:: SYNTHÈSE
Au cours des derniers mois, l'EZLN (Armée
Zapatiste de Libération Nationale) a continué à multiplier
ses initiatives politiques pour maintenir le thème
des droits indigènes dans l'agenda politique et défendre
son statut de force politique. Elle a organisé deux
forums après la Consultation zapatiste sur les "Droits
et la Culture Indigène" et renforcé ses
liens avec d'autres organisations dans l'ensemble du Mexique.
D'un autre côté, le gouvernement a eu recours à différentes
stratégies militaires et politiques afin d'affaiblir
la position des zapatistes. Début juin, un an après
le violent démantèlement de quatre municipalités
autonomes, quelques 100 à 1000 soldats et policiers
ont effectué des incursions dans dix communautés
des "Cañadas" (Forêt Lacandone).
Pour justifier ces incursions, les autorités locales
et fédérales ont prétexté l'application
de la Loi sur les armes à feu et explosifs, la lutte
contre le trafic de drogue, la détention de délinquants,
la nécessité de s'assurer que l'aide gouvernementale
soit distribuée et la protection de populations qui
en avaient fait la demande. La diversité de ces prétextes
et la multiplication d’incursions violentes sous-entendent
l’existence d'autres objectifs politiques et militaires.
Le gouvernement mexicain continue d’affirmer que sa
patience pour parvenir à une solution pacifique au
conflit du Chiapas est inépuisable. Cependant et de
manière périodique, il ordonne des incursions
militaires et policières qui misent sur l'usure des
communautés zapatistes en leur montrant ce que les
zapatistes ou leurs alliés peuvent espérer
et tente de miner les efforts d'organisation de l'opposition.
Ces récentes incursions ont eu pour conséquences
des arrestations, des harcèlements, le déplacement
de 50 familles qui ont fui par peur à ce qui pouvait
suivre, la destruction de biens domestiques par l'armée
et l'installation de nouveaux campements militaires à l'intérieur
ou autour de communautés. Au cours des derniers mois,
une attitude plus agressive dans les barrages de l’armée,
de la police et des services de l’immigration a également été rapportée
dans la région des Hauts-Plateaux et de la Forêt
Lacandone.
Les évènements de juin ont coïncidé avec
la nomination d'un nouveau Secrétaire d'Etat, Diodoro
Carrasco. Francisco Labastida a démissionné de
ce poste pour pouvoir entrer dans la bataille politique de
la candidature au PRI pour les élections présidentielles
de l'an 2000. Que cela ait été ou non intentionnel,
le fait est que les incursions récentes ont été interprétées
comme un signe de la poursuite de la politique gouvernementale
actuelle malgré cette nouvelle nomination. Une réunion
s’est tenue – la première depuis 10 mois – entre
le nouveau Secrétaire dÉtat et la COCOPA (Commission
intégrée par plusieurs députés
pour appuyer le processus de paix), sans parvenir à un
accord.
Dans le même temps, la propagande selon laquelle de
supposés zapatistes avaient rendu leurs armes en échange
d'une aide gouvernementale s’est poursuivie, information
que l'EZLN a qualifiée de "farce". Dans
certains cas, les participants ont reconnu plus tard qu'ils
avaient participé à cette mascarade en échange
d'un appui financier. Ces "désertions" zapatistes
douteuses et les opérations policières et militaires
actuelles semblent faire partie d'une stratégie gouvernementale
pour démontrer que l'EZLN est une force politique
négligeable et ainsi pouvoir déclarer la paix
de façon unilatérale.
Au niveau de l'Etat du Chiapas, de nouvelles initiatives
de lois (qui ont commencé avant les incursions) semblent
corroborer cette interprétation : Droits et culture
indigène, désarmement, amnistie et redéfinition
territoriale des municipalités. Le gouvernement fédéral
a de plus annoncé un financement de quelques 11 millions
de dollars (incluant un prêt de la Banque Mondiale)
qui bénéficierait à 3000 producteurs
originaires de 116 communautés des "Cañadas",
région clef du soutien aux zapatistes. L'aide gouvernementale
est un sujet particulièrement polémique dans
les zones d'influence zapatiste. Quel que soit le montant
de cet investissement, il est fort probable qu'il génère
une recrudescence des désaccords au sein des communautés.
L'enquête sur le massacre d'Acteal du 22 décembre
1997, a permis la condamnation de Mariano Pérez Ruiz,
un ex-militaire accusé d'entraîner le groupe
paramilitaire auteur du massacre. Toutefois et comme pour
les 10 anciens policiers jugés antérieurement,
la justice n’a retenu que le délit de port d'armes
réservées à l'usage de l'armée
en le condamnant à deux ans de prison avec possibilité de
sortie sous caution. L'armée a reconnu qu'il était
militaire mais qu'il se trouvait en vacances lorsque sa relation
avec le groupe paramilitaire a été établie.
L'accusé a dans un premier temps confirmé cette
version, puis a déclaré qu'il avait agi sur
ordre de l'armée. Dans le cadre de cette même
enquête, le 19 juillet passé, 20 détenus
ont également été condamnés à 35
ans de prison pour meurtre qualifié, lésions
graves et port d'armes à feu sans licence et d'usage
exclusif de l'armée mexicaine.
En juillet, quatre partis de l'opposition et
le sénateur
Pablo Salazar (qui a récemment démissionné du
PRI) ont signé un accord pour élire un candidat
unique pour les élections de l'an 2000 au poste de
gouverneur du Chiapas. La nouvelle coalition représente
un défi d'un formidable potentiel face à l'historique
domination du PRI dans la politique du Chiapas.
D'un autre côté, la Commission Nationale de
Droits Humains (CNDH) – qui dépend du gouvernement
- a dénoncé la pratique de la torture au Mexique,
accusant le bureau du Procureur Général de
la République (PGR) et le Secrétariat de la
Défense Nationale (SEDENA) d’être les
instances ayant fait l'objet du plus grand nombre de plaintes.
Pour la première fois de l'histoire, la CNDH a publié des
chiffres, rapportant 1679 plaintes présentées
contre de la SEDENA, principalement déposées
par des civils qui ont déclaré avoir été victimes
de membres de l'armée.
A l'échelle internationale, le dernier rapport d'Amnistie
Internationale souligne les violations des droits humains
au Mexique et critique la gestion du conflit du Chiapas.
A un an des élections présidentielles, le Mexique
est d'ores et déjà entré dans une période
de pré-campagne, ce qui explique un moindre intérêt
pour le conflit du Chiapas. Ceci semble avantager le gouvernement
dans la mesure où un débat sur cette question
porterait tort au parti officiel étant donné le
peu d'avancée vers la résolution du conflit
depuis 1994. Plus que la recherche d'une véritable
solution, il est plus avantageux pour l'administration Zedillo
de continuer à "gérer" le conflit
jusqu'aux élections: réaffirmer son engagement
pour le dialogue, continuer sa stratégie de contre-insurgence
pour affaiblir ou pour le moins contenir le soutien aux zapatistes
et engager des programmes sociaux afin de renforcer sa base électorale.
Il est fort probable que l'EZLN continuera à défendre
son espace politique autant qu'il le pourra, mais, dans le
même temps, elle ne montre aucune intention de renouer
les négociations tant que ses conditions préalables
n'auront pas été remplies.
Dans cette mesure, les signes d’une amélioration
de la situation au Chiapas sont peu engageants et la délicate
situation qui pourrait occasionner une situation de conflit
croissant se maintient.  Actions
recommandées
- Exhorter la COCOPA à profiter de l'appui populaire à sa
proposition de loi indigène pour tenter de la présenter
au Congrès de la République, en faisant prévaloir
l'intérêt supérieur de la paix sur
les positions partisanes.
- Presser l'administration Zedillo de :
- désarmer les groupes paramilitaires ;
- reconnaître et respecter le travail humanitaire
et la contribution au processus de paix des observateurs
internationaux et des défenseurs des
droits humains ;
- ordonner une réduction substantielle des troupes
fédérales dans les zones de conflits pour
démontrer sa volonté véritable et
concrète de dialogue.
- Diffuser l'information - comme ce bulletin - sur
la situation du Chiapas.
Veuillez écrire à:
Lic. Ernesto Zedillo Ponce de León
Presidente de la República
Palacio Nacional
06067 México, DF - México
Fax: (int-52) (5) 271 1764 / 515 4783
Roberto Albores Guillén
Governador de Chiapas
Fax: (int-52) (961) 20917
Comisión de Concordia y Pacificación
Paseo
de la Reforma # 10, piso 17
06018 México, DF - México
Fax: (int-52) (5) 140 3288

:: ACTUALITE
CHIAPAS : Nouvelle vague de harcèlements
Le président Zedillo, au cours
de sa quatrième visite au Chiapas depuis le début
de l'année, a déclaré que
«le gouvernement n'aurait jamais
recours à la violence ou à la répression
face aux opposants. Le gouvernement veut le dialogue, la
négociation. [...] Heureusement, il n'existe au Mexique
aucune répression d'aucun type. [...] Le fait qu'il
existe des divisions et des affrontements dans quelques communautés
du Chiapas (en particulier dans les communautés indigènes)
nous attriste beaucoup et devrait constituer une préoccupation
pour tous. Il est très triste que, par intolérance
politique, ethnique ou religieuse, des affrontements entre
frères continuent à avoir lieu.»
(La
Jornada, 18 mai 1999)
Ce commentaire a été renforcé par
Emilio Rabasa, le coordinateur gouvernemental pour le Dialogue
et la Réconciliation soulignant qu'
«[au Chiapas]
la stratégie [gouvernementale], à un an et
cinq mois du massacre d'Acteal, a permis un climat de distensions
et de stabilité. [...] Aujourd'hui [...], la concorde
et la vie en commun sont favorisées»
('La
Jornada', 30 mai 1999)
Au même moment, fin mai, Diodoro Carrasco Altamirano
a remplacé Francisco Labastida Ochoa au poste de Secrétaire
d'Etat. Ce dernier a démissionné pour pouvoir
se consacrer pleinement à sa pré-campagne présidentielle.
Début juin, ce changement a permis une réunion
(la première en dix mois) entre la COCOPA (Commission
pour la Concorde et la Pacification) et le Secrétaire
d'Etat. Le député López y Rivas du PRD (Parti
de la Révolution Démocratique) a demandé si
le gouvernement fédéral était prêt à présenter
un nouveau projet de loi en ce qui concerne les 'Droits
et Culture Indigène' ou à retirer celle qu'il
avait déjà présentée. La réponse
fut que le Secrétaire d'Etat «allait prendre
ce commentaire en considération», sans s’engager
sur aucun accord concret.
Bien que tous ces éléments semblent prouver
la bonne volonté supposée des représentants
du gouvernement, la réalité ne correspond pas
aux discours. En effet, quelques jours plus tard, au cours
des deux premières semaines de juin, on a pu observer
une augmentation significative des incursions militaires
et policières dans des communautés zapatistes
; des détentions arbitraires de présumés
zapatistes ; des harcèlements par les militaires dans
les barrages routiers ainsi que l'installation de nouveaux
campements militaires. Entre cent et mille policiers et militaires
ont pris part à chacune de ces incursions. Pour justifier
ces opérations, les autorités locales et fédérales
ont prétexté l'application de la Loi sur les
armes à feu et explosifs, la lutte contre le trafic
de drogue, la détention de délinquants, la
nécessité de s'assurer que l'aide gouvernementale
pouvait être distribuée et la protection de
populations qui en avaient fait la demande.
Des incursions ont été enregistrées
dans une dizaine de communautés des "Cañadas" d'Ocosingo
(comme La Trinidad et Nazareth). Elles ont été à l'origine
d'une grande peur parmi la population. Cinquante familles
originaires de Nazareth et sympathisantes de l'EZLN ont ainsi
pris la fuite et se sont réfugiées dans une
communauté voisine. A la fin du mois de juin, au cours
d'une visite de SIPAZ à la zone, les déplacés
de Nazareth nous ont affirmé : «Il existe des
mandats d'arrêt contre nous pour des délits
fabriqués de toute pièce. Nous ne pouvons pas
revenir à cause de cela. Certains de nos enfants sont
restés là-bas et les membres du PRI ne nous
laissent pas passer pour leur donner à manger».
Au cours des opérations de El Censo et Pavorreal (également
dans la municipalité d'Ocosingo), des militaires et
des policiers ont détenu de supposés zapatistes
en les accusant de délit de droit commun. Les habitants
de ces communautés ont parlé dans leurs témoignages
de la destruction de maisons, de biens domestiques et de
mauvais traitements physiques. Lors de la mise sous presse
de cet article, les patrouilles de l'armée continuaient
dans la zone. Selon les autorités des communautés
zapatistes, durant les patrouilles, les militaires soumettaient
les habitants à des interrogatoires agressifs.
Au cours des derniers mois, on a également pu noter
une attitude plus agressive dans les barrages policiers,
militaires et de l’immigration. A plusieurs reprises,
des membres d'ONG ont fait l'objet d'intimidations ou ont été empêchés
de libre transit. Les militaires exercent des fonctions policières
(détentions) ou migratoires (enregistrer les papiers
des étrangers) et les agents de l’immigration
posent des questions de type "intelligence militaire" (sur
de possibles contacts avec les zapatistes).
Le Rapport de la Conférence de l'Episcopat mexicain
explique que, dans le conflit du Chiapas, le gouvernement
a utilisé deux types de stratégies : affaiblir
l'EZLN et critiquer le diocèse de San Cristóbal,
y compris ses deux évêques, Samuel Ruiz et Raul
Vera. Il indique encore que le statu quo des négociations
est dû à l'intolérance des deux parties
et à l'absence de la mise en place des accords de
San Andrés.
Appuis économiques
En avril, mai et juin, la propagande du
gouvernement sur la remise d'armes de supposés zapatistes en échange
d'un appui économique gouvernemental s’est poursuivie.
L'EZLN et certaines organisations sociales locales ont qualifié ces événements
de " farce et théâtre".
Au niveau fédéral, le gouvernement a engagé un
programme sans précédent qui prévoit
une forte présence gouvernementale dans 116 communautés
des "Cañadas" d'Ocosingo, Las Margaritas
et Altamirano. Ce programme sera mis en place par le biais
d'un budget de près de 109 millions de pesos (environ
11 millions de dollars américains), qui, en théorie,
bénéficierait directement à plus de
3000 producteurs. Le projet inclut un prêt de la Banque
Mondiale. En prévision de l'implacable opposition
zapatiste pour empêcher le gouvernement de réaliser
ce programme dans les communautés sous son influence,
le Procureur Général du Chiapas, Eduardo Montoya
Liévano, a récemment déclaré que «le
gouvernement garantirait que l'aide parviendrait aux communautés
même s’il devait pour cela recourir à la
force publique». Il est à craindre que ce nouveau
programme servira à augmenter le conflit social dans
la zone. Ces inquiétudes augmentent encore lorsque
l'on sait que l'organisme aidant le gouvernement à élaborer
sa stratégie productive au Chiapas est le Cabinet
de Conseil Alternative A.C., dirigé par Diana Orive,
sœur d'Adolfo Orive, personnalité de la ligne
dure qui a été l'un des principaux architectes
de la politique poursuivie par l'administration Zedillo au
Chiapas.
Acteal
Le 20 mai, Mariano Pérez Ruiz, ex-militaire accusé d'entraîner
le groupe paramilitaire auteur du massacre d'Acteal, a été condamné.
Toutefois, comme pour les 10 ex-policiers précédemment
jugés, il a seulement été condamné pour
délit de port d'armes réservées à l'usage
exclusif de l'armée, soit deux ans de prison avec
la possibilité de sortie sous caution. L'armée
a reconnu qu’il était effectivement militaire
mais qu'il se trouvait en vacances lorsque la relation avec
le groupe paramilitaire a été établie.
L'accusé a dans un premier temps confirmé cette
version des faits, puis a déclaré avoir agi
sur ordre de l’armée. De la même façon,
le 19 juillet passé, 20 détenus ont été condamnés à 35
ans de prison pour meurtre qualifié, lésions
graves et port d'armes à feu sans licence et à l'usage
exclusif de l'armée mexicaine.
D'autres éléments dans le cadre de cette enquête
ont inclus l'arrestation de Victorio Arias Pérez,
un des dirigeants présumés des paramilitaires
responsables du massacre d'Acteal ainsi que l'exécution
de trois autres mandats d'arrêt.
Amnistie Internationale a par ailleurs demandé au
gouvernement des Etats-Unis qu'une enquête soit menée
sur Julio César Ruíz Ferro (qui était
gouverneur du Chiapas lorsqu’a eu lieu le massacre
et qui travaille désormais pour l'ambassade mexicaine
des Etats-Unis) afin de connaître sa responsabilité dans
ce massacre. Cette demande a été rejetée
par le sous-secrétaire pour l'Amérique du Nord
et l'Europe, Juan Rebolledo Gout, sous prétexte «qu'il
n'y a pas de nations exemptes de violations des droits humains
dans le monde».
La CNDH
La Commission Nationale pour les Droits
Humains (CNDH) a constaté que la "dégradante" pratique
de la torture persiste au Mexique. Selon son rapport, en
1998, 21 cas de tortures ont été enregistrés.
Le bureau du Procureur Général de la République
(PGR) et le Secrétariat de la Défense Nationale
sont apparus comme les deux principales instances dans lesquelles
des fonctionnaires se sont rendus responsables de ce type
de faits.
Pour la première fois dans l'histoire, la Commission
a publié des chiffres se référant à la
SEDENA. Elle a dit avoir reçu 1679 plaintes, dans
la majorité des cas de la part de civils et pour au
moins 400 d'entre eux par des militaires dans l'exercice
de leurs fonctions ou par des déserteurs.
La CNDH a de plus proposé une réforme législative
pour réduire la confusion existant pour définir
l'autorité la plus indiquée pour traiter les
cas de violations de droits civils de la part de militaires.
Le Centre des Droits Humains Miguel Augustín Pro Juárez a affirmé à ce sujet que le Code de Justice
Militaire ne pouvait en aucun cas prévaloir sur la
Constitution Générale (l'article 13 mentionne
que les procès de violations de droits civils devaient être
présentés devant une autorité civile),
ni sur les Conventions Internationales de droits humains
signées par le gouvernement mexicain et ratifiées
par le Sénat de la République, de sorte qu'une
réforme législative s'avèrerait inutile.
La CNDH a elle-même été l’objet
d’un changement législatif lorsque, début
juin, par le biais de l'approbation des réformes à l'article
102 de la Constitution, elle a reçu pleine autonomie
face au pouvoir exécutif fédéral. C'est
maintenant le Sénat de la République qui est
responsable de nommer son titulaire. L’augmentation
des pouvoirs de la CNDH pour traiter les questions électorales
et liées au monde du travail n'a en revanche pas été acceptée.
Autres thèmes
En avril 1999, le député fédéral
du PRD, Gilberto López y Rivas, alors président
de la COCOPA, a annoncé que la fraction PRD de la
Chambre des Députés détenait des informations
sur le fait qu'au Chiapas de nombreux camps d'entraînement
de groupes paramilitaires financés par les gouvernements
locaux et fédéral avaient été mis
en place. Deux célèbres membres du PRI du Chiapas
ont demandé la démission de López y
Rivas pour atteinte à la réalité du
Chiapas et à la fonction de la COCOPA. En réponse,
ce dernier a présenté les informations qu'il
détenait au Procureur Général de la
République exigeant qu'une profonde enquête
soit réalisée.
Au cours de la seconde rencontre entre des représentants
de la société civile et l'EZLN (8 et 9 mai
1999), l'Armée zapatiste a invité les coordinations
nationales, étatiques et municipales de la Consultation à se
transformer en structures de contact entre l'EZLN et la société civile.
Le 20 juin, un second forum pour l'Etat du Chiapas a été réalisé.
Plus de 70 organisations sociales mexicaines y ont participé.
En juillet, quatre partis de l'opposition et le Sénateur
Pablo Salazar (qui a récemment démissionné du
PRI) ont signé un accord pour élire un candidat
unique pour les élections au poste de gouverneur du
Chiapas (prévues pour l'an 2000). La nouvelle coalition,
appelée "Mouvement de l'Espoir", inclue
le Parti d'Action Nationale (PAN), le Parti de la Révolution
Démocratique (PRD), le Parti Vert Ecologiste du Mexique
(PVEM) et le Parti du Travail (PT). Bien que l'accord ne
mentionne pas quel sera le candidat, Salazar a exprimé son
désir d'entrer dans la bataille électorale.
Alors qu'il était encore membre du PRI, il avait fortement
critiqué la politique du gouvernement par rapport
au Chiapas. La nouvelle coalition représente un défi
d'un formidable potentiel face à l'historique présence
du PRI dans la politique du Chiapas.
Au niveau international
Dans son rapport annuel de 1998, Amnistie
Internationale a affirmé qu'elle continuait à recevoir des
dénonciations pour violations des droits humains,
violations commises par l'armée fédérale
et par les groupes paramilitaires liés au gouvernement
mexicain. Elle a ajouté que les violations les plus
fréquentes concernaient des prisonniers politiques,
le harcèlement de dirigeants d'ONG et l'expulsion
d'observateurs internationaux.
Aux Etats-Unis, un ex-capitaine de l'armée mexicaine
a obtenu le droit d'asile sous le motif de poursuite pour
avoir refusé de tuer des rebelles zapatistes faits
prisonniers. Il est aux Etats-Unis depuis 1994. Au cours
du procès (une première dans son genre), la
juge nord-américaine en charge du dossier a dit que
selon deux rapports de droits humains et le témoignage
d'un expert, il y avait de bonnes raisons de croire que l'armée
mexicaine avait torturé et tué des rebelles
zapatistes.
De plus, le 1er juillet, le Sénat des Etats-Unis a
accordé une aide financière et en a profité pour
exprimer sa préoccupation pour la non résolution
du conflit du Chiapas : «La militarisation de la région,
incluant la violence perpétrée par des groupes
paramilitaires pro-gouvernementaux, a provoqué la
mort de civils et à forcer des milliers de personnes à fuir ».
Notant le peu d'avancées vers une solution, le Sénat
a invité le gouvernement mexicain à prendre
rapidement une décision quant à la date de
la visite du Haut-Commissaire pour les droits humains de
l'Organisation des Nations Unies (ONU) et «pour prendre
les mesures qui permettraient de créer les conditions
nécessaires qui conduiraient à un dialogue
politique».
 :: DOSSIER
A la recherche de solutions aux conflits:
Justice et réconciliation communautaires
dans la tradition indigène
« [L'Etat] permettra la reconnaissance
par le droit positif mexicain des autorités, des normes
et des procédures de résolution de conflits
internes des peuples et des communautés indigènes,
afin que la justice soit appliquée en fonction de
leurs systèmes normatifs internes et que, par le biais
de procédures simples, leurs jugements et leurs décisions
soient ratifiés par les autorités juridictionnelles
de l'Etat. »
(Extrait des "Engagements du gouvernement
fédéral avec les peuples indigènes" tiré des
Accords de San Andrés signés en février
1996 avec l'Armée Zapatiste de Libération Nationale)
On a beaucoup écrit sur le Chiapas
depuis le soulèvement armé de janvier 1994.
Mais on en sait pourtant toujours peu de ce qu'est la vie
au quotidien des communautés indigènes, de
leurs manières d'affronter les "problèmes" (ils
utilisent le mot "problemas" en espagnol dans leur
langue pour parler des conflits). Pour la plupart des médias
et dans les publications sur ce thème, ce n'est même
pas une question mais un fait acquis : les solutions aux
conflits ayant fait éruption dans toute la région
doivent obligatoirement venir de l'extérieur. En prenant
le temps de s'approcher et en prêtant un peu attention,
on comprend cependant qu'il y aurait beaucoup à apprendre
de ceux que certains considèrent comme ignorants...
Des autorités au service du peuple...
Dans la manière de faire face aux différends
apparaissant dans les communautés indigènes
du Chiapas, les autorités de la hiérarchie
politique et religieuse jouent un rôle clé.
Il est d'ailleurs intéressant de souligner - comme
l'a fait pour nous Antonio Paoli, un sociologue qui a travaillé au
Chiapas durant de nombreuses années - qu'en tzeltal
(une des principales langues indigènes de l'Etat),
le mot "autorité" signifie "celui
qui a un travail". Le sens accordé à ce mot
diffère donc de celui que nous lui prêterions
: pour eux, l'autorité est un service pour la communauté.
Personne ne va les payer pour rendre ce service ; ils devront
au contraire "payer" par leur travail.
Paoli ajoute : « Plus que quiconque, les autorités
doivent travailler jusque dans les plus petites besognes
pour rendre "leur cœur petit". La vérité n'est
pas dans le coeur de celui qui se croit important, de celui
qui se donne de grands airs. Seul celui qui se croit petit
a la vérité dans son coeur. L'humilité est
un principe, une valeur fondamentale pour les indigènes. »
Même si ce n'est pas le cas dans toutes les communautés,
un autre élément qui peut s'avérer étonnant
pour nous, tient au fait que, pour nommer leurs "cargos" (figures
d'autorité), ils ne vont pas forcément élire
les personnes les plus compétentes, ni celles se distinguant
par leurs capacités de "leadership". Parfois,
ce sont plutôt des personnes marginales qui semblent
s'éloigner de la "coutume". Assumer un "cargo" est,
selon eux, la meilleure forme d'apprentissage et de socialisation
pour que ces personnes parviennent à l’état
de "bats'il winik" ("hommes véritables",
concept qui existe dans les principales langues indigènes
du Chiapas).
Les autorités n'ont dès lors pas le temps nécessaire
pour travailler leurs "milpas" (champs dans lesquels
ils cultivent maïs et haricots) ; certaines doivent
aussi prendre à leurs charges les frais occasionnés
par les fêtes de la communauté. Pour pouvoir
alors remplir les devoirs de leur "cargo", elles
doivent demander de l'aide aux membres de leurs familles,
renforçant ainsi leurs relations. La cohésion
familiale est vitale pour éviter les conflits
ou les affronter au mieux.
La dimension communautaire est omniprésente : en tzeltal,
l'idée même de "pécher" signifie "rompre
le pacte social". Par exemple, boire de l'alcool n'est
pas un péché en soi mais le devient si la personne
saoule génère des problèmes au sein
de la communauté. Le dialogue est privilégié et la majorité des
décisions est prise par consensus. Il est très
important que tous puissent parler et exprimer ce qu'ils
pensent dans leurs propres termes. Ceci peut paraître
surprenant pour le "kaxlan" (personne non-indigène)
assistant pour la première fois à une assemblée
communautaire : chaque participant peut parler de 15 à 20
minutes, quelquefois plusieurs personnes peuvent parler en
même temps. Celui qui ne parle pas, n'est pas d'accord
et il est dès lors important de l'inciter à exprimer
son désaccord (mais jamais de manière directe).
On note aussi cette tendance dans les ateliers de SIPAZ ou
dans ceux auxquels nous participons dans les communautés
lorsque plusieurs personnes paraissent répéter
plus ou moins la même chose. Il s'agit pour elles de
s'assurer que l'idée est partagée par
tous.
Médiation et résolution
des conflits
Un défenseur des droits humains de la région
d'Agua Azul a expliqué à Paoli ce qu'est la
médiation : « Une fois qu'ils sont assis, je
leur demande de cesser de parler sur ce ton (en criant).
Ils deviennent alors presque toujours plus raisonnables.
Par le biais du ton, des décibels, tu diminues un
petit peu ta colère».
Un dirigeant d'une des principales organisations
sociales de la zone "Cañadas" explique : « Lorsque
nous recevons une plainte, que faisons-nous ? [...] Il faut
d'abord rechercher les causes. Si c'est un problème
particulièrement difficile à résoudre
et s'il continue à s'aggraver, nous devons chercher
une autre personne qui puisse faire baisser le ton de la
dispute ».
En tzeltal, le mot "médiateur" signifie "être
au milieu". Le témoignage de ce même dirigeant
rend compte d'une profonde expérience et d’une
réflexion sur le thème de l'impartialité: « Tu
te dois de voir la personne dans toute sa grandeur et sa
bonté ; pour les deux parties du conflit, c'est ce
que tu dois voir. Si tu prends l'un des deux en pitié,
tu ne peux pas être le médiateur. [...] Si tu
souffres comme membre de la communauté, c'est autre
chose. Mais si tu as mal pour l'un d'entre eux, tu ne peux
pas être le médiateur. C'est pour cela que l'on
ne peut pas faire appel au père ou au frère
; le médiateur ne doit pas appartenir à la
famille d’une des deux parties. Il est important d'avoir
plusieurs figures d'autorités pour pouvoir élire
la personne la plus adéquate. Ceci signifie qu'il
n’existe pas de médiateur "officiel".
Il faut rechercher un médiateur parmi tous ».
Dans la dernière partie de son témoignage,
il souligne certaines qualités essentielles pour un
médiateur : « Une chose très importante,
c'est de tolérer, tolérer, tolérer.
Parce que tu vas être l'objet d'attaques, parce qu'ils
vont chercher à faire pencher la balance en leur faveur
et qu’ils vont chercher à te corrompre pour
que tu sois de leur côté ».
Le "retour du cœur" : intégration
de changements et réconciliation
Au cours d'un atelier du Collectif
d’Education pour
la Paix (CEPAZ), près d'Altamirano, les participants
ont défini la réconciliation en ces termes
: « Parvenir à un accord pour résoudre
un problème », « Vivre en paix, ne pas
faire de problèmes », « Demander pardon,
présenter des excuses à la personne incriminée,
avant de la présenter à la communauté ».
L'idée de pardon requiert plus d’explication
car la signification indigène diffère de celle
occidentale. En tzeltal, on parle de "retour du cœur" :
l'agresseur demande à la victime qu'elle lui "retourne
son coeur", ce qui laisse entrevoir une conception très
profonde de la réconciliation sous une forme de reconstruction
des relations. Il faut souligner que cet acte se réalise
de manière communautaire.
Leur pardon n'est cependant pas l’oubli. Ainsi, après
le massacre de 45 personnes à Actéal en décembre
1997 appartenant au groupe des "Abejas", les membres
ont pardonné publiquement aux assassins, mais cela
ne les a pas empêché de demander que justice
soit faite.
La justice indigène : réparer
plus que punir
Une caractéristique des processus de résistance
indigène a été leur capacité à passer
de coutume à modernité, d’exclusion à intégration.
La conception du système judiciaire occidental est
par contre assez rigide : les procédures cherchent à établir
si l'accusé est coupable et quelles sont les sentences
possibles (établies d'avance dans le Code Pénal).
Pour les indigènes, l'idée clé derrière
le concept de justice est de parvenir à un accord.
En règle générale, le droit ne sera
pas appliqué au détriment de la volonté ou
des désirs des personnes. Une véritable solution
doit éviter de futurs conflits : en effet, si un des
protagonistes n'est pas satisfait de l'accord passé,
il est presque certain que suivront des représailles
et une spirale sans fin de vengeances au lieu d'une réconciliation.
Au cours d'un atelier animé par CEDIAC
- le Centre des droits autochtones (voir l'article...), un groupe de
juges traditionnels avait réalisé un jeu de
rôle sur le thème d'un problème relativement
courant dans les communautés : une bagarre entre un
homme saoul et le frère de la jeune fille qu'il cherchait à séduire.
Ils remarquèrent : « Le Ministère Public
ne cherche pas la racine des problèmes. Dans le jeu
de rôle, le problème n'est pas la jeune fille,
mais d’abord la personne qui vend l'alcool dans la
communauté. Le Ministère Public n'a pas demandé qui était à l’origine
du problème et n'a vu que ses conséquences.
De cette façon, on ne peut pas parvenir à un
bon accord ».
Dans l'idée de punition, la perspective n'est pas
individualiste mais au contraire globale et intégrale.
Dans l'atelier sur la Réconciliation auquel CEPAZ
nous avait invité, un indigène défenseur
des droits humains de la municipalité d’Altamirano,
disait à propos du système judiciaire mexicain
: « Ce n'est pas une bonne justice. Quand tu tues quelqu'un,
le gouvernement te met en prison. Il ne reconnaît pas
le droit de la famille. Mais tous souffrent dans l'affaire
: celui qui est tué, celui qui tue et leurs familles
respectives. Il faut prendre les mesures nécessaires
pour les membres des familles, rechercher des accords pour
que la communauté ne se voie pas affectée ». Un promoteur originaire d'une autre région a ajouté : « Faire
justice, c'est chercher la façon de rester unis comme
des frères et cesser de penser en ennemis ».
Plus qu'imposer une punition, il est important
de réparer
le mal commis. Pour un assassinat, la réparation serait
que l'assassin devienne responsable de la subsistance de
la famille de la victime pour le reste de sa vie. Cependant,
il esr important de mencionner que dans ce cas, actuellement,
c’est le système judiciaire fédéral
qui prévaut.
Rupture de l'unité, crise
de l'autorité
Dans le contexte actuel et malgré leur richesse,
les méthodes indigènes traditionnelles de résolution
de conflits semblent insuffisantes pour répondre à la
situation qui existe au Chiapas. Il sera difficile de trouver
des moyens conduisant à la réconciliation dans
les situations où la violence a d'ores et déjà éclaté.
Les conflits secondaires - y compris ceux qui peuvent paraître
mineurs – sont également exacerbés par
la bipolarisation générée par le conflit à grande échelle
entre l'EZLN et le gouvernement fédéral. Divisions,
forte tension entre les différents groupes (de nature
politique, économique ou religieuse), incidents violents,
détérioration du tissu social sont autant de
termes utilisés en référence à la
situation du Chiapas depuis 1994...
Le témoignage déchirant d'un réfugié sexagénaire
du groupe des "Abejas" illustre cette situation
de façon plus parlante : « Mon fils est l'un
des leurs, les paramilitaires. Il a 28 ans. Je ne sais pas
ce qu'il a dans la tête. Par deux fois, il est venu
pour nous tuer. Il m'a dit : « Papa, nous sommes du
PRI. Nous ne voulons ni des zapatistes, ni des civils. Ils
ne servent qu'à nous créer des ennuis ».
Je lui ai répondu: « Mais mon fils, les civils
[les "Abejas"] ne font rien de mal. Ils ne volent
pas et ne causent pas de problèmes ». Mais il
n'a pas voulu m'écouter. Une nuit, il est venu et
m'a dit : « Papa, j'ai brûlé ma main.
Elle est encore toute chaude. Mais il y a encore d'autres
personnes à tuer ; je veux continuer à tuer ».
Oui, il a participé au massacre d'Acteal. Ils ne l'ont
pas fait prisonnier. Je ne sais pas où il est. Il
est par-là, il est libre. C'est comme ça. Je
ne sais pas ce qu'il a en tête. Je ne sais pas. »
Les méthodes traditionnelles s’avèrent
insuffisantes dans un contexte de divisions aussi vives car
tous ne reconnaissent pas les mêmes autorités.
Les figures représentant l'autorité perdent
en crédibilité selon leur appartenance à l’autorité traditionnelle
ou à l’autorité officielle. Enfin, le
système officiel est généralement plus
coûteux, parfois corrompu et toujours difficile d'accès
pour les indigènes qui se trouvent relativement sans
défense du fait de leurs difficultés à parler
l’espagnol et de l’absence de connaissance de
leurs droits. Beaucoup ont peur face à un système
perçu comme arbitraire et peu efficace – et
qui l’a souvent été -. Hormis quelques
exceptions, par intérêts politiques ou par méfiance
idéologique, il est peu probable qu'un membre du PRI
ait recours à l'autorité correspondante d'une "municipalité autonome".
Dans d'autres zones, la difficulté à intégrer
les différences a conduit les communautés à se
fermer davantage, défendant parfois leurs coutumes
avec violence et générant des situations de
corruption et de toute-puissance (les fameux "caciquismes").
Dans le même temps, les mesures proposées par
le gouvernement de l'Etat ou au niveau fédéral
sur les droits et la culture indigène ont été élaborées
de façon unilatérale. Elles ne tiennent pas
compte de l'opinion des indigènes, ni de leur propre
conception dans la résolution de leurs problèmes.
Une mise en application réelle des Accords de San
Andrés, fruit des négociations entre l'EZLN
et le gouvernement fédéral en 1996 permettrait
de prendre en compte ces formes de résolution de conflits
propres aux peuples indigènes même si les mécanismes
communautaires sont insuffisants pour répondre à la
problématique actuelle.
Il était certainement plus facile d'arriver à un
consensus lorsqu'il existait une plus grande homogénéité dans
les communautés. Il est cependant important de ne
pas idéaliser ce type de fonctionnement, puisque très
souvent il a signifié l'exclusion de toutes les voix
dissidentes et a conduit à l'exclusion de beaucoup.
Il nous semble donc important de souligner et reprendre ce
qu'il y a de mieux dans chacun des deux mondes pour apprendre à développer
une profonde tolérance face aux différences.

Un
bourgeon d'espérance
Fin mai 1999, SIPAZ a été invité à participer à la
célébration du premier anniversaire du retour
des déplacés d'une communauté des
Hauts-Plateaux du Chiapas. Le retour s'est effectué après
un long processus de négociations et de médiation,
réalisé en grande partie grâce à l'appui
du Centre de Droits Autochtones, CEDIAC.
Histoire du conflit
En 1997, la communauté avait accepté le
projet du gouvernement de construire un chemin rejoignant
la route principale. Les familles en désaccord avec
le parti au pouvoir (PRI), se sont opposées à cette
décision, craignant que cela ne facilite l'entrée
de l'armée. Elles ont donc décidé de
ne pas coopérer à la réalisation de
ce chemin, ce qui fut perçu par les autres membres
de la communauté comme une violation à un
accord communautaire. Quelques personnes affiliées
au PRI ont alors décidé de prendre des mesures
drastiques en brûlant les maisons de quelques familles
d’opposants, ce qui a provoqué la fuite de
plusieurs familles dans la montagne. Les agresseurs décidèrent également
de vendre les animaux et les possessions des familles en
fuite, pour acheter semble-t-il des armes de gros calibre.
Quelques mois plus tard, quelques familles déplacées
sont revenues pour assassiner quatre personnes de la communauté affiliées
au PRI. Il y eût aussi plusieurs blessés.
Après cette tragédie, d'autres familles ont
fui par crainte de plus de violence.
Initiative de réconciliation
La communauté a ressenti le vide produit par le
départ des familles. Le dirigeant de la communauté a
donc décidé d’aller chercher appui
auprès du diocèse de San Cristobal. La Mission
des Jésuites et CEDIAC ont alors engagé un
processus de réconciliation avec l'appui d'une équipe
de médiation incluant deux couples de Juges tzeltales
(Melsanwanej) et un couple de "Principales" (autorités
traditionnelles autochtones). Plusieurs institutions gouvernementales
ont également été impliquées
dans ce processus de réconciliation.
Une fonction des Melsanwanej et des "Principales" est
de "renforcer le cœur" de chaque personne
(femmes et hommes) par des paroles d'encouragement. A la
différence des juges "occidentaux", les
Juges tzeltales cherchent à parvenir à un
accord équitable pour tous les partis impliqués
dans le conflit plutôt que de seulement punir les
responsables. Dans la communauté, la première
tâche des Juges tzeltales et des "Principales" fut
de discuter séparément avec chaque parti
impliqué. Les déplacés leur ont dit
que les assassins avaient fui et, que de leur côté,
ils pensaient former une nouvelle communauté. Cependant,
en discutant avec les Melsanwanej et leurs épouses,
ils se sont rendu compte que ce n'était pas réaliste
puisqu'ils ne disposaient ni de terrain, ni d'argent. De
l'autre côté, les sympathisants du PRI voulaient
le châtiment des assassins. Les Melsanwanej ont admis
que leurs demandes étaient justifiées mais
leur ont dit qu’ils devaient utiliser la voie du
système judiciaire officiel (pour mener l'enquête, émettre
les mandats d'arrêt, etc.). De plus, ils ont reconnu
qu'eux aussi avaient une part de responsabilité dans
ce conflit pour avoir brûlé des maisons et
volé des animaux.
Dénouement
Au début, il y avait beaucoup de rancœur vis-à-vis
des déplacés du fait de la mort des quatre
sympathisants du PRI. Plusieurs réunions ont été nécessaires
pour abaisser les tensions et pour que tout le monde accepte
sa part de responsabilité. Finalement, tous ont
admis que le retour des familles déplacées était
la meilleure solution. Ils ont aussi convenu que la communauté aiderait à la
reconstruction des maisons des familles déplacées,
en finançant les toits de tôle et en fournissant
le bois de construction grâce aux arbres du terrain
communal. Le retour des familles déplacées
s'est effectué il y a un peu plus d'un an.
Jusqu'à maintenant, l'enquête officielle suit
son cours, sans grandes avancées. Pendant ce temps,
les autochtones de la communauté continuent le processus
de réconciliation. Certaines personnes sont encore
douloureusement affectées par les expériences
vécues et des tensions persistent car il s'agit
d'un processus à long terme. Il est cependant notable
que, dans cet exemple, les deux parties impliquées
sont prêtes à se respecter pour réapprendre à vivre
ensemble en harmonie.

La
fonction du Melsanwanej
Le travail réalisé par le
Melsanwanej est de recueillir les expériences et les
pratiques des ancêtres mayas dans leur façon
de rendre la justice selon leurs propres traditions. C'est
en 1995, à l’initiative de plusieurs communautés
et avec l'aide de CEDIAC, de la Mission des Jésuites
et du président municipal de Chilon (à cette époque
membre du PRD, parti d'opposition) que la fonction du Melsanwanej
(juge tzeltal ou "personne qui règle les problèmes")
s'est concrétisée. A cette époque, des
hommes et des femmes des communautés tzeltales ont été formés
pour assumer la fonction de Juge tzeltal. Leur travail couvre
actuellement cinq municipalités du Chiapas.
Les Melsanwanej sont élus pour servir leur communauté,
travaillant conjointement avec les "Principales" pour
chercher une solution juste aux problèmes en cherchant
la meilleure voie pour retrouver l'harmonie perdue. Les "Principales" sont
des autorités morales élues par la communauté pour
perpétuer les traditions ancestrales. Lorsque les
Melsanwanej prêtent serment, ils reçoivent le
bâton de commandement et s'assoient sur un tapis de
nattes qui a une signification symbolique. En acceptant sa
fonction, l'autorité cherche à maintenir tressées
les feuilles avec lesquelles est tissé le tapis de
nattes, c'est-à-dire à maintenir l'unité et
l'harmonie de la communauté dans la justice et la
vérité. Les Melsanwanej sont aussi aidés
dans leur travail par les Coltaywanej, c'est-à-dire,
par les promoteurs de droits humains. Leurs fonctions sont
de veiller, dénoncer et sensibiliser les membres de
leurs communautés sur les droits individuels et les
droits collectifs.
 :: ANALYSE
CHIAPAS: Discours de paix, politique de
force
La situation au Chiapas s'est à nouveau
dégradée au cours des derniers mois. La recrudescence
de la violence à porter sur le compte des forces de
sécurité est apparue alors que le mouvement
zapatiste avait repris l'initiative et démontré une
fois encore son pouvoir de convocation. Par le biais de sa
rencontre avec la société civile, en novembre
1998, de la Consultation zapatiste sur les Droits et la Culture
Indigène en mars passé et les deux forums successifs
en avril et en juin, l'EZLN a pu démontrer qu'elle
continuait à être un acteur avec lequel il fallait
compter.
Au niveau de l'Etat du Chiapas, ces derniers événements
ont permis à l'Armée zapatiste un nouveau rapprochement
avec les organisations sociales qui, sans toujours partager
les mêmes moyens de lutte, ont les mêmes revendications.
A l'échelle nationale, l'EZLN a trouvé un écho
auprès d'autres mouvements populaires qui ont marqué l'actualité récente:
l'effort d'organisation sociale de ceux s'opposant à la
privatisation du secteur électrique et le mouvement étudiant
de l'Université Autonome de México, en grève
depuis plus de deux mois. Le Chiapas ne suscite certes plus
autant d'intérêt qu'au début du conflit,
mais force est de reconnaître que l'EZLN a ouvert les
portes à de nouvelles formes d'organisation et à une
autre façon de concevoir la politique. Elle a aussi
réussi à imposer et maintenir la question indigène
parmi les thèmes en suspens de l'agenda politique
national.
Face à cette persistance du mouvement zapatiste, après
cinq ans de tentative de sabotage, la stratégie du
gouvernement de l'Etat du Chiapas s'est progressivement adaptée.
Dans un premier temps, au début de l'année,
le gouvernement a présenté plusieurs projets
de loi qui paraissaient chercher une solution au conflit
en maintenant l'EZLN à l'écart: "Loi d'amnistie
pour le désarmement des groupes civils", "Loi
sur les droits et la culture indigène", projet
pour redéfinir les limites de certaines municipalités
(voir le précédent bulletin
de mai 1999).
Puis, à peine une semaine après la Consultation
zapatiste, a débuté une campagne publicitaire
faisant état de supposées "désertions" de
zapatistes. Cette offensive visait à suggérer à l'opinion
publique que le conflit avait perdu en intensité et
que l'EZLN ne comptait plus sur le même soutien des
communautés indigènes. La remise d'armes et
de passe-montagnes s'est répétée en
plusieurs endroits, générant une grande confusion
même s'il s'est plus tard avéré que les
supposés "zapatistes" ne l'étaient
plus depuis au moins 1995, voire qu'ils ne l'avaient jamais été.
Certains d'entre eux ont même publiquement reconnu
s’être prêtés à cette mascarade
en échange d'aides économiques. Par cette campagne
accompagnée de promesse de nouvelles aides, le gouvernement
mise sur le fait que la guerre d'usure menée face
aux communautés indigènes, en résistance
depuis plus de cinq ans, va porter ses fruits. Il prétend
répondre (certains diront feindre répondre)
aux demandes exprimées par les zapatistes... sans
les zapatistes, pour que l'opinion publique pense que la
situation au Chiapas est désormais contrôlée.
Finalement, le gouvernement semble avoir opté pour
un retour à la stratégie de force. Comme par
le passé, les actions de harcèlement n'ont
pas été dirigées exclusivement contre
des zapatistes mais également contre des organisations
sociales et paysannes qui pourraient constituer de possibles
alliés pour l'EZLN.
Depuis février 1995, date à laquelle l'armée
fédérale est entrée dans la Forêt
Lacandone pour arrêter le Haut Commandement zapatiste,
le gouvernement fédéral et celui du Chiapas
n'ont guère changé leurs discours et leurs
appels au dialogue et pour la paix. Dans le même temps,
les harcèlements par la police et l’armée
se poursuivaient. Exemple en est le démantèlement
de quatre "municipalités autonomes", l'année
passée.
Au cours des dernières actions, la Police a joué un
rôle plus actif que l'armée. En effet, cette
dernière ne peut agir de manière visible, tombant
sous le joug de la Loi pour le Dialogue de mars 1995. Il
est facile de trouver un prétexte pour entrer dans
les communautés lorsqu'il existe autant de problèmes – supposés
ou réels - entre zapatistes et militants du PRI. D'autre
part - et bien que non mandatée par la Constitution
pour ce rôle -, l'armée se montre de plus en
plus agressive sur les barrages routiers, en particulier
dans la zone des Hauts-Plateaux.
Ces actions récentes
pourraient répondre à différents
objectifs: une répression modérée
et de constantes intimidations peuvent prétendre
créer
une peur suffisante parmi la population pour
que celle-ci cesse de soutenir l'EZLN (c'est
la stratégie de contre-insurrection
décrite dans les manuels où il
s’agit
de «vider l’eau du bocal pour
asphyxier le poisson»);
provoquer une réaction violente de la
part des zapatistes permettrait de justifier
un durcissement de la stratégie
militaire.
Certains analystes pensent également que la formation
de groupes paramilitaires est partie intégrante de
la stratégie de "contre-insurrection" du
gouvernement. Depuis le massacre d'Acteal,
amplement condamné par
la communauté nationale et internationale, il n'y
a pas eu d'actions violentes aussi "visibles" de
la part de groupes de ce type. De nombreuses plaintes rendant
compte de la formation et de l'entraînement de groupes
armés ou de menaces proférées par ceux-ci
continuent cependant à s'accumuler. Dans la région
de Taniperlas, où une municipalité autonome
zapatiste avait été démantelée
l'an passé, nous avons pu écouter une intéressante
et beaucoup plus ample définition de ce que sont les
paramilitaires : « Ce sont ceux qui aident la police
ou les militaires » en dénonçant des
dirigeants de communauté ou d’organisations,
des personnes sympathisantes zapatistes et même des
défenseurs des droits humains.
Certains ont voulu voir dans le changement
au sein du gouvernement fédéral un signe positif pour le Chiapas, rappelant
le travail réalisé par Carrasco Altamirano
en tant que gouverneur de l'Etat de Oaxaca (où une
loi sur les Droits et la Culture indigène existe d'ores
et déjà). Mais son discours « Il n'y
aura pas de changement dans la position du gouvernement pour
privilégier la solution au conflit par le biais du
dialogue » semble indiquer la poursuite de l’actuelle
politique gouvernementale, d’autant que la recrudescence
de la violence a coïncidé avec son investiture.
Dans le cadre des élections présidentielles
de l'an 2000, le thème du Chiapas se voit relégué au
second plan, ce qui constitue un élément préoccupant
quant à la possible résolution du conflit.
La Une des journaux ne parle que de la lutte interne des
différents partis pour choisir leurs futurs candidats.
Le fait que le PAN n'ait pas assisté à la première
réunion entre la COCOPA et le nouveau Secrétaire
d’Etat après un désaccord avec le PRI
montre clairement ses priorités partisanes.
Par ailleurs, aborder le thème du Chiapas au cours
du débat électoral désavantagerait le
gouvernement fédéral et son parti étant
donné le peu d'avancée vers la résolution
du conflit. Pour le gouvernement de Zedillo, il serait préférable
de chercher à "gérer" le conflit
jusqu'à l'an 2000, en poursuivant sa stratégie
d'usure mais en évitant dans la mesure du possible
une confrontation ouverte avec les zapatistes.
«
On prend les mêmes et on continue » pourrait être
la phrase résumantles événements récents
du Chiapas. D'un côté, les discours du gouvernement
pour le dialogue et la paix, accompagnés d’une
politique sociale d’odeur préélectorale.
De l’autre, l'EZLN engageant des actions lui garantissant
une plus grande audience nationale et internationale pour
ne pas se voir exclue de l'agenda politique et cherchant à construire
des alliances avec d'autres mouvements.
Face à cette situation, il est peu probable que l'on
avance dans le sens d'une résolution du conflit. Au
contraire, les derniers événements et les aménagements
politiques à tous les niveaux pourraient aggraver
les situations conflictuelles dans la lutte pour le pouvoir
au Mexique.
 :: ACTIVITES DE L'EQUIPE
Mai - Juillet 1999
Visites et contacts
- Nous avons réalisé plusieurs visites dans
la zone Nord (municipalités de Yajalon, Tila et Tumbala)
pour parler avec des paysans, des déplacés
qui sont revenus, des représentants de plusieurs églises
et d’organisations sociales, des dirigeants de Développement,
paix et justice et des autorités locales.
- Nous sommes allés dans la zone des Cañadas
de Taniperlas pour parler avec des habitants, des promoteurs
de droits humains, de représentants de l'armée
et de la police de l'Etat.
- Nous avons visité les familles déplacées
de Nazareth temporairement installées à Nuevo
Paraiso (municipalité de Ocosingo).
- Nous avons visité une communauté des
Hauts-Plateaux pour le premier anniversaire du retour des
familles déplacées.
- Nous sommes allés durant une semaine dans le
Campement civil pour la paix de X'oyep, Chenalhó.
- Nous avons rencontré des représentants
de l'Union Européenne à Mexico et une délégation
du Département d'Etat des Etats-Unis.
Information
- Nous avons élaboré et distribué une
action urgente concernant l'augmentation de la répression
par l'armée fédérale et la police dans
les communautés autochtones des Cañadas.
- Nous avons rencontré des dirigeants religieux
(protestants et catholiques), pour préparer un document
sur la situation religieuse au Chiapas.
- Nous avons organisé le programme de la délégation
du Conseil des Eglises du Colorado (EUA), en incluant
des visites à Venustiano Carranza, Nicolas Ruiz
et Acteal et des réunions avec plusieurs organisations
de San Cristobal.
- Nous avons organisé une partie du programme
de deux visites de représentants de l'ambassade
des Etats-Unis.
- Nous avons reçu plusieurs délégations
nationales et internationales, parmi lesquelles,
une délégation
de représentants des Eglises catholique
et protestante de Suisse.
Education
- Nous avons animé une série d'ateliers sur
la non-violence active avec la participation de 15 à 20
membres de différentes ONG qui travaillent au
Chiapas.
- Nous avons participé à un atelier animé par
CEPAZ (Collectif d'éducation pour la paix) sur
la résolution de conflits dans une communauté de
Altamirano.
- Nous avons aidé l'organisation Alliance Civique
dans un atelier sur le thème de l'analyse
des conflits à Villa
de las Rosas.
- Nous avons participé à un atelier sur
la résolution des conflits selon les méthodes
traditionnelles tzeltales dans une communauté près
de Chilon.
- Nous avons animé deux ateliers sur le thème
de la communication à Yajalon et à Comitan
avec des membres d'organisations de la société civile.
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