:: SYNTHÈSE
Au Mexique, comme dans le reste du monde,
les attaques terroristes du 11 septembre aux Etats-Unis ont
provoqué une grande commotion. L'intérêt
porté à d'autres conflits comme celui du Chiapas
s'est vu réduit en conséquence.
Avant même le 11 septembre, le processus de paix avait
connu une nouvelle crise lorsque la réforme de la
Constitution portant sur les droits indigènes (approuvée
par le Congrès fédéral en avril) fut
qualifiée par l'EZLN et les principales organisations
indigènes comme une trahison. Les congrès des états
peupléspar une population indigène importante
ont également voté contre cette réforme.
Le gouvernement de Fox a cependant déclaré que
cette réforme constitue une avancée importante
et même une preuve que le conflit du Chiapas est effectivement
résolu. Ce discours a été bien reçu
lors du voyage diplomatique réalisé par le
président Fox en Europe, une région où l'intérêt
d'accroître les relations commerciales avec le Mexique
est grand.
Le gouvernement a également manifesté sa volonté de
reprendre le dialogue de paix au Chiapas. L'EZLN est resté silencieuse
depuis avril, mais d'autres organisations indigènes
ont vivement rejeté cette possibilité dans
la mesure où, selon eux, le gouvernement n'a pas respecté les
compromis qu'il avait assumés. Au Chiapas, la division
et les conflits perdurent. Les communautés autochtones
dénoncent un harcèlement militaire et paramilitaire
croissant. Au moins 10.000 déplacés ne peuvent
rentrer chez eux, faute de sécurité et les
négociations des déplacés avec le gouvernement
n'ont abouti qu'à de maigres résultats. L'EZLN
se trouve en résistance, refusant tout type d'aide
de la part du gouvernement et cherchant à promouvoir
les municipalités autonomes qui existent parallèlement
aux structures officielles du gouvernement local.
Les organisations indigènes et de droits humains
continuent à dénoncer le caractère illégitime
de la réforme approuvée et questionnent même
sa légalité. Plus de 300 demandes ont été présentées
devant la Suprême Cour de Justice (autorités
locales et des états). Des réclamations ont également été reçues
par l'Organisation Internationale du Travail (OIT) arguant
que le Mexique n'a pas respecté ses engagements internationaux
en matière de droits indigènes (Convention
169 de l'OIT). D'autres efforts cherchent à améliorer
la loi indigène, que ce soit pour la réviser
au sein du Congrès ou en établissant des lois
secondaires qui seront définies par les états à l'heure
d'implanter la réforme.
Les décisions seront certainement prises en fonction
d'enjeux politiques plus que strictement légaux et
les forces politiques conservatrices s'opposent encore à tout
changement de la législation. La discussion ouverte
autour de cette loi démontre certes une nouvelle indépendance
entre les trois pouvoirs de l'Etat. Mais on ne peut nier
que cette même loi se soit transformée en un
obstacle de facto qui limite la possibilité de résoudre
le conflit du Chiapas.
Le 19 octobre, l'assassinat de Digna Ochoa,
reconnue pour son travail dans le domaine des droits humains
a été condamné à échelle
nationale et internationale. En dépit de ce fait,
une série de menaces contre des activistes des droits
humains a suivi.
Après cet assassinat, le président Fox a ordonné la
libération de deux leaders paysans et écologistes
de l'état de Guerrero que Digna Ochoa avait défendus
(pour accusations et délits préfabriqués).
Les pistes de l'investigation conduisent vers Guerrero, où l'avocate
avait été harcelée par l'armée
lors de ses dernières visites. Un mois après
l'assassinat, les organisations des droits humains ont critiqué le
peu d'avancées des recherches.
Pour assombrir plus encore l'image de
marque du gouvernement mexicain en matière de droits humains, en novembre,
la Commission Interaméricaine des Droits Humains de
l'Organisation des Etats Américains (OEA) lui a posé un
ultimatum, exigeant la libération immédiate
du général José F. Gallardo, incarcéré depuis
huit ans pour avoir proposé la création d'un
poste de vigilance des droits humains au sein de l'armée.
Les élections municipales et législatives
au Chiapas en octobre ont permis au PRI de maintenir une
confortable majorité au sein du Congrès de
l'état. Une fois de plus, l'EZLN n'y a pas participé et
le taux d'abstention a été de près de
50%. Le gouverneur Pablo Salazar (qui avait été élu
comme candidat d'une coalition de partis en opposition au
PRI l'an passé) devra continuer à gouverner
face à un Congrès contrôlé par
l'actuelle opposition.
Les affrontements sont allés croissants au Chiapas,
y compris entre organisations indigènes et paysannes
jusqu'alors amies. Les raisons de ces affrontements sont
: la terre, le pouvoir et les différentes stratégies
politiques, en particulier face au gouvernement de l'état.
En toile de fond, on ne saurait oublier le conflit non résolu
entre le gouvernement fédéral et l'EZLN. Les
conséquences sont les mêmes : morts, blessés,
séquestrations, expulsions, maisons brûlées
et menaces croissantes.
D'un autre côté, on peut aussi relever quelques
signes d'espoir comme le dialogue œcuménique à Chenalhó (zone
des Hauts Plateaux) et certains accords dans le Nord du Chiapas
qui ont permis la réouverture des églises de
El Limar et Sabanilla.
En dépit des demandes toujours en vigueur quant au
thème des indemnisations et des menaces paramilitaires,
plusieurs groupes de déplacés de l'organisation
civile Las Abejas - en tout 1336 personnes - sont rentrés
chez eux entre août et octobre. La décision
de revenir se doit à la pénurie croissante
d'eau potable, de bois de chauffage et d'aliments dans les
campements. Les "retours forcés" ont été accompagnés
par des observateurs nationaux et internationaux et par le
gouvernement de l'état. Il n'y a pas eu d'incidents
majeurs jusqu'à ce jour mais il subsiste une préoccupation
quant à la sécurité de ceux qui viennent
de réintégrer leurs communautés. Ces
retours restent une exception à la règle quand
la situation de plus de 10.000 déplacés reste
sans solution.
Après les attentats du 11 septembre, la présence
militaire au Chiapas a augmenté en particulier dans
la zone de frontière avec le Guatemala. Les déclarations
du gouvernement nord-américain affirmant que l'EZLN
est une organisation terroriste a été rejetée
par le gouverneur du Chiapas, Pablo Salazar et par le Représentant
du gouvernement fédéral pour la paix, Luis
H. Alvarez. Il existe cependant la préoccupation comme
partout ailleurs dans le monde : que l'augmentation de la
peur puisse conduire à une plus grande intolérance
vis à vis des minorités. L'impact le plus important
des attentats a cependant été d'ordre économique,
aggravant significativement les effets de la récession
qui caractérisait déjà l'économie
mondiale. Dans certaines zones du Chiapas, les producteurs
ont décidé de ne pas récolter leur café suite à la
chute des prix (près de 50% comparé avec l'an
passé alors que ces prix étaient déjà très
bas). La migration a toujours joué un rôle de
soupape pour les Mexicains dans les moments difficiles. Cependant
alors que l'économie des Etats-Unis est, elle aussi,
en pleine récession, la migration a diminué de
50% en septembre.

Actions recommandées
- Ecrire au président Fox pour
lui exprimer
- votre préoccupation dans la mesure où la
réforme constitutionnelle portant sur les droits indigènes
est devenue un obstacle pour reprendre le processus
de paix ;
- l’espoir que le gouvernement mexicain (pouvoirs
exécutif et législatif) révisera la
législation portant sur le thème des droits
des indigènes afin de s’assurer qu’elle
sera congruente avec les Accords de San Andrés et
la Convention 169 de l’OIT ;
- votre profonde préoccupation pour l’assassinat
de Digna Ochoa et les menaces contre les défenseurs
des droits humains ainsi que la nécessité d’une
investigation exhaustive pour parvenir à punir
les responsables.
- Demander à l’Organisation Internationale
du Travail (OIT) d’exiger du gouvernement mexicain
que ses lois en matière de droits indigènes
soient congruentes avec la Convention 169 que le Mexique
a ratifiée en 1990.
- Diffuser des informations sur la situation qui
prévaut
au Chiapas, comme ce bulletin.
Merci d’ecrire
a:
Lic. Vicente Fox, Presidente de la
República
Residencial Oficial de los Pinos
Colonia M. Chapultepec, Delegación M. Hidalgo
11850 México, D.F., México
Fax: (+52)(5)515 1794
site
Internet
Comisión de Concordia y Pacificación
(COCOPA)
Reforma No.10, Torre Caballitos, Piso 18
06030 México, D.F., México
Fax: (+52)(5)345 3288
Juan Somavía
Director General de la OIT
4, route de Morrillons
CH-1211, Geneva 22
Switzerland
cabinet@ilo.org
Fax (41 22) 799 85 33
Rodolfo Stavenhagen
Special Rapporteur on Human Rights
and the Fundamental Liberties
of Indigenous Peoples .
OHCHR
Palais des Nations
1211 Geneva 10
Switzerland
Fax: (41 22) 917 9010
jwoo.hchr@unog.ch
cc. staven@colmex.mx

:: ACTUALITÉ
Le conflit du Chiapas, relégué au
second plan
Au Chiapas comme dans le reste du monde,
les terribles attentats du 11 septembre ont provoqué une
forte commotion. Les espaces pour aborder d'autres conflits
comme le processus de paix interrompu au Chiapas et la problématique
des peuples indigènes au Mexique se sont vus réduits
en conséquence.
Loi indigène: la pomme de la discorde
Dans ce nouveau contexte international, le thème du
processus de paix au Chiapas a été relégué au
second plan. Ce processus s'est de nouveau interrompu en
avril passé lorsque l'EZLN ainsi que d'autres organisations
populaires et indigènes ont qualifié de trahison
la réforme constitutionnelle sur les droits et la
culture indigène approuvée par le Congrès
fédéral et ratifiée par le pouvoir exécutif à la
mi-août.
Le 4 septembre, le représentant gouvernemental pour
la Paix au Chiapas, Luis H. Alvarez, a à nouveau mentionné la
disposition du gouvernement à rouvrir le processus
de dialogue, "mais d'aucune manière nous allons
nous paralyser si l'EZLN ne le veut pas, nous réaliserons
des programmes sociaux et nous avancerons par le biais des
modifications constitutionnelles qui dérivent de la
réforme". Si "l'EZLN a le droit de ne pas être
d'accord avec la loi que le Congrès a approuvée,
cela ne justifie pas le fait qu'elle ne veuille pas reprendre
le dialogue avec un gouvernement qui a clairement démontré son
compromis pour la paix".
Même si l'EZLN n'a pas répondu à ces
commentaires (son communiqué du 29 avril était
d'ores et déjà très clair face au thème),
d'autres organisations indigènes ont questionné le
discours de Luis H. Alvarez. L'Assemblée Nationale
Indigène Pluri ethnique (ANIPA) a souligné : "Il
n'est pas possible d'établir la communication et le
dialogue quand une des deux parties - dans ce cas le gouvernement
fédéral - n'a pas respecté sa parole
de promouvoir la reconnaissance constitutionnelle de nos
droits comme peuples et qu'il applaudit au contraire la simulation,
le mensonge et la tromperie approuvés par le Congrès
de l'Union".
329 demandes constitutionnelles ont été présentées
contre la loi indigène auprès de la Suprême
Cour de Justice de la Nation (SCJN). Les organismes indigènes
et civils rejettent toujours la loi approuvée. Plusieurs
ont également porté plainte auprès de
l'Organisation Internationale du Travail (OIT). Cet organisme
devra y répondre (au même titre qu'au rapport
présenté par le gouvernement mexicain) avant
mai 2002.
Face à cette situation, le Parti
de la Révolution
Démocratique (PRD) a proposé la reprise de
la discussion sur la réforme indigène avant
fin décembre. Ce parti politique considère
que l'on ne pourra attendre la décision finale de
la Suprême Cour de Justice annoncée pour février
au plus tard pour commencer la réforme de la réforme.
Début octobre, plus de 100 députés de
six partis politiques ont signé le Manifeste de San
Lazaro qui propose également une réforme de
la réforme. Lors de sa visite en Europe, quelques
jours plus tard, le président Fox a lui aussi proposé de
rouvrir la discussion.
Le Parti d'Action Nationale (PAN) a cependant
exprimé son
désaccord. Manuel Bartlett du Parti Révolutionnaire
Institutionnel (PRI) et président de la Commission
en matière de thèmes constitutionnels a affirmé "qu'au-delà des
occurrences du Président Fox, que son parti lui-même
ne soutient pas", la réforme constitutionnelle
en matière indigène "reste ferme et il
n'y a aucune possibilité de rouvrir la discussion".
Il a ajouté qu'avant décembre 40 lois secondaires
seraient prêtes pour approbation avant décembre.
La Commission pour la Concorde et
la Pacification (COCOPA) s'est divisée autour du thème, reflétant
ainsi les différences existantes entre les partis
qui la forment. Début décembre, cet organisme
en est venu à considérer la possibilité de
se déclarer en récession permanente.
Discours de Fox sur la situation au Chiapas
A Madrid, dans le cadre de sa visite en Europe en octobre,
le président Fox a exprimé que les zapatistes “sont
tranquilles après tout ce que nous avons réalisé pour
promouvoir la paix au Chiapas”. Il a également
dit que “Les déplacés [...] sont retournés
dans leurs communautés, chez eux, et tout est en
paix et en tranquillité”. Il a finalement
ajouté que son gouvernement chercherait à “encercler
et attaquer” les “tous petits groupes guérilleros
qui apparaissent de temps en temps” au Mexique.
Plus tard, en Italie, Fox a assuré qu’il “existe
une nouvelle loi sur les droits et la culture indigène
qui, comparée avec d’autres pays, avec n’importe
quel autre pays, est des plus avancée et d’avant
garde qu’il soit”. A l’issue de sa visite,
il a conclu : “C’est très clair pour l’Europe:
il y a désormais au Mexique un gouvernement démocratique
qui respecte les droits humains, qui protège, aime
et respecte ses frères indiens”.
La préoccupation augmente quant à la
situation des droits humains au Mexique
Contrastant avec les discours de Fox, Digna Ochoa, avocate
et activiste des droits humains a été assassinée
le 19 octobre à Mexico. Le lendemain, plus de 80 ONGs
ont exigé une investigation immédiate. Les
gouvernements, les organismes internationaux et multilatéraux,
la société civile et les églises du
monde entier ont exprimé leur répudiation.
Le gouvernement de Fox ainsi que celui du District Fédéral
du Mexique (responsable des recherches) s’est compromis à trouver
et punir les coupables.
Un peu plus tard, le président Fox a libéré les
paysans écologistes de Guerrero, Teodoro Cabrera et
Rodolfo Montiel, faussement accusés, détenus
et torturés par l’armée en 1999. Les
deux avaient été défendus par Digna
Ochoa. Les recherches quant à son meurtre pourraient
d’ailleurs conduire au Guerrero : l’avocate y
avait été soumise à une forte surveillance
militaire lors d’une visite dans cet état peu
de temps avant sa mort.
A la fin novembre, le Centre des Droits
Humains Miguel Agustín
Pro a effectué un bilan des recherches 33 jours après
l’assassinat de Digna Ochoa, critiquant le peu d’avancées
et le manque de clarté de la méthodologie utilisée,
la fuite d’informations et d’autres irrégularités
et limitations qui mettent en danger l’efficacité du
processus.
Pendant ce temps, les menaces aux défenseurs des
droits humains ont continué, affectant d’autres
personnes le 27 octobre: Miguel Sarre, Sergio Aguayo, Edgar
Cortez, Juan Antonio Vega et Fernando Ruiz (tous font partie
d’organisations des droits humains très connues
au Mexique).
Le 15 novembre, la Commission Interaméricaine des
Droits Humains a présenté un ultimatum au gouvernement
de Fox afin qu’il libère le général
José Francisco Gallardo, prisonnier depuis 8 ans après
avoir proposé la création d’un poste
de surveillance du respect des droits humains au sein de
l’armée.
Haute tension au Chiapas
Au cours des élections du 7 octobre au Chiapas et
en dépit de fortes divisions internes, le PRI a conservé une
confortable majorité au sein du Congrès de
cet état : 21 des 24 districts (le PRD en a gagné 2
et la PAN, 1) et 72 des 118 municipalités (PRD: 19
et PAN: 11). Le taux d’abstention a été d’environ
50%. Le nombre total de votes pour le PRI a cependant diminué.
L’interdiction de former des coalitions (comme par
exemple celle qui a permis à Pablo Salazar de gagner
le poste de gouverneur en août dernier) établie
l’an passé a limité la possibilité de
gagner pour les autres partis. Le manque de formation des
responsables des urnes ainsi que le rôle joué par
l’Institut Electoral du Chiapas ont été fortement
critiqués. Plusieurs partis politiques ont réfuté ces
résultats dans 14 municipalités du Chiapas
et des incidents et manifestations ont été réalisées
dans plusieurs parties de l’état.
Les conflits entre organisations sociales
et indigènes
ont également augmenté, y compris entre organisations
entre lesquelles il existait jusqu’à présent
une certaine affinité idéologique. Par exemple,
l’Organisation Régionale des producteurs de
Café d’Ocosingo (ORCAO) est entrée en
conflit avec l’EZLN quant à la répartition
de 800 hectares de terres. Un dialogue a été ouvert
entre les deux organisations sans que le gouvernement de
l’état n’intervienne, mais les problèmes
de fond n’ont pas encore été résolus.
Dans tout le Chiapas, le bilan continue de croître
: morts, blessés, déplacements, séquestrations,
maisons brûlées et toujours plus de menaces.
Les causes des affrontements sont complexes: problèmes
agraires non résolus, lutte pour le pouvoir dans une
zone et différences quant à la stratégie
vis à vis des institutions officielles, particulièrement
en matière électorale.
Un autre fait important a été l’arrestation
le 6 novembre passé de celui qui avait été le
procureur de justice au Chiapas sous le gouvernement antérieur,
Montoya Liévano. On l’accuse d'association de
malfaiteurs et d'abus de biens sociaux, ainsi que d’avoir
protégé des escadrons de la mort.
En dépit d’un contexte particulièrement
instable, certaines familles de l’organisation civile
Las Abejas sont retournées dans leurs communautés
(pour plus de détails, voir notre Dossier).
On peut aussi relever certaines tendances
positives qui indiquent une diminution de la tension dans
certaines zones
de conflit : prières œcuméniques à Chenalhó,
et dans la zone Nord, les différents acteurs sont
parvenus à certains accords en présence du
gouvernement de l’état, accords qui ont permis
la réouverture des églises catholiques de EL
Limar et Sabanilla.
En conséquence des attentats des
Etats Unis
Quelques jours après les attentats qui furent fortement
condamnés par le gouvernement de Fox, la présence
des forces militaires fut renforcée au Chiapas, en
particulier dans la zone de frontière avec le Guatemala.
L’Organisation des Etats Américains (OEA), dont
le Mexique fait partie, a déclaré que ces attentats
constituaient une attaque contre tout le continent américain
et a offert son appui militaire dans le cadre du Traité Interaméricain
d’Aide Réciproque (TIAR).
Suite aux attentats, une polémique a été lancée
quant aux groupes armés du Mexique. Le gouverneur
du Chiapas, Pablo Salazar a nié le fait que l’EZLN
soit un groupe terroriste comme l’affirmait un rapport
de l’Agence contre le trafic de drogues des Etats
Unis (DEA). Il a ajouté “qu’au contraire, ce
sont des activistes sociaux qui cherchent uns solution à leurs
problèmes de marginalisation, pauvreté et exclusion”.
Le représentant gouvernemental pour la paix au Chiapas,
Luis H. Alvarez, a lui aussi réfuté l’idée
que l’EZLN soit un groupe terroriste, mais il a ajouté ne
pas avoir les éléments suffisants pour donner
son opinion sur d’autres groupes armés.
De manière plus générale, l’Institut
National pour les Indigènes a exprimé sa préoccupation
que les groupes minoritaires (comprenant les Indiens) puissent être “observés” et
leurs droits questionnés sous prétexte de “sécurité nationale”.
Finalement, la perte de vitesse économique mondiale
aggravée par les attentats aux Etats Unis a généré un
fort impact au Mexique. Dans certaines zones du Chiapas (où le
prix du café a baissé de moitié par
rapport à l’an dernier), les producteurs ont
tout bonnement décidé de suspendre la récolte.
D'autre part, les possibilités migratoires vers les
Etats Unis sont plus réduites (diminution de 50% pour
la population mexicaine après le 11 septembre), la
situation économique est particulièrement critique
pour les paysans et travailleurs de la classe populaire.

:: ANALYSE
Le conflit du Chiapas, relégué au
second plan
Les conséquences à échelle
internationale des attentats du 11 septembre aux Etats Unis
ont relégué au second plan d'autres conflits
régionaux, comme le processus de paix interrompu au
Chiapas et, avec lui, l'un des thèmes que ce processus
avait rendu public : la situation de pauvreté et marginalisation
des 10 millions d'indigènes du Mexique.
Lors de sa visite en Europe en octobre,
le président
Fox a minimisé le conflit du Chiapas, le présentant
comme d'ores et déjà résolu. Ce discours
a rencontré une bonne acceptation de la part des pays
de l'Union Européenne, qui voit dans le Mexique un
partenaire commercial prometteur, en pleine transition démocratique
et doté d'un système institutionnel toujours
plus crédible. Plusieurs aspects préoccupants
de la réalité mexicaine et du Chiapas sembleraient
cependant contredire les déclarations optimistes du
président Fox.
Discours optimistes pour une réalité bien
moins encourageante
Les discours du président Fox en Europe font référence à la "tranquillité et
la paix" au Chiapas. Le silence de l'EZLN après
son communiqué du 29 avril -où elle rejette
fermement la loi indigène approuvée par le
Congrès de l'Union- ne correspond en rien en une acceptation
de la situation. A plusieurs reprises, durant ces quasi huit
années de conflit, le silence prolongé a été une
forme de rejet catégorique de postures gouvernementales
face au conflit. Dans ce dernier cas, les communautés
zapatistes sont à nouveau entrées dans une étape
de "résistance", qui passe par le rejet
de tout type de soutien gouvernemental, et l'exercice de
leur autonomie par la voie des faits.
D'un autre côté, il est difficile de parler
de "paix" quand tant de communautés continuent
de dénoncer le harcèlement militaire et paramilitaire
et quand les conflits communautaires ont plutôt eu
tendance à augmenter, y compris entre organisations
jusqu'alors amies. Après un temps de plus grand optimisme
en début d'année, la paralysie prolongée
du processus de paix, une situation aggravée par l'approbation
d'une loi indigène qui ne fait pas justice aux Accords
de San Andrés, a conduit à une radicalisation
de la position des acteurs, provoquant de nouvelles divisions
et prises de distance.
Comme nous l'expliquons plus en détails dans le Dossier
de ce bulletin, et à différence de ce que le
président Fox a exprimé, les retours de réfugiés
ne peuvent pas non plus être considérés
comme une solution de fond a la problématique des
déplacés au Chiapas.
Une autre sonnette d'alarme a été l'assassinat
de l'avocate Digna Ochoa et la vague croissante de menaces
contre les défenseurs des droits humains postérieurement.
Ces faits révèlent des problèmes structurels
de fond, en particulier dans la mesure où l'une des
lignes d'investigation paraît pointer l'armée
du doigt.
On ne saurait nier cependant que des pas
importants ont été réalisés
dans le sens de la construction d'une culture démocratique
au Mexique. Le débat national généré autour
du thème de la loi indigène et les positions
indépendantes des trois pouvoirs de l'Etat face à ce
dernier, sont une illustration de ces avancées. Mais
la persistance des structures de pouvoir du vieux régime à l'intérieur
du nouveau, tant aux niveaux local, de l'état du Chiapas
que national, est l'un des plus grands défis auxquels
la transition mexicaine se voit confrontée.
Paralysie autour du thème de la loi indigène
D'un autre côté, la polémique autour
de la loi indigène reste ouverte. Ses défenseurs
assurent qu'elle constitue une avancée significative
par rapport à la législation antérieure.
Il est également indiscutable qu'elle n'est pas un
pas en avant en direction de la reprise du processus de paix
mais bien plutôt un nouvel obstacle et une source de
plus grand conflit, dans la mesure où elle a été rejetée
par les mêmes bénéficiaires.
Les positions s'articulent jusqu'à présent
en deux grands blocs: ceux qui plantent la possibilité de
réaliser une "réforme de la réforme" (changer
la loi approuvée), et ceux qui proposent d'améliorer
la loi en vigueur par le biais de lois secondaires. Certes,
cette seconde option peut sembler plus pragmatique mais ces
critiques soutiennent que choisir cette voie revient à renoncer à la
responsabilité de l'Etat de garantir la reconnaissance
des droits indigènes dans la Constitution de la fédération.
Qui plus est, par expérience historique, les indigènes
n'ont guère confiance dans les pouvoirs des états,
sujets à des intérêts politiques et des
corrélations de force variables.
D'un autre côté, les recours formels présentés
auprès de la Cour Suprême de Justice de la Nation et de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) ne permettront
pas forcément de rouvrir la discussion : leurs prises
de position sont limitées par la nature même
de ces institutions. Si finalement la loi n'est pas modifiée,
ceux qui l'ont rejeté en termes absolus devront redéfinir
leur stratégie face à la mise en place de politiques
et de législations secondaires découlant de
la réforme.
Cette dernière crise du processus de paix paraît
plus compliquée que jamais à surmonter : alors
que le gouvernement considère qu'il a fait tout son
possible, l'EZLN voit la loi indigène comme une "trahison" et
dans les communautés, on commence à écouter
des commentaires allant dans le sens "Fox ou Zedillo,
c'est du pareil au même". Cette distance croissante
entre le gouvernement et les zapatistes éloigne toujours
plus les espoirs surgis au cours des premiers mois de l'administration
de Fox et se rapproche toujours plus de la bipolarisation
qui existait avec le gouvernement antérieur.
Au cours de cette étape, l'absence d'une instance
de médiation complique plus encore la possibilité de
trouver des voies de communication. La COCOPA n'a pas été capable
de surmonter ses divisions internes et est un reflet assez
représentatif des différentes positions politiques
au sein du Congrès.
Réajustements après les élections
au Chiapas
La répartition du pouvoir est en pleine réorganisation
après le dernier processus électoral local.
Ces élections ont été caractérisées
par une faible crédibilité de l'Institut
Electoral de l'état du Chiapas (IEE) et un fort taux d'abstention.
Les analystes prévoyaient une corrélation des
forces plus équilibrée entre les différents
partis politiques, en particulier du fait des crises internes
expérimentées par le PRI du Chiapas au cours
des derniers mois.
La victoire de ce parti s'explique en
grande partie par les verrous posés pour limiter la possibilité de
former des coalitions ainsi que par une gamme particulièrement
ample de choix de partis. Tandis que certaines vieilles pratiques
persistent ("caciques", achat de votes, etc.),
la structure des partis est toujours plus floue.
Cette nouvelle situation ne rendra pas
la tâche du
gouvernement de Pablo Salazar plus facile : il devra en effet
continuer de faire face à un Congrès de l'état
dominé par le PRI, bien que celui ci soit plus divisé que
jamais. Elle pourra aussi compliquer la résolution
des multiples problèmes encore en suspens, sauf si
pouvoirs exécutif et législatif parviennent à un
accord politique minimum.
Autres conséquences du 11 septembre
Le 11 septembre
a renforcé certaines tendances qui
ne contribuent pas à améliorer les perspectives
du processus de paix et des problèmes adjacents.
Une des conséquences les plus immédiates
a été une
plus grande militarisation de l'état: une source
de tension de plus dans un endroit où la présence
militaire est en soi particulièrement élevée.
Même si la discussion pour définir quels groupes
armés du Mexique sont terroristes semblent avoir exclu
du lot l'EZLN, on ne peut cependant ignorer une autre préoccupation
: avec la peur, l'intolérance a tendance à s'accroître,
et avec elle, le risque que les groupes minoritaires ou dissidents
se trouvent menacés dans leurs droits.
Le facteur économique a également été un
facteur de poids au cours des derniers mois. Les tensions
ont augmenté dans les communautés indigènes
entre ceux qui sont "en résistance" et ceux
qui acceptent les programmes d'aide du gouvernement. D'un
autre côté, la crise n'a pas affecté le
seul état du Chiapas dans la mesure où les
possibilités de migration vers les Etats Unis se sont
vues réduites.
 :: DOSSIER
Le dilemme des déplacés:
un retour sans justice?
“Franchement,
le thème Chiapas ne figure plus dans l’agenda
européen. C’est très clair pour l’Europe:
il y a désormais au Mexique un gouvernement démocratique
qui respecte les droits humains, qui protège, aime
et respecte ses frères indiens mexicains”
(journal
La Jorn ada, 22/10/01)
Aujourd'hui, près de huit ans après
la rébellion zapatiste et un an après la défaite électorale
du vieux régime du PRI, la difficile situation des
déplacés suite au conflit armé n’a
pas encore été résolue, en dépit
des déclarations du président Fox et des promesses
de campagne de Pablo Salazar, le nouveau gouverneur de l’état
du Chiapas. Les premiers déplacements ont eu lieu
lors de la phase militaire du soulèvement armé de
janvier 1994. La plus grande partie des déplacés
actuels ont cependant été obligés d’abandonner
leurs terres et maisons entre 1995 et 1998, du fait des activités
paramilitaires croissantes, un des éléments
les plus critiqués du programme contre révolutionnaire
du gouvernement Zedillo. Le Centre des Droits Humains Fray
Bartolomé de las Casas a recensé plus de 12.000
déplacés dans 5 régions et 10 municipalités
du Chiapas (août 2001).
Depuis qu’ils ont fui leurs communautés, ces
déplacés ont dû survivre dans des conditions
difficiles. La plupart ont été obligés
d’abandonner leurs biens et maisons. Dans la plupart
des cas, leurs maisons ont été brûlées
et leurs animaux volés après leurs départs.
Bien que certains aient recommencé à travailler
leurs champs accompagnés d’observateurs des
droits humains, beaucoup n’ont accès ni à leurs
terres ni à d’autres ressources pour s’assurer
un moyen de survie. Leurs parcelles ont parfois été occupées
ou saccagées. Ils ont aussi perdu leurs liens familiaux
et beaucoup continuent d’être menacés.
Le retour de Las Abejas
En août dernier, la situation des campements de déplacés
de l’association civile Las Abejas (Chenalhó)
s’était détériorée au point
de devenir insoutenable. A X’oyep en particulier, il
n’y avait plus ni bois ni eau potable. Alors que le
problème devenait plus critique, la Croix Rouge Internationale
les a informés qu’elle allait supprimer progressivement
l’aide alimentaire qu’elle fournissait jusque
là.
Lors d’une interview de Francisco Herrera, responsable
du bureau de la Croix Rouge au Chiapas, il a souligné le
fait que cette organisation offre en situations d’urgence
une aide humanitaire aux déplacés du fait des
conflits armés. Dans le cas de Chenalhó, la
Croix Rouge couvrait les besoins alimentaires des déplacés à 100%
depuis le massacre d’Acteal en décembre 1997.
Suite à une évaluation de la situation de la
zone réalisée par la Croix Rouge en mars et
avril 2001, ils se sont rendu compte que certaines familles
qui recevaient leur aide avaient désormais accès à leurs
champs et qu’ils pouvaient vendre leur café.
Ils ont alors décidé de supprimer une partie
de l’aide alimentaire et de la remplacer par des programmes
de soutien à la production agricole afin de pousser
les familles déplacées à redevenir autosuffisantes.
Quelle que soit la raison de la réduction de l’aide,
pour beaucoup des Abejas déplacées, cette décision
signifiait un point de rupture. Ils ont senti qu’ils
n’avaient pas d’autre alternative que celle de
retourner dans leurs communautés, même s’il
n’existait pas de conditions adéquates pour
leur retour: ils n’avaient pas encore touché les
indemnisations pour les pertes et dommages soufferts, pas
plus que les paramilitaires responsables du massacre n’avaient été désarmés
ou punis. Du fait d’une possible pénurie alimentaire,
ils ont du agir rapidement afin de pouvoir retourner à temps
et semer leurs champs. C’est ainsi que 1.336 Abejas
sont retournés dans leurs communautés le 28
août, 30 septembre, 11 et 22 octobre de cette année.
Du fait de la tension existant encore
dans les communautés,
Las Abejas étaient particulièrement préoccupés
pour leur sécurité à l’heure de
planifier cette action. Le 24 août, avant leur premier
retour, ils ont négocié avec succès
un accord avec le gouvernement de l’état et
les autorités municipales. L’espoir était
que cet accord assurerait les droits et la sécurité de
ceux qui retournaient et définir leurs responsabilités
au sein des communautés. A la différence de
son prédécesseur, le gouverneur Pablo Salazar
a facilité ses négociations et d’importants
fonctionnaires du gouvernement du Chiapas ont été présents
dans chacun des retours. Las Abejas ont également
fait appel aux organismes de droits humains, nationaux et
internationaux pour les accompagner lors de ces retours et
une présence permanente dans plusieurs communautés
a été établie.
Différentes réactions
Comme on pouvait s’y attendre, les réactions
ont été diverses. Ceux qui retournaient sont
passés par une gamme d’émotions: enthousiasme à l’heure
de rentrer finalement chez eux, tristesse quand cela signifiait
quitter ceux qui les avaient soutenus pendant les années
difficiles de déplacement, et, bien sûr, la
peur de revenir dans des communautés où les
groupes armés qui les ont obligé à fuir
sont encore libres et armés.
La plus grande préoccupation concernait la communauté de
Los Chorros, où l’an dernier la Procuration
Générale de la République (PGR) a essayé de
mener à bien une opération pour désarmer
les paramilitaires. Cette opération fut violemment
refoulée par la communauté et, aujourd’hui
encore, les groupes armées demeurent intacts. Au moins
12 familles déplacées à X’oyep
et qui devaient retourner à Los Chorros ont finalement
changé d’idée suite aux rumeurs de possibles
représailles paramilitaires. Le 21 novembre, la décision
d’un juge fédéral de libérer six
des 87 prisonniers jugés pour le massacre d’Acteal
a fait à nouveau monter la tension. Des 4 hommes libérés
de Los Chorros, deux ont été identifiés
comme leaders paramilitaires.
Parmi les autres groupes de déplacés, certains
ont suivi de près la manière selon laquelle Las
Abejas ont organisé leurs retours et le type d’aides
qu’ils ont reçu. L’idée était
d’apprendre de ces expériences pour organiser
de futurs retours à leurs propres communautés.
Un autre intérêt était de savoir si ceux
qui retournaient à leurs communautés pourraient
réclamer le droit à leurs terres. Pour ceux
qui n’y ont pas accès, comme c’est le
cas de la majorité des familles déplacées
de la zone Nord du Chiapas, c’est un thème crucial.
Il existe aussi une inquiétude: que le gouvernement
puisse utiliser ces retours comme arguments en sa faveur.
Le gouvernement du Chiapas souligne le fait que Las Abejas
retournent à leurs communautés volontairement.
Certains craignent qu’il n’en profite pour déclarer
que les problèmes des déplacés sont
résolus et que les autres déplacés peuvent
eux aussi rentrer chez eux. Par exemple, l’EZLN insiste:
ses déplacés continueront en résistance
jusqu’à ce que les conditions nécessaires
existent (par exemple, les réparations pour les dommages
soufferts et la condamnation des groupes paramilitaires).
Qu’est ce que cela signifie pour Polhó, la
municipalité zapatiste autonome à proximité d’Acteal
où beaucoup des Abejas déplacés vivaient?
Si leurs voisins sont capables de rentrer chez eux sans danger,
les déplacés zapatistes pourraient craindre
de perdre le soutien de l’opinion publique et des organisations
internationales. De la même manière, comme Las
Abejas ont négocié avec le gouvernement pour
garantir leur retour, il existe une inquiétude que
le gouvernement puisse s’attribuer une victoire politique
pour avoir “résolu” leurs problèmes.
En parlant de “retours forcés”, les déplacés
cherchent à souligner le fait que les conditions nécessaires
pour un retour juste et sans danger n’ont pas été établies.
Comme l’indique la presse locale, la perception publique
de la difficile situation des déplacés semble
indiquer que tous les problèmes sont résolus.
Il reste encore à voir quel sera l’impact de
ces retours quant à l’aide que reçoivent
les victimes du conflit au Chiapas de la part des organisations
nationales et internationales.
Au-delà des limites de Chenalhó
En janvier 2001, le Centre
des Droits Humains Fray Bartolomé de
las Casas a organisé une réunion à laquelle
plus de 100 personnes déplacées venant de tout
le Chiapas ont participé. A l’issue de cette
réunion, une commission de négociation a été nommée.
Elle est formée par des représentants de 16
communautés en vue de présenter quatre demandes
au gouvernement de l’état:
- que ceux qui ont
provoqué les déplacements soient punis;
- que les indemnisations pour les dommages soufferts
soient payés;
- qu’on leur propose une nouvelle parcelle
ou la possibilité d’obtenir une régularisation
de leurs terres;
- et, le respect des Accords de San Andrés.
La commission s’est réunie en avril et en mai
avec Pablo Salazar et les institutions gouvernementales compétentes
face aux problèmes à traiter. Si le gouvernement
s’est montré prêt à résoudre
le problème des déplacés, son idée
de résolution n’a pas grand chose à voir
avec celle des déplacés. La position officielle,
c’est qu’il n’y a ni argent ni terres disponibles
pour les réparations. Le gouvernement a offert des
aides humanitaires et les services de Commission du gouvernement
pour la Réconciliation. Cette Commission préfère
s’attaquer aux problèmes comme s’il ne
s’agissait que de conflits isolés au sein des
communautés: accorder d’effacer le passé et
de tout recommencer. Cette proposition est inacceptable pour
les personnes qui ont été obligées de
fuir comme conséquence directe du conflit armé dans
la mesure où elle prétend ignorer un facteur
central du problème: l’impunité persistante
des groupes paramilitaires dans les communautés.
En dépit de ces différences, les réunions
ont permis de parvenir à un accord par rapport aux
thèmes à discuter: justice, terre et développement.
Les négociations étaient prévues pour
début décembre et le gouvernement devait réaliser
une étude sur la situation des déplacés
et de leurs communautés d’origine. Jusqu’à présent,
le gouvernement n’a pas offert de solutions concrètes
et la Commission de Négociation des déplacés
a exprimé ses doutes quant au sérieux des intentions
du gouvernement dans ces négociations. Il subsiste
cependant l’espoir de parvenir à certains résultats
positifs en décembre. Si ça n’est pas
le cas, ils devront décider s’ils veulent continuer
ces négociations ou bien évaluer d’autres
formes d’action qui pourraient être plus efficaces.
Continuer à avancer
Pendant ce temps, la vie continue pour ceux qui sont retournés
dans leurs communautés. En dépit des peurs
et inquiétudes, il n’y a pas eu d’incidents
majeurs pour l’instant. Las Abejas ont créé un
Comité pour traiter les problèmes agraires
et autres plaintes que ceux qui sont revenus pourraient présenter.
Dans la plupart des cas, il semblerait que les gens cherchent à reconstruire
leurs vies. Une partie importante de ce processus passe par
la reconstruction des relations au sein des communautés,
relations qui avaient cessé suite aux déplacements.
Un témoignage émouvant d’une des équipes
d’observateurs décrit une rencontre informelle
entre un membre d’un groupe armé de Puebla et
un leader de Las Abejas de cette même communauté.
Après un temps de conversation générale
et une réflexion biblique entre tous, l’homme
identifié comme étant paramilitaire a demandé pardon à l’un
de Las Abejas pour sa participation dans les déplacements.
Il s’agit certes là d’un événement
isolé et un pardon “individuel” ne résout
pas les problèmes collectifs de justice. Cependant,
même si les possibilités d’une recrudescence
de la violence sont réelles, le fait que les gens
commencent à rétablir leurs relations signifient
qu’il existe aussi une possibilité de reconstruction
et de rénovation au sein de des mêmes communautés.
Que les retours aient été pour le meilleur
ou pour le pire, c’est une discussion purement théorique
désormais: les déplacés ne pouvaient
continuer à vivre dans les conditions dans lesquelles
ils se trouvaient et ils ont du prendre une décision
en conséquence. Il reste que les problèmes
des autres groupes déplacés du Chiapas ne sont
pas résolus par ces retours. La Commission de Négociation
des déplacés a été très
claire: il n’existe pas encore les conditions pour
un retour des déplacés dans d’autres
zones, pas plus qu’elles n’existaient dans le
cas de Las Abejas. Jusqu’à ce que les raisons
de fond du déplacement soient attaquées, les
problèmes de milliers de personnes encore déplacées
resteront sans solutions.
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ACTIVITÉS DU SIPAZ
Août-Novembre
2001
Contacts et information
- Actions Urgentes portant sur les menaces aux défenseurs
des droits humains au Mexique suite à l'assassinat
de Digna Ochoa.
- Accompagnement aux déplacés du groupe de
la Société Civile Las Abejas de Chenalhó lors
de leur retour dans leurs communautés.
- Visite de l'Ambassade d'Angleterre dans le cadre des élections
(premier secrétaire politique) et post-électoral
(présence du vice-ministre pour l'Amérique
latine du gouvernement anglais).
- Réunion à Mexico avec nos conseillers,
ONGs, ambassades et la responsable des Droits
Humains et de la Démocratie (Ministère des Affaires
Etrangères).
- Visite de la responsable de la promotion internationale
du SIPAZ dans cinq pays d'Europe. Elle s'est réunie
avec des organismes officiels (Organisation
Internationale du Travail, Groupe de Travail travaillant
sur le thème
des Peuples Indigènes du Bureau du Haut Commissaire
des Droits Humains de l'ONU, Parlement Européen,
Ministère des Affaires Etrangères de France
et d'Allemagne), organisations solidaires, églises,
journalistes et membres de la coalition du SIPAZ.
- Visite d'un membre de l'équipe en Allemagne et
Suisse et participation dans les assemblées mondiales
de Pax Christi International et Brigades de Paix Internationales,
deux organisations qui font partie de la coalition du SIPAZ.
Dialogue interreligieux
- Réunions avec les acteurs religieux de la municipalité du
SIPAZ et avec le Groupe Pluriel Œcuménique.
Visite de plusieurs communautés
de la zone.
- Seconde étape du projet d'échange pour
la réconciliation dans la zone
des Hauts Plateaux en collaboration
avec les Commissions
de Paix du CEPAD (Conseil des Eglises
Protestantes Pour une Alliance entre
Dénominations) du Nicaragua:
visite de 15 jours au Nicaragua avec
des représentants des églises
catholique et presbytérienne de Chenalhó.
- Participation dans un programme télévisé portant
sur le thème de l'intolérance
religieuse au Chiapas.
Education pour la paix
- Atelier sur la Réconciliation avec les élèves de l'Ecole
Biblique de Formation Intégrale (EBFI).
- Atelier de l'ONG nord-américaine, membre de la coalition du SIPAZ, CAPACITAR,
avec les promoteurs de santé de Chenalhó et avec les membres d'organisations
et d'églises de San Cristóbal de las Casas.
- Organisation d'une Rencontre pour partager les Expériences des Communautés
en matière de Réconciliation et Paix au Chiapas (16-18 novembre à San
Cristóbal de las Casas).

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