:: SYNTHÈSE
Le 27 avril, le Congrès du Mexique
a approuvé une loi portant sur les droits et la culture
indigènes. Cette réforme constitutionnelle
diffère significativement des Accords de San Andrés
et du projet de loi de la COCOPA, dont l’approbation était
l’une des trois conditions posées par l’EZLN
pour reprendre le dialogue. Les critiques à la loi
approuvée vont principalement dans le sens que celle-ci
ne reconnaît pas les peuples indigènes comme
sujets de droit public; qu’elle ne leur reconnaît
pas le droit à leurs territoires, ni au contrôle
sur les ressources naturelles qui s’y trouveraient;
qu’elle limite leurs droits au niveau municipal; et
qu’elle relègue certains aspects fondamentaux
des droits indigènes aux Constitutions locales.
L’EZLN a rapidement rejeté la réforme,
la considérant comme une trahison aux espoirs de trouver
une solution négociée au conflit du Chiapas,
et elle a suspendu ses contacts avec le gouvernement. De
nombreuses organisations indigènes et non gouvernementales,
nationales et internationales, ont également critiqué la
loi. Les expressions en faveur de la réforme proviennent
de membres du PRI et du PAN qui affirment que les modifications
du projet de loi de la COCOPA étaient nécessaires
pour éviter la “balkanisation” du pays.
Le texte de réforme constitutionnelle a été envoyé aux
31 Congrès locaux pour sa ratification. Ce fut un
processus plus polémique qu’il ne l’avait
jamais été au Mexique. Des groupes indigènes
et de la société civile ont commencé une
intense campagne pour faire pression sur les législateurs
afin qu’ils rejettent la loi. Le texte a été rejeté par
les quatre états où se trouve concentrée
la plus grande quantité d’indigènes du
pays (Chiapas, Oaxaca, Hidalgo et Guerrero). La légitimité de
la loi a dès lors été questionné pour être
amplement rejetée par ses bénéficiaires
supposés.
Cependant, à la mi-juillet, 17 états avaient
d’ores et déjà approuvé la loi
(9 l’ayant rejeté), leur permettant ainsi de
parvenir à la condition requise de la moitié plus
un des Congrès locaux. Et bien que certains Congrès
n’avaient pas encore voté, la Commission Permanente
du Congrès fédéral a accéléré le
processus de calcul des votes et a ainsi approuvé définitivement
la loi avant de l’envoyer au Président Fox pour
sa promulgation.
En réactions, plusieurs municipalités et autorités
des états ainsi que les législateurs du PRD
ont commencé à présenter des demandes
légales auprès de la Suprême Cour de
Justice de la Nation. Sans attendre que cette instance ne
se prononce, le Président Fox a publié la loi
indigène le 14 août. Les protestations et demandes
constitutionnelles se sont multipliées après
cette promulgation. Un autre espace pour présenter
des demandes légales sera l’Organisation Internationale
pour le Travail: certains dénoncent en effet que la
loi approuvé ne respecte pas la Convention 169 sur
les Peuples Indigènes et Tribus dans des Pays Indépendants,
un texte pourtant ratifié par le Mexique.
En ce qui concerne le thème du Chiapas, le pouvoir
Exécutif ne semble pas avoir une stratégie à long
terme. Plusieurs membres du gouvernement affirment que celui-ci
a fait tout ce qui était en son pouvoir pour parvenir à la
paix au Chiapas. Le gouvernement semble avoir parié sur
l’idée de répondre aux causes profondes
du conflit par le biais de programmes d’aides économique,
une stratégie qui n’a pourtant pas fonctionné par
le passé. D’un autre côté, une
réponse centrée sur le Chiapas pourrait perdre
de vue le caractère national du thème indigène.
Le Président Fox a affirmé que les préoccupations
du Chiapas ne sont pas nécessairement celles de tout
le pays et que le Plan Puebla-Panamá (un énorme
projet de développement économique qui couvrira
le sud du Mexique et les pays d’Amérique Centrale)
est “mille fois plus important”. Ce plan a pourtant été critiqué par
des centaines d’organisations indigènes, civiles
et non gouvernementales du Mexique et d’Amérique
Centrale.
En dépit du discours de Fox affirmant qu’il
existe une “sainte paix” au Chiapas, les tensions
sont allées croissant dans cet état après
l’approbation de la loi indigène. Les dénonciations
rapportant une augmentation des patrouilles militaires se
sont-elles aussi multipliées et la situation des milliers
de déplacés qui ont fui de leurs communautés
du fait de la violence des paramilitaires reste sans solutions.
En dépit des menaces qui subsistent, 300 membres des ‘Las
Abejas’ ont décidé de retourner à leurs
communautés le 28 août.
On peut s’attendre à ce que le contexte électoral
qui s’approche (élections municipales et du
Congrès local en octobre) pourra augmenter les tensions
plus encore. En même temps, au Chiapas et dans d’autres
régions du pays, les protestations augmentent ainsi
que les appels à la résistance civile contre
la loi indigène approuvée.

Actions Recommandees
- Ecrire au Président
de la République et à la COCOPA pour leur
exprimer:
- votre préoccupation face à ce nouvel
obstacle au processus de paix, lequel avait pourtant
connu un nouvel élan
positif au début de l’année;
- l’espoir de la communauté internationale
que le gouvernement mexicain, au travers du pouvoir
exécutif
et législatif acceptera de réviser
la réforme
approuvée pour s’assurer qu’elle
respecte les accords assumés à San
Andrés et
auprès de l’OIT en signant la Convention
169.
- Faire pression sur l’OIT pour qu’il exige
au gouvernement mexicain de s’assurer que la législation
interne sur le thème des droits indigènes est
congruente avec la Convention 169 ratifiée par le
Mexique en 1991.
- Ecrire au Dr. Rodolfo Stavenhagen, Rapporteur Spécial
des Nations Unies sur la situation des Droits Humains et
des Libertés Fondamentales des Peuples Indigènes,
pour lui exprimer votre préoccupation quant au manque
de reconnaissance des droits indigènes au Mexique.
- Diffuser l’information, comme le contenu de ce bulletin,
sur la situation du Chiapas.
Lic. Vicente Fox, Presidente de la
República
Residencial Oficial de los Pinos
Colonia M. Chapultepec, Delegación M. Hidalgo
11850 México, D.F., México
Fax: (+52)(5)515 1794
Internet
site for comments
Comisión de Concordia y Pacificación
(COCOPA)
Reforma No.10, Torre Caballitos, Piso 18
06030 México, D.F., México
Fax: (+52)(5)345 3288
Juan Somavía
Director General de la OIT
4, route de Morrillons
CH-1211, Geneva 22
Switzerland
Fax (41 22) 799 85 33 Rodolfo Stavenhagen
Special Rapporteur on Human Rights
and the Fundamental Liberties
of Indigenous Peoples .
OHCHR
Palais des Nations
1211 Geneva 10
Switzerland
Fax: (41 22) 917 9010
jwoo.hchr@unog.ch
cc. staven@colmex.mx

:: ACTUALITÉ
La réforme indigène paralyse à nouveau
le processus de paix au Chiapas
Après plusieurs mois d’espoirs
renouvelés, les efforts de paix au Chiapas sont retombés
dans une nouvelle crise fin avril, quand le Congrès
fédéral a approuvé une loi que les principales
organisations indigènes et populaires ont qualifié de
trahison.
Pour mémoire, en novembre 1996, dans un effort pour
relancer le processus de paix alors bloqué, la Commission
pour la Concorde et la Pacification (COCOPA) a annoncé qu’elle
préparerait un projet de loi sur les Droits et la
Culture Indigènes afin d'intégrer les Accords
de San Andrés dans la Constitution (ces derniers furent
signés en février de cette même année).
Cette initiative a été acceptée par
l’EZLN (décembre 1996) mais le gouvernement
l’a rejeté et a présenté un autre
projet de loi. Aucun des projets n’a été soumis
au vote pendant le sexennat de Zedillo. A partir de ce moment
là, le respect des Accords de San Andrés a été une
condition réitérée par l’EZLN
afin de reprendre le dialogue.
Le 5 décembre 2000, quelques jours après son
arrivée au pouvoir, le président Fox a envoyé au
Congrès le projet de réforme constitutionnelle
de la COCOPA. Le 28 mars, après une marche de quinze
jours du Chiapas jusqu’à Mexico DF, une délégation
de commandants zapatistes et de membres du Congrès
National Indigène (CNI) a été reçue
par le Congrès fédéral. Elle venait
défendre le projet de loi de la COCOPA présenté par
Fox.
Le 25 avril 2001, la Chambre des Sénateurs a approuvé à l’unanimité un
texte significativement différent. Le 28, la Chambre
des députés a également approuvé ce
texte grâce aux votes favorables du PRI et du PAN et
en dépit de ceux défavorables de la part du
PRD. La réforme devait ensuite passer par les Congrès
des différents états avant de pouvoir être
convertie en loi constitutionnelle.
Voix en défense de la réforme
Le Parti d’Action Nationale (PAN) a défendu
la loi en argumentant que le Congrès fédéral
s’était “préoccupé de couvrir
des détails que le projet de loi de la COCOPA n’avait
pas considérés” et que la réforme
approuvée a évité que “l’unité nationale
ne soit rompue et que le pays ne reste balkanisé”.
Il a de plus fait pression sur ses coordinateurs parlementaires
dans les Congrès des états pour s’assurer
de l’approbation des réformes en matière
indigène.
Enrique Jackson, coordinateur des sénateurs du Parti
Révolutionnaire Institutionnel (PRI) a soutenu que
c’était une erreur de la part du président
Fox que de “supposer que le Congrès fédéral
est là pour lui faire plaisir”, à lui
ou un groupe armé. Il a ajouté que le dossier était
clos.
La Conférence de l’Episcopat
Mexicain (CEM) a déclaré que cette loi était mieux
que rien. Elle a souligné combien il était
important de reconnaître l’autorité du
Congrès et d’accepter la réforme indigène
comme un premier pas pour construire la paix. Elle a cependant
admis que cette réforme génère des tensions
politiques et que le processus de paix court des risques.
Posture du pouvoir exécutif et réactions face à cette
dernière
Dans un premier moment, le président Fox a reconnu
le travail du Sénat même s’il a ensuite
parlé de certaines insuffisances de la réforme.
Le 20 mai, depuis son ranch ‘San Cristóbal’,
il s’est exprime sur la question du Chiapas : “A
présent, ce dossier est clos. Il y a une réforme
approuvée et un intérêt de notre part
pour reprendre le dialogue ; il n’y a pas de commentaires
sur ce thème à part le fait que nous devons
reprendre le dialogue”.
En juin, au Salvador, il a affirmé : “Le thème
du Chiapas n’est pas le thème du Mexique, loin
de là. Il faut le placer dans sa juste dimension ;
et il y a qui plus est un processus de désactivation
du conflit très ferme. En fait, il n’y a pas
de conflit, nous sommes en sainte paix”. Il a également
ajouté que “Le Plan Puebla-Panamá (voir
glossaire) est mille fois plus important que le zapatisme
ou une communauté indigène au Chiapas”. En réponse à ce discours, des membres de la
COCOPA ont répliqué que le conflit au Chiapas
existe et exige solution. Ils ont exprimé que même
si la phase militaire ne prédomine pas, on ne peut
cependant pas dire qu’il y ait une “sainte paix”.
Lors de sa visite du 5 juillet au Chiapas,
le président
Fox a centré son discours sur le besoin de lancer
des programmes de développement pour que “la
concorde revienne dans les communautés”. Le
représentant gouvernemental pour la Paix, Luis H.
Alvárez a reconnu qu’il était nécessaire
d’approfondir la réforme approuvée dans
certains thèmes importants. Le 11 mai, il a annoncé que
le gouvernement préparerait des textes réglementaires
en ce sens. Il a également dit que le gouvernement
opterait pour porter ses efforts sur les causes du conflit.
Le 28 juin, il a demandé à l’EZLN de “respecter
les décisions des communautés, qu’elles
sympathisent ou pas avec les zapatistes, sans entraver la
mise en place de programmes sociaux”.
Rodolfo Elizondo, coordinateur présidentiel
pour l’Alliance Citoyenne et conseiller sur le thème
du Chiapas, a défendu la position gouvernementale
en disant : “que la loi ne remplissent pas les
expectatives et n’ait pas été acceptée
par l’EZLN et le CNI n’est pas un problème
que l’Exécutif puisse résoudre”. En
avril, faisant référence à l’absence
de l’EZLN durant le processus de discussion de la loi,
il questionne : “où était l’EZLN
pendant le processus d’approbation de la loi?”.
Xochitl Gálvez, représentante présidentielle
pour l’attention des peuples indigènes a exprimé d’entrée
de jeu certaines critiques : “ La réforme constitutionnelle
approuvée reprend certains des concepts du projet
de loi présenté par la Présidence. Cependant,
elle laisse de côté d’autres aspects auxquels
il faudra répondre en cherchant les voies politiques
qui permettront d’obtenir les avancées nécessaires”.
Rejet des organisations indigènes et de la société civile
organisée
Le 27 avril, le CNI a émis un communiqué dans
lequel il affirme que la réforme approuvée
par le Congrès ne reprend pas des points essentiels
du projet de loi de la COCOPA : autonomie et libre détermination,
reconnaissance des communautés indigènes comme
entités de droit public, droits à leurs terres
et territoires, à l’usage et à la jouissance
des ressources naturelles, élections de leurs autorités
et droit d’association régionale entre autres.
Le 29 avril, l’EZLN a affirmé qu’il “renie
formellement cette réforme constitutionnelle sur les
droits et la culture indigène. Elle ne reprend pas
les Accords de San Andrés, elle ne respecte pas le
projet de loi de la COCOPA, elle ignore complètement
la demande nationale et internationale de reconnaissance
des droits et de la culture indigène, elle sabote
le début d’un processus de rapprochement entre
le gouvernement fédéral et l’EZLN, elle
trahit les espoirs de trouver une solution négociée à la
guerre au Chiapas, et elle révèle le divorce
total existant entre la classe politique et les demandes
populaires”. En conséquence, les zapatistes
ont rompu le contact qu’ils avaient établi avec
le gouvernement fédéral.
La ANIPA (Assemblée Nationale Indigène Pluriethnique
pour l’Autonomie) a également critiqué la
réforme pour ne pas respecter les Accords de San Andrés: “c’est
une simulation, une porte à la guerre”.
En mai, autant l’ERPI (Armée Révolutionnaire
du Peuple Insurgé) que l’EPR (Armée Populaire
Révolutionnaire) ont exprimé leur soutien à l’EZLN
pour sa décision de suspendre le dialogue avec le
gouvernement fédéral.
Les gouverneurs Pablo Salazar (Chiapas)
et José Murat
(Oaxaca) ont eux aussi critiqué ouvertement la réforme
législative approuvée. Salazar a affirmé qu’elle
ressemble à la loi promue par Zedillo et que le pouvoir
législatif “n’a pas été à la
hauteur des besoins et demandes des indigènes et de
la société mexicaine. Au sein du Congrès
fédéral, ce sont des raisons politiques et
idéologiques qui ont eu le dessus et non pas l’évaluation
objective d’un projet de loi issu d’un accord
d’Etat”. Le 11 juillet, Salazar et Murat ont
signé une déclaration commune (‘Appel
du Sud’) par le biais de laquelle ils demandaient aux
Congrès locaux qui n’avaient pas encore voté la
réforme de la rejeter.
Alors qu’un intense lobbying civil débutait
auprès des Congrès des états, dans chacun
ce ceux-ci des manifestations d’organisations indigènes
et non gouvernementales commencèrent à être
organisées. Le 3 juillet, 1400 écrivains, intellectuels,
religieux et ONG mexicaines et internationales ont envoyé une
lettre aux Congrès pour qu’ils rejettent la
réforme indigène.
Depuis les Congrès des états
Dans plusieurs états, la loi a été votée
au milieu des protestations populaires. Au Chiapas, lors
des forums de consultation organisés par le Congrès
du Chiapas, les maires de la zone des Hauts Plateaux (tous
du PRI), les représentants de plusieurs ethnies et
des dizaines d’organisations sociales, indigènes,
paysannes, civiles et non gouvernementales se sont manifestés
contre la réforme. Trente députés de
différents partis ont voté contre et 5 en faveur
(du PAN et du PRI).
La réforme a finalement été approuvée
grâce au vote en faveur de 17 états. 9 ont voté contre
(y compris les états caractérisés par
la plus forte concentration indigène comme le Chiapas,
Oaxaca, Guerrero et Hidalgo).
Face à ce résultat, le gouverneur Pablo Salazar
a commenté: “il existe ici un conflit entre
la démocratie représentative et la démocratie
participative [...] La grande majorité des destinataires
[de la loi] la rejettent”.
Approbation “vía fast
track”
Le 16 juillet, alors que la réforme n’avait
pas encore été votée dans tous les Congrès,
le calcul des votes a été réalisé au
sein de la Commission Permanente du Congrès fédéral
et la loi a été approuvée sans que le
thème ait été programmé dans
l’agenda.
Une heure après que la réforme soit passée,
le pouvoir exécutif a exprimé son plein respect
au Congrès. En revanche, Luisa María Calderón
(PAN), alors présidente de la COCOPA, a critiqué l’approbation
accélérée de la réforme indigène: “ça
n’était pas approprié, il aurait fallu
plus de prudence, il n’y avait pas besoin de ne pas
respecter les délais législatifs”.
Premières réactions
Le 25 juillet, le CNI et plusieurs organisations civiles
ont organisé une manifestation face au Sénat,
en rejet de la réforme. Le 30, des milliers d’indigènes
ont bloqué les principales routes du Chiapas pour
exprimer leur rejet de la réforme indigène
et du Plan Puebla-Panamá. Ils ont aussi exigé la
libération des prisonniers politiques, l’annulation
des mandats d’arrêt contre des activistes sociaux,
la punition et le désarmement des groupes paramilitaires
ainsi que le retrait de l’armée mexicaine.
D’autres ont commencé à chercher d’autres
types de solution par la voie légale: la municipalité de
Molcaxac (à Puebla) a été la première à présenter
une controverse constitutionnelle auprès de la Suprême
Cour de Justice de la Nation (cette dernière a reconnu
la validité de la demande quelques jours plus tard.
Les autorités municipales s’opposent à la
réforme parce qu’ils considèrent qu’elle
viole les droits des municipalités, pour ne pas avoir
consulté les peuples indigènes et pour ne pas
respecter la Convention 169 de la OIT (Organisation Internationale
du Travail).
En août, deux autres municipalités Texpatepec
(Veracruz) et Copalillo (Guerrero) ont présenté un
recours de protection face à cette même instance
judiciaire. Ce recours leur a été refusé sous
prétexte que le processus législatif n’avait
pas encore conclu et que l’on peut pas présenter
ce type de recours face à une loi qui n’a pas
encore été promulguée.
Le PRD a présenté une controverse constitutionnelle
contre le Congrès fédéral et 8 Congrès
locaux “pour ne pas avoir complètement respecté les
dispositions prévues pour réaliser les réformes à leurs
propres constitutions” dans leur cas, la réforme
a été approuvée par majorité simple.
Les membres du PRD (bien que le thème n’apparaisse
pas explicitement dans toutes les constitutions des états)
considèrent que de la même manière que
dans le cas de la Constitution fédérale, une
réforme constitutionnelles doit passer par majorité qualifiée
(2/3 des législateurs).
Oaxaca a présenté la première controverse
constitutionnelle réalisée par un état.
Le gouverneur José Murat a critiqué la réforme
indigène pour être un “accord capricieux,
factieux et partial”. Il a affirmé que sa demande
compte avec le soutien des 16 ethnies de Oaxaca et de 418
municipalités qui s’organisent selon les us
et coutumes.
Le 10 août, près de 100 organisations non gouvernementales
nationales et internationales ainsi que 120 représentants
de la société civile ont présenté une
sollicitude auprès de l’OIT et du Rapporteur
Spécial de l’ONU sur les droits humains et les
libertés fondamentales des peuples indiens (le mexicain
Rodolfo Stavenhagen) pour qu’ils demandent au gouvernement
mexicain de respecter les accords internationaux en matière
de droits indigènes.
Le 14 août, le président Fox a publié la
réforme indigène dans le Journal Officiel de
la Fédération. On peut s’attendre à d’autres
manifestations de rejet et de nouvelles controverses constitutionnelles
au cours des prochaines semaines. L’explosion d’explosifs
artisanaux dans les succursales de la banque Banamex le 8
août (attentats revendiqués par les Forces
Armées
Révolutionnaires du Peuple) font craindre que certains
groupes fassent le choix de la voie violente.
Tensions au Chiapas
Pendant ce temps, au Chiapas, la tension a augmenté depuis
l’approbation de la réforme. D’autres
problèmes de la frontière sud (trafic illégal
de drogues, d’armes et de sans papiers) s’ajoutent à l’enlisement
du processus de paix et rendent le climat général
dans l’état plus tendu encore. Le 4 juin, le
Ministère de la Défense Nationale, la Procuration
Générale de la République (PGR) et le
gouvernement du Chiapas ont réactivé les patrouilles
dissuasives des Bases d’Opération Mixte (BOM)
après six mois d’interruption.
Un peu plus tard, on a pu écouter des versions contradictoires
sur le renforcement de la présence militaire, policière
et d’agents de Migration. Le gouverneur du Chiapas,
Pablo Salazar, a démenti cette possibilité et
a assuré que “le nombre de soldats est le même
que celui qui existait avant que le Congrès fédéral
résolve le thème de la réforme indigène,
mais je sais qu’il n’y a pas d’augmentation
des patrouilles de l’armée ni aucune manœuvre
qui n’auraient été réalisé comme
routine”.
Les dénonciations de communautés des zones
de conflit (Hauts Plateaux et Jungle) sont cependant aller
croissant et reportent une augmentation des patrouilles militaires
par voies de terre et aérienne, ainsi que du nombre
de soldats dans certains campements militaires. D’un
autre côté, les conflits à l’intérieur
des communautés (en particulier pour des problèmes
de terres) ont eux aussi augmenté.
Le 28 août, le retour de 61 familles de déplacés
de l’organisation ‘Las Abejas’ est annoncé bien
qu’ils reconnaissent qu’il n’existe toujours
pas les conditions pour ce retour (en particulier du fait
de la présence impunie des paramilitaires à l’origine
du massacre d’Acteal en 1997). Le gouverneur a offert
des garanties de sécurité pour leur retour.
Aspects économiques et internationaux
Le 11 mai, au Panamá, la Conférence du Millénaire
des Peuples Indigènes a rejeté la réforme
sur le thème de la culture et des droits indigènes
approuvé par le Congrès mexicain pour être
discriminatoire et ne pas reprendre les demandes des peuples
indigènes.
Le même mois, le Rapporteur spécial de l’ONU
sur l’indépendance des juges et avocats est
arrivé au Mexique. Il a réalisé de fortes
critiques en matière de procuration de la justice.
En mai, 109 organisations du sud-est mexicain
et d’Amérique
Centrale ont rejeté le Plan Puebla-Panamá,
un projet économique qui a d’ores et déjà été approuvé par
les gouvernements du Mexique, du Salvador, du Costa Rica,
du Honduras, du Guatemala, de Panamá, de Belize et
du Nicaragua le 12 juillet. Florencio Salazar Hadame, le
coordinateur général de ce projet a affirmé que
l’avenir de ce projet ne dépendait pas de la
pacification au Chiapas et que le fait que le dialogue entre
l’EZLN et le gouvernement soit interrompu “ne
préoccupe pas les investisseurs européens.
Il a cependant ajouté que les communautés qui
ne souhaitent pas y participer pourraient le faire.
Dans un bulletin présenté en juin, l’organisation
Public Citizen des USA a informé qu'au moins 15 millions
de paysans du Mexique vont devoir abandonner leurs formes
traditionnelles de subsistance face à la chute du
prix réel payé aux producteurs de maïs,
46,2% entre 1993 et 1999. Le document présente comme
un facteur clé l’Accord de Libre Commerce
de Nord Amérique (ALENA). La signature de ce traité a
conduit le Mexique à faire face à la concurrence
du maïs bon marché venu des USA et à la
réduction de l’investissement du gouvernement
mexicain de 90% en matière d’investissement
agricole.
En août, le troisième Congrès de la
Coordination Latino-américaine des Organisations Rurales
(CLOC) réuni au Mexique a inclus dans sa Déclaration
finale son rejet de la réforme indigène approuvée
par le Congrès mexicain et a répété son
soutien au projet de loi de la COCOPA. Apparaît également
une condamnation des politiques néolibérales
dans les zones rurales, de l’ALCA, de l’ALENA,
du Plan Colombie et du Plan Puebla-Panamá entre autres.
Les participants de la Rencontre Internationale des mouvements
Sociaux également réalisée en août à Mexico
se sont prononcés en ce même sens. 
:: ANALYSE
Processus de paix au Chiapas : la fin de
l’optimisme
L’optimisme qui caractérisait
la situation du processus de paix depuis le début
de l’année a pris fin suite à l’approbation
d’une réforme constitutionnelle portant sur
les droits et la culture indigènes, une réforme
qui a été rejetée par l’EZLN et
d’autres organisations indigènes. Comme l’approbation
du projet de loi élaboré par la COCOPA en 1996 était
l’une des conditions posées par les zapatistes
pour reprendre le dialogue, le processus de paix est entré dans
une nouvelle crise: enlisement, incertitude et risques que
certains groupes donne la priorité à l’option
violente.
Le temps de l’espoir
Après l’arrivée au pouvoir du président
Fox en décembre passé, on a pu observer un
changement significatif en comparaison avec le sexennat antérieur
(pendant la présidence d’Ernesto Zedillo, la
tendance était de minimiser le plus possible le conflit)
: Fox a en effet placé le thème du Chiapas
comme une priorité de l’agenda nationale.
En dépit des tiraillements, l’EZLN a pu réaliser
sa Marche jusqu’à Mexico (février - mars
2001) pour défendre le projet de loi de la COCOPA
sans trop de contretemps. Elle a reçu le soutien de
milliers de personnes indigènes et de la société civile
lors de son passage par douze états. L'aspect le plus
significatif fut la présence des zapatistes à la
tribune du Congrès.
Cette présence a constitué un événement
historique et le discours des commandants a constitué une
autre source d’espoir dans la mesure où ils
ont réaffirmé leur option pour la voie politique
et le dialogue. Ils ont aussi reconnu que le pouvoir exécutif
avait donné des signes de paix par le biais du retrait
des positions militaires demandées par l’EZLN
et avec la libération de la quasi-totalité des
prisonniers zapatistes. Une première réunion
a eu lieu entre le porte-parole des zapatistes et le représentant
gouvernemental pour le Chiapas, marquant ainsi les premiers
pas d’une possible reprise du processus de paix. C’était
le premier contact entre l’EZLN et le gouvernement
en près de cinq ans.
Le succès de la Marche zapatiste avait par ailleurs
réveillé la confiance : l’EZLN avait
réussi à susciter une ouverture politique qui
faciliterait l’approbation du projet de loi de la COCOPA.
Peut-être est-ce cet optimisme qui explique l’attitude
de l’EZLN d’un retour au silence de la selva
durant le processus de discussion du projet de loi au sein
du Congrès.
Expectatives frustrées
L’approbation d’une loi indigène différente
du projet de loi de la part du Congrès a marqué la
fin des possibilités de rapprochement. Le rejet de
l’EZLN et du CNI a été immédiat.
D’autres organisations indigènes et non-gouvernementales
n’ont guère tardé à faire de même.
Tandis que les secteurs proches du secteur
officiel affirment que la loi approuvée constitue une avancée
(même limitée), les secteurs proches du mouvement
indigène la considèrent comme un coup qui pourrait être
de grâce pour le processus de paix. Pour les zapatistes,
la réforme approuvée viole les Accords signés à San
Andrés avec le gouvernement précédent,
ce qui coupe court à toutes possibilités de
reprise du dialogue.
Un autre paradoxe qui ne peut qu’attirer l’attention
tient au fait que la loi a été amplement rejetée
par ses bénéficiaires supposés : les
organisations et les communautés indigènes.
Les instances gouvernementales qui travaillent dans ce domaine
ont, elles aussi, critiqué la réforme approuvée.
Polémique dans 31 états
Une fois approuvée par le Congrès fédéral,
la réforme constitutionnelle a du passer par les Congrès
des 31 états. Historiquement, ce processus légal
s’était réalisé jusqu’à maintenant
de manière automatique. Dans le cas de la réforme
indigène, le vote des Congrès des états
a suscité l'intérêt et la polémique
comme jamais auparavant au Mexique. Pour la première
fois, la société civile a réalisé un
intense lobby auprès des législateurs, et leurs
votes s’exprimèrent librement, sans suivre nécessairement
la ligne dictée par les partis politiques à l’échelle
nationale.
Il faut souligner le rejet des états où la
présence indigène est la plus grande, des états
qui correspondent justement aux zones où la situation
est la plus explosive et où sont présents des
groupes guérilleros (Oaxaca, Chiapas et Guerrero).
Plusieurs analystes considèrent que ce rejet ôte
toute légitimité à la réforme
puisque cette dernière ne résout pas la problématique
indigène et qu’elle n’offre aucune perspective
de solution au conflit du Chiapas. Le débat est ouvert
quant au décalage qui peut exister entre légalité et
légitimité. En particulier quand il s’agit
d’un thème comme celui-ci, un système
représentatif aura du mal à répondre
aux demandes des peuples indigènes, quand ceux-ci
constituent une minorité peu représentée
dans les structures de pouvoir (c’est justement là quelque
chose que le projet de loi de la COCOPA essayait de changer).
Quelles perspectives pour l’avenir
?
Le pouvoir législatif n’a pas rempli les expectatives
des peuples indigènes en votant une loi que ceux-ci
ne désirent pas. Le pouvoir exécutif l’a
promulguée, alors même qu’il s’agissait
d’une réforme différente au projet de
loi envoyé par le Président. A présent,
le pouvoir judiciaire semble être un nouvel acteur
qui pourrait en venir à jouer un rôle clef dans
la mesure où la Cour Suprême de Justice devra
se prononcer sur les demandes contre la loi présentées
par les représentants du PRD, les autorités
municipales et les congrès des états.
En dépit du caractère dramatique de la situation,
ce dynamisme dialectique qui se manifeste pour la première
fois entre les trois pouvoirs de l’État n’en
reste pas moins intéressant. Il a par ailleurs réussi à maintenir
le thème des droits indigènes au centre de
l’agenda national.
Il sera également intéressant de voir la capacité de
la société civile (par le biais de sa mobilisation
nationale et internationale) à questionner la légitimité de
cette loi. Pour ce faire, un recours fondamental sera l’accord
169 portant sur les Peuples indigènes et les Tribus
situés dans des Pays Indépendants, un accord
que le Mexique a ratifié, et que la réforme
approuvée contredit cependant dans certains aspects
fondamentaux relatifs à l’autodétermination.
L’influence de l’État mexicain auprès
des organisations internationales est connue, et le défi
sera sans nul doute très grand.
La politique du Pouvoir exécutif face au thème
du Chiapas a été ambiguë et ne paraît
pas fondée sur une stratégie de paix à long
terme. Certains critiques accusent Vicente Fox de s’être
contenter d’envoyer le projet de loi de la COCOPA au
Congrès parce qu’il était urgent pour
lui de résoudre le problème du Chiapas, et
d’envoyer des signes clairs au début de son
mandat. Ils affirment cependant que le Président n’a
pas défendu cette réforme pour obtenir le soutien
des législateurs, comme il l’a fait dans le
cas des lois qu’il voulait voir approuvées :
la réforme fiscale et le budget.
Pour ce qui est du Chiapas, même si les positions
dont l’armée s’étaient retirées
n’ont pas été reprises, les communautés
indigènes ont commencé à dénoncer
une recrudescence de la présence et le harcèlement
militaire après l’approbation de la loi. Et
il n’y a plus eu aucune avancée dans le processus
de libération des prisonniers zapatistes.
Le respect des conditions des zapatistes
semble d’ores
et déjà faire partie de l’histoire et
non plus comme une situation en suspens pour pouvoir reprendre
le dialogue. De fait, les discours de différents membres
du pouvoir exécutif soutiennent que le gouvernement
a fait tout ce qui était en son pouvoir pour la paix
au Chiapas, et que la balle est dans le camp des zapatistes.
Face à la tension croissante au Chiapas, certains
commentaires du Président sont préoccupants
(par exemple, «il n’y a plus de conflit, nous
sommes en sainte paix»).
D’un autre côté, les propositions du
gouvernement pour faire face à la situation pourraient être
insuffisantes ou inadéquates. Renvoyer les possibles
améliorations de la réforme approuvée
aux décrets d’application ne suffira pas pour
récupérer la confiance de l’EZLN. Une
autre stratégie du pouvoir exécutif semble être
l’idée de chercher à résoudre
les causes du conflit, c’est-à-dire de promouvoir
des projets de développement économique et
social dans les communautés indigènes du Chiapas.
On perd ainsi de vue le fait que la problématique
indigène soit nationale et non pas d’un seul état.
De plus, cette stratégie a été testée
lors du sexennat antérieur sans résultats positifs
: la situation économique des communautés est
pire qu’au début du conflit. Et dans la plupart
des cas, les aides gouvernementales ont fomenté les
divisions intra-communautaires, surtout lorsqu’elles
ont été utilisées à des fins
de contre-insurrection ou de clientélisme. Actuellement,
il existe une forte polarisation entre ceux qui reçoivent
cette aide économique et ceux qui le refusent comme
une partie de leur stratégie de résistance.
D’un autre côté, le gouvernement de Fox
doit faire face aux conséquences de l’application
des politiques économiques issues des accords de libre échange
qui ont affecté sérieusement la production
agricole, aujourd’hui en crise profonde dans presque
tous les secteurs (principalement le café, le maïs,
la canne à sucre et la pêche). Si la crise perdure,
de même que la mobilisation croissante des secteurs
ruraux, le conflit au Chiapas peut ne rester qu’une
préoccupation secondaire dans un scénario national
compliqué.
En ce qui concerne l’EZLN, cet acteur semble avoir
opté pour un retour à la résistance.
Cette décision génère des tensions y
compris à l’intérieur des communautés
zapatistes, du fait de l’usure et de la grave situation économique
qui existent dans la zone de conflit. Une autre possibilité dont
on a parlé -et qui pourrait être plus préoccupante-
tient au fait que l’EZLN pourrait s’allier avec
d’autres groupes guérilleros qui ont déjà exprimé aux
zapatistes leur soutien pour s’être retiré du
dialogue. Certains analystes comme Carlos Montemayor ont
voulu interpréter le dernier communiqué de
l’EZLN en ce sens : «[Les législateurs
et le gouvernement] donnent une raison d’être
aux différents groupes armés du Mexique en
mettant fin à un processus de dialogue et de négociation» (Communiqué de
l’EZLN du 29 avril).
En tous les cas, même si cela n’était
pas une option réelle pour le commandement zapatiste,
face à une situation aussi tendue, il est possible
que certaines dynamiques puissent échapper au contrôle
des mêmes acteurs et déclencher des processus
irréversibles.
La guerre qui ne se voit pas
Pendant ce temps, au Chiapas, les conséquences de
l’approbation de la réforme pèsent au
niveau de la coexistence communautaire, et compromettent
encore plus les possibilités de gouverner de l’administration
de Pablo Salazar.
Après la marche zapatiste, et durant le bref processus
de discussion de la réforme, le Chiapas a connu une
période de détente sociale, politique et militaire.
Mais face à cette nouvelle crise, la tendance est à nouveau à une
toujours plus grande polarisation.
SERAPAZ (Services et Conseil pour
la Paix) a dénoncé le
caractère “explosif” d’une situation
qui continue de se détériorer : conflits agraires
entre organisations sociales et indigènes, présence
en règle générale impunie des groupes
paramilitaires, situation non résolue de milliers
de déplacés, illustrations de mécontentement
social, etc. Une situation aggravée qui plus est du
fait d’un contexte préélectoral plutôt
tendu (en octobre, il y aura des élections municipales
et pour le Congrès de l’état).
Si auparavant la tension entre les organisations
existait du fait de la division entre membres du PRI et de
l’opposition
ou bien indépendants, aujourd’hui la confrontation
se vit aussi entre ceux qui soutiennent le gouvernement de
Pablo Salazar (indépendant) et ceux qui refusent tout
type de dialogue avec le gouvernement de l’état.
De son côté, le gouvernement de Salazar a été très
clair lorsqu’il s’est agi de rejeter la réforme
indigène approuvée. Depuis son arrivée
au pouvoir, Salazar a aussi exprimé que son gouvernement
- à la différence de l’antérieur
- ne sera ni acteur ni partie dans la division entre les
communautés et la promotion de la violence.
Cependant, selon certains, Salazar n’a toujours pas
adopté de positions claires sur des thèmes
particulièrement sensibles par rapport au conflit,
comme les groupes paramilitaires et l’impunité,
ce qui affecte directement la situation des déplacés.
Il est possible que le fait de ne pas aborder ces thèmes
soit relié à sa volonté de maintenir
le dialogue avec tous les acteurs, ainsi que son besoin de
s’assurer la possibilité de gouverner dans des
conditions extrêmement difficiles.
Conflits d’intérêts
Après sept années et demi de conflit au Chiapas,
le Mexique s’est doté d’une réforme
constitutionnelle sur les droits indigènes dont les
premiers intéressés n’ont pas été consulté et
qui a été rejeté par la grande majorité d’entre
eux.
Plusieurs experts et organisations ont
affirmé que
ce n’est pas un hasard que la réforme approuvée
diffère des Accords de San Andrés et le projet
de loi de la COCOPA dans des aspects fondamentaux comme reconnaître
les peuples indigènes comme sujets de droits politiques,
et garantir l’exercice de l’autonomie reconnue
sur des bases matérielles et sures : la terre, les
territoires et les ressources naturelles qui existent dans
ceux-ci. Ils assurent que ces droits entrent en conflit avec
les projets d’inversion et d’exploitation économique
réalisés par les grands capitaux transnationaux
au Chiapas et dans d’autres régions du Mexique.
Le dilemme est aussi clair que difficile
et il va au-delà du
conflit du Chiapas, tout en l’incluant : quel projet
de pays est en discussion dans ce Mexique qui veut aller
dans le sens d’une plus grande démocratisation?

:: DOSSIER
Réforme indigène : ce qui
est en jeu?
Selon le Centre des
Droits Humains Miguel Agustín Pro et SERAPAZ (Services
et Conseil pour la Paix), voici les différences fondamentales
entre le projet de loi dela COCOPA sur les droits indigènes
(écrit sur la base des Accords de San Andrés)
et la réforme constitutionnelle finalement approuvée
par le Congrès.
- Le projet de loi de la COCOPA proposait des modifications
aux articles 26, 53, 73, 115 et 116. Dans la réforme
approuvée, l’ensemble des droits indigènes
accordés est placé dans un nouvel article 2.
Les organisations se préoccupent que cela puisse
signifier que “ces droits restent un thème isolé et
qu’il ne tienne aucun impact sur l’ensemble du
texte constitutionnel, ce qui serait nécessaire pour
expliciter et créer les conditions qui rendent possibles
les conditions qui permettraient l’exercice des droits
collectifs des droits indigènes”. L’élimination
des modifications à d’autres articles laisse
sans garantie constitutionnelle certains éléments
indispensables pour l’exercice de l’autodétermination,
comme la définition des champs d’action au niveau
municipal et régional, ainsi que la représentation
et participation politique des peuples indiens.
- La réforme approuvée élimine la
reconnaissance des communautés indigènes comme
entités de droit public pour les transformer en entités
d’intérêt public. Cette modification recrée
la vision indigéniste dans laquelle les indigènes
se contentent d’être des récepteurs de
politiques publiques et non pas des sujets de droit qui participent à part
entière dans l’organisation de l’état.
Un premier exemple pourrait bien être l’article
2-B qui définit des éléments de définition
de politiques publiques de l’Etat en faveur des
peuples indiens.
- Elle ne reconnaît pas le droit des peuples indiens à leurs
terres et territoires: dans la nouvelle loi, ces droits se
voient réduits “aux endroits que les communautés
habitent et occupent”. En accord avec cette limitation,
le droit d’accéder de manière collective à l’usage
et la jouissance des ressources naturelles existantes dans
ces territoires se voit annulé. Il est remplacé par
le droit à un simple droit à un usage “préférentiel” de
ces ressources.
- Les droits sont limités aux niveaux communautaire
et municipal. La possibilité d’association entre
municipalités indigènes est éliminée.
Les Accords de San Andrés et le projet de loi de la
COCOPA en revanche reconnaissaient la possibilité d’association
au niveau régional.
- Il renvoie la possibilité de déterminer
les droits indigènes et leur portée possible
aux lois secondaires et aux Constitutions des états.
Ceci représente un risque: que ces droits puissent être
limités dans certains états et inexistants
dans d’autres, et que certaines questions qui devraient être
garanties par la Constitution fédérale restent
fonction d’intérêts économiques
de groupes majoritaires. C’est plus problématique
encore dans le cas des peuples indiens qui ont une culture
et une référence territoriale dans deux ou
plus de deux états.

:: ACTIVITÉS
DU SIPAZ AU MEXIQUE
Mai - Juillet 2001
Contacts et information
- Visites à la zone Nord du Chiapas pour parler avec
plusieurs acteurs politiques et religieux de la région.
- Attention à plusieurs délégations
des USA pour leur présenter la situation du
Chiapas et le travail du SIPAZ.
- Visite de l’Ambassade de France (ambassadeur et premier
secrétaire politique), d’Allemagne (Vice ministre
de la coopération économique) et des
USA (nouvelle responsable des Droits Humains).
- Réunion du Comité Directeur du SIPAZ au Chiapas.
Des interviews ont également été réalisées
avec des ONG nationales et locales, les membres de la COCOPA,
Luis H. Alvárez, le Congrès National Indigène
et le gouverneur du Chiapas, Pablo Salazar.
Dialogue interreligieux
- Réunion avec les acteurs religieux de la municipalité de
Chenalhó et le Groupe Pluriel Œcuménique.
- Début du Projet d’Echange Pour la Réconciliation
dans la zone des Hauts Plateaux en collaboration avec les
Commissions pour la Paix du Nicaragua du CEPAD
(Conseil des Eglises Protestantes Pour l’Alliance entre Dénominations)
du Nicaragua: rencontre avec des représentants catholiques
et protestants et visites à plusieurs communautés
de Chenalhó.
- Fin de l’accompagnement au processus de planification
stratégique de l’Ecole Biblique
de Formation Intégral, un espace œcuménique.
Education pour la Paix
- Participation dans le Réseau pour la Paix, un espace
pluriel de réflexion et d’action sur les processus
de réconciliation communautaire.
- Série de cinq ateliers portant sur la Transformation
des Conflits avec les élèves des CEDECO
(Centres de Développement Communautaire)
- Atelier avec le Conseil Directeur du
CIAM (Centre d'Investigation et de Soutien à la
Femme)
- Atelier portant sur le thème de la Réconciliation
avec les promoteurs de communication de Melel Xojobal.
- Atelier d’Introduction à la Transformation
des Conflits avec une congrégation de
protestants (Eglise presbyterienne) de Tuxtla.

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