:: SYNTHESE
La situation du Chiapas au cours de ces derniers mois est
comme une cocotte minute bien fermée sur le gaz.
L'armée mexicaine cherche à garder le contrôle
de la situation en intensifiant sa présence par
le biais de l'installation de nouveaux campements militaires
et de postes de contrôle qui limitent la libre circulation.
Diverses communautés indigènes
installées
dans la zone Selva depuis de nombreuses années ont été récemment
accusées de commettre "une infraction écologique" et
ont reçu l'ordre de quitter les lieux. Selon les habitants,
la vraie raison de cet avis d'expulsion est que leur présence
limite les possibilités d'avancer dans la construction
du corridor qui reliera deux importantes bases militaires
dans cette région. La persécution des forces
de sécurité (qui inclut des vols à basse
altitude) à l'encontre de supposés sympathisants
zapatistes constitue une continuelle agression pour les communautés
indigènes. Dans ces communautés commencent à se
manifester l'impact physique et psychologique que cette guerre
génère.
La pression militaire est le principal
sujet de la continuelle revendication populaire qui s'est
manifestée par le
blocage de routes, des marches et une consultation nationale
sur les Droits de la Femme.
Une autre revendication des Zapatistes
et des communautés
indigènes est la réalisation des Accords de
San Andrés. Signés en 1996, ils restent inaccomplis
par un désaccord à l'heure de les inclure dans
la Constitution.
Les récentes déclarations
des fonctionnaires du gouvernement donnent un pronostique
peu positif quant
aux possibilités de résolution du conflit.
L'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN)
a été critiquée à plusieurs reprises
pour son peu de disposition au dialogue. Le président
Zedillo a ainsi déclaré que "le dialogue
avec l'EZLN ne va pas résoudre le problème
du Chiapas". Francisco Labastida, candidat présidentiel
du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI,
le parti officiel) est allé plus loin : "Un
petit groupe de personne ne peut pas prendre la place des
pouvoirs législatifs
du pays. Les lois ne se font pas dans la jungle."
Les accords de San Andrés, négociés
et signés par le gouvernement fédéral,
requièrent une réforme législative quant
aux droits des indiens. A première vue, Labastida,
en rejetant non seulement le résultat mais aussi la
légitimité du processus de négociation,
laisse peu d'espoirs quant aux possibilités de pacification
s'il est élu.
L'influence de la Commission de Concorde
et Pacification (COCOPA, une commission parlementaire) rencontre
bien des
obstacles du fait des désaccords internes des partis.
Un autre acteur clef du conflit, le Diocèse de San
Cristóbal de las Casas, est entré dans une
période de transition avec la nomination de Felipe
Arizmendi, évêque de Tapachula (Chiapas). Il
remplacera l'évêque Don Samuel Ruiz. Monseigneur
Arizmendi, considéré comme modéré,
a donné une note de conciliation durant son homélie
le jour de sa prise de possession : "Je ne viens pas à San
Cristóbal pour combattre ou détruire, mais
plutôt pour donner une suite dans la complémentarité." Ceux
qui craignaient un changement brutal dans la pratique pastorale
du diocèse, se sont sentis soulagés. D'autres
pensent que l'influence du diocèse comme protecteur
des indigènes et du processus de paix diminuera certainement
avec le départ de l'évêque Ruiz pour
son important poids politique.
Pendant ce temps, on note une augmentation
du nombre de visites au Chiapas de la part de diplomates,
ainsi que de
critiques provenant de l'étranger devant le peu d'avancées
du Mexique quant aux Droits Humains.
Lors de sa visite à Mexico en février
dernier, Erika Daes, présidente du groupe de travail
pour les peuples indigènes de l'ONU, a lancé un
appel au gouvernement pour qu'il respecte les Accords de
San Andrés.
Elle a soutenu que l'armée mexicaine doit suspendre
les patrouilles au Guerrero et au Chiapas, retourner à ses
casernes et focaliser son attention sur des conflits externes.
En même temps, elle a appelé les groupes armés à déposer
les armes et à rechercher le dialogue. En février également,
le rapporteur spécial de l'ONU sur les exécutions
extra judiciaire, Asma Jahangir a publié un rapport
portant sur ses recherches au Mexique lors de son séjour
en juillet 1999. Elle conclut que les responsables de massacres
connus n'ont pas été jugés et que "l'incapacité du
système judiciaire a pour conséquences un accroissement
des violations des droits humains". Elle a appelé le
gouvernement à démilitariser la société et à s'abstenir
de l'usage des forces armées pour des activités
de sécurité interne. D'autres voix qui ont
critiqué la violation des droits humains au Mexique
durant cette période, ont été celles
du Département d'Etat des USA dans son rapport annuel
et des représentants du Parlement Européen
qui se sont plaints du rôle des groupes paramilitaires
au Chiapas.
Généralement les fonctionnaires du gouvernement
rejettent ou minimisent ces critiques. Mais, la Ministre
des Relations Extérieures, Rosario Green a admis,
durant un voyage en Europe et contrairement à l'habitude,
que le Mexique n'a pas encore mis fin aux violations des
droits humains ni assuré une culture de respect de
ces derniers, pas plus qu'il n'en a terminé avec l'impunité.
Le conflit au Chiapas, bien qu'il soit d'un coût toujours
plus élevé pour les communautés indigènes,
ne semble pas représenter un thème important
dans l'agenda électoral des prochaines élections
présidentielles. Pour cette élection du 2 juillet
prochain, le candidat du PRI, Francisco Labastida et Vicente
Fox du PAN (centre droit, Parti d'Action Nationale) se présentent
comme favoris. Cuauhtémoc Cardenas du PRD (centre
gauche : Parti de la Révolution Démocratique)
qui fait partie des trois principaux candidats reste encore
derrière les deux premiers.
L'élection pour le gouvernement du Chiapas, le 20
août prochain, est fortement disputée entre
les candidats du PRI, Sami David et Pablo Salazar, sénateur
du PRI qui a renoncé à son parti et qui depuis
continue de gagner l'appui d'une ample base d'opposition.
Salazar, ancien membre de la COCOPA, apparaît comme
le favori, bien que la situation reste indécise. Cette
incertitude se doit tant à l'habitude de fraudes au
Chiapas qu'aux obstacles que le nouveau gouvernement devra
affronter au moment de mettre en place ses propositions de
réforme.
D'autre part, la récente expulsion de l'observateur électoral
Ted Lewis (bien qu'il possède une autorisation comme
observateur émise par l'Institut Fédéral
Electoral) a donné lieu à certaines suppositions
: le Gouvernement Mexicain pourrait chercher à étendre
sa campagne contre les observateurs internationaux des droits
humains aux observateurs des futures élections.
Malgré cela, le Mexique continue de chercher activement
des accords internationaux en matière commerciale.
A la mi-février, le Mexique et l'Union Européenne
ont signé un traité de libre commerce. Il a été ratifié par
l'Union Européenne et le Sénat Mexicain. Toutefois
sa réalisation n'est pas encore possible : il manque
encore l'approbation du Parlement Italien.
Les négociations pour un traité de libre commerce
avec le Japon et Israël continuent. Comme dans le cas
de l'accord européen, les forces d'opposition et les
organisations sociales ont déclaré être
laissées de côté aux cours des négociations
et être ignorées dans leurs réclamations.

Actions Recommandees:
- Insister auprès de
l'administration de Zedillo pour qu'elle:
- mette en place les récentes recommandations
du Rapporteur sur les Exécutions Extra-judiciaires,
Asma Jahangir, qui ont inclus : "Assurer la démilitarisation
de la société et éviter d'employer
les forces armées pour assurer la sécurité interne
ou pour éradiquer la criminalité"; "Mettre
fin à l'impunité de certaines classes
sociales ou de personnes privilégiées."
- respecte la fonction internationalement reconnue
d'observateur dans le processus électoral et l'autonomie
de l'IFE (Institut Fédéral Electoral) en
concédant un visa à l'expérimenté observateur électoral
Ted Lewis.
- Diffuser l'information -comme ce rapport- sur la
situation au Chiapas.

:: ACTUALITE «Chiapas:
belligérance militaire, obstructionnisme diplomatique»
Nouvel évêque
Le 31 mars, la nouvelle de la nomination
de l'évêque de Tapachula, Mons. Felipe Arizmendi
comme successeur de Mons. Samuel Ruiz, évêque
du diocèse de San Cristóbal de las Casas a été rendue
publique. Une des premières réactions de l'évêque
Arizmendi a été: «Je ne viens pas à San
Cristóbal pour combattre ou détruire, mais
pour compléter». Des représentants de
ce diocèse ont exprimé leur approbation devant
cette nouvelle et l'évêque Samuel Ruiz a demandé à tous
les agents pastoraux et aux catholiques de son diocèse
la "continuation de leur accompagnement et soutien à la
voie diocésaine", à présent que
le pasteur sera Mons. Arizmendi (à partir du premier
mai).
Mouvements militaires
Au cours de ce trimestre, ont été fréquentes
les dénonciations des communautés quant à la
présence militaire, les survols d'hélicoptères
et d'avions, le nombre de campements et de barrages, ainsi
que le harcèlement de la part de soldats à proximité de
nombreuses communautés indigènes en résistance.
Les communautés ont également commenté que
l'armée a établi un réseau d'indiens
du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) pour
espionner et s'introduire dans les villages afin de photographier
et harceler les sympathisants zapatistes.
Le 17 mars, les autorités ont exigé à des
centaines d'indigènes de la Forêt Lacandone
qui, depuis 1994, se sont établis dans la réserve
naturelle de 'Montes Azules' de quitter ce lieu. S'ils ne
le faisaient pas, ils seraient expulsés par la force.
Elles les ont accusés de "délits écologiques". Le 3 avril, des dizaines d'agents de la Police Fédérale
Préventive sont arrivés au terrain communal
Candelario (Ocosingo), accusant ses habitants de "dommage écologique" et
menaçant de les expulser s'ils n'abandonnaient pas
les lieux de manière volontaire. Ces Indiens vivent
dans la réserve naturelle de la Forêt Lacandone
depuis les années 70. L'explication des mêmes
habitants est qu'ils constituent un obstacle dans le cadre
de la construction de la voie militaire entre San Quintín
et Guadalupe Tepeyac (deux des casernes les plus importantes
dans la Forêt Lacandone).
Parallèlement, on a pu observer de nombreux exemples
de résistance civile de la part de sympathisants zapatistes:
barrages de routes, marches (comme celle de la Journée
Internationale de la Femme, avec la participation d'environ
15.000 femmes et hommes) ainsi que d'autres activités
(comme la Consultation Nationale sur les Droits de la Femme
dans le cadre de la Journée Internationale de la Femme,
réalisée dans 50 municipalités du Chiapas
et où plus de 85 milles personnes ont pris part).
Les principales demandes restent les mêmes: le démantèlement
des campements militaires, la suppression des barrages, le
retrait de l'armée Mexicaine de la région et
le respect des Accords de San Andrés.
Accords de San Andrés
Quatre années après la signature des Accords
de San Andrés, le secrétaire de la Commission
de l'Episcopat Mexicain (CEM), Abelardo Alvarado, a fait
remarquer que la situation au Chiapas reste préoccupante,
dans la mesure où il n'y a toujours pas de nouvelle
instance de médiation. Il a ajouté que l'Eglise
ne peut pas jouer ce rôle; de ce faire, elle souffrirait
le même harcèlement que Mons. Samuel Ruiz lorsqu'il
présidait la Commission Nationale d'Intermediation
(CONAI).
Lors d'une visite au Chiapas, le président Zedillo
a assuré qu'il a respecté les Accords de San
Andrés. D'un autre côté, Francisco Labastida,
candidat à la Présidence du Parti Révolutionnaire
Institutionnel (PRI), au cours de sa visite à l'entité début
mars, semblait avoir d'ores et déjà annulé toute
possibilité de négocier avec l'Armée
Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) de possibles
changements à l'initiative de loi présidentielle
sur les accords de San Andrés. Il a affirmé que «le
pouvoir législatif du pays ne peut être substitué par
un petit groupe de personnes. Les lois ne se font pas depuis
la jungle».
Carlos Payán et Gilberto López y Rivas, représentants
du PRD (Parti de la Révolution Démocratique) au sein de la Commission de Concorde et Pacification, la
COCOPA, ont exprimé que le fait que le gouvernement
fédéral n'a pas respecté les Accords
de San Andrés fait que quatre années après
leur signature ils sont "virtuellement lettres mortes".
Ils ont aussi dénoncé le fait que la situation
des autochtones a empiré et que les possibilités
de reprendre la négociation avec l'EZLN sont toujours
plus lointaines.
Suite à l'opposition des sénateurs du Parti
d'Action Nationale (PAN) et du parti de
la Révolution
Démocratique (PRD), la Loi Indigène élaborée
par Zedillo ne sera pas approuvée au cours de son
sexennat. Selon les mêmes sénateurs, cette loi
ne répondrait pas aux Accords de San Andrés.
Paralysie de la COCOPA
La vieille léthargie de la COCOPA a augmenté au
cours de ces derniers mois suite au veto exprimé par
certains membres du PRI à l'encontre de nouvelles
initiatives, comme par exemple une visite au Chiapas pour
enquêter sur les dénonciations quant à l'augmentation
de la militarisation. Ils ont aussi tous voté pour
annuler le Séminaire International sur les Négociations
de Paix dans les Conflits Armés, promu par le sénateur
du PRD, Carlos Payán. Après avoir critiqué la
participation du PRI au sein de la COCOPA, Payán a
fait remarqué que même si cette instance législative
ne sert qu'à «préserver le cessez le
feu au Chiapas, c'est un rôle suffisamment important
pour considérer la possibilité de la maintenir
dans la prochaine législature».
Déclarations officielles
Au cours de la troisième semaine de février,
le Coordinateur Gouvernemental pour le Dialogue, Emilio Rabasa,
a dit que le conflit chiapanèque ne pourra pas se
résoudre durant ce sexennat parce que l'EZLN s'applique à le
prolonger et parce que l'intransigeance des zapatistes est
en passe d'en finir avec la patience de la société civile.
A la fin mars, Rabasa a soutenu que le soulèvement
de l'EZLN n'a servi qu'à «mettre en évidence
la dramatique situation de misère et de marginalisation
dans laquelle de nombreuses communautés du Chiapas
vivent à l'échelle nationale et internationale»,
mais il n'a pas aidé à résoudre les
problèmes; au contraire, le prolongement du conflit
armé a augmenté les besoins, en particulier
dans les zones où les zapatistes se trouvent. Le président
Zedillo, au cours de sa trente-et-unième visite à l'entité,
a défini la situation du Chiapas comme issue «d'une
culture de la violence dont quelques communautés souffrent
hélas encore».
Commentaires internationaux
Au cours de sa visite au Mexique, durant la première
semaine de février, la Présidente du Groupe
de Travail sur les Peuples Autochtones de l'Organisation
des Nations Unies (ONU), Erika Daes, a demandé au
gouvernement mexicain de respecter les Accords de San Andrés.
Elle a également opiné qu'au Guerrero et au
Chiapas, l'armée mexicaine doit suspendre ses patrouilles
et retourner à ses casernes, que les responsables
des massacres perpétrés dans ces états
doivent être punis. Elle s'est exprimée en faveur
du fait que les groupes guérilleros laissent les armes
et «fassent un effort pacifique de dialogue avec le
gouvernement». Elle a ajouté que l'ONU pourrait
servir de médiation si le gouvernement et l'EZLN le
lui demandaient.
Une semaine plus tard, sa collègue, la Relatrice sur
les Exécutions Extrajudiciaires, Asma Jahangir, a
présenté à l'ONU le rapport de son voyage
au Mexique en juillet 99. Dans ce rapport, elle affirme que
les gouvernements fédéraux et locaux, l'armée,
les groupes paramilitaires et groupes armés de l'opposition «exécutent
des personnes innocentes dans tout le pays, principalement
au Chiapas et au Guerrero». Au sujet des massacres
dans ces états, elle a ajouté que «tous
les responsables intellectuels et matériels n'ont
pas été arrêtés» et qu'en
outre «l'incapacité du système judiciaire
au Mexique provoque l'augmentation des violations des droits
humains». Elle a recommandé au gouvernement
mexicain de «continuer le processus de réformes
qu'il a déjà commencé», mais qu'en
même temps «il démilitarise la société» et «qu'il évite
d'utiliser les Forces Armées pour maintenir l'état
de droit ou pour combattre la criminalité».
Le Procureur Général de la République
Jorge Madrazo a opiné que le rapport a été fait «sans
preuves y sans objectivité». La Secrétaire
des Relations Extérieures, Rosario Green a accusé la
relatrice d'être allée au-delà de ses
fonctions en analysant dans son rapport le rôle de
l'armée fédérale et a qualifié le
rapport comme manquant d'équilibre et d'objectivité.
Le 23 mars, au cours d'un voyage en Europe, Rosario Green
avait reconnu au Portugal que le Mexique "lamentablement" n'a
pas été capable de mettre fin aux violations
des droits humains, ni de cimenter "d'une manière
très solide" une culture de respect de ces garanties
et de combat contre l'impunité.
Dans son rapport annuel, présenté fin février,
le Département d'Etat Nord américain a commenté que
le gouvernement mexicain «de manière générale
a respecté la plupart des droits humains de ses citoyens»,
mais qu'il subsiste cependant «de sérieux problèmes,
comme par exemple la corruption de la police, les arrestations
arbitraires, l'inefficacité et la corruption du système
judiciaire, la discrimination à l'encontre des communautés
indigènes, les menaces contre les promoteurs de droits
humains».
Le 2 avril, durant une visite au Chiapas, le président
du Parlement européen pour les relations avec l'Amérique
Centrale et le Mexique, Antonio Seguro s'est déclaré prêt à servir
de médiation dans le conflit de l'entité. Bien
que le gouverneur de l'état Albores lui a assuré qu'il
n'avait pas connaissance de l'existence de groupes paramilitaires
au Chiapas, Seguro a affirmé : «Il nous semble
que, pour qu'il existe un Etat de droit au Chiapas, il faut
lutter contre les paramilitaires dans la mesure où ils
constituent un obstacle pour que les déplacés
retournent chez eux».
Juridiction internationale
Fin février, depuis Washington, le coordinateur de
la mission diplomatique du Mexique auprès de l'Organisation
des Etats Américains, a commenté que le Mexique
n'assisterait pas à la réunion de la Commission
Interaméricaine des Droits Humains (CIDH) prévue
pour le mois de mars. Il a expliqué qu'il avait peur
d'être "placé sur le banc des accusés". Le gouvernement avait été invité par
un groupe d'organisations non gouvernementales (ONG) mexicaines.
Au cours de l'audience du 2 mars, ces mêmes organisations
ont présenté un rapport sur la situation des
droits humains au Mexique. Quelques jours plus tard, huit
organismes internationaux (parmi ceux-ci, Amnistie
Internationale et Human Rights Watch) ont dénoncé devant la
CIDH le fait que le gouvernement mexicain n'a toujours pas
répondu aux recommandations que la CIDH a émises.
Le Mexique et le commerce international
A la mi-février, les Ministres des Relations Extérieures
de l'Union Européenne ont approuvé à l'unanimité le
Traité de Libre Commerce (TLC) avec le Mexique. Un
mois plus tard, le Parlement européen a lui aussi
donné son accord. Durant la 3° semaine de mars,
le Sénat Mexicain a approuvé le TLC. Un dernier
obstacle à présent tient au fait que le Parlement
Italien n'est pas parvenu à un consensus interne pour
ratifier l'accord commercial. Tant que ce Parlement ne ratifiera
pas le traité, il ne pourra pas entrer en vigueur.
Tandis que le Secrétaire du Commerce et de l'Industrie,
Herminio Blanco se trouvait au Japon pour promouvoir la signature
d'un accord commercial avec ce pays asiatique, un processus
similaire s'est donné plus rapidement avec Israël:
bien que les chefs de l'exécutif aient d'ores et déjà signé cet
accord, le Sénat mexicain ne l'a pas encore ratifié.
Comme dans le cas de la ratification de l'accord commercial
avec l'Union Européenne, les partis de l'opposition
et plusieurs organisations sociales ont exprimé qu'ils
ont été laissés de coté au cours
des négociations préliminaires.
Nouvelle expulsion
La déportation récente par les autorités
migratoires mexicaines de l'observateur électoral
Ted Lewis a éveillé la préoccupation
que le gouvernement mexicain puisse amplifier sa campagne à l'encontre
des observateurs de droits humains aux observateurs électoraux.
Lewis, directeur du programme Global Exchange (USA) pour
le Mexique, a été déporté alors
qu'il avait obtenu l'approbation de l'Institut Fédéral
Electoral (IFE) pour réaliser certaines activités
d'observation liées à la campagne électorale
actuelle. Le conseiller de l'IFE, Jaime Cárdenas,
a exprimé la préoccupation que le Ministère
de l'Intérieur puisse entraver le chemin des observateurs étrangers
par le biais des autorités migratoires.

CREER
DES PONTS : VISITES INTERNATIONALES DE HAUT NIVEAU AU CHIAPAS
Au cours des derniers mois, un plus grand
nombre de représentants internationaux est venu au
Chiapas : experts de l'ONU, les ambassadeurs d'Allemagne,
de Ggrande-Bretagne et du Japon, parlementaires européens,
membres du Congrès des Etats-Unis. Beaucoup ont voulu
s'ouvrir à d'autres types de contacts que ceux prévus
par le gouvernement fédéral et de l'état.
Plusieurs ont demandé à SIPAZ de leur partager
notre analyse et de les aider dans l'organisation de leur
emploi du temps, en particulier avec des acteurs de la société civile,
ainsi que pour visiter certaines communautés indiennes.
Comme l'ont manifesté l'ambassadeur allemand Wolf
Ruthart Born et le Premier secrétaire de l'ambassade
des Etats-Unis, Brian Nichols, il s'agit de connaître
tous les points de vue (officiels, des entrepreneurs, ecclésiaux
ainsi que ceux de la société civile indigène
et métisse) pour arriver à mieux comprendre
la situation et le conflit du Chiapas, et ainsi pouvoir mieux
informer leur gouvernement respectif sur la situation réelle.
Les ONG locales ont interprété l'augmentation
des visites de haut niveau en grande partie comme une conséquence
de la perte de crédibilité du gouvernement
mexicain face aux instances internationales. Elles ont aussi
remarqué que plus qu'une préoccupation de fond
quant à la situation des droits humains, il peut s'agir
d'un intérêt plus pragmatique sur les conditions
d'investissement dans la zone, le Chiapas étant un état
attractif dans ce domaine. Elles considèrent cependant
que cette recrudescence est une opportunité pour donner
une autre version des faits. Un autre facteur qui, selon
les ONG, a eu une influence est la pression exercée
par leurs contreparties, groupes de solidarité et églises à l'étranger
sur leur gouvernement avec un positionnement chaque fois
plus clair et stratégique.
Dans le cadre de la ratification du Traité de Libre
Commerce avec l'Union Européenne et pour l'existence
d'une clause démocratique et des droits humains comme
partie intégrante du dit traité, les ONGS plus
que tout voient une possibilité de contacts avec les
ambassades des pays qui composent l'Union Européenne.
Les communautés indigènes qui ont eu la possibilité de
dialoguer avec les représentants officiels valorisent
aussi la disposition de ceux ci à parler avec elles. "Las
Abejas" qui ont reçu l'ambassadeur allemand
en février et celui de Grande Bretagne en mars ont
commenté à SIPAZ : «Le gouvernement
nous a limités dans notre marche, a posé des
obstacles. Mais grâce à ceux qui nous invitent
ou viennent nous visiter, un chemin s'ouvre. Savoir que nos
paroles se répandent dans le monde entier nous rend
plus fort».
Dans le même sens, en février dernier, Gautier
Mignot, premier secrétaire de l'ambassade de France,
est venu au Chiapas pour remettre à la coordination
des Organisations sociales indigènes Xi'Nich, la mention
spéciale que remet chaque année ce pays en
reconnaissance du travail de divers organismes et personnes
dans le monde entier en matière de défense
et promotion des droits humains. Durant la cérémonie
de remise, les dirigeants de Xi'Nich ont remercié Gautier
Mignot pour sa présence et pour la reconnaissance
de leur travail de la part de la France, reconnaissance qui
contraste avec la persécution et l'hostilité du
gouvernement dont l'organisation a fait l'objet durant les
huit années de son existence.
Au sujet de la perception de son rôle comme diplomate,
l'ambassadeur allemand a signalé : «Je suis
au Mexique pour favoriser les relations entre nos deux pays.
Chiapas n'est pas un obstacle dans cette amitié. C'est
une question des droits indigènes et humains, et nous
devons en parler avec beaucoup de respect.». Il espère
que, grâce à ce respect, la susceptibilité du
gouvernement mexicain quant à la présence d'observateurs
internationaux pourra s'atténuer. «C'est un
processus d'apprentissage pour les deux parties»,
a-t-il ajouté.
Du fait de leur souci de parler avec les
deux parties, ces acteurs peuvent créer des ponts entre la réalité du
Chiapas et celle de leur pays et contribuer au dialogue au
Mexique.

:: DOSSIER
CHIAPAS : Cadre d’un
conflit religieux ?
La tension religieuse exacerbée
depuis le soulèvement zapatiste de 1994 a souvent été présentée
comme un des éléments de fond du caractère
conflictuel qui caractérise le Chiapas : plus de 30
000 protestants expulsés, plus de 30 églises
catholiques fermées, plusieurs prêtres étrangers
déportés, situations de violence ouverte ou
latente dans certaines communautés divisées,
etc. D’autres soulignent qu’une lecture de ce
type est «artificielle» ou utilisée pour
couvrir les intérêts économiques et politiques
de certains secteurs.
Une explication manichéenne («les bons et les
méchants») ne peut certainement pas rendre compte
de la complexité de la réalité du Chiapas.
De la même façon, on ne peut pas faire de généralisations
dans le domaine religieux : tous les catholiques ne sont
pas d’accord avec la ligne du diocèse de San
Cristóbal (moins encore avec les zapatistes) ; tous
les protestants ne sont pas membres du Parti Révolutionnaire
Institutionnel (pas plus qu’ils ne sont paramilitaires),
pour reprendre les clichés dont on entend parler le
plus souvent.
Un peu d’histoire
Depuis la colonisation espagnole, l’église
catholique a été prédominante au Mexique
et dans toute l’Amérique latine. Dans la Constitution
mexicaine de 1824, «la religion catholique, apostolique
et romaine est considérée comme unique et suffisante
dans tout le Mexique sans tolérance d’aucune
autre». La situation change avec l’Indépendance
et l’arrivée au pouvoir des libéraux
(loi de Réforme de 1857 qui oblige l’église à vendre
tous ses biens) puis avec la Révolution mexicaine
(lois anti-cléricales entre 1910 et 1920). En dépit
de ce fait, le catholicisme a été et continue
d’être une composante importante de l’identité mexicaine
: de nos jours, plus des trois quarts de la population se
considère catholique.
Le protestantisme fait son apparition
au Mexique en 1872, mais ce n’est qu’avec la Conférence Missionnaire
de Cincinatti en 1914 que l’Amérique latine
a été divisée pour son évangélisation
entre différentes dénominations protestantes.
Le sud-est du Mexique est resté sous la juridiction
de l’église presbytérienne du Nord (originaire
des Etats-Unis) qui l’a concédé à l’église
réformée d’Amérique. Certains
contacts furent également réalisés avec
des missionnaires presbytériens du Guatemala. La seconde
moitié du XXème siècle a été caractérisée
par l’arrivée des groupes de l'Eglise de Pentecôte
avec une liturgie plus participative. D’autres dénominations
ont également fait leur apparition : adventistes,
témoins de Jéhovah, etc. Au
Chiapas, la population protestante a augmenté à un
rythme qui ne saurait être comparé avec les
autres états mexicains. Selon le diocèse
de San Cristóbal, en 1960, les protestants représentaient
4.2% de la population de l’État. Aujourd’hui,
ils représenteraient 23% (57% seraient catholiques
romains et 20% catholiques traditionalistes (1) ou
athées). Selon plusieurs groupes protestants, ils
représentent d’ores et déjà 40%
de la population.
Comment expliquer la croissance protestante
au Chiapas?
Certains expliquent la croissance protestante
du fait des limitations pratiques du travail pastoral catholique.
Le nombre de prêtres ne permettait pas de couvrir les
nécessités des milliers de communautés
qui formaient le diocèse du Chiapas (avant d’être
divisé en trois diocèses: de San Cristóbal
de las Casas, Tuxtla Gutiérrez et Tapachula). Oscar
Salinas, vicaire de la Pastorale de la première souligne
: «l’église catholique a abandonné les
communautés autochtones pendant 100 ans. En 1857,
suite aux lois de Réforme, [...] presque toutes les
missions ont été abandonnées».
L’arrivée de missionnaires étrangers
de l’église réformée des Etats-Unis
au début du siècle est présentée
comme un autre facteur qui a permis la formation de pasteurs
indiens qui ont ensuite suivi leurs traces. Certains ont
mentionné le style particulier des églises
protestantes (qui diffère en ce sens de celui de l’église
catholique) pour créer de nouvelles églises.
Selon Esdras Alonso, pasteur et Président de l’organisation ‘Visión
Aguila 2000’, les guérisons au cours des cultes
protestants ont aidé à la conversion. Le fait
d’interdire la consommation d’alcool a également
joué un rôle en limitant les problèmes
sociaux et familiaux liés aux excès de celle-ci.
Parmi les commentaires les plus critiques,
on peut écouter
l’explication que les églises protestantes ont été promues
depuis les Etats-Unis au cours des années 70 et 80
dans le cadre d’une stratégie contre insurgeante à l’encontre
de la Théologie de la Libération (qui était
perçue comme ‘communiste’; cf. Les documents
de Santa Fé de l’ère Reagan). Au Chiapas,
cette stratégie a coïncidé avec le virage
pastoral pris par le diocèse. L’option
préférentielle pour les pauvres du diocèse
de San Cristóbal
En 1960, l’évêque Samuel
Ruiz a fait son arrivée au Chiapas avec l’intention
d’éduquer les indigènes, convaincu qu’il
leur suffirait de chaussure et d’apprendre à parler
espagnol pour être heureux. La rencontre avec les autochtones
du Chiapas, le Concile Vatican II et par la suite la Conférence
de l’Episcopat latino-américain de Medellín
(1968) allait pourtant le changer profondément.
En 1962, le diocèse
a commencé un programme pour former les autochtones,
décentralisant ainsi l’action pastorale et l’enracinant
davantage dans les mêmes communautés indiennes.
Depuis lors, les bases d’une compréhension différente
de la Bible ont été plantées : la théologie
indienne (2).
De nos jours, le diocèse compte avec le plus grand
nombre de diacres autochtones dans le monde (près
de 400) et avec près de 8000 catéchistes (ils étaient
700 dans les années 60).
L’option pour
les pauvres a généré certaines dissensions
au sein du diocèse en donnant la priorité aux
communautés indiennes et en laissant un peu de côté les
municipalités (où se trouvent les classes moyennes,
le pouvoir économique et politique). Par exemple, à San
Cristóbal, il existe un groupe de citoyens de classe
moyenne et haute (dénommés les vrais ‘coletos’ (3) )
qui ont fortement critiqué à Samuel Ruiz, attaquant
même physiquement la cathédrale.
Premières tensions entre catholiques
et protestants
Entre 1934 et 1940, les missionnaires
de l’Institut Linguistique d’Eté (un programme
protestant de traduction de la Bible en plusieurs langues)
ont fait leur arrivée. Selon certains sociologues
et anthropologues, à partir des années 60,
cette présence a contribué à générer
un plus grand nombre de tensions avec les catholiques traditionalistes.
Samuel Ruiz explique : «L’agression au culte
des images [des saints] désarticule l’organisation
de la communauté indigène qui s’agglutine
autour de ses autorités religieuses et civiles dans
le cadre des fêtes religieuses; et la prédiction
millénariste qui annonce l’imminence de la fin
du monde augmente les peurs oppressives de l’autochtone».
Il a reconnu que «pour s’être senties
envahies et attaquées, les communautés catholiques
ont réagi de façon violente, détruisant
les lieux de culte protestants, empêchant la construction
de nouveaux temples et expulsant les convertis». Expulsions:
pour motifs religieux ?
Dans
la majorité des cas, les expulsions se donnent entre
protestants et catholiques ‘traditionalistes’.
A la fin 1970, les premières expulsions – parmi
celles-ci, celle du prêtre catholique- ont eu lieu à San
Juan Chamula. Par la suite, plus de 30 000 autochtones se
sont convertis à différentes églises
protestantes. L’actuel président municipal affirme
que «la religion protestante contredit la tradition
du peuple Chamula». Il se réfère ainsi
au fait qu’elle ne permet pas à ses membres
de participer dans les fêtes traditionnelles, ce qui
signifie qu’ils cessent d’acheter des bougies,
du ‘posh’ (4),
des boissons gazeuses, etc. Tout ceci représente
une menace le pouvoir des ‘caciques’ (5) qui
sont souvent propriétaires des magasins.
Dans la même municipalité,
au cours des dernières élections municipales,
le PAN (Parti d’Action Nationale) a obtenu quatre postes
au sein du Conseil Municipal mais il n’a pas pu prendre
possession. A Chamula, personne ne peut s’opposer aux ‘traditions’.
Les dites 'traditions' signifient être du PRI et catholique
traditionaliste à la fois («A San Juan Chamula,
on naît priiste», souligne le maire actuel).
Chamula est certes un cas extrême mais les intérêts économiques
et politiques apparaissent cependant dans beaucoup de situations
de supposée «intolérance religieuse».
Il faut également souligner l’utilisation politique
des expulsions. Récemment, de nombreuses familles
déplacées de Plan de Ayala (Las Margaritas)
sont retournées à leurs communautés
en présence de représentants du gouvernement
de l’État. Ce même gouvernement leur a
payé des indemnisations et leur a offert une aide économique
pour reconstruire leurs maisons. Certains dirigeants protestants,
comme le pasteur Esdras Alonso, critique toutefois le gouvernement
pour ne pas appliquer les lois qui permettraient la libre
pratique des cultes religieux et qui éviteraient les
expulsions. Dans le cas de la zone Nord, en revanche, le
gouvernement a signé un accord pour assurer le retour
de plusieurs déplacés (dans leur grande majorité,
ils sont catholiques et membres d’une organisation
de l’opposition). Cinq années plus tard, il
n’a toujours pas payé les indemnisations promises
et de nombreux déplacés n’ont toujours
pas pu rentrer chez eux. Animosité religieuse
et soulèvement zapatiste
Du fait de son option pour les pauvres,
le diocèse de San Cristóbal, et principalement
son évêque Samuel Ruiz, ont été accusés
par plusieurs secteurs mexicains (gouvernementaux, entrepreneurs, ‘coletos’ authentiques,
certains secteurs protestants, etc.) de promouvoir la violence
par le biais de la «Théologie de la Libération».
Force est de reconnaître que certains catéchistes,
dirigeants de leurs communautés ont rejoint les rangs
zapatistes. Le diocèse a été très
clair quant à son positionnement : «Nous comprenons
la situation subjective de nombre de nos frères qui
ont opté pour une voie que nous considérons
erronée. Ce cri d’angoisse de ceux qui donnent
leur vie dans la recherche de meilleures conditions mérite
toute notre compréhension […]. Comme diocèse,
nous déclarons que la violence représente un
obstacle dans le chemin des véritables solutions,
et depuis ce refus de la violence, nous souhaitons accompagner
le peuple» (Janvier 1994). Il existe également
des catéchistes qui appuient les demandes zapatistes
mais ils s’auto-dénomment «bases d’appui
zapatistes» (civils).
Plusieurs dirigeants protestants nous
ont commentés
qu’au début de 1994, ils se sont approchés
des commandants zapatistes avec l’espoir qu’ils
puissent les aider à résoudre leurs problèmes
d’expulsions. Certains protestants ont même rejoint
les rangs zapatistes. Mais la plupart se sont sentis exclus
du processus de médiation dirigé par Samuel
Ruiz (en tant que Président de la Commission Nationale
d’Intermédiation de 1995 à 1998) car
il n’y avait aucun représentant protestant au
sein de celle-ci.
Le discours zapatiste de “mauvais gouvernement” peut
avoir agacé les groupes protestants qui, de manière
générale, respectent les autorités,
en partant du passage biblique Romains 13-1,2 : «Soumettez-vous
aux autorités supérieures; parce qu’il
n’y a aucune autorité sinon celle de Dieu, et
celles qui existent ont été établis
par Dieu. De sorte que celui qui s’oppose à l’autorité,
s’oppose à ce qui a été mis en
place par Dieu ; et ceux qui s’opposent, attirent sur
eux sa condamnation».
Certains groupes protestants expriment également
leurs doutes quant aux Accords de San Andrés sur les
Droits et Culture indigène, car ils ont peur que le
respect des us et coutumes puissent servir de prétexte à une
plus grande intolérance religieuse. Et certainement
des abus se sont donnés sous couvert de cette expression
(à San Juan Chamula, par exemple).
Divisions, rumeurs et politisation
Le panorama religieux est bien plus complexe
qu’une simple dichotomie entre catholiques et protestants.
Dans la zone Nord, certaines communautés catholiques
indépendantes n’acceptent pas les prêtres
du diocèse. Ils ont demandé à l’évêque
de Tabasco de leur envoyer : «des prêtres qui
ne soient pas du Chiapas et qui ne se mettent pas dans la
politique». D’un autre côté, le
curé de Tila, Heriberto Cruz, partage qu’au
cours des cinq dernières années, 24 églises
ont été fermées par l’organisation ‘Développement,
Paix et Justice’ (voir le glossaire). Dans la communauté de
El Limar, les catholiques de cette organisation réalisent
leurs célébrations dans le temple qu’ils
se sont attribués, tandis que ceux du diocèse
se réunissent chez une catéchiste. Dans les
communautés divisées pour raisons politiques,
il est très courant de voir organiser deux messes.
En ce sens, les rumeurs constituent une
arme puissante. L’exemple le plus représentatif en est le massacre
d’Acteal où 45 indiens ont été assassinés.
Il a également fait l’objet d’une interprétation
religieuse : au départ les victimes ont été présentées
comme étant protestantes. D’un autre côté,
dans la presse nationale et internationale, une autre version
a divulgué le fait que les meurtriers étaient
protestants. Bien qu’il reste clair désormais
que les victimes étaient catholiques, rien n’est
encore sur quant au credo des meurtriers. Une analyse de
fond nous permettrait encore de nous rendre compte que les
raisons du massacre ont bien plus à voir avec des
aspects politiques et économiques que religieux. Espoirs
pour le futur
Il existe des signes prometteurs de dialogue,
réconciliation et travail œcuménique dès
avant le soulèvement zapatiste. Ce n’est pas
une chose facile si l’on commence par réviser
la compréhension des mots «œcuménisme» et «chrétien».
Jean Sinclair, un pasteur presbytérien des Etats-Unis
définie l’œcuménisme comme «un
engagement commun visant à rechercher l’unité chrétienne».
De nombreux protestants du Chiapas considèrent cependant
que le mot ‘œcuménisme’ vient de
l’église catholique et rejette donc l’idée
a priori. De leur côté, les protestants utilisent
l’expression «chrétiens» pour s’autodéfinir
(n’incluant pas toujours les catholiques).
Il est plus facile de rencontrer des points
de convergence entre églises autour de nécessités communes
qu’en partant de discours, théologico-pastoraux.
Par exemple, depuis 1992, le diocèse de San Cristóbal
a commencé un programme de soutien aux expulsés
de Chamula. Une religieuse a demandé à Samuel
Ruiz: «comment vais-je me lancer dans ce travail si
je suis catholique et qu’ils sont protestants?», «Tu
n’as qu’à les aimer», lui a-t’il
répondu. Rapidement, deux autres programmes ont été ouverts
: Syjac (en langue tzoltzil, ‘servir notre peuple’)
et Habitat pour l’Humanité. Ensemble, ils ont
construit plus de 250 maisons pour les expulsés et
2000 pour les protestants qui sont revenus à Chamula.
En diverses occasions, les protestants ont défendu
Samuel Ruiz (par exemple des attaques des authentiques ‘coletos’).
L’organisation ORIACH (Organisation
des Représentants
Indigènes des Hauts-Plateaux du Chiapas) est un autre
exemple du travail œcuménique. Des autochtones
adventistes, presbytériens, de l'Eglise de Pentecôte
et catholiques se sont unis pour défendre les mêmes
besoins : retour à leurs terres et démocratisation
interne des peuples autochtones.
Le projet de traduction de la Bible en
tzotzil a réuni
presbytériens et catholiques autour d’une autre
nécessité commune. Le projet a pris plus de
10 ans (il s’est achevé en 1998). Deux pasteurs
presbytériens et deux catéchistes catholiques
ont travaillé ensemble pour le mener à bien.
Depuis décembre 1997, un autre projet qui cherche à répondre
aux besoins des gens de la base est l'École Œcuménique
de Formation Intégrale, une école œcuménique
qui propose des cours à des élèves de
différentes confessions chrétiennes autour
de besoins communs : santé, droits humains, résolution
des conflits, etc.
La foi, ressource pour construire la paix
Plus qu’une source de conflits, la religion peut permettre
le rapprochement. Le travail œcuménique et la
réconciliation sont possibles, comme le missionnaire
de l’église réformée René Sterk
l’affirme, si les personnes sont prêtes à recevoir
et reconnaître l’autre comme son frère
en Christ et rompre le cliché de l’ennemi supposé (en
particulier entre autochtones d’un même peuple).
Pour parvenir à construire la réconciliation,
chacun devra assumer sa part de responsabilité et
il faudra passer par la vérité, la justice
et la paix. (1) Les
catholiques traditionalistes mélange de manière
syncrétiste des éléments du catholicisme
avec leur conception maya de la réalité.
Dans la plupart des cas, ils ne reconnaissent pas l’autorité de
l’église catholique romaine. (Return)
(2) Le
diocèse ne parle pas de ‘théologie
de la libération’ mais de ‘théologie
indienne’. La théologie de la libération
est une lecture biblique depuis les opprimés et qui
se sert d’éléments des sciences sociales
pour analyser la réalité. Elle est apparue
en Amérique Latine dans les années 60-70. Selon
le document du IIIème synode du diocèse de
San Cristóbal de las Casas, la ‘théologie
indienne’ se définit comme une «théologie
qui cherche à reconnaître la présence
et l'action de Dieu […] qui se font manifestes dans
la vie, la langue et la sagesse des ancêtres de différentes
cultures».(Return)
(3) Habitants
de San Cristóbal de las Casas qui se considèrent
comme étant les descendants directs de la noblesse
espagnole.. (Return)
(4) Boisson
alcoolisée régionale.. (Return)
(5)
Chefs traditionnels dans les communautés indigènes.. (Return)

:: ANALYSE
Chiapas relégué au
second plan
En feuilletant les journaux locaux et
nationaux on peut avoir l'impression que le chapitre ouvert
par le soulèvement zapatiste de 1994 est désormais
terminé. Les prochaines élections présidentielles
(2 juillet) et pour le gouverneur du Chiapas (20 août),
divers scandales politiques qu'il faudrait lier aux prochaines élections
pour mieux les comprendre et l'augmentation de la violence
liée au narcotrafic font la une des journaux.
Même si le thème du Chiapas apparaît
dans les propositions de tous les candidats, c'est au milieu
d'autres thèmes comme la lutte conte la pauvreté,
la politique commerciale et la sécurité nationale.
Malgré les besoins et les problèmes que connaît
le pays en matière de justice sociale, dans de nombreuses
occasions la bataille électorale ne paraît pas
se centrer sur les problèmes de fond mais se maintenir à des
attaques personnelles.
De leur côté, les membres du gouvernement actuel
ont continué de minimiser la situation du Chiapas
sans reconnaître leur responsabilité. Ils font
la sourde oreille face à l'appui public de nombreux
indigènes et de groupes de la société civile à l'EZLN
(Armée Zapatiste de Libération Nationale), en s'exprimant de manière négative sur la possibilité ou
la convenance d'un dialogue avec ce groupe. Pour exemple,
on peut mentionner les commentaires du Président Zedillo
(« le dialogue avec l'EZLN ne résoudra pas le
problème du Chiapas »), ou ceux du Coordinateur
gouvernemental pour le dialogue au Chiapas, Emilio Rabasa
(« s'il n'y a pas de dialogue tout ce qui s'est passé n'apparaîtra
plus que comme un incident ») ou encore ceux du candidat
présidentiel du PRI (Parti Révolutionnaire
Institutionnel) Francisco Labastida (« les lois ne
se font pas dans la jungle »). Ces commentaires n'aident
pas à promouvoir un possible rapprochement ou contredisent
le souci gouvernemental tant autoproclamé de reprendre
les négociations de paix. Les commentaires du candidat
Labastida, en particulier, indiquent qu'il ne pense pas élever
au niveau constitutionnel les Accords de San Andrés
comme ceux-ci le requièrent. Le gouvernement actuel
pendant ce temps prétend les avoir respectés.
Ces derniers temps, le discours officiel
le plus courant présente le conflit du Chiapas comme un problème
de développement économique. En ce sens, les
gouvernements des dernières décades qui faisaient
partie du PRI ne reconnaissent pas leur responsabilité dans
le déjà mentionné et historique manque
de développement.
Dans le contexte actuel, l'EZLN ne s'est
toujours pas positionnée
au sujet des prochaines élections. Le risque de s'auto-exclure
complètement de ce processus serait de limiter sa
marge politique de négociation. Et en fonction des
résultats des élections, l'EZLN pourrait être
vue et traitée comme les autres groupes armés.
Si cela se produit, l'EZLN pourrait voir se réduire
son profil et la plate-forme politique qu'elle a réussis à obtenir
dans la cadre des Accords de San Andrés, et elle pourrait à nouveau
opter pour la violence comme ultime recours pour se faire
entendre.
Un autre moment d'instabilité dans le processus de
paix sera en août prochain, avec le changement du Congrès,
quand se reconstituera la Commission de Concorde et
de Pacification (COCOPA). Tandis que, cette Commission -composée de
députés et sénateurs de tous les partis
présents au Congrès- reste souvent paralysée
par la règle du consensus. Felipe Vicencio (député du
PAN -Parti d'Action Nationale- et membre de cette Commission)
parle même de « situation de mort cérébrale ».
De plus, durant ces derniers mois, les décisions ont
fréquemment été prises en fonction d'intérêts
partisans.
L'arrêt prolongé du processus de paix continue
d'avoir des conséquences dramatiques au niveau local
et communautaire. Il faut noter que bien qu'au Chiapas il
n'y a pas de guerre au sens traditionnel du terme, deux forces
armées restent en présence (bien que de dimensions
et d'actions différentes) et les troupes fédérales
continue d'encercler la zone de conflit.
Au niveau de l'église catholique, s'est levée
une inconnue avec la nomination de Mons Felipe Arizmendi,
considéré comme modéré, comme
nouvel évêque de San Cristóbal de Las
Casas. Les plus pessimistes craignent que cette nomination
laisse un vide qui pourrait impliquer des risques et de possibles
conséquences politico-militaires. Ils avertissent
que sans faire de gesticulation ni de ruptures, le changement
d'évêque pourrait réduire l'influence
du diocèse dans les espaces politiques comme celui
du processus de paix entre le gouvernement fédéral
et l'EZLN. Dans la mesure où Samuel Ruiz est un grand
défenseur des peuples indigènes, son départ
ouvre la possibilité que le gouvernement tente d'implanter
une stratégie plus violente contre les communautés
indigènes et l'EZLN devant une influence moins forte
du diocèse.
Partant de leur foi et obéissance à la hiérarchie
ecclésiale, les bases catholiques ont exprimé leur
disposition á accompagner le nouvel évêque
dans le chemin qu'il parcourra à leurs côtés.
La plupart d'entre eux ont confiance dans la force et la
profondeur du travail pastoral impulsé par Samuel
Ruiz, tant au niveau des structures diocésaines que
des communautés indigènes. Cependant, personne
ne sait ce qu'il se passera avec les actuels Vicaires et
autres membres de la structure diocésaine.
Au niveau international, la dernière année
s'est caractérisée par la multiplication des
accords commerciaux du Mexique avec divers pays. Le traité avec
l'Union Européenne continue d'être le plus controversé,
en particulier suite au refus du Parlement Italien de le
ratifier. Ceci pourrait empêcher l'entrée en
vigueur du traité prévue pour le premier juillet
de cette année.
Antonio Seguro, président du Parlement Européen
pour les Relations avec l'Amérique Centrale et le
Mexique s'est offert pour servir de médiation dans
le conflit du Chiapas si le gouvernement mexicain le lui
demande. Ils sont nombreux les acteurs internationaux qui
se sont ainsi offerts pour jouer ce rôle, mais il est
peu probable que le gouvernement actuel accepte, surtout
s'il maintient son discours de « souveraineté nationale » et
sa négation continuelle auprès des instances
internationales de l'existence d'un conflit au Chiapas.
Les représentants tant de l'ONU
(Organisation des Nations Unies), d'organismes internationaux (Amnistie
Internationales, Human Rights Watch, etc.) que d'instances de gouvernements étrangers
(Département de l'État des USA) observent qu'au
Mexique il existe de sérieuses violations des droits
humains et divers problèmes liés au système
judiciaire (corruption, manque d'indépendance face
aux autres pouvoirs, impunité, etc.). Mais le gouvernement
mexicain continue de se défendre à partir de
l'idée de souveraineté nationale en niant les
critiques provenant des plus hauts niveaux. Accepter les
critiques pourraient signifier l'affaiblissement du PRI face à un
processus électoral dans lequel jamais comme aujourd'hui
les possibilités de perdre la présidence avaient été aussi
réelles.
En effet, actuellement les enquêtes signalent une
sérieuse dispute entre Fox (le candidat du PAN) et
Labastida (PRI), tandis que la campagne de Cardenas (PRD,
Parti Révolutionnaire Démocratique) n'a pas
encore démarré totalement. Les enquêtes
indiquent aussi que n'importe lequel de ces trois candidats
aurait des possibilités d'accéder à la
présidence sans laisser aucunes chances aux autres
candidats venant de partis avec moins de membres.
Au sujet du conflit du Chiapas, les trois
candidats en tête
des sondages abordent peu le thème. Le candidat du
PAN a peut-être offert les propositions les plus catégoriques
: retrait de l'armée, dialogue direct du Président
avec l'EZLN, et accomplissement des accords de San Andrés.
Si l'on tient en compte l'importance du thème économique
dans la campagne de Fox, ni les intentions, ni le réalisme
de ses propositions pour résoudre le problème
du Chiapas semblent très claires.
Au niveau du Chiapas, l'actuel gouverneur
Albores ne paraît
pas vouloir céder la place au candidat du PRI, Sami
David dans sa campagne pour les élections d'août.
Pendant ce temps, Pablo Salazar, ex membre du PRI et candidat
pour l'Alliance de l'opposition se présente comme
favori. De plus en plus d'organisations sociales de différentes
couleurs politiques se rallient à sa campagne. Tant
au niveau fédéral que local, toutefois, la
situation continue d'être incertaine, soit pour les
antécédents de fraude, soit pour la difficulté qu'ils
rencontreront à l'heure de réaliser les programmes
présentés durant leurs campagnes.
 ::
ACTIVITÉS DE L’ÉQUIPE
Mars-Avril 2000
Entre autres.
VISITES ET CONTACTS
- Visite à la zone Nord (communautés des municipalités
de Tila et Sabanilla) pour parler avec des paysans, des déplacés,
ceux qui sont revenus, des représentants de diverses églises
et organisations sociales, certains responsables de 'Développement
Paix et Justice' et les autorités locales.
- Visite à la zone Nord, Joinixtie et Libertad,
dans le cadre d’une recherche sur la situation des
enfants dans le contexte de guerre de basse intensité.
- Visite à la zone de Las Margaritas pour parler
avec les déplacés de religion protestante.
- Visites à certaines communautés de Los
Altos (Hauts Plateaux) pour parler avec les acteurs religieux.
- Organisation et accompagnement d’une délégation œcuménique
des USA et du Mexique.
- Diverses visites à la prison de Cerro Hueco
pour une rencontre avec des prisonniers protestants.
- Voyage au Nicaragua de deux membres pour connaître
le travail des Commissions de Paix de ce
pays.
- Accompagnement de l’ambassadeur britannique pour
une visite aux communautés indigènes
de Los Altos (Hauts Plateaux).
INFORMATION
- Convocation, organisation et participation à une
réunion avec des organismes qui travaillent avec les
enfants du Chiapas, dans le cadre d’une étude
sur le thème.
- Diverses entrevues avec des personnes et organismes
qui travaillent avec des enfants.
- Collaboration à une recherche faisant partie
du projet international « Réflexion sur les
Pratiques de Paix » de l’organisation « Collaborative
Development Action » et « Peace and Life
Institute ».
EDUCATION
- Organisation d'ateliers portant sur « le traitement
du traumatisme » pour l’équipe de SIPAZ
et pour des ONGS. Ateliers animés par Mary Litel
de CAPACITAR des USA.
- Participation à des ateliers de « Transformation
de conflits » avec des éducateurs de la
'Casa de la Ciencia'.
- Formation au Nicaragua d’un membre de l’équipe
de SIPAZ sur la « Transformation de conflits » par
le Réseau régional Mennonite de Justice
et Paix. (Amérique Centrale).
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