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:: BULLETIN DU SIPAZ: Vol V No 1, Mars 2000

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-> Actualité CHIAPAS: : nouveau siècle,
un commencement difficile...
-> Dossier "Nous avons cessé de nous taire":
promoteurs et défenseurs des
droits de l’homme des
communautés autochtones
du Chiapas
-> Analyse CHIAPAS: Une délicate
période de transition
-> Activités de l’équipe au Chiapas
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:: SYNTHÈSE

Au cours des mois récents, la situation au Chiapas est restée tendue et a souvent pris un caractère violent. Pendant ce temps, les derniers événements politiques tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la région ont diminué les espoirs de parvenir à des avancées significatives vers la paix avant que la présidence d'Ernesto Zedillo ne termine en décembre.

Pendant sa visite en Europe au mois de janvier, le Président Zedillo a fait une série de déclarations étonnamment directes, déclarations qui minimisent l'EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale), rejettent l'importance de cet acteur dans le cadre de la résolution du conflit du Chiapas, et affirment cyniquement que l'offensive militaire lancée par lui en février 1995 "a permis de les [les zapatistes] faire s'asseoir à la table de négociations".

Le 30 décembre, le Vatican a annoncé le transfert de l'évêque coadjuteur Raul Vera de San Cristóbal de Las Casas à Saltillo, au nord du Mexique. L'évêque Samuel Ruiz a présenté sa démission en novembre, mais celle-ci n'a pas encore été acceptée par le Vatican et aucun successeur n'a été nommé. Le transfert de Vera qui devait remplacer Samuel Ruiz et l'incertitude qui en a résulté ont provoqué une certaine appréhension quant à l'effet sur les perspectives de paix et sur la sécurité de milliers d'agents pastoraux, religieux et laïcs, qui jusqu'à présent se sentaient quelque peu protégés par l'ample influence du Diocèse sous la gouverne de l'évêque Ruiz.

Les déclarations du Nonce Papal affirmant que la décision s'est fondée sur des raisons purement ecclésiastiques ne sont guère vraisemblables. Il est vrai que pendant plusieurs années la pratique pastorale du Diocèse a été à l'origine de bien des inquiétudes au sein de quelques cercles du Vatican et que l'évêque Vera s'était engagé à continuer le plan pastoral existant. La décision de transférer Vera est par ailleurs très exceptionnelle. Il est probable qu'elle sera fondée sur l'intérêt du Vatican d'améliorer ses relations avec le gouvernement mexicain, pour qui, pendant longtemps, l'évêque Ruiz a été considéré comme un obstacle politique.

Pendant ce temps, plusieurs communautés ont connu des manifestations de violence entre les groupes appuyant le gouvernement et les pro-Zapatistes. Dans la municipalité de Chilon, 52 familles ont été déplacées de leurs maisons par un groupe paramilitaire. La pression militaire exercée de façon constante sur les communautés indigènes est allée en augmentant avec l'arrivée de centaines de membres d'une nouvelle force de sécurité, la Police Fédérale Préventive (faisant partie du Ministère de l'Intérieur).

Les cas liés au massacre d'Acteal de 1997 continuent à suivre un complexe processus judiciaire. Deux fonctionnaires du gouvernement du Chiapas ont été condamnés à six années de prison pour leur possible rôle dans le massacre. L'un des accusés comme auteur intellectuel du massacre a été condamné à 35 ans de prison, tandis que la sentence de 24 autochtones qui avaient précédemment été condamnés à 35 ans a été révoquée et est en attente d'une révision supplémentaire. Pendant ce temps, en décembre, 2000 membres des Abejas, le groupe qui a fait l'objet du massacre, ont organisé un pèlerinage dans la municipalité de Chenalhó, offrant des symboles de paix dans les campements et barrages militaires.

Les élections nationales sont programmées pour le 2 juillet tandis que les élections pour le gouverneur du Chiapas auront lieu le 20 août. Indépendamment de leurs résultats, les élections représentent un élément d'incertitude et d'instabilité, particulièrement dans le contexte explosif de Chiapas.

Du fait des divisions de l'opposition entre le parti du centre droite - le PAN (Parti d'Action Nationale) et la coalition de l'opposition de centre gauche menée par le PRD (Parti de la Révolution Démocratique), le parti au pouvoir -le PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) est bien placé pour gagner les élections présidentielles. Au Chiapas, l'opposition s'est unie derrière la candidature du sénateur Pablo Salazar, un ancien membre du PRI. Il semble avoir de bonnes chances de gagner, mais quelques analystes se demandent si une telle victoire de l'opposition sera respectée. Les conditions électorales au Chiapas constituent un défi qui fait ressortir l'importance d'un l'effort d'observation externe.

Dans le cadre d'une situation toujours plus tendue et polarisée, où l'espace pour la négociation a presque disparu, l'option pour une issue militaire reste une possibilité. Le gouvernement peut décider de profiter de l'interrègne (entre les élections de juillet et le transfert de pouvoir en décembre) pour lancer une offensive bien ciblée au Chiapas. D'un autre côté, l'EZLN, en réaction à l'impasse prolongée du processus de paix, peut choisir de reprendre les armes. Bien qu'aucune de ces options ne semble raisonnable ou vraisemblable, elles ne peuvent être écartées.

La campagne du gouvernement contre les observateurs internationaux continue. Au cours des cinq premières semaines de l'année, 60 étrangers accusés de violer la loi mexicaine ont reçu des citations à comparaître devant les bureaux de la Migration.

Dans un coup général porté aux organisations non-gouvernementales, le Président Zedillo a affirmé, "nous n'avons pas besoin de ceux qui s'auto-définissent comme les représentants de la société civile, désormais appelés organisations non-gouvernementales, pour parler au nom des pays pauvres en voie de développement."

Pendant ce temps, les critiques internationales quant à la situation de droits humains au Mexique ont continué de pleuvoir. Pendant sa visite au Mexique en novembre, Mary Robinson, Haute-Commissaire pour les droits humains de l'ONU a exprimé plusieurs inquiétudes, en particulier la militarisation excessive du Chiapas. En terminant sa visite au Mexique, en février, la Présidente du Groupe de Travail des Nations unies portant sur les Peuples indigènes, Erika Irene Daes, a lancé un appel au gouvernement mexicain pour qu'ils respectent les Accords de San Andrés qu'il a signés il y a quatre ans. En février également, la Rapporteur Spécial de l'ONU sur les Exécutions Extrajudiciaires, Asma Jahangir, a présenté un rapport de sa visite de juillet 1999. Parmi ses conclusions on peut lire qu'au Mexique, les gouvernements fédéraux et locaux, l'armée, les groupes paramilitaires et les groupes d'opposition armés exécutent des personnes innocentes partout dans le pays, en particulier au Chiapas et au Guerrero ; dans des cas tels que les meurtres d'Acteal et El Bosque (Chiapas), les auteurs intellectuels et matériels n'ont pas été capturés ; les défenseurs des droits humains reçoivent peu de protection et travaillent dans un climat de violence.

En matières économiques, en novembre, des représentants du Mexique et de l'Union Européenne ont signé un accord commercial de grande envergure. Bien que l'accord doit encore être ratifié par le sénat mexicain et chacun des membres de l'UE, il représente un pas majeur de la politique de libre-échange implantée par l'administration Zedillo. Le traité comprend une clause qui exige le respect des droits humains et de la démocratie. Cependant il n'inclut pas de mécanisme clair pour évaluer si elle est respectée ou pas.

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Actions recommandées

  1. Presser l'administration Zedillo :
    • d'ordoner le retour immédiat des militaires à leurs quartiers généraux, et de s'assurer que l'armée respecte les droits et la liberté des civils pour démontrer ainsi sa volonté véritable et concrète de dialogue ;
    • de reconnaître et de respecter le travail humanitaire et la contribution au processus de paix des observateurs internationaux et des défenseurs des droits humains ;
  2. au Gouverneur de l'État du Chiapas :
    • de mettre fin au harcèlement à l'encontre des communautés indigènes et des organisations de l'opposition qui se donne au travers d'actions militaires réalisées dans des zones en soit hautement conflictuelles.
  3. Au Sénat de la République :
    • qu'il approuve la proposition de loi sur les droits et la culture indigènes de la COCOPA, en faisant prévaloir l'intérêt supérieur de la paix sur les positions partisanes.
  4. Diffuser l'information - comme ce bulletin - sur la situation qui prévaut au Chiapas

Veuillez écrire à :

Lic. Ernesto Zedillo Ponce de León
Presidente de la República
Palacio Nacional
06067 México, DF - México
Fax: (int-52) (5) 271 1764 / 515 4783

Roberto Albores Guillén
Gobernador de Chiapas
Palacio de Gobierno
Tuxtla Gutiérrez, Chiapas, México
Fax: (int-52) (961) 20917

El Senado de la República
Paseo de la Reforma # 10
06030 México, DF - México
Fax. (int-52) (5) 130 2292

Comisión de Concordia y Pacificación
Paseo de la Reforma # 10, piso 17
06030 México, DF - México
Fax: (int-52) (5) 140 3288

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:: ACTUALITÉ

Chiapas: nouveau siècle, un commencement difficile...

Le 30 décembre, le Vatican a annoncé le transfert de l'évêque coadjuteur Raúl Vera de San Cristóbal de las Casas à Saltillo, au nord du Mexique. L'évêque Samuel Ruiz avait présenté sa démission en novembre passé, mais le Vatican ne l'a pas encore acceptée, pas plus qu'il n'a nommé un nouveau successeur. Le transfert de Raúl Vera a généré bien des inquiétudes quant à l'impact de l'événement sur le processus de paix et sur la sécurité de milliers de fidèles, religieux aussi bien que laïques qui, jusqu'alors, se sentaient relativement protégés par l'influence de l'évêque Ruiz. (Voir "Mgr Raul Vera sera transferé a Saltillo").

Plus de tensions au niveau régional

Les deux dernières semaines de 1999 ont été caractérisées par un notoire manque d'esprit de fête dans les communautés du Chiapas. Durant cette période, les représentants du gouvernement de l'État ont laissé croire que l'EZLN préparait une attaque, justifiant ainsi l'arrivée de centaines d'éléments de la Police Fédérale Préventive au Chiapas. Le Procureur de la Justice de l'État, Eduardo Montoya Liévano, a informé que la sécurité et la surveillance avaient été renforcées dans la zone d'influence de l'EZLN par le biais de patrouilles des Bases d'Opérations Mixtes.

Bien que le Ministère de l'Intérieur et l'EZLN aient démenti le fait qu'un état d'alerte au Chiapas se justifie, Liévano a exprimé qu'il valait mieux "prévenir que guérir" et il a ajouté que divers secteurs du patronat ont exigé le prolongement indéfini de la surveillance préventive, se référant ainsi au Programme 'Millénaire'. Les différents partis politiques de l'opposition ont considéré ce Programme comme un nouvel instrument de la militarisation au Chiapas.

Violence dans les communautés autochtones

Le 2 décembre, à Petalcingo, municipalité de Tila (région Nord), 15 personnes ont été blessées suite à une confrontation entre des membres du PRI et des zapatistes. Le différend est survenu pour un désaccord sur le paiement de l'électricité. Au cours de la deuxième semaine de décembre 1999, il y a eu une autre confrontation, avec un bilan d'un blessé grave et de cinq blessés légers.

Le 5 janvier, dans la communauté de Tzanembolom, municipalité de Chenalhó, des militants du PRI ont détenu 29 sympathisants de l'EZLN. Ils ont demandé aux autorités d'arrêter trois des autochtones pour des infractions commises avant le massacre d'Acteal. Le 18 janvier, deux d'entre eux ont été accusés formellement pour l'assassinat de deux membres du PRI avant le massacre d'Acteal. Les autres détenus ont été libérés.

Au cours de cette même période, le Procureur Général de la Justice de l'État a créé un bureau spécial pour enquêter sur l'expulsion de 52 familles dans la municipalité de Chilon et l'emprisonnement de trois personnes, ainsi que pour éviter de nouveaux incidents violents dans l'entité. Les faits ont vraisemblablement été perpétrés par un nouveau groupe de paramilitaires qui opère entre la Forêt Lacandone et le Nord du Chiapas.

Le 2 février, des membres présumés du PRD auraient attiré un groupe du PRI dans une embuscade alors que ceux-ci tentaient de récupérer des terres de la communauté Tierra Colorada, municipalité de Suchiapa (des terrains soi-disant occupés par le PRD). Le bilan de cet incident a été de deux morts (du PRI) et de sept blessés graves.

Réactions de la part des communautés

Face à la tension qui a prévalu dans l'entité, des actions de protestation de différentes natures ont été organisées. Le 28 décembre, quelques deux mille membres des 'Abejas' (le groupe dont plusieurs membres ont été tués à Acteal en 1997) ont réalisé un pèlerinage, offrant des bougies aux militaires dans les barrages et les campements militaires de Chenalhó. A l'aube de la nouvelle année, approximativement cinq mille indigènes de la zone des Hauts-Plateaux du Chiapas se sont réunis dans l'Aguascalientes d'Oventic pour célébrer le sixième anniversaire du soulèvement armé zapatiste. Le Haut-Commandement de l'EZLN n'était pas présent pour des raisons de sécurité.

Pendant ce temps, une protestation civile et pacifique continue dans la communauté d'Amador Hernández en résistance depuis cinq mois (voir le Bulletin du SIPAZ, année IV. 4, novembre 1999): le 5 janvier, la force aérienne zapatiste a attaqué le campement de l'armée fédérale... avec des avions de papier. Les avions portaient des messages pour les militaires : "Soldats, nous savons que c'est à cause de la misère que vous avez vendu vos vies et vos âmes. Moi aussi je suis pauvre, comme des millions d'autres le sont, mais vous, vous êtes pires, parce que vous défendez ceux qui nous exploitent [...]."

Acteal

Au cours de la première semaine de décembre, deux ex-fonctionnaires publics ont été condamnés à six années de prison pour avoir protégé les paramilitaires qui ont perpétré le massacre d'Acteal en 1997. L'ex-agent du Ministère Public, Roberto Arcos Jiménez, a été accusé de ne pas avoir mené d'actions à l'encontre des civils qui s'armaient dans la zone. L'ex-premier officiel de la police, Absalón Gordillo Díaz, a été accusé de porter des armes à feu d'usage exclusif de l'armée.

Plus tard, un juge fédéral a révoqué, pour irrégularités judiciaires, la sentence de 35 années dictée contre 24 des autochtones détenus pour leur rôle présumé dans le massacre d'Acteal ; parmi eux, l'ex-président municipal de Chenalhó. Les 24 détenus restent emprisonnés tandis que le processus judiciaire suit son cours.

Le 7 février, un des auteurs intellectuels présumés du massacre, Antonio Vázquez Secum a été condamné à 35 années de prison, pour coups et blessures et homicide qualifié. Vázquez Secum, d'après les enquêtes officielles, était le dirigeants du PRI de la communauté de Quextic, municipalité de Chenalhó, et le père d'Agustín Vázquez Secum, le dernier des 17 autochtones qui auraient été 'exécutés' par des sympathisants zapatistes.

Le gouverneur

Egalement à la fin de l'année, la possible destitution du gouverneur du Chiapas est venue troubler le panorama régional. Albores Guillén a été questionné tant au niveau fédéral que par le Congrès de l'État pour avoir montré ouvertement son soutien au pré-candidat présidentiel du PRI, Francisco Labastida. Albores a cependant été capable de mobiliser en sa faveur les principales corporations de transport et autres groupes économiques du Chiapas pour éviter d'être destitué.

Déclarations sur les ONG nationales et internationales

Au cours des cinq premières semaines de l'année 2000, plus de 60 étrangers qui visitaient le Chiapas ont reçu une citation à comparaître devant les bureaux de l'Institut National de Migration, pour leurs infractions présumées contre les lois mexicaines mais sans qu'on leur explique qu'elles étaient ces infractions. Les étrangers qui se sont présentés auprès de l'Institut ont été soumis à plus de cinq heures d'interrogatoires qui ont inclus des questions sur leur affiliation religieuse et d'autres ayant un caractère d'intelligence militaire. À la fin des interrogatoires, l'INM a refusé de donner une copie de leurs déclarations, les empêchant ainsi de pouvoir mener une défense respectant leurs droits.

En janvier, pendant une visite au Chiapas, le président de la Commission Nationale des Droits Humains, José Luis Soberanes a exprimé la nécessité de réviser l'article 33 constitutionnel qui autorise, entre autres, le pouvoir exécutif fédéral à expulser les citoyens étrangers sans jugement antérieur. Se référant aux ONG mexicaines, Soberanes a manifesté que "nous disposons d'une grande quantité d'ONG qui devraient constituer une ressource de valeur" pour permettre la défense des droits fondamentaux. Il a critiqué les organismes internationaux, et il a exprimé que "comme ils manquent souvent de renseignements précis, ils agissent, émettent des recommandations ou des points de vue qui ne concordent pas avec la réalité. [Nous devons leur] donner les renseignements, les données nécessaires, afin que leurs recommandations, suggestions ou points de vue soient plus proches de la réalité".

En décembre, le Pape Jean-Paul II a manifesté que les droits humains n'ont pas de frontières et que, pour cette raison, les interventions internationales dans les pays où des infractions sont commises contre l'humanité sont nécessaires. Pendant que le Pape faisait l'éloge des ONG humanitaires et des organismes religieux qui promeuvent la paix, le président Zedillo, au cours du Forum Economique Mondial de Davos, Suisse (le 24 janvier), a exprimé que "nous n'avons pas besoin de ceux qui s'auto-définissent comme les représentants de la société civile, désormais appelés organisations non-gouvernementales, pour parler au nom des pays pauvres en voie de développement."

Le Président et Chiapas

Le président Ernesto Zedillo est allé encore plus loin dans ses commentaires sur le Chiapas. Au cours d'une entrevue qu'il a accordée en Europe à la fin janvier, il a dit que les zapatistes "n'ont pas un gramme de bonne foi", et que s'ils se décident ou non à reprendre le chemin des négociations, "ce ne serait qu'une partie très limitée de la solution du conflit au Chiapas". Il a expliqué qu'en février 1995, il a menacé l'EZLN de "répression et que cela a permis de les [les zapatistes] faire s'asseoir à la table de négociations". Ce qui est important, a-t-il insisté, ce n'est pas le dialogue avec "messieurs les zapatistes", mais de résoudre le problème du développement et de la pauvreté de l'entité. Il a ajouté que ce qui compte pour lui, c'est d'avoir travaillé pour améliorer les conditions de retard économique de cette entité et "l'autre élément (faisant ici référence à l'EZLN), repris dans une perspective historique, sera un simple incident".

Le député du PRD et membre de la COCOPA, Gilberto López y Rivas, a exprimé que les déclarations du président Zedillo en Europe révèle clairement que la négation au dialogue au Chiapas ne provient pas du groupe armé, mais du gouvernement lui-même, et que cela signifie "la mise à mort" de tout d'essai qui chercherait à rétablir les liens avec les zapatistes.

Au niveau international

Contrastant avec les commentaires officiels, plusieurs représentants de l'ONU qui ont visité le Mexique, y compris le Chiapas, ont effectué des déclarations qui remettent en question de tels commentaires. En novembre, Mary Robinson, la Haute-Commissaire pour les droits humains de l'ONU (voir "La situation des droits humains au Mexique et au Chiapas inquiète l'ONU"), a exprimé son inquiétude quant à l'excessive militarisation du Chiapas. Cependant, dans les faits, et peu de temps avant que celle-ci ne quitte le pays, le gouvernement fédéral a déployé un plus grand nombre de troupes militaires dans l'entité, comme plusieurs législateurs locaux de l'opposition l'ont dénoncé.

Durant les premiers jours de février, la présidente du Groupe de Travail portant sur les peuples indigènes de l'ONU, Erika Irene Daes, alors qu'elle concluait sa visite au Mexique, a demandé au gouvernement mexicain de respecter les Accords de San Andrés. Le 2 février 2000, Asma Jahangir, la Relatrice sur les exécutions extrajudiciaires, a présenté le rapport de sa visite de juillet 1999 dans lequel elle conclut, entre autres choses, que : le gouvernement fédéral et local, l'armée, les groupes paramilitaires et les groupes armés d'opposition exécutent des personnes innocentes dans le pays entier, principalement au Chiapas et au Guerrero ; dans les cas d'Acteal et El Bosque (Chiapas), tous les responsables intellectuels et matériels n'ont pas été capturés ; les défenseurs de droits humains dans le pays sont peu protégés et ils travaillent dans un climat de violence.

Nouvelles économiques

Le 24 novembre 1999, les représentants du gouvernement mexicain et de l'Union Européenne (intégrée par 15 pays avec plus de 360 millions de consommateurs) ont signé un accord commercial.

En 1999, le Mexique a signé des traités commerciaux avec plusieurs pays. La diffusion d'informations sur la signature de ces accords, et sur leurs possibles conséquences pour les ouvriers et paysans mexicains a été très limitée. Au Mexique, ni les différents groupes de la société civile ni les parlementaires de l'opposition politique n'ont été consultés ou seulement de manière isolée et peu significative. Dans les médias mexicains, l'entrée en vigueur de ce traité est présentée comme la solution la plus indiquée pour répondre à plusieurs problèmes économiques de Mexique. Bien qu'il ait été présenté comme un fait, la vérité est que le sénat du Mexique au même titre que les différents parlements européens doivent encore ratifier l'accord. Bien que l'accord avec l'Union Européenne ait une clause sur la démocratie et les droits humains, aucun moyen formel ou transparent n'est prévu pour son évaluation, pas plus qu'il n'existe de mécanismes concrets de contrôle.

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La situation des droits humains au Mexique et au Chiapas inquiète l'ONU

Au cours de sa visite au Mexique, en novembre 1999, Mary Robinson, la Haute-Commissaire pour les droits humains de l'Organisation des Nations unies, l'ONU, a observé qu'il y a encore "un long chemin à parcourir pour mettre fin à l'impunité, aux problèmes du système judiciaire, à l'exclusion des groupes indigènes, à l'activité des groupes paramilitaires et aux attaques contre les droits humains". Elle a aussi mentionné que la militarisation croissante des fonctions de la police dans le pays, ainsi que l'impossibilité de juger des militaires dans les tribunaux civils quand ils ont commis des violations aux droits humains de civils, contribuent à accroître l'impunité.

Pour préparer sa visite, plus de cent ONG mexicaines se sont rencontrées pour la première fois dans le cadre d'un forum de concertation pour élaborer une série de propositions juridiques, administratives et politiques afin de les remettre à la Haute-Commissaire. Outre ce consensus, elles ont réussi à avoir des réunions avec les fonctionnaires du gouvernement, entre autres, les ministres de l'Intérieur, de la Défense et de la Marine, ainsi qu'avec le Procureur Général de la République et celui de la Justice Militaire.

Avant de quitter le Mexique, la Haute-Commissaire et la Ministre des Relations Etrangères, Rosario Green, ont signé une Convention de future coopération technique pour la promotion des droits humains. Peu de jours après la sortie de Robinson, l'armée mexicaine a repris les patrouilles aériennes et terrestres dans les communautés indigènes du Chiapas.

D'un autre côté, le nouveau responsable de la Commission Nationale pour les Droits de l'Homme, José Luis Soberanes, a soutenu que, bien qu'il partage l'opinion de Robinson au sujet de la persistance de l'impunité au Mexique, la situation n'est pas "si grave". En dépit des déclarations des fonctionnaires du gouvernement pour minimiser cette situation, la multiplication des visites de représentants de l'ONU et le haut profil de la dernière ont une profonde signification à l'échelle internationale.

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DON RAUL

Mgr Raul Vera sera transferé a Saltillo

Depuis son arrivée au Chiapas en août 1995 comme évêque coadjuteur, jusqu'à la surprenante annonce de son transfert qui ne lui permettra pas de succéder à Samuel Ruiz comme évêque du Diocèse de San Cristóbal de las Casas, Raúl Vera a maintenu une attitude obéissante vis-à-vis du Saint-Siège.

Le 30 décembre passé, le Nonce Apostolique Justo Mullor a annoncé la nomination de Raúl Vera pour le Diocèse de Saltillo, en soulignant que la décision avait été prise par des raisons "purement ecclésiastiques". Le départ de Monseigneur Vera de San Cristóbal "ne diminuera en aucune façon l'engagement de l'église en faveur de la paix civile et de la promotion spirituelle et humaine de tous les membres qui composent la population de Chiapas", a-t'il ajouté.

Dans une déclaration donnée ce jour même, les évêques Ruiz et Vera ont mis en valeur les aspects positifs de la déclaration officielle: "nous notons avec clarté qu'il y a un soutien à l'activité pastorale; nous louons la collaboration du coadjuteur au sein du Diocèse ; il n'y a pas de doute que le prochain évêque stimulera le processus du Diocèse en faveur de la culture indigène et des pauvres. Nous encourageons vivement nos fidèles et tous les agents pastoraux de notre Diocèse à ne pas s'éloigner de cette lecture et de l'interprétation donnée dans la déclaration officielle, et d'accepter obséquieusement la volonté du Saint-Père. Nous ne cessons pas notre processus ecclésiastique, déjà bien avancé, et notre travail infatigable depuis notre foi, pour la justice, le droit et le respect à la dignité humaine".

Pour quelques secteurs de la société civile, le transfert de Monseigneur Vera perturbe le processus de paix de manière significative. Pour l'évêque Vera lui-même, "la paix au Chiapas est la paix du pays, parce que le système à l'origine de la pauvreté, des abus de la justice et de l'anti-démocratie subis par les autochtones au Chiapas a développé une structure nationale".

Dans une lettre pastorale avant l'annonce du transfert de Monseigneur Vera, Monseigneur Ruiz avait dénoncé l'existence de "forces dotées d'intérêts non ecclésiastiques" qui ont travaillé sans relâche pour assurer le transfert de Monseigneur Vera. Il a aussi déclaré que "s'il ne devait pas y avoir une continuité dans le processus diocésain, nous craignons que cela entrave le processus de paix et que cela frappe plus durement encore les communautés, les membres du clergé et les agents pastoraux, y compris au risque de leurs propres vies".

Les bases ecclésiastiques, qui dans un premier temps avaient réagi avec tristesse et frustration, ont aussi déclaré qu'ils accompagneraient le nouvel évêque, quel que soit la personne que nommera le Pape Jean-Paul II. Ils ont confiance en la force que le travail au niveau des communautés a déjà gagnée : le Diocèse de San Cristóbal de las Casas compte avec le plus grand nombre de diacres indigènes dans le monde (près de 400) et avec environs 8000 catéchistes. Comme une preuve de gratitude au travail de l'évêque Ruiz, autour de 15 mille paroissiens ont participé à l'émouvante célébration du 40ème anniversaire épiscopal du "Tatic" Samuel, le 25 janvier dernier.

Cependant, au cours de la première quinzaine de février, la nouvelle du transfert du Nonce Mullor au Vatican a généré de nouvelles inquiétudes. Il avait été perçu comme une voix modérée, sensible et peu protagoniste dans le cadre du transfert de Mgr Vera. En conséquence, sa sortie du Mexique a pu être interprétée comme faisant partie d'un plan qui permettra d'assurer qu'au Mexique, l'église catholique progressive ne sera pas un obstacle dans les plans de modernisation du gouvernement mexicain.

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:: DOSSIER

"Nous avons cessé de nous taire":

Promoteurs et défenseurs des droits de l’homme des communautés autochtones du Chiapas *

Dans les communautés autochtones du Chiapas, être promoteur de droits humains est plus qu'un privilège, c'est un service. La grave situation de violations des droits humains dans cette entité et l'incapacité apparente du gouvernement à y faire face fait de ce travail un défi urgent. Le concept de droits humains tout comme le travail des dénommés promoteurs et défenseurs qui en découle est relativement récent dans les communautés. Comme le dit Rodrigo (promoteur dans la région d'Ocosingo) :

"Quand j'ai commencé ce travail, je ne comprenais rien du droit mexicain, des garanties individuelles. La différence que je vois par rapport à nos ancêtres, c'est qu'eux ont lutté pour le droit à la terre, mais pas pour d'autres droits comme le libre transit, le droit des femmes, le droit à la vie ou à la liberté. Dans nos communautés, quand nous avons commencé, les personnes âgées ont d'abord pris peur, puis elles ont été impressionnées et nous ont dits : 'Comme c'est bien que les droits humains existent !'"

Sergio (promoteur dans la région d'Ocosingo) ajoute :

"nos parents ne savaient ni lire, ni écrire. Ils marchaient les yeux fermés. Ils écoutaient leurs patrons, les grands propriétaires terriens, les riches. Ceux-ci leur ont appris à travailler afin que le patron mange bien. Ils ont travaillé comme domestiques. Ils ont beaucoup souffert. Maintenant il y a un grand changement. Nous savons plus ou moins parler espagnol, nous avons des terres pour manger et vivre. Mais le gouvernement ne nous permet pas de demander un autre arpent de terre pour nos enfants. Mais maintenant nous savons les articles de la Réforme agraire et nous pouvons nous défendre".

Etant indigène et vivant dans une zone de conflit, ces promoteurs et défenseurs se heurtent à beaucoup de barrières à l'heure de développer leur travail : le racisme, le harcèlement et les menaces sont partie intégrante de leur quotidien.

Parvenir à "ouvrir les yeux"

Avec une scolarité qui, en moyenne, ne dépasse pas la troisième année du primaire, il existe à l'heure actuelle environ 500 promoteurs et défenseurs des droits humains au Chiapas. Alors que les promoteurs réalisent un travail d'éducation et d'information, les défenseurs concentrent le leur autour d'aspects légaux : systématiser l'information sur les violations des droits humains dans leurs zones d'action, présenter des accusations, rechercher des preuves, vérifier les dossiers, être présents pendant la présentation de cas ou visiter les prisonniers.

Ricardo (promoteur dans la zone Nord) nous donne un exemple :

"Quand Mary Robinson est venue [voir l'article dans ce bulletin], nous avons mené une enquête dans la région. Nous avions seulement 20 jours pour le faire et c'était l'époque de la récolte du café, alors nous avons seulement fait quelques visites, nous ne pouvions pas visiter toutes les communautés. Nous avons identifié beaucoup de situations de violations de la part des autorités du gouvernement et de l'armée. Nous lui avons présenté neuf cas de violations des droits humains".

Après le Congrès Indigène de 1974, une plus grande articulation dans la lutte des peuples autochtones a commencé à se développer dans le cadre de la revendication de leurs demandes sociales, en particulier de terres. Cela a conduit à une réaction répressive de la part de l'État qui a essayé de les faire taire. L'église catholique, attentive à leurs demandes, a concentré son travail de promotion humaine dans la diffusion et la défense des droits humains.

Ainsi, par exemple, à Ocosingo, un des lieux de plus forte présence de l'EZLN et de l'armée mexicaine, le centre Fray Pedro Lorenzo de la Nada a été créé. Il compte aujourd'hui avec la collaboration de 32 promoteurs. Ils ont commencé par un premier cours de formation portant sur les garanties individuelles à la fin 1995, un thème qu'ils ont continué à travailler jusqu'à ce jour ; ils demandent désormais une formation sur le droit pénal.

De la même façon, quelques églises protestantes ont commencé un travail semblable en réponse au phénomène des expulsions religieuses. Depuis juillet 1996, les pasteurs protestants et approximativement 1.600 représentants de communautés travaillent les thèmes de la non-violence, la tolérance et la réconciliation. Ils n'appellent pas ces intermédiaires 'promoteurs ou défenseurs des droits humains'. Esdras Alonso González, avocat et dirigeant protestant de l'organisation Visión Aguila 2000 A.C., nous a expliqué que depuis les années '70, ils emploient le concept de droits humains. Mais pour eux, ce travail n'est pas un emploi spécifique comme c'est le cas dans d'autres communautés. D'autres aspects sociaux et l'organisation de projets économiques sont de même importance. Pour l'aspect légal, Visión Aguila 2000 compte sur le soutien de trois avocats qui suivent les cas qu'ils reçoivent par le biais des intermédiaires.

La méfiance et le désavantage des autochtones face au système judiciaire mexicain (pour la langue et le manque de connaissance de leurs propres droits) expliquent la nécessité d'encourager la formation sur le thème des droits humains. Esdras Alonso déclare :

"La loi ? Elle ne fonctionne pas en réalité, elle n'est pas appliquée. Le gouvernement ? Il ne nous aide pas. On peut bien traduire des documents légaux et de formation dans les langues indigènes ; ils ne servent pas au bout du compte quand les autorités ne respectent pas les lois".

Les promoteurs et défenseurs reçoivent leur formation de la part de centres de droits humains intégrés principalement par des métis. Tous ces centres ne sont pas de caractère religieux. Par exemple, les défenseurs des droits communautaires indigènes formés par l'avocat Miguel A. De los Santos (membre de la Commission Mexicaine pour la Défense et la Promotion des Droits Humains) ont commencé leur travail à la fin de 1998. Approximativement 17 défenseurs couvrent aujourd'hui les quatre régions de La Selva, les Hauts-Plateaux, la zone Nord et la Côte.

Pour le moment, très peu de promoteurs et défenseurs des droits humains sont des femmes. Un défenseur explique : "Elles ne se sentent pas à l'aise et ne parlent pas beaucoup espagnol". Les possibilités de participation politique des femmes dans les zones de conflit se voient limitées par les pressions de la famille ou de la communauté, de même que par le peu d'expérience dont elles disposent (ou qu'on leur permet d'acquérir) ou encore pour la maternité qui leur réclame d'autres priorités.

Rencontre entre deux cultures

Comme tous les autres emplois communautaires, les promoteurs sont choisis par la communauté. Cette dernière leur apporte également une aide financière pour leur permettre de payer leur transport et de faire leur travail. Etre promoteur ou défenseur des droits humains doit aussi être une forme de vie, comme l'a exprimé l'un d'entre d'eux : "nous nous devons d'être des exemples de ce que nous enseignons, montrer le respect aux droits humains".

Une critique que l'on peut parfois écouter sur le travail des promoteurs et des défenseurs des droits humains autochtones est qu'ils s'attachent trop aux problèmes qui viennent de l'extérieur quand bien des difficultés se donnent également à l'intérieur des mêmes communautés. Rodrigo nous explique : "comme promoteurs des droits humains, notre travail est avec les gens de l'extérieur. Mais nous pouvons aussi travailler avec les nôtres. Par exemple, quand l'agent municipal commence à résoudre un problème, nous pouvons l'aider à voir de quel type de problème il s'agit et quelle serait la meilleure punition. Nous le faisons seulement si l'autorité nous y invite. [...] Nous ne cherchons pas seulement à donner à connaître les droits humains, mais aussi à récupérer une partie de notre tradition, de nos coutumes. Il ne s'agit pas de les laisser de côté et de dire: 'à partir de maintenant, nous allons fonctionner avec les 'garanties individuelles'". Pour les problèmes internes, d'autres responsables de la communautée existent et en dernier ressort, l'assemblée de la communauté a le dernier mot.

Sur le choc supposé entre les valeurs communautaires indigènes et ces 'nouvelles' garanties individuelles, Sergio observe qu'il "n'y a pas de chocs entre les deux parce que si nous unissons les droits individuels, une seule voix va à sortir. Et c'est de là que vient la force".

Difficultés, harcèlement et menaces

Les expériences avec les instances judiciaires officielles ne sont pas toujours positives. Dans certains cas, le racisme vis-à-vis des défenseurs indigènes est évident. On questionne leur légitimité : "Dans la prison de San Cristóbal, ils ne nous ont pas permis d'entrer pour les visites. Ils nous accusent d'être 'wesachero' (non professionnel), c'est-à-dire un faux avocat".

On essaye aussi de minimiser leurs demandes :

"En 1996 [dans la zone Nord], nous avons perdu 3400 têtes de bétail et 75 chevaux. Nous n'avons pas pu trouver une solution auprès du gouverneur. Nous avons présenté une demande, mais il a dit qu'il ne pourrait rien faire parce que plus d'un an avait passé. Mais nous avons vu dans les textes de loi que l'on peut présenter une demande y compris après une année. Miguel Angel [de los Santos] nous a dits qu'il fallait présenter les demandes de toutes les communautés auprès de la Commission Nationale des Droits Humains pour exiger une compensation. Nous travaillons encore sur ce thème. Au lieu de ça, le gouvernement nous offre des projets de 20 poules et 20 cochons. C'est peu. Une vache coûte 5000 pesos".

Quant au traitement qu'ils reçoivent de la part de l'armée dans les barrages militaires, un des défenseurs manifeste :

"Les soldats ne veulent pas toujours écouter. Ils font des plaisanteries et posent beaucoup de questions. Particulièrement sur le magnétophone. Ils ont révisé mon sac à dos. Ils m'ont demandé 'et pourquoi est-ce que tu as ceci, à quoi te sert-il ?', ce genre de choses. Ils m'ont dit que je n'avais pas le droit de l'avoir. J'ai répondu que si, parce que ça fait partie du travail de la société civile. J'ai le droit de t'enregistrer à toi, parce que vous n'avez pas le droit de me la retirer. Il me l'a rendu"
(Eduardo, promoteur dans la zone Nord)

Dans la zone Nord, les défenseurs vivent aussi le harcèlement de la part du groupe paramilitaire "Paix et Justice" et reçoivent des menaces ouvertes de la part de ce groupe (voir le Dossier du bulletin IV nº1 du SIPAZ). Eduardo nous fait remarquer :

"Ceux de Paix et Justice disent qu'ils ont émis contre moi un mandat d'arrêt parce que j'ai attaqué quelqu'un et qu'ils vont m'envoyer la Sécurité Publique (la police étatique). Mais je n'ai rien fait de mal. C'est seulement parce que je défends des gens. [...] Un 'compañero' a disparu il y a trois ans. Ceux de Paix et Justice, quand ils ont bu, ils disent qu'il est déjà mort. Et une personne de Paix et Justice m'a menacé si je continuais à suivre ce cas. [...] Ils ont menacé de me tuer. J'ai dû présenter une demande auprès du Ministère Public. Le procureur ne nous a pas pris en compte. Il n'est jamais venu enquêter sur ce cas".

Affronter les difficultés

Face aux autorités officielles, les promoteurs et les défenseurs ne sont pas toujours reconnus bien qu'ils signalent que cela ne sert à rien de se mettre en colère et qu'il s'agit bien plutôt de montrer le bon exemple. Manuel (promoteur dans la zone des canyons) nous commente : "une fois ils ne voulaient pas nous permettre d'entrer. J'ai parlé et j'ai demandé 'pourquoi est-ce que tu me mets dehors quand mes droits sont affichés sur la porte et qu'ils disent que j'ai le droit d'être là.' Mais finalement nous sommes sortis. C'est important de travailler lentement, de ne pas s'énerver face à eux". Quant aux barrages militaires et au harcèlement des soldats, Rodrigo nous explique : "Nous évitons de répondre parce que si nous le faisons, ils nous menaceront plus".

Du fait de la nature de leur travail, les défenseurs se trouvent en première ligne de cette guerre larvée qui lacère le Chiapas :

"Notre travail est risqué parce que nous savons que le gouvernement nous suivra pas à pas. Le gouvernement veut que nous restions toujours aveugles et soumis face à son pouvoir. Pour cette raison notre travail exige un grand effort".
(Marcelino, promoteur dans la région d'Ocosingo)

Face à un travail si exigeant en temps et en dédication, et dans un contexte de guerre de basse intensité, les promoteurs expriment parfois fatigue et découragement :

"Quelquefois quand je vois l'intimidation du gouvernement, je me sens triste. Etre emprisonné est un coup dur pour notre travail. Je me décourage parfois mais je sais que mon travail est très important. C'est souvent la même communauté qui nous remonte le moral : 'Tiens bon pour pouvoir continuer la lutte'. Les rencontres [avec d'autres promoteurs] nous aident aussi. Nous voyons la nécessité de nous unir davantage. 'Personne ne va avoir peur et nous allons garder nos idées et notre esprit au clair. Nous continuerons avec le travail comme nous l'avons commencé, nous prendre par la main et nous lever'".
(Rodrigo)

Mais, en dépit de tout ce que nous venons de mentionner, ils manifestent encore :

"nous ne l'acceptons plus. Et nous n'avons plus peur. Maintenant nous pouvons le leur dire en face. Quand je dois passer par un barrage militaire, je sors la Constitution. Je leur montre les parties qui prouvent que le fait qu'ils me posent toutes ces questions ou m'arrêtent ainsi en chemin va à l'encontre de la Constitution".
(Eduardo)

Les défenseurs ont connaissance des différents traités et des organismes internationaux :

"la constitution existait auparavant mais je ne le savais pas. Quand mon papa travaillait dans une ferme (rancho), il ne savait rien de la Constitution, de l'OAS [Organisation des Etats Américains], de l'ONU [Organisation des Nations unies] ou de l'OMT [Organisation Internationale du Travail]. Nous étions très innocents. Après le mouvement de '94, j'ai commencé à ouvrir les yeux"
(Marcelino utilise simplement les abréviations, indiquant ainsi ses connaissances sur le thème)

Droits humains et réconciliation ?

Un paradoxe en ce qui concerne les droits humains, c'est qu'au Chiapas le concept a été associé à une partie dans le conflit (les zapatistes ou membres du PRD), aggravant la polarisation en soit élevée qui prévaut dans les communautés. Dans les zones de conflit, on vous pose souvent la question : " Vous êtes 'des Droits Humains' ?" et la réception sera complètement différente en fonction de la réponse... Nous considérons cependant que le travail des droits humains présente un grand potentiel pour promouvoir le rapprochent et la réconciliation dans les communautés. Ricardo nous partage un exemple : "Dans une communauté de Yajalón, il y a deux défenseurs du PRD. Un membre du PRI a été arrêté et accusé d'avoir voler du bétail. Ils l'ont conduit au Ministère Public. Les frères et les sœurs du détenu sont allés voir un des deux défenseurs du PRD. Le défenseur a appelé l'avocat Miguel Angel [de los Santos]. Il a répondu 'vous devez le voir seuls, s'il ne les a pas mal traités, vous pouvez lui donner un coup de main'. Cette personne du PRI n'a jamais fait de mal à personne, alors ils ont décidé de le défendre. Ils sont allés à Yajalón et ils l'ont libéré".

Conclusion

L'existence de promoteurs et défenseurs des droits humains indigènes est symptomatique d'une situation critique et d'un système de justice qui ne fonctionne pas comme les rapports de l'ONU, de l'OAS, d'Amnistie Internationale, de Human Rights Watch, etc. l'ont corroboré. Mais c'est aussi un indicateur positif du fait que les gens s'organisent, sont conscients et informés de la situation dans laquelle ils vivent, et qu'ils assument leur responsabilité de prendre un plus grand contrôle.

Bien que les promoteurs et les défenseurs des droits humains doivent faire face à nombre de difficultés et de menaces de tout type, ils sont aussi caractérisés par leur détermination et leur persévérance. Comme l'un d'eux a exprimé :

"Maintenant oui je sais quels sont mes droits. Parce que nous les avons appris ces dernières années. Et nous commençons à parler. Nous ne nous taisons plus"
(Eduardo)

La situation des droits humains est si grave pas seulement au Chiapas mais aussi dans tout le Mexique qu'il serait nécessaire que la société civile dans son ensemble se transforme en promoteurs et en défenseurs des droits humains. Tout ce travail est jusqu'à présent resté centré sur les droits civils et les garanties individuelles ; mais il y a encore beaucoup à faire pour encourager et défendre les droits politiques, sociaux et économiques, en particulier dans le cadre des Accords de Commerce International qui ont un impact considérable sur les droits de la population dans sa majorité.

[Note de rédaction: du fait du manque de sécurité dans les zones de conflit où les promoteurs et défenseurs des droits humains, nous avons changé leurs noms]

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:: ANALYSE

CHIAPAS : Une délicate période de transition

Incertitude est le mot le plus approprié pour caactériser la situation qui prévaut au Chiapas. La période électorale que vit le pays recouvre des caractéristiques bien spécifiques dans cet État du fait de l'alliance de l'opposition qui est en train de se consolider pour prétendre au gouvernement de l'entité. Simultanément, la sortie imminente des deux évêques du diocèse de San Cristóbal de las Casas génère tensions et expectatives concernant le futur, non seulement pour ce qui a trait au diocèse mais aussi en ce qui concerne le processus de paix que celui-ci a poussé de l'avant depuis le soulèvement zapatiste.

Bien que le sujet d'attention principal au niveau national au cours des derniers mois ait été le conflit de l'UNAM, l'Université Nationale Autonome du Mexique à Mexico (District Fédéral), plusieurs analystes ont considéré que la forme violente par le biais de laquelle le gouvernement fédéral a mis fin à l'occupation des locaux et au processus de négociation avec les grévistes laisse prévoir un dénouement similaire au conflit du Chiapas. Quelques-uns ont même trouvé des correspondances préoccupantes entre ces faits et ceux qui, en février 1995, ont interrompu le dialogue naissant avec l'EZLN pour débuter une période de persécution à l'encontre de ses dirigeants et de militarisation de la zone de conflit.

Dans la mesure où les élections présidentielles (le 2 juillet) et celles pour le gouverneur du Chiapas (le 20 août) approchent, le monde politique tourne de plus en plus autour de la dynamique électorale. Les élections internes récentes que le PRI a réalisé tant au niveau national qu'étatique démontre d'une part l'efficacité du parti de l'État pour contrôler l'appareil électoral, et d'autre part, l'indifférence de la citoyenneté face à un processus doté de peu de crédibilité et dont le résultat est connu d'avance.

Selon certains analystes indépendants, l'alliance de l'opposition menée par le sénateur (anciennement du PRI), Pablo Salazar Mendiguchía (chiapanèque, protestant et exmembre reconnu de la COCOPA) pourrait augmenter ses chances de gagner d'ici aux élections d'août. Au cours des derniers mois, il a reçu le soutien croissant d'organisations sociales de l'État, et il compte avec l'appui de tous les partis de l'opposition. Cette proposition de l'opposition a de vraies possibilités de gagner les élections du Chiapas face au PRI.

Cependant, certaines opinions se font plus pessimistes en signalant que, ni au Chiapas, ni au niveau national, les conditions qui permettraient d'assurer que la victoire électorale de Salazar sera respectée n'existent pas : la tradition de fraude qui a caractérisé le système électoral mexicain n'a guère changé au Chiapas depuis les réformes électorales de 1996. D'un autre côté, s'il accédait au pouvoir, Salazar devrait gouverner au moins jusqu'en 2001 avec un Congrès de l'État et la plupart des municipalités contrôlées par le PRI. Il faut encore compter avec un facteur d'incertitude supplémentaire : la présence de l'armée, des groupes paramilitaires et d'autres groupes de pouvoir économique.

Il sera en tous les cas nécessaires de suivre très attentivement le développement de la campagne électorale au Chiapas jusqu'à l'échéance électorale du mois d'août. Dans le cadre de ces élections, la présence de nombreux observateurs nationaux et internationaux serait souhaitable, afin de garantir le respect de la volonté populaire et d'assurer qu'il y aura le moins d'irrégularités possibles.

À cette conjoncture électorale incertaine, il faut ajouter la vacance de pouvoir du diocèse de San Cristóbal. Il est difficile d'accepter la version du Vatican lorsqu'il affirme que le transfert de l'évêque coadjuteur, Raúl Vera, - le successeur naturel et de droit de Samuel Ruiz - se doit à des raisons "purement ecclésiastiques". Si l'intérêt du Vatican (en la personne du Secrétaire d'État conservateur Angelo Sodano) avait été d'assurer la continuité du travail de Ruiz, il lui aurait suffi de confirmer Vera comme successeur, étant donné la profonde identification de celui-ci avec la ligne actuelle du diocèse. En fait, depuis plusieurs années, la ligne pastorale mené par ce dernier, avec un fort accent mis sur la promotion sociale, l'organisation et le protagonisme des autochtones, a été une source de préoccupation pour le Vatican. Mais il est difficile de comprendre cette inquiétude si on ne la relie pas à l'importance que revêt pour le Vatican le fait de développer ses rapports diplomatiques avec le gouvernement mexicain, gouvernement qui a vu le diocèse comme une source de beaucoup de problèmes politiques.

Les analystes considèrent qu'il est probable que le nouvel évêque - dont la nomination était attendue lors de la mise sous presse de ce bulletin - cherche à diminuer le profil social et politique du diocèse, son travail de dénonciation de la situation des droits humains et de la militarisation, ainsi que son engagement en faveur du processus de paix et des droits des peuples indigènes. Si les choses en vont ainsi, le nouveau titulaire devra faire face à une Eglise solidement implantée dans les communautés indigènes, avec une structure sociale articulée autour d'un réseau de plus de 400 diacres et 8000 catéchistes indigènes, une structure organisée par thèmes en fonction des grandes lignes définies par le IIIe Synode diocésain qui donne à ces réalités une place importante dans la définition de sa mission.

Néanmoins, si l'on tient compte du fait que le diocèse est un point de référence important pour les catholiques et même pour certains secteurs protestants, ainsi que pour les ONG et les organisations populaires qui luttent pour un changement au Chiapas. Un possible affaiblissement de celui-ci pourrait représenter un coup dur pour ces acteurs qui, depuis le début du conflit, ont du faire face à une guerre d'usure permanente, la stratégie contrainsurgente du gouvernement fédéral et son opérateur, l'Exécutif de l'État.

L'éloignement de Samuel Ruiz du Chiapas est une autre source d'inquiétude pour le futur du processus de paix, dans la mesure où son leadership a été fondamental pour endiguer la violence, rechercher la voie du dialogue et de la négociation, ainsi que pour éviter une issue militaire au conflit. Dans un scénario de plus en plus polarisé et tendu, où l'espace de la négociation a pratiquement disparu, le risque est que la logique militaire s'impose finalement sur les options politiques : soit si le gouvernement décide de profiter de l'interrègne des prochains mois pour porter un coup final, soit si le même EZLN, face à la stagnation prolongée du processus, décide de reprendre le chemin des armes. Bien qu'aucune de ces deux options ne semble raisonnable ou probable, elles constituent cependant un scénario possible.

Comme toujours, l'attitude vigilante de la communauté internationale sera fondamentale au cours de cette période délicate. En ce sens, il sera nécessaire de donner un suivi à l'exécution de la part du gouvernement mexicain des importantes recommandations émises par la Haute-Commissionaire pour les droits humains de l'Organisation des Nations unies, Mary Robinson, et d'autres experts de cet organisme qui ont également visité le Mexique l'année dernière, se prononçant de manière très critique sur la situation des droits humains au Chiapas et dans d'autres États.

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:: ACTIVITÉS DE L’ÉQUIPE AU CHIAPAS

Visites et contacts:

  • Plusieurs visites à la zone Nord (communautés de la municipalité de Tila) ; entrevues avec plusieurs paysans, déplacés, représentants de plusieurs églises et organisations sociales, dirigeants de 'Développement, Paix et Justice' et autorités locales.
  • Nous avons visité plusieurs communautés des Hauts-Plateaux pour parler avec certains acteurs religieux.
  • Nous avons assisté à l'anniversaire de l'organisation 'Las Abejas' à Tzajalchen et à la commémoration du massacre d'Acteal.
  • Visite à Palenque (zone Selva) à invitation de Xi Nich pour la remise du prix des droits humains attribué par le gouvernement de France à cette organisation.
  • Organisation du programme et accompagnement d'une délégation internationale de dirigeants religieux au Mexique : Mexico DF, San Cristóbal et zone des Hauts-Plateaux.
  • Organisation du programme et accompagnement du Révérend Paul Rutgers (dirigeant presbytérien des USA), représentant les 300 dirigeants religieux du monde entier qui ont signé la déclaration en reconnaissance du travail de l'évêque Samuel Ruiz et de celui du Diocèse de San Cristóbal de las Casas.
  • Ville de Mexico : réunions avec plusieurs ONG, représentants d'ambassades, CNDH, acteurs religieux et candidats des partis politiques dans le cadre de la visite d'une délégation œcuménique ainsi qu'avec le Comité Directeur du Sipaz.
  • Organisation du programme et/ou accompagnement de représentants des gouvernements d'Angleterre, d'Allemagne et des Etats-Unis au cours de leurs visites au Chiapas.

Information

  • Elaboration et diffusion d'une Action Urgente sur les menaces et le harcèlement subis par le Centre des Droits Humains Pro Juárez à Mexico.
  • Tournée de cinq semaines d'un membre de l'équipe en Allemagne où elle a reçu le Prix des Droits Humains de la ville de Weimar pour son travail d'accompagnement en Amérique latine et au Chiapas.

Education

  • Réunions avec des ONG du Chiapas pour organiser des cycles d'ateliers sur la Transformation des Conflits et le suivi de ceux-ci.
  • Début d'un cycle d'ateliers avec les éducateurs de la "Casa de la Ciencia".
  • Participation à la Première Rencontre de Promoteurs de Santé Mentale au Chiapas.

Divers

  • Réunion du Comité Directeur International avec l'équipe du Chiapas à San Cristóbal. Visites et réunions communes dans la zone Nord, les Hauts-Plateaux et Mexico.

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