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:: BULLETIN DU SIPAZ: Vol V No 3 - Août 2000

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-> Actualité MEXICO: Nouvelle Donne
Politique Au Mexique
-> Analyse Le Mexique Un Pas En Avant
Vers La Construction Democratique
-> Dossier Enfants et guerre de basse intensité
  La Police Federale Preventive:
Un Nouvel Acteur Au Chiapas
-> ACTIVITÉS DE L'ÉQUIPE AU CHIAPAS
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:: SYNTHESE

Les élections nationales du 2 juillet ont représenté une date historique pour le processus de changement du Mexique. Après 71 ans de gouvernement ininterrompu, le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) a perdu la présidence face au leader de l’opposition de centre droit, Vicente Fox. L’ex gouverneur de l’état de Guanajuato l’a emporté avec 43% des votes devant le candidat du PRI et ex ministre de l’Intérieur, Francisco Labastida. Cuauhtémoc Cárdenas, leader du Parti de la Révolution Démocratique (PRD) de centre gauche suit avec 17% des suffrages. La coalition de l’opposition formée autour de Fox, incluant le Parti d’Action Nationale (PAN) et le Parti Vert Ecologiste Mexicain (PVEM) a obtenu le plus grand nombre de sièges dans la Chambre des Députés ; le PRI l’emporte quant à lui au Sénat. Mais ni le PRI ni le PAN n’ont obtenu la majorité absolue dans l’une ou l’autre des deux Chambres du Congrès.

La participation citoyenne a été élevée : 64% des inscrits. Les élections se sont bien déroulées et peu de plaintes ont été reçues pour problèmes logistiques ou de fraudes. Dix organisations civiles et 860 visiteurs internationaux ont participé comme observateurs. Ils ont fait l’éloge du professionnalisme et de l’impartialité de l’Institut Fédéral Electoral, responsable de l’ensemble du processus. Cet Institut n’a cependant pas pu éviter l'utilisation de certaines pratiques (en particulier de la part du PRI) comme l’achat de votes et autres formes de pression au cours de la période préélectorale. Cette tendance a été observée en particulier dans les zones rurales.

Le président Zedillo et le candidat du PRI, Francisco Labastida, ont reconnu la victoire de Fox quelques heures après l'annonce des résultats préliminaires le donnant pour vainqueur. Ce simple geste a réduit l’incertitude qui régnait quant aux réactions du régime face à sa défaite électorale. Il a ainsi marqué un pas important dans la consolidation de la démocratie au Mexique.

Au Chiapas, beaucoup étaient préoccupés par le haut niveau de la militarisation qui, dans les zones rurales, pouvait rendre le vote plus difficile. Contrairement à ce qu’ils craignaient, l’armée a retiré ses barrages le jour des élections. En dépit de ce fait, il est probable que la participation s'est vue réduite du fait du climat d’intimidation qui existait dans certaines zones.

De son côté, l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) a émis un communiqué déclarant qu’elle n'interférerait pas dans le processus électoral et que ses partisans pourraient voter librement. La posture de l’EZLN sera très certainement un facteur de poids dans les élections du 20 août (pour définir le prochain gouverneur de l’état du Chiapas). Pour l’heure, une coalition de l’opposition menée par Pablo Salazar représente un grand défi pour le candidat du PRI, Sami David. Il faut souligner qu'au Chiapas le PRI a démontré sa force durant les élections nationales en gagnant la quasi-totalité des postes en jeu au sein du Congrès.

Deux facteurs ont joué un rôle déterminant dans la victoire de Fox : sa campagne, rondement menée, a su tirer parti de sa personnalité et de son charisme ; et, le plus important peut être, la lassitude des mexicains vis à vis du PRI. Fox a même gagné les votes de milliers de personnes qui normalement soutiennent la gauche, mais qui, cette fois-ci, ont décidé de voter pour lui comme candidat ayant le plus de chance de gagner face au PRI.

Le futur président va devoir faire face à de sérieux problèmes quand il prendra possession de son poste en décembre. Parmi ceux ci, les déprimants niveaux de pauvreté et d’inégalité, les trop nombreuses violations des droits humains et les sévères dysfonctionnements du système judiciaire. Son efficacité dépendra en grande partie de son habileté à construire une alliance de travail. Fox a exprimé à plusieurs reprises son engagement à former un cabinet intégrant plusieurs tendances politiques (y compris le PRI). Il a également pris une certaine distance vis à vis du PAN (Parti d’Action Nationale), sa base électorale à l’origine. De son côté, le PRD (centre gauche) se présente comme «opposition responsable », refusant de collaborer avec le nouveau gouvernement. Il est de ce fait possible que Fox finisse par dépendre en grande partie de l’appui du PRI pour définir sa politique.

Outre les éloges de nombreux gouvernements étrangers quant à la transition démocratique du Mexique, les marchés financiers ont répondu positivement à l’annonce de la victoire de Fox. On s’attend à ce qu’il continue la même politique économique que celle définie par son prédécesseur.

En ce qui concerne le conflit du Chiapas, une déclaration de Fox au début de sa campagne affirmant qu’il pourrait «résoudre le problème en 15 minutes» n’a pas vraiment rassuré ceux qui suivent de près le processus de paix. Plus tard cependant, il a exprimé son intention de présenter au Congrès le texte de loi proposé par la Commission pour la Concorde et la Pacification (COCOPA) afin d’assurer le respect des accords de San Andrés (accords signés par le gouvernement en 1996 mais jamais mis en œuvre). Il a également affirmé son intérêt à reprendre le dialogue sur les thèmes qui n’ont pas encore été traités dans le cadre du processus de paix interrompu. Il a encore parlé de la possibilité de retirer l’armée pour réduire les tensions. Le fait que ni le PRI ni le PAN n’aient défendu la proposition de la COCOPA jusqu'à présent laisse penser qu’elle aura du mal à passer au Congrès.

Pendant ce temps, au Chiapas, ont eu lieu de nombreuses embuscades violentes. Les victimes venaient de différents groupes politiques. Dans un des cas, sept policiers ont été assassinés. Les auteurs de ces attaques n’ont pas été identifiés. Ces embuscades ont eu pour conséquences une augmentation de la pression de la part des militaires dans de nombreuses communautés à proximité.

Un autre facteur qui a augmenté la tension au cours des derniers mois a été la croissante présence de la Police Fédérale Préventive (PFP) dans de nombreuses régions de la zone de conflit. Le déploiement de la PFP à Montes Azules, une zone de forte influence zapatiste, et la menace d’expulser les Indiens de cette réserve naturelle pour «crimes écologiques», démontre que la PFP est utilisée par le gouvernement comme un nouveau mécanisme de contrôle.

Le futur président Fox n’assumera son poste de président qu'à partir de décembre. Les élections à gouverneur du Chiapas le 20 août qui font l’objet d’une forte dispute, la passation des pouvoirs à l’échelle nationale (un fait sans précédent), introduisent de nombreux facteurs d’incertitude et de possible instabilité au cours de l’inter règne. Ceci est particulièrement vrai au Chiapas où la vieille garde du PRI est toujours puissante. L’incessante pression militaire utilisée pour acculer les sympathisants zapatistes ne fait qu’exacerber les tensions.

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Actions recommandées

  1. Féliciter le président Zedillo pour son rôle à l’heure de garantir les élections libres du 2 juillet et pour sa capacité comme homme d’état en reconnaissant les résultats et en promettant son appui au futur président Fox afin de garantir une transition sans problèmes. L’exhorter à utiliser son leadership pour assurer que les élections au Chiapas le 20 août se dérouleront de la manière la plus démocratique possible.
  2. Faire pression pour que le président Zedillo réduise les possibilités de violence au Chiapas au cours des mois où il restera au pouvoir, par le biais du retrait des troupes de l’armée qui se trouvent actuellement près des communautés autochtones.
  3. Diffuser des informations sur la situation du Chiapas (comme par exemple ce bulletin).

Merci de bien vouloir écrire à :

Lic. Ernesto Zedillo Ponce de León
Presidente de la República
Palacio Nacional
06067 México, DF - México
Fax: (int-52) 271 1764 / 515 4783

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:: ACTUALITE

NOUVELLE DONNE POLITIQUE AU MEXIQUE

Vicente Fox, nouveau président de la République

Le 2 juillet, Vicente Fox, candidat pour le Parti d’Action Nationale (PAN) et le Parti Vert Ecologiste du Mexique (PVEM) a gagné les élections à la Présidence de la République avec 43,43% des votes. Il est suivi par Francisco Labastida du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) et, en troisième position, par Cuauhtémoc Cardenas du Parti Révolutionnaire Démocratique (PRD), Parti du Travail (PT) et autres forces politiques de gauche avec 17%. Après 71 ans au pouvoir, le PRI laisse la présidence de la République. Ce même jour, dans la nuit, le Président Zedillo a reconnu le triomphe de Fox, de même que les autres candidats. L’Alliance pour le Changement, représentée par Fox, a également obtenu la majorité des sièges à la Chambre des députés, le PRI l’emportant quant à lui au Sénat (Pour plus de détails voir le tableau des résultats):

Principaux résultats des élections du 2 juillet:

Présidence de la République :
Vicente Fox (Alliance pour le Changement) 43,30% des votes
Francisco Labastida (PRI) 36,80% des votes
Cuauhtémoc Cardenas (Alliance pour le Mexique) 17,00% des votes

Chambre des Députés :

Alliance pour le Changement 223 sièges
PRI 209 sièges
Alliance pour le Mexique 68 sièges

Sénat:

PRI 60 sièges
Alliance pour le Changement 51 sièges
Alliance pour le Mexique 17 sièges

Une importante participation citoyenne a caractérisé cette journée électorale : 63,97% des 58.789.209 inscrits ont voté. Cette fête civique n’a pas été assombrie si ce n’est que par quelques incidents enregistrés dans plusieurs lieux de vote, surtout ceux dits «spéciaux» qui avaient été mis à la disposition des personnes ne se trouvant pas dans leur lieu habituel de vote. Ces urnes «spéciales» se sont vues débordées par une affluence massive d’électeurs (leur capacité se limitant à 750 bulletins), générant des protestations dans différents lieux du pays.

Les organisations civiles avalisent les élections

Dix organisations civiles et 860 observateurs internationaux ont reconnu la validité des élections fédérales du 2 juillet. Selon eux, les 350 dénonciations qu’ils ont reçues (la majorité en zones rurales) ne changent pas les résultats obtenus. Le travail de l’Institut Fédéral Electoral (IFE) a reçu l’éloge de ces organismes, bien qu’ils aient aussi proposé de perfectionner la législation électorale afin de réduire les irrégularités et punir plus sévèrement les délits électoraux.

Réaccomodements post-électoraux

A l’intérieur du PRI, les réactions ne se sont pas fait attendre, et, fait historique, des membres éminents du parti (y compris des anciens Ministres de l’Intérieur) ont critiqué ouvertement le Président Zedillo, le donnant pour responsable de la défaite électorale.

De son côté, Fox a exprimé sa volonté de former un gouvernement ouvert et pluriel, quelques-unes de ses déclarations laissant entrevoir que les partis qu’il représentait durant la campagne électorale n’auront qu’une importance relative dans la formation de son cabinet.

Chiapas : Irrégularités dans les élections fédérales

A la fin mai, un groupe d’observateurs des Etats Unis et du Canada a visité le Chiapas. Dans leur rapport, ils ont souligné que l’excessive militarisation de l’état (de 30.000 à 50.000 soldats, selon les sources) pourrait inhiber la participation. Postérieurement, l’IFE a exigé que les soldats retournent à leurs casernes et que les 50 barrages routiers soient retirés le jour du vote, ce qui a été respecté.

Le 23 juin, dans un communiqué, l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) a déclaré qu’elle n’entraverait pas la réalisation des élections, ni la mise en place des bureaux de vote en zone d’influence zapatiste et que les zapatistes étaient libres de voter.

Au bout du compte, trois bureaux de vote n’ont pas pu être installés dans le 3° district du chef lieu de Ocosingo, considéré zone d’influence zapatiste. Selon un sondage réalisé dans les municipalités de ce district, une grande partie de la journée électorale a été marquée par la présence dans la rue de militaires vêtus en civil. Un autre fait a également fait l’objet de dénonciation : deux jours avant les élections, des chèques du programme d’aide à l’agriculture (PROCAMPO, un programme du gouvernement) datés du 26 mai ont été répartis. Les communautés de ce lieu ont protesté devant la claire intention d’induire le vote.

De même, différentes irrégularités ont été signalées par l’autorité locale de l’IFE quant au retard dans l’installation de bureaux de vote, ainsi que différents problèmes occasionnés par la présence de propagande politique du PRI dans certains lieux de vote.

Violence dans les Hauts Plateaux du Chiapas

Le 6 mai passé, à Chenalhó, à proximité de la communauté de Tzanembolom, une embuscade a occasionné trois morts et deux blessés ; deux d’entre eux étaient priistes et le dernier un jeune de la société civile «les Abeilles». Des effectifs de l'armée et de la Police ont encerclé le campement de déplacés de Polhó (municipalité autonome zapatiste) pour «chercher les assassins». Le Secrétariat du Gouvernement a déclaré que ce fait n’était pas de la compétence de la Police Fédérale Préventive (PFP ; voir l’article dans ce bulletin), mais quelques jours après le Ministère de l’Intérieur a annoncé l'envoi de centaines de membres de la PFP sur les lieux.

Les Sénateurs du PRD faisant partie de la Commission pour la Concorde et la Pacification (COCOPA) ont qualifié l’entrée de la PFP dans les Hauts Plateaux du Chiapas comme une alternative répressive et quelques organismes civils ont manifesté leur inconformité avec ce procédé.

Emilio Rabasa, coordinateur pour le Dialogue au Chiapas, a souligné que ces opérations n’avaient aucune relation avec une supposée attaque contre l’EZLN, mais que leur objectif était de désarmer et de surveiller les sentiers et chemins. Dans ce même contexte, le dirigeant de la Confraternité Nationale des Eglises Chrétiennes Evangéliques (CONFRATERNICE), Arturo Farela, a affirmé que les assassins étaient des «zapatistes déclarés». De son côté, l’évêque de San Cristóbal, Felipe Arizmendi a déclaré que cette embuscade était un fait isolé mais lamentable.

Trois personnes impliquées dans le massacre d’Acteal ont d’autre part été condamnées à huit ans de prison (un général à la retraite et deux officiers de la Police).

Le 13 juin, sept policiers ont été assassinés dans une embuscade dans la communauté de Las Limas, municipalité de El Bosque. La présence militaire a augmenté en conséquence dans ce chef lieu et dans les communautés à proximité, en particulier à Unión Progreso où trois paysans zapatistes considérés comme suspects dans cette affaire ont été recherchés. Les militaires ont aussi encerclé les communautés de Las Limas et Los Angeles. La PFP a alors déclaré qu’elle réaliserait un travail d’intelligence militaire dans la zone afin de déterminer l’identité des agresseurs. L’EZLN a affirmé n’avoir rien à voir avec l’embuscade.

Suite à l’arrestation d’Alberto Pathistan, un instituteur de tendance priiste suspect dans l’assassinat, les priistes du chef lieu ont occupé l’édifice de la présidence municipale pour exiger sa libération.

La présence de la PFP a également été dénoncé dans les communautés zapatistes de Ojo de Agua, Amador Hernández et Flor de Cacao, où un campement a été installé dans chaque communauté. Finalement, on a pu déterminer la participation de ce corps policier dans des barrages situés dans la municipalité de Tila où ils contrôlent les documents d’identité.

L’évêque Felipe Arizmendi : premières activités

Après sa prise de possession, le 1° mai, l’évêque Felipe Arizmendi a visité plusieurs communautés du diocèse. Il a ratifié la majorité des postes des différents vicariats, manifestant ainsi une continuité avec la ligne de ses prédécesseurs. En diverses occasions, l’évêque a exprimé que la présence de l'armée était excessive. Quelques jours avant les élections il a fait un appel à voter. Plus tard, il a invité à accepter le résultat des élections quel qu’il soit et il a salué l’attitude zapatiste comme une source d’espérance pour le pays.

En août : élections au Chiapas

Parallèlement à ces événements nationaux, au Chiapas, la campagne pour l’élection du gouverneur de l’état (prévue pour le 20 août) a pris plus d’ampleur, particulièrement celle du sénateur expriiste et aujourd’hui candidat de l’opposition, Pablo Salazar Mendiguchia. En même temps, le fait que le PRI ait triomphé au Chiapas dans ces élections fédérales (de Président de la République, les deux sénatoriales et 11 des 12 circonscriptions de députés) est une donnée importante à l’heure de faire des pronostiques pour les temps à venir.

Accords commerciaux

Le 1° juillet est entré en vigueur le Traité de Libre Commerce avec l’Union Européenne. Ce fait est passé relativement inaperçu dans la presse du fait de l’ambiance pré-électorale. Il faut signaler que suivant le modèle économique établi depuis plusieurs années, les accords de ce type se sont multipliés. Pour cette raison, le Président Zedillo a rencontré les présidents du Salvador et du Guatemala en vue de réaliser une ouverture commerciale vers ces pays.

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:: ANALYSE

LE MEXIQUE UN PAS EN AVANT VERS LA CONSTRUCTION DEMOCRATIQUE

Le 2 juillet 2000 restera définitivement marqué dans l’histoire du Mexique. Après 71 ans d’hégémonie du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), pour la première fois, le candidat de l’opposition Vicente Fox a gagné les élections présidentielles.

La victoire de Fox se doit principalement à la combinaison de deux facteurs : son charisme et sa personnalité exploités par le biais d’une habile utilisation des moyens de communication et, peut-être le plus important, la lassitude vis à vis du PRI expérimentée par la majorité des mexicains. Contrairement à ce à quoi l’on pouvait s’attendre du fait de la position de centre droit de Fox, les votes des indécis et de milliers de personnes qui généralement votent pour la gauche ont contribué à ce triomphe retentissant. Les dernières semaines de la campagne électorale avaient été marquées par une polémique autour du concept de «vote utile». Pour ceux qui le défendaient, l’idée était d’obtenir «la sortie du PRI des Pins» (résidence du président) pour que se produise un changement.

Avancées démocratiques

Les élections antérieures avaient été entachées par des suspicions de fraudes. Celles de juillet se sont déroulées dans un contexte général de calme. Il y eut relativement peu de dénonciations d’irrégularités durant la journée électorale. Les pressions se sont données avant les élections par le biais du corporatisme d’état, l’utilisation des programmes d'aide à des fins prosélytistes (comme PROGRESA et PROCAMPO), les irrégularités dans la désignation des fonctionnaires responsables des bureaux de vote, l’inégalité entre les candidats dans l’accès aux moyens de communication, etc... Ceci peut être l'une des raisons de l’invariable succès du PRI dans l’état du Chiapas.

Le rôle de l’Institut Fédéral Electoral (IFE) a été fondamental et exemplaire dans le processus avant et durant les élections. Il a réussi à maintenir son autonomie en démontrant efficacité, indépendance, impartialité et professionnalisme.

Les avancées démocratiques se notent plus clairement à deux niveaux : la participation des citoyens (dans le processus de préparation et dans les élections elles-mêmes, avec un abstentionnisme particulièrement bas comparé aux élections antérieures), et par la reconnaissance publique des résultats préliminaires de la part de tous les acteurs politiques.

Malgré cela il reste encore cinq longs mois d’incertitude entre la formation du cabinet et la prise de possession du nouveau Président le 1° décembre…

De la défaite du PRI et de ses possibles risques

D’une certaine manière, nous pouvons voir une tendance anti priiste dans bien des votes du 2 juillet. L’écrasante défaite n’a pourtant pas signifié l’immobilité à l’intérieur du parti. Le rééquilibrage des forces et le paiement interne des factures après une défaite aussi fracassante, au même titre que la résistance à assumer le rôle d’opposition ont commencé à générer des accusations, des dénonciations et disputes pour le contrôle de cette barque qui semble couler à pic.

Importante recomposition des blocs

Le seul fait de la victoire de l’opposition en la personne de Fox constitue un pas en avant vers la transition à la démocratie. Il est aussi important de reconnaître les avancées qui s’étaient données auparavant. Concrètement : les élections de 88, celles de 94, les réformes électorales, les élections de 97 qui ont donné à la Chambre des Députés une nouvelle configuration dans laquelle le PRI n’avait plus la majorité absolue.

Aujourd’hui le triomphe d’un candidat de l’opposition est une avancée importante dans le processus de démocratisation, mais ce n’est qu’un premier pas quand la démocratie devra continuer à se construire entre les trois pouvoirs, dans chacune des Chambres, dans les différents partis et avec la participation de la société civile. Un acteur qui se manifestera sans doute plus activement durant les six prochaines années sera justement la société civile sans parti politique, plus particulièrement les groupes qui ont exprimé publiquement leur soutien à Fox : ils pourront exiger la réalisation de ses promesses de campagne.

Il ne fait aucun doute que les questions qui restent à résoudre sont nombreuses : le défi de développer une politique économique qui résoudrait les profondes inégalités qui existent dans la société mexicaine en promouvant et incluant les 30 millions de personnes qui sont sous le seuil de pauvreté ; le Chiapas et la relance du processus de paix ; la clarification du cas FOBAPROA (scandale financier en 1998 au sujet des opérations du Fond Bancaire de Protection de l’épargne) ; les aspects sociaux et éducatifs ; la situation des droits humains et les déficiences du système d’administration de la Justice.

Le Président élu parle beaucoup d’inclusion, d’arriver à former un gouvernement pluriel. Mais, depuis les élections, il s’est éloigné du PAN, comme pour laisser apparaître entre les lignes qu’au cours de cette nouvelle étape les schémas du passé ne se répéteront pas. Le PRD a d’ores et déjà annoncé sa ferme décision de ne pas collaborer avec le gouvernement de Fox et se présente comme «opposition responsable». Si Fox s’appuie sur le PRI, nous pouvons craindre un retour à la case départ. Au contraire, s’il arrive à obtenir le soutien d’autres tendances politiques, son gouvernement pourra, avec une plus grande sécurité, avancer avec tout le pays vers la démocratie. C’est un des premiers défis que Fox aura à affronter.

Proposition de Fox pour le Chiapas

Au début de la campagne, un commentaire de Fox quant au fait de «pouvoir régler le problème du Chiapas en 15 minutes» avait retenu l’attention de ceux qui s’intéressent au conflit. Il s’est ensuite compromis à présenter la proposition de loi sur les Droits et Culture Indigène de la COCOPA lors de la prochaine session du Congrès. Il faut rappeler que «l’impasse» du processus de paix au Chiapas tient, en grande partie, au refus du Président Zedillo d’assumer cette proposition comme manière de réaliser les Accords de San Andrés signés par le gouvernement et l’EZLN en 1996. Le virtuel président élu en est venu à proposer la continuation du travail des tables de dialogue dont les sujets déjà accordés n’ont jamais été traités. Un facteur important de cette proposition est qu’elle se présentera dans un Congrès dominé par le PAN et le PRI, partis qui, jusqu’à présent, se sont opposés au texte de la COCOPA, en proposant des projets alternatifs. Pour autant, il n’y a guère de garantie que le projet prospère.

En définitive, la proposition de Fox satisferait la majorité des conditions posées par les zapatistes pour reprendre la voie du dialogue. Quelques analystes pensent cependant que cette proposition réalisée en fin de campagne électorale et qui ressemble fort à celle de Cardenas, n’a été qu’un manège pour gagner le vote de quelques secteurs de gauche pour qui le conflit du Chiapas était un thème particulièrement important.

L’EZLN face au processus électoral

En annonçant qu’elle n’entraverait pas le processus électoral au Chiapas et en donnant la liberté de vote à ses bases d’appui, l’EZLN a su se positionner d’une manière suffisamment neutre comme pour ne pas se marginaliser dans le processus démocratique. Ceci peut être un facteur qui donnera force au processus électoral d’août au Chiapas.

Elections locales au Chiapas : une chance pour la paix

Le candidat local du PRI, Sami David, avait basé une grande partie de sa stratégie de campagne sur la victoire de Francisco Labastida aux élections présidentielles. Tant la victoire de l’opposition au niveau national que la position de l’EZLN qui invitait à la participation de ses bases d’appui dans l’acte électoral pourraient permettre au candidat de l’opposition Pablo Salazar de gagner les élections comme gouverneur du Chiapas, élections prévues pour le 20 août prochain.

Mais à leur tour, les groupes priistes les plus durs pourraient générer une instabilité dans la zone dans le temps qui reste avant les élections. Il ne faut pas oublier que les élections au Chiapas constituent une longue histoire de violence, de fraude, de corruption et autres procédés arbitraires qui n’auront pas disparu si facilement avec les élections fédérales du 2 juillet dernier. De fait, ceci peut expliquer en bonne partie, le triomphe du PRI au Chiapas. Il est arrivé la même chose dans l'état voisin de Tabasco. Le Sud Ouest mexicain reste un bastion du PRI.

Contexte électoral difficile au Chiapas : entre embuscades et militarisation

Avant les élections présidentielles, les dénonciations rendaient plutôt compte d’un endurcissement de l'armée dans les barrages (bien qu’ils furent levés le jour des élections). Cette présence militaire a certainement inhibé le vote d’opposition en plus d’une zone de l’état, même après le communiqué de l’EZLN.

Au cours du dernier trimestre, deux types de situations ont contribué à «justifier» cette présence : la récente préoccupation écologique du gouvernement dans des zones sous influence zapatiste (Montes Azules) et la multiplication d’embuscades dont le bilan pèsent toujours plus lourd et qui restent sans explications (Chalchihuitan, Chenalhó, El Bosque). Il est indubitable que la présence de la Police, de l'armée et, plus récemment, de la Police Fédérale Préventive, a contribué à rendre plus pesante l’ambiance politique avant ces élections.

Approbation internationale

Le projet économique de Vincent Fox garantit la continuité économique du gouvernement d’Ernesto Zedillo. Ceci explique en grande partie la réaction positive de la Bourse et le fait que la monnaie se soit maintenue à son niveau. De fait, cette continuité se voyait en grande partie assurée par l’entrée en vigueur du Traité de Libre Commerce avec l’Union Européenne, un jour avant les élections du 2 juillet.

Dans ce sens on peut expliquer l’approbation de la communauté internationale : par delà les avancées démocratiques, celles-ci ont l’avantage de se donner dans un contexte qui ne menace pas leurs intérêts économiques.

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:: DOSSIER

Enfants et guerre de basse intensité

«Que Dieu nous protège pour que nous n'ayons plus peur à nouveau»

Après plus de six ans d’excessive présence militaire, on sait encore peu des impacts que cette dernière a pu avoir dans la vie des communautés autochtones. On a certes parlé du phénomène des divisions, des affrontements, des massacres, des déplacements de population, de l’augmentation du nombre de maladies, etc. Certains aspects restent encore à connaître ; c’est par exemple le cas de l’effet de la guerre sur la population infantile. Les enfants ont souffert de cette situation de différentes manières et, du fait de leur vulnérabilité naturelle, ils sont devenus l’un des secteurs les plus violemment atteints par la violence.

Impact de la présence militaire

Dans la zone Nord du Chiapas, une adolescente de 13 ans cherche à gagner un peu d’argent pour aider à nourrir sa famille. En tremblant, elle entre dans une caserne militaire et offre son corps en échange de quelques sous.

Les estimations quant au nombre de troupes présentes au Chiapas varient amplement entre 30 et 50.000 soldats. Bien que le gouvernement ne fournisse pas de chiffres exacts, on a pu évaluer l’augmentation des installations de l’armée. De 1995 à ce jour, leur nombre a quasiment été multiplié par quatre et il continue d’augmenter. Selon le centre d’investigation CIEPAC, il existe actuellement 296 installations militaires au Chiapas. L’importante présence militaire est perceptible, y compris pour une personne de passage.

Le fait que l’armée se soit installée à l’intérieur et autour des communautés a de graves conséquences sur la population. Dans certains cas, le contact avec les habitants a pour origine la militarisation des services publics. L’armée dispose de centres de «travail social» qui offrent une large variété de services : visites médicales, dentiste, coupes de cheveux, etc. L’armée répartit également eau et nourriture, construit des routes et transportent gratuitement certaines personnes (en règle générale, des partisans du gouvernement). Dans de nombreuses communautés, les soldats jouent dans les terrains de foot ou de basket, de sorte que si les jeunes veulent jouer, ils doivent forcément entrer en relation avec eux. On sait encore que les soldats et la police répartissent des bonbons aux enfants, qu’ils leur montrent des vidéos violentes en utilisant l’unique télévision disponible dans tout le village, et que dans certaines communautés, ils montrent des revues pornographiques aux enfants et aux adolescents. Toutes ses relations permettent aux soldats non seulement d’influencer les enfants mais aussi d’obtenir des informations.

L’armée et la police symbolisent le pouvoir et l’argent, ce qui attire les jeunes. De nombreux adolescents ont commencé à utiliser des vêtements ressemblant aux uniformes des militaires ou de la police. Un observateur d’un campement civil dans la zone Nord explique : «la plupart des filles entre 14 et 15 ans veulent se marier avec un soldat ou un policier, parce qu’avec leurs armes et leur argent, ils paraissent puissants».

Plusieurs communautés parlent de soldats qui fréquentent des prostituées ou se droguent devant les enfants. La prostitution et la toxicomanie dans les communautés indigènes à proximité de campements militaires ont d’ailleurs énormément augmenté alors que ces phénomènes existaient à peine avant 1994. Beaucoup de prostituées qui travaillent dans les campements militaires sont elles même à peine des enfants. Pour elles, ce travail a signifié une augmentation des maladies sexuellement transmissibles et des grossesses qui donnent naissance à des enfants non désirés ou stigmatisés comme «bâtards». La prostitution continue cependant parce que ces adolescentes ou leurs familles pensent qu’il n’y a pas d’autre issue à leur situation économique désespérée.

L’influence de l’armée est particulièrement visible chez les enfants des partisans du gouvernement, qui, du fait de leur positionnement politique, ont plus de contact avec les militaires. Certains parents et groupes de la société civile se préoccupent : la présence militaire et les activités des groupes paramilitaires enseignent aux enfants que la violence est le moyen le plus approprié pour résoudre les problèmes.

Violence directe et croissante

«J’ai 12 ans et j’ai perdu toute ma famille. Je n’ai plus personne de mon sang et je suis là seulement grâce à l’aide de ceux qui viennent m’aider, de sorte que je ne suis pas abandonnée»
(survivante du massacre d’Acteal)

En dépit du cessez le feu, depuis 1994, pour le moins plusieurs centaines de personnes, dont plusieurs enfants, ont trouvé la mort au cours d’affrontements au Chiapas. Bien d’autres ont été blessés ou battus. Plus de 20.000 personnes ont été déplacées. Certains enfants ont été les témoins de terribles actes de violence. Certains ont vu comment on assassinait leurs parents ; d’autres comment on incendiait leurs maisons, tuait leurs animaux, frappait leurs proches avant de se voir forcés à abandonner leurs maisons sous la menace des armes des paramilitaires.

Le 22 décembre 1997, un groupe paramilitaire a massacré 45 membres du groupe pacifiste ‘Las Abejas’ dans la communauté d’Acteal. Parmi les victimes, qui étaient en train de prier et jeûner pour la paix, se trouvaient 15 enfants, 21 femmes (l’une d’elles enceinte de sept mois) et 9 hommes. Plusieurs enfants ont été blessés et certains survivants sont restés orphelins.

Les rumeurs constantes et l’impunité des groupes paramilitaires maintiennent les gens, en particulier les enfants, dans un état permanent de peur et d’angoisse. A cause de cela, la population d’Acteal ne se sent pas en sécurité quand elle va chercher du bois ou pour retourner cultiver ses champs de maïs. Les femmes n’osent pas se déplacer seules et les enfants ne s’éloignent pas des maisons lorsqu’ils jouent.

La lutte pour la survie et la menace permanente de violence compliquent la récupération suite à la perte et aux traumatismes que ces gens ont soufferts. Cette situation se répercute sur la santé des habitants d’Acteal. De nombreux enfants souffrent d’une maladie de peau appelée «neurodermatite» qui est due à un traumatisme intense.

Un promoteur de santé signale : «une conséquence de la situation, outre les traumatismes soufferts, c’est que les enfants tombent malades plus souvent et de manière plus intense. Ceci est particulièrement visible parmi les survivants du massacre. Et les enfants ont du mal à bien extérioriser ce qui leur arrive. C’est pour cela que la plupart d’entre eux restent silencieux. Ils vivent dans un état de peur constante sans pouvoir extérioriser ces émotions».

Depuis 1994, les agressions sexuelles et la violence domestique ont augmenté parmi les autochtones du Chiapas. COLEM, un groupe féministe de San Cristóbal informe que le nombre de cas de violation sexuelle a augmenté de 50% en 1994 et de plus de 300% en 1995. Entre 1993 et 1997, 37% des victimes d’agressions sexuelles rapportées par COLEM étaient des mineures. Dans 45% des cas, les agressions ont été causées par une figure d’autorité (policiers, militaires, médecins, professeurs, etc.). Toujours selon COLEM, la violence domestique a augmenté d’entre 20 et 30% depuis 1994.

L’augmentation des agressions sexuelles et de la violence domestique peut être attribuée, pour le moins en partie, à une tension et un stress accrus (qui ont pour conséquence une augmentation de l’alcoolisme), ainsi qu’à la présence militaire. De ce fait, même si la plupart des enfants n’expérimentent pas directement la violence de la guerre, il est désormais plus probable qu’ils aient à affronter la violence dans leurs propres maisons.

Le drame du déplacement

A Chenalhó, deux frères de 6 et 9 ans, ainsi que leur sœur âgée de 11 ans transportent sur leurs épaules un chargement complet de bois attaché par une corde qui entourent leur front. Penchés en avant, suant, ces déplacés transportent leur chargement traversant montagnes et vallées derrière leur père jusqu’à atteindre, une heure et demi plus tard, leur maison faite de plastique et de planches. C’est là où ils vivent depuis trois ans, depuis qu’ils ont été déplacés de leur communauté.

Autre conséquence de la violence continue au Chiapas: entre 15 et 20.000 personnes ont été déplacées de chez elles ; plus de la moitié étaient des enfants. Une victime de la zone Nord nous raconte une histoire typique : «Le 18 juillet 1996, l’armée, la police et ‘Paix et Justice’ [un groupe paramilitaire] ont mené une action. Ils se sont dirigés vers l’église, ils ont brisé les statues des saints, ils ont saccagé nos maisons et volé nos animaux. Nous avons fuit dans les montagnes. Beaucoup de personnes sont mortes. Un de mes enfants est mort. Il est tombé malade et nous n’avons pas pu l’emmener chez le docteur parce que nous avions peur d’une embuscade de ‘Paix et Justice’».

Si le conflit continue à aller croissant, on peut s’attendre à ce qu’un plus grand nombre d’hommes, de femmes et d’enfants cèdent finalement sous la pression que représente le fait de vivre dans des communautés divisées et qu’ils se réfugient en un endroit où ils sauront pour le moins que leurs voisins ne représenteront pas une menace pour leurs vies.

Dans les communautés de la Forêt Lacandone : une autre situation... Le gouvernement accuse les communautés installées dans la biosphère de ‘Montes Azules’ de mettre l’écologie à mal, et il a essayé de les expulser, à coup de promesses et de menaces. Nous voulons ici donner la parole aux enfants de ces communautés : «Nous avons le droit de vivre dans ce lieu où nous sommes nés de la même façon que d’autres enfants qui sont nés dans d’autres endroits du monde. Messieurs les sages, vous qui étudiez les animaux et les plantes, ne demandez pas aux autorité qu’elles nous tuent ou nous expulsent. Faîtes preuve d’un peu de conscience : gouvernements et chercheurs. Vous aussi vous avez des enfants. Nous, les enfants de ‘Montes Azules’, nous ne sommes pas les ennemis de notre mère, de ce paradis qu’est la Nature. Nous avons passé des années ici à vivre avec les oiseaux, les animaux et les plantes. Nous aussi nous sommes préoccupés par la vie, par notre mère Nature. Nous vous invitons à, ensemble, la conserver».

Chaque famille déplacée a sa propre histoire, mais toutes ont fui terrorisées. Elles ont dû marcher sur plusieurs kilomètres, souvent de nuit et sous la pluie pour se trouver à l’abri. Et toutes ont souffert une grande perte. Un enfant qui a dû fuir de sa communauté parle sur ce qu’il a laissé derrière lui : «Le chien s’est perdu et les membres du PRI (partisans du parti officiel) l’ont pris. L’école est dans ma communauté et je veux étudier. Nous avons perdu nos fleurs, nos chiens, nos poules. Les paramilitaires les ont pris. Nous avons perdu nos chats, nos casseroles, les moulins pour moudre le maïs. Nous avons eu peur parce qu’ils nous menaçaient avec leurs armes ; ils ont aussi tiré en l’air».

Les enfants se rendent compte qu’ils sont en danger. Ils écoutent de constantes rumeurs sur les paramilitaires qui vont venir tuer les déplacés. Dans la communauté de X’oyep, les enfants participent aux les prières communautaires hebdomadaires, où les gens prient pour «retourner [dans leurs communautés], pour que les soldats s’en aillent et pour que Dieu les protège pour qu’ils n’aient plus peur à nouveau».

Pour les enfants des communautés qui ont accueilli les populations déplacées, il est difficile de comprendre que des centaines d’enfants étrangers et leurs familles vivent soudain dans leur communauté. Bien qu’ils n’aient pas eux mêmes été déplacés, ils doivent faire face à la nécessité de partager leurs maisons, leur nourriture et leurs terres. En conséquence de cette générosité, ces enfants partagent aujourd‘hui la douleur des déplacés. Un enfant de X’oyep décrit sa situation : «Quand les déplacés sont venus ici, nous nous sommes entassés avec eux dans nos maisons. Ensuite ils ont construit leurs propres maisons de plastique. Avant nous avions assez d’arbres mais nous avons permis aux personnes qui avaient abandonné leurs communautés de couper du bois. Ils nous faisaient pitié parce qu’ils n’avaient rien, et c’est ainsi que tous nos arbres ont disparu».

Le problème principal pour les personnes déplacées, c’est le manque de terres. Dans leurs propres communautés, les personnes pouvaient cultiver leurs jardins ainsi que le traditionnel maïs et les ‘frijoles’ (haricots rouges). Dans les campements de réfugiés, cependant, il n’existe aucune possibilité de ce type. Dans certains campements, tous les enfants se trouvent en première phase de malnutrition ; certains ont déjà atteint la seconde ou troisième phase. Leur état de malnutrition, combiné avec l’entassement (dans certains cas, 20 à 30 personnes vivent dans une maison de 8x5 mètres), font que les enfants sont plus vulnérables aux infections respiratoires les plus communes, aux infections cutanées et à la diarrhée. Ces maladies n’affectent pas seulement le développement physique des enfants. Leur vulnérabilité les expose à un grave danger de mort suite à des maladies qui peuvent être soignées avec une assistance médicale adaptée.

S’éduquer est également chose difficile pour ces enfants déplacés. Dans beaucoup de communautés, il n’y a pas d’écoles. Dans d’autres, il existe d’autres problèmes. A Poconichim, par exemple, le grand nombre de réfugiés explique le fait qu’il y ait jusqu’à 70 élèves par professeur. Dans d’autres communautés, les enfants ne vont pas à l’école parce qu’ils n’ont pas d’acte de naissance pour s’inscrire où parce qu’ils ont perdu celui-ci lorsqu’ils ont fui leurs communautés.

Vivre dans une communauté divisée

En 1996, un affrontement a opposé les partisans du gouvernement avec les groupes d’opposition de la communauté de Jolnixtié, dans la zone Nord, une région hautement polarisée. Les partisans de l’opposition ont fui leurs communautés sous les menaces des paramilitaires. En leur absence, leurs maisons, animaux et champs ont été pillés et brûlés. Depuis quatre mois, ils sont revenus et se sont installés une rue plus bas que celle où vivent ceux qui les ont attaqués. Les enfants sont conscients de la souffrance et de la préoccupation de leurs parents.

Dans la communauté de Puebla, dans les Hauts Plateaux du Chiapas, certaines familles ont fini par fuir, en partie parce que la pression était telle que les enfants des partisans du gouvernement en étaient venus à menacer les enfants des ‘Abejas’. Dans d’autres communautés, les enfants sont complètement séparés : une école pour les enfants des partisans du parti au pouvoir et une autre pour les enfants des partisans de l’opposition.

L’exploitation des enfants travailleurs

A San Cristóbal de las Casas, un enfant de 10 ans est obligé de travailler pour aider à maintenir sa famille. Tous les jours, il parcourt les rues de San Cristóbal : depuis tôt le matin jusqu’à 11 ou 12 heures le soir. Il vend sa marchandise aux touristes : bracelets produits par les familles elles-mêmes et poupées zapatistes. Bien qu’il marche dans une ville prospère, dotée de nombreuses écoles, le plus probable est qu’il n’entrera jamais dans l'une d’entre elles.

Dans tout le Chiapas, de nombreux enfants passent leur journée à travailler dans les champs, à s’occuper de leurs petits frères et de leurs petites sœurs, à charger du bois et à bien d’autres choses qui contribuent à assurer la survie de leurs familles. Il y a malgré tout une partie de la population qui travaille hors de leurs champs et maisons, vendant des chewing gums, des bracelets ou n’importe quoi qui puisse lui permettre de gagner quelques sous. Depuis 1994, de nombreux enfants ont immigré à San Cristóbal (la ville la plus grande dans la zone du conflit), avec ou sans leurs familles.

Pour ces enfants, la probabilité de recevoir une éducation (y compris primaire) est minime. De plus, sans l’appui de la structure communautaire, ce sont des candidats idéaux pour souffrir abus et discrimination non seulement pour leur pauvreté et vulnérabilité, mais aussi parce qu’ils sont indiens. Selon Melel Xolobal, une organisation qui travaille avec des enfants des rues : «la situation de ces enfants est très dure. Ils se maltraitent entre eux, et sont maltraités par les autorités et par la population en général. Certains adultes utilisent la main d'œuvre infantile pour leur propre compte, et dans les cas les plus sérieux, ils les obligent à vendre des drogues ou à se prostituer».

Graines de vie nouvelle

Au milieu de cette situation traumatique et de tant de souffrance, on trouve également des signes d’espérance et de changement. Par exemple, la communauté d’Acteal est loin de se renfermer face à cette situation. Une assistante sociale explique : «il existe un sentiment de communauté, de solidarité, d’aide mutuelle. Il existe un noyau communautaire dans lequel se refléter et partager, dans lequel célébrer la parole de Dieu ou commémorer ensemble l’anniversaire du massacre le 22 de chaque mois. Tout ceci a aidé les enfants à sentir que, bien qu’ils aient abandonné leurs communautés et qu’ils aient expérimenté une profonde perte, ce nouvel espace est encore leur espace. Et ils sont en train de s’adapter du fait de la solidarité qui existent entre tous».

La vie de la plupart des enfants habitant dans des zones de conflit se trouve toutefois dominée par la pauvreté et la tension.

Il est bon de se souvenir que le Mexique a ratifié la Convention des Droits de l’Enfant des Nations Unies. Ce document établi que les enfants ont le droit de vivre dans des conditions d’hygiène adaptées à leur développement ; à être protégés contre l’exploitation économique et de tout travail qui pourrait leur causer tort ; à la récupération physique et psychologique s’ils ont été victimes de mauvais traitements ; à recevoir une éducation ; à jouer et à se reposer ; à vivre avec leur famille dans un endroit sûr ; à exprimer leurs opinions et à ce qu’elles soient tenues en compte ; à la liberté de pensée et de religion.

Pour des milliers d’enfants du Chiapas, ces droits sont systématiquement violés. Ils vivent sous la menace permanente d’être blessés ou tués ; ils doivent faire face à l’influence des militaires et paramilitaires ; ils vendent leurs corps pour survivre ; ils ont perdu leurs maisons, leurs animaux, leurs êtres les plus chers et leurs voisins ; ils sont privés d’éducation et d’attention médicale ; ils sont pris au milieu d’un conflit dont ils n’ont pas la responsabilité et dont ils hériteront des conséquences. Il reste encore à voir quels seront les effets de cette guerre de basse intensité à long terme sur ces enfants qui deviendront adultes et auront des enfants à leur tour. Le futur de la société mexicaine dépend clairement de la santé émotionnelle et physique de ces enfants ; et la paix véritable ne pourra être atteinte que si les besoins de ces enfants se trouvent couverts.

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LA POLICE FEDERALE PREVENTIVE : UN NOUVEL ACTEUR AU CHIAPAS

La Police Fédérale Préventive (PFP) s’est convertit en un acteur public quand, en février dernier, dans la ville de Mexico, elle a expulsé les étudiants grévistes qui occupaient les locaux de l’Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM). En avril, elle a été envoyée au Chiapas, concrètement dans la réserve naturelle de Montes Azules, avec la mission déclarée de «protéger la forêt contre les communautés indigènes» qui vivent là depuis les années 70.

Elle fut ensuite envoyée à Chenalhó pour chercher des armes dans les communautés à proximité de l’endroit où ont eu lieu les embuscades du mois de mai. A Tila, la PFP contrôle les papiers d’identité des personnes passant les barrages de l'armée. Dans tous les cas, elle agit en accord avec l'armée, en patrouilles ou dans les barrages. Sa présence n’a fait qu’accroître le climat de tension et de peur qui règne dans les communautés. Les femmes et les enfants sont effrayés et les hommes n’osent pas réaliser leurs activités quotidiennes.

Il nous semble important de connaître un peu plus en détail l’origine de ce corps policier et les attributions réelles qu’on leur a données au-delà de la prévention.

Le Projet de Loi portant sur la Police Fédérale Préventive a été présenté devant le Congrès de l’Union en novembre 1998. Un mois plus tard, elle a été approuvée par le biais du Décret de Loi de la Police Fédérale Préventive. Le 31 décembre de la même année, le Président Zedillo et le Ministre de l’Intérieur à l’époque, Francisco Labastida, ont approuvé sa publication et sa mise en œuvre.

Le Projet fut étudié et approuvé dans un délai très court. Il se fonde sur la nécessité de la prévention du délit pour répondre au problème de l’insécurité publique. En réponse à ce besoin, le Projet propose la création d’une police, la Police Fédérale Préventive, qui unifierait les corps policiers de Migration, Fédéral des Routes et Fiscal ; ainsi «s’établirait une institution policière dotée de compétences clairement limitées aux fonctions de la prévention du délit».

Dans le Décret final, cependant, quelques fonctions qui ne paraissent pas en relation directe avec la prévention des délits lui furent attribuées : sa capacité d’action se situe au-dessus des autres corps policiers, avec une couverture nationale et la PFP se trouve placée sous la direction immédiate du pouvoir exécutif, concrètement du Ministère de l’Intérieur.

Son champ d’action est particulièrement ample. La PFP peut pratiquer des détentions, faire des investigations et poursuivre des délits, jouer un rôle dans la vigilance, vérification et inspection des routes et moyens de transport, des entrées et sorties de marchandises et de personnes dans les aéroports. Elle peut aussi participer à des opérations avec d’autres institutions policières fédérales, des états ou des municipalités, relever des infractions, protéger l’intégrité physique des personnes et la préservation de leurs biens.

Il est important de signaler qu’il est clairement défini que la PFP n’a pas «d’attributions dans le processus électoral» (Art.3) ou dans le cadre d’inspections des services de santé (Art.16 et 17).

Les communautés indigènes zapatistes ont manifesté leur désaccord quant à l’envoi de la PFP, la considérant comme une agression de la part du gouvernement. De son côté, le Centre des Droits Humains, Miguel Agustin Pro, a signalé que «l’entrée de la PFP polarise davantage le conflit», et le Réseau ‘Tous les Droits pour Tous’, a signalé que «la PFP était utilisée pour cerner davantage les zapatistes». Du fait des attributions reçues par le Décret de Loi, les dites organisations dénoncent qu’il y a un grand risque que la PFP soit utilisée comme un moyen de plus dans la guerre de basse intensité menée à l’encontre les communautés autochtones.

Sa présence génère encore plus de tensions dans la zone de conflit et a des conséquences sur son évolution comme sur les possibilités de réactiver le processus de dialogue.

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:: ACTIVITES DE L’EQUIPE

Mai - Juillet 2000

Visites et contacts

  • Visite à la zone Nord (communautés des municipalités de Tila et Sabanilla) pour dialoguer avec différents acteurs sociaux avant et pendant les élections.
  • Interview avec le Premier Secrétaire Politique de l’Ambassade des Etats unis au cours de sa visite au Chiapas.
  • Visite à Mexico D.F. dans le cadre de réunions avec des ONGs, acteurs religieux et représentants diplomatiques (Ambassades d’Allemagne, de Grande Bretagne, France, USA et Délégation de la Commission Européenne au Mexique).
  • Interview avec le nouvel évêque de San Cristóbal de las Casas, Felipe Arizmendi (travail œcuménique du SIPAZ).
  • Interviews avec des acteurs religieux de différentes dénominations des Hauts Plateaux du Chiapas.
  • Interviews avec différentes ONG et églises dans le cadre d’une recherche sur la Police Fédérale Préventive.
  • Collaboration dans l’organisation de l’agenda de la MISSION CIVILE POUR LA PAIX (du 18 au 22 mai).

Information

  • Invitation, organisation et animation d’une réunion d’organisations qui travaillent avec des enfants au Chiapas (dans le cadre d’une recherche sur ce thème).
  • Réception de deux délégations religieuses des USA.
  • Atelier sur l’accompagnement et l’observation internationale des droits humains pour une ONG mexicaine.
  • Participation comme observateur dans la Rencontre de la Société Civile pour la Démocratie et la Paix réalisée en juin à Mexico D.F.

Education

  • Animation d’ateliers portant sur la ‘Transformation des Conflits’ avec des éducateurs de la ‘Casa de la Ciencia’.
  • Participation dans une série d’ateliers pour promouvoir la méthodologie de l’Université de Birmingham (Angleterre) en matière de Résolution des Conflits.
  • Animation d’un atelier (“Analyse de conflit et stratégie pour la paix”) avec des promoteurs du Centre d’Investigation et d’Appui à la Femme (CIAM).

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