:: SYNTHÈSE
Pablo Salazar Mendiguchía, candidat
de l’Alliance pour le Chiapas, a été élu
gouverneur du Chiapas le 20 août. Il a gagné avec
51,5% des votes et Sami David, candidat du Parti Révolutionnaire
Institutionnel (PRI), a obtenu 45,7% des suffrages. Cette
défaite a représenté un revers inattendu
pour le PRI, parti qui domine la politique du Chiapas depuis
des décades.
Comme beaucoup de leaders d’opposition au Mexique,
Salazar fut militant du PRI durant toute sa vie politique,
occupant différents postes au Chiapas ou au niveau
fédéral, jusqu’à sa sortie de
ce parti en 1999 pour prendre la tête de la campagne
de l’opposition pour le poste de gouverneur. Une des
principales raisons de cette rupture a été l'incapacité du
PRI à faire face au conflit du Chiapas. Comme sénateur
du PRI, Salazar fut membre de la Commission de Concorde et
Pacification (COCOPA), une instance législative de
soutien au processus de paix au Chiapas. Il y a joué un
rôle important dans la rédaction de la proposition
de loi visant à finaliser les accords de San Andrés
signés par le gouvernement mexicain et l’Armée
Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) en 1996.
Le président Ernesto Zedillo a rejeté la proposition
de la COCOPA et a présenté une contre proposition.
Aucune des deux ne fut soumise au vote, et le dialogue reste
suspendu depuis 1996.
Salazar a mené sa campagne électorale de manière
notable, sa candidature étant soutenue par une alliance
de l’opposition qui incluait pratiquement tous les
partis d’opposition du Chiapas.
Sa plate-forme de propositions de changement
a réussi à convaincre
une population doutant de pouvoir rompre l’hégémonie
du PRI dans la vie politique du Chiapas. Dans la mesure où les
enquêtes lui donnaient un avantage considérable,
croissait la préoccupation que le PRI, connu au Chiapas
pour ses actions violentes et son recours à la fraude,
n’accepterait pas la défaite. Les peurs ont
augmenté à l’approche des élections,
du fait de l’augmentation des disputes agraires et
d'actions paramilitaires dans différentes régions.
Finalement, malgré les dénonciations de pressions,
l’intimidation et les irrégularités de
divers types, en règle générale, la
journée électorale s'est déroulée
de manière pacifique, le scrutin a été transparent
et le PRI a reconnu la volonté populaire. De son coté,
l’EZLN a gardé le silence durant la campagne
et l’abstentionnisme a été clairement
plus important dans les zones zapatistes.
Malgré l’important soutien électoral
reçu, Salazar devra gouverner avec une majorité au
Congrès de l’état et des mairies encore
aux mains du PRI. En même temps, il ne lui sera pas
facile de maintenir la cohésion entre les différentes
forces qui ont soutenu sa candidature. Et les défis à relever
sont énormes : combattre la pauvreté et la
marginalisation, promouvoir le développement économique,
contrôler la violence politique et reconstruire le
tissu social. D’un autre coté, son engagement
de gouverner en incluant d’autres secteurs comme les
indigènes et les paysans, donne l'espoir d’un
nouveau type de politique au Chiapas.
La victoire de l’opposition au Chiapas a été facilitée
par celle de Vicente Fox en Juillet. Quand il prendra possession
de son poste le 1° décembre, Fox sera le premier
président n'appartenant pas au PRI en 71 ans. Aucun
parti n’aura la majorité dans les deux chambres
du Congrès. Dans la nouvelle chambre des députés,
le Parti d’Action National (PAN) a 213 sièges,
le PRI 210 et le Parti de la Révolution Démocratique
(PRD) 44. Au Sénat, le PRI a 59 sièges, le
PAN 46 et le PRD 15.
Un des défis les plus grands pour Fox et Salazar
sera le conflit au Chiapas. Fox a indiqué qu' une
de ses premières actions comme président sera
d’envoyer la proposition de la COCOPA au Congrès.
Il a aussi manifesté son intention de reprendre le
dialogue avec l’EZLN et de réduire la présence
massive de l'armée au Chiapas (actuellement, quelque
70.000 soldats, un tiers de l'armée fédérale).
Mais l’approbation de la proposition de la COCOPA rencontrera
des difficultés auprès du nouveau Congrès
et Fox n’a pas dit clairement s’il ferait tous
les efforts nécessaires pour obtenir un résultat
favorable. Quant à la présence militaire au
Chiapas, il s’agit d’un sujet de polémique.
Fox considère le retour des zapatistes à la
table du dialogue comme une condition au retrait de l'armée.
De son coté, l’EZLN n’a pas répondu
aux offres de l’équipe de Fox, mais dans le
passé, elle a déjà posé des conditions
préalables à la reprise d’un dialogue:
ces conditions se doivent au manque de confiance dans le
processus de paix (quand les accords signés n'ont
pas été respectés) et partent de la
nécessité urgente de mettre fin à l’oppression
des communautés indigènes (présence
militaire).
Le nouveau gouverneur, bien qu’il ne puisse pas ordonner
le retrait de l'armée, ni résoudre le conflit
avec l’EZLN, peut contribuer à générer
la confiance et améliorer les conditions nécessaires
pour un véritable dialogue.
Pendant ce temps, la plus récente d’une série
d’enquêtes de l’ONU sur la situation des
Droits Humains au Mexique, illustre la préoccupation
internationale pour cette région ; en août,
Erica Irene Daes, Présidente du Groupe de travail
sur les Populations Indigènes de l’ONU, a informé la
Sous Commission des Droits Humains sur sa visite en avril
2000. Son rapport signale que la militarisation des communautés
indigènes et l’utilisation croissante de l'armée
dans des opérations de police contribuent à créer
une ambiance de peur et de violations des Droits Humains,
incluant le droit à la vie, à l’intégrité physique
et à la protection contre la détention arbitraire.

Actions recommandées
- Féliciter le Président élu
Vicente Fox pour sa victoire et son intention annoncée
de présenter au Congrès de l’Union
la proposition de la COCOPA pour mettre en œuvre les
Accords de San Andrés y reprendre le dialogue avec
l’EZLN.
- Observant le manque de consensus au Congrès
sur le projet de la COCOPA, exhorter Fox à faire
les efforts nécessaires pour assurer l’approbation
de la législation conformément au texte
et à l’esprit des Accords de San Andrés.
- Considérant que la présence massive
de l’armée occasionne de fortes tensions
dans les communautés indigènes intercéder
pour que le Président élu retire, immédiatement
après sa prise de possession, un nombre significatif
de campements militaires de la zone où leur présence
provoque des tensions plus fortes. Faire remarquer que
cette action ne servira pas simplement à réduire
les tensions mais aussi comme un moyen pour générer
la confiance, ce qui améliorera les conditions
pour la reprise du processus de paix.
- Diffuser ces informations –comme ce rapport-
sur la situation actuelle du Chiapas.
ECRIRE A :
(jusqu’au 1° décembre)
Lic. Vicente Fox
Reforma 525, Colonia Lomas de Chapultepec
Código postal 11000 México DF, México
Fax: (int-52)(5)520 7125
(après le 1° décembre)
Lic. Vicente Fox
Presidente de la República
Palacio Nacional
06067 México, DF, México
Fax (int-52)(5)515 4783

:: ACTUALITE
Elections au Chiapas : triomphe historique
de l’opposition
Le 20 août, l’état
du Chiapas a élu son nouveau gouverneur. Pablo Salazar
Mendiguichia, de l’Alliance pour le Chiapas a gagné avec
535 860 voix (51,50% des votes) et Sami David, du Parti Révolutionnaire
Institutionnel a obtenu 475 267 voix (45,68%). Le candidat
de l’opposition a gagné dans 15 des 24 districts électoraux
; le candidat du parti officiel, dans 9.
Selon l’Institut Fédéral Electoral (IFE),
2 090 545 personnes en âge de voter se trouvaient inscrites
sur les listes de vote. Moins de 50% d'entre elles ont finalement
voté. L’abstentionnisme a été 10%
supérieur à celui enregistré durant
les élections présidentielles de juillet.
L’Alliance pour le Chiapas, qui comme jamais auparavant
avait regroupé huit partis de toutes les tendances,
a triomphé dans les villes les plus importantes :
Tuxtla Gutierrez (capitale de l’état), Tapachula
et San Cristóbal de las Casas. Ce furent les élections
les plus observées de toute l’histoire du Mexique
: plus de 4 mille observateurs nationaux et environ une centaine
d’internationaux –accrédités par
le Conseil Electoral de l’Etat, CEE- se sont déplacés
dans tout le territoire du Chiapas.
La journée électorale
En dépit des incidents violents, des menaces, des
rumeurs et des fortes attaques verbales entre l’opposition
et le parti officiel durant la période préélectorale,
la journée de l’élection a été plutôt
tranquille, un fait inhabituel pour cet état. Il n’y
a pas eu les habituels barrages de l'armée ou de contrôle
de la Migration, et les soldats sont restés dans les
casernes de la zone.
Les Zapatistes, qui n’avaient pas donné de
préférence de vote pour ces élections,
n’ont pas non plus empêché ou mis des
obstacles au vote dans leur zone d’influence, comme
ils l’avaient fait en 1997. On peut remarquer un fort
taux d’abstention dans la Selva (leur principale zone
d’influence ) : dans un calme quasi général,
moins de la moitié des électeurs se sont présentés
aux bureaux de vote. Le PRI a gagné avec un très
léger avantage dans le district de Ocosingo, avec
une différence de 1305 voix.
Dans les zones Nord et Altos (Hauts Plateaux),
la tension a été plus importante et plus facilement observable.
Dans la première (bastion traditionnel du groupe supposé paramilitaire
Desarrollo, Paz y Justicia), malgré un climat de tension
et de menaces, et bien que le processus électoral
ait surtout été contrôlé par des
responsables du PRI, l’Alliance pour le Chiapas a obtenu
une grande victoire.
Dans ces zones, autour de 5000 déplacés ont
du aller voter dans leurs lieux d’origine ou dans les
chefs lieux de district, vu qu'aucun bureau de votes spécial
n'avait été installé dans leurs campements.
Irrégularités et avancées dans le processus électoral
Malgré les multiples difficultés administratives,
le CEE a agit avec plus d’indépendance et d’impartialité,
caractéristiques dont les organismes électoraux
n'étaient pas dotés au Mexique – et encore
moins au Chiapas- avant la réforme qui commença
en 1996.
Malgré les avancées de cet organisme d’état,
de multiples dénonciations ont été reçues
: achat de votes, contrainte ou induction, usage de programmes
sociaux du gouvernement à des fins prosélytes,
transport d’électeurs, violation du secret de
vote, surtout dans les zones rurales qui représentent
la majeure partie du territoire.
Peu de temps après les élections, le 16 octobre,
le Congrès de l’état a approuvé une
série de réformes électorales grâce à une
majorité de cotes des députés du PRI
(l'opposition a voté contre). Ces réformes
ont été qualifiées de retour en arrière
démocratique. Elles comprennent : ne pas permettre
aux alliances de partis de participer aux élections
pour la présidence municipale et les députés,
changer la figure du conseiller citoyen pour celle de conseiller électoral
et changer la structure du Tribunal d’Etat Electoral.
Parce qu’il était en désaccord, le Président
du Conseil d’Etat Electoral, Eduardo Pineda, a présenté sa
démission, tandis que les partis d’opposition
annonçaient leur intention de faire appel devant la
Cour Suprême de Justice pour inconstitutionnalité.
Conflits agraires
La campagne électorale s’est déroulée
dans une ambiance de grande tension à cause de différents
conflits liés à la terre. A peine deux semaines
avant le vote, la violence allait crescendo. Dans les terres
de Progreso et Paraiso, municipalité de Yajalon, approximativement
60 familles ont été violemment délogées
par un groupe civil et armé qui portait des uniformes
et a été qualifié de paramilitaire.
A Ocosingo, on a vu un accroissement des disputes agraires
entre membres du PRI, de l'EZLN et d'organisations indépendantes.
Dans l’ejido Amador Hernadez, municipalité de
Ocosingo, en juin dernier, les habitants ont présenté par
l’intermédiaire du Centre des Droits Humains
Fray Bartolome de las Casas, CDHFBC- une plainte contre l'armée
mexicaine devant la Commission Nationale des Droits Humains,
plainte qui fut acceptée. La raison est la spoliation
et le préjudice écologique provoqués
par l'armée quand elle est entrée dans ces
villages le 9 août 99. A ce jour, selon les villageois,
de 5 hectares qu’elle occupait au début, elle
est passée à 8. Cette plainte a aussi été présentée
devant le juge fédéral.
Par un décret publié le 18 octobre, le Président
Zedillo a exproprié 3,5 hectares de l’ejido
Amador Hernandez. Comme le dit ce décret, ces hectares
seront destinés à la construction d’installations
militaires. Devant cet acte, le CDHFBC a dit que l’expropriation
révèle que l’entrée de l'armée
dans ce lieu constitue un travail de contre insurgeance.
Il affirme qu’il a confiance que le pouvoir judiciaire
de la fédération ne soutiendra pas une violation
de droits sociaux.
Les Accords de San Andrés
Par le biais de nombreuses déclarations, le président élu,
Vicente Fox, a dit qu’il retirerait l'armée
du Chiapas, mais seulement si se rétablit le dialogue
avec l’EZLN. De plus il a déclaré que
le problème du Chiapas est régional et non
national, mais qu’il faut le résoudre. D’après
Fox, c’est maintenant le moment de reprendre le dialogue
et de trouver une solution pacifique à la problématique
de cet état. Sur ce même thème, il a
assuré qu’une des taches prioritaires quand
il prendra le pouvoir le 1° décembre, sera d’envoyer
devant le Congrès, le projet de Loi de la Commission
de Concorde et de Pacification (COCOPA) fondé sur
les Accords de San Andrés, pour qu’elle soit
discutée et approuvée. Quelques députés
du PRI ont déjà dit qu’ils appuieraient
le projet. Mais il est probable que d’autres propositions
parallèles seront présentées. Et l’avenir
de la COCOPA fait l'objet de doutes.
Toujours sur ce même thème, la Présidente
du Groupe de Travail sur les Populations Indigènes
des Nations Unies, Erica Irene Daes, a présenté en
réunion plénière de la Sous Commission
des Nations Unies pour les Droits Humains, un rapport sur
sa visite au Mexique en avril dernier, à l’invitation
du Président Zedillo. Dans son rapport, elle recommande
au gouvernement fédéral le respect des Accords
de San Andrés et, aux deux parties (gouvernement et
EZLN), le retour au dialogue. Elle signale aussi que la militarisation
des villages indigènes et l’utilisation croissante
de l'armée dans des taches de polices créent
des situations de violence, une atmosphère de peur
et de violations des Droits Humains, incluant le droit à la
vie, à l’intégrité physique, à la
libre circulation et à des détentions arbitraires.
La recomposition de la COCOPA, instance
co-auxiliaire dans le processus de paix au Chiapas est éminente. Il restera à voir
la ligne qu’elle prendra face au conflit.
D’autre part, une fois élus les nouveaux sénateurs
et députés fédéraux, le Congrès
de l’Union sera composé de la manière
suivante :
Principaux partis politiques
|
Députés
|
Sénateurs
|
PAN
|
213
|
PAN
|
46
|
PRI
|
210
|
PRI
|
59
|
PRD
|
44
|
PRD
|
15
|
Fox et les ONG
Marquant une notable différence avec ses prédécesseurs,
le président élu, Vicente Fox, a développé des
contacts avec diverses organisations non gouvernementales
(ONG) de la société mexicaine. Une première
réunion a eu lieu en août à Mexico (SIPAZ
y a participé). Postérieurement, Fox a participé à une
réunion avec des ONG au Canada et aux Etats Unis.
En septembre, l’équipe de transition de Fox
a annoncé sa proposition de réaliser une réforme
législative pour permettre que les ONG mexicaines
participent à la planification, l’exécution
et l’évaluation de politiques publiques.
Faits Inhabituels
En août, de manière quasi parallèle
aux défaites électorales du parti officiel, à Chimalhuacan,
Etat de Mexico, une querelle sanglante entre deux groupes
du PRI s’est soldée par 10 morts, 42 blessés
et 245 arrestations. Guadalupe Buendia « La Louve »fut
qualifiée de responsable, elle qui aurait exercé le
pouvoir absolu sur ce lieu depuis 1996.
D’une manière inhabituelle, dans une entrevue
avec les moyens de communication, le 29 septembre, le général
d’Armée, Enrique Canovas Buenrostro, qui a sous
ses ordres près de 10 campements militaires dans la
zone d’influence zapatiste dans la région de
los Altos, a reconnu qu’il existe des groupes paramilitaires
dans l’état du Chiapas. Il a indique que ceux
ci opèrent dans la région Nord et Selva et
que dans la région de los Altos (Hauts Plateaux),
l'ambiance est beaucoup plus tranquille.
En septembre, la Procuration Générale de la
République (PGR) a émis un ordre de présentation
contre des membres de présumés groupes paramilitaires
qui opèrent dans les municipalités de Yajalon
et Venustiano Carranza. Selon le rapport de cette dépendance,
bien que des témoignages et des preuves indiquent
qu’ils fonctionnent comme des groupes paramilitaires,
la PGR assure qu’il ne s’agit que de bandits.
Le 28 octobre, au milieu d’une impressionnante opération
policière, l’Unité Spécialisée
pour l’Attention aux Délits Commis par de Probables
Groupes Civils Armés de la PGR a arrêté 11
membres du supposé groupe paramilitaire Développement,
Paix et Justice et Union Paysanne Indigène Agricole
et Forestière (UCIAF). Parmi ceux-ci se trouvaient
les dirigeants Samuel Sanchez, ex député du
PRI local et Marcos Albino Torres, ex caporal de l'armée.
Fut aussi capturé Mario Cruz Perez, dirigeant du groupe
qui a envahi le champ Paraiso, de la municipalité de
Yajalon.
Selon la PGR, ils sont accusés de délits de
terrorisme, possession d’armes à feu à usage
exclusif de l'armée, association délictueuse,
délinquance organisée, lésion, préjudice
et spoliation. L'enquête en cours s'est vue accélérée à partir
des événements de Yajalon. Les détenus
ont accusé des organisations nationales et internationales
de faire pression auprès du gouvernement pour réaliser
cette opération à leur encontre. Selon la presse
locale, d'autres autorités de l’état
(de l’administration du PRI sortante) ont offert un
appui économique et politique, ainsi que la meilleure
aide juridique aux détenus.
Rapport de Zedillo
Le 1° septembre, le Président Zedillo a fait
connaître son dernier rapport annuel. Il a été critiqué par
l’opposition pour avoir omis le conflit du Chiapas.
Entre autres observations, le Président élu
Vicente Fox a souligné qu’il n’a pas abordé les
thèmes critiques de ces dernières cinq années,
comme le conflit au Chiapas et les massacres d’Acteal
et de Aguas Blancas.
Scandale politique
Un jour avant la présentation du rapport de Zedillo,
les généraux Francisco Quiros et Mario Arturo
Chaparro furent détenus pour leurs liens présumés
avec le milieu de la drogue. Le général Rafael
Macedo de la Concha, Procureur Général de la
Justice Militaire a dit qu’ils pourraient être
condamnés à 50 ans de prison s’ils sont
reconnus coupables.
Tournées de Fox
Entre août et octobre, le président élu,
Vicente Fox, a réalisé des visites en Amérique
Centrale (Costa Rica, San Salvador et Nicaragua) ; Amérique
du Sud (Chili, Argentine, Brésil et Uruguay) ; Amérique
du Nord (Canada et USA) ; Europe (Espagne, France, Allemagne,
Belgique et Angleterre) ; et en Colombie pour une rencontre
avec les gouvernements et les chefs d’entreprise, pour « présenter
le nouveau visage du Mexique », et relancer les accords
commerciaux.
Elections au Tabasco
Au milieu d’élections douteuses, le 22 octobre,
le candidat du PRI Manuel Andrade a été déclaré officiellement
nouveau gouverneur de Tabasco, voisin du Chiapas,. Dans cette
lutte électorale son adversaire le plus fort a été le
candidat du Parti de la Révolution Démocratique,
PRD, Cesar Raul Ojeda. D’après l’Institut
Electoral de Tabasco, le PRI a obtenu 298 986 voix et le
PRD 290 968. Les représentants du PRD ont dénoncé une
fraude et n'ont pas avalisé les élections.
Ils ont dit qu’ils porteraient l’affaire jusqu’aux
organismes du Pouvoir Judiciaire Fédéral. En
même temps, ils ont exprimé leur attente d’une
déclaration du président élu, Vicente
Fox qui ne s’est pas manifesté à ce sujet.

:: ANALYSE
LES DEFIS DE LA TRANSITION DEMOCRATIQUE
AU MEXIQUE
La transition démocratique rendue
possible du fait de la victoire de l'opposition lors des élections
fédérales de juillet et celles d'août
au Chiapas ouvre de nouvelles perspectives. Ces résultats électoraux
ne garantissent certes pas la solution immédiate des
multiples problèmes en suspens : la pauvreté croissante,
l'impunité et la violence politique ainsi qu'un conflit
en situation d'impasse au Chiapas, pour mentionner quelques-uns
uns des plus urgents. Ces résultats pourraient cependant
marquer le début d'une nouvelle relation entre l'Etat
et la société mexicaine. Que ce soit au Chiapas
ou à échelle nationale, le défi est
le même : couvrir les besoins de la population dans
son ensemble par delà les intérêts partisans
et apprendre à fonctionner comme une démocratie
mûre qui implique une négociation permanente
entre forces politiques.
Corrélation des forces
Les élections fédérales de juillet
ont donné lieu à une nouvelle configuration
politique beaucoup plus complexe. Peu après sa victoire,
Fox a déclaré qu'il ne prétend pas gouverner
pour le Parti d'Action Nationale (PAN), la principale force
qui l'a porté à la présidence. De son
côté, ce parti a affirmé qu'il ne recevrait
pas de lignes de conduite depuis la présidence. De
plus, le président ne pourra pas compter avec une
majorité absolue et inconditionnelle au sein des Chambres
des députés et sénateurs. Aucun parti
ne pourra s'imposer sur les autres sans négociation,
ce qui constitue certes une avancée démocratique
mais ce qui rendra plus difficile les accords pour promouvoir
les réformes nécessaires. Le gouvernement de
Vicente Fox ne pourra se fortifier qu'en fonction de sa capacité à convaincre
les autres groupes politiques de la légitimité et
de la pertinence de ses propositions de changement.
Dans ce nouveau cadre, tous les partis
politiques sont entrés
dans une phase de repositionnement et le jeu des alliances
ne fait que commencer. Les résultats de juillet et
d'août représentent un affaiblissement significatif
du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), la
parti qui vient de perdre la présidence après
71 ans au pouvoir. Reste une question : pour quel rôle
optera le PRI ? Il se trouve pour la première fois
hors du pouvoir exécutif mais maintient son pouvoir
au niveau des gouvernements des états et municipalités
ainsi que des liens solides avec les structures de pouvoir
de base ainsi que les groupes de pouvoir économique.
Le défi pour la représentation du PRI au Congrès,
est désormais de recomposer l'unité du parti
quand la défaite a généré de
nombreuses fissures et luttes de pouvoir internes dans la
recherche d'un nouveau leadership. Les possibles conséquences
de ces temps de réaccomodements restent préoccupantes
: les violents affrontements entre fractions du PRI à Chimalhuacán, état
de Mexico, ont été présentés
comme une illustration de ce risque.
Bien qu'il ait à nouveau gagné la capitale
au cours des élections de juillet, le Parti de
la Révolution Démocratique (PRD), de son côté,
s'est vu ébranlé par sa défaite fédérale.
Le principal parti de gauche traverse une difficile période
de redéfinition structurelle et idéologique.
Temps de changement
L'onde de choc en est même venue à secouer
les Forces Armées, une institution qui paraissait
jusqu'alors monolithique. Ces temps de transition sont en
effet marqués par des luttes internes entre différentes
fractions : certains parlent de la nécessité d'une épuration
tandis que d'autres soutiennent "l'ordre ancien".
La détention d'Acosta Chaparro et de Quiros Hermosillo,
deux généraux de la ligne dure accusés
pour leurs liens avec le milieu de la drogue, parait indiquer
une nouvelle corrélation des forces : tous deux appartenaient à un
milieu militaire jusqu'alors intouchable.
D'autres éléments indiquent un changement
et le désir de parvenir à construire une démocratie
plus consolidée et transparente : c'est par exemple
le cas de la sentence prononcée par la Cours Suprême
qui va obliger le président Zedillo à présenter
les comptes de la campagne électorale qui lui a permis
d'accéder à la présidence en 1994. C'est
aussi le cas du traitement donné à différents
scandales impliquant des personnes de haut niveau au sein
de son gouvernement.
Il faut encore signaler l'ouverture montrée par Fox
pour dialoguer avec les organisations non gouvernementales
(ONG). Il a déclaré son intention de les inclure
dans la recherche et la mise en pratique de politiques publiques.
Ce fait et les réunions avec ces organisations semblent
indiquer une nouvelle attitude du pouvoir politique vis à vis
de la société civile. Fox a indiqué que
ces réunions sont un premier pas ; mais il reste encore à voir
si elles représentent un intérêt réel
dans une relation réellement substantielle.
EZLN: Le choix de la non intervention
Avant les élections, l'EZLN s'était limitée à dire
qu'elle respecterait le processus électoral et ses
résultats. Après la victoire de l'opposition
en juillet, on aurait pu s'attendre à un changement
d'attitude. L'EZLN a pourtant gardé le silence face
aux élections du Chiapas alors même que pour
la première fois, l'opposition avait une possibilité réelle
de gagner. Dans les faits, on a pu observer une augmentation
de leur participation mais dans l'ensemble, peu de zapatistes
ont voté, favorisant ainsi la victoire du PRI dans
des zones sous leur influence.
Défis pour le nouveau gouvernement de l'état
L'amplitude et la diversité du spectre politique qui
soutenait la candidature de Pablo Salazar constituent un
premier défi pour le nouveau gouvernement. De plus,
ses propositions de réformes pourront se voir entravées
par le contrôle du PRI sur le Congrès de l'état
et dans la majorité des mairies, contrôle qu'il
maintiendra pour le moins jusqu'aux prochaines élections
de novembre 2001. Il reste à voir comment se positionneront
des acteurs jusqu'à ce jour liés au gouvernement
du PRI : organisations paysannes, syndicats ouvrier et enseignant,
moyens de communication et certains grands groupes de pouvoir économique
de l'état.
Certaines taches peuvent sembler titanesques
pour le nouveau gouvernement : combattre la pauvreté et l'exclusion
sociale, promouvoir le développement, reconstruire
le tissu social, résoudre les explosives disputes
agraires, contrôler les groupes armés, etc.
Mais d'un autre coté, le triomphe de Salazar a créé un
nouvel espace politique dans lequel pourront participer des
acteurs sociaux qui, historiquement, avaient été maintenus
en marge du pouvoir (indiens et paysans par exemple). Sans
nul doute, en grande mesure de l'habileté des différents
secteurs de la société civile pour articuler
créativement leurs demandes dans la construction d'un
nouveau projet politique pour le Chiapas dépendra
le sort de la transition démocratique dans cet état
et dans le reste du pays. La question est de savoir si Salazar
pourra maintenir le mouvement citoyen qu'il a réussi à créer
autour de lui. Comment pourra-t'il réponde aux demandes
et expectatives de secteurs sociaux et politiques si divers,
et y compris opposés historiquement ?
Le conflit du Chiapas après les élections
Dans les thèmes en suspens des deux gouvernements
se trouvera sans nul doute la résolution du conflit
du Chiapas. Certainement, la victoire de l'opposition au
niveau fédéral et local ouvre de nouvelles
perspectives en ce sens. La présence chaque jour moindre
du sujet dans les moyens de communication ne doit en effet
pas cacher que les causes de ce conflit persistent et que
la situation continue à être explosive. Dans
la plupart des cas, les conditions de vie des autochtones
ont même empiré. De plus, la détérioration
accélérée du tissu social fait que le
conflit de l'EZLN avec le gouvernement n'est en fait qu'un
des multiples conflits. La situation est toujours plus complexe
et les réponses devront être définies
depuis les deux niveaux de pouvoir : fédéral
et étatique.
Si Salazar ne peut pas ordonner le retrait
de l'armée
(responsabilité qui correspond au gouvernement fédéral)
et si la solution du conflit avec l'EZLN n'est pas de son
ressort, le nouveau gouverneur pourra aider à créer
les conditions nécessaires à la reprise du
dialogue.
Silence controversé de l'EZLN
Le silence de l'EZLN devant les propositions du président élu
(y compris la possibilité d'un dialogue direct avec
lui)a été perçu comme un manque de volonté de
négociation. Il existe d'autres explications. Il est
possible que l'EZLN attende la prise de possession du président élu.
Une autre possibilité est qu'elle considère
que les conditions n'existeront pas tant que la présence
massive de l'armée mexicaine perdurera.
Dans un même sens, la défaite du PRI par le
biais des urnes et non par la voie des armes constitue pour
certains un questionnement à la stratégie choisie
par l'EZLN. D'autres soulignent plutôt qu'une telle
défaite n'aurait pas été possible sans
le travail de prise de conscience démocratique de
l'EZLN. Le mouvement zapatiste doit encore définir
sa position face au nouveau scénario démocratique.
Dialogue en suspens
En fait, l'EZLN a déjà "parlé".
Depuis septembre 96, elle a posé ses conditions pour
reprendre le dialogue et très certainement pour elle,
elles doivent être prises en compte en premier lieu.
Face à ce fait, le panorama n'est déjà plus
aussi prometteur : chacun des deux acteurs semblent attendre
une preuve de la volonté de l'autre comme une condition
préliminaire pour continuer à avancer.
Cette difficulté est évidente si l'on considère
pour commencer la première condition des zapatistes:
le retrait des militaires et le démantèlement
des paramilitaires. Le président élu a posé une
condition au retrait des troupes : un pacte avec les zapatistes
pour reprendre le dialogue. En fait, il est difficile de
penser à un "retrait total" de l'armée.
Dans beaucoup de communautés divisées, une
partie de la population demande leur protection et elle peut
apparaître comme l'unique instrument permettant de
contrôler les paramilitaires quand la structure politique
et juridique locale reste dominée par le PRI. Cependant,
une manière de reconstruire la confiance pourrait être
le retrait immédiat de certains des campements militaires
qui génèrent le plus de tension (Amador Hernández
par exemple).
Un autre point clé : les accords de San Andrés
signés par le gouvernement fédéral et
l'EZLN depuis 1996. La Commission pour la Concorde et
la Pacification (COCOPA) a accepté de rédiger
une proposition de réforme constitutionnelle en matière
de droits et culture autochtone en posant une condition :
ce document serait définitif. Au cours des années
passées, plusieurs partis ont proposé leur
propre texte (celui du PRI fut repris par le président
Zedillo). Si Fox a bien dit qu'il présenterait l'initiative
de la COCOPA au Congrès, il semble évident
que sans obtenir d'accords préalables, cette proposition
a très peu de chance d'être approuvée.
C'est pourquoi le nouveau gouvernement, en plus de sa volonté déjà exprimée,
doit se compromettre à un travail de lobbying fort
et clair.
Au bout du compte, il reste beaucoup à inventer dans
les nouvelles relations politiques dont le Mexique a besoin
pour pouvoir affronter constructivement les défis
de la transition. La communauté internationale pourra être
un facteur important de pression afin que le nouveau gouvernement
fédéral accepte sa responsabilité face
au conflit du Chiapas ainsi que face à d'autres thèmes
en suspens à l'échelle nationale, thèmes
qui garantiront une réelle avancée du processus
de démocratisation.

:: DOSSIER
"Déplacés nous vivons…":
Une réalité qui demande une réponse
Lors de sa visite au campement de X’oyep,
le 11 août, Pablo Salazar, alors candidat au poste
de gouverneur du Chiapas, a déclaré : « Dans
neuf jours aura lieu une élection et nous allons la
gagner, il y aura un nouveau gouvernement de réconciliation
et de paix, et la première chose que je ferai, c'est
d’établir le contact avec les communautés
de déplacés, pour parvenir à la réconciliation… Je
vous en supplie, résistez encore un peu plus, résistez
jusqu'en décembre, parce que le prochain gouvernement
vous appuiera. ».
Les déplacés internes au Chiapas représentent
une des situations les plus compliquées que Salazar,
désormais élu gouverneur, aura à affronter à partir
de sa prise de possession en décembre de cette année.
Dans les zones de conflits (Altos, Selva et Nord) il existe
actuellement des groupes de déplacées de divers
secteurs de la population (membres d’organisations
civiles, membres du PRD, bases zapatistes, membres du PRI,
catholiques et protestants). Le phénomène de
déplacement s’est accéléré à partir
du soulèvement armé en 1994. Selon CIEPAC
("Population
Déplacée au Chiapas", 1999), il existe
21059 déplacés au Chiapas. Dans la seule municipalité de
Chenalho, ils sont 9125 (idem).
Quelques-uns uns des déplacés
vivent dans des communautés où on leur a prêté des
terres pour cultiver (Zone Nord). D’autres ont formé des
campements où habite un grand nombre de familles sur
un terrain très réduit. Ils n’ont pas
accès à leur parcelle de maïs et ils reçoivent
une aide humanitaire d’institutions comme la Croix
Rouge Internationale et Caritas de l’Eglise Catholique.
C’est le cas des membres déplacés de
la communauté « Las Abejas » qui vivent
depuis plus de trois ans dans les campements de X’oyep,
Tzajalchen et Acteal, dans la municipalité de Chenalho.
Au début de 1997 il y eut dans cette municipalité une
escalade dans la violence où moururent des membres
du PRI et des Zapatistes. A partir de septembre de cette
année, des centaines de membres de Las Abejas commencèrent à quitter
leurs villages d’origine. Dans ces villages, d’après
des témoins, des groupes sous influence du PRI leur
exigeaient une redevance pour acheter des armes. Ceux qui
n'ont pas voulu reçurent des menaces et furent contraints
de quitter leur lieu d’origine pour se regrouper dans
des campements de déplacés. Des représentants
de ces villages racontent : « Quand nous sommes arrivés
au campement X’oyep, c’était la saison
des pluies. Nous cuisinions et nous vivions dehors, sous
la pluie ». Après le massacre d’Acteal,
en décembre de cette même année, le nombre
de déplacés a augmenté en même
temps que la présence de l’armée, on
a pu compter 21 campements militaires dans la municipalité.
(idem).
Ceux qui sont originaires de Yibeljoj,
une communauté de
Chenalho, décrivent leur vie dans le campement de
X’oyep : « Il n’a pas de bonnes maisons,
nous souffrons beaucoup, nous dormons par terre ». « Nous
dormons dans des maisons au toit de plastic, avant il y avait
des planches ». « Avant il y avait du bois de
chauffe, mais tout s’est terminé. Les femmes
et les enfants tombent malades, on est sans cesse préoccupé pour
répondre à leurs besoins… nous sentons
la souffrance et nous le supportons plus ».
« Déplacés nous vivons… »
Les membres de la communauté Las Abejas ont participé à diverses
manifestations pour faire connaître leurs besoins et
exiger les conditions de leur retour. Le 10 août de
cette année, quelques centaines d’indigènes
firent une marche pour demander que le gouvernement agisse
contre les supposés groupes paramilitaires et s’engage à payer
les indemnisations aux déplacés.
Maintenant, beaucoup d’entre eux, se sont intégrés
au Pèlerinage Jubilé 2000 pour prier avec les
autres indigènes du Chiapas, afin d’obtenir
les conditions nécessaires à un éventuel
retour. Les 250 pèlerins tzotziles, ch’oles,
tzeltales et tojolabales représentant les principales
ethnies du Chiapas marchent avec ce thème : « Marchant,
nous sommes nés, pèlerins nous sommes … Déplacés
nous vivons… Le chemin nous appartient, à lui
nous remettons nos pas ».
Les participants furent invités par Las Abejas et
l’organisation Xi’Nich’ (voir le glossaire) à se
mobiliser avec comme objectif d’améliorer leurs
conditions de vie et de fortifier leur courage pour « continuer
de lutter pour la paix juste et digne des peuples indiens ».
Ils ont commencé à marcher le 14 octobre de
la communauté d’Acteal et pensent arriver à la
Basilique de la Guadalupe à Mexico le 12 décembre
(date de la fête de Notre Dame de la Guadalupe) en
parcourant une distance de 1300 kilomètres.
Parmi les demandes les plus importantes
des participants on trouve le retour des groupes déplacés et
d’autres questions en relation, comme par exemple :
la suppression des groupes paramilitaires au Chiapas, la
démilitarisation de l'état et du pays, la réconciliation
communautaire, la libération des indigènes
prisonniers politiques et l’accomplissement des Accords
de San Andres.
A X’oyep, cependant, 96 familles, originaires du village
de Yobeljoj, ont décidé qu’elles ne pouvaient
plus attendre un retour négocié avec les autorités
et avec le minimum de garanties de sécurité,
et vu qu’elles ne pouvaient plus supporter les difficultés
rencontrées dans ce campement elles ont pris la décision
de changer de lieu, en créant un nouveau campement
avec un meilleur accès à l’eau et au
bois de chauffe. Ils ont chargé toutes leurs affaires
sur plus de 10 kilomètres par un chemin de terre,
plein de boue en période de pluie. Ils ont été jusqu’à un
lieu proche de leur village d’origine. Ils n’ont
pas voulu retourner dans ce même village, « parce
que les paramilitaires sont encore là, nous avons
peur, il y a aussi ceux de l'armée qui sont sur la
route" ». Pour cette raison disent-ils « nous
continuons d’être des déplaces. ».
Manque de sécurité
La sécurité est un thème prioritaire
dans ces mouvements comme ce changement de lieu ou dans le
cas d’un éventuel retour. La Croix Rouge Internationale
n’a pas participé à l’accompagnement
des familles de Yibeljoj, le 17 octobre, en considérant
que les conditions, ni de sécurité, ni matérielles,
nécessaires pour une amélioration de la vie
de ce groupe de familles n’étaient pas réunis.
Pierre Ferrand, chef de la sous délégation
de la Croix Rouge Internationale, s’est exprimé en
ces termes : « Nous respectons la décision des
déplacés, mais nous n’accompagnons pas
le changement de lieu des déplacés de X’oyep,
parce que ce ne fut pas le produit d’une négociation
entre les différentes parties ni avec l'état.
Il n’y a pas eu non plus de dialogue avec les habitants
de Yibeljoj avec lesquels on aurait pu construire un minimum
de sécurité».
Les déplaces eux-mêmes reconnaissent ce manque
de sécurité mais en même temps se réfèrent à d’autres
facteurs. « Ici nous avons peur, nous sortons par nécessité.
Ce n’est pas par choix que nous partons ». Différentes
ONG, tout en reconnaissant les risques qui continuent d’exister
du fait de la tension dans cette zone et de la présence
des groupes de paramilitaires, ont décidé de
les accompagner. La Commission des Droits Humains (CNDH) a envoyé des observateurs pour accompagner ce changement
de lieu.
De son coté, Antonio Perez Arias, le président
municipal de Chenalho, dans le journal Cuarto Poder, a dit
que n’existaient pas les conditions nécessaires
au retour des Abejas déplacés. On peut mentionner
en lien avec cela, les Actes signés en juillet de
cette année par lui et les habitants du PRI de différentes
communautés de la municipalité qui prétendaient
garantir la sécurité physique des déplacés
qui viennent travailler dans leurs parcelles ou qui reviennent
vivre dans leur maison. Toutefois les représentants
des Abejas ont considéré que ce n’était
pas suffisant. « Nous n’avons pas confiance dans
ces Actes parce que… quand nous rentrons dans notre
communauté pour récolter le mais, on entend
des coups de feu ».
En attendant la réponse du gouvernement
Mis à part les problèmes de sécurité,
les déplacés de Ybeljoj ont vu que d’autres
besoins sont apparus dans ce nouveau lieu. « Nous sommes
dans la même situation qu’en 97 » Un des
représentants s’exprime en ces termes : « les
souffrances que nous rencontrions étaient alors liées
au problème de l’eau et du bois du chauffage,
maintenant cela est solutionné (dans ce nouveau campement)
avec la rivière et les arbres mais seulement en partie ».
Les familles dans ce nouveau campement dorment dans des petites
maisons faites de pieux de bois et de plastic. D’autres
familles n’ont pas de maisons. « Nous sommes
en train de démolir nos maisons à X’oyep
pour transporter les matériaux ici. Mais il y a des
gens à X’oyep qui vivaient à trois, quatre
jusqu’à cinq familles dans la même maison.
Ici chacune est dans son terrain. Alors, il nous manque des
tôles. On se prête des endroits pour dormir ».
Pour cette raison, les déplacés exigent qu’on
leur paye les indemnisations pour le vol et la destruction
de leurs biens de 1997. « Quand nous sommes sortis
(de Yibeljoj en 97), nous avons laissé du maïs,
des sièges, des tables, des moulins à maïs
et tout le matériel de cuisine ». Dans le cas
de Yibeljoj, les maisons des Abejas existent toujours. Mais
pour les déplacés d’autres communautés
dont les maisons ont été brûlées
après leur départ, les indemnisations représenteraient
une manière d’éviter, dans le cas d’un
retour, les mauvaises conditions de vie que rencontrent actuellement
les personnes originaires de Yibeljoj.
Les groupes de déplacés de Chenalho et du
Chiapas représentent une réalité sans
réponse pour le nouveau gouvernement pour qui le plus
grand défi est de garantir la sécurité dans
la zone, accorder les indemnisations et aider à la
reconstruction du tissu social.
Pendant ce temps, les déplacés continuent
d’attendre : « nous allons voir en premier le
gouvernement de Pablo Salazar, qui a dit à X’oyep
que s’il gagne, il désarmerait les paramilitaires.
C’est ce qu’il a dit. S’il le réalise,
nous allons rentrer (dans nos villages d’origine).

:: ACTIVITES DE L’EQUIPE
Août-Octobre 2000
Visites et contacts
- Première assemblée générale
du SIPAZ avec des membres de la coalition d'Europe, des USA
et d'Amérique latine pour évaluer et planifier
notre travail.
- Réception de plusieurs délégations
d'Europe et des USA pour présenter la conjoncture
au Chiapas et le travail du SIPAZ.
- Visite de la zone Nord du Chiapas pour rencontrer
différents
acteurs politiques et religieux avant les élections.
- Observation électorale (gouverneur du Chiapas)
dans les régions : Nord, Hauts plateaux et Forêt
Lacandone.
- Participation à une réunion d'ONGs avec
Vicente Fox (Mexico D.F.)
- A Mexico D.F., réunions avec le sénateur
Luis H. Alvarez (responsable du thème
Chiapas au sein de l'équipe de transition
de Fox) et avec Samuel Ruiz (ancien évêque
de San Cristóbal).
- Visite post-électorale de la zone Nord du Chiapas
pour interviewer différents acteurs
afin de connaître
la nouvelle conjoncture politique.
- Organisation de l'agenda et coordination
des visites du premier Secrétaire politique de
l'Ambassade britannique et d'une délégation
du gouvernement allemand au Chiapas.
- Observateur durant la de la Rencontre Sud-Nord "Les
peuples d'Amérique
construisant des alternatives face au Néolibéralisme". (San Cristóbal, du 9 au 12 octobre).
- Accompagnement d'un groupe de déplacés
des "Abejas" au
cours du repositionnement d'un campement dans la municipalité de
Chenalhó.
Information
- Tournée d'un membre de l'équipe aux USA
du 2 au 12 octobre pour participer à une conférence
internationale sur le thème des initiatives de
paix et échanger avec différentes ONGs, églises,
organismes internationaux et des membres de la presse.
- Tournée d'un membre de l'équipe en Allemagne
pendant 4 mois pour présenter la situation au
Chiapas et le travail du SIPAZ à des ONGs, groupes
de solidarité et
représentants du gouvernement.
- Publication d'un article sur le résultat des élections
au Chiapas dans la revue "NACLA Report on
the Americas"
- Elaboration d'un rapport d'observation électorale
après les élections du 20 août
Education
- Organisation d'un atelier de CAPACITAR du 12 au 14
septembre avec des ONGs et représentants de communautés
autochtones sur le thème "Traumatisme,
Traitement et Transformation".
- Accompagnement d'un atelier portant sur la Transformation
des conflits avec des femmes indiennes leaders dans
leurs communautés (Las Margaritas)
- Animation d'ateliers portant sur la Transformation
des conflits avec les membres de la Casa de la
Ciencia et pour
le Centre d'Investigation et de Soutien à la
Femme.
- Animation d'un atelier avec des représentants
de communautés autochtones appartenant à des
organisations indiennes et paysannes de la zone "Cañadas" (Analyse
des conflits et recherche de stratégies
pacifiques).

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