:: SYNTHÈSE
Le 7 septembre, le Secrétaire d'Etat
(Ministre de l'Intérieur), Diodoro Carrasco, a présenté une
nouvelle proposition pour la paix au Chiapas et a déclaré que,
si les négociations devaient reprendre, il serait
prêt à diriger la délégation du
gouvernement. Cette initiative a aussi inclu la possibilité d'ouvrir
un plus ample débat sur les droits et la culture indigène
au sein du Sénat, la libération de quelques
prisonniers zapatistes, l'investigation des accusations liées
au harcèlement que les communautés indigènes
du Chiapas subisse, ainsi que la création d'une nouvelle
instance de médiation.
Cette nouvelle proposition contraste avec
la stratégie
de ligne dure suivie par le gouvernement au cours des trois
dernières années. Elle semble indiquer une
nouvelle volonté de dialoguer et une modification
de la position du gouvernement. Elle pourrait contribuer à réduire
la tension au Chiapas, principalement si elle permet de mettre
un frein à la politique toujours plus belligérante
du Gouverneur de l'État, Roberto Albores.
D'un autre côté, la proposition traite de manière
inadéquate voire pas du tout certains thèmes
cruciaux au coeur du conflit: la présence de l'armée
dans les communautés indigènes, les groupes
paramilitaires, et l'initiative de la COCOPA de 1996 (Commission
pour la Concorde et la Pacification, formée par des
membres du Congrès). Ces thèmes font partie
des conditions fixées par l'EZLN pour reprendre le
chemin des négociations. Pour cette raison, il est
peu probable que les Zapatistes -qui n'ont pas encore répondu
de manière substantielle - acceptent la proposition
du gouvernement.
Seul le temps nous dira si cette proposition
représente
effectivement un nouvel effort visant à rompre le
blocage du processus de paix. Tout aussi bien elle pourrait
n'avoir été conçue que pour gagner un
plus grand espace politique dans la course aux élections
locales et présidentielles de l'an 2000; ou cette
action pourrait avoir été pensée en
prévision de la visite de la Haute-Commissaire de
l'ONU, Mary Robinson, visite attendue en novembre.
Pendant ce temps, la pression militaire
sur les Zapatistes et leurs sympathisants a augmenté dans certaines régions.
Par exemple, en août, environ 500 soldats sont arrivés à Amador
Hernández, une petite communauté qui se trouve à peu
de kilomètres du commandandement zapatiste. Leur but
déclaré était de protéger une équipe
de topographes qui devaient réaliser des mesures pour
construire une nouvelle route qui relirait cette communauté avec
l'important campement militaire de San Quintín. La
communauté s'est fortement opposée à la
construction de cette route, et quelques étudiants
de l'université de Mexico ainsi que d'autres observateurs
civils se sont unis à leurs protestations. Les membres
de la communauté craignent en effet les conséquences
d'un accès plus facile ou d'une plus grande présence
de l'armée. Le Gouvernement de l'Etat a réagi
durement, en accusant les étudiants de manipuler les
autochtones et en menaçant de les faire arrêter.
Le Gouverneur du Chiapas, Roberto Albores, a déclaré qu'il
n'autorisera plus la présence d'observateurs nationaux
ou internationaux. Un peu plus tard, par le biais d'une déclaration
officielle à la presse, il a ajouté: «nous
autres les chiapanèques nous commençons à perdre
patience... Nous en avons assez du chantage et de la manipulation...
[des]... agitateurs [qui] profitent des conflits politiques
et qui polluent notre Etat».
À la fin du mois d'août, suite à la
pression nationale et internationale, le Secrétaire
d'Etat (Ministre de l'Intérieur) a annoncé la
suspension de la construction de la route. Cependant, au
moment de la publication de ce bulletin, l'armée était
toujours présente à Amador Hernandez contre
la volonté de la population locale.
En juillet, le Congrès de l'Etat dominé par
le parti au pouvoir, le PRI (Parti Révolutionnaire
Institutionnel), a approuvé une loi sur les droits
et la culture indigènes. Le Gouverneur Albores a affirmé: «Si
c'est vraiment la paix ce que nous voulons au Chiapas, alors
il n'y a plus de prétextes, car avec cette loi, la
liberté et le respect à l'autonomie ethnique
sont garantis, et donc le différend entre l'EZLN et
le gouvernement fédéral n'a plus de raisons
d'être». Les partis d'opposition ont vivement
critiqué cette loi lui reprochant de ne pas contribuer
au processus de paix car cette initiative est unilatérale
et qu'elle ne respecte pas les Accords de San Andrés,
signés en 1996 mais non appliqués par le gouvernement
fédéral.
Pour ce qui a trait au procès d'Acteal (où,
le 22 décembre 1997, 45 personnes ont été tuées),
après les comparutions de juillet et septembre, un
total de 45 personnes, toutes autochtones, ont été condamnées à entre
32 et 35 années de prison pour leur implication dans
le massacre. Parmi les condamnés se trouve l'ex-maire
de Chenalhó. Un total de 55 personnes ont déjà été condamnées à des
peines de prison. D'autres cas restent en suspens. Bien que
cela représente une action judiciaire énergique
peu commune de la part du gouvernement, certains critiquent
le fait qu'aucune enquête ne se soit donnée à un
plus haut niveau, à l'encontre des fonctionnaires
du gouvernement qui pourraient avoir une certaine responsabilité ou
complicité dans le massacre.
A l'échelle internationale, les critiques sur la
situation des droits humains au Mexique ont été constantes,
au point de se transformer en un fort courant d'opinion. À la
fin de sa visite au Mexique en juillet passé, la Rapporteur
Spéciale sur les Exécutions Extrajudiciaires
de l'ONU, Asma Jahangir, a exprimé son inquiétude
quant à l'impunité existant dans les cas de
massacres et autres exécutions politiques, et la probabilité qu'en
conséquence ils pourraient continuer à se répéter.
Elle a affirmé: «L'injustice dûe à l'impunité sélective
est un problème politique au Mexique [...] C'est le
résultat de politiques et un système judiciaire
défaillant».
Le Procureur général de la République,
Jorge Madrazo, a reconnu le problème en septembre
quand il a observé: «Dans ce pays une vraie
culture de la légalité n'existe pas»,
il a ajouté que l'impunité est un reflet du
manque de respect à la loi.
Le Comité de droits humains de l'ONU et Human Rights
Watch ont aussi exprimé certaines critiques. Une coalition
d'organisations non-gouvernementales a également présenté des
rapports alternatifs à ceux présentés
au niveau officiel pour rendre compte de l'exécution
des traités de droits civils et politiques ainsi que
ceux ayant trait aux droits économiques, sociaux et
culturels, présentés par le Gouvernement mexicain
auprès des Comités respectifs des Nations-Unies.
Dans le deuxième rapport, les ONGs mentionnent certaines
statistiques sur la pauvreté, argumentant que le marché libre
et les politique économiques du gouvernement ont été un
facteur décisif dans la détérioration
de la qualité de vie au Mexique.
D'un autre côté, pendant sa visite au Chiapas à la
fin septembre, l'ambassadeur de l'Union européenne
au Mexique, Manuel López, a affirmé que les
violations de droits humains au Chiapas ou dans autres parties
du Mexique n'empêcheront pas la réalisation
de l'accord économique entre l'Union européenne
et le Mexique.

:: ACTUALITÉ
Chiapas: Les questions de paix non résolues
Incursion dans la jungle
En août, à trois mois de
la dernière incursion militaire dans la Forêt
Lacandone (voir le bulletin du
SIPAZ, Vol IV, nº3),
l'armée mexicaine a une fois encore augmenté sa
présence dans cette région. Les événements
les plus importants ont eu lieu à Amador Hernandez,
municipalité d'Ocosingo. Approximativement 500 soldats
ont fait irruption (par voie terrestre ou en parachutes)
dans cette communauté située à 19 kilomètres
de La Realidad où se trouve apparemment le commandement
Zapatiste. Au même moment, des étudiants et
des professeurs de l'École d'Anthropologie et d'Histoire
et de l'Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM) participaient à une rencontre nationale pour la défense
du patrimoine culturel, rencontre convoquée par l'Armée
Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) à La
Realidad. En apprenant la nouvelle de l'incursion, quelques-uns
se sont rendus sur place pour observer la situation.
Les autorités du Chiapas ont réagi en menaçant
d'émettre des mandats d'arrêt à l'encontre
des étudiants pour les délits d'incitation à la
violence, obstruction de routes, enlèvement et attaque
contre l'armée. De plus, ils ont lancé une
impressionnante campagne de discrédit et de diffamation,
en utilisant un vaste secteur des médias tant régionaux
que nationaux, les accusant entre autres de «manipuler» les
autochtones. Le gouverneur du Chiapas, Roberto Albores Guillen,
a prévenu qu'il n'acceptera plus la présence
d'observateurs nationaux ou internationaux, et que les actes
de «déstabilisation» ne seront plus permis.
Dans un communiqué du gouvernement du Chiapas, il
a ajouté que «nous autres les chiapanèques
nous commençons à perdre patience... Nous en
avons assez du chantage et de la manipulation... [des] agitateurs
[qui] profitent des conflits politiques et qui polluent l'État».
Les sources gouvernementales et militaires
ont justifié la
présence militaire à Amador Hernandez en expliquant
qu'elle vise à protéger les topographes qui
prendront les mesures pour la construction de la route entre
San Quintín (où se trouve une des bases militaires
les plus importantes de tout le Chiapas) et Amador Hernandez.
Cependant, les membres de cette communauté ne veulent
pas de ce chemin car il facilitera l'entrée de l'armée
dans la région.
En même temps, quelques 6000 soldats sont arrivés
pour réaliser un programme de reboisement dans la
Forêt Lacandone, ce qui leur à permis d'établir
de nouveaux campements, contrôles et autres constructions
militaires dans la zone de conflit.
Même si les autorités ont dû nuancer
leurs déclarations à cause des pressions nationales
et internationales et en dépit des tentatives de pacification
du Secrétaire d'État (ou Ministre de l'Intérieur),
les forces militaires étaient toujours en place dans
cette communauté au moment de la mise sous presse
de ce bulletin.
Le 26 août, il y a eu un affrontement entre l'armée
et les bases de soutien zapatistes dans la communauté de
San José La Esperanza (municipalité de Las
Margaritas). Trois autochtones ont été détenus
arbitrairement. Le Ministère de la Défense
Nationale a déclaré que sept membres de l'armée
ont été blessés à coups de machettes.
A Morelia (municipalité d'Altamirano) et à Roberto
Barrios (municipalité de Palenque) - deux Aguascalientes
zapatistes - la tension a augmenté jusqu'à atteindre
un niveau inquiétant. A Morelia, aujourd'hui une communauté divisée,
les membres du PRI ont capturé six sympathisants zapatistes,
détruits plusieurs maisons et délogés
le Campement Civil pour la Paix.
En juillet, le Congrès du Chiapas, dominé par
le PRI, a approuvé la création de sept nouvelles
municipalités et l'initiative de loi étatique
sur les Droits et la Culture Indigènes. Le gouverneur
a affirmé, «Si c'est vraiment la paix ce que
nous voulons au Chiapas, alors il n'y a plus de prétextes,
car avec cette loi, la liberté et le respect de l'autonomie
ethnique sont garantis, et donc le différend entre
l'EZLN et le gouvernement fédéral n'a plus
de raison d'être». L'opposition politique et
de nombreuses organisations sociales locales ont fortement
critiqué ces initiatives, alléguant que tant
pour son contenu que pour son caractère unilatéral,
elles n'aident en rien à faciliter le processus de
paix.
La nouvelle proposition de paix
Le 7 septembre, le gouvernement fédéral a rendu
publique une nouvelle proposition de dialogue pour le Chiapas.
Le Secrétaire d'État (Ministre de l'Intérieur), Diodoro Carrasco Altamirano a énoncé qu'il
serait prêt à conduire une commission de négociation
en tout temps et en n'importe quel endroit (pour connaître
le contenu de cette Lettre Ouverte, voyez le texte ci-joint).
La proposition a été bien reçue par
beaucoup de secteurs politiques et sociaux, quelques-uns
ont même suggéré des améliorations.
Parmi les points en discussion, on retrouve: le repositionnement
de l'armée, la question des présumés
groupes paramilitaires (enquête et punition), et le
fait que le gouvernement continue à promouvoir son
initiative de loi sur les Droits et la Culture Indigènes
au lieu de mettre en œuvre la proposition législative
de la Commission pour la Concorde et la Pacification (COCOPA)
de 1996 qui a déjà été accepté par
l'EZLN. Concernant l'imposante présence militaire
au Chiapas, Carrasco a affirmé que la question de
son repositionnement sera débattue lorsque les négociations
avec l'EZLN auront repris. De plus, il a mentionné qu'en
signe de bonne volonté du gouvernement, 37 présumés
Zapatistes ont été libérés. Des
représentants de la Conférence Épiscopale
Mexicaine (CEM) ont affirmé, lors de leur voyage au
Chiapas (du 11 au 13 août) et après avoir visité la
prison de Cerro Hueco, que plusieurs prisonniers sont apparemment
incarcérés injustement. Le sous-commandant
Marcos a affirmé qu'il ne répondra pas à la
Lettre Ouverte tant que le gouvernement continuera à «faire
des ajouts, des corrections et des post-scriptum».
Deux semaines plus tard, Jorge Madrazo
Cuellar, le Procureur Général de la République, a affirmé que «dans
ce pays il n'y a pas une vraie culture de la légalité» et
que l'impunité est une conséquence du manque
de respect pour la loi. Il a reconnu l'existence de groupes
armés au Chiapas (15 au total), en évitant
de faire mention du port d'armes, tout en expliquant que «c'est
très vraisemblable» que ce soit «en conséquence
des conflits régionaux, et pour défendre leurs
propriétés et leurs intérêts».
Visites internationales et commentaires
À
la fin de sa visite au Mexique (le 23 juillet), la Rapporteur
Spécial sur les Exécutions Extrajudiciaires
de l'Organisation des Nations unies (ONU), Asma Jahangir,
a exprimé sa préoccupation pour l'impunité des
responsables des massacres et des exécutions. De plus,
elle a exprimé son inquiétude que de tels actes
violents peuvent se répéter en dépit
du désir du gouvernement et des mesures prises pour
améliorer la situation. «L'injustice due à l'impunité sélective
est une question politique au Mexique [...] C'est le résultat
de politiques et d'un système juridique défaillant».
A première vue, on dirait que la politique change
en faveur de la justice, mais le système juridique
change à un rythme plus lent que la volonté politique
des fonctionnaires qui voudraient voir implanté l'État
de droit». Dès l'arrivée de la Rapporteur,
de fortes critiques ont été émises à son
encontre de la part du Ministère des Relations Étrangères,
du Coordinateur pour le Dialogue (Emilio Rabasa) et de la
Commission Nationale des Droits Humains, l'accusant de s'immiscer
dans les affaires internes du pays qui ne lui correspondent
pas, ce qui est une offense à la souveraineté mexicaine.
Lors de sa visite au Mexique, Joël Solomon, Directeur
d'Enquêtes pour Human Rights Watch, a partagé les
mêmes inquiétudes en ce qui concerne les progressions
partielles, mais non définitives, du système
juridique.
De plus, après avoir examiné le quatrième
rapport sur le Mexique en juillet, le Comité des droits
humains de l'ONU, a réitéré «son
inquiétude» et «sa profonde préoccupation» pour
les questions du Chiapas, de l'administration de la justice,
de la violence contre les femmes, de la militarisation croissante,
et de l'impunité. Le Comité a affirmé que
la délégation officielle n'avait pas convaincu
les examinateurs, et a ajouté que la bonne volonté et
l'abondante documentation offerte par le Mexique n'avaient
pas réussi à chasser les doutes ni à inculquer
plus de confiance. Le Comité a reconnu des améliorations,
telles que : l'autonomie accordée à la Commission
Nationale des Droits Humains (CNDH) ; la mise en place de
plusieurs programmes pour les femmes et les enfants ; le
programme pour les présumés disparus ; la libération
de quelques autochtones détenus ; la promulgation
de la Loi pour la Défense Publique Fédérale
et de la loi pour prévenir et sanctionner la torture,
ainsi que quelques réformes électorales.
Le gouvernement mexicain maintient un
discours tenace sur la souveraineté nationale lorsqu'il s'agit de thèmes
touchant les droits humains, ce qui s'est traduit par l'expulsion
de 144 étrangers du Chiapas en 1998, expulsions qui
continuent jusqu'à présent. Il a aussi continué à minimiser
l'importance des rapports présentés par les
organisations internationales des droits humains. Cependant,
il a été annoncé à la fin d'août
que le Mexique examinait le processus pour faire son entrée
au Conseil de l'Europe comme pays observateur. Le Mexique
deviendrait ainsi le quatrième pays possédant
ce statut spécial (les autres sont les États-Unis,
le Canada et le Japon).
Lors de sa visite au Chiapas, l'ambassadeur
de l'Union Européenne
au Mexique, Manuel Lopez Blanco, a pour sa part déclaré que
les violations des droits humains au Chiapas et dans d'autres
régions du pays n'empêcheraient pas l'exécution
de l'accord commercial avec le Mexique.
En réponse aux rapports présentés par
le gouvernement mexicain aux différents Comités
des Nations unies sur l'application des traités en
matière de droits civils, politiques, économiques,
sociaux et culturels (rapports présentés tous
les cinq ans), une coalition d'organisations non-gouvernementales
mexicaines a présenté un rapport alternatif.
(Voir le rapport alternatif : www.sjsocial.org/PRODH disponible à la
fin novembre. Voir le rapport gouvernemental à la
page web du Haut-Commissariat des Droits Humains de l'ONU
: www.unhcr.ch). Dans leur deuxième rapport, les ONG
font référence aux statistiques sur la pauvreté et
allèguent que la politique économique du gouvernement
a été un facteur déterminant en ce qui
concerne la détérioration de la qualité de
vie des mexicains.

Lettre Ouverte du Gouvernement
La nouvelle proposition de dialogue du gouvernement comprend
les six points suivant :
- Il propose que le sénat de la République
reprenne la question des changements constitutionnels sur
les droits et la culture indigènes, et qu'il reçoive
les propositions de l'EZLN, du gouvernement lui-même
et des autres groupes impliqués dans le conflit.
- Il demande à l'EZLN de proposer un calendrier pour
que le gouvernement applique par étape, ce qui a été accordé à San
Andrés quant au développement social des communautés
autochtones du Chiapas.
- Il demande aux corps judiciaires de libérer les
membres sympathisants de l'EZLN qui ne sont pas accusés
de meurtres ou de viols.
- Il s'engage à analyser les dénonciations
des organisations de droits humains sur le harcèlement
dont sont victimes les communautés autochtones
du Chiapas.
- Il consent à créer une nouvelle instance
de médiation civile et impartiale.
- Il s'engage à envoyer une commission gouvernementale
de négociation qui ait les capacités de prise
de décision.

Mise à jour du cas d'Acteal
Le 20 juillet, un juge de l'État a condamné 20
membres présumés du groupe responsable de l'assassinat
de 45 indigènes à Acteal en décembre
1997 à 35 ans de prison. Au cours de la deuxième
semaine de septembre, 25 autres personnes impliquées
dans le massacre ont été condamnées à entre
32 et 35 années de prison pour les infractions d'homicide,
coups et blessures et port illégal d'armes à feu
d'usage exclusif de l'armée. Parmi les condamnés
(tous autochtones) on retrouve l'ancien maire de Chenalhó.
Avec ces deux jugements, le nombre de
prisonniers condamnés
se monte à 55, et il a encore 47 impliqués
dans ce cas qui attendent leur procès. De plus, 90
mandats d'arrêt n'ont pas encore été exécutés,
dont 11 sont contre des anciens fonctionnaires du gouvernement étatique
et des policiers de l'État. Il reste à voir
jusqu'où ira l'enquête pour trouver les auteurs
intellectuels du massacre, qui pourrait mener à l'implication
de hauts-fonctionnaires gouvernementaux. Ceux qui ont été condamnés,
l'ont été à titre personnel et non comme
membres d'un groupe armé, ce qui aurait pu prolonger
leurs sentences.
 ::
ANALYSE
CHIAPAS: Des mots, des mots mais pas de
dialogue
Presque six ans
après le soulèvement armé zapatiste
et à quelques jours de la fin du millénaire,
la paix au Chiapas ne semble pas encore devoir poindre à l'horizon.
La nouvelle proposition fédérale pour renouer
le dialogue entre le gouvernement et l'EZLN (voir les
détails
dans l'article "Actualité" de ce même
bulletin) a été une surprise pour beaucoup,
particulièrement face à la stratégie
de ligne dure employée par le gouvernement pour mettre
fin au conflit du Chiapas au cours des trois dernières
années. Cette proposition représente une avancée
significative -bien qu'insuffisante- de la part du gouvernement.
Elle contribue pour le moins à réduire la tension
dans certaines communautés et à contrôler
quelque peu le gouvernement du Chiapas quant à sa
politique face au conflit. Reste à savoir si la proposition
prétend effectivement mettre fin à l'impasse
dans laquelle le dialogue se trouve, ou si elle constitue
une simple manœuvre pour gagner du temps dans le cadre
de la campagne pour les prochaines élections locales
et nationales. Il pourrait encore s'agir d'une politique
d'ouverture du gouvernement vis à vis de la Haute-Commissaire
des Nations unies, Mary Robinson, avant sa visite au Mexique
programmée du 23 au 27 novembre de cette année.
Cette initiative, largement diffusée dans les moyens
de communication, est une petite ouverture vers un processus
de dialogue bloqué depuis trois années désormais.
Une nouveauté concerne l'invitation faite à la
COCOPA de présenter sa proposition sur les Droits
et Culture Indigènes devant le Sénat. C'est
certes une avancée, mais cette invitation ne garantit
pas que les Accords de San Andrés, signés par
les deux parties en conflit, seront honorés. Reste également
en lice la proposition du président Zedillo qui s'est éloignée
en plusieurs points de ce qui avait été accordé à la
table du dialogue (pour une comparaison, consulter le
bulletin de SIPAZ, Vol.
III, nº2, avril 1998). Quelques sénateurs
de l'opposition ont exprimé leurs réserves
quant au fait de voter ou pas le texte de la COCOPA car,
si ce vote devait avoir lieu, la majorité du PRI empêcherait
son passage.
En proposant que le thème des modifications à la
Constitution sur les droits et la culture indigènes
soit discuté au sein du Sénat, le Ministère
de l'Intérieur ne paraît pas prendre en considération
la dynamique qui a permis d'aboutir aux Accords de San Andrés,
dynamique au cours de laquelle les réflexions et expériences
des académiciens, chercheurs et, surtout, des organisations
indigènes de tout le pays ont été rassemblées.
Dans cette mesure, tant que le gouvernement
fédéral
n'accepte pas la proposition de la COCOPA, comme l'EZLN l'a
fait en octobre 1996, il est difficile de prévoir
une résolution de la question avant la fin du sexennat
présidentiel. Le Président Zedillo devra changer
d'avis, en retirant sa propre proposition et accepter celle
de la COCOPA, ou bien, il faudra attendre jusqu'à ce
qu'il y ait un nouveau président et/ou une nouvelle
configuration du Sénat, dans laquelle le PRI n'aurait
plus la majorité. Face à l'imminence des élections,
passer le problème à l'administration suivante
avec une proposition de dialogue sans réponse pourrait être
une façon de marquer des points afin que le PRI reste
au pouvoir.
L'initiative fédérale propose aussi une nouvelle
instance de médiation civile pour faire face à l'auto-dissolution
de la CONAI (Commission Nationale de Médiation) en
juin 1998. Certes, cette instance devra être acceptée
par les parties et bénéficier de leur respect
réciproque. Il est important de mentionner ceci parce
qu'en son temps la CONAI, ses membres et son travail avaient été fortement
critiqués par le gouvernement.
Un autre aspect positif de la nouvelle
proposition est que le Secrétaire d'Etat (Ministre de l'Intérieur) lui-même a déclaré être prêt à diriger
la délégation du gouvernement si les négociations
reprennent.
Cette proposition, bien qu'elle soit non
négligeable
et qu'elle exprime une certaine volonté de réactiver
les négociations de paix, ne répond pas complètement
aux conditions présentées par les zapatistes
en septembre 1996 quand ils avaient quitté la table
des négociations. Nous pouvons penser qu'il sera difficile
que les Zapatistes répondent affirmativement à cette
proposition lorsque celle-ci laisse de côté -ou
traite seulement partiellement- quelques-unes des questions-clés
dans ce complexe et d'ores et déjà long processus
de négociation.
Une question à laquelle la proposition ne répond
pas et qui est au cœur du débat pour la reprise
du processus de dialogue est le retrait de l'armée
mexicaine du Chiapas. Des dizaines de milliers de soldats
se trouvent postés dans les communautés, affectant
négativement la vie psychologique et sociale de leurs
habitants, surtout celle des femmes et des enfants. Les solides
casernes qui ont été construites dans des endroits
stratégiques de tout l'Etat indiquent que l'armée
ne partira pas de si tôt et que, comme eux-mêmes
l'ont déjà exprimé : «ils sont
venus pour rester».
Les positions sur la question sont diamétralement
opposées. D'un côté, le Secrétaire
d'Etat (Ministre de l'Intérieur) a dit que la présence
de l'armée est un thème délicat qui
serait abordé une fois le dialogue rétabli.
Pour l'EZLN, cependant, le retrait de l'armée des
communautés indigènes est une de ses conditions
pour renouer le dialogue.
D'autre part, la libération de quelques prisonniers
sympathisants zapatistes a été interprétée
par beaucoup comme un stratagème de la part du gouvernement
de l'Etat, dans la mesure où ce dernier ne les a pas
tous libérés et que ceux qui l'ont été ne
se reconnaissent pas forcément comme des bases de
soutien de l'EZLN (La 'Voix de Cerro Hueco' comprend
encore plus de 100 prisonniers ; voyez le Dossier dans le
bulletin
SIPAZ IV, nº 2). De plus, beaucoup de ces prisonniers
se trouvent accusés précisément de «délits
de sang», c'est-à-dire qu'ils ne font pas partie
de la proposition du gouvernement.
Quelques groupes considèrent la proposition fédérale
comme un simulacre de volonté, puisque le gouvernement
de l'Etat continue d'appliquer une politique de force et
un discours belligérant contre l'EZLN. Il justifie
les incursions de la police de l'Etat, ainsi que celles de
l'armée, en affirmant que «la majorité» des
gens dans les communautés demandent la présence
des forces armées «par mesure de sécurité». Le Procureur Général de l'Etat a mentionné que «l'on
ne peut pas écouter la voix de quelques-uns seulement
et empêcher les gens de manger et progresser».
A l'échelle mondiale, les discours du gouvernement
par rapport aux avancées de la situation des droits
humains au Mexique continue à être remis en
question. S'il y a en effet eu des progrès, cela n'a
pas été suffisant pour permettre de dire que
la situation au Mexique est désormais différente.
Plusieurs comités des Nations unies, ainsi que le
Rapporteur Spécial sur les Exécutions Extrajudiciaires,
Asma Jahangir, ont exprimé leur «inquiétude» et
leur «profonde préoccupation» sur plusieurs
questions, parmi lesquelles le Chiapas et l'administration
de la justice. Il est certes possible que ces opinions ne
changent en rien la volonté de certains gouvernements
de faire du Mexique un partenaire commercial. Cependant,
ce pourrait être un facteur pour que, dans ces accords,
des clauses invitant le gouvernement mexicain à aller
plus loin dans son compromis pour la paix, la justice et
les droits humains soient établies.

:: DOSSIER
La Zone Nord : violence à fleur de peau
«Ma fille
est avec eux [ceux de «Développement, Paix et
Justice», DPJ]. Elle vient seulement me visiter en
cachette pour m'informer que je suis encore menacé dans
la communauté d'où je viens, que je ne peux
pas y retourner, ni passer par-là»
Déplacé de
la zone basse de Tila (1)
En 1994, le soulèvement zapatiste
a attiré l'attention publique nationale et internationale,
principalement sur les Gorges de la Forêt Lacandone,
centre névralgique de l'EZLN. Mais, depuis les élections
d'août 1994 et celles d'octobre 1995, la violence a également
fait son apparition dans la zone Nord qui est ainsi devenue
une des régions les plus conflictuelles de l'État
du Chiapas.
Aujourd'hui, la zone
Nord continue à être une région peu visitée,
mais reste le siège d'une extrême tension et
de fréquentes explosions de violence. La faible présence
d'observateurs nationaux et internationaux se doit à des
situations de violence à leur encontre par le passé.
L'absence d'intérêt pour cette région
peut s'expliquer par son isolement géographique, historique,
politique et culturel .(2). SIPAZ est
une des rares organisations qui visite la zone avec l'objectif
de rencontrer les différents acteurs et de mieux comprendre
le casse-tête que constitue cette région.
Les groupes en lutte
Les membres de l'opposition qui s'auto-définissent
comme faisant partie du PRD (Parti de la révolution
démocratique), de Abu Xú (Arrières Nocturnes),
catholiques du diocèse, bases de soutien de l'EZLN,
membres de la société civile, «L'organisation» ou «la
Société civile organisée». Ils
ont commencé à s'organiser à la fin
des années 70, avec l'église catholique ou
par eux-mêmes pour faire face aux désastres économiques
(comme celui de la crise du café lors de la chute
du prix mondial) et à la désillusion des dirigeants
communautaires face à l'abandon et aux contradictions
perçues dans la praxis gouvernementale(2).
Depuis le soulèvement de 1994, quelques communautés
ou une partie de celles-ci sont devenues (ou se sont publiquement
reconnues) comme étant des bases de soutien zapatistes.
La multiple identité de l'opposition
peut s'expliquer du fait même de son isolement. Tous
ces groupes luttent pour le changement, mais, dans un contexte
de guerre, ils ont choisi de ne pas déclarer publiquement
leur appartenance à une organisation spécifique,
pour éviter d'être victimes de plus grands harcèlements.
Les membres de DPJ quant à eux affirment que leur
organisation existe depuis 1994, «mais qu'elle s'appelait
alors PRI» (indiquant ainsi leur adhésion inconditionnelle
au parti officiel).
De nombreux témoignages
de membres de DPJ indiquent qu'ils ont commencé à s'organiser,
et notamment à prendre les armes, pour se défendre
des attaques des Zapatistes. Comme ils l'expliquent dans «Ni
droits, ni humains» (3): : «La
terreur et la mort ont commencé à apparaître
dans toute la région ch'ol. Personne ne pouvait travailler
tranquillement. Il fallait dédier tout son temps à l'activisme
politico-religieux. Tout était mouvement. Il fallait
marcher de nuit, se masquer le visage, attaquer, voler, enlever
et assassiner des dirigeants communautaires qui leur sont
opposés, surtout ceux qui faisaient parties des «Arrières
Nocturnes (Abu xu)», telle était la consigne».
A plusieurs occasions, on a voulu présenter
le conflit du Chiapas, spécialement celui de la zone
Nord, comme étant un conflit religieux. Cependant,
ce que nous avons pu constater, c'est l'utilisation des divisions
religieuses à des fins politiques. Dans quelques cas,
les discours des dirigeants religieux ont conduit à une
plus grande polarisation et une plus grande agressivité de
la part des militants de base.
La violence a éclaté en 1995 (attaques, blocages
de routes, assassinats et déplacements de la population), à mesure
qu'avançait la campagne pour les élections
locales. Il était possible que l'opposition politique
puisse gagner, ce qui aurait été une première
preuve de la perte de l'hégémonie du PRI dans
la zone (qui avait déjà commencé dans
les années 70).
The Role of the Government and of the Army
De nombreuses organisations
des droits humains affirment catégoriquement que DPJ
(enregistrée officiellement en mars 1995 comme «Développement,
Paix et Justice» est la façade d'une organisation
paramilitaire: ses relations avec le gouvernement du Chiapas
répondent à une stratégie de guerre
de basse intensité qui inclut l'appui de groupes de
gens de la région qui sèment la terreur pour
détruire les bases de l'opposition politique.
En mai 1999, le
député Gilberto Lopez y Rivas (du PRD) a
présenté une
requête auprès du Bureau du Procureur Général
de la République (PGR) concernant l'existence de groupes
paramilitaires au Chiapas, et y a annexé des documents
pour justifier ses déclarations. Le quatrième
rapport du groupe parlementaire du PRD (4) fait
mention de «l'application d'une tactique militaire
de contre guérilla connue comme celle du «marteau
et de l'enclume» ou l'armée et les institutions
policières adoptent la fonction de force de contention
(enclume) et permet aux groupes paramilitaires de jouer la
fonction de force de frappe (marteau) contre l'EZLN et ses
sympathisants». Il explique également que «le
but principal est d'éviter aux forces armées
le discrédit de mener une guerre inégale».
Pedro, un ancien dirigeant de DPJ dans
la communauté de Cruz Palenque affirme que «les
paramilitaires surveillent les chemins, perçoivent
les impôts, font des embuscades, volent les biens des
paysans de l'opposition, menacent et assassinent ceux qui
ne les appuient pas. [...] Il y a des paramilitaires qui
travaillent en tant que policiers et patrouillent les communautés
de la zone. Ils reçoivent un entraînement dans
les campements militaires de la région». (Jornada
05-04-99)
Des milliers de témoins confirment la présence
de l'armée mexicaine et de la police étatique
aux côtés de ceux de DPJ lors des expulsions
de 1996. Comme preuves, des personnes déplacées
ont gardé des cartouches de balles qui sont d'usage
exclusif de l'armée. Malgré ces éléments
de preuves, les autorités ont toujours nié l'existence
de groupes paramilitaires. Selon elles, il ne s'agit que «de
groupes de civils qui se sont armés afin d'assurer
leur propre sécurité».
Depuis les élections de 1995 (où ont été enregistrés
des fraudes et un abstentionnisme de 63 %), de nombreux dirigeants
de DPJ ont été élus comme fonctionnaires
publics, ce qui paraissait légitimer leur contrôle
sur la zone. Samuel Sanchez Sanchez, un des fondateurs de
DPJ, a été élu député et
de nombreux dirigeants sont parvenus à occuper un
poste à la mairie de Tila.
Deux jours avant les élections de 1997, le gouvernement
de l'État par le biais du Ministère de l'Intérieur,
a signé un accord de développement productif
avec DPJ pour un montant de 4 600 000 pesos (580 000.00 $US).
Cet accord a été signé par des représentants
du gouvernement de l'État et le commandant de la VII
région militaire, Mario Renan Castillo était
présent en tant que «témoin d'honneur».
Le quatrième rapport du PRD indique également
que : «Renan Castillo a été entraîné par
l'armée américaine à Fort Bragg, en
Caroline du Nord, qui est une des principales écoles
de contre-insurgence. C'est à cause de cela que l'on
peut penser qu'une de ces tâches principales sera d'appliquer
au Chiapas ce qu'il a appris en matière de guerre
de contre-insurgence».. (4)
Situation actuelle
Il est assez difficile d'obtenir des chiffres
exacts concernant la violence dans la zone Nord. Jusqu'à aujourd'hui,
le nombre d'assassinats oscille entre une dizaine et une
centaine. DPJ a été accusé d'avoir commis
la grande majorité des actions violentes. Quelques
membres des organisations d'opposition ont reconnu que parfois
ils ont répondu par des embuscades aux attaques, aux
blocages de routes, aux assassinats et aux déplacements
qu'ils avaient subis de la part du DPJ. Par contre, ceux
de DPJ se présentent en victimes : dans «Ni
droits, ni humains», ils affirment qu'entre 1995
et 1997, il y a eu 89 assassinats dont 66 étaient
des victimes appartenant à DPJ. (3)
Le témoignage d'un ancien opérateur
radio de DPJ reste accablant : «Ici, il n'y a ni paix,
ni justice, nous nous sommes tués entre frères,
tout cela par la faute du gouvernement et des dirigeants
de Paix et Justice qui profitent des gens pour leur propre
bénéfice. [...] Ils volent et tuent, personne
ne les en empêche ; personne ne les contrôle,
même pas leurs propres dirigeants». (Jornada,
05-04-99).
Depuis la mi-1997,
la violence a diminué substantiellement bien que certains
incidents aient été notés : assassinats, échanges
de coups de feu, blocages de routes, incursions de l'armée.
Une explication possible pourrait être que DPJ a réussi à prendre
le contrôle de la zone. La peur engendrée entre
1995 et 1996 a été suffisante pour empêcher
que les gens de l'opposition ou les observateurs puissent
voyager librement. Les rumeurs ont été un des
mécanismes les plus utilisés pour fomenter
la peur. Cela a pour conséquences une plus grande
polarisation des gens et dans plusieurs cas, empêche
de possibles rapprochements.
Interrogé sur les derniers assassinats
dans la zone, Diego Vazquez (membre fondateur de DPJ) répond
: «s'il
y a des personnes de DPJ impliquées, elles doivent être
punies car les choses ne doivent plus continuer comme avant.
Ici, à El Limar, ceux du PRD et de DPJ sèment
ensemble. Il y a un début de cohabitation, et nous
ne devons plus nous battre». (1) Ce
type de déclarations surprenantes génère
une certaine confusion.
La situation critique des déplacés
Le déplacement de plus de 4000
personnes, la majorité appartenant à l'opposition,
est une des conséquences les plus visibles et les
plus dramatiques de la violence qui a éclaté dans
la zone. (1) DPJ parle «d'auto-déplacement»,
arguant qu'ils agissent sciemment pour générer
plus de confusion.
De nombreux déplacés jugent
que les conditions pour leur retour n'existent pas. Ils vivent
sur des terres prêtées par d'autres paysans
qui leur suffisent à peine pour pouvoir manger. Un
déplacé de Ojo de Agua nous a dits : «Comme
il y a peu de terre, personne ne veut accueillir les déplacés.
Je crois que c'est parce qu'ils n'ont pas souffert, qu'ils
n'ont aucune idée... Ils ne comprennent pas la souffrance
d'un déplacé... Nous ne savons pas quoi faire,
ni où aller... Je ne fais que penser durant la nuit.
Et je me rends malade de penser autant». (1)
Ceux qui sont revenus
entre 1996 et 1997 bénéficient d'une relative
sécurité grâce à leurs récoltes.
Cependant, ils ne sont pas à l'abri de tous problèmes.
Ils subissent souvent des pressions de la part de ceux de
DPJ pour se joindre à leur organisation, abandonner
la religion catholique, les informer de leurs réunions
et ils doivent demander la permission pour sortir de la communauté. (5)
Un des déplacés qui est
revenu nous a dits : «Le 18 juillet 1996, l'armée,
la police et ceux de DPJ ont réalisé une opération.
Ils ont saccagé l'église, les images saintes,
les maisons et ont volé les animaux. Nous nous sommes
enfuis dans la montagne. Beaucoup de gens sont morts. Un
de mes jeunes fils est mort, il est tombé malade et
je n'ai pas pu l'emmener chez le médecin par peur
des embuscades de Paix et Justice. Le 10 octobre 1996, nous
avons pu rentrer chez nous. Mais il n'y a aucune garantie
pour notre vie». (1)
La revendication d'une indemnisation pour
la perte du bétail volé, des maisons détruites,
des récoltes perdues lors des attaques de DPJ et des
membres de la police au cours des dernières années
est un autre des points critiques présentés
au gouvernement du Chiapas par les délégués
des 18 communautés de l'opposition dans la zone basse
de Tila. Ils n'ont toujours pas reçu de réponse.
Le gouvernement dit qu'il ne peut pas payer puisqu'il n'est
pas responsable ; en échange, il leur offre des projets.
Mais, selon Manuel de Jolnixtié : «Nous ne voulons
pas de leurs projets, nous voulons la justice, nous voulons
qu'ils nous rendent ce qu'ils nous ont volé que ce
soit en argent ou en bétail. La police et l'armée
ne dépendent-elles pas du gouvernement ? » (1)
La réconciliation et ses défis
Malgré ce qui a été dit
auparavant, il existe quelques signes encourageants allant
dans le sens de la réconciliation. Dans la communauté de
Emiliano Zapata, dans la municipalité de Tila, malgré les
divisions (40 familles de l'organisation de DPJ et 25 de
l'opposition), les déplacements ont réussi
a être évités. Un de leurs représentants
nous a commentés que ceux de DPJ ont voulu les obliger à intégrer
leurs rangs. «Nous avons dialogué avec eux et
nous avons réussi à nous faire respecter. Nous
sommes arrivés à un accord avec eux depuis
le début pour que ceux des autres communautés
nous respectent également. L'accord fut très
difficile à obtenir, mais après trois mois
de discussions, nous sommes arrivés à un accord
avec le commissaire ejidal». (1)
Le 27 février 1999, 14 familles
de déplacés sont retournées à Cruz
Palenque où elles ont été accueillies
par 20 des 26 familles de DPJ qui étaient restées
dans la communauté. L'ancien dirigeant de DPJ s'est
repenti et est allé chercher le coordinateur régional
inter-institutionnel du gouvernement de l'État pour
entamer des négociations. Cependant, six familles
de cette communauté sont restées avec l'organisation
DPJ et les tensions persistent. La radio communautaire qui
est aux mains de DPJ et la mort d'un chien, tué par
le fils d'un dirigeant de DPJ sont quelques-uns des conflits
générés par ces tensions. Selon le fils,
il a agi en légitime défense, selon Pedro (son
oncle, propriétaire du chien et qui n'appartient plus à DPJ),
il a tenté de le tuer. Une réunion a été convoquée
avec le maire, le coordinateur régional inter-institutionnel
et les dirigeants de DPJ. Mais jusqu'à maintenant,
le problème n'a toujours pas été résolu
car la réunion n'a pas eu lieu du fait de l'absence
du maire et des représentants guvernementaux. Cet
exemple de désaccord peut sembler insignifiant mais
il est symptomatique de la polarisation, de la précarité,
et du caractère explosif de la situation dans cette
communauté et dans d'autres.
Un nouvel élément du casse-tête
: les divisions internes au sein de DPJ
De supposées divisions internes
au sein de l'organisation de DPJ ont commencé à apparaître
au cours des derniers mois. Les dissidents (sous la houlette
de Cristóbal Gómez Torres et Diego Vazquez)
accusent les anciens dirigeants Samuel Sanchez, Marcos Albino
et Raymundo Trujillo d'avoir volé plus de quatre millions
de pesos qu'avait reçus l'organisation pour des projets
productifs car, en plus de quatre ans, aucun résultat
tangible n'a été obtenu.
Face à ces divisions, le gouvernement
de l'État a montré une extrême diligence
pour convoquer des réunions de réconciliation
entre les deux factions. Les analystes expliquent une telle
sollicitude par la nécessité de préparer
le terrain électoral. Cependant, cette disponibilité face
au DPJ contraste avec l'absence gouvernementale dans les
réunions pour résoudre les conflits de Cruz
Palenque comme nous l'avons déjà mentionné.
Comme on a pu le voir antérieurement, le gouvernement
fédéral a lancé un appel à l'EZLN
pour revenir à la table de dialogue. Cette initiative
pourrait signifier un nouvel effort de distension dans la
zone Nord, puisqu'il s'agit d'une des conditions posées
par l'EZLN pour renouer le processus de paix.
Selon certains analystes, une autre explication à l'attitude
gouvernementale dans la zone est que le gouvernement a intérêt
a appuyer l'organisation de PJE pour éviter une nouvelle
dégradation de la situation ou la victoire de l'opposition
lors des prochaines élections.
Dans l'attente des élections
Certainement, la relative diminution de
la violence dans la zone Nord durant les deux dernières
années est un encouragement en comparaison des années
1995 et 1996. Cependant, elle est en grande partie une simple
conséquence de l'instauration de la terreur. Dans
le fond, la situation n'a pas changé : l'absence de
confiance, la polarisation et une violence toujours sur le
point d'éclater continuent à prévaloir.
Combattre la peur de l'autre prend du temps, tout comme rompre
des discours comme «nous ne leur parlons plus et nous
n'allons pas leur parler parce que nous ne savons pas ce
qu'il y a dans leur cœur.
Si cette situation ne change pas, la zone
Nord pourrait à nouveau
tenir de décor à un type de guerre qui, même
si elle n'est pas ouverte, risque de s'avérer interminable
et de générer plusieurs morts. Dans ce contexte,
l'information sur ce qui se passe dans la zone peut aider à rompre
le cercle de la peur et des préjugés.
Des deux côtés, nous entendons : «Nous
sommes fatigués, nous ne voulons plus de violence.
Nous voulons travailler, tout ce que nous voulons c'est travailler... ».
Mais, qui sont réellement les dirigeants et quels
intérêts servent-ils ? A qui servent ces divisions
?
Tristement, la conclusion de l'article
du bulletin de SIPAZ d'avril 1997 a conservé sa pertinence : «D'autre
part, le lancement de la campagne électorale et la
proximité des élections [...] représentent
une nouvelle menace et un nouveau défi pour les acteurs
politiques dans le Nord : réitérer les expériences
de 1994 et 1995 qui ont presque amené les ch´ols à une
guerre civile ou assumer la lutte politique légitime
et respectueuse des différentes options électorales.
Les gouvernements étatique et fédéral
auront une grande part de responsabilité au cours
des événements qui pourraient avoir lieu dans
la zone».
(1) Entrevues
de SIPAZ entre mars et août 1999, dans la zone basse
de Tila. (Return.)
(2) BULLETIN
DU SIPAZ,
Avril 1997, Vol. II, No. 2 (Return)
(3) Ni
droits, ni humains dans la zone Nord du Chiapas : l'autre
vérité de ce qui s'est passé dans la
zone ch'ol, en réponse a la version publiée
par le Centre de droits humains Fray Bartolomé de
las Casas - janvier 1994 à septembre 1997, Développement,
Paix et Justice, novembre 1997. (Return)
(4) Quatrième
rapport sur les forces armées mexicaines, Groupe parlementaire
du Parti de la révolution démocratique, LVII
Législature du Congrès fédéral,
30 avril 1999. Présenté par le député fédéral
Gilberto Lopez y Rivas en tant que président en poste
de la COCOPA auprès du Bureau du Procureur Général
de la République. (Return)
(5) )
Population déplacée du Chiapas, Onésimo
Hidalgo y Gustavo Castro, du Centre de recherches économiques
et politiques d'action communautaire (CIEPAC), juillet 1999. (Return)
Document consulté: Ni paix,
ni justice ou le rapport général et vaste au
sujet de la guerre civile que souffrent les ch'oles de la
zone Nord du Chiapas - décembre 1994 à octobre
1996, Centre de droits humains Fray Bartolomé de las
Casas, octobre 1996.

:: ACTIVITÉS DE L’ÉQUIPE
AU CHIAPAS
Julliet - Octobre 1999
Visites et contacts
- Plusieurs visites à la zone Nord (communautés
de la municipalité de Tila) pour parler avec des paysans,
des personnes déplacées qui sont revenues,
des représentants de plusieurs églises et organisations
sociales, des dirigeants de Développement, Paix
et Justice et des fonctionnaires locaux.
- Visites de communautés dans les Hauts-Plateaux
pour parler avec des représentants religieux.
- Réunions à Mexico avec des ONG et des
diplomates.
Information
- Préparation et diffusion d'une Action Urgente
sur l'incursion de l'armée à Amador Hernandez,
municipalité d'Ocosingo
- Réunions avec des dirigeants religieux (protestants
et catholiques) pour la préparation d'un document
sur la situation religieuse au Chiapas.
- Organisation du programme et accompagnement de deux
délégations
: Fellowship of Reconciliation et Witness for Peace/SOA
Watch/EPICA des EUA.
- Organisation du programme et accompagnement de
la Prix Nobel de la Paix d'Irlande, Mairead Maguire.
- Coorganisation du programme pour la Rencontre
Interreligieuse à San
Cristóbal et à Acteal.
- Organisation et animation d'un espace de réflexion
sur l'accompagnement et l'observation internationale
des droits humains avec des ONG mexicaines
et internationales.
Education
- Animation de trois ateliers sur le thème de la Résolution
Alternative de Conflits (RAC) à Yajalon pour des membres
d'organisations de la société civile.
- Animation d'un «atelier RAC» avec une coopérative
de cultivateurs de café de Simojovel.
- Coordination d'un atelier «Jouer pour la Paix» animé par
Richard Rutschman avec des ONG et des enfants de
San Cristóbal.

|