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:: BULLETIN DU SIPAZ: Vol. IV No 4 - Novembre 1999

-> Synthèse  
-> Actualité Chiapas: Les questions de paix
non résolues
-> Analyse Des mots, des mots mais pas
de dialogue
-> Dossier La zone Nord :
violence à fleur de peau...
-> Activités de l’équipe au Chiapas
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:: SYNTHÈSE

Le 7 septembre, le Secrétaire d'Etat (Ministre de l'Intérieur), Diodoro Carrasco, a présenté une nouvelle proposition pour la paix au Chiapas et a déclaré que, si les négociations devaient reprendre, il serait prêt à diriger la délégation du gouvernement. Cette initiative a aussi inclu la possibilité d'ouvrir un plus ample débat sur les droits et la culture indigène au sein du Sénat, la libération de quelques prisonniers zapatistes, l'investigation des accusations liées au harcèlement que les communautés indigènes du Chiapas subisse, ainsi que la création d'une nouvelle instance de médiation.

Cette nouvelle proposition contraste avec la stratégie de ligne dure suivie par le gouvernement au cours des trois dernières années. Elle semble indiquer une nouvelle volonté de dialoguer et une modification de la position du gouvernement. Elle pourrait contribuer à réduire la tension au Chiapas, principalement si elle permet de mettre un frein à la politique toujours plus belligérante du Gouverneur de l'État, Roberto Albores.

D'un autre côté, la proposition traite de manière inadéquate voire pas du tout certains thèmes cruciaux au coeur du conflit: la présence de l'armée dans les communautés indigènes, les groupes paramilitaires, et l'initiative de la COCOPA de 1996 (Commission pour la Concorde et la Pacification, formée par des membres du Congrès). Ces thèmes font partie des conditions fixées par l'EZLN pour reprendre le chemin des négociations. Pour cette raison, il est peu probable que les Zapatistes -qui n'ont pas encore répondu de manière substantielle - acceptent la proposition du gouvernement.

Seul le temps nous dira si cette proposition représente effectivement un nouvel effort visant à rompre le blocage du processus de paix. Tout aussi bien elle pourrait n'avoir été conçue que pour gagner un plus grand espace politique dans la course aux élections locales et présidentielles de l'an 2000; ou cette action pourrait avoir été pensée en prévision de la visite de la Haute-Commissaire de l'ONU, Mary Robinson, visite attendue en novembre.

Pendant ce temps, la pression militaire sur les Zapatistes et leurs sympathisants a augmenté dans certaines régions. Par exemple, en août, environ 500 soldats sont arrivés à Amador Hernández, une petite communauté qui se trouve à peu de kilomètres du commandandement zapatiste. Leur but déclaré était de protéger une équipe de topographes qui devaient réaliser des mesures pour construire une nouvelle route qui relirait cette communauté avec l'important campement militaire de San Quintín. La communauté s'est fortement opposée à la construction de cette route, et quelques étudiants de l'université de Mexico ainsi que d'autres observateurs civils se sont unis à leurs protestations. Les membres de la communauté craignent en effet les conséquences d'un accès plus facile ou d'une plus grande présence de l'armée. Le Gouvernement de l'Etat a réagi durement, en accusant les étudiants de manipuler les autochtones et en menaçant de les faire arrêter. Le Gouverneur du Chiapas, Roberto Albores, a déclaré qu'il n'autorisera plus la présence d'observateurs nationaux ou internationaux. Un peu plus tard, par le biais d'une déclaration officielle à la presse, il a ajouté: «nous autres les chiapanèques nous commençons à perdre patience... Nous en avons assez du chantage et de la manipulation... [des]... agitateurs [qui] profitent des conflits politiques et qui polluent notre Etat».

À la fin du mois d'août, suite à la pression nationale et internationale, le Secrétaire d'Etat (Ministre de l'Intérieur) a annoncé la suspension de la construction de la route. Cependant, au moment de la publication de ce bulletin, l'armée était toujours présente à Amador Hernandez contre la volonté de la population locale.

En juillet, le Congrès de l'Etat dominé par le parti au pouvoir, le PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel), a approuvé une loi sur les droits et la culture indigènes. Le Gouverneur Albores a affirmé: «Si c'est vraiment la paix ce que nous voulons au Chiapas, alors il n'y a plus de prétextes, car avec cette loi, la liberté et le respect à l'autonomie ethnique sont garantis, et donc le différend entre l'EZLN et le gouvernement fédéral n'a plus de raisons d'être». Les partis d'opposition ont vivement critiqué cette loi lui reprochant de ne pas contribuer au processus de paix car cette initiative est unilatérale et qu'elle ne respecte pas les Accords de San Andrés, signés en 1996 mais non appliqués par le gouvernement fédéral.

Pour ce qui a trait au procès d'Acteal (où, le 22 décembre 1997, 45 personnes ont été tuées), après les comparutions de juillet et septembre, un total de 45 personnes, toutes autochtones, ont été condamnées à entre 32 et 35 années de prison pour leur implication dans le massacre. Parmi les condamnés se trouve l'ex-maire de Chenalhó. Un total de 55 personnes ont déjà été condamnées à des peines de prison. D'autres cas restent en suspens. Bien que cela représente une action judiciaire énergique peu commune de la part du gouvernement, certains critiquent le fait qu'aucune enquête ne se soit donnée à un plus haut niveau, à l'encontre des fonctionnaires du gouvernement qui pourraient avoir une certaine responsabilité ou complicité dans le massacre.

A l'échelle internationale, les critiques sur la situation des droits humains au Mexique ont été constantes, au point de se transformer en un fort courant d'opinion. À la fin de sa visite au Mexique en juillet passé, la Rapporteur Spéciale sur les Exécutions Extrajudiciaires de l'ONU, Asma Jahangir, a exprimé son inquiétude quant à l'impunité existant dans les cas de massacres et autres exécutions politiques, et la probabilité qu'en conséquence ils pourraient continuer à se répéter. Elle a affirmé: «L'injustice dûe à l'impunité sélective est un problème politique au Mexique [...] C'est le résultat de politiques et un système judiciaire défaillant».

Le Procureur général de la République, Jorge Madrazo, a reconnu le problème en septembre quand il a observé: «Dans ce pays une vraie culture de la légalité n'existe pas», il a ajouté que l'impunité est un reflet du manque de respect à la loi.

Le Comité de droits humains de l'ONU et Human Rights Watch ont aussi exprimé certaines critiques. Une coalition d'organisations non-gouvernementales a également présenté des rapports alternatifs à ceux présentés au niveau officiel pour rendre compte de l'exécution des traités de droits civils et politiques ainsi que ceux ayant trait aux droits économiques, sociaux et culturels, présentés par le Gouvernement mexicain auprès des Comités respectifs des Nations-Unies. Dans le deuxième rapport, les ONGs mentionnent certaines statistiques sur la pauvreté, argumentant que le marché libre et les politique économiques du gouvernement ont été un facteur décisif dans la détérioration de la qualité de vie au Mexique.

D'un autre côté, pendant sa visite au Chiapas à la fin septembre, l'ambassadeur de l'Union européenne au Mexique, Manuel López, a affirmé que les violations de droits humains au Chiapas ou dans autres parties du Mexique n'empêcheront pas la réalisation de l'accord économique entre l'Union européenne et le Mexique.

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:: ACTUALITÉ

Chiapas: Les questions de paix non résolues

Incursion dans la jungle

En août, à trois mois de la dernière incursion militaire dans la Forêt Lacandone (voir le bulletin du SIPAZ, Vol IV, nº3), l'armée mexicaine a une fois encore augmenté sa présence dans cette région. Les événements les plus importants ont eu lieu à Amador Hernandez, municipalité d'Ocosingo. Approximativement 500 soldats ont fait irruption (par voie terrestre ou en parachutes) dans cette communauté située à 19 kilomètres de La Realidad où se trouve apparemment le commandement Zapatiste. Au même moment, des étudiants et des professeurs de l'École d'Anthropologie et d'Histoire et de l'Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM) participaient à une rencontre nationale pour la défense du patrimoine culturel, rencontre convoquée par l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) à La Realidad. En apprenant la nouvelle de l'incursion, quelques-uns se sont rendus sur place pour observer la situation.

Les autorités du Chiapas ont réagi en menaçant d'émettre des mandats d'arrêt à l'encontre des étudiants pour les délits d'incitation à la violence, obstruction de routes, enlèvement et attaque contre l'armée. De plus, ils ont lancé une impressionnante campagne de discrédit et de diffamation, en utilisant un vaste secteur des médias tant régionaux que nationaux, les accusant entre autres de «manipuler» les autochtones. Le gouverneur du Chiapas, Roberto Albores Guillen, a prévenu qu'il n'acceptera plus la présence d'observateurs nationaux ou internationaux, et que les actes de «déstabilisation» ne seront plus permis. Dans un communiqué du gouvernement du Chiapas, il a ajouté que «nous autres les chiapanèques nous commençons à perdre patience... Nous en avons assez du chantage et de la manipulation... [des] agitateurs [qui] profitent des conflits politiques et qui polluent l'État».

Les sources gouvernementales et militaires ont justifié la présence militaire à Amador Hernandez en expliquant qu'elle vise à protéger les topographes qui prendront les mesures pour la construction de la route entre San Quintín (où se trouve une des bases militaires les plus importantes de tout le Chiapas) et Amador Hernandez. Cependant, les membres de cette communauté ne veulent pas de ce chemin car il facilitera l'entrée de l'armée dans la région.

En même temps, quelques 6000 soldats sont arrivés pour réaliser un programme de reboisement dans la Forêt Lacandone, ce qui leur à permis d'établir de nouveaux campements, contrôles et autres constructions militaires dans la zone de conflit.

Même si les autorités ont dû nuancer leurs déclarations à cause des pressions nationales et internationales et en dépit des tentatives de pacification du Secrétaire d'État (ou Ministre de l'Intérieur), les forces militaires étaient toujours en place dans cette communauté au moment de la mise sous presse de ce bulletin.

Le 26 août, il y a eu un affrontement entre l'armée et les bases de soutien zapatistes dans la communauté de San José La Esperanza (municipalité de Las Margaritas). Trois autochtones ont été détenus arbitrairement. Le Ministère de la Défense Nationale a déclaré que sept membres de l'armée ont été blessés à coups de machettes.

A Morelia (municipalité d'Altamirano) et à Roberto Barrios (municipalité de Palenque) - deux Aguascalientes zapatistes - la tension a augmenté jusqu'à atteindre un niveau inquiétant. A Morelia, aujourd'hui une communauté divisée, les membres du PRI ont capturé six sympathisants zapatistes, détruits plusieurs maisons et délogés le Campement Civil pour la Paix.

En juillet, le Congrès du Chiapas, dominé par le PRI, a approuvé la création de sept nouvelles municipalités et l'initiative de loi étatique sur les Droits et la Culture Indigènes. Le gouverneur a affirmé, «Si c'est vraiment la paix ce que nous voulons au Chiapas, alors il n'y a plus de prétextes, car avec cette loi, la liberté et le respect de l'autonomie ethnique sont garantis, et donc le différend entre l'EZLN et le gouvernement fédéral n'a plus de raison d'être». L'opposition politique et de nombreuses organisations sociales locales ont fortement critiqué ces initiatives, alléguant que tant pour son contenu que pour son caractère unilatéral, elles n'aident en rien à faciliter le processus de paix.

La nouvelle proposition de paix

Le 7 septembre, le gouvernement fédéral a rendu publique une nouvelle proposition de dialogue pour le Chiapas. Le Secrétaire d'État (Ministre de l'Intérieur), Diodoro Carrasco Altamirano a énoncé qu'il serait prêt à conduire une commission de négociation en tout temps et en n'importe quel endroit (pour connaître le contenu de cette Lettre Ouverte, voyez le texte ci-joint). La proposition a été bien reçue par beaucoup de secteurs politiques et sociaux, quelques-uns ont même suggéré des améliorations. Parmi les points en discussion, on retrouve: le repositionnement de l'armée, la question des présumés groupes paramilitaires (enquête et punition), et le fait que le gouvernement continue à promouvoir son initiative de loi sur les Droits et la Culture Indigènes au lieu de mettre en œuvre la proposition législative de la Commission pour la Concorde et la Pacification (COCOPA) de 1996 qui a déjà été accepté par l'EZLN. Concernant l'imposante présence militaire au Chiapas, Carrasco a affirmé que la question de son repositionnement sera débattue lorsque les négociations avec l'EZLN auront repris. De plus, il a mentionné qu'en signe de bonne volonté du gouvernement, 37 présumés Zapatistes ont été libérés. Des représentants de la Conférence Épiscopale Mexicaine (CEM) ont affirmé, lors de leur voyage au Chiapas (du 11 au 13 août) et après avoir visité la prison de Cerro Hueco, que plusieurs prisonniers sont apparemment incarcérés injustement. Le sous-commandant Marcos a affirmé qu'il ne répondra pas à la Lettre Ouverte tant que le gouvernement continuera à «faire des ajouts, des corrections et des post-scriptum».

Deux semaines plus tard, Jorge Madrazo Cuellar, le Procureur Général de la République, a affirmé que «dans ce pays il n'y a pas une vraie culture de la légalité» et que l'impunité est une conséquence du manque de respect pour la loi. Il a reconnu l'existence de groupes armés au Chiapas (15 au total), en évitant de faire mention du port d'armes, tout en expliquant que «c'est très vraisemblable» que ce soit «en conséquence des conflits régionaux, et pour défendre leurs propriétés et leurs intérêts».

Visites internationales et commentaires

À la fin de sa visite au Mexique (le 23 juillet), la Rapporteur Spécial sur les Exécutions Extrajudiciaires de l'Organisation des Nations unies (ONU), Asma Jahangir, a exprimé sa préoccupation pour l'impunité des responsables des massacres et des exécutions. De plus, elle a exprimé son inquiétude que de tels actes violents peuvent se répéter en dépit du désir du gouvernement et des mesures prises pour améliorer la situation. «L'injustice due à l'impunité sélective est une question politique au Mexique [...] C'est le résultat de politiques et d'un système juridique défaillant». A première vue, on dirait que la politique change en faveur de la justice, mais le système juridique change à un rythme plus lent que la volonté politique des fonctionnaires qui voudraient voir implanté l'État de droit». Dès l'arrivée de la Rapporteur, de fortes critiques ont été émises à son encontre de la part du Ministère des Relations Étrangères, du Coordinateur pour le Dialogue (Emilio Rabasa) et de la Commission Nationale des Droits Humains, l'accusant de s'immiscer dans les affaires internes du pays qui ne lui correspondent pas, ce qui est une offense à la souveraineté mexicaine. Lors de sa visite au Mexique, Joël Solomon, Directeur d'Enquêtes pour Human Rights Watch, a partagé les mêmes inquiétudes en ce qui concerne les progressions partielles, mais non définitives, du système juridique.

De plus, après avoir examiné le quatrième rapport sur le Mexique en juillet, le Comité des droits humains de l'ONU, a réitéré «son inquiétude» et «sa profonde préoccupation» pour les questions du Chiapas, de l'administration de la justice, de la violence contre les femmes, de la militarisation croissante, et de l'impunité. Le Comité a affirmé que la délégation officielle n'avait pas convaincu les examinateurs, et a ajouté que la bonne volonté et l'abondante documentation offerte par le Mexique n'avaient pas réussi à chasser les doutes ni à inculquer plus de confiance. Le Comité a reconnu des améliorations, telles que : l'autonomie accordée à la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH) ; la mise en place de plusieurs programmes pour les femmes et les enfants ; le programme pour les présumés disparus ; la libération de quelques autochtones détenus ; la promulgation de la Loi pour la Défense Publique Fédérale et de la loi pour prévenir et sanctionner la torture, ainsi que quelques réformes électorales.

Le gouvernement mexicain maintient un discours tenace sur la souveraineté nationale lorsqu'il s'agit de thèmes touchant les droits humains, ce qui s'est traduit par l'expulsion de 144 étrangers du Chiapas en 1998, expulsions qui continuent jusqu'à présent. Il a aussi continué à minimiser l'importance des rapports présentés par les organisations internationales des droits humains. Cependant, il a été annoncé à la fin d'août que le Mexique examinait le processus pour faire son entrée au Conseil de l'Europe comme pays observateur. Le Mexique deviendrait ainsi le quatrième pays possédant ce statut spécial (les autres sont les États-Unis, le Canada et le Japon).

Lors de sa visite au Chiapas, l'ambassadeur de l'Union Européenne au Mexique, Manuel Lopez Blanco, a pour sa part déclaré que les violations des droits humains au Chiapas et dans d'autres régions du pays n'empêcheraient pas l'exécution de l'accord commercial avec le Mexique.

En réponse aux rapports présentés par le gouvernement mexicain aux différents Comités des Nations unies sur l'application des traités en matière de droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels (rapports présentés tous les cinq ans), une coalition d'organisations non-gouvernementales mexicaines a présenté un rapport alternatif. (Voir le rapport alternatif : www.sjsocial.org/PRODH disponible à la fin novembre. Voir le rapport gouvernemental à la page web du Haut-Commissariat des Droits Humains de l'ONU : www.unhcr.ch). Dans leur deuxième rapport, les ONG font référence aux statistiques sur la pauvreté et allèguent que la politique économique du gouvernement a été un facteur déterminant en ce qui concerne la détérioration de la qualité de vie des mexicains.

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Lettre Ouverte du Gouvernement

La nouvelle proposition de dialogue du gouvernement comprend les six points suivant :

  1. Il propose que le sénat de la République reprenne la question des changements constitutionnels sur les droits et la culture indigènes, et qu'il reçoive les propositions de l'EZLN, du gouvernement lui-même et des autres groupes impliqués dans le conflit.
  2. Il demande à l'EZLN de proposer un calendrier pour que le gouvernement applique par étape, ce qui a été accordé à San Andrés quant au développement social des communautés autochtones du Chiapas.
  3. Il demande aux corps judiciaires de libérer les membres sympathisants de l'EZLN qui ne sont pas accusés de meurtres ou de viols.
  4. Il s'engage à analyser les dénonciations des organisations de droits humains sur le harcèlement dont sont victimes les communautés autochtones du Chiapas.
  5. Il consent à créer une nouvelle instance de médiation civile et impartiale.
  6. Il s'engage à envoyer une commission gouvernementale de négociation qui ait les capacités de prise de décision.

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Mise à jour du cas d'Acteal

Le 20 juillet, un juge de l'État a condamné 20 membres présumés du groupe responsable de l'assassinat de 45 indigènes à Acteal en décembre 1997 à 35 ans de prison. Au cours de la deuxième semaine de septembre, 25 autres personnes impliquées dans le massacre ont été condamnées à entre 32 et 35 années de prison pour les infractions d'homicide, coups et blessures et port illégal d'armes à feu d'usage exclusif de l'armée. Parmi les condamnés (tous autochtones) on retrouve l'ancien maire de Chenalhó.

Avec ces deux jugements, le nombre de prisonniers condamnés se monte à 55, et il a encore 47 impliqués dans ce cas qui attendent leur procès. De plus, 90 mandats d'arrêt n'ont pas encore été exécutés, dont 11 sont contre des anciens fonctionnaires du gouvernement étatique et des policiers de l'État. Il reste à voir jusqu'où ira l'enquête pour trouver les auteurs intellectuels du massacre, qui pourrait mener à l'implication de hauts-fonctionnaires gouvernementaux. Ceux qui ont été condamnés, l'ont été à titre personnel et non comme membres d'un groupe armé, ce qui aurait pu prolonger leurs sentences.

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:: ANALYSE

CHIAPAS: Des mots, des mots mais pas de dialogue

Presque six ans après le soulèvement armé zapatiste et à quelques jours de la fin du millénaire, la paix au Chiapas ne semble pas encore devoir poindre à l'horizon. La nouvelle proposition fédérale pour renouer le dialogue entre le gouvernement et l'EZLN (voir les détails dans l'article "Actualité" de ce même bulletin) a été une surprise pour beaucoup, particulièrement face à la stratégie de ligne dure employée par le gouvernement pour mettre fin au conflit du Chiapas au cours des trois dernières années. Cette proposition représente une avancée significative -bien qu'insuffisante- de la part du gouvernement. Elle contribue pour le moins à réduire la tension dans certaines communautés et à contrôler quelque peu le gouvernement du Chiapas quant à sa politique face au conflit. Reste à savoir si la proposition prétend effectivement mettre fin à l'impasse dans laquelle le dialogue se trouve, ou si elle constitue une simple manœuvre pour gagner du temps dans le cadre de la campagne pour les prochaines élections locales et nationales. Il pourrait encore s'agir d'une politique d'ouverture du gouvernement vis à vis de la Haute-Commissaire des Nations unies, Mary Robinson, avant sa visite au Mexique programmée du 23 au 27 novembre de cette année.

Cette initiative, largement diffusée dans les moyens de communication, est une petite ouverture vers un processus de dialogue bloqué depuis trois années désormais. Une nouveauté concerne l'invitation faite à la COCOPA de présenter sa proposition sur les Droits et Culture Indigènes devant le Sénat. C'est certes une avancée, mais cette invitation ne garantit pas que les Accords de San Andrés, signés par les deux parties en conflit, seront honorés. Reste également en lice la proposition du président Zedillo qui s'est éloignée en plusieurs points de ce qui avait été accordé à la table du dialogue (pour une comparaison, consulter le bulletin de SIPAZ, Vol. III, nº2, avril 1998). Quelques sénateurs de l'opposition ont exprimé leurs réserves quant au fait de voter ou pas le texte de la COCOPA car, si ce vote devait avoir lieu, la majorité du PRI empêcherait son passage.

En proposant que le thème des modifications à la Constitution sur les droits et la culture indigènes soit discuté au sein du Sénat, le Ministère de l'Intérieur ne paraît pas prendre en considération la dynamique qui a permis d'aboutir aux Accords de San Andrés, dynamique au cours de laquelle les réflexions et expériences des académiciens, chercheurs et, surtout, des organisations indigènes de tout le pays ont été rassemblées.

Dans cette mesure, tant que le gouvernement fédéral n'accepte pas la proposition de la COCOPA, comme l'EZLN l'a fait en octobre 1996, il est difficile de prévoir une résolution de la question avant la fin du sexennat présidentiel. Le Président Zedillo devra changer d'avis, en retirant sa propre proposition et accepter celle de la COCOPA, ou bien, il faudra attendre jusqu'à ce qu'il y ait un nouveau président et/ou une nouvelle configuration du Sénat, dans laquelle le PRI n'aurait plus la majorité. Face à l'imminence des élections, passer le problème à l'administration suivante avec une proposition de dialogue sans réponse pourrait être une façon de marquer des points afin que le PRI reste au pouvoir.

L'initiative fédérale propose aussi une nouvelle instance de médiation civile pour faire face à l'auto-dissolution de la CONAI (Commission Nationale de Médiation) en juin 1998. Certes, cette instance devra être acceptée par les parties et bénéficier de leur respect réciproque. Il est important de mentionner ceci parce qu'en son temps la CONAI, ses membres et son travail avaient été fortement critiqués par le gouvernement.

Un autre aspect positif de la nouvelle proposition est que le Secrétaire d'Etat (Ministre de l'Intérieur) lui-même a déclaré être prêt à diriger la délégation du gouvernement si les négociations reprennent.

Cette proposition, bien qu'elle soit non négligeable et qu'elle exprime une certaine volonté de réactiver les négociations de paix, ne répond pas complètement aux conditions présentées par les zapatistes en septembre 1996 quand ils avaient quitté la table des négociations. Nous pouvons penser qu'il sera difficile que les Zapatistes répondent affirmativement à cette proposition lorsque celle-ci laisse de côté -ou traite seulement partiellement- quelques-unes des questions-clés dans ce complexe et d'ores et déjà long processus de négociation.

Une question à laquelle la proposition ne répond pas et qui est au cœur du débat pour la reprise du processus de dialogue est le retrait de l'armée mexicaine du Chiapas. Des dizaines de milliers de soldats se trouvent postés dans les communautés, affectant négativement la vie psychologique et sociale de leurs habitants, surtout celle des femmes et des enfants. Les solides casernes qui ont été construites dans des endroits stratégiques de tout l'Etat indiquent que l'armée ne partira pas de si tôt et que, comme eux-mêmes l'ont déjà exprimé : «ils sont venus pour rester».

Les positions sur la question sont diamétralement opposées. D'un côté, le Secrétaire d'Etat (Ministre de l'Intérieur) a dit que la présence de l'armée est un thème délicat qui serait abordé une fois le dialogue rétabli. Pour l'EZLN, cependant, le retrait de l'armée des communautés indigènes est une de ses conditions pour renouer le dialogue.

D'autre part, la libération de quelques prisonniers sympathisants zapatistes a été interprétée par beaucoup comme un stratagème de la part du gouvernement de l'Etat, dans la mesure où ce dernier ne les a pas tous libérés et que ceux qui l'ont été ne se reconnaissent pas forcément comme des bases de soutien de l'EZLN (La 'Voix de Cerro Hueco' comprend encore plus de 100 prisonniers ; voyez le Dossier dans le bulletin SIPAZ IV, nº 2). De plus, beaucoup de ces prisonniers se trouvent accusés précisément de «délits de sang», c'est-à-dire qu'ils ne font pas partie de la proposition du gouvernement.

Quelques groupes considèrent la proposition fédérale comme un simulacre de volonté, puisque le gouvernement de l'Etat continue d'appliquer une politique de force et un discours belligérant contre l'EZLN. Il justifie les incursions de la police de l'Etat, ainsi que celles de l'armée, en affirmant que «la majorité» des gens dans les communautés demandent la présence des forces armées «par mesure de sécurité». Le Procureur Général de l'Etat a mentionné que «l'on ne peut pas écouter la voix de quelques-uns seulement et empêcher les gens de manger et progresser».

A l'échelle mondiale, les discours du gouvernement par rapport aux avancées de la situation des droits humains au Mexique continue à être remis en question. S'il y a en effet eu des progrès, cela n'a pas été suffisant pour permettre de dire que la situation au Mexique est désormais différente. Plusieurs comités des Nations unies, ainsi que le Rapporteur Spécial sur les Exécutions Extrajudiciaires, Asma Jahangir, ont exprimé leur «inquiétude» et leur «profonde préoccupation» sur plusieurs questions, parmi lesquelles le Chiapas et l'administration de la justice. Il est certes possible que ces opinions ne changent en rien la volonté de certains gouvernements de faire du Mexique un partenaire commercial. Cependant, ce pourrait être un facteur pour que, dans ces accords, des clauses invitant le gouvernement mexicain à aller plus loin dans son compromis pour la paix, la justice et les droits humains soient établies.

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:: DOSSIER

La Zone Nord : violence à fleur de peau

«Ma fille est avec eux [ceux de «Développement, Paix et Justice», DPJ]. Elle vient seulement me visiter en cachette pour m'informer que je suis encore menacé dans la communauté d'où je viens, que je ne peux pas y retourner, ni passer par-là»
Déplacé de la zone basse de Tila (1)

En 1994, le soulèvement zapatiste a attiré l'attention publique nationale et internationale, principalement sur les Gorges de la Forêt Lacandone, centre névralgique de l'EZLN. Mais, depuis les élections d'août 1994 et celles d'octobre 1995, la violence a également fait son apparition dans la zone Nord qui est ainsi devenue une des régions les plus conflictuelles de l'État du Chiapas.

Aujourd'hui, la zone Nord continue à être une région peu visitée, mais reste le siège d'une extrême tension et de fréquentes explosions de violence. La faible présence d'observateurs nationaux et internationaux se doit à des situations de violence à leur encontre par le passé. L'absence d'intérêt pour cette région peut s'expliquer par son isolement géographique, historique, politique et culturel .(2). SIPAZ est une des rares organisations qui visite la zone avec l'objectif de rencontrer les différents acteurs et de mieux comprendre le casse-tête que constitue cette région.

Les groupes en lutte

Les membres de l'opposition qui s'auto-définissent comme faisant partie du PRD (Parti de la révolution démocratique), de Abu Xú (Arrières Nocturnes), catholiques du diocèse, bases de soutien de l'EZLN, membres de la société civile, «L'organisation» ou «la Société civile organisée». Ils ont commencé à s'organiser à la fin des années 70, avec l'église catholique ou par eux-mêmes pour faire face aux désastres économiques (comme celui de la crise du café lors de la chute du prix mondial) et à la désillusion des dirigeants communautaires face à l'abandon et aux contradictions perçues dans la praxis gouvernementale(2). Depuis le soulèvement de 1994, quelques communautés ou une partie de celles-ci sont devenues (ou se sont publiquement reconnues) comme étant des bases de soutien zapatistes.

La multiple identité de l'opposition peut s'expliquer du fait même de son isolement. Tous ces groupes luttent pour le changement, mais, dans un contexte de guerre, ils ont choisi de ne pas déclarer publiquement leur appartenance à une organisation spécifique, pour éviter d'être victimes de plus grands harcèlements. Les membres de DPJ quant à eux affirment que leur organisation existe depuis 1994, «mais qu'elle s'appelait alors PRI» (indiquant ainsi leur adhésion inconditionnelle au parti officiel).

De nombreux témoignages de membres de DPJ indiquent qu'ils ont commencé à s'organiser, et notamment à prendre les armes, pour se défendre des attaques des Zapatistes. Comme ils l'expliquent dans «Ni droits, ni humains» (3): : «La terreur et la mort ont commencé à apparaître dans toute la région ch'ol. Personne ne pouvait travailler tranquillement. Il fallait dédier tout son temps à l'activisme politico-religieux. Tout était mouvement. Il fallait marcher de nuit, se masquer le visage, attaquer, voler, enlever et assassiner des dirigeants communautaires qui leur sont opposés, surtout ceux qui faisaient parties des «Arrières Nocturnes (Abu xu)», telle était la consigne».

A plusieurs occasions, on a voulu présenter le conflit du Chiapas, spécialement celui de la zone Nord, comme étant un conflit religieux. Cependant, ce que nous avons pu constater, c'est l'utilisation des divisions religieuses à des fins politiques. Dans quelques cas, les discours des dirigeants religieux ont conduit à une plus grande polarisation et une plus grande agressivité de la part des militants de base.

La violence a éclaté en 1995 (attaques, blocages de routes, assassinats et déplacements de la population), à mesure qu'avançait la campagne pour les élections locales. Il était possible que l'opposition politique puisse gagner, ce qui aurait été une première preuve de la perte de l'hégémonie du PRI dans la zone (qui avait déjà commencé dans les années 70).

The Role of the Government and of the Army

De nombreuses organisations des droits humains affirment catégoriquement que DPJ (enregistrée officiellement en mars 1995 comme «Développement, Paix et Justice» est la façade d'une organisation paramilitaire: ses relations avec le gouvernement du Chiapas répondent à une stratégie de guerre de basse intensité qui inclut l'appui de groupes de gens de la région qui sèment la terreur pour détruire les bases de l'opposition politique.

En mai 1999, le député Gilberto Lopez y Rivas (du PRD) a présenté une requête auprès du Bureau du Procureur Général de la République (PGR) concernant l'existence de groupes paramilitaires au Chiapas, et y a annexé des documents pour justifier ses déclarations. Le quatrième rapport du groupe parlementaire du PRD (4) fait mention de «l'application d'une tactique militaire de contre guérilla connue comme celle du «marteau et de l'enclume» ou l'armée et les institutions policières adoptent la fonction de force de contention (enclume) et permet aux groupes paramilitaires de jouer la fonction de force de frappe (marteau) contre l'EZLN et ses sympathisants». Il explique également que «le but principal est d'éviter aux forces armées le discrédit de mener une guerre inégale».

Pedro, un ancien dirigeant de DPJ dans la communauté de Cruz Palenque affirme que «les paramilitaires surveillent les chemins, perçoivent les impôts, font des embuscades, volent les biens des paysans de l'opposition, menacent et assassinent ceux qui ne les appuient pas. [...] Il y a des paramilitaires qui travaillent en tant que policiers et patrouillent les communautés de la zone. Ils reçoivent un entraînement dans les campements militaires de la région». (Jornada 05-04-99)

Des milliers de témoins confirment la présence de l'armée mexicaine et de la police étatique aux côtés de ceux de DPJ lors des expulsions de 1996. Comme preuves, des personnes déplacées ont gardé des cartouches de balles qui sont d'usage exclusif de l'armée. Malgré ces éléments de preuves, les autorités ont toujours nié l'existence de groupes paramilitaires. Selon elles, il ne s'agit que «de groupes de civils qui se sont armés afin d'assurer leur propre sécurité».

Depuis les élections de 1995 (où ont été enregistrés des fraudes et un abstentionnisme de 63 %), de nombreux dirigeants de DPJ ont été élus comme fonctionnaires publics, ce qui paraissait légitimer leur contrôle sur la zone. Samuel Sanchez Sanchez, un des fondateurs de DPJ, a été élu député et de nombreux dirigeants sont parvenus à occuper un poste à la mairie de Tila.

Deux jours avant les élections de 1997, le gouvernement de l'État par le biais du Ministère de l'Intérieur, a signé un accord de développement productif avec DPJ pour un montant de 4 600 000 pesos (580 000.00 $US). Cet accord a été signé par des représentants du gouvernement de l'État et le commandant de la VII région militaire, Mario Renan Castillo était présent en tant que «témoin d'honneur». Le quatrième rapport du PRD indique également que : «Renan Castillo a été entraîné par l'armée américaine à Fort Bragg, en Caroline du Nord, qui est une des principales écoles de contre-insurgence. C'est à cause de cela que l'on peut penser qu'une de ces tâches principales sera d'appliquer au Chiapas ce qu'il a appris en matière de guerre de contre-insurgence».. (4)

Situation actuelle

Il est assez difficile d'obtenir des chiffres exacts concernant la violence dans la zone Nord. Jusqu'à aujourd'hui, le nombre d'assassinats oscille entre une dizaine et une centaine. DPJ a été accusé d'avoir commis la grande majorité des actions violentes. Quelques membres des organisations d'opposition ont reconnu que parfois ils ont répondu par des embuscades aux attaques, aux blocages de routes, aux assassinats et aux déplacements qu'ils avaient subis de la part du DPJ. Par contre, ceux de DPJ se présentent en victimes : dans «Ni droits, ni humains», ils affirment qu'entre 1995 et 1997, il y a eu 89 assassinats dont 66 étaient des victimes appartenant à DPJ. (3)

Le témoignage d'un ancien opérateur radio de DPJ reste accablant : «Ici, il n'y a ni paix, ni justice, nous nous sommes tués entre frères, tout cela par la faute du gouvernement et des dirigeants de Paix et Justice qui profitent des gens pour leur propre bénéfice. [...] Ils volent et tuent, personne ne les en empêche ; personne ne les contrôle, même pas leurs propres dirigeants». (Jornada, 05-04-99).

Depuis la mi-1997, la violence a diminué substantiellement bien que certains incidents aient été notés : assassinats, échanges de coups de feu, blocages de routes, incursions de l'armée. Une explication possible pourrait être que DPJ a réussi à prendre le contrôle de la zone. La peur engendrée entre 1995 et 1996 a été suffisante pour empêcher que les gens de l'opposition ou les observateurs puissent voyager librement. Les rumeurs ont été un des mécanismes les plus utilisés pour fomenter la peur. Cela a pour conséquences une plus grande polarisation des gens et dans plusieurs cas, empêche de possibles rapprochements.

Interrogé sur les derniers assassinats dans la zone, Diego Vazquez (membre fondateur de DPJ) répond : «s'il y a des personnes de DPJ impliquées, elles doivent être punies car les choses ne doivent plus continuer comme avant. Ici, à El Limar, ceux du PRD et de DPJ sèment ensemble. Il y a un début de cohabitation, et nous ne devons plus nous battre». (1) Ce type de déclarations surprenantes génère une certaine confusion.

La situation critique des déplacés

Le déplacement de plus de 4000 personnes, la majorité appartenant à l'opposition, est une des conséquences les plus visibles et les plus dramatiques de la violence qui a éclaté dans la zone. (1) DPJ parle «d'auto-déplacement», arguant qu'ils agissent sciemment pour générer plus de confusion.

De nombreux déplacés jugent que les conditions pour leur retour n'existent pas. Ils vivent sur des terres prêtées par d'autres paysans qui leur suffisent à peine pour pouvoir manger. Un déplacé de Ojo de Agua nous a dits : «Comme il y a peu de terre, personne ne veut accueillir les déplacés. Je crois que c'est parce qu'ils n'ont pas souffert, qu'ils n'ont aucune idée... Ils ne comprennent pas la souffrance d'un déplacé... Nous ne savons pas quoi faire, ni où aller... Je ne fais que penser durant la nuit. Et je me rends malade de penser autant». (1)

Ceux qui sont revenus entre 1996 et 1997 bénéficient d'une relative sécurité grâce à leurs récoltes. Cependant, ils ne sont pas à l'abri de tous problèmes. Ils subissent souvent des pressions de la part de ceux de DPJ pour se joindre à leur organisation, abandonner la religion catholique, les informer de leurs réunions et ils doivent demander la permission pour sortir de la communauté. (5)

Un des déplacés qui est revenu nous a dits : «Le 18 juillet 1996, l'armée, la police et ceux de DPJ ont réalisé une opération. Ils ont saccagé l'église, les images saintes, les maisons et ont volé les animaux. Nous nous sommes enfuis dans la montagne. Beaucoup de gens sont morts. Un de mes jeunes fils est mort, il est tombé malade et je n'ai pas pu l'emmener chez le médecin par peur des embuscades de Paix et Justice. Le 10 octobre 1996, nous avons pu rentrer chez nous. Mais il n'y a aucune garantie pour notre vie». (1)

La revendication d'une indemnisation pour la perte du bétail volé, des maisons détruites, des récoltes perdues lors des attaques de DPJ et des membres de la police au cours des dernières années est un autre des points critiques présentés au gouvernement du Chiapas par les délégués des 18 communautés de l'opposition dans la zone basse de Tila. Ils n'ont toujours pas reçu de réponse. Le gouvernement dit qu'il ne peut pas payer puisqu'il n'est pas responsable ; en échange, il leur offre des projets. Mais, selon Manuel de Jolnixtié : «Nous ne voulons pas de leurs projets, nous voulons la justice, nous voulons qu'ils nous rendent ce qu'ils nous ont volé que ce soit en argent ou en bétail. La police et l'armée ne dépendent-elles pas du gouvernement ? » (1)

La réconciliation et ses défis

Malgré ce qui a été dit auparavant, il existe quelques signes encourageants allant dans le sens de la réconciliation. Dans la communauté de Emiliano Zapata, dans la municipalité de Tila, malgré les divisions (40 familles de l'organisation de DPJ et 25 de l'opposition), les déplacements ont réussi a être évités. Un de leurs représentants nous a commentés que ceux de DPJ ont voulu les obliger à intégrer leurs rangs. «Nous avons dialogué avec eux et nous avons réussi à nous faire respecter. Nous sommes arrivés à un accord avec eux depuis le début pour que ceux des autres communautés nous respectent également. L'accord fut très difficile à obtenir, mais après trois mois de discussions, nous sommes arrivés à un accord avec le commissaire ejidal». (1)

Le 27 février 1999, 14 familles de déplacés sont retournées à Cruz Palenque où elles ont été accueillies par 20 des 26 familles de DPJ qui étaient restées dans la communauté. L'ancien dirigeant de DPJ s'est repenti et est allé chercher le coordinateur régional inter-institutionnel du gouvernement de l'État pour entamer des négociations. Cependant, six familles de cette communauté sont restées avec l'organisation DPJ et les tensions persistent. La radio communautaire qui est aux mains de DPJ et la mort d'un chien, tué par le fils d'un dirigeant de DPJ sont quelques-uns des conflits générés par ces tensions. Selon le fils, il a agi en légitime défense, selon Pedro (son oncle, propriétaire du chien et qui n'appartient plus à DPJ), il a tenté de le tuer. Une réunion a été convoquée avec le maire, le coordinateur régional inter-institutionnel et les dirigeants de DPJ. Mais jusqu'à maintenant, le problème n'a toujours pas été résolu car la réunion n'a pas eu lieu du fait de l'absence du maire et des représentants guvernementaux. Cet exemple de désaccord peut sembler insignifiant mais il est symptomatique de la polarisation, de la précarité, et du caractère explosif de la situation dans cette communauté et dans d'autres.

Un nouvel élément du casse-tête : les divisions internes au sein de DPJ

De supposées divisions internes au sein de l'organisation de DPJ ont commencé à apparaître au cours des derniers mois. Les dissidents (sous la houlette de Cristóbal Gómez Torres et Diego Vazquez) accusent les anciens dirigeants Samuel Sanchez, Marcos Albino et Raymundo Trujillo d'avoir volé plus de quatre millions de pesos qu'avait reçus l'organisation pour des projets productifs car, en plus de quatre ans, aucun résultat tangible n'a été obtenu.

Face à ces divisions, le gouvernement de l'État a montré une extrême diligence pour convoquer des réunions de réconciliation entre les deux factions. Les analystes expliquent une telle sollicitude par la nécessité de préparer le terrain électoral. Cependant, cette disponibilité face au DPJ contraste avec l'absence gouvernementale dans les réunions pour résoudre les conflits de Cruz Palenque comme nous l'avons déjà mentionné.

Comme on a pu le voir antérieurement, le gouvernement fédéral a lancé un appel à l'EZLN pour revenir à la table de dialogue. Cette initiative pourrait signifier un nouvel effort de distension dans la zone Nord, puisqu'il s'agit d'une des conditions posées par l'EZLN pour renouer le processus de paix.

Selon certains analystes, une autre explication à l'attitude gouvernementale dans la zone est que le gouvernement a intérêt a appuyer l'organisation de PJE pour éviter une nouvelle dégradation de la situation ou la victoire de l'opposition lors des prochaines élections.

Dans l'attente des élections

Certainement, la relative diminution de la violence dans la zone Nord durant les deux dernières années est un encouragement en comparaison des années 1995 et 1996. Cependant, elle est en grande partie une simple conséquence de l'instauration de la terreur. Dans le fond, la situation n'a pas changé : l'absence de confiance, la polarisation et une violence toujours sur le point d'éclater continuent à prévaloir. Combattre la peur de l'autre prend du temps, tout comme rompre des discours comme «nous ne leur parlons plus et nous n'allons pas leur parler parce que nous ne savons pas ce qu'il y a dans leur cœur.

Si cette situation ne change pas, la zone Nord pourrait à nouveau tenir de décor à un type de guerre qui, même si elle n'est pas ouverte, risque de s'avérer interminable et de générer plusieurs morts. Dans ce contexte, l'information sur ce qui se passe dans la zone peut aider à rompre le cercle de la peur et des préjugés.

Des deux côtés, nous entendons : «Nous sommes fatigués, nous ne voulons plus de violence. Nous voulons travailler, tout ce que nous voulons c'est travailler... ». Mais, qui sont réellement les dirigeants et quels intérêts servent-ils ? A qui servent ces divisions ?

Tristement, la conclusion de l'article du bulletin de SIPAZ d'avril 1997 a conservé sa pertinence : «D'autre part, le lancement de la campagne électorale et la proximité des élections [...] représentent une nouvelle menace et un nouveau défi pour les acteurs politiques dans le Nord : réitérer les expériences de 1994 et 1995 qui ont presque amené les ch´ols à une guerre civile ou assumer la lutte politique légitime et respectueuse des différentes options électorales. Les gouvernements étatique et fédéral auront une grande part de responsabilité au cours des événements qui pourraient avoir lieu dans la zone».

(1) Entrevues de SIPAZ entre mars et août 1999, dans la zone basse de Tila. (Return.)

(2) BULLETIN DU SIPAZ, Avril 1997, Vol. II, No. 2 (Return)

(3) Ni droits, ni humains dans la zone Nord du Chiapas : l'autre vérité de ce qui s'est passé dans la zone ch'ol, en réponse a la version publiée par le Centre de droits humains Fray Bartolomé de las Casas - janvier 1994 à septembre 1997, Développement, Paix et Justice, novembre 1997. (Return)

(4) Quatrième rapport sur les forces armées mexicaines, Groupe parlementaire du Parti de la révolution démocratique, LVII Législature du Congrès fédéral, 30 avril 1999. Présenté par le député fédéral Gilberto Lopez y Rivas en tant que président en poste de la COCOPA auprès du Bureau du Procureur Général de la République. (Return)

(5) ) Population déplacée du Chiapas, Onésimo Hidalgo y Gustavo Castro, du Centre de recherches économiques et politiques d'action communautaire (CIEPAC), juillet 1999. (Return)

Document consulté: Ni paix, ni justice ou le rapport général et vaste au sujet de la guerre civile que souffrent les ch'oles de la zone Nord du Chiapas - décembre 1994 à octobre 1996, Centre de droits humains Fray Bartolomé de las Casas, octobre 1996.

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:: ACTIVITÉS DE L’ÉQUIPE AU CHIAPAS

Julliet - Octobre 1999

Visites et contacts

  • Plusieurs visites à la zone Nord (communautés de la municipalité de Tila) pour parler avec des paysans, des personnes déplacées qui sont revenues, des représentants de plusieurs églises et organisations sociales, des dirigeants de Développement, Paix et Justice et des fonctionnaires locaux.
  • Visites de communautés dans les Hauts-Plateaux pour parler avec des représentants religieux.
  • Réunions à Mexico avec des ONG et des diplomates.

Information

  • Préparation et diffusion d'une Action Urgente sur l'incursion de l'armée à Amador Hernandez, municipalité d'Ocosingo
  • Réunions avec des dirigeants religieux (protestants et catholiques) pour la préparation d'un document sur la situation religieuse au Chiapas.
  • Organisation du programme et accompagnement de deux délégations : Fellowship of Reconciliation et Witness for Peace/SOA Watch/EPICA des EUA.
  • Organisation du programme et accompagnement de la Prix Nobel de la Paix d'Irlande, Mairead Maguire.
  • Coorganisation du programme pour la Rencontre Interreligieuse à San Cristóbal et à Acteal.
  • Organisation et animation d'un espace de réflexion sur l'accompagnement et l'observation internationale des droits humains avec des ONG mexicaines et internationales.

Education

  • Animation de trois ateliers sur le thème de la Résolution Alternative de Conflits (RAC) à Yajalon pour des membres d'organisations de la société civile.
  • Animation d'un «atelier RAC» avec une coopérative de cultivateurs de café de Simojovel.
  • Coordination d'un atelier «Jouer pour la Paix» animé par Richard Rutschman avec des ONG et des enfants de San Cristóbal.

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