:: SYNTHESE
Les élections nationales du 2 juillet
ont représenté une date historique pour le
processus de changement du Mexique. Après 71 ans de
gouvernement ininterrompu, le Parti Révolutionnaire
Institutionnel (PRI) a perdu la présidence face au
leader de l’opposition de centre droit, Vicente Fox.
L’ex gouverneur de l’état de Guanajuato
l’a emporté avec 43% des votes devant le candidat
du PRI et ex ministre de l’Intérieur, Francisco
Labastida. Cuauhtémoc Cárdenas, leader du Parti
de la Révolution Démocratique (PRD) de centre
gauche suit avec 17% des suffrages. La coalition de l’opposition
formée autour de Fox, incluant le Parti d’Action
Nationale (PAN) et le Parti Vert Ecologiste Mexicain
(PVEM) a obtenu le plus grand nombre de sièges dans la Chambre
des Députés ; le PRI l’emporte quant à lui
au Sénat. Mais ni le PRI ni le PAN n’ont obtenu
la majorité absolue dans l’une ou l’autre
des deux Chambres du Congrès.
La participation citoyenne a été élevée
: 64% des inscrits. Les élections se sont bien déroulées
et peu de plaintes ont été reçues pour
problèmes logistiques ou de fraudes. Dix organisations
civiles et 860 visiteurs internationaux ont participé comme
observateurs. Ils ont fait l’éloge du professionnalisme
et de l’impartialité de l’Institut Fédéral
Electoral, responsable de l’ensemble du processus.
Cet Institut n’a cependant pas pu éviter l'utilisation
de certaines pratiques (en particulier de la part du PRI)
comme l’achat de votes et autres formes de pression
au cours de la période préélectorale.
Cette tendance a été observée en particulier
dans les zones rurales.
Le président Zedillo et le candidat du PRI, Francisco
Labastida, ont reconnu la victoire de Fox quelques heures
après l'annonce des résultats préliminaires
le donnant pour vainqueur. Ce simple geste a réduit
l’incertitude qui régnait quant aux réactions
du régime face à sa défaite électorale.
Il a ainsi marqué un pas important dans la consolidation
de la démocratie au Mexique.
Au Chiapas, beaucoup étaient préoccupés
par le haut niveau de la militarisation qui, dans les zones
rurales, pouvait rendre le vote plus difficile. Contrairement à ce
qu’ils craignaient, l’armée a retiré ses
barrages le jour des élections. En dépit de
ce fait, il est probable que la participation s'est vue réduite
du fait du climat d’intimidation qui existait dans
certaines zones.
De son côté, l’Armée Zapatiste
de Libération Nationale (EZLN) a émis un communiqué déclarant
qu’elle n'interférerait pas dans le processus électoral
et que ses partisans pourraient voter librement. La posture
de l’EZLN sera très certainement un facteur
de poids dans les élections du 20 août (pour
définir le prochain gouverneur de l’état
du Chiapas). Pour l’heure, une coalition de l’opposition
menée par Pablo Salazar représente un grand
défi pour le candidat du PRI, Sami David. Il faut
souligner qu'au Chiapas le PRI a démontré sa
force durant les élections nationales en gagnant la
quasi-totalité des postes en jeu au sein du Congrès.
Deux facteurs ont joué un rôle déterminant
dans la victoire de Fox : sa campagne, rondement menée,
a su tirer parti de sa personnalité et de son charisme
; et, le plus important peut être, la lassitude des
mexicains vis à vis du PRI. Fox a même gagné les
votes de milliers de personnes qui normalement soutiennent
la gauche, mais qui, cette fois-ci, ont décidé de
voter pour lui comme candidat ayant le plus de chance de
gagner face au PRI.
Le futur président va devoir faire face à de
sérieux problèmes quand il prendra possession
de son poste en décembre. Parmi ceux ci, les déprimants
niveaux de pauvreté et d’inégalité,
les trop nombreuses violations des droits humains et les
sévères dysfonctionnements du système
judiciaire. Son efficacité dépendra en grande
partie de son habileté à construire une alliance
de travail. Fox a exprimé à plusieurs reprises
son engagement à former un cabinet intégrant
plusieurs tendances politiques (y compris le PRI). Il a également
pris une certaine distance vis à vis du PAN (Parti
d’Action Nationale), sa base électorale à l’origine.
De son côté, le PRD (centre gauche) se présente
comme «opposition responsable », refusant de
collaborer avec le nouveau gouvernement. Il est de ce fait
possible que Fox finisse par dépendre en grande partie
de l’appui du PRI pour définir sa politique.
Outre les éloges de nombreux gouvernements étrangers
quant à la transition démocratique du Mexique,
les marchés financiers ont répondu positivement à l’annonce
de la victoire de Fox. On s’attend à ce qu’il
continue la même politique économique que celle
définie par son prédécesseur.
En ce qui concerne le conflit du Chiapas,
une déclaration
de Fox au début de sa campagne affirmant qu’il
pourrait «résoudre le problème en 15
minutes» n’a pas vraiment rassuré ceux
qui suivent de près le processus de paix. Plus tard
cependant, il a exprimé son intention de présenter
au Congrès le texte de loi proposé par la Commission
pour la Concorde et la Pacification (COCOPA) afin d’assurer
le respect des accords de San Andrés (accords signés
par le gouvernement en 1996 mais jamais mis en œuvre).
Il a également affirmé son intérêt à reprendre
le dialogue sur les thèmes qui n’ont pas encore été traités
dans le cadre du processus de paix interrompu. Il a encore
parlé de la possibilité de retirer l’armée
pour réduire les tensions. Le fait que ni le PRI ni
le PAN n’aient défendu la proposition de la
COCOPA jusqu'à présent laisse penser qu’elle
aura du mal à passer au Congrès.
Pendant ce temps, au Chiapas, ont eu lieu
de nombreuses embuscades violentes. Les victimes venaient
de différents
groupes politiques. Dans un des cas, sept policiers ont été assassinés.
Les auteurs de ces attaques n’ont pas été identifiés.
Ces embuscades ont eu pour conséquences une augmentation
de la pression de la part des militaires dans de nombreuses
communautés à proximité.
Un autre facteur qui a augmenté la tension au cours
des derniers mois a été la croissante présence
de la Police Fédérale Préventive (PFP)
dans de nombreuses régions de la zone de conflit.
Le déploiement de la PFP à Montes Azules, une
zone de forte influence zapatiste, et la menace d’expulser
les Indiens de cette réserve naturelle pour «crimes écologiques», démontre que la PFP est utilisée par le gouvernement
comme un nouveau mécanisme de contrôle.
Le futur président Fox n’assumera son poste
de président qu'à partir de décembre.
Les élections à gouverneur du Chiapas le 20
août qui font l’objet d’une forte dispute,
la passation des pouvoirs à l’échelle
nationale (un fait sans précédent), introduisent
de nombreux facteurs d’incertitude et de possible instabilité au
cours de l’inter règne. Ceci est particulièrement
vrai au Chiapas où la vieille garde du PRI est toujours
puissante. L’incessante pression militaire utilisée
pour acculer les sympathisants zapatistes ne fait qu’exacerber
les tensions.

Actions recommandées
- Féliciter le président Zedillo pour
son rôle à l’heure de garantir les élections
libres du 2 juillet et pour sa capacité comme homme
d’état en reconnaissant les résultats
et en promettant son appui au futur président Fox
afin de garantir une transition sans problèmes.
L’exhorter à utiliser son leadership pour
assurer que les élections au Chiapas le 20 août
se dérouleront de la manière la plus démocratique
possible.
- Faire pression pour que le président Zedillo
réduise les possibilités de violence au Chiapas
au cours des mois où il restera au pouvoir, par
le biais du retrait des troupes de l’armée
qui se trouvent actuellement près des communautés
autochtones.
- Diffuser des informations sur la situation du Chiapas
(comme par exemple ce bulletin).
Merci de bien vouloir écrire à :
Lic. Ernesto Zedillo Ponce de León
Presidente de la República
Palacio Nacional
06067 México, DF - México
Fax: (int-52) 271 1764 / 515 4783 
:: ACTUALITE
NOUVELLE DONNE
POLITIQUE AU MEXIQUE
Vicente Fox, nouveau président
de la République
Le 2 juillet,
Vicente Fox, candidat pour le Parti d’Action Nationale
(PAN) et le Parti Vert Ecologiste du Mexique (PVEM) a gagné les élections à la
Présidence de la République avec 43,43% des
votes. Il est suivi par Francisco Labastida du Parti
Révolutionnaire
Institutionnel (PRI) et, en troisième position,
par Cuauhtémoc Cardenas du Parti Révolutionnaire
Démocratique (PRD), Parti du Travail (PT) et autres
forces politiques de gauche avec 17%. Après 71 ans
au pouvoir, le PRI laisse la présidence de la République.
Ce même jour, dans la nuit, le Président Zedillo
a reconnu le triomphe de Fox, de même que les autres
candidats. L’Alliance pour le Changement, représentée
par Fox, a également obtenu la majorité des
sièges à la Chambre des députés,
le PRI l’emportant quant à lui au Sénat
(Pour plus de détails voir le tableau des résultats):
Principaux résultats des élections
du 2 juillet:
Présidence de la République
:
Vicente Fox (Alliance pour le Changement) 43,30% des votes
Francisco Labastida (PRI) 36,80% des votes
Cuauhtémoc Cardenas (Alliance pour le Mexique) 17,00%
des votes
Chambre des Députés :
Alliance pour le Changement 223 sièges
PRI 209 sièges
Alliance pour le Mexique 68 sièges
Sénat:
PRI 60 sièges
Alliance pour le Changement 51 sièges
Alliance pour le Mexique 17 sièges
Une importante participation citoyenne
a caractérisé cette journée électorale
: 63,97% des 58.789.209 inscrits ont voté. Cette
fête civique n’a pas été assombrie
si ce n’est que par quelques incidents enregistrés
dans plusieurs lieux de vote, surtout ceux dits «spéciaux» qui
avaient été mis à la disposition des
personnes ne se trouvant pas dans leur lieu habituel de
vote. Ces urnes «spéciales» se sont
vues débordées par une affluence massive
d’électeurs (leur capacité se limitant à 750
bulletins), générant des protestations dans
différents lieux du pays.
Les organisations civiles avalisent les élections
Dix organisations
civiles et 860 observateurs internationaux ont reconnu
la validité des élections fédérales
du 2 juillet. Selon eux, les 350 dénonciations qu’ils
ont reçues (la majorité en zones rurales)
ne changent pas les résultats obtenus. Le travail
de l’Institut Fédéral Electoral (IFE) a reçu l’éloge de ces organismes, bien
qu’ils aient aussi proposé de perfectionner
la législation électorale afin de réduire
les irrégularités et punir plus sévèrement
les délits électoraux.
Réaccomodements post-électoraux
A l’intérieur du PRI, les réactions
ne se sont pas fait attendre, et, fait historique, des
membres éminents du parti (y compris des anciens
Ministres de l’Intérieur) ont critiqué ouvertement
le Président Zedillo, le donnant pour responsable
de la défaite électorale.
De son côté, Fox a exprimé sa volonté de
former un gouvernement ouvert et pluriel, quelques-unes
de ses déclarations laissant entrevoir que les partis
qu’il représentait durant la campagne électorale
n’auront qu’une importance relative dans la
formation de son cabinet.
Chiapas : Irrégularités dans les élections
fédérales
A la fin mai, un groupe d’observateurs des Etats
Unis et du Canada a visité le Chiapas. Dans leur
rapport, ils ont souligné que l’excessive
militarisation de l’état (de 30.000 à 50.000
soldats, selon les sources) pourrait inhiber la participation.
Postérieurement, l’IFE a exigé que
les soldats retournent à leurs casernes et que les
50 barrages routiers soient retirés le jour du vote,
ce qui a été respecté.
Le 23 juin, dans un communiqué, l’Armée
Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) a déclaré qu’elle
n’entraverait pas la réalisation des élections,
ni la mise en place des bureaux de vote en zone d’influence
zapatiste et que les zapatistes étaient libres de
voter.
Au bout du compte, trois bureaux de
vote n’ont pas
pu être installés dans le 3° district
du chef lieu de Ocosingo, considéré zone
d’influence zapatiste. Selon un sondage réalisé dans
les municipalités de ce district, une grande partie
de la journée électorale a été marquée
par la présence dans la rue de militaires vêtus
en civil. Un autre fait a également fait l’objet
de dénonciation : deux jours avant les élections,
des chèques du programme d’aide à l’agriculture
(PROCAMPO, un programme du gouvernement) datés du
26 mai ont été répartis. Les communautés
de ce lieu ont protesté devant la claire intention
d’induire le vote.
De même, différentes irrégularités
ont été signalées par l’autorité locale
de l’IFE quant au retard dans l’installation
de bureaux de vote, ainsi que différents problèmes
occasionnés par la présence de propagande
politique du PRI dans certains lieux de vote.
Violence dans les Hauts Plateaux du Chiapas
Le 6 mai passé, à Chenalhó, à proximité de
la communauté de Tzanembolom, une embuscade a occasionné trois
morts et deux blessés ; deux d’entre eux étaient
priistes et le dernier un jeune de la société civile «les
Abeilles». Des effectifs de l'armée et de
la Police ont encerclé le campement de déplacés
de Polhó (municipalité autonome zapatiste)
pour «chercher les assassins». Le Secrétariat
du Gouvernement a déclaré que ce fait n’était
pas de la compétence de la Police Fédérale
Préventive (PFP ; voir l’article dans ce bulletin),
mais quelques jours après le Ministère de
l’Intérieur a annoncé l'envoi de centaines
de membres de la PFP sur les lieux.
Les Sénateurs du PRD faisant partie de la Commission
pour la Concorde et la Pacification (COCOPA) ont qualifié l’entrée
de la PFP dans les Hauts Plateaux du Chiapas comme une
alternative répressive et quelques organismes civils
ont manifesté leur inconformité avec ce procédé.
Emilio Rabasa, coordinateur pour le
Dialogue au Chiapas, a souligné que ces opérations n’avaient
aucune relation avec une supposée attaque contre
l’EZLN, mais que leur objectif était de désarmer
et de surveiller les sentiers et chemins. Dans ce même
contexte, le dirigeant de la Confraternité Nationale
des Eglises Chrétiennes Evangéliques (CONFRATERNICE), Arturo Farela, a affirmé que les assassins étaient
des «zapatistes déclarés». De
son côté, l’évêque de San
Cristóbal, Felipe Arizmendi a déclaré que
cette embuscade était un fait isolé mais
lamentable.
Trois personnes impliquées dans le massacre d’Acteal
ont d’autre part été condamnées à huit
ans de prison (un général à la retraite
et deux officiers de la Police).
Le 13 juin, sept policiers ont été assassinés
dans une embuscade dans la communauté de Las Limas,
municipalité de El Bosque. La présence militaire
a augmenté en conséquence dans ce chef lieu
et dans les communautés à proximité,
en particulier à Unión Progreso où trois
paysans zapatistes considérés comme suspects
dans cette affaire ont été recherchés.
Les militaires ont aussi encerclé les communautés
de Las Limas et Los Angeles. La PFP a alors déclaré qu’elle
réaliserait un travail d’intelligence militaire
dans la zone afin de déterminer l’identité des
agresseurs. L’EZLN a affirmé n’avoir
rien à voir avec l’embuscade.
Suite à l’arrestation d’Alberto Pathistan,
un instituteur de tendance priiste suspect dans l’assassinat,
les priistes du chef lieu ont occupé l’édifice
de la présidence municipale pour exiger sa libération.
La présence de la PFP a également été dénoncé dans
les communautés zapatistes de Ojo de Agua, Amador
Hernández et Flor de Cacao, où un campement
a été installé dans chaque communauté.
Finalement, on a pu déterminer la participation
de ce corps policier dans des barrages situés dans
la municipalité de Tila où ils contrôlent
les documents d’identité.
L’évêque Felipe Arizmendi : premières
activités
Après sa prise de possession, le 1° mai, l’évêque
Felipe Arizmendi a visité plusieurs communautés
du diocèse. Il a ratifié la majorité des
postes des différents vicariats, manifestant ainsi
une continuité avec la ligne de ses prédécesseurs.
En diverses occasions, l’évêque a exprimé que
la présence de l'armée était excessive.
Quelques jours avant les élections il a fait un
appel à voter. Plus tard, il a invité à accepter
le résultat des élections quel qu’il
soit et il a salué l’attitude zapatiste comme
une source d’espérance pour le pays.
En août : élections au
Chiapas
Parallèlement à ces événements
nationaux, au Chiapas, la campagne pour l’élection
du gouverneur de l’état (prévue pour
le 20 août) a pris plus d’ampleur, particulièrement
celle du sénateur expriiste et aujourd’hui
candidat de l’opposition, Pablo Salazar Mendiguchia.
En même temps, le fait que le PRI ait triomphé au
Chiapas dans ces élections fédérales
(de Président de la République, les deux
sénatoriales et 11 des 12 circonscriptions de députés)
est une donnée importante à l’heure
de faire des pronostiques pour les temps à venir.
Accords commerciaux
Le 1° juillet est entré en vigueur le Traité de
Libre Commerce avec l’Union Européenne. Ce
fait est passé relativement inaperçu dans
la presse du fait de l’ambiance pré-électorale.
Il faut signaler que suivant le modèle économique établi
depuis plusieurs années, les accords de ce type
se sont multipliés. Pour cette raison, le Président
Zedillo a rencontré les présidents du Salvador
et du Guatemala en vue de réaliser une ouverture
commerciale vers ces pays.

:: ANALYSE
LE MEXIQUE UN PAS
EN AVANT VERS LA CONSTRUCTION DEMOCRATIQUE
Le 2 juillet 2000
restera définitivement marqué dans
l’histoire du Mexique. Après
71 ans d’hégémonie
du Parti Révolutionnaire Institutionnel
(PRI), pour la première fois,
le candidat de l’opposition Vicente
Fox a gagné les élections
présidentielles.
La victoire de Fox
se doit principalement à la
combinaison de deux facteurs : son
charisme et sa personnalité exploités
par le biais d’une habile utilisation
des moyens de communication et, peut-être
le plus important, la lassitude vis à vis
du PRI expérimentée par
la majorité des mexicains. Contrairement à ce à quoi
l’on pouvait s’attendre
du fait de la position de centre droit
de Fox, les votes des indécis
et de milliers de personnes qui généralement
votent pour la gauche ont contribué à ce
triomphe retentissant. Les dernières
semaines de la campagne électorale
avaient été marquées
par une polémique autour du
concept de «vote utile».
Pour ceux qui le défendaient,
l’idée était d’obtenir «la
sortie du PRI des Pins» (résidence
du président) pour que se produise
un changement.
Avancées démocratiques
Les élections antérieures
avaient été entachées
par des suspicions de fraudes. Celles
de juillet se sont déroulées
dans un contexte général
de calme. Il y eut relativement peu
de dénonciations d’irrégularités
durant la journée électorale.
Les pressions se sont données
avant les élections par le biais
du corporatisme d’état,
l’utilisation des programmes
d'aide à des fins prosélytistes
(comme PROGRESA et PROCAMPO), les irrégularités
dans la désignation des fonctionnaires
responsables des bureaux de vote, l’inégalité entre
les candidats dans l’accès
aux moyens de communication, etc...
Ceci peut être l'une des raisons
de l’invariable succès
du PRI dans l’état du
Chiapas.
Le rôle de l’Institut
Fédéral Electoral (IFE) a été fondamental et
exemplaire dans le processus avant
et durant les élections. Il
a réussi à maintenir
son autonomie en démontrant
efficacité, indépendance,
impartialité et professionnalisme.
Les avancées démocratiques
se notent plus clairement à deux
niveaux : la participation des citoyens
(dans le processus de préparation
et dans les élections elles-mêmes,
avec un abstentionnisme particulièrement
bas comparé aux élections
antérieures), et par la reconnaissance
publique des résultats préliminaires
de la part de tous les acteurs politiques.
Malgré cela il reste encore
cinq longs mois d’incertitude
entre la formation du cabinet et la
prise de possession du nouveau Président
le 1° décembre…
De la défaite
du PRI et de ses possibles risques
D’une certaine manière,
nous pouvons voir une tendance anti
priiste dans bien des votes du 2 juillet.
L’écrasante défaite
n’a pourtant pas signifié l’immobilité à l’intérieur
du parti. Le rééquilibrage
des forces et le paiement interne des
factures après une défaite
aussi fracassante, au même titre
que la résistance à assumer
le rôle d’opposition ont
commencé à générer
des accusations, des dénonciations
et disputes pour le contrôle
de cette barque qui semble couler à pic.
Importante recomposition des blocs
Le seul fait de
la victoire de l’opposition
en la personne de Fox constitue un
pas en avant vers la transition à la
démocratie. Il est aussi important
de reconnaître les avancées
qui s’étaient données
auparavant. Concrètement : les élections
de 88, celles de 94, les réformes électorales,
les élections de 97 qui ont
donné à la Chambre des
Députés une nouvelle
configuration dans laquelle le PRI
n’avait plus la majorité absolue.
Aujourd’hui le triomphe d’un
candidat de l’opposition est
une avancée importante dans
le processus de démocratisation,
mais ce n’est qu’un premier
pas quand la démocratie devra
continuer à se construire entre
les trois pouvoirs, dans chacune des
Chambres, dans les différents
partis et avec la participation de
la société civile. Un
acteur qui se manifestera sans doute
plus activement durant les six prochaines
années sera justement la société civile
sans parti politique, plus particulièrement
les groupes qui ont exprimé publiquement
leur soutien à Fox : ils pourront
exiger la réalisation de ses
promesses de campagne.
Il ne fait aucun
doute que les questions qui restent à résoudre
sont nombreuses : le défi de
développer une politique économique
qui résoudrait les profondes
inégalités qui existent
dans la société mexicaine
en promouvant et incluant les 30 millions
de personnes qui sont sous le seuil
de pauvreté ; le Chiapas et
la relance du processus de paix ; la
clarification du cas FOBAPROA (scandale
financier en 1998 au sujet des opérations
du Fond Bancaire de Protection de l’épargne)
; les aspects sociaux et éducatifs
; la situation des droits humains et
les déficiences du système
d’administration de la Justice.
Le Président élu parle
beaucoup d’inclusion, d’arriver à former
un gouvernement pluriel. Mais, depuis
les élections, il s’est éloigné du
PAN, comme pour laisser apparaître
entre les lignes qu’au cours
de cette nouvelle étape les
schémas du passé ne se
répéteront pas. Le PRD
a d’ores et déjà annoncé sa
ferme décision de ne pas collaborer
avec le gouvernement de Fox et se présente
comme «opposition responsable».
Si Fox s’appuie sur le PRI, nous
pouvons craindre un retour à la
case départ. Au contraire, s’il
arrive à obtenir le soutien
d’autres tendances politiques,
son gouvernement pourra, avec une plus
grande sécurité, avancer
avec tout le pays vers la démocratie.
C’est un des premiers défis
que Fox aura à affronter.
Proposition de Fox pour le Chiapas
Au début de la campagne, un
commentaire de Fox quant au fait de «pouvoir
régler le problème du
Chiapas en 15 minutes» avait
retenu l’attention de ceux qui
s’intéressent au conflit.
Il s’est ensuite compromis à présenter
la proposition de loi sur les Droits
et Culture Indigène de la COCOPA
lors de la prochaine session du Congrès.
Il faut rappeler que «l’impasse» du
processus de paix au Chiapas tient,
en grande partie, au refus du Président
Zedillo d’assumer cette proposition
comme manière de réaliser
les Accords de San Andrés signés
par le gouvernement et l’EZLN
en 1996. Le virtuel président élu
en est venu à proposer la continuation
du travail des tables de dialogue dont
les sujets déjà accordés
n’ont jamais été traités.
Un facteur important de cette proposition
est qu’elle se présentera
dans un Congrès dominé par
le PAN et le PRI, partis qui, jusqu’à présent,
se sont opposés au texte de
la COCOPA, en proposant des projets
alternatifs. Pour autant, il n’y
a guère de garantie que le projet
prospère.
En définitive, la proposition
de Fox satisferait la majorité des
conditions posées par les zapatistes
pour reprendre la voie du dialogue.
Quelques analystes pensent cependant
que cette proposition réalisée
en fin de campagne électorale
et qui ressemble fort à celle
de Cardenas, n’a été qu’un
manège pour gagner le vote de
quelques secteurs de gauche pour qui
le conflit du Chiapas était
un thème particulièrement
important.
L’EZLN face au processus électoral
En annonçant qu’elle
n’entraverait pas le processus électoral
au Chiapas et en donnant la liberté de
vote à ses bases d’appui,
l’EZLN a su se positionner d’une
manière suffisamment neutre
comme pour ne pas se marginaliser dans
le processus démocratique. Ceci
peut être un facteur qui donnera
force au processus électoral
d’août au Chiapas.
Elections locales au Chiapas : une
chance pour la paix
Le candidat local
du PRI, Sami David, avait basé une grande partie
de sa stratégie de campagne
sur la victoire de Francisco Labastida
aux élections présidentielles.
Tant la victoire de l’opposition
au niveau national que la position
de l’EZLN qui invitait à la
participation de ses bases d’appui
dans l’acte électoral
pourraient permettre au candidat de
l’opposition Pablo Salazar de
gagner les élections comme gouverneur
du Chiapas, élections prévues
pour le 20 août prochain.
Mais à leur tour, les groupes
priistes les plus durs pourraient générer
une instabilité dans la zone
dans le temps qui reste avant les élections.
Il ne faut pas oublier que les élections
au Chiapas constituent une longue histoire
de violence, de fraude, de corruption
et autres procédés arbitraires
qui n’auront pas disparu si facilement
avec les élections fédérales
du 2 juillet dernier. De fait, ceci
peut expliquer en bonne partie, le
triomphe du PRI au Chiapas. Il est
arrivé la même chose dans
l'état voisin de Tabasco. Le
Sud Ouest mexicain reste un bastion
du PRI.
Contexte électoral
difficile au Chiapas : entre embuscades
et militarisation
Avant les élections présidentielles,
les dénonciations rendaient
plutôt compte d’un endurcissement
de l'armée dans les barrages
(bien qu’ils furent levés
le jour des élections). Cette
présence militaire a certainement
inhibé le vote d’opposition
en plus d’une zone de l’état,
même après le communiqué de
l’EZLN.
Au cours du dernier
trimestre, deux types de situations
ont contribué à «justifier» cette
présence : la récente
préoccupation écologique
du gouvernement dans des zones sous
influence zapatiste (Montes Azules)
et la multiplication d’embuscades
dont le bilan pèsent toujours
plus lourd et qui restent sans explications
(Chalchihuitan, Chenalhó, El
Bosque). Il est indubitable que la
présence de la Police, de l'armée
et, plus récemment, de la Police
Fédérale Préventive,
a contribué à rendre
plus pesante l’ambiance politique
avant ces élections.
Approbation internationale
Le projet économique de Vincent
Fox garantit la continuité économique
du gouvernement d’Ernesto Zedillo.
Ceci explique en grande partie la réaction
positive de la Bourse et le fait que
la monnaie se soit maintenue à son
niveau. De fait, cette continuité se
voyait en grande partie assurée
par l’entrée en vigueur
du Traité de Libre Commerce
avec l’Union Européenne,
un jour avant les élections
du 2 juillet.
Dans ce sens on
peut expliquer l’approbation
de la communauté internationale
: par delà les avancées
démocratiques, celles-ci ont
l’avantage de se donner dans
un contexte qui ne menace pas leurs
intérêts économiques.

::
DOSSIER
Enfants et guerre de basse intensité
«Que Dieu nous protège pour que nous
n'ayons plus peur à nouveau»
Après plus de six ans d’excessive
présence militaire, on sait encore peu des impacts
que cette dernière a pu avoir dans la vie des communautés
autochtones. On a certes parlé du phénomène
des divisions, des affrontements, des massacres, des déplacements
de population, de l’augmentation du nombre de maladies,
etc. Certains aspects restent encore à connaître
; c’est par exemple le cas de l’effet de la
guerre sur la population infantile. Les enfants ont souffert
de cette situation de différentes manières
et, du fait de leur vulnérabilité naturelle,
ils sont devenus l’un des secteurs les plus violemment
atteints par la violence.
Impact de la présence militaire
Dans la zone Nord du Chiapas, une adolescente
de 13 ans cherche à gagner un peu d’argent pour aider à nourrir
sa famille. En tremblant, elle entre dans une caserne militaire
et offre son corps en échange de quelques sous.
Les estimations quant au nombre de troupes
présentes
au Chiapas varient amplement entre 30 et 50.000 soldats.
Bien que le gouvernement ne fournisse pas de chiffres exacts,
on a pu évaluer l’augmentation des installations
de l’armée. De 1995 à ce jour, leur
nombre a quasiment été multiplié par
quatre et il continue d’augmenter. Selon le centre
d’investigation CIEPAC, il existe actuellement 296
installations militaires au Chiapas. L’importante
présence militaire est perceptible, y compris pour
une personne de passage.
Le fait que l’armée se soit installée à l’intérieur
et autour des communautés a de graves conséquences
sur la population. Dans certains cas, le contact avec les
habitants a pour origine la militarisation des services
publics. L’armée dispose de centres de «travail
social» qui offrent une large variété de
services : visites médicales, dentiste, coupes de
cheveux, etc. L’armée répartit également
eau et nourriture, construit des routes et transportent
gratuitement certaines personnes (en règle générale,
des partisans du gouvernement). Dans de nombreuses communautés,
les soldats jouent dans les terrains de foot ou de basket,
de sorte que si les jeunes veulent jouer, ils doivent forcément
entrer en relation avec eux. On sait encore que les soldats
et la police répartissent des bonbons aux enfants,
qu’ils leur montrent des vidéos violentes
en utilisant l’unique télévision disponible
dans tout le village, et que dans certaines communautés,
ils montrent des revues pornographiques aux enfants et
aux adolescents. Toutes ses relations permettent aux soldats
non seulement d’influencer les enfants mais aussi
d’obtenir des informations.
L’armée et la police symbolisent le pouvoir
et l’argent, ce qui attire les jeunes. De nombreux
adolescents ont commencé à utiliser des vêtements
ressemblant aux uniformes des militaires ou de la police.
Un observateur d’un campement civil dans la zone
Nord explique : «la plupart des filles entre 14 et
15 ans veulent se marier avec un soldat ou un policier,
parce qu’avec leurs armes et leur argent, ils paraissent
puissants».
Plusieurs communautés parlent de soldats qui fréquentent
des prostituées ou se droguent devant les enfants.
La prostitution et la toxicomanie dans les communautés
indigènes à proximité de campements
militaires ont d’ailleurs énormément
augmenté alors que ces phénomènes
existaient à peine avant 1994. Beaucoup de prostituées
qui travaillent dans les campements militaires sont elles
même à peine des enfants. Pour elles, ce travail
a signifié une augmentation des maladies sexuellement
transmissibles et des grossesses qui donnent naissance à des
enfants non désirés ou stigmatisés
comme «bâtards». La prostitution continue
cependant parce que ces adolescentes ou leurs familles
pensent qu’il n’y a pas d’autre issue à leur
situation économique désespérée.
L’influence de l’armée est particulièrement
visible chez les enfants des partisans du gouvernement,
qui, du fait de leur positionnement politique, ont plus
de contact avec les militaires. Certains parents et groupes
de la société civile se préoccupent
: la présence militaire et les activités
des groupes paramilitaires enseignent aux enfants que la
violence est le moyen le plus approprié pour résoudre
les problèmes.
Violence directe et croissante
«J’ai 12 ans et j’ai perdu toute ma
famille. Je n’ai plus personne de mon sang et je
suis là seulement grâce à l’aide
de ceux qui viennent m’aider, de sorte que je ne
suis pas abandonnée»
(survivante du massacre
d’Acteal)
En dépit du cessez le feu, depuis 1994, pour le
moins plusieurs centaines de personnes, dont plusieurs
enfants, ont trouvé la mort au cours d’affrontements
au Chiapas. Bien d’autres ont été blessés
ou battus. Plus de 20.000 personnes ont été déplacées.
Certains enfants ont été les témoins
de terribles actes de violence. Certains ont vu comment
on assassinait leurs parents ; d’autres comment on
incendiait leurs maisons, tuait leurs animaux, frappait
leurs proches avant de se voir forcés à abandonner
leurs maisons sous la menace des armes des paramilitaires.
Le 22 décembre 1997, un groupe paramilitaire a
massacré 45 membres du groupe pacifiste ‘Las
Abejas’ dans la communauté d’Acteal.
Parmi les victimes, qui étaient en train de prier
et jeûner pour la paix, se trouvaient 15 enfants,
21 femmes (l’une d’elles enceinte de sept mois)
et 9 hommes. Plusieurs enfants ont été blessés
et certains survivants sont restés orphelins.
Les rumeurs constantes et l’impunité des
groupes paramilitaires maintiennent les gens, en particulier
les enfants, dans un état permanent de peur et d’angoisse.
A cause de cela, la population d’Acteal ne se sent
pas en sécurité quand elle va chercher du
bois ou pour retourner cultiver ses champs de maïs.
Les femmes n’osent pas se déplacer seules
et les enfants ne s’éloignent pas des maisons
lorsqu’ils jouent.
La lutte pour la survie et la menace
permanente de violence compliquent la récupération suite à la
perte et aux traumatismes que ces gens ont soufferts. Cette
situation se répercute sur la santé des habitants
d’Acteal. De nombreux enfants souffrent d’une
maladie de peau appelée «neurodermatite» qui
est due à un traumatisme intense.
Un promoteur de santé signale : «une conséquence
de la situation, outre les traumatismes soufferts, c’est
que les enfants tombent malades plus souvent et de manière
plus intense. Ceci est particulièrement visible
parmi les survivants du massacre. Et les enfants ont du
mal à bien extérioriser ce qui leur arrive.
C’est pour cela que la plupart d’entre eux
restent silencieux. Ils vivent dans un état de peur
constante sans pouvoir extérioriser ces émotions».
Depuis 1994, les agressions sexuelles
et la violence domestique ont augmenté parmi les autochtones du Chiapas. COLEM,
un groupe féministe de San Cristóbal informe
que le nombre de cas de violation sexuelle a augmenté de
50% en 1994 et de plus de 300% en 1995. Entre 1993 et 1997,
37% des victimes d’agressions sexuelles rapportées
par COLEM étaient des mineures. Dans 45% des cas,
les agressions ont été causées par
une figure d’autorité (policiers, militaires,
médecins, professeurs, etc.). Toujours selon COLEM,
la violence domestique a augmenté d’entre
20 et 30% depuis 1994.
L’augmentation des agressions sexuelles et de la
violence domestique peut être attribuée, pour
le moins en partie, à une tension et un stress accrus
(qui ont pour conséquence une augmentation de l’alcoolisme),
ainsi qu’à la présence militaire. De
ce fait, même si la plupart des enfants n’expérimentent
pas directement la violence de la guerre, il est désormais
plus probable qu’ils aient à affronter la
violence dans leurs propres maisons.
Le drame du déplacement
A Chenalhó, deux frères de 6 et 9 ans, ainsi
que leur sœur âgée de 11 ans transportent
sur leurs épaules un chargement complet de bois
attaché par une corde qui entourent leur front.
Penchés en avant, suant, ces déplacés
transportent leur chargement traversant montagnes et vallées
derrière leur père jusqu’à atteindre,
une heure et demi plus tard, leur maison faite de plastique
et de planches. C’est là où ils vivent
depuis trois ans, depuis qu’ils ont été déplacés
de leur communauté.
Autre conséquence de la violence continue au Chiapas:
entre 15 et 20.000 personnes ont été déplacées
de chez elles ; plus de la moitié étaient
des enfants. Une victime de la zone Nord nous raconte une
histoire typique : «Le 18 juillet 1996, l’armée,
la police et ‘Paix et Justice’ [un groupe paramilitaire]
ont mené une action. Ils se sont dirigés
vers l’église, ils ont brisé les statues
des saints, ils ont saccagé nos maisons et volé nos
animaux. Nous avons fuit dans les montagnes. Beaucoup de
personnes sont mortes. Un de mes enfants est mort. Il est
tombé malade et nous n’avons pas pu l’emmener
chez le docteur parce que nous avions peur d’une
embuscade de ‘Paix et Justice’».
Si le conflit continue à aller croissant, on peut
s’attendre à ce qu’un plus grand nombre
d’hommes, de femmes et d’enfants cèdent
finalement sous la pression que représente le fait
de vivre dans des communautés divisées et
qu’ils se réfugient en un endroit où ils
sauront pour le moins que leurs voisins ne représenteront
pas une menace pour leurs vies.
Dans les communautés de la Forêt Lacandone
: une autre situation... Le gouvernement accuse les communautés
installées dans la biosphère de ‘Montes
Azules’ de mettre l’écologie à mal,
et il a essayé de les expulser, à coup de
promesses et de menaces. Nous voulons ici donner la parole
aux enfants de ces communautés : «Nous avons
le droit de vivre dans ce lieu où nous sommes nés
de la même façon que d’autres enfants
qui sont nés dans d’autres endroits du monde.
Messieurs les sages, vous qui étudiez les animaux
et les plantes, ne demandez pas aux autorité qu’elles
nous tuent ou nous expulsent. Faîtes preuve d’un
peu de conscience : gouvernements et chercheurs. Vous aussi
vous avez des enfants. Nous, les enfants de ‘Montes
Azules’, nous ne sommes pas les ennemis de notre
mère, de ce paradis qu’est la Nature. Nous
avons passé des années ici à vivre
avec les oiseaux, les animaux et les plantes. Nous aussi
nous sommes préoccupés par la vie, par notre
mère Nature. Nous vous invitons à, ensemble,
la conserver».
Chaque famille déplacée a sa propre histoire,
mais toutes ont fui terrorisées. Elles ont dû marcher
sur plusieurs kilomètres, souvent de nuit et sous
la pluie pour se trouver à l’abri. Et toutes
ont souffert une grande perte. Un enfant qui a dû fuir
de sa communauté parle sur ce qu’il a laissé derrière
lui : «Le chien s’est perdu et les membres
du PRI (partisans du parti officiel) l’ont pris.
L’école est dans ma communauté et je
veux étudier. Nous avons perdu nos fleurs, nos chiens,
nos poules. Les paramilitaires les ont pris. Nous avons
perdu nos chats, nos casseroles, les moulins pour moudre
le maïs. Nous avons eu peur parce qu’ils nous
menaçaient avec leurs armes ; ils ont aussi tiré en
l’air».
Les enfants se rendent compte qu’ils sont en danger.
Ils écoutent de constantes rumeurs sur les paramilitaires
qui vont venir tuer les déplacés. Dans la
communauté de X’oyep, les enfants participent
aux les prières communautaires hebdomadaires, où les
gens prient pour «retourner [dans leurs communautés],
pour que les soldats s’en aillent et pour que Dieu
les protège pour qu’ils n’aient plus
peur à nouveau».
Pour les enfants des communautés qui ont accueilli
les populations déplacées, il est difficile
de comprendre que des centaines d’enfants étrangers
et leurs familles vivent soudain dans leur communauté.
Bien qu’ils n’aient pas eux mêmes été déplacés,
ils doivent faire face à la nécessité de
partager leurs maisons, leur nourriture et leurs terres.
En conséquence de cette générosité,
ces enfants partagent aujourd‘hui la douleur des
déplacés. Un enfant de X’oyep décrit
sa situation : «Quand les déplacés
sont venus ici, nous nous sommes entassés avec eux
dans nos maisons. Ensuite ils ont construit leurs propres
maisons de plastique. Avant nous avions assez d’arbres
mais nous avons permis aux personnes qui avaient abandonné leurs
communautés de couper du bois. Ils nous faisaient
pitié parce qu’ils n’avaient rien, et
c’est ainsi que tous nos arbres ont disparu».
Le problème principal pour les personnes déplacées,
c’est le manque de terres. Dans leurs propres communautés,
les personnes pouvaient cultiver leurs jardins ainsi que
le traditionnel maïs et les ‘frijoles’ (haricots
rouges). Dans les campements de réfugiés,
cependant, il n’existe aucune possibilité de
ce type. Dans certains campements, tous les enfants se
trouvent en première phase de malnutrition ; certains
ont déjà atteint la seconde ou troisième
phase. Leur état de malnutrition, combiné avec
l’entassement (dans certains cas, 20 à 30
personnes vivent dans une maison de 8x5 mètres),
font que les enfants sont plus vulnérables aux infections
respiratoires les plus communes, aux infections cutanées
et à la diarrhée. Ces maladies n’affectent
pas seulement le développement physique des enfants.
Leur vulnérabilité les expose à un
grave danger de mort suite à des maladies qui peuvent être
soignées avec une assistance médicale adaptée.
S’éduquer est également chose difficile
pour ces enfants déplacés. Dans beaucoup
de communautés, il n’y a pas d’écoles.
Dans d’autres, il existe d’autres problèmes.
A Poconichim, par exemple, le grand nombre de réfugiés
explique le fait qu’il y ait jusqu’à 70 élèves
par professeur. Dans d’autres communautés,
les enfants ne vont pas à l’école parce
qu’ils n’ont pas d’acte de naissance
pour s’inscrire où parce qu’ils ont
perdu celui-ci lorsqu’ils ont fui leurs communautés.
Vivre dans une communauté divisée
En 1996, un affrontement a opposé les partisans
du gouvernement avec les groupes d’opposition de
la communauté de Jolnixtié, dans la zone
Nord, une région hautement polarisée. Les
partisans de l’opposition ont fui leurs communautés
sous les menaces des paramilitaires. En leur absence, leurs
maisons, animaux et champs ont été pillés
et brûlés. Depuis quatre mois, ils sont revenus
et se sont installés une rue plus bas que celle
où vivent ceux qui les ont attaqués. Les
enfants sont conscients de la souffrance et de la préoccupation
de leurs parents.
Dans la communauté de Puebla, dans les Hauts Plateaux
du Chiapas, certaines familles ont fini par fuir, en partie
parce que la pression était telle que les enfants
des partisans du gouvernement en étaient venus à menacer
les enfants des ‘Abejas’. Dans d’autres
communautés, les enfants sont complètement
séparés : une école pour les enfants
des partisans du parti au pouvoir et une autre pour les
enfants des partisans de l’opposition.
L’exploitation des enfants travailleurs
A San Cristóbal de las Casas, un enfant de 10 ans
est obligé de travailler pour aider à maintenir
sa famille. Tous les jours, il parcourt les rues de San
Cristóbal : depuis tôt le matin jusqu’à 11
ou 12 heures le soir. Il vend sa marchandise aux touristes
: bracelets produits par les familles elles-mêmes
et poupées zapatistes. Bien qu’il marche dans
une ville prospère, dotée de nombreuses écoles,
le plus probable est qu’il n’entrera jamais
dans l'une d’entre elles.
Dans tout le Chiapas, de nombreux enfants
passent leur journée à travailler dans les champs, à s’occuper
de leurs petits frères et de leurs petites sœurs, à charger
du bois et à bien d’autres choses qui contribuent à assurer
la survie de leurs familles. Il y a malgré tout
une partie de la population qui travaille hors de leurs
champs et maisons, vendant des chewing gums, des bracelets
ou n’importe quoi qui puisse lui permettre de gagner
quelques sous. Depuis 1994, de nombreux enfants ont immigré à San
Cristóbal (la ville la plus grande dans la zone
du conflit), avec ou sans leurs familles.
Pour ces enfants, la probabilité de recevoir une éducation
(y compris primaire) est minime. De plus, sans l’appui
de la structure communautaire, ce sont des candidats idéaux
pour souffrir abus et discrimination non seulement pour
leur pauvreté et vulnérabilité, mais
aussi parce qu’ils sont indiens. Selon Melel Xolobal,
une organisation qui travaille avec des enfants des rues
: «la situation de ces enfants est très dure.
Ils se maltraitent entre eux, et sont maltraités
par les autorités et par la population en général.
Certains adultes utilisent la main d'œuvre infantile
pour leur propre compte, et dans les cas les plus sérieux,
ils les obligent à vendre des drogues ou à se
prostituer».
Graines de vie nouvelle
Au milieu de cette situation traumatique
et de tant de souffrance, on trouve également des signes d’espérance
et de changement. Par exemple, la communauté d’Acteal
est loin de se renfermer face à cette situation.
Une assistante sociale explique : «il existe un sentiment
de communauté, de solidarité, d’aide
mutuelle. Il existe un noyau communautaire dans lequel
se refléter et partager, dans lequel célébrer
la parole de Dieu ou commémorer ensemble l’anniversaire
du massacre le 22 de chaque mois. Tout ceci a aidé les
enfants à sentir que, bien qu’ils aient abandonné leurs
communautés et qu’ils aient expérimenté une
profonde perte, ce nouvel espace est encore leur espace.
Et ils sont en train de s’adapter du fait de la solidarité qui
existent entre tous».
La vie de la plupart des enfants habitant
dans des zones de conflit se trouve toutefois dominée par la pauvreté et
la tension.
Il est bon de se souvenir que le Mexique
a ratifié la
Convention des Droits de l’Enfant des Nations Unies.
Ce document établi que les enfants ont le droit
de vivre dans des conditions d’hygiène adaptées à leur
développement ; à être protégés
contre l’exploitation économique et de tout
travail qui pourrait leur causer tort ; à la récupération
physique et psychologique s’ils ont été victimes
de mauvais traitements ; à recevoir une éducation
; à jouer et à se reposer ; à vivre
avec leur famille dans un endroit sûr ; à exprimer
leurs opinions et à ce qu’elles soient tenues
en compte ; à la liberté de pensée
et de religion.
Pour des milliers d’enfants du Chiapas, ces droits
sont systématiquement violés. Ils vivent
sous la menace permanente d’être blessés
ou tués ; ils doivent faire face à l’influence
des militaires et paramilitaires ; ils vendent leurs corps
pour survivre ; ils ont perdu leurs maisons, leurs animaux,
leurs êtres les plus chers et leurs voisins ; ils
sont privés d’éducation et d’attention
médicale ; ils sont pris au milieu d’un conflit
dont ils n’ont pas la responsabilité et dont
ils hériteront des conséquences. Il reste
encore à voir quels seront les effets de cette guerre
de basse intensité à long terme sur ces enfants
qui deviendront adultes et auront des enfants à leur
tour. Le futur de la société mexicaine dépend
clairement de la santé émotionnelle et physique
de ces enfants ; et la paix véritable ne pourra être
atteinte que si les besoins de ces enfants se trouvent
couverts.

LA
POLICE FEDERALE PREVENTIVE : UN NOUVEL ACTEUR AU CHIAPAS
La Police
Fédérale
Préventive (PFP) s’est convertit en un acteur
public quand, en février dernier, dans la ville
de Mexico, elle a expulsé les étudiants grévistes
qui occupaient les locaux de l’Université Nationale
Autonome du Mexique (UNAM). En avril, elle a été envoyée
au Chiapas, concrètement dans la réserve
naturelle de Montes Azules, avec la mission déclarée
de «protéger la forêt contre les communautés
indigènes» qui vivent là depuis les
années 70.
Elle fut ensuite envoyée à Chenalhó pour
chercher des armes dans les communautés à proximité de
l’endroit où ont eu lieu les embuscades du
mois de mai. A Tila, la PFP contrôle les papiers
d’identité des personnes passant les barrages
de l'armée. Dans tous les cas, elle agit en accord
avec l'armée, en patrouilles ou dans les barrages.
Sa présence n’a fait qu’accroître
le climat de tension et de peur qui règne dans les
communautés. Les femmes et les enfants sont effrayés
et les hommes n’osent pas réaliser leurs activités
quotidiennes.
Il nous semble important de connaître un peu plus
en détail l’origine de ce corps policier et
les attributions réelles qu’on leur a données
au-delà de la prévention.
Le Projet de Loi portant sur la Police
Fédérale
Préventive a été présenté devant
le Congrès de l’Union en novembre 1998. Un
mois plus tard, elle a été approuvée
par le biais du Décret de Loi de la Police Fédérale
Préventive. Le 31 décembre de la même
année, le Président Zedillo et le Ministre
de l’Intérieur à l’époque,
Francisco Labastida, ont approuvé sa publication
et sa mise en œuvre.
Le Projet fut étudié et approuvé dans
un délai très court. Il se fonde sur la nécessité de
la prévention du délit pour répondre
au problème de l’insécurité publique.
En réponse à ce besoin, le Projet propose
la création d’une police, la Police Fédérale
Préventive, qui unifierait les corps policiers de
Migration, Fédéral des Routes et Fiscal ;
ainsi «s’établirait une institution
policière dotée de compétences clairement
limitées aux fonctions de la prévention du
délit».
Dans le Décret final, cependant, quelques fonctions
qui ne paraissent pas en relation directe avec la prévention
des délits lui furent attribuées : sa capacité d’action
se situe au-dessus des autres corps policiers, avec une
couverture nationale et la PFP se trouve placée
sous la direction immédiate du pouvoir exécutif,
concrètement du Ministère de l’Intérieur.
Son champ d’action est particulièrement ample.
La PFP peut pratiquer des détentions, faire des
investigations et poursuivre des délits, jouer un
rôle dans la vigilance, vérification et inspection
des routes et moyens de transport, des entrées et
sorties de marchandises et de personnes dans les aéroports.
Elle peut aussi participer à des opérations
avec d’autres institutions policières fédérales,
des états ou des municipalités, relever des
infractions, protéger l’intégrité physique
des personnes et la préservation de leurs biens.
Il est important de signaler qu’il est clairement
défini que la PFP n’a pas «d’attributions
dans le processus électoral» (Art.3) ou dans
le cadre d’inspections des services de santé (Art.16
et 17).
Les communautés indigènes zapatistes ont
manifesté leur désaccord quant à l’envoi
de la PFP, la considérant comme une agression de
la part du gouvernement. De son côté, le Centre
des Droits Humains, Miguel Agustin Pro, a signalé que «l’entrée
de la PFP polarise davantage le conflit», et le Réseau ‘Tous
les Droits pour Tous’, a signalé que «la
PFP était utilisée pour cerner davantage
les zapatistes». Du fait des attributions reçues
par le Décret de Loi, les dites organisations dénoncent
qu’il y a un grand risque que la PFP soit utilisée
comme un moyen de plus dans la guerre de basse intensité menée à l’encontre
les communautés autochtones.
Sa présence génère encore plus de
tensions dans la zone de conflit et a des conséquences
sur son évolution comme sur les possibilités
de réactiver le processus de dialogue.

:: ACTIVITES DE L’EQUIPE
Mai - Juillet 2000
Visites et contacts
- Visite à la zone Nord (communautés
des municipalités de Tila et Sabanilla) pour dialoguer
avec différents acteurs sociaux avant et pendant
les élections.
- Interview avec le Premier Secrétaire Politique
de l’Ambassade des Etats unis au cours de sa visite
au Chiapas.
- Visite à Mexico D.F. dans le cadre de réunions
avec des ONGs, acteurs religieux et représentants
diplomatiques (Ambassades d’Allemagne, de Grande
Bretagne, France, USA et Délégation de
la Commission Européenne au Mexique).
- Interview avec le nouvel évêque de San
Cristóbal
de las Casas, Felipe Arizmendi (travail œcuménique
du SIPAZ).
- Interviews avec des acteurs religieux de différentes
dénominations des Hauts Plateaux du Chiapas.
- Interviews avec différentes ONG et églises
dans le cadre d’une recherche sur la Police Fédérale
Préventive.
- Collaboration dans l’organisation de l’agenda
de la MISSION CIVILE POUR LA PAIX (du 18 au 22 mai).
Information
- Invitation, organisation et animation d’une réunion
d’organisations qui travaillent avec des enfants
au Chiapas (dans le cadre d’une recherche sur ce
thème).
- Réception de deux délégations
religieuses des USA.
- Atelier sur l’accompagnement et l’observation
internationale des droits humains pour une ONG mexicaine.
- Participation comme observateur dans la Rencontre
de la Société Civile pour la Démocratie
et la Paix réalisée en juin à Mexico
D.F.
Education
- Animation d’ateliers portant sur la ‘Transformation
des Conflits’ avec des éducateurs de la ‘Casa
de la Ciencia’.
- Participation dans une série d’ateliers
pour promouvoir la méthodologie de l’Université de
Birmingham (Angleterre) en matière de Résolution
des Conflits.
- Animation d’un atelier (“Analyse
de conflit et stratégie pour la paix”) avec des promoteurs
du Centre d’Investigation et d’Appui à la
Femme (CIAM).

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