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:: BULLETIN DU SIPAZ: Vol V No 2 - Mai 2000

-> Synthèse Actions Recommandees
-> Actualité Chiapas: Belligérance Militaire,
Obstructionnisme Diplomatique
  Creer Des Ponts: Visites
Internationales De Haut
Niveau Au Chiapas
-> Dossier Chiapas: Cadre D'un Conflit Religieux?
-> Analyse Chiapas Relégué Au Second Plan
-> ACTIVITÉS DE L'ÉQUIPE AU CHIAPAS
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:: SYNTHESE

La situation du Chiapas au cours de ces derniers mois est comme une cocotte minute bien fermée sur le gaz. L'armée mexicaine cherche à garder le contrôle de la situation en intensifiant sa présence par le biais de l'installation de nouveaux campements militaires et de postes de contrôle qui limitent la libre circulation.

Diverses communautés indigènes installées dans la zone Selva depuis de nombreuses années ont été récemment accusées de commettre "une infraction écologique" et ont reçu l'ordre de quitter les lieux. Selon les habitants, la vraie raison de cet avis d'expulsion est que leur présence limite les possibilités d'avancer dans la construction du corridor qui reliera deux importantes bases militaires dans cette région. La persécution des forces de sécurité (qui inclut des vols à basse altitude) à l'encontre de supposés sympathisants zapatistes constitue une continuelle agression pour les communautés indigènes. Dans ces communautés commencent à se manifester l'impact physique et psychologique que cette guerre génère.

La pression militaire est le principal sujet de la continuelle revendication populaire qui s'est manifestée par le blocage de routes, des marches et une consultation nationale sur les Droits de la Femme.

Une autre revendication des Zapatistes et des communautés indigènes est la réalisation des Accords de San Andrés. Signés en 1996, ils restent inaccomplis par un désaccord à l'heure de les inclure dans la Constitution.

Les récentes déclarations des fonctionnaires du gouvernement donnent un pronostique peu positif quant aux possibilités de résolution du conflit. L'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) a été critiquée à plusieurs reprises pour son peu de disposition au dialogue. Le président Zedillo a ainsi déclaré que "le dialogue avec l'EZLN ne va pas résoudre le problème du Chiapas". Francisco Labastida, candidat présidentiel du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI, le parti officiel) est allé plus loin : "Un petit groupe de personne ne peut pas prendre la place des pouvoirs législatifs du pays. Les lois ne se font pas dans la jungle."

Les accords de San Andrés, négociés et signés par le gouvernement fédéral, requièrent une réforme législative quant aux droits des indiens. A première vue, Labastida, en rejetant non seulement le résultat mais aussi la légitimité du processus de négociation, laisse peu d'espoirs quant aux possibilités de pacification s'il est élu.

L'influence de la Commission de Concorde et Pacification (COCOPA, une commission parlementaire) rencontre bien des obstacles du fait des désaccords internes des partis. Un autre acteur clef du conflit, le Diocèse de San Cristóbal de las Casas, est entré dans une période de transition avec la nomination de Felipe Arizmendi, évêque de Tapachula (Chiapas). Il remplacera l'évêque Don Samuel Ruiz. Monseigneur Arizmendi, considéré comme modéré, a donné une note de conciliation durant son homélie le jour de sa prise de possession : "Je ne viens pas à San Cristóbal pour combattre ou détruire, mais plutôt pour donner une suite dans la complémentarité." Ceux qui craignaient un changement brutal dans la pratique pastorale du diocèse, se sont sentis soulagés. D'autres pensent que l'influence du diocèse comme protecteur des indigènes et du processus de paix diminuera certainement avec le départ de l'évêque Ruiz pour son important poids politique.

Pendant ce temps, on note une augmentation du nombre de visites au Chiapas de la part de diplomates, ainsi que de critiques provenant de l'étranger devant le peu d'avancées du Mexique quant aux Droits Humains.

Lors de sa visite à Mexico en février dernier, Erika Daes, présidente du groupe de travail pour les peuples indigènes de l'ONU, a lancé un appel au gouvernement pour qu'il respecte les Accords de San Andrés. Elle a soutenu que l'armée mexicaine doit suspendre les patrouilles au Guerrero et au Chiapas, retourner à ses casernes et focaliser son attention sur des conflits externes. En même temps, elle a appelé les groupes armés à déposer les armes et à rechercher le dialogue. En février également, le rapporteur spécial de l'ONU sur les exécutions extra judiciaire, Asma Jahangir a publié un rapport portant sur ses recherches au Mexique lors de son séjour en juillet 1999. Elle conclut que les responsables de massacres connus n'ont pas été jugés et que "l'incapacité du système judiciaire a pour conséquences un accroissement des violations des droits humains". Elle a appelé le gouvernement à démilitariser la société et à s'abstenir de l'usage des forces armées pour des activités de sécurité interne. D'autres voix qui ont critiqué la violation des droits humains au Mexique durant cette période, ont été celles du Département d'Etat des USA dans son rapport annuel et des représentants du Parlement Européen qui se sont plaints du rôle des groupes paramilitaires au Chiapas.

Généralement les fonctionnaires du gouvernement rejettent ou minimisent ces critiques. Mais, la Ministre des Relations Extérieures, Rosario Green a admis, durant un voyage en Europe et contrairement à l'habitude, que le Mexique n'a pas encore mis fin aux violations des droits humains ni assuré une culture de respect de ces derniers, pas plus qu'il n'en a terminé avec l'impunité.

Le conflit au Chiapas, bien qu'il soit d'un coût toujours plus élevé pour les communautés indigènes, ne semble pas représenter un thème important dans l'agenda électoral des prochaines élections présidentielles. Pour cette élection du 2 juillet prochain, le candidat du PRI, Francisco Labastida et Vicente Fox du PAN (centre droit, Parti d'Action Nationale) se présentent comme favoris. Cuauhtémoc Cardenas du PRD (centre gauche : Parti de la Révolution Démocratique) qui fait partie des trois principaux candidats reste encore derrière les deux premiers.

L'élection pour le gouvernement du Chiapas, le 20 août prochain, est fortement disputée entre les candidats du PRI, Sami David et Pablo Salazar, sénateur du PRI qui a renoncé à son parti et qui depuis continue de gagner l'appui d'une ample base d'opposition. Salazar, ancien membre de la COCOPA, apparaît comme le favori, bien que la situation reste indécise. Cette incertitude se doit tant à l'habitude de fraudes au Chiapas qu'aux obstacles que le nouveau gouvernement devra affronter au moment de mettre en place ses propositions de réforme.

D'autre part, la récente expulsion de l'observateur électoral Ted Lewis (bien qu'il possède une autorisation comme observateur émise par l'Institut Fédéral Electoral) a donné lieu à certaines suppositions : le Gouvernement Mexicain pourrait chercher à étendre sa campagne contre les observateurs internationaux des droits humains aux observateurs des futures élections.

Malgré cela, le Mexique continue de chercher activement des accords internationaux en matière commerciale. A la mi-février, le Mexique et l'Union Européenne ont signé un traité de libre commerce. Il a été ratifié par l'Union Européenne et le Sénat Mexicain. Toutefois sa réalisation n'est pas encore possible : il manque encore l'approbation du Parlement Italien.

Les négociations pour un traité de libre commerce avec le Japon et Israël continuent. Comme dans le cas de l'accord européen, les forces d'opposition et les organisations sociales ont déclaré être laissées de côté aux cours des négociations et être ignorées dans leurs réclamations.

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Actions Recommandees:

  1. Insister auprès de l'administration de Zedillo pour qu'elle:
    1. mette en place les récentes recommandations du Rapporteur sur les Exécutions Extra-judiciaires, Asma Jahangir, qui ont inclus : "Assurer la démilitarisation de la société et éviter d'employer les forces armées pour assurer la sécurité interne ou pour éradiquer la criminalité"; "Mettre fin à l'impunité de certaines classes sociales ou de personnes privilégiées."
    2. respecte la fonction internationalement reconnue d'observateur dans le processus électoral et l'autonomie de l'IFE (Institut Fédéral Electoral) en concédant un visa à l'expérimenté observateur électoral Ted Lewis.
  2. Diffuser l'information -comme ce rapport- sur la situation au Chiapas.

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:: ACTUALITE

«Chiapas: belligérance militaire, obstructionnisme diplomatique»

Nouvel évêque

Le 31 mars, la nouvelle de la nomination de l'évêque de Tapachula, Mons. Felipe Arizmendi comme successeur de Mons. Samuel Ruiz, évêque du diocèse de San Cristóbal de las Casas a été rendue publique. Une des premières réactions de l'évêque Arizmendi a été: «Je ne viens pas à San Cristóbal pour combattre ou détruire, mais pour compléter». Des représentants de ce diocèse ont exprimé leur approbation devant cette nouvelle et l'évêque Samuel Ruiz a demandé à tous les agents pastoraux et aux catholiques de son diocèse la "continuation de leur accompagnement et soutien à la voie diocésaine", à présent que le pasteur sera Mons. Arizmendi (à partir du premier mai).

Mouvements militaires

Au cours de ce trimestre, ont été fréquentes les dénonciations des communautés quant à la présence militaire, les survols d'hélicoptères et d'avions, le nombre de campements et de barrages, ainsi que le harcèlement de la part de soldats à proximité de nombreuses communautés indigènes en résistance. Les communautés ont également commenté que l'armée a établi un réseau d'indiens du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) pour espionner et s'introduire dans les villages afin de photographier et harceler les sympathisants zapatistes.

Le 17 mars, les autorités ont exigé à des centaines d'indigènes de la Forêt Lacandone qui, depuis 1994, se sont établis dans la réserve naturelle de 'Montes Azules' de quitter ce lieu. S'ils ne le faisaient pas, ils seraient expulsés par la force. Elles les ont accusés de "délits écologiques". Le 3 avril, des dizaines d'agents de la Police Fédérale Préventive sont arrivés au terrain communal Candelario (Ocosingo), accusant ses habitants de "dommage écologique" et menaçant de les expulser s'ils n'abandonnaient pas les lieux de manière volontaire. Ces Indiens vivent dans la réserve naturelle de la Forêt Lacandone depuis les années 70. L'explication des mêmes habitants est qu'ils constituent un obstacle dans le cadre de la construction de la voie militaire entre San Quintín et Guadalupe Tepeyac (deux des casernes les plus importantes dans la Forêt Lacandone).

Parallèlement, on a pu observer de nombreux exemples de résistance civile de la part de sympathisants zapatistes: barrages de routes, marches (comme celle de la Journée Internationale de la Femme, avec la participation d'environ 15.000 femmes et hommes) ainsi que d'autres activités (comme la Consultation Nationale sur les Droits de la Femme dans le cadre de la Journée Internationale de la Femme, réalisée dans 50 municipalités du Chiapas et où plus de 85 milles personnes ont pris part). Les principales demandes restent les mêmes: le démantèlement des campements militaires, la suppression des barrages, le retrait de l'armée Mexicaine de la région et le respect des Accords de San Andrés.

Accords de San Andrés

Quatre années après la signature des Accords de San Andrés, le secrétaire de la Commission de l'Episcopat Mexicain (CEM), Abelardo Alvarado, a fait remarquer que la situation au Chiapas reste préoccupante, dans la mesure où il n'y a toujours pas de nouvelle instance de médiation. Il a ajouté que l'Eglise ne peut pas jouer ce rôle; de ce faire, elle souffrirait le même harcèlement que Mons. Samuel Ruiz lorsqu'il présidait la Commission Nationale d'Intermediation (CONAI).

Lors d'une visite au Chiapas, le président Zedillo a assuré qu'il a respecté les Accords de San Andrés. D'un autre côté, Francisco Labastida, candidat à la Présidence du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), au cours de sa visite à l'entité début mars, semblait avoir d'ores et déjà annulé toute possibilité de négocier avec l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) de possibles changements à l'initiative de loi présidentielle sur les accords de San Andrés. Il a affirmé que «le pouvoir législatif du pays ne peut être substitué par un petit groupe de personnes. Les lois ne se font pas depuis la jungle».

Carlos Payán et Gilberto López y Rivas, représentants du PRD (Parti de la Révolution Démocratique) au sein de la Commission de Concorde et Pacification, la COCOPA, ont exprimé que le fait que le gouvernement fédéral n'a pas respecté les Accords de San Andrés fait que quatre années après leur signature ils sont "virtuellement lettres mortes". Ils ont aussi dénoncé le fait que la situation des autochtones a empiré et que les possibilités de reprendre la négociation avec l'EZLN sont toujours plus lointaines.

Suite à l'opposition des sénateurs du Parti d'Action Nationale (PAN) et du parti de la Révolution Démocratique (PRD), la Loi Indigène élaborée par Zedillo ne sera pas approuvée au cours de son sexennat. Selon les mêmes sénateurs, cette loi ne répondrait pas aux Accords de San Andrés.

Paralysie de la COCOPA

La vieille léthargie de la COCOPA a augmenté au cours de ces derniers mois suite au veto exprimé par certains membres du PRI à l'encontre de nouvelles initiatives, comme par exemple une visite au Chiapas pour enquêter sur les dénonciations quant à l'augmentation de la militarisation. Ils ont aussi tous voté pour annuler le Séminaire International sur les Négociations de Paix dans les Conflits Armés, promu par le sénateur du PRD, Carlos Payán. Après avoir critiqué la participation du PRI au sein de la COCOPA, Payán a fait remarqué que même si cette instance législative ne sert qu'à «préserver le cessez le feu au Chiapas, c'est un rôle suffisamment important pour considérer la possibilité de la maintenir dans la prochaine législature».

Déclarations officielles

Au cours de la troisième semaine de février, le Coordinateur Gouvernemental pour le Dialogue, Emilio Rabasa, a dit que le conflit chiapanèque ne pourra pas se résoudre durant ce sexennat parce que l'EZLN s'applique à le prolonger et parce que l'intransigeance des zapatistes est en passe d'en finir avec la patience de la société civile. A la fin mars, Rabasa a soutenu que le soulèvement de l'EZLN n'a servi qu'à «mettre en évidence la dramatique situation de misère et de marginalisation dans laquelle de nombreuses communautés du Chiapas vivent à l'échelle nationale et internationale», mais il n'a pas aidé à résoudre les problèmes; au contraire, le prolongement du conflit armé a augmenté les besoins, en particulier dans les zones où les zapatistes se trouvent. Le président Zedillo, au cours de sa trente-et-unième visite à l'entité, a défini la situation du Chiapas comme issue «d'une culture de la violence dont quelques communautés souffrent hélas encore».

Commentaires internationaux

Au cours de sa visite au Mexique, durant la première semaine de février, la Présidente du Groupe de Travail sur les Peuples Autochtones de l'Organisation des Nations Unies (ONU), Erika Daes, a demandé au gouvernement mexicain de respecter les Accords de San Andrés. Elle a également opiné qu'au Guerrero et au Chiapas, l'armée mexicaine doit suspendre ses patrouilles et retourner à ses casernes, que les responsables des massacres perpétrés dans ces états doivent être punis. Elle s'est exprimée en faveur du fait que les groupes guérilleros laissent les armes et «fassent un effort pacifique de dialogue avec le gouvernement». Elle a ajouté que l'ONU pourrait servir de médiation si le gouvernement et l'EZLN le lui demandaient.

Une semaine plus tard, sa collègue, la Relatrice sur les Exécutions Extrajudiciaires, Asma Jahangir, a présenté à l'ONU le rapport de son voyage au Mexique en juillet 99. Dans ce rapport, elle affirme que les gouvernements fédéraux et locaux, l'armée, les groupes paramilitaires et groupes armés de l'opposition «exécutent des personnes innocentes dans tout le pays, principalement au Chiapas et au Guerrero». Au sujet des massacres dans ces états, elle a ajouté que «tous les responsables intellectuels et matériels n'ont pas été arrêtés» et qu'en outre «l'incapacité du système judiciaire au Mexique provoque l'augmentation des violations des droits humains». Elle a recommandé au gouvernement mexicain de «continuer le processus de réformes qu'il a déjà commencé», mais qu'en même temps «il démilitarise la société» et «qu'il évite d'utiliser les Forces Armées pour maintenir l'état de droit ou pour combattre la criminalité».

Le Procureur Général de la République Jorge Madrazo a opiné que le rapport a été fait «sans preuves y sans objectivité». La Secrétaire des Relations Extérieures, Rosario Green a accusé la relatrice d'être allée au-delà de ses fonctions en analysant dans son rapport le rôle de l'armée fédérale et a qualifié le rapport comme manquant d'équilibre et d'objectivité. Le 23 mars, au cours d'un voyage en Europe, Rosario Green avait reconnu au Portugal que le Mexique "lamentablement" n'a pas été capable de mettre fin aux violations des droits humains, ni de cimenter "d'une manière très solide" une culture de respect de ces garanties et de combat contre l'impunité.

Dans son rapport annuel, présenté fin février, le Département d'Etat Nord américain a commenté que le gouvernement mexicain «de manière générale a respecté la plupart des droits humains de ses citoyens», mais qu'il subsiste cependant «de sérieux problèmes, comme par exemple la corruption de la police, les arrestations arbitraires, l'inefficacité et la corruption du système judiciaire, la discrimination à l'encontre des communautés indigènes, les menaces contre les promoteurs de droits humains».

Le 2 avril, durant une visite au Chiapas, le président du Parlement européen pour les relations avec l'Amérique Centrale et le Mexique, Antonio Seguro s'est déclaré prêt à servir de médiation dans le conflit de l'entité. Bien que le gouverneur de l'état Albores lui a assuré qu'il n'avait pas connaissance de l'existence de groupes paramilitaires au Chiapas, Seguro a affirmé : «Il nous semble que, pour qu'il existe un Etat de droit au Chiapas, il faut lutter contre les paramilitaires dans la mesure où ils constituent un obstacle pour que les déplacés retournent chez eux».

Juridiction internationale

Fin février, depuis Washington, le coordinateur de la mission diplomatique du Mexique auprès de l'Organisation des Etats Américains, a commenté que le Mexique n'assisterait pas à la réunion de la Commission Interaméricaine des Droits Humains (CIDH) prévue pour le mois de mars. Il a expliqué qu'il avait peur d'être "placé sur le banc des accusés". Le gouvernement avait été invité par un groupe d'organisations non gouvernementales (ONG) mexicaines. Au cours de l'audience du 2 mars, ces mêmes organisations ont présenté un rapport sur la situation des droits humains au Mexique. Quelques jours plus tard, huit organismes internationaux (parmi ceux-ci, Amnistie Internationale et Human Rights Watch) ont dénoncé devant la CIDH le fait que le gouvernement mexicain n'a toujours pas répondu aux recommandations que la CIDH a émises.

Le Mexique et le commerce international

A la mi-février, les Ministres des Relations Extérieures de l'Union Européenne ont approuvé à l'unanimité le Traité de Libre Commerce (TLC) avec le Mexique. Un mois plus tard, le Parlement européen a lui aussi donné son accord. Durant la 3° semaine de mars, le Sénat Mexicain a approuvé le TLC. Un dernier obstacle à présent tient au fait que le Parlement Italien n'est pas parvenu à un consensus interne pour ratifier l'accord commercial. Tant que ce Parlement ne ratifiera pas le traité, il ne pourra pas entrer en vigueur.

Tandis que le Secrétaire du Commerce et de l'Industrie, Herminio Blanco se trouvait au Japon pour promouvoir la signature d'un accord commercial avec ce pays asiatique, un processus similaire s'est donné plus rapidement avec Israël: bien que les chefs de l'exécutif aient d'ores et déjà signé cet accord, le Sénat mexicain ne l'a pas encore ratifié. Comme dans le cas de la ratification de l'accord commercial avec l'Union Européenne, les partis de l'opposition et plusieurs organisations sociales ont exprimé qu'ils ont été laissés de coté au cours des négociations préliminaires.

Nouvelle expulsion

La déportation récente par les autorités migratoires mexicaines de l'observateur électoral Ted Lewis a éveillé la préoccupation que le gouvernement mexicain puisse amplifier sa campagne à l'encontre des observateurs de droits humains aux observateurs électoraux. Lewis, directeur du programme Global Exchange (USA) pour le Mexique, a été déporté alors qu'il avait obtenu l'approbation de l'Institut Fédéral Electoral (IFE) pour réaliser certaines activités d'observation liées à la campagne électorale actuelle. Le conseiller de l'IFE, Jaime Cárdenas, a exprimé la préoccupation que le Ministère de l'Intérieur puisse entraver le chemin des observateurs étrangers par le biais des autorités migratoires.

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CREER DES PONTS : VISITES INTERNATIONALES DE HAUT NIVEAU AU CHIAPAS

Au cours des derniers mois, un plus grand nombre de représentants internationaux est venu au Chiapas : experts de l'ONU, les ambassadeurs d'Allemagne, de Ggrande-Bretagne et du Japon, parlementaires européens, membres du Congrès des Etats-Unis. Beaucoup ont voulu s'ouvrir à d'autres types de contacts que ceux prévus par le gouvernement fédéral et de l'état. Plusieurs ont demandé à SIPAZ de leur partager notre analyse et de les aider dans l'organisation de leur emploi du temps, en particulier avec des acteurs de la société civile, ainsi que pour visiter certaines communautés indiennes.

Comme l'ont manifesté l'ambassadeur allemand Wolf Ruthart Born et le Premier secrétaire de l'ambassade des Etats-Unis, Brian Nichols, il s'agit de connaître tous les points de vue (officiels, des entrepreneurs, ecclésiaux ainsi que ceux de la société civile indigène et métisse) pour arriver à mieux comprendre la situation et le conflit du Chiapas, et ainsi pouvoir mieux informer leur gouvernement respectif sur la situation réelle.

Les ONG locales ont interprété l'augmentation des visites de haut niveau en grande partie comme une conséquence de la perte de crédibilité du gouvernement mexicain face aux instances internationales. Elles ont aussi remarqué que plus qu'une préoccupation de fond quant à la situation des droits humains, il peut s'agir d'un intérêt plus pragmatique sur les conditions d'investissement dans la zone, le Chiapas étant un état attractif dans ce domaine. Elles considèrent cependant que cette recrudescence est une opportunité pour donner une autre version des faits. Un autre facteur qui, selon les ONG, a eu une influence est la pression exercée par leurs contreparties, groupes de solidarité et églises à l'étranger sur leur gouvernement avec un positionnement chaque fois plus clair et stratégique.

Dans le cadre de la ratification du Traité de Libre Commerce avec l'Union Européenne et pour l'existence d'une clause démocratique et des droits humains comme partie intégrante du dit traité, les ONGS plus que tout voient une possibilité de contacts avec les ambassades des pays qui composent l'Union Européenne.

Les communautés indigènes qui ont eu la possibilité de dialoguer avec les représentants officiels valorisent aussi la disposition de ceux ci à parler avec elles. "Las Abejas" qui ont reçu l'ambassadeur allemand en février et celui de Grande Bretagne en mars ont commenté à SIPAZ : «Le gouvernement nous a limités dans notre marche, a posé des obstacles. Mais grâce à ceux qui nous invitent ou viennent nous visiter, un chemin s'ouvre. Savoir que nos paroles se répandent dans le monde entier nous rend plus fort».

Dans le même sens, en février dernier, Gautier Mignot, premier secrétaire de l'ambassade de France, est venu au Chiapas pour remettre à la coordination des Organisations sociales indigènes Xi'Nich, la mention spéciale que remet chaque année ce pays en reconnaissance du travail de divers organismes et personnes dans le monde entier en matière de défense et promotion des droits humains. Durant la cérémonie de remise, les dirigeants de Xi'Nich ont remercié Gautier Mignot pour sa présence et pour la reconnaissance de leur travail de la part de la France, reconnaissance qui contraste avec la persécution et l'hostilité du gouvernement dont l'organisation a fait l'objet durant les huit années de son existence.

Au sujet de la perception de son rôle comme diplomate, l'ambassadeur allemand a signalé : «Je suis au Mexique pour favoriser les relations entre nos deux pays. Chiapas n'est pas un obstacle dans cette amitié. C'est une question des droits indigènes et humains, et nous devons en parler avec beaucoup de respect.». Il espère que, grâce à ce respect, la susceptibilité du gouvernement mexicain quant à la présence d'observateurs internationaux pourra s'atténuer. «C'est un processus d'apprentissage pour les deux parties», a-t-il ajouté.

Du fait de leur souci de parler avec les deux parties, ces acteurs peuvent créer des ponts entre la réalité du Chiapas et celle de leur pays et contribuer au dialogue au Mexique.

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:: DOSSIER

CHIAPAS : Cadre d’un conflit religieux ?

La tension religieuse exacerbée depuis le soulèvement zapatiste de 1994 a souvent été présentée comme un des éléments de fond du caractère conflictuel qui caractérise le Chiapas : plus de 30 000 protestants expulsés, plus de 30 églises catholiques fermées, plusieurs prêtres étrangers déportés, situations de violence ouverte ou latente dans certaines communautés divisées, etc. D’autres soulignent qu’une lecture de ce type est «artificielle» ou utilisée pour couvrir les intérêts économiques et politiques de certains secteurs.

Une explication manichéenne («les bons et les méchants») ne peut certainement pas rendre compte de la complexité de la réalité du Chiapas. De la même façon, on ne peut pas faire de généralisations dans le domaine religieux : tous les catholiques ne sont pas d’accord avec la ligne du diocèse de San Cristóbal (moins encore avec les zapatistes) ; tous les protestants ne sont pas membres du Parti Révolutionnaire Institutionnel (pas plus qu’ils ne sont paramilitaires), pour reprendre les clichés dont on entend parler le plus souvent.

Un peu d’histoire

Depuis la colonisation espagnole, l’église catholique a été prédominante au Mexique et dans toute l’Amérique latine. Dans la Constitution mexicaine de 1824, «la religion catholique, apostolique et romaine est considérée comme unique et suffisante dans tout le Mexique sans tolérance d’aucune autre». La situation change avec l’Indépendance et l’arrivée au pouvoir des libéraux (loi de Réforme de 1857 qui oblige l’église à vendre tous ses biens) puis avec la Révolution mexicaine (lois anti-cléricales entre 1910 et 1920). En dépit de ce fait, le catholicisme a été et continue d’être une composante importante de l’identité mexicaine : de nos jours, plus des trois quarts de la population se considère catholique.

Le protestantisme fait son apparition au Mexique en 1872, mais ce n’est qu’avec la Conférence Missionnaire de Cincinatti en 1914 que l’Amérique latine a été divisée pour son évangélisation entre différentes dénominations protestantes. Le sud-est du Mexique est resté sous la juridiction de l’église presbytérienne du Nord (originaire des Etats-Unis) qui l’a concédé à l’église réformée d’Amérique. Certains contacts furent également réalisés avec des missionnaires presbytériens du Guatemala. La seconde moitié du XXème siècle a été caractérisée par l’arrivée des groupes de l'Eglise de Pentecôte avec une liturgie plus participative. D’autres dénominations ont également fait leur apparition : adventistes, témoins de Jéhovah, etc.

Au Chiapas, la population protestante a augmenté à un rythme qui ne saurait être comparé avec les autres états mexicains. Selon le diocèse de San Cristóbal, en 1960, les protestants représentaient 4.2% de la population de l’État. Aujourd’hui, ils représenteraient 23% (57% seraient catholiques romains et 20% catholiques traditionalistes (1) ou athées). Selon plusieurs groupes protestants, ils représentent d’ores et déjà 40% de la population.

Comment expliquer la croissance protestante au Chiapas?

Certains expliquent la croissance protestante du fait des limitations pratiques du travail pastoral catholique. Le nombre de prêtres ne permettait pas de couvrir les nécessités des milliers de communautés qui formaient le diocèse du Chiapas (avant d’être divisé en trois diocèses: de San Cristóbal de las Casas, Tuxtla Gutiérrez et Tapachula). Oscar Salinas, vicaire de la Pastorale de la première souligne : «l’église catholique a abandonné les communautés autochtones pendant 100 ans. En 1857, suite aux lois de Réforme, [...] presque toutes les missions ont été abandonnées».

L’arrivée de missionnaires étrangers de l’église réformée des Etats-Unis au début du siècle est présentée comme un autre facteur qui a permis la formation de pasteurs indiens qui ont ensuite suivi leurs traces. Certains ont mentionné le style particulier des églises protestantes (qui diffère en ce sens de celui de l’église catholique) pour créer de nouvelles églises. Selon Esdras Alonso, pasteur et Président de l’organisation ‘Visión Aguila 2000’, les guérisons au cours des cultes protestants ont aidé à la conversion. Le fait d’interdire la consommation d’alcool a également joué un rôle en limitant les problèmes sociaux et familiaux liés aux excès de celle-ci.

Parmi les commentaires les plus critiques, on peut écouter l’explication que les églises protestantes ont été promues depuis les Etats-Unis au cours des années 70 et 80 dans le cadre d’une stratégie contre insurgeante à l’encontre de la Théologie de la Libération (qui était perçue comme ‘communiste’; cf. Les documents de Santa Fé de l’ère Reagan). Au Chiapas, cette stratégie a coïncidé avec le virage pastoral pris par le diocèse.

L’option préférentielle pour les pauvres du diocèse de San Cristóbal

En 1960, l’évêque Samuel Ruiz a fait son arrivée au Chiapas avec l’intention d’éduquer les indigènes, convaincu qu’il leur suffirait de chaussure et d’apprendre à parler espagnol pour être heureux. La rencontre avec les autochtones du Chiapas, le Concile Vatican II et par la suite la Conférence de l’Episcopat latino-américain de Medellín (1968) allait pourtant le changer profondément.

En 1962, le diocèse a commencé un programme pour former les autochtones, décentralisant ainsi l’action pastorale et l’enracinant davantage dans les mêmes communautés indiennes. Depuis lors, les bases d’une compréhension différente de la Bible ont été plantées : la théologie indienne (2). De nos jours, le diocèse compte avec le plus grand nombre de diacres autochtones dans le monde (près de 400) et avec près de 8000 catéchistes (ils étaient 700 dans les années 60).

L’option pour les pauvres a généré certaines dissensions au sein du diocèse en donnant la priorité aux communautés indiennes et en laissant un peu de côté les municipalités (où se trouvent les classes moyennes, le pouvoir économique et politique). Par exemple, à San Cristóbal, il existe un groupe de citoyens de classe moyenne et haute (dénommés les vrais ‘coletos(3) ) qui ont fortement critiqué à Samuel Ruiz, attaquant même physiquement la cathédrale.

Premières tensions entre catholiques et protestants

Entre 1934 et 1940, les missionnaires de l’Institut Linguistique d’Eté (un programme protestant de traduction de la Bible en plusieurs langues) ont fait leur arrivée. Selon certains sociologues et anthropologues, à partir des années 60, cette présence a contribué à générer un plus grand nombre de tensions avec les catholiques traditionalistes. Samuel Ruiz explique : «L’agression au culte des images [des saints] désarticule l’organisation de la communauté indigène qui s’agglutine autour de ses autorités religieuses et civiles dans le cadre des fêtes religieuses; et la prédiction millénariste qui annonce l’imminence de la fin du monde augmente les peurs oppressives de l’autochtone».

Il a reconnu que «pour s’être senties envahies et attaquées, les communautés catholiques ont réagi de façon violente, détruisant les lieux de culte protestants, empêchant la construction de nouveaux temples et expulsant les convertis».

Expulsions: pour motifs religieux ?

Dans la majorité des cas, les expulsions se donnent entre protestants et catholiques ‘traditionalistes’. A la fin 1970, les premières expulsions – parmi celles-ci, celle du prêtre catholique- ont eu lieu à San Juan Chamula. Par la suite, plus de 30 000 autochtones se sont convertis à différentes églises protestantes. L’actuel président municipal affirme que «la religion protestante contredit la tradition du peuple Chamula». Il se réfère ainsi au fait qu’elle ne permet pas à ses membres de participer dans les fêtes traditionnelles, ce qui signifie qu’ils cessent d’acheter des bougies, du ‘posh’ (4), des boissons gazeuses, etc. Tout ceci représente une menace le pouvoir des ‘caciques(5) qui sont souvent propriétaires des magasins.

Dans la même municipalité, au cours des dernières élections municipales, le PAN (Parti d’Action Nationale) a obtenu quatre postes au sein du Conseil Municipal mais il n’a pas pu prendre possession. A Chamula, personne ne peut s’opposer aux ‘traditions’. Les dites 'traditions' signifient être du PRI et catholique traditionaliste à la fois («A San Juan Chamula, on naît priiste», souligne le maire actuel).

Chamula est certes un cas extrême mais les intérêts économiques et politiques apparaissent cependant dans beaucoup de situations de supposée «intolérance religieuse». Il faut également souligner l’utilisation politique des expulsions. Récemment, de nombreuses familles déplacées de Plan de Ayala (Las Margaritas) sont retournées à leurs communautés en présence de représentants du gouvernement de l’État. Ce même gouvernement leur a payé des indemnisations et leur a offert une aide économique pour reconstruire leurs maisons. Certains dirigeants protestants, comme le pasteur Esdras Alonso, critique toutefois le gouvernement pour ne pas appliquer les lois qui permettraient la libre pratique des cultes religieux et qui éviteraient les expulsions. Dans le cas de la zone Nord, en revanche, le gouvernement a signé un accord pour assurer le retour de plusieurs déplacés (dans leur grande majorité, ils sont catholiques et membres d’une organisation de l’opposition). Cinq années plus tard, il n’a toujours pas payé les indemnisations promises et de nombreux déplacés n’ont toujours pas pu rentrer chez eux.

Animosité religieuse et soulèvement zapatiste

Du fait de son option pour les pauvres, le diocèse de San Cristóbal, et principalement son évêque Samuel Ruiz, ont été accusés par plusieurs secteurs mexicains (gouvernementaux, entrepreneurs, ‘coletos’ authentiques, certains secteurs protestants, etc.) de promouvoir la violence par le biais de la «Théologie de la Libération».

Force est de reconnaître que certains catéchistes, dirigeants de leurs communautés ont rejoint les rangs zapatistes. Le diocèse a été très clair quant à son positionnement : «Nous comprenons la situation subjective de nombre de nos frères qui ont opté pour une voie que nous considérons erronée. Ce cri d’angoisse de ceux qui donnent leur vie dans la recherche de meilleures conditions mérite toute notre compréhension […]. Comme diocèse, nous déclarons que la violence représente un obstacle dans le chemin des véritables solutions, et depuis ce refus de la violence, nous souhaitons accompagner le peuple» (Janvier 1994). Il existe également des catéchistes qui appuient les demandes zapatistes mais ils s’auto-dénomment «bases d’appui zapatistes» (civils).

Plusieurs dirigeants protestants nous ont commentés qu’au début de 1994, ils se sont approchés des commandants zapatistes avec l’espoir qu’ils puissent les aider à résoudre leurs problèmes d’expulsions. Certains protestants ont même rejoint les rangs zapatistes. Mais la plupart se sont sentis exclus du processus de médiation dirigé par Samuel Ruiz (en tant que Président de la Commission Nationale d’Intermédiation de 1995 à 1998) car il n’y avait aucun représentant protestant au sein de celle-ci.

Le discours zapatiste de “mauvais gouvernement” peut avoir agacé les groupes protestants qui, de manière générale, respectent les autorités, en partant du passage biblique Romains 13-1,2 : «Soumettez-vous aux autorités supérieures; parce qu’il n’y a aucune autorité sinon celle de Dieu, et celles qui existent ont été établis par Dieu. De sorte que celui qui s’oppose à l’autorité, s’oppose à ce qui a été mis en place par Dieu ; et ceux qui s’opposent, attirent sur eux sa condamnation».

Certains groupes protestants expriment également leurs doutes quant aux Accords de San Andrés sur les Droits et Culture indigène, car ils ont peur que le respect des us et coutumes puissent servir de prétexte à une plus grande intolérance religieuse. Et certainement des abus se sont donnés sous couvert de cette expression (à San Juan Chamula, par exemple).

Divisions, rumeurs et politisation

Le panorama religieux est bien plus complexe qu’une simple dichotomie entre catholiques et protestants. Dans la zone Nord, certaines communautés catholiques indépendantes n’acceptent pas les prêtres du diocèse. Ils ont demandé à l’évêque de Tabasco de leur envoyer : «des prêtres qui ne soient pas du Chiapas et qui ne se mettent pas dans la politique». D’un autre côté, le curé de Tila, Heriberto Cruz, partage qu’au cours des cinq dernières années, 24 églises ont été fermées par l’organisation ‘Développement, Paix et Justice’ (voir le glossaire). Dans la communauté de El Limar, les catholiques de cette organisation réalisent leurs célébrations dans le temple qu’ils se sont attribués, tandis que ceux du diocèse se réunissent chez une catéchiste. Dans les communautés divisées pour raisons politiques, il est très courant de voir organiser deux messes.

En ce sens, les rumeurs constituent une arme puissante. L’exemple le plus représentatif en est le massacre d’Acteal où 45 indiens ont été assassinés. Il a également fait l’objet d’une interprétation religieuse : au départ les victimes ont été présentées comme étant protestantes. D’un autre côté, dans la presse nationale et internationale, une autre version a divulgué le fait que les meurtriers étaient protestants. Bien qu’il reste clair désormais que les victimes étaient catholiques, rien n’est encore sur quant au credo des meurtriers. Une analyse de fond nous permettrait encore de nous rendre compte que les raisons du massacre ont bien plus à voir avec des aspects politiques et économiques que religieux.

Espoirs pour le futur

Il existe des signes prometteurs de dialogue, réconciliation et travail œcuménique dès avant le soulèvement zapatiste. Ce n’est pas une chose facile si l’on commence par réviser la compréhension des mots «œcuménisme» et «chrétien». Jean Sinclair, un pasteur presbytérien des Etats-Unis définie l’œcuménisme comme «un engagement commun visant à rechercher l’unité chrétienne». De nombreux protestants du Chiapas considèrent cependant que le mot ‘œcuménisme’ vient de l’église catholique et rejette donc l’idée a priori. De leur côté, les protestants utilisent l’expression «chrétiens» pour s’autodéfinir (n’incluant pas toujours les catholiques).

Il est plus facile de rencontrer des points de convergence entre églises autour de nécessités communes qu’en partant de discours, théologico-pastoraux. Par exemple, depuis 1992, le diocèse de San Cristóbal a commencé un programme de soutien aux expulsés de Chamula. Une religieuse a demandé à Samuel Ruiz: «comment vais-je me lancer dans ce travail si je suis catholique et qu’ils sont protestants?», «Tu n’as qu’à les aimer», lui a-t’il répondu. Rapidement, deux autres programmes ont été ouverts : Syjac (en langue tzoltzil, ‘servir notre peuple’) et Habitat pour l’Humanité. Ensemble, ils ont construit plus de 250 maisons pour les expulsés et 2000 pour les protestants qui sont revenus à Chamula. En diverses occasions, les protestants ont défendu Samuel Ruiz (par exemple des attaques des authentiques ‘coletos’).

L’organisation ORIACH (Organisation des Représentants Indigènes des Hauts-Plateaux du Chiapas) est un autre exemple du travail œcuménique. Des autochtones adventistes, presbytériens, de l'Eglise de Pentecôte et catholiques se sont unis pour défendre les mêmes besoins : retour à leurs terres et démocratisation interne des peuples autochtones.

Le projet de traduction de la Bible en tzotzil a réuni presbytériens et catholiques autour d’une autre nécessité commune. Le projet a pris plus de 10 ans (il s’est achevé en 1998). Deux pasteurs presbytériens et deux catéchistes catholiques ont travaillé ensemble pour le mener à bien.

Depuis décembre 1997, un autre projet qui cherche à répondre aux besoins des gens de la base est l'École Œcuménique de Formation Intégrale, une école œcuménique qui propose des cours à des élèves de différentes confessions chrétiennes autour de besoins communs : santé, droits humains, résolution des conflits, etc.

La foi, ressource pour construire la paix

Plus qu’une source de conflits, la religion peut permettre le rapprochement. Le travail œcuménique et la réconciliation sont possibles, comme le missionnaire de l’église réformée René Sterk l’affirme, si les personnes sont prêtes à recevoir et reconnaître l’autre comme son frère en Christ et rompre le cliché de l’ennemi supposé (en particulier entre autochtones d’un même peuple). Pour parvenir à construire la réconciliation, chacun devra assumer sa part de responsabilité et il faudra passer par la vérité, la justice et la paix.

(1) Les catholiques traditionalistes mélange de manière syncrétiste des éléments du catholicisme avec leur conception maya de la réalité. Dans la plupart des cas, ils ne reconnaissent pas l’autorité de l’église catholique romaine. (Return)

(2) Le diocèse ne parle pas de ‘théologie de la libération’ mais de ‘théologie indienne’. La théologie de la libération est une lecture biblique depuis les opprimés et qui se sert d’éléments des sciences sociales pour analyser la réalité. Elle est apparue en Amérique Latine dans les années 60-70. Selon le document du IIIème synode du diocèse de San Cristóbal de las Casas, la ‘théologie indienne’ se définit comme une «théologie qui cherche à reconnaître la présence et l'action de Dieu […] qui se font manifestes dans la vie, la langue et la sagesse des ancêtres de différentes cultures».(Return)

(3) Habitants de San Cristóbal de las Casas qui se considèrent comme étant les descendants directs de la noblesse espagnole.. (Return)

(4) Boisson alcoolisée régionale.. (Return)

(5) Chefs traditionnels dans les communautés indigènes.. (Return)

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:: ANALYSE

Chiapas relégué au second plan

En feuilletant les journaux locaux et nationaux on peut avoir l'impression que le chapitre ouvert par le soulèvement zapatiste de 1994 est désormais terminé. Les prochaines élections présidentielles (2 juillet) et pour le gouverneur du Chiapas (20 août), divers scandales politiques qu'il faudrait lier aux prochaines élections pour mieux les comprendre et l'augmentation de la violence liée au narcotrafic font la une des journaux.

Même si le thème du Chiapas apparaît dans les propositions de tous les candidats, c'est au milieu d'autres thèmes comme la lutte conte la pauvreté, la politique commerciale et la sécurité nationale. Malgré les besoins et les problèmes que connaît le pays en matière de justice sociale, dans de nombreuses occasions la bataille électorale ne paraît pas se centrer sur les problèmes de fond mais se maintenir à des attaques personnelles.

De leur côté, les membres du gouvernement actuel ont continué de minimiser la situation du Chiapas sans reconnaître leur responsabilité. Ils font la sourde oreille face à l'appui public de nombreux indigènes et de groupes de la société civile à l'EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale), en s'exprimant de manière négative sur la possibilité ou la convenance d'un dialogue avec ce groupe. Pour exemple, on peut mentionner les commentaires du Président Zedillo (« le dialogue avec l'EZLN ne résoudra pas le problème du Chiapas »), ou ceux du Coordinateur gouvernemental pour le dialogue au Chiapas, Emilio Rabasa (« s'il n'y a pas de dialogue tout ce qui s'est passé n'apparaîtra plus que comme un incident ») ou encore ceux du candidat présidentiel du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) Francisco Labastida (« les lois ne se font pas dans la jungle »). Ces commentaires n'aident pas à promouvoir un possible rapprochement ou contredisent le souci gouvernemental tant autoproclamé de reprendre les négociations de paix. Les commentaires du candidat Labastida, en particulier, indiquent qu'il ne pense pas élever au niveau constitutionnel les Accords de San Andrés comme ceux-ci le requièrent. Le gouvernement actuel pendant ce temps prétend les avoir respectés.

Ces derniers temps, le discours officiel le plus courant présente le conflit du Chiapas comme un problème de développement économique. En ce sens, les gouvernements des dernières décades qui faisaient partie du PRI ne reconnaissent pas leur responsabilité dans le déjà mentionné et historique manque de développement.

Dans le contexte actuel, l'EZLN ne s'est toujours pas positionnée au sujet des prochaines élections. Le risque de s'auto-exclure complètement de ce processus serait de limiter sa marge politique de négociation. Et en fonction des résultats des élections, l'EZLN pourrait être vue et traitée comme les autres groupes armés. Si cela se produit, l'EZLN pourrait voir se réduire son profil et la plate-forme politique qu'elle a réussis à obtenir dans la cadre des Accords de San Andrés, et elle pourrait à nouveau opter pour la violence comme ultime recours pour se faire entendre.

Un autre moment d'instabilité dans le processus de paix sera en août prochain, avec le changement du Congrès, quand se reconstituera la Commission de Concorde et de Pacification (COCOPA). Tandis que, cette Commission -composée de députés et sénateurs de tous les partis présents au Congrès- reste souvent paralysée par la règle du consensus. Felipe Vicencio (député du PAN -Parti d'Action Nationale- et membre de cette Commission) parle même de « situation de mort cérébrale ». De plus, durant ces derniers mois, les décisions ont fréquemment été prises en fonction d'intérêts partisans.

L'arrêt prolongé du processus de paix continue d'avoir des conséquences dramatiques au niveau local et communautaire. Il faut noter que bien qu'au Chiapas il n'y a pas de guerre au sens traditionnel du terme, deux forces armées restent en présence (bien que de dimensions et d'actions différentes) et les troupes fédérales continue d'encercler la zone de conflit.

Au niveau de l'église catholique, s'est levée une inconnue avec la nomination de Mons Felipe Arizmendi, considéré comme modéré, comme nouvel évêque de San Cristóbal de Las Casas. Les plus pessimistes craignent que cette nomination laisse un vide qui pourrait impliquer des risques et de possibles conséquences politico-militaires. Ils avertissent que sans faire de gesticulation ni de ruptures, le changement d'évêque pourrait réduire l'influence du diocèse dans les espaces politiques comme celui du processus de paix entre le gouvernement fédéral et l'EZLN. Dans la mesure où Samuel Ruiz est un grand défenseur des peuples indigènes, son départ ouvre la possibilité que le gouvernement tente d'implanter une stratégie plus violente contre les communautés indigènes et l'EZLN devant une influence moins forte du diocèse.

Partant de leur foi et obéissance à la hiérarchie ecclésiale, les bases catholiques ont exprimé leur disposition á accompagner le nouvel évêque dans le chemin qu'il parcourra à leurs côtés. La plupart d'entre eux ont confiance dans la force et la profondeur du travail pastoral impulsé par Samuel Ruiz, tant au niveau des structures diocésaines que des communautés indigènes. Cependant, personne ne sait ce qu'il se passera avec les actuels Vicaires et autres membres de la structure diocésaine.

Au niveau international, la dernière année s'est caractérisée par la multiplication des accords commerciaux du Mexique avec divers pays. Le traité avec l'Union Européenne continue d'être le plus controversé, en particulier suite au refus du Parlement Italien de le ratifier. Ceci pourrait empêcher l'entrée en vigueur du traité prévue pour le premier juillet de cette année.

Antonio Seguro, président du Parlement Européen pour les Relations avec l'Amérique Centrale et le Mexique s'est offert pour servir de médiation dans le conflit du Chiapas si le gouvernement mexicain le lui demande. Ils sont nombreux les acteurs internationaux qui se sont ainsi offerts pour jouer ce rôle, mais il est peu probable que le gouvernement actuel accepte, surtout s'il maintient son discours de « souveraineté nationale » et sa négation continuelle auprès des instances internationales de l'existence d'un conflit au Chiapas.

Les représentants tant de l'ONU (Organisation des Nations Unies), d'organismes internationaux (Amnistie Internationales, Human Rights Watch, etc.) que d'instances de gouvernements étrangers (Département de l'État des USA) observent qu'au Mexique il existe de sérieuses violations des droits humains et divers problèmes liés au système judiciaire (corruption, manque d'indépendance face aux autres pouvoirs, impunité, etc.). Mais le gouvernement mexicain continue de se défendre à partir de l'idée de souveraineté nationale en niant les critiques provenant des plus hauts niveaux. Accepter les critiques pourraient signifier l'affaiblissement du PRI face à un processus électoral dans lequel jamais comme aujourd'hui les possibilités de perdre la présidence avaient été aussi réelles.

En effet, actuellement les enquêtes signalent une sérieuse dispute entre Fox (le candidat du PAN) et Labastida (PRI), tandis que la campagne de Cardenas (PRD, Parti Révolutionnaire Démocratique) n'a pas encore démarré totalement. Les enquêtes indiquent aussi que n'importe lequel de ces trois candidats aurait des possibilités d'accéder à la présidence sans laisser aucunes chances aux autres candidats venant de partis avec moins de membres.

Au sujet du conflit du Chiapas, les trois candidats en tête des sondages abordent peu le thème. Le candidat du PAN a peut-être offert les propositions les plus catégoriques : retrait de l'armée, dialogue direct du Président avec l'EZLN, et accomplissement des accords de San Andrés. Si l'on tient en compte l'importance du thème économique dans la campagne de Fox, ni les intentions, ni le réalisme de ses propositions pour résoudre le problème du Chiapas semblent très claires.

Au niveau du Chiapas, l'actuel gouverneur Albores ne paraît pas vouloir céder la place au candidat du PRI, Sami David dans sa campagne pour les élections d'août. Pendant ce temps, Pablo Salazar, ex membre du PRI et candidat pour l'Alliance de l'opposition se présente comme favori. De plus en plus d'organisations sociales de différentes couleurs politiques se rallient à sa campagne. Tant au niveau fédéral que local, toutefois, la situation continue d'être incertaine, soit pour les antécédents de fraude, soit pour la difficulté qu'ils rencontreront à l'heure de réaliser les programmes présentés durant leurs campagnes.

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:: ACTIVITÉS DE L’ÉQUIPE

Mars-Avril 2000

Entre autres.

VISITES ET CONTACTS

  • Visite à la zone Nord (communautés des municipalités de Tila et Sabanilla) pour parler avec des paysans, des déplacés, ceux qui sont revenus, des représentants de diverses églises et organisations sociales, certains responsables de 'Développement Paix et Justice' et les autorités locales.
  • Visite à la zone Nord, Joinixtie et Libertad, dans le cadre d’une recherche sur la situation des enfants dans le contexte de guerre de basse intensité.
  • Visite à la zone de Las Margaritas pour parler avec les déplacés de religion protestante.
  • Visites à certaines communautés de Los Altos (Hauts Plateaux) pour parler avec les acteurs religieux.
  • Organisation et accompagnement d’une délégation œcuménique des USA et du Mexique.
  • Diverses visites à la prison de Cerro Hueco pour une rencontre avec des prisonniers protestants.
  • Voyage au Nicaragua de deux membres pour connaître le travail des Commissions de Paix de ce pays.
  • Accompagnement de l’ambassadeur britannique pour une visite aux communautés indigènes de Los Altos (Hauts Plateaux).

INFORMATION

  • Convocation, organisation et participation à une réunion avec des organismes qui travaillent avec les enfants du Chiapas, dans le cadre d’une étude sur le thème.
  • Diverses entrevues avec des personnes et organismes qui travaillent avec des enfants.
  • Collaboration à une recherche faisant partie du projet international « Réflexion sur les Pratiques de Paix » de l’organisation « Collaborative Development Action » et « Peace and Life Institute ».

EDUCATION

  • Organisation d'ateliers portant sur « le traitement du traumatisme » pour l’équipe de SIPAZ et pour des ONGS. Ateliers animés par Mary Litel de CAPACITAR des USA.
  • Participation à des ateliers de « Transformation de conflits » avec des éducateurs de la 'Casa de la Ciencia'.
  • Formation au Nicaragua d’un membre de l’équipe de SIPAZ sur la « Transformation de conflits » par le Réseau régional Mennonite de Justice et Paix. (Amérique Centrale).

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