées, aucune de ces deux structures n'a pu répondre
aux problèmes auxquels elles ont été confrontées
: il n'existe alors pas d'autorité reconnue par tous.
La situation a pris un nouveau tournant
après les élections
de l'an 2000, au cours desquels le PRI a perdu aux niveaux
fédéral et de l'état du Chiapas. Pour
la première fois, l'opposition l'a emporté et
de nombreuses organisations indépendantes ont participé dans
cette proposition de changement. Il est dès lors naturel
qu'elles veuillent tirer avantage d'un gouvernement qu'elles
ont soutenu. D'autre part, l'alternance au sein du pouvoir
a conduit à une surprenante recomposition des groupes
de pouvoir au Chiapas : ils se sont adaptés à la
nouvelle réalité de manière très
pragmatique, pour ne pas dire opportuniste.
La tension avait diminué au cours des premiers mois
des nouveaux gouvernements : la marche zapatiste à la
ville de Mexico et son arrivée au Congrès fédéral
avaient généré de grands espoirs quant
au processus de paix. Cependant, après l'approbation
de la loi indigène en avril (voir le Bulletin
du SIPAZ d'avril 2001), l'EZLN s'est repliée dans le silence
de la jungle et a suspendu tout contact avec les gouvernements,
fédéral et du Chiapas. A partir de ce moment,
dans plusieurs zones, les personnes ou groupes qui ont établi
une relation quelle qu'elle soit avec une instance officielle
(en particulier par le biais des programmes d'aides économiques
et sociales) ont pu être accusées de trahison à la
résistance.
Actuellement, la division n'est donc plus
uniquement entre zapatistes et membres du PRI. Comme nous
l'avons souligné à plusieurs
reprises dans notre analyse, les différences entre
partis politiques sont de moins en moins claires au Chiapas.
Les conflits les plus brûlants se donnent désormais
entre l'EZLN et des organisations indigènes locales
qui auparavant faisaient partie de ses alliés.
Une autre source de conflit latente depuis
plusieurs décennies
au Chiapas a trait aux irrégularités en ce
qui concerne les droits de propriété et la
possession des terrains à cultiver, dans une zone
où la terre disponible fait défaut. Octroyer
les mêmes titres de propriété à plusieurs
communautés était une pratique courante sous
les gouvernements antérieurs.
A l'époque, la distribution des
ressources et des programmes gouvernementaux avait par ailleurs
des objectifs
de contre-insurrection, pour gagner des alliés et
confronter entre eux les personnes liées au gouvernement
et celles faisant partie de l'opposition au sein des communautés
indigènes. Malgré les changements de gouvernement,
une vision très idéologique de l'aide humanitaire
perdure dans la mémoire des communautés. C'est
pour cela qu'au moment de proposer des stratégies
pour assurer le développement des communautés,
les risques demeurent les mêmes: il est difficile
de mettre en place des projets sans confronter plus encore
les différents groupes.
Derrière les rivalités immédiates,
deux conceptions stratégiques s'opposent: d'un côté,
la résistance zapatiste qui vise la transformation
totale des structures actuelles injustes ; et de l'autre,
l'acceptation d'aides, quelle que soit leur origine pour
se fortifier comme organisation et ainsi accroître
son pouvoir dans sa zone d'influence.
Selon un analyste du Chiapas, «Les zapatistes ont
une vision politique qui va bien au-delà de la dimension
locale. Mais les gens dans les communautés en sont à un
stade de survie. La vie quotidienne s'est aggravée
du fait des divisions. Nous nous trouvons donc dans une étape
de tension : continuer à faire le pari de la réforme
nationale et de la lutte contre le néolibéralisme
ou chercher à répondre aux besoins fondamentaux».
Finalement, sur le plan religieux, la
situation est beaucoup plus complexe qu'une simple division
entre catholiques et
protestants. Dans le dossier
du SIPAZ de mai 2000, nous soulignions
que plus qu'une source de conflits en soi, le facteur religieux
a été utilisé pour servir d'autres intérêts,
politiques et économiques. Dans la pratique, cette
situation se traduit de différentes façons
: l'une d'elles est le contrôle des personnes qui sont
nommées responsables et la mise sous condition des
services religieux en fonction des affiliations politiques.
Peut-il exister une expression plus tangible de la profondeur
des divisions au Chiapas que la célébration
de deux messes pour deux groupes professant la même
foi et originaires d'une même communauté?
Du fait de l'inexistence d'un processus
de dialogue et la multiplication d'autres types de conflits,
le tissu social
et culturel s'est déchiré dans les communautés.
La dimension communautaire, colonne vertébrale de
l'identité des peuples autochtones et ressource pour
faire face et résoudre les conflits, se trouve fracturée.
Dans certains cas, les divisions et confrontations se donnent
depuis les familles elles-mêmes. Il n'y a pas eu d'affrontements
armés depuis 1994, cependant la guerre a suivi son
cours de manière plus subtile, ce qui limite tout
autant les possibilités de reconstruire la paix au
Chiapas.
Quand les mots ne suffisent plus…
Dans un contexte d'extrême polarisation, il est presque
inévitable que toute intervention - même si
elle vise à réduire la tension et à transformer
les conflits - soit considérée comme partisane.
Au cours des premières années du conflit, cela
a d'abord été le cas des "droits humains".
Dans la zone Nord du Chiapas, il était courant que
l'on demande aux visiteurs : «Vous êtes des droits
humains ?». En fonction de la réponse, on vous
situait d'office comme alliés ou ennemis. Depuis cette époque,
les organisations de droits humains ont été considérées
par certains alliés du PRI comme des acteurs partiaux
dans les conflits communautaires.
Un exemple de cette tendance est le livre
publié par
l'organisation Paix et Justice accusée d'être
paramilitaire : «Ni droits ni humains dans la zone
Nord du Chiapas : l'autre vérité sur les événements
dans la zone ch'ol» (1997). Ce livre affirme, en relation
aux groupes de droits humains qui travaillaient dans la région: «Ils
n'ont contribué en rien à la diminution
de la tension dans la zone, et sont signalés par les
personnes affectées comme d'autres protagonistes venant
de l'étranger avec leurs ressources pour compliquer
davantage la situation de la région».
Un autre mot source de controverses a été et
continu d'être "la paix". En plus
de huit ans de conflit, tous les acteurs n'ont cessé de
parler de paix. Mais la compréhension de ce mot varie
: pour le gouvernement, il s'agit surtout de rétablir "l'ordre" qui
existait avant le soulèvement armé. Cette "pax
romana" qui est surtout une "non guerre" reste
très éloigné de la "paix avec
justice et dignité" dont les zapatistes
parlent ou bien du concept de paix positive: au-delà de
la réduction
de la violence, il s'agit de chercher à construire
la paix à partir des attitudes et des valeurs quotidiennes.
Il semblerait qu'actuellement le tour
soit venu du mot "réconciliation".
De la part du gouvernement de l'état et de certains
groupes accusés d'être paramilitaires (et bien
que leurs discours puissent exprimer le contraire), l'on
perçoit surtout le besoin de tout effacer et recommencer à zéro,
plus que d'un processus profond et authentique de réconciliation.
Mais les victimes ne partagent pas cette
vision. Dans les vallées de la municipalité Tila,
nous avons écouté ce
commentaire: «Ceux du gouvernement veulent la réconciliation
avant que justice ne soit faite. Nous sommes en train de
chercher à obtenir des indemnisations pour avoir été déplacés.
Nous avons eu des gens en prison pendant plusieurs années,
mais eux [ceux de Paix et Justice] n'ont personne en prison.
Nous voulons que justice soit faite avant de parler de réconciliation».
Un promoteur de droits humains de la région d'Altamirano
nous disait: «Pour le moment, tout le monde parle
de réconciliation mais ils veulent faire comme si
rien ne s'était jamais passé».
Que ce soit à Chenalhó ou dans la zone Nord,
nous écoutons le même cri de douleur : «Nous
voulons la justice pour nos morts». Il est par ailleurs
important de souligner que lorsque des affrontements ont
eu lieu entre indigènes, une lecture maniquéenne
(les "bons et les méchants", les "victimes
et les bourreaux") des situations de violence qui ont
déchiré le Chiapas au cours des dernières
années ne suffit pas. Il est de toute façon
clair que ces processus de réconciliation ne pourront
pas avoir lieu sans le consentement des personnes affectées,
pas plus qu'ils ne pourront être imposés depuis
l'extérieur si ce que l'on recherche est une solution
durable à moyen et long terme.
Finalement, on peut aussi observer des
processus qui visent à la
conversion des bourreaux, assumant peut être que la
justice ne viendra pas de la part de l'Etat. A Nouveau Limar
(zone Nord), un catéchiste nous disait: «Si
ceux de l'UCIAF font un pas vers nous, nous n'allons pas
les rejeter même s'ils nous ont fait souffrir».
A Jolnixtié (également dans la zone Nord),
un membre du PRD affirmait : «Nous voulons que tous
les mandats d'arrêt soient annulés, parce qu'il
n'est pas juste que ceux de Paix et Justice payent les frais,
quand ils ont été obligés par le même
gouvernement à faire ce qu'ils ont fait».
Après la première Rencontre
en expériences
communautaires de Réconciliation et de paix réalisée à San
Cristóbal de las Casas en novembre 2001, la réconciliation
s'est maintenue comme une priorité pour les participants.
Il est cependant nécessaire de clarifier ce qu'ils
veulent dire lorsqu'ils emploient ce mot : «Il
faut chercher à résoudre les problèmes
de manière juste. Il est nécessaire de s'assurer
que tout le monde sera content, qu'il n'y aura pas un gagnant
et un perdant. Nous réconcilier, c'est nous unir à nouveau.
Et cette unité ne signifie pas l'uniformité». Lors
d'une réunion entre catholiques et protestants
dans la municipalité de Chenalhó, nous écoutions
encore: pardonner n'est pas oublier, «c'est perdre
l'envie de vengeance».
Que peut-on faire?
Dans un tel contexte,
la controverse sur ce que l'on peut faire pour la paix au
Chiapas semble inévitable.
Parier sur la transformation des conflits est parfois
vu comme une action contre-révolutionnaire: on court
le risque de ne faire face au problème que depuis
la communauté en laissant de côté les
caractéristiques structurelles au niveau national
et international (système judiciaire, économique,
etc.). «C'est un peu comme donner une aspirine à une
personne gravement malade», nous disait un
membre d'une ONG de San Cristóbal.
Si l'on aspire à ce que les solutions
soient profondes, véritables et durables, on ne peut
certes pas laisser de côté la nécessité de
transformer les causes profondes qui sont à l'origine
des conflits: c'est à dire qu'il doit y avoir une
transformation des structures économiques, sociales,
politiques et culturelles responsables de l'exclusion, la
misère,
la discrimination et l'injustice que vivent quotidienne les
peuples indigènes.
Cependant, un membre d'une autre ONG nous
disait: «La
priorité numéro un devrait être un travail
qui vise à surmonter les divisions au sein des communautés.
Ce qui se passe à ce niveau ne correspond pas nécessairement
aux analyses de ceux d'en haut. Mais à quoi pourra
servir une loi indigène merveilleuse quand les communautés
sont divisées et que pour autant il sera impossible
de construire l'autonomie. Le gouvernement peut accepter
la loi COCOPA, mais après ça, qu'est-ce qui
suivra ?»
C'est uniquement en mettant les choses
en perspective qu'il sera possible de maintenir un certain
espoir pour le Chiapas
actuel. Gonzalo Intuarte - ex-vicaire de Justice et Paix
du diocèse de San Cristóbal et aujourd'hui
curé de la névralgique municipalité d'Ocosingo
- nous confiait lors d'une entrevue : «Ce que vit le
Chiapas est une révolution de basse intensité.
L'avant-garde se trouve derrière la société et
pousse. C'est un processus de transformation très
lent, que nous voudrions sûrement accélérer,
mais qui va de l'avant. Nous ne pouvons pas ne pas garder
l'espoir».
 :: ACTIVITES
DU SIPAZ
Décembre 2001 - février 2002
Contacts et informations:
- Visite à la zone Nord et Selva pour dialoguer avec
différents acteurs politiques et religieux.
- Nous avons reçu plusieurs délégations
internationales [dominicains des Etats-Unis, NISGUA
(projet d'accompagnement au Guatemala), Cloudforest, JEM
(Jubilee Economics Ministries) et la Commission
civile internationale d'observation des droits humains pour leur faire part de
la situation actuelle au Chiapas, du travail du SIPAZ et
du Réseau pour la paix.
- Visite de M. Baur du Ministère fédéral
de la coopération économique allemande.
- Entrevue avec des journalistes français pour
leurs donner de l'information sur le conflit au Chiapas.
- Réunions avec des groupes internationaux membres
de la coalition du SIPAZ qui ont des projets
au Mexique: Global Exchange, Christian Peacemaker Teams
(CPT), Witness
for Peace et Brigades de paix internationale
(BPI).
Dialogues inter-religieux
- Réunions avec les acteurs religieux de la municipalité de
Chenalho et avec le Groupe plural œcuménique.
Visites à différentes communautés de
cette région.
- Suivi au projet de "Stages d'échange et de
formation entre les dirigeants religieux de Chenalho et les
Commissions pour la paix du Nicaragua".
- Participation aux prières œcuméniques
pour la paix à San Cristóbal de las
Casas.
- Réunion avec des fonctionnaires du gouvernement étatique
responsables des questions religieuses.
Education pour la paix
- Participation au Réseau pour la paix, un espace
d'action et de réflexion qui cherche à appuyer
les processus de réconciliation et de paix à l'intérieur
des organismes et des communautés au Chiapas.
- Réunion avec plusieurs organisations d'éducation
pour la paix au Chiapas et avec des membres de la Fondation
allemande pour le développement international.
International
- Participation au séminaire "Les Droits humains
et les défis du XXI siècle" (Santiago,
Chili, novembre 2001) et au Deuxième Forum social
mondial (Porto Alegre, Brasil, février 2002).
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