:: SYNTHÈSE
Au cours des mois récents, la situation
au Chiapas est restée tendue et a souvent pris un
caractère violent. Pendant ce temps, les derniers événements
politiques tant à l'intérieur qu'à l'extérieur
de la région ont diminué les espoirs de parvenir à des
avancées significatives vers la paix avant que la
présidence d'Ernesto Zedillo ne termine en décembre.
Pendant sa visite en Europe au mois de
janvier, le Président
Zedillo a fait une série de déclarations étonnamment
directes, déclarations qui minimisent l'EZLN (Armée
Zapatiste de Libération Nationale), rejettent l'importance
de cet acteur dans le cadre de la résolution du conflit
du Chiapas, et affirment cyniquement que l'offensive militaire
lancée par lui en février 1995 "a permis
de les [les zapatistes] faire s'asseoir à la table
de négociations".
Le 30 décembre, le Vatican a annoncé le transfert
de l'évêque coadjuteur Raul Vera de San Cristóbal
de Las Casas à Saltillo, au nord du Mexique. L'évêque
Samuel Ruiz a présenté sa démission
en novembre, mais celle-ci n'a pas encore été acceptée
par le Vatican et aucun successeur n'a été nommé.
Le transfert de Vera qui devait remplacer Samuel Ruiz et
l'incertitude qui en a résulté ont provoqué une
certaine appréhension quant à l'effet sur les
perspectives de paix et sur la sécurité de
milliers d'agents pastoraux, religieux et laïcs, qui
jusqu'à présent se sentaient quelque peu protégés
par l'ample influence du Diocèse sous la gouverne
de l'évêque Ruiz.
Les déclarations du Nonce Papal affirmant que la
décision s'est fondée sur des raisons purement
ecclésiastiques ne sont guère vraisemblables.
Il est vrai que pendant plusieurs années la pratique
pastorale du Diocèse a été à l'origine
de bien des inquiétudes au sein de quelques cercles
du Vatican et que l'évêque Vera s'était
engagé à continuer le plan pastoral existant.
La décision de transférer Vera est par ailleurs
très exceptionnelle. Il est probable qu'elle sera
fondée sur l'intérêt du Vatican d'améliorer
ses relations avec le gouvernement mexicain, pour qui, pendant
longtemps, l'évêque Ruiz a été considéré comme
un obstacle politique.
Pendant ce temps, plusieurs communautés ont connu
des manifestations de violence entre les groupes appuyant
le gouvernement et les pro-Zapatistes. Dans la municipalité de
Chilon, 52 familles ont été déplacées
de leurs maisons par un groupe paramilitaire. La pression
militaire exercée de façon constante sur les
communautés indigènes est allée en augmentant
avec l'arrivée de centaines de membres d'une nouvelle
force de sécurité, la Police Fédérale
Préventive (faisant partie du Ministère de
l'Intérieur).
Les cas liés au massacre d'Acteal de 1997 continuent à suivre
un complexe processus judiciaire. Deux fonctionnaires du
gouvernement du Chiapas ont été condamnés à six
années de prison pour leur possible rôle dans
le massacre. L'un des accusés comme auteur intellectuel
du massacre a été condamné à 35
ans de prison, tandis que la sentence de 24 autochtones qui
avaient précédemment été condamnés à 35
ans a été révoquée et est en
attente d'une révision supplémentaire. Pendant
ce temps, en décembre, 2000 membres des Abejas, le
groupe qui a fait l'objet du massacre, ont organisé un
pèlerinage dans la municipalité de Chenalhó,
offrant des symboles de paix dans les campements et barrages
militaires.
Les élections nationales sont programmées
pour le 2 juillet tandis que les élections pour le
gouverneur du Chiapas auront lieu le 20 août. Indépendamment
de leurs résultats, les élections représentent
un élément d'incertitude et d'instabilité,
particulièrement dans le contexte explosif de Chiapas.
Du fait des divisions de l'opposition
entre le parti du centre droite - le PAN (Parti d'Action
Nationale) et la coalition
de l'opposition de centre gauche menée par le PRD
(Parti de la Révolution Démocratique), le parti
au pouvoir -le PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel)
est bien placé pour gagner les élections présidentielles.
Au Chiapas, l'opposition s'est unie derrière la candidature
du sénateur Pablo Salazar, un ancien membre du PRI.
Il semble avoir de bonnes chances de gagner, mais quelques
analystes se demandent si une telle victoire de l'opposition
sera respectée. Les conditions électorales
au Chiapas constituent un défi qui fait ressortir
l'importance d'un l'effort d'observation externe.
Dans le cadre d'une situation toujours
plus tendue et polarisée,
où l'espace pour la négociation a presque disparu,
l'option pour une issue militaire reste une possibilité.
Le gouvernement peut décider de profiter de l'interrègne
(entre les élections de juillet et le transfert de
pouvoir en décembre) pour lancer une offensive bien
ciblée au Chiapas. D'un autre côté, l'EZLN,
en réaction à l'impasse prolongée du
processus de paix, peut choisir de reprendre les armes. Bien
qu'aucune de ces options ne semble raisonnable ou vraisemblable,
elles ne peuvent être écartées.
La campagne du gouvernement contre les
observateurs internationaux continue. Au cours des cinq premières semaines de
l'année, 60 étrangers accusés de violer
la loi mexicaine ont reçu des citations à comparaître
devant les bureaux de la Migration.
Dans un coup général porté aux organisations
non-gouvernementales, le Président Zedillo a affirmé, "nous
n'avons pas besoin de ceux qui s'auto-définissent
comme les représentants de la société civile,
désormais appelés organisations non-gouvernementales,
pour parler au nom des pays pauvres en voie de développement."
Pendant ce temps, les critiques internationales
quant à la
situation de droits humains au Mexique ont continué de
pleuvoir. Pendant sa visite au Mexique en novembre, Mary
Robinson, Haute-Commissaire pour les droits humains de l'ONU
a exprimé plusieurs inquiétudes, en particulier
la militarisation excessive du Chiapas. En terminant sa visite
au Mexique, en février, la Présidente du Groupe
de Travail des Nations unies portant sur les Peuples indigènes,
Erika Irene Daes, a lancé un appel au gouvernement
mexicain pour qu'ils respectent les Accords de San Andrés
qu'il a signés il y a quatre ans. En février également,
la Rapporteur Spécial de l'ONU sur les Exécutions
Extrajudiciaires, Asma Jahangir, a présenté un
rapport de sa visite de juillet 1999. Parmi ses conclusions
on peut lire qu'au Mexique, les gouvernements fédéraux
et locaux, l'armée, les groupes paramilitaires et
les groupes d'opposition armés exécutent des
personnes innocentes partout dans le pays, en particulier
au Chiapas et au Guerrero ; dans des cas tels que les meurtres
d'Acteal et El Bosque (Chiapas), les auteurs intellectuels
et matériels n'ont pas été capturés
; les défenseurs des droits humains reçoivent
peu de protection et travaillent dans un climat de violence.
En matières économiques, en novembre, des
représentants du Mexique et de l'Union Européenne
ont signé un accord commercial de grande envergure.
Bien que l'accord doit encore être ratifié par
le sénat mexicain et chacun des membres de l'UE, il
représente un pas majeur de la politique de libre-échange
implantée par l'administration Zedillo. Le traité comprend
une clause qui exige le respect des droits humains et de
la démocratie. Cependant il n'inclut pas de mécanisme
clair pour évaluer si elle est respectée ou
pas.

Actions
recommandées
- Presser l'administration Zedillo
:
- d'ordoner le retour immédiat des militaires à leurs
quartiers généraux, et de s'assurer que l'armée
respecte les droits et la liberté des civils pour
démontrer ainsi sa volonté véritable
et concrète de dialogue ;
- de reconnaître et de respecter le travail humanitaire
et la contribution au processus de paix des observateurs
internationaux et des défenseurs des droits
humains ;
- au Gouverneur de l'État du Chiapas :
- de mettre fin au harcèlement à l'encontre
des communautés indigènes et des organisations
de l'opposition qui se donne au travers d'actions
militaires réalisées dans des zones
en soit hautement conflictuelles.
- Au Sénat de la République :
- qu'il approuve la proposition de loi sur les droits
et la culture indigènes de la COCOPA,
en faisant prévaloir
l'intérêt supérieur de la paix
sur les positions partisanes.
- Diffuser l'information - comme ce bulletin - sur la
situation qui prévaut au Chiapas
Veuillez écrire à :
Lic. Ernesto
Zedillo Ponce de León
Presidente de la República
Palacio Nacional
06067 México, DF - México
Fax: (int-52) (5) 271 1764 / 515 4783 Roberto
Albores Guillén
Gobernador de Chiapas
Palacio de Gobierno
Tuxtla Gutiérrez, Chiapas, México
Fax: (int-52) (961) 20917
El Senado de la República
Paseo de la Reforma # 10
06030 México, DF - México
Fax. (int-52) (5) 130 2292
Comisión de Concordia y Pacificación
Paseo de la Reforma # 10, piso 17
06030 México, DF - México
Fax: (int-52) (5) 140 3288

:: ACTUALITÉ
Chiapas: nouveau
siècle, un commencement difficile...
Le 30 décembre, le Vatican a annoncé le
transfert de l'évêque coadjuteur Raúl
Vera de San Cristóbal de las Casas à Saltillo,
au nord du Mexique. L'évêque Samuel Ruiz avait
présenté sa démission en novembre passé,
mais le Vatican ne l'a pas encore acceptée, pas plus
qu'il n'a nommé un nouveau successeur. Le transfert
de Raúl Vera a généré bien des
inquiétudes quant à l'impact de l'événement
sur le processus de paix et sur la sécurité de
milliers de fidèles, religieux aussi bien que laïques
qui, jusqu'alors, se sentaient relativement protégés
par l'influence de l'évêque Ruiz. (Voir "Mgr
Raul Vera sera transferé a Saltillo").
Plus de tensions au niveau régional
Les deux dernières semaines de 1999 ont été caractérisées
par un notoire manque d'esprit de fête dans les communautés
du Chiapas. Durant cette période, les représentants
du gouvernement de l'État ont laissé croire
que l'EZLN préparait une attaque, justifiant ainsi
l'arrivée de centaines d'éléments de
la Police Fédérale Préventive au Chiapas.
Le Procureur de la Justice de l'État, Eduardo Montoya
Liévano, a informé que la sécurité et
la surveillance avaient été renforcées
dans la zone d'influence de l'EZLN par le biais de patrouilles
des Bases d'Opérations Mixtes.
Bien que le Ministère de l'Intérieur et l'EZLN
aient démenti le fait qu'un état d'alerte au
Chiapas se justifie, Liévano a exprimé qu'il
valait mieux "prévenir que guérir" et
il a ajouté que divers secteurs du patronat ont exigé le
prolongement indéfini de la surveillance préventive,
se référant ainsi au Programme 'Millénaire'.
Les différents partis politiques de l'opposition ont
considéré ce Programme comme un nouvel instrument
de la militarisation au Chiapas.
Violence dans les communautés autochtones
Le 2 décembre, à Petalcingo, municipalité de
Tila (région Nord), 15 personnes ont été blessées
suite à une confrontation entre des membres du PRI
et des zapatistes. Le différend est survenu pour un
désaccord sur le paiement de l'électricité.
Au cours de la deuxième semaine de décembre
1999, il y a eu une autre confrontation, avec un bilan d'un
blessé grave et de cinq blessés légers.
Le 5 janvier, dans la communauté de Tzanembolom,
municipalité de Chenalhó, des militants du
PRI ont détenu 29 sympathisants de l'EZLN. Ils ont
demandé aux autorités d'arrêter trois
des autochtones pour des infractions commises avant le massacre
d'Acteal. Le 18 janvier, deux d'entre eux ont été accusés
formellement pour l'assassinat de deux membres du PRI avant
le massacre d'Acteal. Les autres détenus ont été libérés.
Au cours de cette même période, le Procureur
Général de la Justice de l'État a créé un
bureau spécial pour enquêter sur l'expulsion
de 52 familles dans la municipalité de Chilon et l'emprisonnement
de trois personnes, ainsi que pour éviter de nouveaux
incidents violents dans l'entité. Les faits ont vraisemblablement été perpétrés
par un nouveau groupe de paramilitaires qui opère
entre la Forêt Lacandone et le Nord du Chiapas.
Le 2 février, des membres présumés
du PRD auraient attiré un groupe du PRI dans une embuscade
alors que ceux-ci tentaient de récupérer des
terres de la communauté Tierra Colorada, municipalité de
Suchiapa (des terrains soi-disant occupés par le PRD).
Le bilan de cet incident a été de deux morts
(du PRI) et de sept blessés graves.
Réactions de la part des communautés
Face à la tension qui a prévalu dans l'entité,
des actions de protestation de différentes natures
ont été organisées. Le 28 décembre,
quelques deux mille membres des 'Abejas' (le groupe dont
plusieurs membres ont été tués à Acteal
en 1997) ont réalisé un pèlerinage,
offrant des bougies aux militaires dans les barrages et les
campements militaires de Chenalhó. A l'aube de la
nouvelle année, approximativement cinq mille indigènes
de la zone des Hauts-Plateaux du Chiapas se sont réunis
dans l'Aguascalientes d'Oventic pour célébrer
le sixième anniversaire du soulèvement armé zapatiste.
Le Haut-Commandement de l'EZLN n'était pas présent
pour des raisons de sécurité.
Pendant ce temps, une protestation civile
et pacifique continue dans la communauté d'Amador Hernández en résistance
depuis cinq mois (voir le Bulletin
du SIPAZ, année
IV. 4, novembre 1999): le 5 janvier, la force aérienne
zapatiste a attaqué le campement de l'armée
fédérale... avec des avions de papier. Les
avions portaient des messages pour les militaires : "Soldats,
nous savons que c'est à cause de la misère
que vous avez vendu vos vies et vos âmes. Moi aussi
je suis pauvre, comme des millions d'autres le sont, mais
vous, vous êtes pires, parce que vous défendez
ceux qui nous exploitent [...]."
Acteal
Au cours de la première semaine de décembre,
deux ex-fonctionnaires publics ont été condamnés à six
années de prison pour avoir protégé les
paramilitaires qui ont perpétré le massacre
d'Acteal en 1997. L'ex-agent du Ministère Public,
Roberto Arcos Jiménez, a été accusé de
ne pas avoir mené d'actions à l'encontre des
civils qui s'armaient dans la zone. L'ex-premier officiel
de la police, Absalón Gordillo Díaz, a été accusé de
porter des armes à feu d'usage exclusif de l'armée.
Plus tard, un juge fédéral a révoqué,
pour irrégularités judiciaires, la sentence
de 35 années dictée contre 24 des autochtones
détenus pour leur rôle présumé dans
le massacre d'Acteal ; parmi eux, l'ex-président municipal
de Chenalhó. Les 24 détenus restent emprisonnés
tandis que le processus judiciaire suit son cours.
Le 7 février, un des auteurs intellectuels présumés
du massacre, Antonio Vázquez Secum a été condamné à 35
années de prison, pour coups et blessures et homicide
qualifié. Vázquez Secum, d'après les
enquêtes officielles, était le dirigeants du
PRI de la communauté de Quextic, municipalité de
Chenalhó, et le père d'Agustín Vázquez
Secum, le dernier des 17 autochtones qui auraient été 'exécutés' par des sympathisants zapatistes.
Le gouverneur
Egalement à la fin de l'année, la possible
destitution du gouverneur du Chiapas est venue troubler le
panorama régional. Albores Guillén a été questionné tant
au niveau fédéral que par le Congrès
de l'État pour avoir montré ouvertement son
soutien au pré-candidat présidentiel du PRI,
Francisco Labastida. Albores a cependant été capable
de mobiliser en sa faveur les principales corporations de
transport et autres groupes économiques du Chiapas
pour éviter d'être destitué.
Déclarations sur les ONG nationales
et internationales
Au cours des cinq premières semaines de l'année
2000, plus de 60 étrangers qui visitaient le Chiapas
ont reçu une citation à comparaître devant
les bureaux de l'Institut National de Migration, pour leurs
infractions présumées contre les lois mexicaines
mais sans qu'on leur explique qu'elles étaient ces
infractions. Les étrangers qui se sont présentés
auprès de l'Institut ont été soumis à plus
de cinq heures d'interrogatoires qui ont inclus des questions
sur leur affiliation religieuse et d'autres ayant un caractère
d'intelligence militaire. À la fin des interrogatoires,
l'INM a refusé de donner une copie de leurs déclarations,
les empêchant ainsi de pouvoir mener une défense
respectant leurs droits.
En janvier, pendant une visite au Chiapas,
le président
de la Commission Nationale des Droits Humains, José Luis
Soberanes a exprimé la nécessité de
réviser l'article 33 constitutionnel qui autorise,
entre autres, le pouvoir exécutif fédéral à expulser
les citoyens étrangers sans jugement antérieur.
Se référant aux ONG mexicaines, Soberanes a
manifesté que "nous disposons d'une grande quantité d'ONG
qui devraient constituer une ressource de valeur" pour
permettre la défense des droits fondamentaux. Il a
critiqué les organismes internationaux, et il a exprimé que "comme
ils manquent souvent de renseignements précis, ils
agissent, émettent des recommandations ou des points
de vue qui ne concordent pas avec la réalité.
[Nous devons leur] donner les renseignements, les données
nécessaires, afin que leurs recommandations, suggestions
ou points de vue soient plus proches de la réalité".
En décembre, le Pape Jean-Paul II a manifesté que
les droits humains n'ont pas de frontières et que,
pour cette raison, les interventions internationales dans
les pays où des infractions sont commises contre l'humanité sont
nécessaires. Pendant que le Pape faisait l'éloge
des ONG humanitaires et des organismes religieux qui promeuvent
la paix, le président Zedillo, au cours du Forum Economique
Mondial de Davos, Suisse (le 24 janvier), a exprimé que "nous
n'avons pas besoin de ceux qui s'auto-définissent
comme les représentants de la société civile,
désormais appelés organisations non-gouvernementales,
pour parler au nom des pays pauvres en voie de développement."
Le Président et Chiapas
Le président Ernesto Zedillo est allé encore
plus loin dans ses commentaires sur le Chiapas. Au cours
d'une entrevue qu'il a accordée en Europe à la
fin janvier, il a dit que les zapatistes "n'ont pas
un gramme de bonne foi", et que s'ils se décident
ou non à reprendre le chemin des négociations, "ce
ne serait qu'une partie très limitée de la
solution du conflit au Chiapas". Il a expliqué qu'en
février 1995, il a menacé l'EZLN de "répression
et que cela a permis de les [les zapatistes] faire s'asseoir à la
table de négociations". Ce qui est important,
a-t-il insisté, ce n'est pas le dialogue avec "messieurs
les zapatistes", mais de résoudre le problème
du développement et de la pauvreté de l'entité.
Il a ajouté que ce qui compte pour lui, c'est d'avoir
travaillé pour améliorer les conditions de
retard économique de cette entité et "l'autre élément
(faisant ici référence à l'EZLN), repris
dans une perspective historique, sera un simple incident".
Le député du PRD et membre de la COCOPA, Gilberto
López y Rivas, a exprimé que les déclarations
du président Zedillo en Europe révèle
clairement que la négation au dialogue au Chiapas
ne provient pas du groupe armé, mais du gouvernement
lui-même, et que cela signifie "la mise à mort" de
tout d'essai qui chercherait à rétablir les
liens avec les zapatistes.
Au niveau international
Contrastant avec
les commentaires officiels, plusieurs représentants
de l'ONU qui ont visité le Mexique, y compris le
Chiapas, ont effectué des déclarations qui
remettent en question de tels commentaires. En novembre,
Mary Robinson,
la Haute-Commissaire pour les droits humains de l'ONU (voir
"La situation des droits humains au Mexique
et au Chiapas inquiète l'ONU"), a exprimé son inquiétude
quant à l'excessive militarisation du Chiapas. Cependant,
dans les faits, et peu de temps avant que celle-ci ne quitte
le pays, le gouvernement fédéral a déployé un
plus grand nombre de troupes militaires dans l'entité,
comme plusieurs législateurs locaux de l'opposition
l'ont dénoncé.
Durant les premiers jours de février, la présidente
du Groupe de Travail portant sur les peuples indigènes
de l'ONU, Erika Irene Daes, alors qu'elle concluait sa visite
au Mexique, a demandé au gouvernement mexicain de
respecter les Accords de San Andrés. Le 2 février
2000, Asma Jahangir, la Relatrice sur les exécutions
extrajudiciaires, a présenté le rapport de
sa visite de juillet 1999 dans lequel elle conclut, entre
autres choses, que : le gouvernement fédéral
et local, l'armée, les groupes paramilitaires et les
groupes armés d'opposition exécutent des personnes
innocentes dans le pays entier, principalement au Chiapas
et au Guerrero ; dans les cas d'Acteal et El Bosque (Chiapas),
tous les responsables intellectuels et matériels n'ont
pas été capturés ; les défenseurs
de droits humains dans le pays sont peu protégés
et ils travaillent dans un climat de violence.
Nouvelles économiques
Le 24 novembre 1999, les représentants du gouvernement
mexicain et de l'Union Européenne (intégrée
par 15 pays avec plus de 360 millions de consommateurs) ont
signé un accord commercial.
En 1999, le Mexique a signé des traités commerciaux
avec plusieurs pays. La diffusion d'informations sur la signature
de ces accords, et sur leurs possibles conséquences
pour les ouvriers et paysans mexicains a été très
limitée. Au Mexique, ni les différents groupes
de la société civile ni les parlementaires
de l'opposition politique n'ont été consultés
ou seulement de manière isolée et peu significative.
Dans les médias mexicains, l'entrée en vigueur
de ce traité est présentée comme la
solution la plus indiquée pour répondre à plusieurs
problèmes économiques de Mexique. Bien qu'il
ait été présenté comme un fait,
la vérité est que le sénat du Mexique
au même titre que les différents parlements
européens doivent encore ratifier l'accord. Bien que
l'accord avec l'Union Européenne ait une clause sur
la démocratie et les droits humains, aucun moyen formel
ou transparent n'est prévu pour son évaluation,
pas plus qu'il n'existe de mécanismes concrets de
contrôle.

La situation des droits humains au Mexique et au Chiapas
inquiète l'ONU
Au cours de sa visite au Mexique, en novembre 1999, Mary
Robinson, la Haute-Commissaire pour les droits humains
de l'Organisation des Nations unies, l'ONU, a observé qu'il
y a encore "un long chemin à parcourir pour mettre
fin à l'impunité, aux problèmes du système
judiciaire, à l'exclusion des groupes indigènes, à l'activité des
groupes paramilitaires et aux attaques contre les droits
humains". Elle a aussi mentionné que la militarisation
croissante des fonctions de la police dans le pays, ainsi
que l'impossibilité de juger des militaires dans les
tribunaux civils quand ils ont commis des violations aux
droits humains de civils, contribuent à accroître
l'impunité.
Pour préparer sa visite, plus de cent ONG mexicaines
se sont rencontrées pour la première fois dans
le cadre d'un forum de concertation pour élaborer
une série de propositions juridiques, administratives
et politiques afin de les remettre à la Haute-Commissaire.
Outre ce consensus, elles ont réussi à avoir
des réunions avec les fonctionnaires du gouvernement,
entre autres, les ministres de l'Intérieur, de la
Défense et de la Marine, ainsi qu'avec le Procureur
Général de la République et celui de
la Justice Militaire.
Avant de quitter le Mexique, la Haute-Commissaire
et la Ministre des Relations Etrangères, Rosario Green,
ont signé une Convention de future coopération
technique pour la promotion des droits humains. Peu de jours
après la sortie de Robinson, l'armée mexicaine
a repris les patrouilles aériennes et terrestres dans
les communautés indigènes du Chiapas.
D'un autre côté, le nouveau responsable de
la Commission Nationale pour les Droits de l'Homme, José Luis
Soberanes, a soutenu que, bien qu'il partage l'opinion de
Robinson au sujet de la persistance de l'impunité au
Mexique, la situation n'est pas "si grave". En
dépit des déclarations des fonctionnaires du
gouvernement pour minimiser cette situation, la multiplication
des visites de représentants de l'ONU et le haut profil
de la dernière ont une profonde signification à l'échelle
internationale.

DON RAUL Mgr
Raul Vera sera transferé a Saltillo
Depuis son arrivée au Chiapas en
août 1995 comme évêque coadjuteur, jusqu'à la
surprenante annonce de son transfert qui ne lui permettra
pas de succéder à Samuel Ruiz comme évêque
du Diocèse de San Cristóbal de las Casas, Raúl
Vera a maintenu une attitude obéissante vis-à-vis
du Saint-Siège.
Le 30 décembre passé, le Nonce Apostolique
Justo Mullor a annoncé la nomination de Raúl
Vera pour le Diocèse de Saltillo, en soulignant que
la décision avait été prise par des
raisons "purement ecclésiastiques". Le départ
de Monseigneur Vera de San Cristóbal "ne diminuera
en aucune façon l'engagement de l'église en
faveur de la paix civile et de la promotion spirituelle et
humaine de tous les membres qui composent la population de
Chiapas", a-t'il ajouté.
Dans une déclaration donnée ce jour même,
les évêques Ruiz et Vera ont mis en valeur les
aspects positifs de la déclaration officielle: "nous
notons avec clarté qu'il y a un soutien à l'activité pastorale;
nous louons la collaboration du coadjuteur au sein du Diocèse
; il n'y a pas de doute que le prochain évêque
stimulera le processus du Diocèse en faveur de la
culture indigène et des pauvres. Nous encourageons
vivement nos fidèles et tous les agents pastoraux
de notre Diocèse à ne pas s'éloigner
de cette lecture et de l'interprétation donnée
dans la déclaration officielle, et d'accepter obséquieusement
la volonté du Saint-Père. Nous ne cessons pas
notre processus ecclésiastique, déjà bien
avancé, et notre travail infatigable depuis notre
foi, pour la justice, le droit et le respect à la
dignité humaine".
Pour quelques secteurs de la société civile,
le transfert de Monseigneur Vera perturbe le processus de
paix de manière significative. Pour l'évêque
Vera lui-même, "la paix au Chiapas est la paix
du pays, parce que le système à l'origine de
la pauvreté, des abus de la justice et de l'anti-démocratie
subis par les autochtones au Chiapas a développé une
structure nationale".
Dans une lettre pastorale avant l'annonce
du transfert de Monseigneur Vera, Monseigneur Ruiz avait
dénoncé l'existence
de "forces dotées d'intérêts non
ecclésiastiques" qui ont travaillé sans
relâche pour assurer le transfert de Monseigneur Vera.
Il a aussi déclaré que "s'il ne devait
pas y avoir une continuité dans le processus diocésain,
nous craignons que cela entrave le processus de paix et que
cela frappe plus durement encore les communautés,
les membres du clergé et les agents pastoraux, y compris
au risque de leurs propres vies".
Les bases ecclésiastiques, qui dans un premier temps
avaient réagi avec tristesse et frustration, ont aussi
déclaré qu'ils accompagneraient le nouvel évêque,
quel que soit la personne que nommera le Pape Jean-Paul II.
Ils ont confiance en la force que le travail au niveau des
communautés a déjà gagnée : le
Diocèse de San Cristóbal de las Casas compte
avec le plus grand nombre de diacres indigènes dans
le monde (près de 400) et avec environs 8000 catéchistes.
Comme une preuve de gratitude au travail de l'évêque
Ruiz, autour de 15 mille paroissiens ont participé à l'émouvante
célébration du 40ème anniversaire épiscopal
du "Tatic" Samuel, le 25 janvier dernier.
Cependant, au cours de la première
quinzaine de février, la nouvelle du transfert du
Nonce Mullor au Vatican a généré de
nouvelles inquiétudes. Il avait été perçu
comme une voix modérée, sensible et peu protagoniste
dans le cadre du transfert de Mgr Vera. En conséquence,
sa sortie du Mexique a pu être interprétée
comme faisant partie d'un plan qui permettra d'assurer qu'au
Mexique, l'église catholique progressive ne sera pas
un obstacle dans les plans de modernisation du gouvernement
mexicain. 
::
DOSSIER
"Nous avons cessé de nous taire":
Promoteurs et défenseurs des droits de l’homme des communautés autochtones du Chiapas *
Dans les communautés autochtones
du Chiapas, être promoteur de droits humains est plus
qu'un privilège, c'est un service. La grave situation
de violations des droits humains dans cette entité et
l'incapacité apparente du gouvernement à y
faire face fait de ce travail un défi urgent. Le concept
de droits humains tout comme le travail des dénommés
promoteurs et défenseurs qui en découle est
relativement récent dans les communautés. Comme
le dit Rodrigo (promoteur dans la région d'Ocosingo)
:
"Quand j'ai commencé ce travail, je ne comprenais
rien du droit mexicain, des garanties individuelles. La différence
que je vois par rapport à nos ancêtres, c'est
qu'eux ont lutté pour le droit à la terre,
mais pas pour d'autres droits comme le libre transit, le
droit des femmes, le droit à la vie ou à la
liberté. Dans nos communautés, quand nous avons
commencé, les personnes âgées ont d'abord
pris peur, puis elles ont été impressionnées
et nous ont dits : 'Comme c'est bien que les droits humains
existent !'" Sergio (promoteur dans la région d'Ocosingo) ajoute
:
"nos parents ne savaient ni lire, ni écrire.
Ils marchaient les yeux fermés. Ils écoutaient
leurs patrons, les grands propriétaires terriens,
les riches. Ceux-ci leur ont appris à travailler
afin que le patron mange bien. Ils ont travaillé comme
domestiques. Ils ont beaucoup souffert. Maintenant il y
a un grand changement. Nous savons plus ou moins parler
espagnol, nous avons des terres pour manger et vivre. Mais
le gouvernement ne nous permet pas de demander un autre
arpent de terre pour nos enfants. Mais maintenant nous
savons les articles de la Réforme agraire et nous
pouvons nous défendre". Etant indigène et vivant dans une zone de conflit,
ces promoteurs et défenseurs se heurtent à beaucoup
de barrières à l'heure de développer
leur travail : le racisme, le harcèlement et les
menaces sont partie intégrante de leur quotidien.
Parvenir à "ouvrir les yeux"
Avec une scolarité qui, en moyenne, ne dépasse
pas la troisième année du primaire, il existe à l'heure
actuelle environ 500 promoteurs et défenseurs des
droits humains au Chiapas. Alors que les promoteurs réalisent
un travail d'éducation et d'information, les défenseurs
concentrent le leur autour d'aspects légaux : systématiser
l'information sur les violations des droits humains dans
leurs zones d'action, présenter des accusations,
rechercher des preuves, vérifier les dossiers, être
présents pendant la présentation de cas ou
visiter les prisonniers.
Ricardo (promoteur dans la zone Nord)
nous donne un exemple :
"Quand Mary Robinson est venue [voir l'article dans
ce bulletin], nous avons mené une enquête
dans la région. Nous avions seulement 20 jours pour
le faire et c'était l'époque de la récolte
du café, alors nous avons seulement fait quelques
visites, nous ne pouvions pas visiter toutes les communautés.
Nous avons identifié beaucoup de situations de violations
de la part des autorités du gouvernement et de l'armée.
Nous lui avons présenté neuf cas de violations
des droits humains". Après le Congrès Indigène de 1974,
une plus grande articulation dans la lutte des peuples
autochtones a commencé à se développer
dans le cadre de la revendication de leurs demandes sociales,
en particulier de terres. Cela a conduit à une réaction
répressive de la part de l'État qui a essayé de
les faire taire. L'église catholique, attentive à leurs
demandes, a concentré son travail de promotion humaine
dans la diffusion et la défense des droits humains.
Ainsi, par exemple, à Ocosingo, un des lieux de
plus forte présence de l'EZLN et de l'armée
mexicaine, le centre Fray Pedro Lorenzo de la Nada a été créé.
Il compte aujourd'hui avec la collaboration de 32 promoteurs.
Ils ont commencé par un premier cours de formation
portant sur les garanties individuelles à la fin
1995, un thème qu'ils ont continué à travailler
jusqu'à ce jour ; ils demandent désormais
une formation sur le droit pénal.
De la même façon, quelques églises
protestantes ont commencé un travail semblable en
réponse au phénomène des expulsions
religieuses. Depuis juillet 1996, les pasteurs protestants
et approximativement 1.600 représentants de communautés
travaillent les thèmes de la non-violence, la tolérance
et la réconciliation. Ils n'appellent pas ces intermédiaires
'promoteurs ou défenseurs des droits humains'. Esdras
Alonso González, avocat et dirigeant protestant
de l'organisation Visión Aguila 2000 A.C., nous
a expliqué que depuis les années '70, ils
emploient le concept de droits humains. Mais pour eux,
ce travail n'est pas un emploi spécifique comme
c'est le cas dans d'autres communautés. D'autres
aspects sociaux et l'organisation de projets économiques
sont de même importance. Pour l'aspect légal,
Visión Aguila 2000 compte sur le soutien de trois
avocats qui suivent les cas qu'ils reçoivent par
le biais des intermédiaires.
La méfiance et le désavantage des autochtones
face au système judiciaire mexicain (pour la langue
et le manque de connaissance de leurs propres droits) expliquent
la nécessité d'encourager la formation sur
le thème des droits humains. Esdras Alonso déclare
:
"La loi ? Elle ne fonctionne pas en réalité,
elle n'est pas appliquée. Le gouvernement ? Il ne
nous aide pas. On peut bien traduire des documents légaux
et de formation dans les langues indigènes ; ils
ne servent pas au bout du compte quand les autorités
ne respectent pas les lois". Les promoteurs et défenseurs reçoivent leur
formation de la part de centres de droits humains intégrés
principalement par des métis. Tous ces centres ne
sont pas de caractère religieux. Par exemple, les
défenseurs des droits communautaires indigènes
formés par l'avocat Miguel A. De los Santos (membre
de la Commission Mexicaine pour la Défense et la
Promotion des Droits Humains) ont commencé leur
travail à la fin de 1998. Approximativement 17 défenseurs
couvrent aujourd'hui les quatre régions de La Selva,
les Hauts-Plateaux, la zone Nord et la Côte.
Pour le moment, très peu de promoteurs et défenseurs
des droits humains sont des femmes. Un défenseur
explique : "Elles ne se sentent pas à l'aise
et ne parlent pas beaucoup espagnol". Les possibilités
de participation politique des femmes dans les zones de
conflit se voient limitées par les pressions de
la famille ou de la communauté, de même que
par le peu d'expérience dont elles disposent (ou
qu'on leur permet d'acquérir) ou encore pour la
maternité qui leur réclame d'autres priorités.
Rencontre entre deux cultures
Comme tous les autres emplois communautaires, les promoteurs
sont choisis par la communauté. Cette dernière
leur apporte également une aide financière
pour leur permettre de payer leur transport et de faire
leur travail. Etre promoteur ou défenseur des
droits humains doit aussi être une forme de vie,
comme l'a exprimé l'un d'entre d'eux : "nous
nous devons d'être des exemples de ce que nous
enseignons, montrer le respect aux droits humains".
Une critique que l'on peut parfois écouter sur
le travail des promoteurs et des défenseurs des
droits humains autochtones est qu'ils s'attachent trop
aux problèmes qui viennent de l'extérieur
quand bien des difficultés se donnent également à l'intérieur
des mêmes communautés. Rodrigo nous explique
: "comme promoteurs des droits humains, notre travail
est avec les gens de l'extérieur. Mais nous pouvons
aussi travailler avec les nôtres. Par exemple, quand
l'agent municipal commence à résoudre un
problème, nous pouvons l'aider à voir de
quel type de problème il s'agit et quelle serait
la meilleure punition. Nous le faisons seulement si l'autorité nous
y invite. [...] Nous ne cherchons pas seulement à donner à connaître
les droits humains, mais aussi à récupérer
une partie de notre tradition, de nos coutumes. Il ne s'agit
pas de les laisser de côté et de dire: 'à partir
de maintenant, nous allons fonctionner avec les 'garanties
individuelles'". Pour les problèmes internes,
d'autres responsables de la communautée existent
et en dernier ressort, l'assemblée de la communauté a
le dernier mot.
Sur le choc supposé entre les valeurs communautaires
indigènes et ces 'nouvelles' garanties individuelles,
Sergio observe qu'il "n'y a pas de chocs entre les
deux parce que si nous unissons les droits individuels,
une seule voix va à sortir. Et c'est de là que
vient la force".
Difficultés, harcèlement
et menaces
Les expériences avec les instances judiciaires officielles
ne sont pas toujours positives. Dans certains cas, le racisme
vis-à-vis des défenseurs indigènes
est évident. On questionne leur légitimité : "Dans
la prison de San Cristóbal, ils ne nous ont pas
permis d'entrer pour les visites. Ils nous accusent d'être
'wesachero' (non professionnel), c'est-à-dire un
faux avocat".
On essaye aussi de minimiser leurs demandes
:
"En
1996 [dans la zone Nord], nous avons perdu 3400 têtes
de bétail et 75 chevaux. Nous n'avons pas pu trouver
une solution auprès du gouverneur. Nous avons présenté une
demande, mais il a dit qu'il ne pourrait rien faire parce
que plus d'un an avait passé. Mais nous avons vu
dans les textes de loi que l'on peut présenter une
demande y compris après une année. Miguel
Angel [de los Santos] nous a dits qu'il fallait présenter
les demandes de toutes les communautés auprès
de la Commission Nationale des Droits Humains pour exiger
une compensation. Nous travaillons encore sur ce thème.
Au lieu de ça, le gouvernement nous offre des projets
de 20 poules et 20 cochons. C'est peu. Une vache coûte
5000 pesos". Quant au traitement qu'ils reçoivent de la part
de l'armée dans les barrages militaires, un des
défenseurs manifeste :
"Les soldats ne veulent
pas toujours écouter. Ils font des plaisanteries
et posent beaucoup de questions. Particulièrement
sur le magnétophone. Ils ont révisé mon
sac à dos. Ils m'ont demandé 'et pourquoi
est-ce que tu as ceci, à quoi te sert-il ?', ce
genre de choses. Ils m'ont dit que je n'avais pas le droit
de l'avoir. J'ai répondu que si, parce que ça
fait partie du travail de la société civile.
J'ai le droit de t'enregistrer à toi, parce que
vous n'avez pas le droit de me la retirer. Il me l'a rendu"
(Eduardo, promoteur dans la zone Nord)
Dans la zone Nord, les défenseurs vivent aussi
le harcèlement de la part du groupe paramilitaire "Paix
et Justice" et reçoivent des menaces ouvertes
de la part de ce groupe (voir le Dossier
du bulletin IV nº1 du SIPAZ). Eduardo nous fait remarquer :
"Ceux
de Paix et Justice disent qu'ils ont émis contre
moi un mandat d'arrêt parce que j'ai attaqué quelqu'un
et qu'ils vont m'envoyer la Sécurité Publique
(la police étatique). Mais je n'ai rien fait de
mal. C'est seulement parce que je défends des gens.
[...] Un 'compañero' a disparu il y a trois ans.
Ceux de Paix et Justice, quand ils ont bu, ils disent qu'il
est déjà mort. Et une personne de Paix et
Justice m'a menacé si je continuais à suivre
ce cas. [...] Ils ont menacé de me tuer. J'ai dû présenter
une demande auprès du Ministère Public. Le
procureur ne nous a pas pris en compte. Il n'est jamais
venu enquêter sur ce cas".
Affronter les difficultés
Face aux autorités officielles, les promoteurs et
les défenseurs ne sont pas toujours reconnus bien
qu'ils signalent que cela ne sert à rien de se mettre
en colère et qu'il s'agit bien plutôt de montrer
le bon exemple. Manuel (promoteur dans la zone des canyons)
nous commente : "une fois ils ne voulaient pas nous
permettre d'entrer. J'ai parlé et j'ai demandé 'pourquoi
est-ce que tu me mets dehors quand mes droits sont affichés
sur la porte et qu'ils disent que j'ai le droit d'être
là.' Mais finalement nous sommes sortis. C'est important
de travailler lentement, de ne pas s'énerver face à eux".
Quant aux barrages militaires et au harcèlement
des soldats, Rodrigo nous explique : "Nous évitons
de répondre parce que si nous le faisons, ils nous
menaceront plus".
Du fait de la nature de leur travail,
les défenseurs
se trouvent en première ligne de cette guerre larvée
qui lacère le Chiapas :
"Notre travail est
risqué parce que nous savons que le gouvernement
nous suivra pas à pas. Le gouvernement veut que
nous restions toujours aveugles et soumis face à son
pouvoir. Pour cette raison notre travail exige un grand
effort".
(Marcelino, promoteur dans la région
d'Ocosingo)
Face à un travail si exigeant en temps et en dédication,
et dans un contexte de guerre de basse intensité,
les promoteurs expriment parfois fatigue et découragement
:
"Quelquefois quand je vois l'intimidation du gouvernement,
je me sens triste. Etre emprisonné est un coup dur
pour notre travail. Je me décourage parfois mais
je sais que mon travail est très important. C'est
souvent la même communauté qui nous remonte
le moral : 'Tiens bon pour pouvoir continuer la lutte'.
Les rencontres [avec d'autres promoteurs] nous aident aussi.
Nous voyons la nécessité de nous unir davantage.
'Personne ne va avoir peur et nous allons garder nos idées
et notre esprit au clair. Nous continuerons avec le travail
comme nous l'avons commencé, nous prendre par la
main et nous lever'".
(Rodrigo)
Mais, en dépit de tout ce que nous venons de mentionner,
ils manifestent encore :
"nous ne l'acceptons plus.
Et nous n'avons plus peur. Maintenant nous pouvons le leur
dire en face. Quand je dois passer par un barrage militaire,
je sors la Constitution. Je leur montre les parties qui
prouvent que le fait qu'ils me posent toutes ces questions
ou m'arrêtent ainsi en chemin va à l'encontre
de la Constitution".
(Eduardo)
Les défenseurs ont connaissance des différents
traités et des organismes internationaux :
"la
constitution existait auparavant mais je ne le savais pas.
Quand mon papa travaillait dans une ferme (rancho), il
ne savait rien de la Constitution, de l'OAS [Organisation
des Etats Américains], de l'ONU [Organisation des
Nations unies] ou de l'OMT [Organisation Internationale
du Travail]. Nous étions très innocents.
Après le mouvement de '94, j'ai commencé à ouvrir
les yeux"
(Marcelino utilise simplement les abréviations,
indiquant ainsi ses connaissances sur le thème)
Droits humains et réconciliation
?
Un paradoxe en ce qui concerne les droits humains, c'est
qu'au Chiapas le concept a été associé à une
partie dans le conflit (les zapatistes ou membres du
PRD), aggravant la polarisation en soit élevée
qui prévaut dans les communautés. Dans
les zones de conflit, on vous pose souvent la question
: " Vous êtes 'des Droits Humains' ?" et
la réception sera complètement différente
en fonction de la réponse... Nous considérons
cependant que le travail des droits humains présente
un grand potentiel pour promouvoir le rapprochent et
la réconciliation dans les communautés.
Ricardo nous partage un exemple : "Dans une communauté de
Yajalón, il y a deux défenseurs du PRD.
Un membre du PRI a été arrêté et
accusé d'avoir voler du bétail. Ils l'ont
conduit au Ministère Public. Les frères
et les sœurs du détenu sont allés
voir un des deux défenseurs du PRD. Le défenseur
a appelé l'avocat Miguel Angel [de los Santos].
Il a répondu 'vous devez le voir seuls, s'il ne
les a pas mal traités, vous pouvez lui donner
un coup de main'. Cette personne du PRI n'a jamais fait
de mal à personne, alors ils ont décidé de
le défendre. Ils sont allés à Yajalón
et ils l'ont libéré".
Conclusion
L'existence de promoteurs et défenseurs des droits
humains indigènes est symptomatique d'une situation
critique et d'un système de justice qui ne fonctionne
pas comme les rapports de l'ONU, de l'OAS, d'Amnistie Internationale,
de Human Rights Watch, etc. l'ont corroboré. Mais
c'est aussi un indicateur positif du fait que les gens
s'organisent, sont conscients et informés de la
situation dans laquelle ils vivent, et qu'ils assument
leur responsabilité de prendre un plus grand contrôle.
Bien que les promoteurs et les défenseurs des droits
humains doivent faire face à nombre de difficultés
et de menaces de tout type, ils sont aussi caractérisés
par leur détermination et leur persévérance.
Comme l'un d'eux a exprimé :
"Maintenant oui
je sais quels sont mes droits. Parce que nous les avons
appris ces dernières années. Et nous commençons à parler.
Nous ne nous taisons plus"
(Eduardo)
La situation des droits humains est
si grave pas seulement au Chiapas mais aussi dans tout
le Mexique qu'il serait
nécessaire que la société civile dans
son ensemble se transforme en promoteurs et en défenseurs
des droits humains. Tout ce travail est jusqu'à présent
resté centré sur les droits civils et les
garanties individuelles ; mais il y a encore beaucoup à faire
pour encourager et défendre les droits politiques,
sociaux et économiques, en particulier dans le cadre
des Accords de Commerce International qui ont un impact
considérable sur les droits de la population dans
sa majorité.
[Note de rédaction: du fait du manque de sécurité dans
les zones de conflit où les promoteurs et défenseurs
des droits humains, nous avons changé leurs noms] 
:: ANALYSE
CHIAPAS : Une délicate
période de transition
Incertitude est
le mot le plus approprié pour caactériser
la situation qui prévaut au Chiapas. La période électorale
que vit le pays recouvre des caractéristiques bien
spécifiques dans cet État du fait de l'alliance
de l'opposition qui est en train de se consolider pour
prétendre au gouvernement de l'entité. Simultanément,
la sortie imminente des deux évêques du diocèse
de San Cristóbal de las Casas génère
tensions et expectatives concernant le futur, non seulement
pour ce qui a trait au diocèse mais aussi en ce
qui concerne le processus de paix que celui-ci a poussé de
l'avant depuis le soulèvement zapatiste.
Bien que le sujet d'attention principal
au niveau national au cours des derniers mois ait été le conflit
de l'UNAM, l'Université Nationale Autonome du Mexique à Mexico
(District Fédéral), plusieurs analystes ont
considéré que la forme violente par le biais
de laquelle le gouvernement fédéral a mis
fin à l'occupation des locaux et au processus de
négociation avec les grévistes laisse prévoir
un dénouement similaire au conflit du Chiapas. Quelques-uns
ont même trouvé des correspondances préoccupantes
entre ces faits et ceux qui, en février 1995, ont
interrompu le dialogue naissant avec l'EZLN pour débuter
une période de persécution à l'encontre
de ses dirigeants et de militarisation de la zone de conflit.
Dans la mesure où les élections présidentielles
(le 2 juillet) et celles pour le gouverneur du Chiapas
(le 20 août) approchent, le monde politique tourne
de plus en plus autour de la dynamique électorale.
Les élections internes récentes que le PRI
a réalisé tant au niveau national qu'étatique
démontre d'une part l'efficacité du parti
de l'État pour contrôler l'appareil électoral,
et d'autre part, l'indifférence de la citoyenneté face à un
processus doté de peu de crédibilité et
dont le résultat est connu d'avance.
Selon certains analystes indépendants, l'alliance
de l'opposition menée par le sénateur (anciennement
du PRI), Pablo Salazar Mendiguchía (chiapanèque,
protestant et exmembre reconnu de la COCOPA) pourrait augmenter
ses chances de gagner d'ici aux élections d'août.
Au cours des derniers mois, il a reçu le soutien
croissant d'organisations sociales de l'État, et
il compte avec l'appui de tous les partis de l'opposition.
Cette proposition de l'opposition a de vraies possibilités
de gagner les élections du Chiapas face au PRI.
Cependant, certaines opinions se font
plus pessimistes en signalant que, ni au Chiapas, ni au
niveau national,
les conditions qui permettraient d'assurer que la victoire électorale
de Salazar sera respectée n'existent pas : la tradition
de fraude qui a caractérisé le système électoral
mexicain n'a guère changé au Chiapas depuis
les réformes électorales de 1996. D'un autre
côté, s'il accédait au pouvoir, Salazar
devrait gouverner au moins jusqu'en 2001 avec un Congrès
de l'État et la plupart des municipalités
contrôlées par le PRI. Il faut encore compter
avec un facteur d'incertitude supplémentaire : la
présence de l'armée, des groupes paramilitaires
et d'autres groupes de pouvoir économique.
Il sera en tous les cas nécessaires de suivre très
attentivement le développement de la campagne électorale
au Chiapas jusqu'à l'échéance électorale
du mois d'août. Dans le cadre de ces élections,
la présence de nombreux observateurs nationaux et
internationaux serait souhaitable, afin de garantir le
respect de la volonté populaire et d'assurer qu'il
y aura le moins d'irrégularités possibles.
À cette conjoncture électorale incertaine,
il faut ajouter la vacance de pouvoir du diocèse
de San Cristóbal. Il est difficile d'accepter la
version du Vatican lorsqu'il affirme que le transfert de
l'évêque coadjuteur, Raúl Vera, - le
successeur naturel et de droit de Samuel Ruiz - se doit à des
raisons "purement ecclésiastiques".
Si l'intérêt du Vatican (en la personne du
Secrétaire d'État conservateur Angelo Sodano)
avait été d'assurer la continuité du
travail de Ruiz, il lui aurait suffi de confirmer Vera
comme successeur, étant donné la profonde
identification de celui-ci avec la ligne actuelle du diocèse.
En fait, depuis plusieurs années, la ligne pastorale
mené par ce dernier, avec un fort accent mis sur
la promotion sociale, l'organisation et le protagonisme
des autochtones, a été une source de préoccupation
pour le Vatican. Mais il est difficile de comprendre cette
inquiétude si on ne la relie pas à l'importance
que revêt pour le Vatican le fait de développer
ses rapports diplomatiques avec le gouvernement mexicain,
gouvernement qui a vu le diocèse comme une source
de beaucoup de problèmes politiques.
Les analystes considèrent qu'il est probable que
le nouvel évêque - dont la nomination était
attendue lors de la mise sous presse de ce bulletin - cherche à diminuer
le profil social et politique du diocèse, son travail
de dénonciation de la situation des droits humains
et de la militarisation, ainsi que son engagement en faveur
du processus de paix et des droits des peuples indigènes.
Si les choses en vont ainsi, le nouveau titulaire devra
faire face à une Eglise solidement implantée
dans les communautés indigènes, avec une
structure sociale articulée autour d'un réseau
de plus de 400 diacres et 8000 catéchistes indigènes,
une structure organisée par thèmes en fonction
des grandes lignes définies par le IIIe Synode diocésain
qui donne à ces réalités une place
importante dans la définition de sa mission.
Néanmoins, si l'on tient compte du fait que le
diocèse est un point de référence
important pour les catholiques et même pour certains
secteurs protestants, ainsi que pour les ONG et les organisations
populaires qui luttent pour un changement au Chiapas. Un
possible affaiblissement de celui-ci pourrait représenter
un coup dur pour ces acteurs qui, depuis le début
du conflit, ont du faire face à une guerre d'usure
permanente, la stratégie contrainsurgente du gouvernement
fédéral et son opérateur, l'Exécutif
de l'État.
L'éloignement de Samuel Ruiz du Chiapas est une
autre source d'inquiétude pour le futur du processus
de paix, dans la mesure où son leadership a été fondamental
pour endiguer la violence, rechercher la voie du dialogue
et de la négociation, ainsi que pour éviter
une issue militaire au conflit. Dans un scénario
de plus en plus polarisé et tendu, où l'espace
de la négociation a pratiquement disparu, le risque
est que la logique militaire s'impose finalement sur les
options politiques : soit si le gouvernement décide
de profiter de l'interrègne des prochains mois pour
porter un coup final, soit si le même EZLN, face à la
stagnation prolongée du processus, décide
de reprendre le chemin des armes. Bien qu'aucune de ces
deux options ne semble raisonnable ou probable, elles constituent
cependant un scénario possible.
Comme toujours, l'attitude vigilante
de la communauté internationale
sera fondamentale au cours de cette période délicate.
En ce sens, il sera nécessaire de donner un suivi à l'exécution
de la part du gouvernement mexicain des importantes recommandations émises
par la Haute-Commissionaire pour les droits humains de
l'Organisation des Nations unies, Mary Robinson, et d'autres
experts de cet organisme qui ont également visité le
Mexique l'année dernière, se prononçant
de manière très critique sur la situation
des droits humains au Chiapas et dans d'autres États.
 ::
ACTIVITÉS DE L’ÉQUIPE AU CHIAPAS
Visites et contacts:
- Plusieurs visites à la zone Nord (communautés
de la municipalité de Tila) ; entrevues avec plusieurs
paysans, déplacés, représentants de
plusieurs églises et organisations sociales, dirigeants
de 'Développement, Paix et Justice' et autorités
locales.
- Nous avons visité plusieurs communautés
des Hauts-Plateaux pour parler avec certains acteurs
religieux.
- Nous avons assisté à l'anniversaire
de l'organisation 'Las Abejas' à Tzajalchen et à la
commémoration du massacre d'Acteal.
- Visite à Palenque (zone Selva) à invitation
de Xi Nich pour la remise du prix des droits humains
attribué par
le gouvernement de France à cette organisation.
- Organisation du programme et accompagnement d'une
délégation
internationale de dirigeants religieux au Mexique : Mexico
DF, San Cristóbal et zone des Hauts-Plateaux.
- Organisation du programme et accompagnement du Révérend
Paul Rutgers (dirigeant presbytérien des USA),
représentant
les 300 dirigeants religieux du monde entier qui ont
signé la
déclaration en reconnaissance du travail de l'évêque
Samuel Ruiz et de celui du Diocèse de San Cristóbal
de las Casas.
- Ville de Mexico : réunions avec plusieurs
ONG, représentants d'ambassades, CNDH, acteurs
religieux et candidats des partis politiques dans le
cadre de la
visite d'une délégation œcuménique
ainsi qu'avec le Comité Directeur du Sipaz.
- Organisation du programme et/ou accompagnement de
représentants
des gouvernements d'Angleterre, d'Allemagne et des
Etats-Unis au cours de leurs visites au Chiapas.
Information
- Elaboration et diffusion d'une Action Urgente sur
les menaces et le harcèlement subis par le Centre
des Droits Humains Pro Juárez à Mexico.
- Tournée de cinq semaines d'un membre de l'équipe
en Allemagne où elle a reçu le Prix des
Droits Humains de la ville de Weimar pour son travail
d'accompagnement
en Amérique latine et au Chiapas.
Education
- Réunions avec des ONG du Chiapas pour organiser
des cycles d'ateliers sur la Transformation des Conflits
et le suivi de ceux-ci.
- Début d'un cycle d'ateliers avec les éducateurs
de la "Casa de la Ciencia".
- Participation à la Première Rencontre
de Promoteurs de Santé Mentale au Chiapas.
Divers
- Réunion du Comité Directeur International
avec l'équipe du Chiapas à San Cristóbal.
Visites et réunions communes dans la zone Nord,
les Hauts-Plateaux et Mexico.
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