:: SYNTHESE
Décembre a marqué le début
de l'entrée en fonction du nouveau président
du Mexique, Vicente Fox, et celle du nouveau gouverneur du
Chiapas, Pablo Salazar. L'un comme l'autre sont les premiers
représentants de l'époque post révolutionnaire à être élu
sans faire partie du Parti Révolutionnaire Institutionnel
(PRI) qui est resté au pouvoir pendant plus de 70
ans dans ce pays. Leurs discours font de la promesse d'un
changement et d'une solution au conflit du Chiapas leurs
thèmes prioritaires. Le président a démontré l'importance
qu'il accorde à ce problème, en ordonnant le
démantèlement de 53 barrages militaires dans
la zone de conflit le jour même de sa prise de possession
(1er décembre).
D'autre part, l'Armée Zapatiste de Libération
Nationale (EZLN) a rompu un silence de cinq mois par le biais
d'une conférence de presse le 2 décembre. Elle
a exprimé que l'administration actuelle représente
une opportunité dans le cadre d'une nouvelle phase
d'efforts pour parvenir à la paix. Elle a demandé que
le gouvernement lui donne trois signes de bonne volonté pour
reprendre le dialogue : la mise en place des Accords de San
Andrés (accords signés en 1996 alors que Ernesto
Zedillo occupait la Présidence mais qui n'ont jamais
abouti), la libération des prisonniers politiques
zapatistes et la fermeture de sept bases militaires se trouvant
dans la zone de plus grande influence zapatiste.
Dans plusieurs cas, le démantèlement des barrages
militaires ordonné par Fox n'a signifié qu'un
retrait des soldats jusqu'à leurs bases. Ceci a pourtant
provoqué un changement dans la vie de certaines communautés
indigènes qui n'ont plus à faire face désormais
aux interrogatoires continuels et au harcèlement que
leur imposait l'armée.
Fox a nommé Luis H. Alvarez, un homme politique dont
la qualité morale est reconnue, comme Commissaire
pour la Paix au Chiapas et, en réponse à la
demande de trois signaux de l'EZLN, il a ordonné le
retrait de quatre des sept bases militaires exigées
par celle-ci. Il a envoyé au Congrès de l'Union
le projet de loi de la COCOPA (Commission pour la Concorde
et la Pacification) élaboré sur la base des
Accords de San Andrés. Certains prisonniers zapatistes
ont été libérés et la révision
d'autres cas se poursuit. Alors que nous étions sur
le point de terminer ce bulletin, Fox a dit qu'il n'effectuerait
plus aucun retrait jusqu'à ce que l'EZLN donne elle
aussi un signe allant dans le sens de la reprise du dialogue.
Pendant ce temps, les dirigeants de l'EZLN
ont annoncé une
visite à Mexico DF en février afin de faire
pression sur le Congrès de l'Union pour qu'ils mettent
en place les Accords de San Andrés. Ce fait est cependant
assez incertain dans la mesure où il existe plusieurs
projets de loi sur le thème, y compris une du parti
dont Fox est issu, le Parti d'Action Nationale (PAN). Pour
que le texte de la COCOPA soit approuvé, Fox devra
faire un grand effort. On ne peut nier que toute proposition
différente de celle de la COCOPA pourrait ne pas satisfaire
l'EZLN.
D'un autre coté, le Chiapas a vécu de nombreuses
tensions avant la prise de possession du nouveau gouverneur,
Pablo Salazar. En octobre, 11 membres du groupe supposément
paramilitaire 'Unión Campesina Indígena Agropecuaria
y Forestal' (UCIAF) ont été détenus.
En novembre, la Procuration Générale de la
République (PGR) a réalisé une opération
dont le but était de chercher les armes de groupes
supposément paramilitaires de Chenalhó dans
les Hauts Plateaux du Chiapas. L'opération a été qualifiée
d'erreur. Alors que l'armée restait passive devant
les agressions de la communauté aux agents fédéraux,
les habitants ont empêché la réalisation
de l'opération et le bilan a été de
20 blessés. Ces actions peuvent certes être
interprétées de différentes manières,
mais il est important de relever que les groupes
paramilitaires continuent d'être un facteur d'instabilité dans
la région.
Pendant son discours de prise de possession,
Salazar a promis qu'il ferait correspondre le retrait des
forces de police
de l'état à celui des bases militaires du Chiapas.
Peu de temps après, il a dérogé la Commission
pour la Redéfinition Municipale dont le travail a été perçu
par les zapatistes comme une attaque directe vis à vis
d'eux. Il a aussi commencé une révision des
cas des prisonniers politiques zapatistes dont les accusations
correspondent à une juridiction locale.
Peu de temps après sa prise de possession, il s’est
trouve confronté à une lutte de pouvoir face
aux pouvoirs législatif et judiciaire locaux qui restent
dominés par le PRI. Avant même qu'il n'ait pris
possession, le pouvoir législatif avait lancé une
première offensive en interdisant les alliances électorales
entre plusieurs partis, Il s'est aussi attribué la
faculté exclusive de réaliser des audits sur
les gouvernements municipaux (qui, traditionnellement, ont été utilisés
comme des canaux privilégiés pour la distribution
de fonds prosélytistes). La lutte se poursuit, ce
qui a empêché l'approbation du budget pour 2001
et la nomination de fonctionnaires. Ce manque de cohésion
au sein du gouvernement de l'état du Chiapas rend
plus difficile encore la tache de promouvoir la réconciliation
et la reconstruction du tissu social, tache qui en soit était
déjà complexe.
L'annulation sans précédent des élections
du Tabasco en octobre (ordonnée par le Tribunal Fédéral
Electoral) a été un autre moment clé du
processus de démocratisation du Mexique. Le Tribunal
a refusé de valider la victoire du candidat du PRI
du fait des irrégularités commises par ce parti
et a ordonné que de nouvelles élections soient
convoquées.
En conclusion, les actions réalisées par le
gouvernement de Fox ont donné une nouvelle impulsion
aux efforts pour la paix, même s'il est encore trop
tôt pour mesurer la force du compromis effectué par
celui ci afin de parvenir à construire une paix juste
et durable. Si l'on peut percevoir que résoudre le
conflit l'intéresse, il est clair qu'il doit faire
face à de nombreuses pressions. La reprise du dialogue
au Chiapas n'est que l'un des premiers défis auxquels
il se voit confronté.

Actions recommandées
- Ecrire au Président
Fox pour :
- le féliciter pour les premiers pas marqués
dans le sens de la reprise du dialogue : l'envoi de la proposition
de la COCOPA sur la base des Accords de San Andrés,
la libération de prisonniers politiques zapatistes
et le retrait de l'armée. Indiquer le manque de consensus
au sein du Congrès pour que passe la proposition
de la COCOPA.
- lui demander qu'il fasse les efforts nécessaires
pour garantir l'approbation de lois récupérant
les mots et l'esprit de San Andrés.
- lui demander de remplir ses promesses de campagne
et lui exprimer votre préoccupation pour que les besoins
des pauvres constituent sa principale priorité.
- lui demander de générer
les conditions nécessaires à la
reprise du dialogue : retrait de l'armé et
libération
des prisonniers politiques dans la mesure où le dialogue est l'unique façon
viable de promouvoir une paix juste et durable.
- Ecrire aux membres de la COCOPA
en les priant de multiplier leurs efforts pour que passe
le
projet de
loi portant
sur les Droits et la Culture Indigène rédigé par cette même
Commission.
- Diffuser des informations
sur la situation au Chiapas (comme celles contenues dans
ce
bulletin).
Ecrire à:
Lic. Vicente
Fox, Presidente de la República
Residencia Oficial de los Pinos, Puerta #1
Colonia M. Chapultepec, Delegación M.Hidalgo
CP 11850
México, D. F.- México
Fax: (+52) (5) 515 1794
Comisión de Concordia y Pacificación
(COCOPA)
Reforma No.10, Torre Caballitos
Piso 18, Colonia Tabacalera
Delegación Cuahtémoc
CP 06030
México DF, México
Fax: (+52) (5) 345 3288

:: ACTUALITE
MEXICO: Nouveaux
temps, nouveaux pouvoirs
Le 1° décembre, le président élu
Vicente Fox a prêté serment devant le Congrès
de l’Union se convertissant ainsi en premier président
de l’époque post révolutionnaire venant
d’un autre parti que du Parti Révolutionnaire
Institutionnel (PRI). Lors de son premier discours il a annoncé qu’il
luttera contre la corruption et l’impunité.
Il s’est engagé à mettre en place sept
réformes qui garantissent une “démocratie
efficace et l’efficacité démocratique”,
et mener à terme une réforme de l’Etat
qui assure un exercice du pouvoir toujours plus équilibré.
Au sujet du Chiapas, peu avant sa prise de possession, il
a ordonné le retrait de 53 barrages militaires dans
les trois zones de conflits: Hauts Plateaux, zone Nord et
Jungle Lacandone.
Cabinet « Ordre et Respect »
Le Président Fox a dit que son cabinet se fonderait
sur les valeurs de « l’ordre et du respect ».
La nomination de Luis H. Alvarez comme
Délégué pour
la Paix au Chiapas a reçu un très bon accueil
de la part de l’Armée Zapatiste de Libération
Nationale (EZLN). Les zapatistes le considèrent
comme un homme habile et doté d'une grande autorité morale
dans les dialogues de Paix. Luis H. Alvarez fut membre fondateur
de la Commission de Concorde et Pacification (COCOPA) et
a pris part aux négociations et à la signature
des Accords de San Andrés. Selon lui, le projet de
la COCOPA (proposition de loi sur les Droits et la Culture
Indigène, élaborée par cette instance
en novembre 1996, sur la base des accords de San Andrés)
ne contredit pas les principes de l’unité nationale.
Ce projet propose la libre détermination et l’autonomie
pour les peuples indigènes sans réduire la
souveraineté nationale, et toujours à l’intérieur
des limites constitutionnelles de l’Etat mexicain.
Un autre fait à relever a été la nomination
du général Rafael Macedo de la Concha à la
tête de la Procuration Générale de la
République (PGR). Après près d'un siècle
de tradition civile, pour la première fois, un militaire
assume cette charge. Qui plus est, quand ce même général était
procureur de la Justice militaire, il semble avoir laissé de
côté une série d’accusations de
violations des droits humains.
L’EZLN rompt le silence
Lors de la conférence de presse
du 2 décembre
dans la communauté zapatiste de La Realidad, l’EZLN
a demandé au nouveau gouvernement trois signes pour
relancer le dialogue : réalisation des Accords de
San Andrés, liberté de tous les prisonniers
politiques zapatistes et le retrait de sept positions de
l'armée «dès 259 qu'elle maintient
actuellement dans la zone de conflit». L’EZLN
a également
annoncé qu’en février 2001, 23 membres
du Comité clandestin révolutionnaire indigène – comité général
de l’EZLN, se rendront à Mexico pour convaincre
le Congrès de l’Union des avantages
du projet de loi élaboré par la COCOPA.
Bien qu’ils ne le reprennent pas tel quel dans leur
demande, dans un communiqué, l’EZLN accuse le
gouvernement de ne rien faire face aux groupes paramilitaires.
Elle a aussi dénoncé le déplacement
de neuf familles zapatistes de la communauté Santa
Fe el Duraznal, municipalité de Chilon, le 20 décembre
passé.
Réponses du Gouvernement
Presque immédiatement, Fox a répondu
en disant qu’il cherchera à remplir les conditions
de l’EZLN. Le 5 décembre, il a envoyé au
Congrès la proposition de loi de la COCOPA. Plus tard,
le sénateur du PRI Manuel Bartlett, en sa qualité de
président de la Commission de respect de la constitution,
a averti qu’il refuserait de légiférer «sous
l’urgence». Selon lui, avant de se faire, il
faudrait réaliser une consultation nationale vue que
le projet ne doit pas uniquement se référer
au Chiapas mais à tous les lieux où vivent
des groupes d’indigènes.
A la demande zapatiste du retrait des
troupes de différentes
positions, la première à être abandonnée
fut Amador Hernandez, un terrain qui fut envahi par l’armée
le 9 août 1999 et dont 3,5 hectares furent expropriés
par le président Zedillo au détriment des habitants.
Le 22 décembre, le président Fox a restitué ce
terrain à la communauté, ce qui fut salué par
l’EZLN et vu comme un bon signe pour la reprise du
dialogue. Le 31 décembre, la sortie des militaires
de la caserne Jolnachoj (San Andres Larrainzar) s’est
vue accélérée par une protestation de
sympathisants zapatistes. Par ordre présidentiel,
Cuxulja fut la troisième position démantelée
le 9 janvier. Et, le 17 de ce même mois, l’armée
sortit du campement militaire de Roberto Barrios. Après
ce quatrième démantèlement, le président
Fox a annoncé qu’il n’y en aura pas d’autres
jusqu’à ce que l’EZLN donne un signal
de reprise du dialogue.
Chiapas avant le changement de gouverneur
Après la détention le 28 octobre de 11 chefs
du supposé groupe paramilitaire Union Campesina Indigena
Agropecuaria y Forestal (scission de "Développement,
Paix et Justice"), et peu de temps avant la prise de
possession du nouveau gouverneur du Chiapas, Pablo Salazar,
l’ambiance devint tendue. Ceci du au fait que différentes
communautés, spécialement dans la zone Nord
et des Hauts Plateaux, et parmi eux les déplacés
de Tierra y Libertad, Yajalon (délogés le 3
août 2000) ont dénoncé les menaces dont
elles furent objet de la part des paramilitaires.
Dans ce climat d’insécurité, au petit
matin du 13 novembre, 150 policiers judiciaires fédéraux
et 20 agents du Ministère Public ont réalisé une
opération à Los Chorros, municipalité de
Chenalho, en cherchant des armes aux mains des supposés
paramilitaires. Alors que l'armée restait passive
devant l’agression de la communauté aux agents
fédéraux, les habitants empêchèrent
l’opération qui se solda par plus de 20 personnes
blessées. La PGR reconnut son échec et annonça
son intention de continuer ces opérations.
Prise de possession de Pablo Salazar
Le 8 décembre, en présence
du président
Vicente Fox, Pablo Salazar Mendiguchia a assumé la
gouvernement du Chiapas comme premier gouverneur ne faisant
pas partie du PRI dans l’histoire post révolutionnaire.
Dans son premier discours il a sollicité du président
Fox que se fassent un audit de tous les moyens financiers
fédéraux qui ont été envoyés
ces dernières années au Chiapas. Il a signalé qu’il
fera valoir l’état de droit et appliquera la
loi pour qu’il n’y ait plus d’épanchement
de sang. Il a relevé la nécessité de
connaître la vérité sur les massacres
d’Acteal et El Bosque et sur «les bandes paramilitaires».
Quant à la formation de son cabinet, il est composé de
membres de la société civile et de chefs d’entreprises.
Emilio Zebadua, membre de l’Institut Fédéral
Electoral fut nommé Secrétaire du Gouvernement,
Porfirio Encino, de l’Association rurale d’intérêt
collectif indépendante et démocratique (ARIC-I),
une organisation indigène, occupe le secrétariat
des peuples Indigènes.
Actions du nouveau gouverneur
L’exécutif de l’Etat a promis qu’il
retirera les effectifs de polices conjointement au retrait
de l’Armée mexicaine des sept bases militaires
exigées par l’EZLN pour recommencer le dialogue.
Il a supprimé la Commission de l’Etat pour la
Redéfinition Municipale formée par le gouvernement
antérieur, facteur hautement conflictuel, puisqu’il
avait crée sept nouvelles municipalités principalement
dans les régions où se trouvaient les conseils
autonomes de l’EZLN.
Dans le même sens, le secrétaire du gouvernement,
Emilio Zebadua, a signalé que les instances pour la
redéfinition municipale portaient préjudice à une
sortie pacifique du conflit et à l’indépendance
de la Suprême Cours de Justice de l’Etat (SJTE) puisque ces deux entités étaient à la
charge du président de l’organisme, Noé Castanon.
Il a ajouté que les municipalités autonomes
devaient être prises en compte de manière générale
dans la révision des Accords de San Andrés.
D’autre part, 22 zapatistes furent libérés
de la prison de Cerro Hueco en présence du commissaire
pour la paix, Luis H. Alvarez. D’un total de 103 détenus
ou en procès depuis 1994, plusieurs avec des condamnations
jusqu’à 25 ans, 81 indigènes espèrent
encore leur libération. Le procureur de la justice
de l’Etat a dit que le cas des zapatistes prisonniers
sera solutionné de deux manières : la Loi de
la Sentence Suspendue pour ceux qui ont été condamnés,
et l’arrêt des actions pénales pour ceux
qui sont en procès.
Lutte de pouvoirs
Quelques jours avant la prise de possession
du nouveau gouverneur, la fraction parlementaire du PRI a
approuvé une série
de réformes au code des affaires publiques, selon
Salazar «pour enlever la possibilité à l'Exécutif
de réviser les comptes des mairies à travers
du Contrôle Général de l’Etat et
convertir le pouvoir législatif en unique pouvoir
avec la capacité de faire un audit des gouvernements
municipaux».
Les membres du PRI au sein du Congrès
local firent une demande de procès judiciaire contre
Salazar et Zebadua, parce que la nomination du secrétaire
du Gouvernement, Emiliano Zebadua serait anticonstitutionnelle «parce
qu’il n’est pas du Chiapas». Jusqu’à la
résolution du conflit, le Congrès refuse de
discuter les différentes propositions de l’Exécutif
(comme la proposition de renvoyer une réforme du Congrès
d’octobre 2000 pour interdire les alliances de partis
pour les élections aux présidences municipales
et à la députation, et une proposition de réforme
législative). En plus, bien que Salazar ait dissout
la commission de redéfinition municipale, le Congrès
de l’Etat a indiqué qu’il continuera de
discuter la deuxième étape de ce projet.
Ils ont augmenté le budget du Congrès de 90
%, réduisant en même temps le budget du Développement
Social de 17%. Le gouverneur apposa son veto parce que cela
contrevenait aux dispositions de la Constitution Politique
du Chiapas. Tant que continuera la lutte de pouvoirs, au
Chiapas le budget de 2000 est toujours en vigueur.
De son
coté, le Président du STJE, Noé Castanon,
rendit responsable le gouverneur Salazar des menaces de mort
contre lui et contre 16 magistrats du PRI. Noé Castanon,
qui fut responsable du STJE durant 6 ans, fut réélu
pour une autre période par le vote issu des magistrats
du PRI.
Autres changements
Par un communiqué de la présidence, la fin
des requis migratoires pour les observateurs des droits humains
dans le pays a été rendue publique. Sans permis,
cette activité, est sujette à l’état
de droit et aux règles juridiques.
Pour la première fois dans l’histoire électorale
du Mexique, le Tribunal Electoral du Pouvoir Judiciaire de
la Fédération a annulé les élections
du gouverneur de Tabasco (état voisin du Chiapas)
pour irrégularités. Le candidat du PRI fut
révoqué de sa charge. Après une semaine
d’incertitude politique, durant laquelle l’Etat
se trouva avec deux gouverneurs intérimaires, finalement
grâce à un accord entre le Ministère
de l'Intérieur, les dirigeants nationaux des partis
politiques et le Congrès local, fut reconnu la nomination
d’un gouverneur intérimaire issu du PRI avec
engagement de convoquer des élections en novembre
2001 et de laisser le pouvoir en décembre 2001.
Au Yucatan, s'est ouvert un autre conflit électoral à cause
de la nomination unilatérale de membres du Conseil
Electoral de l’Etat. Le même tribunal fédéral
intervint pour exiger du Congrès à majorité du
PRI l’élaboration d’une nouvelle liste
plus ouverte de conseillers électoraux. Les membres
du PRI ont refusé et ont annoncé que le Conseil
nommé par eux continuerait son travail.
A Oaxaca (proche du Chiapas) a été approuvé,
fin décembre, une Loi d’Amnistie bénéficiant à toutes
les personnes engagées dans les groupes de guérilleros.
Par la même 32 personnes furent mises en libérés
et 129, qui étaient en fuite et avaient certainement
des liens avec l’Armée Populaire Révolutionnaire
(EPR) en furent aussi bénéficiaires.

:: ANALYSE
CHIAPAS: Signes encourageants sept années
après le début du conflit
Cela fait un peu plus de 7 ans que le
conflit au Chiapas a débuté. Le troisième
président qui devra y faire face depuis cette date
hérite d’une situation d’une grande complexité.
Cependant, pour la première fois en plusieurs années,
on a pu relever des signes en direction d’une reprise
du dialogue entre le gouvernement mexicain et l’EZLN.
Ces témoignages de bonne volonté sont à porter
au compte des nouveaux gouvernements (fédéral
et du Chiapas) ainsi que de l’EZLN.
Temps agités avant la prise de
possession des nouveaux gouvernements
Entre les dates de son élection (juillet) et celles
de sa prise de possession, Fox a réussi à se
maintenir à la Une des journaux, répétant
ses promesses de campagne, en particulier celles ayant trait
au thème du Chiapas. Ce fut un temps de latence et
de transition, entre expectatives, débats politiques
et définitions.
Au Chiapas, la tension est montée d’un cran à plus
d’une reprise, par exemple, en octobre, dans la zone
Nord, suite à l’arrestation de 11 personnes
de l’Union des Communautés Indiennes Agricoles
et Forestières (UCIAF), une scission de ‘Développement,
Paix et Justice’. Un autre exemple fut l'échec
de l’action judiciaire menée par la Procuration
Générale de la République (PGR) à Chenalhó en
novembre (zone des Hauts Plateaux cette fois ci). Le pouvoir
détenu par les organisations accusées d'être
paramilitaires au cours de ces dernières années
a fait craindre une réaction et mobilisation plus
grandes de leur part.
Dans ces deux cas, certains analystes
ont souligné la
bonne intention dans la mesure où, jusqu'à présent,
peu d’actions ont été menées à l’encontre
des groupes supposément paramilitaires. D’autres
ont voulu y voir un “cadeau d’adieu” de
la part du gouvernement sortant avant la venue au pouvoir
du suivant. Une autre interprétation était également
courante : selon cette dernière, il s’agissait
de créer un climat d'instabilité avant l’arrivée
au pouvoir de Pablo Salazar. Certainement, il existait aussi
d’autres intérêts en jeu (en particulier
de la part de la PGR qui pouvait vouloir démontrer
la valeur de son travail avant de subir une possible réforme).
D’autres analystes font également mention d’un
accord probable entre le Parti Révolutionnaire Institutionnel
(PRI) local et les détenus : ils se constitueraient
prisonniers pour éviter une crise politique dans la
région. On assurerait leur défense juridique
en échange de leurs votes. Quel que soit la véritable
explication, le résultat reste le même : début
décembre, dans plus d’une zone, de nombreux
groupes se trouvaient à la défensive, hostiles
au nouveau gouvernement local.
L’EZLN montre ses cartes
Après plus de 4 ans sans avancées du processus
de paix, les pas donnés dans le sens de sa possible
reprise ont été réalisés avec
une surprenante rapidité. L’EZLN avait bien
calculé son “entrée en scène” :
après 5 mois de silence, elle s’est exprimée
publiquement le 30 novembre pour inviter les journalistes à une
conférence de presse, comme s’il s’agissait
de laisser à Fox le temps d’adapter son discours
de prise de possession.
Lors de la conférence du 2 décembre, l’EZLN
semble avoir pris en compte un panorama plus favorable à sa
cause. Depuis 1996, elle avait posé 5 conditions à la
reprise du dialogue. Elle les a réduites à 3.
De fait, deux des cinq antérieures sont d’ores
et déjà remplies : la nomination de Luis H.
Alvárez comme Mandataire pour la Paix (l’EZLN
l’ayant reconnu comme “interlocuteur valide”)
; et, la formation de la Commission de Suivi et Vérification (COSEVER, crée en 1997), bien que celle ci
n’ait jamais véritablement fonctionné puisque
les Accords de San Andrés n’ont jamais été mis
en pratique. L’EZLN n’a pas repris le thème
des paramilitaires, peut être parce qu’elle s’est
rendue compte que ce problème ne pourra pas être
résolu aussi facilement. Une autre explication possible
tient au fait que le gouvernement local a déclaré que
ce serait un de ses thèmes prioritaires.
Au bout du compte, l’EZLN offre un paquet plus facilement
négociable pour parvenir à avoir un dialogue
direct avec le nouveau gouvernement.
Réponses du gouvernement
Le pouvoir exécutif fédéral a démontré sa
bonne volonté à répondre aux demandes
zapatistes, en présentant la proposition de la Commission
de Concorde et Pacification (COCOPA) au Congrès dès
le 5 décembre, en retirant plusieurs positions militaires
et en soulevant les restrictions qui étaient jusqu’alors
imposées aux observateurs de Droits Humains internationaux.
On a également pu remarquer un effort en ce sens depuis
l’état du Chiapas lorsque le gouverneur Pablo
Salazar a libéré plusieurs prisonniers politiques
et a fait disparaître la Commission pour la redéfinition
des municipalités (une autre source de tension dans
la zone au cours des dernières années).
Le repli militaire opéré le premier décembre
a généré une grande confusion tant à l’intérieur
comme à l’extérieur du Mexique. Entre
les discours de Fox sur le thème et la pratique, un
fossé subsiste : en dépit du retrait de dizaines
de barrages et de quatre campements militaires, la présence
de l’armée n’a pas encore diminué significativement.
Qui plus est, s’il est vrai que les pouvoirs exécutifs
fédéral et étatique ont montré leur
bonne volonté, la solution définitive de plusieurs
problèmes en suspens devra passer par d’autres
pouvoirs: judiciaire (thème des prisonniers politiques)
et législatif (pour la mise en application des Accords
de San Andrés).
Fox a sans aucun doute fait parvenir la
proposition de la COCOPA au Congrès, mais ce projet devra passer par
une longue bataille législative dont le dénouement
est encore incertain. Paradoxalement, le Parti d’Action
Nationale (PAN), le principal parti qui a conduit Fox au
pouvoir, pourrait être l’une des principales
sources de résistance. En effet, depuis le sexennat
passé, ce parti a déjà présenté son
propre projet de loi sur le thème des Droits et de
la Culture Indienne. Le fait que Fox ait soumis un texte
différent a généré de nombreuses
frictions qui sont venues s’ajouter à celles
qui existaient déjà.
Pour la première fois en plus de 70 ans, le Président
de la République doit faire face à un Congrès
pluripartidiste (au sein duquel aucun parti ne dispose de
la majorité absolue) et quelque soit l’initiative
dont on veuille parler elle devra bénéficier
du soutien d’alliances qui restent encore à définir.
Le PRI a lui aussi son propre projet sur le thème.
Le risque de “balkanisation” auquel se voit confronté ce
parti est certes un problème latent, un phénomène
qui pourrait générer diverses positions face à la
proposition de la COCOPA. Le PRD (Parti de la Révolution
Démocratique) est lui aussi menacé de divisions,
mais il s’est toujours montré en faveur de ce
texte depuis son élaboration.
Si finalement ce projet de loi n’aboutit pas (un processus
qui pourrait prendre jusqu’à deux ans), Fox
sera à l’abri de la plupart des critiques, dans
la mesure où la responsabilité serait celle
du Congrès. D’un autre coté, son projet économique
se fonde sur une plus grande globalisation de l’économie
et en ce sens, il a tout intérêt à se
défaire de l’héritage de critiques internationales
quant à la situation au Chiapas.
Il faut aussi relever que cet état est particulièrement
important dans le cadre de ce projet, pour ses ressources
et pour la victoire politique et le gain en crédibilité que
signifierait la reprise des négociations de paix.
Fox a fait de nombreuses promesses au cours de sa campagne.
Il devra par ailleurs faire passer des mesures bien moins
populaires (par exemple de caractère fiscal) ou encore
de plus grande complexité (comme la Réforme
de l’Etat). En ce sens, Chiapas pourra constituer une
réserve de crédibilité politique.
Les crises électorales à Tabasco et Yucatán
posent une question de fond quant au grade d’intervention
du gouvernement fédéral dans les états
du sud du Mexique où le PRI, en défi ouvert
face à l’ordre établi, se nie à perdre
le pouvoir qui lui reste.
Possibilité réelle de gouverner
au Chiapas?
La situation de Pablo Salazar, le nouveau gouverneur, est
plus critique. Peu de jours après avoir pris possession,
suite aux premières actions du pouvoir exécutif,
une lutte de pouvoir a débuté. Le pouvoir législatif
ainsi que le judiciaire (les deux caractérisés
par une nette majorité du PRI) ont commencé à critiquer
et à entraver une grande partie des propositions de
Salazar, se niant même à traiter certaines d’entre
elles.
Dans un document remis au Congrès de l’état,
le pouvoir exécutif du Chiapas a accusé les
députés du PRI de mettre en place une stratégie
politique et économique à des fins électorales
et, avant les élections législatives et municipales
d’octobre 2001, de vouloir augmenter leur contrôle
sur les mairies. De leur coté, les pouvoirs législatif
et judiciaire disent que les actions du gouverneur sont anticonstitutionnelles,
les qualifiant de vengeances politiques. Ils parlent même
de menaces de mort contre le pouvoir judiciaire.
Il faut encore souligner que tous les
efforts de négociation
devront se faire avec beaucoup de délicatesse, pour
générer une nouvelle cohésion de la
vie politique et sociale de l’état et pour pouvoir
résoudre les problèmes communautaires et régionaux,
anciens ou plus récents.
Au bout du compte...
Au cours des derniers mois, des processus nécessaires
et décisifs ont débuté, tant au Chiapas
qu’au Mexique, des processus dont on ne sait pas encore
quels seront les résultats. Les problèmes auxquels
sont confrontés les deux niveaux de gouvernement ne
seront pas faciles à résoudre. Il est particulièrement
important de garantir une plus grande capacité de
gouverner, et par-dessus tout, d’avancer dans les faits
pour reconstruire une confiance minimum de la part des communautés
indiennes.  :: DOSSIER
L'armée mexicaine : un facteur clé dans
le conflit du Chiapas
Depuis le soulèvement zapatiste
en 1994, la présence de l'armée mexicaine au
Chiapas a fait l'objet de nombreuses critiques de la part
de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale
(EZLN), d'organisations indiennes, sociales et de droits
humains nationaux et internationales et de partis de l’opposition.
D'autre part, cette présence a été explicitement
sollicitée par plusieurs groupes de filiation au PRI
et a été défendue par le gouvernement
mexicain. Dans le contexte politique actuel, l'armée
est un facteur clé dans les possibilités de
reprise du dialogue de paix au Chiapas.
Pacte historique
Pour
comprendre les plans et doctrines militaires au Mexique,
il est nécessaire de prendre un peu de recul dans
l'histoire: "Il existe un pacte civique et militaire
au Mexique, entré en vigueur depuis les années
40,
fondé sur deux règles non écrites. Lorsqu’en
1947 celui qui allait devenir le premier président
civil de la Révolution, Miguel Alemán, accepta
le pouvoir que lui accordaient les généraux
révolutionnaires, il le faisait en échange
d'un compromis : le respect absolu de l'institution militaire.
La seconde règle fut établie : les militaires
en retour respecteraient de capes et d'épées
ce pouvoir civil. [...] Il faut reconnaître quant à ce
thème, que
l'armée mexicaine n'a jamais été autonome
du système politique, [...] et ne fut donc jamais
un facteur d'instabilité" (1)
Plans de guerre
Les plans de guerre
et doctrines qui régissent le déploiement des
Forces Armées se fondent sur les la Constitution et
les lois qui réglementent leurs activités :
préparation pour la défense externe (décrite
dans le plan DN-I) ; la garantie de la sécurité interne
et de la paix sociale (DN-II) ; et, depuis les années
60, l'intervention en cas de désastre.
Les principales critiques
aux Forces Armées touchent au plan DN II dont la mission
est très large «depuis la préparation
et l’entraînement pour la guerre contre le trafic
de drogue, en le combattant de manière constitutionnelle
en soutien à la Procuration Générale
de la République (PGR) jusqu’à l’appui
aux forces de sécurité publique et la réalisation
d’actions civiques comme la vaccination, l’attention à l’hygiène
dentaire à la population des zones rurales marginales
et missions de protection de la nature, entre autres. [...]
L'armée est directement responsable de détenir
les groupes rebelles qui ont déclaré la guerre à l'Etat,
comme l'EZLN, l'Armée Populaire Révolutionnaire
(EPR) ou l'Armée Révolutionnaire du Peuple
Insurgé (ERPI). Elle organise ce type d'actions en
coordination étroite avec le Ministère de l'Intérieur.
Quand il s'agit de lutte contre le trafic de drogues ou de
sécurité publique, lorsqu'il s'agit de substituer
les instances inefficaces de la police fédérale, étatique
ou municipale, la coordination se fait avec la PGR" (2).
Une critique que l'on peut écouter à ce sujet
est que l'exécution de l'action civique mentionnée
ci-dessus devrait correspondre, selon la Constitution et
les lois mexicaines, à d'autres structures fédérales
mais aussi étatiques et municipales.
Chiapas: la réalité
Depuis
le soulèvement zapatiste en 1994, l’effectif
exact des militaires présents au Chiapas a fait l'objet
de maintes polémiques qui n'ont jamais été résolues: "Tandis
que le gouvernement et le Ministère de la Défense
Nationale (SEDENA) donnent un chiffre entre 17 et 25 mille
militaires suivant les moments, les organisations autochtones,
paysannes, de droits humains et civiles, sont d'accord pour
parler d'environ 70 000" (3).
En même temps, ces dernières reconnaissent que "l'on
ne saura jamais le nombre exact de militaires avec véracité et
exactitude [...]. Mais il existe d'autres critères
pour mesurer la militarisation en termes quantitatifs et
faire un calcul non seulement quant à la quantité de
militaires mais aussi quant à leurs positions, actions
et conséquences pour la société [...]".
Quant à leurs positions, les auteurs de "Toujours
loin, toujours près" indiquent qu'en février
de l'an 2000, on a pu dénombrer "259 points géographiques
: 175 positions fixes, 24 barrages permanents, 60 barrages
intermittents", des points qui se trouvaient répartis
physiquement entre 58 municipalités (soit environ
52,20% du total des municipalités du Chiapas).(4)
Les raisons officielles
qui sont données pour justifier la présence
de l'armée mexicaine au Chiapas sont: la sécurité nationale,
la lutte contre le trafic de drogue, le terrorisme et les
situations ingouvernables, ainsi que la réalisation
du dit 'travail social' (ou action sociale). Certains exemples
de ce travail sont: la construction de routes, les travaux
de reboisement, des campements militaires où l'on
offre alimentation, attention médicale, information
sur la planification familiale, coupes de cheveux et la réparation
de constructions ou d'outils des habitants.
Depuis les secteurs militaires, l'accent
est mis sur la légalité et la nécessité de
leur présence. Mais au cours des 7 dernières
années, la population indienne a effectué des
centaines de plaintes contre les interrogatoires, le harcèlement
par le biais des barrages, les patrouilles et survols rasants
d'avions et d'hélicoptères, l’occupation
d'édifices communautaires comme les écoles,
l’introduction de la prostitution et des maladies sexuellement
transmissibles dans les communautés, le conditionnement
politiques de la remise d'aide humanitaire, le viol de femmes
et d'enfants, les déplacements forcés de la
population suite aux actions de la police et des militaires
(policiaco-militaires), l’appui ou bouclier des paramilitaires,
le vol de bois précieux, l’obstruction à la
libre circulation, la profanation de lieux sacrés, l’injection
ou le contrôle de ressources économiques à des
fins prosélytistes par le biais de différentes
instances et dépendances publiques, la pollution,
la plantation de drogues, les actions provoquant des divisions
au sein des communautés et l'impressionnante impunité qui
prévaut dans la région, etc. Du fait de ces
critiques, un grand nombre d'indiens faisant partie des bases
de soutien zapatistes ou d'autres groupes de déplacés
refusent d'accepter les services sociaux de l'armée.
A
partir d'une systématisation de 1160 lettres de dénonciations
des communautés et organisations indiennes de l'Archive
Historique de la Commission Nationale d'Intermédiation
(CONAI) entre 1994 et 1998, les auteurs de "Toujours
loin..." ont identifié les forces armées
et policières comme l'agresseur ayant fait l'objet
du plus grand nombre de dénonciations (36%) (5).
En 1999, le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de
las Casas a conclu: "39% du total de plaintes reçues
par ce Centre pour violations présumées aux
Droits Humains sont dues à l'armée mexicaine,
le situant ainsi comme le principal agresseur. La
majorité des
cas se réfèrent à des violations à l'intégrité physique
et aux garanties de sécurité juridique" (6).
Critiques internationales
En
février 2000, la commissaire pour les affaires indigènes
et droits humains de l'Organisation des Nations Unies
(ONU),
Erika Irene Daes, a demandé à l'armée
mexicaine de retourner à ses casernes. Ce même
mois, le rapport de l’envoyée spéciale
pour les Exécutions extrajudiciaires, arbitraires
ou sommaires de l'ONU, Ashma Jahangir a recommandé au
gouvernement du Mexique de "parvenir à une moindre
militarisation de la société et d'éviter
de
déléguer aux Forces Armées le maintien
de l'ordre public ou la lutte contre la délinquance"
(7).
Quelques mois plus
tard, le Comité des Droits Humains de l'ONU a déclaré sa
préoccupation devant "l'intervention croissante
des militaires dans la société, particulièrement
au Chiapas, Guerrero et Oaxaca où ils développent
des actions propres aux forces policières". Il
a également observé que "le Comité est
particulièrement préoccupé par l'absence
de procédures institutionnalisées pour enquêter
sur les accusations de violations des droits humains (supposément)
commises par des militaires et par les forces de sécurité.
En conséquence, les dénonciations font rarement
l'objet de recherches". Le Comité a recommandé que "le
maintien de l'ordre à l'intérieur du territoire
doit se faire par le biais de forces de sécurité civiles" et
que "l'Etat doit établir une procédure
adéquate pour que soient menées des recherches
indépendamment des dénonciations de violations
aux droits humains imputées aux militaires et aux
forces de sécurité et pour que les personnes
accusées de ces violations fassent l'objet de procès
[...]" (8).
La commission des
Droits humains de l'Organisation des Etats Américains
(OEA) avait recommandé dès 1998 que le gouvernement
mexicain "révise le contenu de la Loi sur le
système National de Sécurité Publique,
afin de cantonner le rôle des Forces Armées à celui
qui leur a été imparti, en accord avec ce qui
se voit établi par la législation internationale
portant sur le thème, en particulier l'article 27
de la Convention Américaine" (9).
Propositions de changement
Plusieurs propositions pour la modernisation
des Forces Armées et un ajustement de leurs activités
au Chiapas en particulier ont été données à connaître
il y a peu de la part du gouvernement fédéral
et de l’état. Dans un acte inédit, et
en réaction aux multiples critiques nationales et
internationales, le général Cervantes Aguirre,
qui était alors Ministre de la Défense Nationale
(SEDENA), a déclaré peu avant la présentation
du dernier rapport présidentiel de Zedillo en septembre
2000 que "la présence de l'armée fédérale
au Chiapas est un thème douloureux pour la conscience
des militaires".
En préparation du sexennat du nouveau
président, et à invitation de celui-ci, la
Commission d'Etudes pour la Réforme de l'Etat a remis
ses conclusions à Fox le 22 novembre 2000. Dans cet écrit,
elle affirme qu'une des "mesures urgentes" pour le processus de paix
au Chiapas est le retrait de l'armée des campements
militaires qui se trouvent à proximité des
communautés rurales de la région. .
Elle recommande encore "d’interdire la participation
des Forces Armées dans les taches qui ne correspondent
pas à sa mission constitutionnelle, comme la sécurité publique
et la lutte contre le trafic de drogue; [...] réformer
l'article 93 de la Constitution pour prévoir que les
chefs d'états majors des Forces Armées devront
paraître devant le Congrès de l'Union pour donner
de plus amples informations lorsqu'une loi ayant trait à la
défense nationale sera étudiée ou soumise à discussion;
et [...] augmenter le pouvoir des commissions législatives
portant sur le thème de la défense nationale,
en vue de leur donner le droit de réviser ou de faire
un audit sur la partie du budget revenant aux leaders et
institutions militaires" (10).
Le président Fox décidera les suggestions qu'il
voudra envoyer au Congrès pour les soumettre à discussion. Compromis
et faits
En décembre
2000 et en janvier 2001, de nombreux changements militaires
ont été visibles dans la région. Au
cours des premières semaines après sa prise
de possession, Fox a ordonné le démantèlement
de dizaines de barrages, et,
en réponse aux conditions posées par l'EZLN,
il a également ordonné le retrait de plusieurs
bases militaires.
Ses initiatives requièrent d'un processus de suivi
dans la mesure où de nombreuses organisations autochtones
ont dénoncé que les soldats dans les barrages
supposément supprimés continuent leur travail,
vêtus en civil, au
bord de la route, qu'ils en ont réinstallé d'autres
; et qu'ils renforcent différents campements militaires.
Différences
communautaires
Les mesures prises
par le Président ont provoqué un certain soulagement
dans de nombreuses communautés indiennes et un désaccord
dans d'autres. Le retrait de l'armée des communautés
indiennes a constitué une demande
constante de la part de différentes organisations
et groupes d'habitants autochtones au cours des dernières
années. D'un autre côté, plusieurs groupes
du PRI demandent à l'armée de rester, disant
que la vie publique et institutionnelle doit d'abord retourner à la normale
et qu'il faut aussi résoudre en premier lieu les raisons
qui ont donné lieu au soulèvement. Ils disent
encore qu'avec le retrait des militaires certains accords
de réconciliation se trouveraient rompus.
Cette divergence représente un défi dans la
mesure où justement la réconciliation des peuples
du Chiapas sera l'une des priorités les plus importantes
pour le gouvernement de l'état en réponse à la
détérioration du tissu social qui s'est aggravé depuis
le soulèvement même si elle existait auparavant.
Démocratisation
Il serait trop facile
de penser que la "démilitarisation" du
Chiapas se résoudrait avec un simple repositionnement
ou repli de l'armée. Cette mesure, pour commencer,
devrait être
accompagnée d'une garantie: que la présence
importante d'armes et/ou le harcèlement à la
population ne seront pas "copiés" par
les forces policières; et que les groupes civils
armés/paramilitaires
seront démantelés dans la mesure où ils
représentent la principale source de tension dans
la zone.
Mi-décembre, le gouverneur Salazar a d'ores et déjà indiqué qu'il
ferait correspondre le retrait de l'armée mexicaine
avec celui de la Police de l'état. Un thème
non résolu reste la garantie que le gouvernement fédéral
n'établira pas une plus forte présence de membres
de la police fédérale. Ces défis et
pas à donner requièrent une plus grande stabilité et
capacité de gouverner au sein de l'état, ce
qui n'est pas le cas pour le moment suite aux conflits croissants
entre les différents pouvoirs de l'état (voir
Actualité et Analyse dans ce bulletin).
Une conclusion sur le thème de
la présence de l'armée au Chiapas doit encore
passer par une prise en compte d'un contexte plus ample qui
inclut la situation politique et sociale de la région
et du reste du pays. Si la réalisation d'activités
dans le cadre de l'action civique correspond au gouvernement
fédéral par le biais des institutions fédérales
et étatiques, ceci requiert un processus de démocratisation
du système politique dans tout le pays. Ceci va aussi
de pair avec la lutte contre la corruption et l'impunité aux
différents niveaux de gouvernement.
Pour le moment, plusieurs cartes ont été posées
sur la table. Dans la mesure où les Forces Armés
respecteront le pouvoir politique, et dans la mesure où ce
pouvoir respectera ses promesses, l'armée pourra se
transformer en un facteur qui facilite la reprise du processus
de paix.
1 "Toujours
près, Toujours loin: les Forces Armées au Mexique",
Global Exchange, CIEPAC, CENCOS, 2000, p16/17 (Return
^...)
2 “Toujours près....”,
p.24. (Return
^...)
3 “Toujours près....”,
p.132. (Return
^...)
4 “Toujours près....”,
p.133. (Return
^...)
5 “Toujours près....”,
p.124. (Return
^...)
6 "La guerre au
Chiapas: un incident dans l'histoire?", Centre de Droits
Humains Fray Bartolomé de las Casas A.C., avril 2000,
p. 54. (Return
^...)
7 Recommandation 107.b,
février 2000. (Return
^...)
8 Comité des droits
humains, 66e période de sessions, ONU, juillet 1999. (Return
^...)
9 "Rapport sur
la situation des droits humains au Mexique", OEA/CIDH,
septembre 1998, Recommandation 738, p. 167(Return
^...)
10 Revue 'Proceso' 1255,
19 novembre 2000, p.22/23. (Return
^...)

:: ACTIVITES DU SIPAZ AU MEXIQUE
Novembre 2000 - Janvier
2001
Visites et contacts
- Participation à une rencontre des Communautés
de base de la zone Nord portant sur
le thème de la réconciliation
communautaire.
- Réception de plusieurs délégations
des USA pour leur présenter un panorama de la
conjoncture au Chiapas et le travail du SIPAZ.
- Contacts avec plusieurs acteurs
politiques et religieux de la zone Nord suite à la prise de possession des nouveaux pouvoirs étatiques
et fédéraux.
- Organisation d'une visite en
communauté pour
le Sous secrétaire de la Foreign
and Commonwealth Office du gouvernement britannique.
Information
- Continuation de la tournée d'un membre de l'équipe
en Allemagne, Belgique et Suisse pour
présenter la situation au Chiapas et
le travail du SIPAZà des ONG, groupes de solidarité et représentants
gouvernementaux.
- Publication d'un article sur les femmes indiennes dans
les zones de conflit pour le programme
2001 des "Femmes qui œuvrent
pour la paix" (Mouvement International pour la Réconciliation).
- Publication de deux articles sur la situation au Chiapas
dans des revues hollandaises.
- Interview pour un programme d'une radio espagnole (sur
le thème du nouveau contexte
au Chiapas).
- Réunions avec trois chercheurs universitaires réalisant
une étude sur le rôle
du SIPAZ et d'autres ONG dans le processus de paix
au Chiapas.
Dialogue Interreligieux
- Réunions avec des acteurs religieux de la zone de
Chenalhó.
- Soutien méthodologique dans la planification stratégique
de l'Ecole Biblique de Formation
Intégrale
(EBFI)
- Mise en place de réunions du Groupe Plural Oecuménique.
Education
- Animation d'ateliers portant sur la Transformation des
Conflits avec desé ducateurs de la 'Casa de
la Ciencia' et avec le Centre d'Etudes et d'Action
en faveur de la Femme (CIAM).
- Convocation avec d'autres organisations à un espace
de réflexion sur les processus
de réconciliation communautaires, espace
qui a donné lieu à la création
d'un groupe d'intérêt au niveau
de l'état du Chiapas. Préparation d'un
diagnostic sur les conflits communautaires dans la
zone Nord pour ce groupe.
Bureau au Mexique
- Ouverture d'un bureau à Mexico DF et nomination
d'une directrice exécutive.
- Participation au Séminaire "Droits humains,
société civile et pratiques
militaires"
- Réunion avec le sous secrétaire pour le
Bureau "Démocratie,
Droits Humains et Travail" du Département
d'Etat des (USA).
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