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:: BULLETIN DU SIPAZ: Vol V No 4 - Novembre 2000

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historique de l’opposition
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democratique au Mexique
-> Dossier "Déplacés nous vivons…":
une réalité qui demande
une réponse
-> Activités de l'équipe au chiapas
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:: SYNTHÈSE

Pablo Salazar Mendiguchía, candidat de l’Alliance pour le Chiapas, a été élu gouverneur du Chiapas le 20 août. Il a gagné avec 51,5% des votes et Sami David, candidat du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), a obtenu 45,7% des suffrages. Cette défaite a représenté un revers inattendu pour le PRI, parti qui domine la politique du Chiapas depuis des décades.

Comme beaucoup de leaders d’opposition au Mexique, Salazar fut militant du PRI durant toute sa vie politique, occupant différents postes au Chiapas ou au niveau fédéral, jusqu’à sa sortie de ce parti en 1999 pour prendre la tête de la campagne de l’opposition pour le poste de gouverneur. Une des principales raisons de cette rupture a été l'incapacité du PRI à faire face au conflit du Chiapas. Comme sénateur du PRI, Salazar fut membre de la Commission de Concorde et Pacification (COCOPA), une instance législative de soutien au processus de paix au Chiapas. Il y a joué un rôle important dans la rédaction de la proposition de loi visant à finaliser les accords de San Andrés signés par le gouvernement mexicain et l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) en 1996. Le président Ernesto Zedillo a rejeté la proposition de la COCOPA et a présenté une contre proposition. Aucune des deux ne fut soumise au vote, et le dialogue reste suspendu depuis 1996.

Salazar a mené sa campagne électorale de manière notable, sa candidature étant soutenue par une alliance de l’opposition qui incluait pratiquement tous les partis d’opposition du Chiapas.

Sa plate-forme de propositions de changement a réussi à convaincre une population doutant de pouvoir rompre l’hégémonie du PRI dans la vie politique du Chiapas. Dans la mesure où les enquêtes lui donnaient un avantage considérable, croissait la préoccupation que le PRI, connu au Chiapas pour ses actions violentes et son recours à la fraude, n’accepterait pas la défaite. Les peurs ont augmenté à l’approche des élections, du fait de l’augmentation des disputes agraires et d'actions paramilitaires dans différentes régions.

Finalement, malgré les dénonciations de pressions, l’intimidation et les irrégularités de divers types, en règle générale, la journée électorale s'est déroulée de manière pacifique, le scrutin a été transparent et le PRI a reconnu la volonté populaire. De son coté, l’EZLN a gardé le silence durant la campagne et l’abstentionnisme a été clairement plus important dans les zones zapatistes.

Malgré l’important soutien électoral reçu, Salazar devra gouverner avec une majorité au Congrès de l’état et des mairies encore aux mains du PRI. En même temps, il ne lui sera pas facile de maintenir la cohésion entre les différentes forces qui ont soutenu sa candidature. Et les défis à relever sont énormes : combattre la pauvreté et la marginalisation, promouvoir le développement économique, contrôler la violence politique et reconstruire le tissu social. D’un autre coté, son engagement de gouverner en incluant d’autres secteurs comme les indigènes et les paysans, donne l'espoir d’un nouveau type de politique au Chiapas.

La victoire de l’opposition au Chiapas a été facilitée par celle de Vicente Fox en Juillet. Quand il prendra possession de son poste le 1° décembre, Fox sera le premier président n'appartenant pas au PRI en 71 ans. Aucun parti n’aura la majorité dans les deux chambres du Congrès. Dans la nouvelle chambre des députés, le Parti d’Action National (PAN) a 213 sièges, le PRI 210 et le Parti de la Révolution Démocratique (PRD) 44. Au Sénat, le PRI a 59 sièges, le PAN 46 et le PRD 15.

Un des défis les plus grands pour Fox et Salazar sera le conflit au Chiapas. Fox a indiqué qu' une de ses premières actions comme président sera d’envoyer la proposition de la COCOPA au Congrès. Il a aussi manifesté son intention de reprendre le dialogue avec l’EZLN et de réduire la présence massive de l'armée au Chiapas (actuellement, quelque 70.000 soldats, un tiers de l'armée fédérale). Mais l’approbation de la proposition de la COCOPA rencontrera des difficultés auprès du nouveau Congrès et Fox n’a pas dit clairement s’il ferait tous les efforts nécessaires pour obtenir un résultat favorable. Quant à la présence militaire au Chiapas, il s’agit d’un sujet de polémique. Fox considère le retour des zapatistes à la table du dialogue comme une condition au retrait de l'armée. De son coté, l’EZLN n’a pas répondu aux offres de l’équipe de Fox, mais dans le passé, elle a déjà posé des conditions préalables à la reprise d’un dialogue: ces conditions se doivent au manque de confiance dans le processus de paix (quand les accords signés n'ont pas été respectés) et partent de la nécessité urgente de mettre fin à l’oppression des communautés indigènes (présence militaire).

Le nouveau gouverneur, bien qu’il ne puisse pas ordonner le retrait de l'armée, ni résoudre le conflit avec l’EZLN, peut contribuer à générer la confiance et améliorer les conditions nécessaires pour un véritable dialogue.

Pendant ce temps, la plus récente d’une série d’enquêtes de l’ONU sur la situation des Droits Humains au Mexique, illustre la préoccupation internationale pour cette région ; en août, Erica Irene Daes, Présidente du Groupe de travail sur les Populations Indigènes de l’ONU, a informé la Sous Commission des Droits Humains sur sa visite en avril 2000. Son rapport signale que la militarisation des communautés indigènes et l’utilisation croissante de l'armée dans des opérations de police contribuent à créer une ambiance de peur et de violations des Droits Humains, incluant le droit à la vie, à l’intégrité physique et à la protection contre la détention arbitraire.

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Actions recommandées

  1. Féliciter le Président élu Vicente Fox pour sa victoire et son intention annoncée de présenter au Congrès de l’Union la proposition de la COCOPA pour mettre en œuvre les Accords de San Andrés y reprendre le dialogue avec l’EZLN.
  2. Observant le manque de consensus au Congrès sur le projet de la COCOPA, exhorter Fox à faire les efforts nécessaires pour assurer l’approbation de la législation conformément au texte et à l’esprit des Accords de San Andrés.
  3. Considérant que la présence massive de l’armée occasionne de fortes tensions dans les communautés indigènes intercéder pour que le Président élu retire, immédiatement après sa prise de possession, un nombre significatif de campements militaires de la zone où leur présence provoque des tensions plus fortes. Faire remarquer que cette action ne servira pas simplement à réduire les tensions mais aussi comme un moyen pour générer la confiance, ce qui améliorera les conditions pour la reprise du processus de paix.
  4. Diffuser ces informations –comme ce rapport- sur la situation actuelle du Chiapas.

ECRIRE A :

(jusqu’au 1° décembre)
Lic. Vicente Fox
Reforma 525, Colonia Lomas de Chapultepec
Código postal 11000 México DF, México
Fax: (int-52)(5)520 7125

(après le 1° décembre)
Lic. Vicente Fox
Presidente de la República
Palacio Nacional
06067 México, DF, México
Fax (int-52)(5)515 4783

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:: ACTUALITE

Elections au Chiapas : triomphe historique de l’opposition

Le 20 août, l’état du Chiapas a élu son nouveau gouverneur. Pablo Salazar Mendiguichia, de l’Alliance pour le Chiapas a gagné avec 535 860 voix (51,50% des votes) et Sami David, du Parti Révolutionnaire Institutionnel a obtenu 475 267 voix (45,68%). Le candidat de l’opposition a gagné dans 15 des 24 districts électoraux ; le candidat du parti officiel, dans 9.

Selon l’Institut Fédéral Electoral (IFE), 2 090 545 personnes en âge de voter se trouvaient inscrites sur les listes de vote. Moins de 50% d'entre elles ont finalement voté. L’abstentionnisme a été 10% supérieur à celui enregistré durant les élections présidentielles de juillet.

L’Alliance pour le Chiapas, qui comme jamais auparavant avait regroupé huit partis de toutes les tendances, a triomphé dans les villes les plus importantes : Tuxtla Gutierrez (capitale de l’état), Tapachula et San Cristóbal de las Casas. Ce furent les élections les plus observées de toute l’histoire du Mexique : plus de 4 mille observateurs nationaux et environ une centaine d’internationaux –accrédités par le Conseil Electoral de l’Etat, CEE- se sont déplacés dans tout le territoire du Chiapas.

La journée électorale

En dépit des incidents violents, des menaces, des rumeurs et des fortes attaques verbales entre l’opposition et le parti officiel durant la période préélectorale, la journée de l’élection a été plutôt tranquille, un fait inhabituel pour cet état. Il n’y a pas eu les habituels barrages de l'armée ou de contrôle de la Migration, et les soldats sont restés dans les casernes de la zone.

Les Zapatistes, qui n’avaient pas donné de préférence de vote pour ces élections, n’ont pas non plus empêché ou mis des obstacles au vote dans leur zone d’influence, comme ils l’avaient fait en 1997. On peut remarquer un fort taux d’abstention dans la Selva (leur principale zone d’influence ) : dans un calme quasi général, moins de la moitié des électeurs se sont présentés aux bureaux de vote. Le PRI a gagné avec un très léger avantage dans le district de Ocosingo, avec une différence de 1305 voix.

Dans les zones Nord et Altos (Hauts Plateaux), la tension a été plus importante et plus facilement observable. Dans la première (bastion traditionnel du groupe supposé paramilitaire Desarrollo, Paz y Justicia), malgré un climat de tension et de menaces, et bien que le processus électoral ait surtout été contrôlé par des responsables du PRI, l’Alliance pour le Chiapas a obtenu une grande victoire.

Dans ces zones, autour de 5000 déplacés ont du aller voter dans leurs lieux d’origine ou dans les chefs lieux de district, vu qu'aucun bureau de votes spécial n'avait été installé dans leurs campements.

Irrégularités et avancées dans le processus électoral

Malgré les multiples difficultés administratives, le CEE a agit avec plus d’indépendance et d’impartialité, caractéristiques dont les organismes électoraux n'étaient pas dotés au Mexique – et encore moins au Chiapas- avant la réforme qui commença en 1996.

Malgré les avancées de cet organisme d’état, de multiples dénonciations ont été reçues : achat de votes, contrainte ou induction, usage de programmes sociaux du gouvernement à des fins prosélytes, transport d’électeurs, violation du secret de vote, surtout dans les zones rurales qui représentent la majeure partie du territoire.

Peu de temps après les élections, le 16 octobre, le Congrès de l’état a approuvé une série de réformes électorales grâce à une majorité de cotes des députés du PRI (l'opposition a voté contre). Ces réformes ont été qualifiées de retour en arrière démocratique. Elles comprennent : ne pas permettre aux alliances de partis de participer aux élections pour la présidence municipale et les députés, changer la figure du conseiller citoyen pour celle de conseiller électoral et changer la structure du Tribunal d’Etat Electoral. Parce qu’il était en désaccord, le Président du Conseil d’Etat Electoral, Eduardo Pineda, a présenté sa démission, tandis que les partis d’opposition annonçaient leur intention de faire appel devant la Cour Suprême de Justice pour inconstitutionnalité.

Conflits agraires

La campagne électorale s’est déroulée dans une ambiance de grande tension à cause de différents conflits liés à la terre. A peine deux semaines avant le vote, la violence allait crescendo. Dans les terres de Progreso et Paraiso, municipalité de Yajalon, approximativement 60 familles ont été violemment délogées par un groupe civil et armé qui portait des uniformes et a été qualifié de paramilitaire. A Ocosingo, on a vu un accroissement des disputes agraires entre membres du PRI, de l'EZLN et d'organisations indépendantes.

Dans l’ejido Amador Hernadez, municipalité de Ocosingo, en juin dernier, les habitants ont présenté par l’intermédiaire du Centre des Droits Humains Fray Bartolome de las Casas, CDHFBC- une plainte contre l'armée mexicaine devant la Commission Nationale des Droits Humains, plainte qui fut acceptée. La raison est la spoliation et le préjudice écologique provoqués par l'armée quand elle est entrée dans ces villages le 9 août 99. A ce jour, selon les villageois, de 5 hectares qu’elle occupait au début, elle est passée à 8. Cette plainte a aussi été présentée devant le juge fédéral.

Par un décret publié le 18 octobre, le Président Zedillo a exproprié 3,5 hectares de l’ejido Amador Hernandez. Comme le dit ce décret, ces hectares seront destinés à la construction d’installations militaires. Devant cet acte, le CDHFBC a dit que l’expropriation révèle que l’entrée de l'armée dans ce lieu constitue un travail de contre insurgeance. Il affirme qu’il a confiance que le pouvoir judiciaire de la fédération ne soutiendra pas une violation de droits sociaux.

Les Accords de San Andrés

Par le biais de nombreuses déclarations, le président élu, Vicente Fox, a dit qu’il retirerait l'armée du Chiapas, mais seulement si se rétablit le dialogue avec l’EZLN. De plus il a déclaré que le problème du Chiapas est régional et non national, mais qu’il faut le résoudre. D’après Fox, c’est maintenant le moment de reprendre le dialogue et de trouver une solution pacifique à la problématique de cet état. Sur ce même thème, il a assuré qu’une des taches prioritaires quand il prendra le pouvoir le 1° décembre, sera d’envoyer devant le Congrès, le projet de Loi de la Commission de Concorde et de Pacification (COCOPA) fondé sur les Accords de San Andrés, pour qu’elle soit discutée et approuvée. Quelques députés du PRI ont déjà dit qu’ils appuieraient le projet. Mais il est probable que d’autres propositions parallèles seront présentées. Et l’avenir de la COCOPA fait l'objet de doutes.

Toujours sur ce même thème, la Présidente du Groupe de Travail sur les Populations Indigènes des Nations Unies, Erica Irene Daes, a présenté en réunion plénière de la Sous Commission des Nations Unies pour les Droits Humains, un rapport sur sa visite au Mexique en avril dernier, à l’invitation du Président Zedillo. Dans son rapport, elle recommande au gouvernement fédéral le respect des Accords de San Andrés et, aux deux parties (gouvernement et EZLN), le retour au dialogue. Elle signale aussi que la militarisation des villages indigènes et l’utilisation croissante de l'armée dans des taches de polices créent des situations de violence, une atmosphère de peur et de violations des Droits Humains, incluant le droit à la vie, à l’intégrité physique, à la libre circulation et à des détentions arbitraires.

La recomposition de la COCOPA, instance co-auxiliaire dans le processus de paix au Chiapas est éminente. Il restera à voir la ligne qu’elle prendra face au conflit.

D’autre part, une fois élus les nouveaux sénateurs et députés fédéraux, le Congrès de l’Union sera composé de la manière suivante :

Principaux partis politiques

Députés
Sénateurs
PAN
213
PAN
46
PRI
210
PRI
59
PRD
44
PRD
15

Fox et les ONG

Marquant une notable différence avec ses prédécesseurs, le président élu, Vicente Fox, a développé des contacts avec diverses organisations non gouvernementales (ONG) de la société mexicaine. Une première réunion a eu lieu en août à Mexico (SIPAZ y a participé). Postérieurement, Fox a participé à une réunion avec des ONG au Canada et aux Etats Unis. En septembre, l’équipe de transition de Fox a annoncé sa proposition de réaliser une réforme législative pour permettre que les ONG mexicaines participent à la planification, l’exécution et l’évaluation de politiques publiques.

Faits Inhabituels

En août, de manière quasi parallèle aux défaites électorales du parti officiel, à Chimalhuacan, Etat de Mexico, une querelle sanglante entre deux groupes du PRI s’est soldée par 10 morts, 42 blessés et 245 arrestations. Guadalupe Buendia « La Louve »fut qualifiée de responsable, elle qui aurait exercé le pouvoir absolu sur ce lieu depuis 1996.

D’une manière inhabituelle, dans une entrevue avec les moyens de communication, le 29 septembre, le général d’Armée, Enrique Canovas Buenrostro, qui a sous ses ordres près de 10 campements militaires dans la zone d’influence zapatiste dans la région de los Altos, a reconnu qu’il existe des groupes paramilitaires dans l’état du Chiapas. Il a indique que ceux ci opèrent dans la région Nord et Selva et que dans la région de los Altos (Hauts Plateaux), l'ambiance est beaucoup plus tranquille.

En septembre, la Procuration Générale de la République (PGR) a émis un ordre de présentation contre des membres de présumés groupes paramilitaires qui opèrent dans les municipalités de Yajalon et Venustiano Carranza. Selon le rapport de cette dépendance, bien que des témoignages et des preuves indiquent qu’ils fonctionnent comme des groupes paramilitaires, la PGR assure qu’il ne s’agit que de bandits.

Le 28 octobre, au milieu d’une impressionnante opération policière, l’Unité Spécialisée pour l’Attention aux Délits Commis par de Probables Groupes Civils Armés de la PGR a arrêté 11 membres du supposé groupe paramilitaire Développement, Paix et Justice et Union Paysanne Indigène Agricole et Forestière (UCIAF). Parmi ceux-ci se trouvaient les dirigeants Samuel Sanchez, ex député du PRI local et Marcos Albino Torres, ex caporal de l'armée. Fut aussi capturé Mario Cruz Perez, dirigeant du groupe qui a envahi le champ Paraiso, de la municipalité de Yajalon.

Selon la PGR, ils sont accusés de délits de terrorisme, possession d’armes à feu à usage exclusif de l'armée, association délictueuse, délinquance organisée, lésion, préjudice et spoliation. L'enquête en cours s'est vue accélérée à partir des événements de Yajalon. Les détenus ont accusé des organisations nationales et internationales de faire pression auprès du gouvernement pour réaliser cette opération à leur encontre. Selon la presse locale, d'autres autorités de l’état (de l’administration du PRI sortante) ont offert un appui économique et politique, ainsi que la meilleure aide juridique aux détenus.

Rapport de Zedillo

Le 1° septembre, le Président Zedillo a fait connaître son dernier rapport annuel. Il a été critiqué par l’opposition pour avoir omis le conflit du Chiapas. Entre autres observations, le Président élu Vicente Fox a souligné qu’il n’a pas abordé les thèmes critiques de ces dernières cinq années, comme le conflit au Chiapas et les massacres d’Acteal et de Aguas Blancas.

Scandale politique

Un jour avant la présentation du rapport de Zedillo, les généraux Francisco Quiros et Mario Arturo Chaparro furent détenus pour leurs liens présumés avec le milieu de la drogue. Le général Rafael Macedo de la Concha, Procureur Général de la Justice Militaire a dit qu’ils pourraient être condamnés à 50 ans de prison s’ils sont reconnus coupables.

Tournées de Fox

Entre août et octobre, le président élu, Vicente Fox, a réalisé des visites en Amérique Centrale (Costa Rica, San Salvador et Nicaragua) ; Amérique du Sud (Chili, Argentine, Brésil et Uruguay) ; Amérique du Nord (Canada et USA) ; Europe (Espagne, France, Allemagne, Belgique et Angleterre) ; et en Colombie pour une rencontre avec les gouvernements et les chefs d’entreprise, pour « présenter le nouveau visage du Mexique », et relancer les accords commerciaux.

Elections au Tabasco

Au milieu d’élections douteuses, le 22 octobre, le candidat du PRI Manuel Andrade a été déclaré officiellement nouveau gouverneur de Tabasco, voisin du Chiapas,. Dans cette lutte électorale son adversaire le plus fort a été le candidat du Parti de la Révolution Démocratique, PRD, Cesar Raul Ojeda. D’après l’Institut Electoral de Tabasco, le PRI a obtenu 298 986 voix et le PRD 290 968. Les représentants du PRD ont dénoncé une fraude et n'ont pas avalisé les élections. Ils ont dit qu’ils porteraient l’affaire jusqu’aux organismes du Pouvoir Judiciaire Fédéral. En même temps, ils ont exprimé leur attente d’une déclaration du président élu, Vicente Fox qui ne s’est pas manifesté à ce sujet.

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:: ANALYSE

LES DEFIS DE LA TRANSITION DEMOCRATIQUE AU MEXIQUE

La transition démocratique rendue possible du fait de la victoire de l'opposition lors des élections fédérales de juillet et celles d'août au Chiapas ouvre de nouvelles perspectives. Ces résultats électoraux ne garantissent certes pas la solution immédiate des multiples problèmes en suspens : la pauvreté croissante, l'impunité et la violence politique ainsi qu'un conflit en situation d'impasse au Chiapas, pour mentionner quelques-uns uns des plus urgents. Ces résultats pourraient cependant marquer le début d'une nouvelle relation entre l'Etat et la société mexicaine. Que ce soit au Chiapas ou à échelle nationale, le défi est le même : couvrir les besoins de la population dans son ensemble par delà les intérêts partisans et apprendre à fonctionner comme une démocratie mûre qui implique une négociation permanente entre forces politiques.

Corrélation des forces

Les élections fédérales de juillet ont donné lieu à une nouvelle configuration politique beaucoup plus complexe. Peu après sa victoire, Fox a déclaré qu'il ne prétend pas gouverner pour le Parti d'Action Nationale (PAN), la principale force qui l'a porté à la présidence. De son côté, ce parti a affirmé qu'il ne recevrait pas de lignes de conduite depuis la présidence. De plus, le président ne pourra pas compter avec une majorité absolue et inconditionnelle au sein des Chambres des députés et sénateurs. Aucun parti ne pourra s'imposer sur les autres sans négociation, ce qui constitue certes une avancée démocratique mais ce qui rendra plus difficile les accords pour promouvoir les réformes nécessaires. Le gouvernement de Vicente Fox ne pourra se fortifier qu'en fonction de sa capacité à convaincre les autres groupes politiques de la légitimité et de la pertinence de ses propositions de changement.

Dans ce nouveau cadre, tous les partis politiques sont entrés dans une phase de repositionnement et le jeu des alliances ne fait que commencer. Les résultats de juillet et d'août représentent un affaiblissement significatif du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), la parti qui vient de perdre la présidence après 71 ans au pouvoir. Reste une question : pour quel rôle optera le PRI ? Il se trouve pour la première fois hors du pouvoir exécutif mais maintient son pouvoir au niveau des gouvernements des états et municipalités ainsi que des liens solides avec les structures de pouvoir de base ainsi que les groupes de pouvoir économique. Le défi pour la représentation du PRI au Congrès, est désormais de recomposer l'unité du parti quand la défaite a généré de nombreuses fissures et luttes de pouvoir internes dans la recherche d'un nouveau leadership. Les possibles conséquences de ces temps de réaccomodements restent préoccupantes : les violents affrontements entre fractions du PRI à Chimalhuacán, état de Mexico, ont été présentés comme une illustration de ce risque.

Bien qu'il ait à nouveau gagné la capitale au cours des élections de juillet, le Parti de la Révolution Démocratique (PRD), de son côté, s'est vu ébranlé par sa défaite fédérale. Le principal parti de gauche traverse une difficile période de redéfinition structurelle et idéologique.

Temps de changement

L'onde de choc en est même venue à secouer les Forces Armées, une institution qui paraissait jusqu'alors monolithique. Ces temps de transition sont en effet marqués par des luttes internes entre différentes fractions : certains parlent de la nécessité d'une épuration tandis que d'autres soutiennent "l'ordre ancien".

La détention d'Acosta Chaparro et de Quiros Hermosillo, deux généraux de la ligne dure accusés pour leurs liens avec le milieu de la drogue, parait indiquer une nouvelle corrélation des forces : tous deux appartenaient à un milieu militaire jusqu'alors intouchable.

D'autres éléments indiquent un changement et le désir de parvenir à construire une démocratie plus consolidée et transparente : c'est par exemple le cas de la sentence prononcée par la Cours Suprême qui va obliger le président Zedillo à présenter les comptes de la campagne électorale qui lui a permis d'accéder à la présidence en 1994. C'est aussi le cas du traitement donné à différents scandales impliquant des personnes de haut niveau au sein de son gouvernement.

Il faut encore signaler l'ouverture montrée par Fox pour dialoguer avec les organisations non gouvernementales (ONG). Il a déclaré son intention de les inclure dans la recherche et la mise en pratique de politiques publiques. Ce fait et les réunions avec ces organisations semblent indiquer une nouvelle attitude du pouvoir politique vis à vis de la société civile. Fox a indiqué que ces réunions sont un premier pas ; mais il reste encore à voir si elles représentent un intérêt réel dans une relation réellement substantielle.

EZLN: Le choix de la non intervention

Avant les élections, l'EZLN s'était limitée à dire qu'elle respecterait le processus électoral et ses résultats. Après la victoire de l'opposition en juillet, on aurait pu s'attendre à un changement d'attitude. L'EZLN a pourtant gardé le silence face aux élections du Chiapas alors même que pour la première fois, l'opposition avait une possibilité réelle de gagner. Dans les faits, on a pu observer une augmentation de leur participation mais dans l'ensemble, peu de zapatistes ont voté, favorisant ainsi la victoire du PRI dans des zones sous leur influence.

Défis pour le nouveau gouvernement de l'état

L'amplitude et la diversité du spectre politique qui soutenait la candidature de Pablo Salazar constituent un premier défi pour le nouveau gouvernement. De plus, ses propositions de réformes pourront se voir entravées par le contrôle du PRI sur le Congrès de l'état et dans la majorité des mairies, contrôle qu'il maintiendra pour le moins jusqu'aux prochaines élections de novembre 2001. Il reste à voir comment se positionneront des acteurs jusqu'à ce jour liés au gouvernement du PRI : organisations paysannes, syndicats ouvrier et enseignant, moyens de communication et certains grands groupes de pouvoir économique de l'état.

Certaines taches peuvent sembler titanesques pour le nouveau gouvernement : combattre la pauvreté et l'exclusion sociale, promouvoir le développement, reconstruire le tissu social, résoudre les explosives disputes agraires, contrôler les groupes armés, etc. Mais d'un autre coté, le triomphe de Salazar a créé un nouvel espace politique dans lequel pourront participer des acteurs sociaux qui, historiquement, avaient été maintenus en marge du pouvoir (indiens et paysans par exemple). Sans nul doute, en grande mesure de l'habileté des différents secteurs de la société civile pour articuler créativement leurs demandes dans la construction d'un nouveau projet politique pour le Chiapas dépendra le sort de la transition démocratique dans cet état et dans le reste du pays. La question est de savoir si Salazar pourra maintenir le mouvement citoyen qu'il a réussi à créer autour de lui. Comment pourra-t'il réponde aux demandes et expectatives de secteurs sociaux et politiques si divers, et y compris opposés historiquement ?

Le conflit du Chiapas après les élections

Dans les thèmes en suspens des deux gouvernements se trouvera sans nul doute la résolution du conflit du Chiapas. Certainement, la victoire de l'opposition au niveau fédéral et local ouvre de nouvelles perspectives en ce sens. La présence chaque jour moindre du sujet dans les moyens de communication ne doit en effet pas cacher que les causes de ce conflit persistent et que la situation continue à être explosive. Dans la plupart des cas, les conditions de vie des autochtones ont même empiré. De plus, la détérioration accélérée du tissu social fait que le conflit de l'EZLN avec le gouvernement n'est en fait qu'un des multiples conflits. La situation est toujours plus complexe et les réponses devront être définies depuis les deux niveaux de pouvoir : fédéral et étatique.

Si Salazar ne peut pas ordonner le retrait de l'armée (responsabilité qui correspond au gouvernement fédéral) et si la solution du conflit avec l'EZLN n'est pas de son ressort, le nouveau gouverneur pourra aider à créer les conditions nécessaires à la reprise du dialogue.

Silence controversé de l'EZLN

Le silence de l'EZLN devant les propositions du président élu (y compris la possibilité d'un dialogue direct avec lui)a été perçu comme un manque de volonté de négociation. Il existe d'autres explications. Il est possible que l'EZLN attende la prise de possession du président élu. Une autre possibilité est qu'elle considère que les conditions n'existeront pas tant que la présence massive de l'armée mexicaine perdurera.

Dans un même sens, la défaite du PRI par le biais des urnes et non par la voie des armes constitue pour certains un questionnement à la stratégie choisie par l'EZLN. D'autres soulignent plutôt qu'une telle défaite n'aurait pas été possible sans le travail de prise de conscience démocratique de l'EZLN. Le mouvement zapatiste doit encore définir sa position face au nouveau scénario démocratique.

Dialogue en suspens

En fait, l'EZLN a déjà "parlé". Depuis septembre 96, elle a posé ses conditions pour reprendre le dialogue et très certainement pour elle, elles doivent être prises en compte en premier lieu. Face à ce fait, le panorama n'est déjà plus aussi prometteur : chacun des deux acteurs semblent attendre une preuve de la volonté de l'autre comme une condition préliminaire pour continuer à avancer.

Cette difficulté est évidente si l'on considère pour commencer la première condition des zapatistes: le retrait des militaires et le démantèlement des paramilitaires. Le président élu a posé une condition au retrait des troupes : un pacte avec les zapatistes pour reprendre le dialogue. En fait, il est difficile de penser à un "retrait total" de l'armée. Dans beaucoup de communautés divisées, une partie de la population demande leur protection et elle peut apparaître comme l'unique instrument permettant de contrôler les paramilitaires quand la structure politique et juridique locale reste dominée par le PRI. Cependant, une manière de reconstruire la confiance pourrait être le retrait immédiat de certains des campements militaires qui génèrent le plus de tension (Amador Hernández par exemple).

Un autre point clé : les accords de San Andrés signés par le gouvernement fédéral et l'EZLN depuis 1996. La Commission pour la Concorde et la Pacification (COCOPA) a accepté de rédiger une proposition de réforme constitutionnelle en matière de droits et culture autochtone en posant une condition : ce document serait définitif. Au cours des années passées, plusieurs partis ont proposé leur propre texte (celui du PRI fut repris par le président Zedillo). Si Fox a bien dit qu'il présenterait l'initiative de la COCOPA au Congrès, il semble évident que sans obtenir d'accords préalables, cette proposition a très peu de chance d'être approuvée. C'est pourquoi le nouveau gouvernement, en plus de sa volonté déjà exprimée, doit se compromettre à un travail de lobbying fort et clair.

Au bout du compte, il reste beaucoup à inventer dans les nouvelles relations politiques dont le Mexique a besoin pour pouvoir affronter constructivement les défis de la transition. La communauté internationale pourra être un facteur important de pression afin que le nouveau gouvernement fédéral accepte sa responsabilité face au conflit du Chiapas ainsi que face à d'autres thèmes en suspens à l'échelle nationale, thèmes qui garantiront une réelle avancée du processus de démocratisation.

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:: DOSSIER

"Déplacés nous vivons…":

Une réalité qui demande une réponse

Lors de sa visite au campement de X’oyep, le 11 août, Pablo Salazar, alors candidat au poste de gouverneur du Chiapas, a déclaré : « Dans neuf jours aura lieu une élection et nous allons la gagner, il y aura un nouveau gouvernement de réconciliation et de paix, et la première chose que je ferai, c'est d’établir le contact avec les communautés de déplacés, pour parvenir à la réconciliation… Je vous en supplie, résistez encore un peu plus, résistez jusqu'en décembre, parce que le prochain gouvernement vous appuiera. ».

Les déplacés internes au Chiapas représentent une des situations les plus compliquées que Salazar, désormais élu gouverneur, aura à affronter à partir de sa prise de possession en décembre de cette année. Dans les zones de conflits (Altos, Selva et Nord) il existe actuellement des groupes de déplacées de divers secteurs de la population (membres d’organisations civiles, membres du PRD, bases zapatistes, membres du PRI, catholiques et protestants). Le phénomène de déplacement s’est accéléré à partir du soulèvement armé en 1994. Selon CIEPAC ("Population Déplacée au Chiapas", 1999), il existe 21059 déplacés au Chiapas. Dans la seule municipalité de Chenalho, ils sont 9125 (idem).

Quelques-uns uns des déplacés vivent dans des communautés où on leur a prêté des terres pour cultiver (Zone Nord). D’autres ont formé des campements où habite un grand nombre de familles sur un terrain très réduit. Ils n’ont pas accès à leur parcelle de maïs et ils reçoivent une aide humanitaire d’institutions comme la Croix Rouge Internationale et Caritas de l’Eglise Catholique. C’est le cas des membres déplacés de la communauté « Las Abejas » qui vivent depuis plus de trois ans dans les campements de X’oyep, Tzajalchen et Acteal, dans la municipalité de Chenalho.

Au début de 1997 il y eut dans cette municipalité une escalade dans la violence où moururent des membres du PRI et des Zapatistes. A partir de septembre de cette année, des centaines de membres de Las Abejas commencèrent à quitter leurs villages d’origine. Dans ces villages, d’après des témoins, des groupes sous influence du PRI leur exigeaient une redevance pour acheter des armes. Ceux qui n'ont pas voulu reçurent des menaces et furent contraints de quitter leur lieu d’origine pour se regrouper dans des campements de déplacés. Des représentants de ces villages racontent : « Quand nous sommes arrivés au campement X’oyep, c’était la saison des pluies. Nous cuisinions et nous vivions dehors, sous la pluie ». Après le massacre d’Acteal, en décembre de cette même année, le nombre de déplacés a augmenté en même temps que la présence de l’armée, on a pu compter 21 campements militaires dans la municipalité. (idem).

Ceux qui sont originaires de Yibeljoj, une communauté de Chenalho, décrivent leur vie dans le campement de X’oyep : « Il n’a pas de bonnes maisons, nous souffrons beaucoup, nous dormons par terre ». « Nous dormons dans des maisons au toit de plastic, avant il y avait des planches ». « Avant il y avait du bois de chauffe, mais tout s’est terminé. Les femmes et les enfants tombent malades, on est sans cesse préoccupé pour répondre à leurs besoins… nous sentons la souffrance et nous le supportons plus ».

« Déplacés nous vivons… »

Les membres de la communauté Las Abejas ont participé à diverses manifestations pour faire connaître leurs besoins et exiger les conditions de leur retour. Le 10 août de cette année, quelques centaines d’indigènes firent une marche pour demander que le gouvernement agisse contre les supposés groupes paramilitaires et s’engage à payer les indemnisations aux déplacés.

Maintenant, beaucoup d’entre eux, se sont intégrés au Pèlerinage Jubilé 2000 pour prier avec les autres indigènes du Chiapas, afin d’obtenir les conditions nécessaires à un éventuel retour. Les 250 pèlerins tzotziles, ch’oles, tzeltales et tojolabales représentant les principales ethnies du Chiapas marchent avec ce thème : « Marchant, nous sommes nés, pèlerins nous sommes … Déplacés nous vivons… Le chemin nous appartient, à lui nous remettons nos pas ».

Les participants furent invités par Las Abejas et l’organisation Xi’Nich’ (voir le glossaire) à se mobiliser avec comme objectif d’améliorer leurs conditions de vie et de fortifier leur courage pour « continuer de lutter pour la paix juste et digne des peuples indiens ». Ils ont commencé à marcher le 14 octobre de la communauté d’Acteal et pensent arriver à la Basilique de la Guadalupe à Mexico le 12 décembre (date de la fête de Notre Dame de la Guadalupe) en parcourant une distance de 1300 kilomètres.

Parmi les demandes les plus importantes des participants on trouve le retour des groupes déplacés et d’autres questions en relation, comme par exemple : la suppression des groupes paramilitaires au Chiapas, la démilitarisation de l'état et du pays, la réconciliation communautaire, la libération des indigènes prisonniers politiques et l’accomplissement des Accords de San Andres.

A X’oyep, cependant, 96 familles, originaires du village de Yobeljoj, ont décidé qu’elles ne pouvaient plus attendre un retour négocié avec les autorités et avec le minimum de garanties de sécurité, et vu qu’elles ne pouvaient plus supporter les difficultés rencontrées dans ce campement elles ont pris la décision de changer de lieu, en créant un nouveau campement avec un meilleur accès à l’eau et au bois de chauffe. Ils ont chargé toutes leurs affaires sur plus de 10 kilomètres par un chemin de terre, plein de boue en période de pluie. Ils ont été jusqu’à un lieu proche de leur village d’origine. Ils n’ont pas voulu retourner dans ce même village, « parce que les paramilitaires sont encore là, nous avons peur, il y a aussi ceux de l'armée qui sont sur la route" ». Pour cette raison disent-ils « nous continuons d’être des déplaces. ».

Manque de sécurité

La sécurité est un thème prioritaire dans ces mouvements comme ce changement de lieu ou dans le cas d’un éventuel retour. La Croix Rouge Internationale n’a pas participé à l’accompagnement des familles de Yibeljoj, le 17 octobre, en considérant que les conditions, ni de sécurité, ni matérielles, nécessaires pour une amélioration de la vie de ce groupe de familles n’étaient pas réunis. Pierre Ferrand, chef de la sous délégation de la Croix Rouge Internationale, s’est exprimé en ces termes : « Nous respectons la décision des déplacés, mais nous n’accompagnons pas le changement de lieu des déplacés de X’oyep, parce que ce ne fut pas le produit d’une négociation entre les différentes parties ni avec l'état. Il n’y a pas eu non plus de dialogue avec les habitants de Yibeljoj avec lesquels on aurait pu construire un minimum de sécurité».

Les déplaces eux-mêmes reconnaissent ce manque de sécurité mais en même temps se réfèrent à d’autres facteurs. « Ici nous avons peur, nous sortons par nécessité. Ce n’est pas par choix que nous partons ». Différentes ONG, tout en reconnaissant les risques qui continuent d’exister du fait de la tension dans cette zone et de la présence des groupes de paramilitaires, ont décidé de les accompagner. La Commission des Droits Humains (CNDH) a envoyé des observateurs pour accompagner ce changement de lieu.

De son coté, Antonio Perez Arias, le président municipal de Chenalho, dans le journal Cuarto Poder, a dit que n’existaient pas les conditions nécessaires au retour des Abejas déplacés. On peut mentionner en lien avec cela, les Actes signés en juillet de cette année par lui et les habitants du PRI de différentes communautés de la municipalité qui prétendaient garantir la sécurité physique des déplacés qui viennent travailler dans leurs parcelles ou qui reviennent vivre dans leur maison. Toutefois les représentants des Abejas ont considéré que ce n’était pas suffisant. « Nous n’avons pas confiance dans ces Actes parce que… quand nous rentrons dans notre communauté pour récolter le mais, on entend des coups de feu ».

En attendant la réponse du gouvernement

Mis à part les problèmes de sécurité, les déplacés de Ybeljoj ont vu que d’autres besoins sont apparus dans ce nouveau lieu. « Nous sommes dans la même situation qu’en 97 » Un des représentants s’exprime en ces termes : « les souffrances que nous rencontrions étaient alors liées au problème de l’eau et du bois du chauffage, maintenant cela est solutionné (dans ce nouveau campement) avec la rivière et les arbres mais seulement en partie ». Les familles dans ce nouveau campement dorment dans des petites maisons faites de pieux de bois et de plastic. D’autres familles n’ont pas de maisons. « Nous sommes en train de démolir nos maisons à X’oyep pour transporter les matériaux ici. Mais il y a des gens à X’oyep qui vivaient à trois, quatre jusqu’à cinq familles dans la même maison. Ici chacune est dans son terrain. Alors, il nous manque des tôles. On se prête des endroits pour dormir ».

Pour cette raison, les déplacés exigent qu’on leur paye les indemnisations pour le vol et la destruction de leurs biens de 1997. « Quand nous sommes sortis (de Yibeljoj en 97), nous avons laissé du maïs, des sièges, des tables, des moulins à maïs et tout le matériel de cuisine ». Dans le cas de Yibeljoj, les maisons des Abejas existent toujours. Mais pour les déplacés d’autres communautés dont les maisons ont été brûlées après leur départ, les indemnisations représenteraient une manière d’éviter, dans le cas d’un retour, les mauvaises conditions de vie que rencontrent actuellement les personnes originaires de Yibeljoj.

Les groupes de déplacés de Chenalho et du Chiapas représentent une réalité sans réponse pour le nouveau gouvernement pour qui le plus grand défi est de garantir la sécurité dans la zone, accorder les indemnisations et aider à la reconstruction du tissu social.

Pendant ce temps, les déplacés continuent d’attendre : « nous allons voir en premier le gouvernement de Pablo Salazar, qui a dit à X’oyep que s’il gagne, il désarmerait les paramilitaires. C’est ce qu’il a dit. S’il le réalise, nous allons rentrer (dans nos villages d’origine).

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:: ACTIVITES DE L’EQUIPE

Août-Octobre 2000

Visites et contacts

  • Première assemblée générale du SIPAZ avec des membres de la coalition d'Europe, des USA et d'Amérique latine pour évaluer et planifier notre travail.
  • Réception de plusieurs délégations d'Europe et des USA pour présenter la conjoncture au Chiapas et le travail du SIPAZ.
  • Visite de la zone Nord du Chiapas pour rencontrer différents acteurs politiques et religieux avant les élections.
  • Observation électorale (gouverneur du Chiapas) dans les régions : Nord, Hauts plateaux et Forêt Lacandone.
  • Participation à une réunion d'ONGs avec Vicente Fox (Mexico D.F.)
  • A Mexico D.F., réunions avec le sénateur Luis H. Alvarez (responsable du thème Chiapas au sein de l'équipe de transition de Fox) et avec Samuel Ruiz (ancien évêque de San Cristóbal).
  • Visite post-électorale de la zone Nord du Chiapas pour interviewer différents acteurs afin de connaître la nouvelle conjoncture politique.
  • Organisation de l'agenda et coordination des visites du premier Secrétaire politique de l'Ambassade britannique et d'une délégation du gouvernement allemand au Chiapas.
  • Observateur durant la de la Rencontre Sud-Nord "Les peuples d'Amérique construisant des alternatives face au Néolibéralisme". (San Cristóbal, du 9 au 12 octobre).
  • Accompagnement d'un groupe de déplacés des "Abejas" au cours du repositionnement d'un campement dans la municipalité de Chenalhó.

Information

  • Tournée d'un membre de l'équipe aux USA du 2 au 12 octobre pour participer à une conférence internationale sur le thème des initiatives de paix et échanger avec différentes ONGs, églises, organismes internationaux et des membres de la presse.
  • Tournée d'un membre de l'équipe en Allemagne pendant 4 mois pour présenter la situation au Chiapas et le travail du SIPAZ à des ONGs, groupes de solidarité et représentants du gouvernement.
  • Publication d'un article sur le résultat des élections au Chiapas dans la revue "NACLA Report on the Americas"
  • Elaboration d'un rapport d'observation électorale après les élections du 20 août

Education

  • Organisation d'un atelier de CAPACITAR du 12 au 14 septembre avec des ONGs et représentants de communautés autochtones sur le thème "Traumatisme, Traitement et Transformation".
  • Accompagnement d'un atelier portant sur la Transformation des conflits avec des femmes indiennes leaders dans leurs communautés (Las Margaritas)
  • Animation d'ateliers portant sur la Transformation des conflits avec les membres de la Casa de la Ciencia et pour le Centre d'Investigation et de Soutien à la Femme.
  • Animation d'un atelier avec des représentants de communautés autochtones appartenant à des organisations indiennes et paysannes de la zone "Cañadas" (Analyse des conflits et recherche de stratégies pacifiques).

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