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:: BULLETIN DU SIPAZ: Vol IV No 3 - Août 1999

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Actions recommandées

-> Actualité Chiapas: Nouvelle vague
de harcèlements
-> Analyse Discours de paix,
politique de force
-> Dossier A la recherche de solutions
aux conflits :
justice et
réconciliation communautaires
dans la tradition indigène
-> Activités de l'équipe
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:: SYNTHÈSE

Au cours des derniers mois, l'EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale) a continué à multiplier ses initiatives politiques pour maintenir le thème des droits indigènes dans l'agenda politique et défendre son statut de force politique. Elle a organisé deux forums après la Consultation zapatiste sur les "Droits et la Culture Indigène" et renforcé ses liens avec d'autres organisations dans l'ensemble du Mexique.

D'un autre côté, le gouvernement a eu recours à différentes stratégies militaires et politiques afin d'affaiblir la position des zapatistes. Début juin, un an après le violent démantèlement de quatre municipalités autonomes, quelques 100 à 1000 soldats et policiers ont effectué des incursions dans dix communautés des "Cañadas" (Forêt Lacandone).
Pour justifier ces incursions, les autorités locales et fédérales ont prétexté l'application de la Loi sur les armes à feu et explosifs, la lutte contre le trafic de drogue, la détention de délinquants, la nécessité de s'assurer que l'aide gouvernementale soit distribuée et la protection de populations qui en avaient fait la demande. La diversité de ces prétextes et la multiplication d’incursions violentes sous-entendent l’existence d'autres objectifs politiques et militaires.

Le gouvernement mexicain continue d’affirmer que sa patience pour parvenir à une solution pacifique au conflit du Chiapas est inépuisable. Cependant et de manière périodique, il ordonne des incursions militaires et policières qui misent sur l'usure des communautés zapatistes en leur montrant ce que les zapatistes ou leurs alliés peuvent espérer et tente de miner les efforts d'organisation de l'opposition. Ces récentes incursions ont eu pour conséquences des arrestations, des harcèlements, le déplacement de 50 familles qui ont fui par peur à ce qui pouvait suivre, la destruction de biens domestiques par l'armée et l'installation de nouveaux campements militaires à l'intérieur ou autour de communautés. Au cours des derniers mois, une attitude plus agressive dans les barrages de l’armée, de la police et des services de l’immigration a également été rapportée dans la région des Hauts-Plateaux et de la Forêt Lacandone.

Les évènements de juin ont coïncidé avec la nomination d'un nouveau Secrétaire d'Etat, Diodoro Carrasco. Francisco Labastida a démissionné de ce poste pour pouvoir entrer dans la bataille politique de la candidature au PRI pour les élections présidentielles de l'an 2000. Que cela ait été ou non intentionnel, le fait est que les incursions récentes ont été interprétées comme un signe de la poursuite de la politique gouvernementale actuelle malgré cette nouvelle nomination. Une réunion s’est tenue – la première depuis 10 mois – entre le nouveau Secrétaire dÉtat et la COCOPA (Commission intégrée par plusieurs députés pour appuyer le processus de paix), sans parvenir à un accord.

Dans le même temps, la propagande selon laquelle de supposés zapatistes avaient rendu leurs armes en échange d'une aide gouvernementale s’est poursuivie, information que l'EZLN a qualifiée de "farce". Dans certains cas, les participants ont reconnu plus tard qu'ils avaient participé à cette mascarade en échange d'un appui financier. Ces "désertions" zapatistes douteuses et les opérations policières et militaires actuelles semblent faire partie d'une stratégie gouvernementale pour démontrer que l'EZLN est une force politique négligeable et ainsi pouvoir déclarer la paix de façon unilatérale.

Au niveau de l'Etat du Chiapas, de nouvelles initiatives de lois (qui ont commencé avant les incursions) semblent corroborer cette interprétation : Droits et culture indigène, désarmement, amnistie et redéfinition territoriale des municipalités. Le gouvernement fédéral a de plus annoncé un financement de quelques 11 millions de dollars (incluant un prêt de la Banque Mondiale) qui bénéficierait à 3000 producteurs originaires de 116 communautés des "Cañadas", région clef du soutien aux zapatistes. L'aide gouvernementale est un sujet particulièrement polémique dans les zones d'influence zapatiste. Quel que soit le montant de cet investissement, il est fort probable qu'il génère une recrudescence des désaccords au sein des communautés.

L'enquête sur le massacre d'Acteal du 22 décembre 1997, a permis la condamnation de Mariano Pérez Ruiz, un ex-militaire accusé d'entraîner le groupe paramilitaire auteur du massacre. Toutefois et comme pour les 10 anciens policiers jugés antérieurement, la justice n’a retenu que le délit de port d'armes réservées à l'usage de l'armée en le condamnant à deux ans de prison avec possibilité de sortie sous caution. L'armée a reconnu qu'il était militaire mais qu'il se trouvait en vacances lorsque sa relation avec le groupe paramilitaire a été établie. L'accusé a dans un premier temps confirmé cette version, puis a déclaré qu'il avait agi sur ordre de l'armée. Dans le cadre de cette même enquête, le 19 juillet passé, 20 détenus ont également été condamnés à 35 ans de prison pour meurtre qualifié, lésions graves et port d'armes à feu sans licence et d'usage exclusif de l'armée mexicaine.

En juillet, quatre partis de l'opposition et le sénateur Pablo Salazar (qui a récemment démissionné du PRI) ont signé un accord pour élire un candidat unique pour les élections de l'an 2000 au poste de gouverneur du Chiapas. La nouvelle coalition représente un défi d'un formidable potentiel face à l'historique domination du PRI dans la politique du Chiapas.
D'un autre côté, la Commission Nationale de Droits Humains (CNDH) – qui dépend du gouvernement - a dénoncé la pratique de la torture au Mexique, accusant le bureau du Procureur Général de la République (PGR) et le Secrétariat de la Défense Nationale (SEDENA) d’être les instances ayant fait l'objet du plus grand nombre de plaintes. Pour la première fois de l'histoire, la CNDH a publié des chiffres, rapportant 1679 plaintes présentées contre de la SEDENA, principalement déposées par des civils qui ont déclaré avoir été victimes de membres de l'armée.

A l'échelle internationale, le dernier rapport d'Amnistie Internationale souligne les violations des droits humains au Mexique et critique la gestion du conflit du Chiapas.

A un an des élections présidentielles, le Mexique est d'ores et déjà entré dans une période de pré-campagne, ce qui explique un moindre intérêt pour le conflit du Chiapas. Ceci semble avantager le gouvernement dans la mesure où un débat sur cette question porterait tort au parti officiel étant donné le peu d'avancée vers la résolution du conflit depuis 1994. Plus que la recherche d'une véritable solution, il est plus avantageux pour l'administration Zedillo de continuer à "gérer" le conflit jusqu'aux élections: réaffirmer son engagement pour le dialogue, continuer sa stratégie de contre-insurgence pour affaiblir ou pour le moins contenir le soutien aux zapatistes et engager des programmes sociaux afin de renforcer sa base électorale. Il est fort probable que l'EZLN continuera à défendre son espace politique autant qu'il le pourra, mais, dans le même temps, elle ne montre aucune intention de renouer les négociations tant que ses conditions préalables n'auront pas été remplies.

Dans cette mesure, les signes d’une amélioration de la situation au Chiapas sont peu engageants et la délicate situation qui pourrait occasionner une situation de conflit croissant se maintient.

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Actions recommandées

  1. Exhorter la COCOPA à profiter de l'appui populaire à sa proposition de loi indigène pour tenter de la présenter au Congrès de la République, en faisant prévaloir l'intérêt supérieur de la paix sur les positions partisanes.
  2. Presser l'administration Zedillo de :
    • désarmer les groupes paramilitaires ;
    • reconnaître et respecter le travail humanitaire et la contribution au processus de paix des observateurs internationaux et des défenseurs des droits humains ;
    • ordonner une réduction substantielle des troupes fédérales dans les zones de conflits pour démontrer sa volonté véritable et concrète de dialogue.
  3. Diffuser l'information - comme ce bulletin - sur la situation du Chiapas.

Veuillez écrire à:

Lic. Ernesto Zedillo Ponce de León
Presidente de la República
Palacio Nacional
06067 México, DF - México
Fax: (int-52) (5) 271 1764 / 515 4783

Roberto Albores Guillén
Governador de Chiapas
Fax: (int-52) (961) 20917

Comisión de Concordia y Pacificación
Paseo de la Reforma # 10, piso 17
06018 México, DF - México
Fax: (int-52) (5) 140 3288

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:: ACTUALITE

CHIAPAS : Nouvelle vague de harcèlements

Le président Zedillo, au cours de sa quatrième visite au Chiapas depuis le début de l'année, a déclaré que

«le gouvernement n'aurait jamais recours à la violence ou à la répression face aux opposants. Le gouvernement veut le dialogue, la négociation. [...] Heureusement, il n'existe au Mexique aucune répression d'aucun type. [...] Le fait qu'il existe des divisions et des affrontements dans quelques communautés du Chiapas (en particulier dans les communautés indigènes) nous attriste beaucoup et devrait constituer une préoccupation pour tous. Il est très triste que, par intolérance politique, ethnique ou religieuse, des affrontements entre frères continuent à avoir lieu.»
(La Jornada, 18 mai 1999)

Ce commentaire a été renforcé par Emilio Rabasa, le coordinateur gouvernemental pour le Dialogue et la Réconciliation soulignant qu'

«[au Chiapas] la stratégie [gouvernementale], à un an et cinq mois du massacre d'Acteal, a permis un climat de distensions et de stabilité. [...] Aujourd'hui [...], la concorde et la vie en commun sont favorisées»
('La Jornada', 30 mai 1999)

Au même moment, fin mai, Diodoro Carrasco Altamirano a remplacé Francisco Labastida Ochoa au poste de Secrétaire d'Etat. Ce dernier a démissionné pour pouvoir se consacrer pleinement à sa pré-campagne présidentielle. Début juin, ce changement a permis une réunion (la première en dix mois) entre la COCOPA (Commission pour la Concorde et la Pacification) et le Secrétaire d'Etat. Le député López y Rivas du PRD (Parti de la Révolution Démocratique) a demandé si le gouvernement fédéral était prêt à présenter un nouveau projet de loi en ce qui concerne les 'Droits et Culture Indigène' ou à retirer celle qu'il avait déjà présentée. La réponse fut que le Secrétaire d'Etat «allait prendre ce commentaire en considération», sans s’engager sur aucun accord concret.

Bien que tous ces éléments semblent prouver la bonne volonté supposée des représentants du gouvernement, la réalité ne correspond pas aux discours. En effet, quelques jours plus tard, au cours des deux premières semaines de juin, on a pu observer une augmentation significative des incursions militaires et policières dans des communautés zapatistes ; des détentions arbitraires de présumés zapatistes ; des harcèlements par les militaires dans les barrages routiers ainsi que l'installation de nouveaux campements militaires. Entre cent et mille policiers et militaires ont pris part à chacune de ces incursions. Pour justifier ces opérations, les autorités locales et fédérales ont prétexté l'application de la Loi sur les armes à feu et explosifs, la lutte contre le trafic de drogue, la détention de délinquants, la nécessité de s'assurer que l'aide gouvernementale pouvait être distribuée et la protection de populations qui en avaient fait la demande.

Des incursions ont été enregistrées dans une dizaine de communautés des "Cañadas" d'Ocosingo (comme La Trinidad et Nazareth). Elles ont été à l'origine d'une grande peur parmi la population. Cinquante familles originaires de Nazareth et sympathisantes de l'EZLN ont ainsi pris la fuite et se sont réfugiées dans une communauté voisine. A la fin du mois de juin, au cours d'une visite de SIPAZ à la zone, les déplacés de Nazareth nous ont affirmé : «Il existe des mandats d'arrêt contre nous pour des délits fabriqués de toute pièce. Nous ne pouvons pas revenir à cause de cela. Certains de nos enfants sont restés là-bas et les membres du PRI ne nous laissent pas passer pour leur donner à manger».

Au cours des opérations de El Censo et Pavorreal (également dans la municipalité d'Ocosingo), des militaires et des policiers ont détenu de supposés zapatistes en les accusant de délit de droit commun. Les habitants de ces communautés ont parlé dans leurs témoignages de la destruction de maisons, de biens domestiques et de mauvais traitements physiques. Lors de la mise sous presse de cet article, les patrouilles de l'armée continuaient dans la zone. Selon les autorités des communautés zapatistes, durant les patrouilles, les militaires soumettaient les habitants à des interrogatoires agressifs.

Au cours des derniers mois, on a également pu noter une attitude plus agressive dans les barrages policiers, militaires et de l’immigration. A plusieurs reprises, des membres d'ONG ont fait l'objet d'intimidations ou ont été empêchés de libre transit. Les militaires exercent des fonctions policières (détentions) ou migratoires (enregistrer les papiers des étrangers) et les agents de l’immigration posent des questions de type "intelligence militaire" (sur de possibles contacts avec les zapatistes).

Le Rapport de la Conférence de l'Episcopat mexicain explique que, dans le conflit du Chiapas, le gouvernement a utilisé deux types de stratégies : affaiblir l'EZLN et critiquer le diocèse de San Cristóbal, y compris ses deux évêques, Samuel Ruiz et Raul Vera. Il indique encore que le statu quo des négociations est dû à l'intolérance des deux parties et à l'absence de la mise en place des accords de San Andrés.

Appuis économiques

En avril, mai et juin, la propagande du gouvernement sur la remise d'armes de supposés zapatistes en échange d'un appui économique gouvernemental s’est poursuivie. L'EZLN et certaines organisations sociales locales ont qualifié ces événements de " farce et théâtre".

Au niveau fédéral, le gouvernement a engagé un programme sans précédent qui prévoit une forte présence gouvernementale dans 116 communautés des "Cañadas" d'Ocosingo, Las Margaritas et Altamirano. Ce programme sera mis en place par le biais d'un budget de près de 109 millions de pesos (environ 11 millions de dollars américains), qui, en théorie, bénéficierait directement à plus de 3000 producteurs. Le projet inclut un prêt de la Banque Mondiale. En prévision de l'implacable opposition zapatiste pour empêcher le gouvernement de réaliser ce programme dans les communautés sous son influence, le Procureur Général du Chiapas, Eduardo Montoya Liévano, a récemment déclaré que «le gouvernement garantirait que l'aide parviendrait aux communautés même s’il devait pour cela recourir à la force publique». Il est à craindre que ce nouveau programme servira à augmenter le conflit social dans la zone. Ces inquiétudes augmentent encore lorsque l'on sait que l'organisme aidant le gouvernement à élaborer sa stratégie productive au Chiapas est le Cabinet de Conseil Alternative A.C., dirigé par Diana Orive, sœur d'Adolfo Orive, personnalité de la ligne dure qui a été l'un des principaux architectes de la politique poursuivie par l'administration Zedillo au Chiapas.

Acteal

Le 20 mai, Mariano Pérez Ruiz, ex-militaire accusé d'entraîner le groupe paramilitaire auteur du massacre d'Acteal, a été condamné. Toutefois, comme pour les 10 ex-policiers précédemment jugés, il a seulement été condamné pour délit de port d'armes réservées à l'usage exclusif de l'armée, soit deux ans de prison avec la possibilité de sortie sous caution. L'armée a reconnu qu’il était effectivement militaire mais qu'il se trouvait en vacances lorsque la relation avec le groupe paramilitaire a été établie. L'accusé a dans un premier temps confirmé cette version des faits, puis a déclaré avoir agi sur ordre de l’armée. De la même façon, le 19 juillet passé, 20 détenus ont été condamnés à 35 ans de prison pour meurtre qualifié, lésions graves et port d'armes à feu sans licence et à l'usage exclusif de l'armée mexicaine.

D'autres éléments dans le cadre de cette enquête ont inclus l'arrestation de Victorio Arias Pérez, un des dirigeants présumés des paramilitaires responsables du massacre d'Acteal ainsi que l'exécution de trois autres mandats d'arrêt.
Amnistie Internationale a par ailleurs demandé au gouvernement des Etats-Unis qu'une enquête soit menée sur Julio César Ruíz Ferro (qui était gouverneur du Chiapas lorsqu’a eu lieu le massacre et qui travaille désormais pour l'ambassade mexicaine des Etats-Unis) afin de connaître sa responsabilité dans ce massacre. Cette demande a été rejetée par le sous-secrétaire pour l'Amérique du Nord et l'Europe, Juan Rebolledo Gout, sous prétexte «qu'il n'y a pas de nations exemptes de violations des droits humains dans le monde».

La CNDH

La Commission Nationale pour les Droits Humains (CNDH) a constaté que la "dégradante" pratique de la torture persiste au Mexique. Selon son rapport, en 1998, 21 cas de tortures ont été enregistrés. Le bureau du Procureur Général de la République (PGR) et le Secrétariat de la Défense Nationale sont apparus comme les deux principales instances dans lesquelles des fonctionnaires se sont rendus responsables de ce type de faits.

Pour la première fois dans l'histoire, la Commission a publié des chiffres se référant à la SEDENA. Elle a dit avoir reçu 1679 plaintes, dans la majorité des cas de la part de civils et pour au moins 400 d'entre eux par des militaires dans l'exercice de leurs fonctions ou par des déserteurs.

La CNDH a de plus proposé une réforme législative pour réduire la confusion existant pour définir l'autorité la plus indiquée pour traiter les cas de violations de droits civils de la part de militaires. Le Centre des Droits Humains Miguel Augustín Pro Juárez a affirmé à ce sujet que le Code de Justice Militaire ne pouvait en aucun cas prévaloir sur la Constitution Générale (l'article 13 mentionne que les procès de violations de droits civils devaient être présentés devant une autorité civile), ni sur les Conventions Internationales de droits humains signées par le gouvernement mexicain et ratifiées par le Sénat de la République, de sorte qu'une réforme législative s'avèrerait inutile.

La CNDH a elle-même été l’objet d’un changement législatif lorsque, début juin, par le biais de l'approbation des réformes à l'article 102 de la Constitution, elle a reçu pleine autonomie face au pouvoir exécutif fédéral. C'est maintenant le Sénat de la République qui est responsable de nommer son titulaire. L’augmentation des pouvoirs de la CNDH pour traiter les questions électorales et liées au monde du travail n'a en revanche pas été acceptée.

Autres thèmes

En avril 1999, le député fédéral du PRD, Gilberto López y Rivas, alors président de la COCOPA, a annoncé que la fraction PRD de la Chambre des Députés détenait des informations sur le fait qu'au Chiapas de nombreux camps d'entraînement de groupes paramilitaires financés par les gouvernements locaux et fédéral avaient été mis en place. Deux célèbres membres du PRI du Chiapas ont demandé la démission de López y Rivas pour atteinte à la réalité du Chiapas et à la fonction de la COCOPA. En réponse, ce dernier a présenté les informations qu'il détenait au Procureur Général de la République exigeant qu'une profonde enquête soit réalisée.

Au cours de la seconde rencontre entre des représentants de la société civile et l'EZLN (8 et 9 mai 1999), l'Armée zapatiste a invité les coordinations nationales, étatiques et municipales de la Consultation à se transformer en structures de contact entre l'EZLN et la société civile. Le 20 juin, un second forum pour l'Etat du Chiapas a été réalisé. Plus de 70 organisations sociales mexicaines y ont participé.

En juillet, quatre partis de l'opposition et le Sénateur Pablo Salazar (qui a récemment démissionné du PRI) ont signé un accord pour élire un candidat unique pour les élections au poste de gouverneur du Chiapas (prévues pour l'an 2000). La nouvelle coalition, appelée "Mouvement de l'Espoir", inclue le Parti d'Action Nationale (PAN), le Parti de la Révolution Démocratique (PRD), le Parti Vert Ecologiste du Mexique (PVEM) et le Parti du Travail (PT). Bien que l'accord ne mentionne pas quel sera le candidat, Salazar a exprimé son désir d'entrer dans la bataille électorale. Alors qu'il était encore membre du PRI, il avait fortement critiqué la politique du gouvernement par rapport au Chiapas. La nouvelle coalition représente un défi d'un formidable potentiel face à l'historique présence du PRI dans la politique du Chiapas.

Au niveau international

Dans son rapport annuel de 1998, Amnistie Internationale a affirmé qu'elle continuait à recevoir des dénonciations pour violations des droits humains, violations commises par l'armée fédérale et par les groupes paramilitaires liés au gouvernement mexicain. Elle a ajouté que les violations les plus fréquentes concernaient des prisonniers politiques, le harcèlement de dirigeants d'ONG et l'expulsion d'observateurs internationaux.

Aux Etats-Unis, un ex-capitaine de l'armée mexicaine a obtenu le droit d'asile sous le motif de poursuite pour avoir refusé de tuer des rebelles zapatistes faits prisonniers. Il est aux Etats-Unis depuis 1994. Au cours du procès (une première dans son genre), la juge nord-américaine en charge du dossier a dit que selon deux rapports de droits humains et le témoignage d'un expert, il y avait de bonnes raisons de croire que l'armée mexicaine avait torturé et tué des rebelles zapatistes.

De plus, le 1er juillet, le Sénat des Etats-Unis a accordé une aide financière et en a profité pour exprimer sa préoccupation pour la non résolution du conflit du Chiapas : «La militarisation de la région, incluant la violence perpétrée par des groupes paramilitaires pro-gouvernementaux, a provoqué la mort de civils et à forcer des milliers de personnes à fuir ». Notant le peu d'avancées vers une solution, le Sénat a invité le gouvernement mexicain à prendre rapidement une décision quant à la date de la visite du Haut-Commissaire pour les droits humains de l'Organisation des Nations Unies (ONU) et «pour prendre les mesures qui permettraient de créer les conditions nécessaires qui conduiraient à un dialogue politique».

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:: DOSSIER

A la recherche de solutions aux conflits:

Justice et réconciliation communautaires dans la tradition indigène

« [L'Etat] permettra la reconnaissance par le droit positif mexicain des autorités, des normes et des procédures de résolution de conflits internes des peuples et des communautés indigènes, afin que la justice soit appliquée en fonction de leurs systèmes normatifs internes et que, par le biais de procédures simples, leurs jugements et leurs décisions soient ratifiés par les autorités juridictionnelles de l'Etat. »
(Extrait des "Engagements du gouvernement fédéral avec les peuples indigènes" tiré des Accords de San Andrés signés en février 1996 avec l'Armée Zapatiste de Libération Nationale)

On a beaucoup écrit sur le Chiapas depuis le soulèvement armé de janvier 1994. Mais on en sait pourtant toujours peu de ce qu'est la vie au quotidien des communautés indigènes, de leurs manières d'affronter les "problèmes" (ils utilisent le mot "problemas" en espagnol dans leur langue pour parler des conflits). Pour la plupart des médias et dans les publications sur ce thème, ce n'est même pas une question mais un fait acquis : les solutions aux conflits ayant fait éruption dans toute la région doivent obligatoirement venir de l'extérieur. En prenant le temps de s'approcher et en prêtant un peu attention, on comprend cependant qu'il y aurait beaucoup à apprendre de ceux que certains considèrent comme ignorants...

Des autorités au service du peuple...

Dans la manière de faire face aux différends apparaissant dans les communautés indigènes du Chiapas, les autorités de la hiérarchie politique et religieuse jouent un rôle clé. Il est d'ailleurs intéressant de souligner - comme l'a fait pour nous Antonio Paoli, un sociologue qui a travaillé au Chiapas durant de nombreuses années - qu'en tzeltal (une des principales langues indigènes de l'Etat), le mot "autorité" signifie "celui qui a un travail". Le sens accordé à ce mot diffère donc de celui que nous lui prêterions : pour eux, l'autorité est un service pour la communauté. Personne ne va les payer pour rendre ce service ; ils devront au contraire "payer" par leur travail.

Paoli ajoute : « Plus que quiconque, les autorités doivent travailler jusque dans les plus petites besognes pour rendre "leur cœur petit". La vérité n'est pas dans le coeur de celui qui se croit important, de celui qui se donne de grands airs. Seul celui qui se croit petit a la vérité dans son coeur. L'humilité est un principe, une valeur fondamentale pour les indigènes. »

Même si ce n'est pas le cas dans toutes les communautés, un autre élément qui peut s'avérer étonnant pour nous, tient au fait que, pour nommer leurs "cargos" (figures d'autorité), ils ne vont pas forcément élire les personnes les plus compétentes, ni celles se distinguant par leurs capacités de "leadership". Parfois, ce sont plutôt des personnes marginales qui semblent s'éloigner de la "coutume". Assumer un "cargo" est, selon eux, la meilleure forme d'apprentissage et de socialisation pour que ces personnes parviennent à l’état de "bats'il winik" ("hommes véritables", concept qui existe dans les principales langues indigènes du Chiapas).

Les autorités n'ont dès lors pas le temps nécessaire pour travailler leurs "milpas" (champs dans lesquels ils cultivent maïs et haricots) ; certaines doivent aussi prendre à leurs charges les frais occasionnés par les fêtes de la communauté. Pour pouvoir alors remplir les devoirs de leur "cargo", elles doivent demander de l'aide aux membres de leurs familles, renforçant ainsi leurs relations. La cohésion familiale est vitale pour éviter les conflits ou les affronter au mieux.

La dimension communautaire est omniprésente : en tzeltal, l'idée même de "pécher" signifie "rompre le pacte social". Par exemple, boire de l'alcool n'est pas un péché en soi mais le devient si la personne saoule génère des problèmes au sein de la communauté.

Le dialogue est privilégié et la majorité des décisions est prise par consensus. Il est très important que tous puissent parler et exprimer ce qu'ils pensent dans leurs propres termes. Ceci peut paraître surprenant pour le "kaxlan" (personne non-indigène) assistant pour la première fois à une assemblée communautaire : chaque participant peut parler de 15 à 20 minutes, quelquefois plusieurs personnes peuvent parler en même temps. Celui qui ne parle pas, n'est pas d'accord et il est dès lors important de l'inciter à exprimer son désaccord (mais jamais de manière directe). On note aussi cette tendance dans les ateliers de SIPAZ ou dans ceux auxquels nous participons dans les communautés lorsque plusieurs personnes paraissent répéter plus ou moins la même chose. Il s'agit pour elles de s'assurer que l'idée est partagée par tous.

Médiation et résolution des conflits

Un défenseur des droits humains de la région d'Agua Azul a expliqué à Paoli ce qu'est la médiation : « Une fois qu'ils sont assis, je leur demande de cesser de parler sur ce ton (en criant). Ils deviennent alors presque toujours plus raisonnables. Par le biais du ton, des décibels, tu diminues un petit peu ta colère».

Un dirigeant d'une des principales organisations sociales de la zone "Cañadas" explique : « Lorsque nous recevons une plainte, que faisons-nous ? [...] Il faut d'abord rechercher les causes. Si c'est un problème particulièrement difficile à résoudre et s'il continue à s'aggraver, nous devons chercher une autre personne qui puisse faire baisser le ton de la dispute ».

En tzeltal, le mot "médiateur" signifie "être au milieu". Le témoignage de ce même dirigeant rend compte d'une profonde expérience et d’une réflexion sur le thème de l'impartialité: « Tu te dois de voir la personne dans toute sa grandeur et sa bonté ; pour les deux parties du conflit, c'est ce que tu dois voir. Si tu prends l'un des deux en pitié, tu ne peux pas être le médiateur. [...] Si tu souffres comme membre de la communauté, c'est autre chose. Mais si tu as mal pour l'un d'entre eux, tu ne peux pas être le médiateur. C'est pour cela que l'on ne peut pas faire appel au père ou au frère ; le médiateur ne doit pas appartenir à la famille d’une des deux parties. Il est important d'avoir plusieurs figures d'autorités pour pouvoir élire la personne la plus adéquate. Ceci signifie qu'il n’existe pas de médiateur "officiel". Il faut rechercher un médiateur parmi tous ».

Dans la dernière partie de son témoignage, il souligne certaines qualités essentielles pour un médiateur : « Une chose très importante, c'est de tolérer, tolérer, tolérer. Parce que tu vas être l'objet d'attaques, parce qu'ils vont chercher à faire pencher la balance en leur faveur et qu’ils vont chercher à te corrompre pour que tu sois de leur côté ».

Le "retour du cœur" : intégration de changements et réconciliation

Au cours d'un atelier du Collectif d’Education pour la Paix (CEPAZ), près d'Altamirano, les participants ont défini la réconciliation en ces termes : « Parvenir à un accord pour résoudre un problème », « Vivre en paix, ne pas faire de problèmes », « Demander pardon, présenter des excuses à la personne incriminée, avant de la présenter à la communauté ».

L'idée de pardon requiert plus d’explication car la signification indigène diffère de celle occidentale. En tzeltal, on parle de "retour du cœur" : l'agresseur demande à la victime qu'elle lui "retourne son coeur", ce qui laisse entrevoir une conception très profonde de la réconciliation sous une forme de reconstruction des relations. Il faut souligner que cet acte se réalise de manière communautaire.

Leur pardon n'est cependant pas l’oubli. Ainsi, après le massacre de 45 personnes à Actéal en décembre 1997 appartenant au groupe des "Abejas", les membres ont pardonné publiquement aux assassins, mais cela ne les a pas empêché de demander que justice soit faite.

La justice indigène : réparer plus que punir

Une caractéristique des processus de résistance indigène a été leur capacité à passer de coutume à modernité, d’exclusion à intégration. La conception du système judiciaire occidental est par contre assez rigide : les procédures cherchent à établir si l'accusé est coupable et quelles sont les sentences possibles (établies d'avance dans le Code Pénal).

Pour les indigènes, l'idée clé derrière le concept de justice est de parvenir à un accord. En règle générale, le droit ne sera pas appliqué au détriment de la volonté ou des désirs des personnes. Une véritable solution doit éviter de futurs conflits : en effet, si un des protagonistes n'est pas satisfait de l'accord passé, il est presque certain que suivront des représailles et une spirale sans fin de vengeances au lieu d'une réconciliation.

Au cours d'un atelier animé par CEDIAC - le Centre des droits autochtones (voir l'article...), un groupe de juges traditionnels avait réalisé un jeu de rôle sur le thème d'un problème relativement courant dans les communautés : une bagarre entre un homme saoul et le frère de la jeune fille qu'il cherchait à séduire. Ils remarquèrent : « Le Ministère Public ne cherche pas la racine des problèmes. Dans le jeu de rôle, le problème n'est pas la jeune fille, mais d’abord la personne qui vend l'alcool dans la communauté. Le Ministère Public n'a pas demandé qui était à l’origine du problème et n'a vu que ses conséquences. De cette façon, on ne peut pas parvenir à un bon accord ».

Dans l'idée de punition, la perspective n'est pas individualiste mais au contraire globale et intégrale. Dans l'atelier sur la Réconciliation auquel CEPAZ nous avait invité, un indigène défenseur des droits humains de la municipalité d’Altamirano, disait à propos du système judiciaire mexicain : « Ce n'est pas une bonne justice. Quand tu tues quelqu'un, le gouvernement te met en prison. Il ne reconnaît pas le droit de la famille. Mais tous souffrent dans l'affaire : celui qui est tué, celui qui tue et leurs familles respectives. Il faut prendre les mesures nécessaires pour les membres des familles, rechercher des accords pour que la communauté ne se voie pas affectée ». Un promoteur originaire d'une autre région a ajouté : « Faire justice, c'est chercher la façon de rester unis comme des frères et cesser de penser en ennemis ».

Plus qu'imposer une punition, il est important de réparer le mal commis. Pour un assassinat, la réparation serait que l'assassin devienne responsable de la subsistance de la famille de la victime pour le reste de sa vie. Cependant, il esr important de mencionner que dans ce cas, actuellement, c’est le système judiciaire fédéral qui prévaut.

Rupture de l'unité, crise de l'autorité

Dans le contexte actuel et malgré leur richesse, les méthodes indigènes traditionnelles de résolution de conflits semblent insuffisantes pour répondre à la situation qui existe au Chiapas. Il sera difficile de trouver des moyens conduisant à la réconciliation dans les situations où la violence a d'ores et déjà éclaté. Les conflits secondaires - y compris ceux qui peuvent paraître mineurs – sont également exacerbés par la bipolarisation générée par le conflit à grande échelle entre l'EZLN et le gouvernement fédéral. Divisions, forte tension entre les différents groupes (de nature politique, économique ou religieuse), incidents violents, détérioration du tissu social sont autant de termes utilisés en référence à la situation du Chiapas depuis 1994...

Le témoignage déchirant d'un réfugié sexagénaire du groupe des "Abejas" illustre cette situation de façon plus parlante : « Mon fils est l'un des leurs, les paramilitaires. Il a 28 ans. Je ne sais pas ce qu'il a dans la tête. Par deux fois, il est venu pour nous tuer. Il m'a dit : « Papa, nous sommes du PRI. Nous ne voulons ni des zapatistes, ni des civils. Ils ne servent qu'à nous créer des ennuis ». Je lui ai répondu: « Mais mon fils, les civils [les "Abejas"] ne font rien de mal. Ils ne volent pas et ne causent pas de problèmes ». Mais il n'a pas voulu m'écouter. Une nuit, il est venu et m'a dit : « Papa, j'ai brûlé ma main. Elle est encore toute chaude. Mais il y a encore d'autres personnes à tuer ; je veux continuer à tuer ». Oui, il a participé au massacre d'Acteal. Ils ne l'ont pas fait prisonnier. Je ne sais pas où il est. Il est par-là, il est libre. C'est comme ça. Je ne sais pas ce qu'il a en tête. Je ne sais pas. »

Les méthodes traditionnelles s’avèrent insuffisantes dans un contexte de divisions aussi vives car tous ne reconnaissent pas les mêmes autorités. Les figures représentant l'autorité perdent en crédibilité selon leur appartenance à l’autorité traditionnelle ou à l’autorité officielle. Enfin, le système officiel est généralement plus coûteux, parfois corrompu et toujours difficile d'accès pour les indigènes qui se trouvent relativement sans défense du fait de leurs difficultés à parler l’espagnol et de l’absence de connaissance de leurs droits. Beaucoup ont peur face à un système perçu comme arbitraire et peu efficace – et qui l’a souvent été -. Hormis quelques exceptions, par intérêts politiques ou par méfiance idéologique, il est peu probable qu'un membre du PRI ait recours à l'autorité correspondante d'une "municipalité autonome".

Dans d'autres zones, la difficulté à intégrer les différences a conduit les communautés à se fermer davantage, défendant parfois leurs coutumes avec violence et générant des situations de corruption et de toute-puissance (les fameux "caciquismes").

Dans le même temps, les mesures proposées par le gouvernement de l'Etat ou au niveau fédéral sur les droits et la culture indigène ont été élaborées de façon unilatérale. Elles ne tiennent pas compte de l'opinion des indigènes, ni de leur propre conception dans la résolution de leurs problèmes. Une mise en application réelle des Accords de San Andrés, fruit des négociations entre l'EZLN et le gouvernement fédéral en 1996 permettrait de prendre en compte ces formes de résolution de conflits propres aux peuples indigènes même si les mécanismes communautaires sont insuffisants pour répondre à la problématique actuelle.

Il était certainement plus facile d'arriver à un consensus lorsqu'il existait une plus grande homogénéité dans les communautés. Il est cependant important de ne pas idéaliser ce type de fonctionnement, puisque très souvent il a signifié l'exclusion de toutes les voix dissidentes et a conduit à l'exclusion de beaucoup. Il nous semble donc important de souligner et reprendre ce qu'il y a de mieux dans chacun des deux mondes pour apprendre à développer une profonde tolérance face aux différences.

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Un bourgeon d'espérance


Fin mai 1999, SIPAZ a été invité à participer à la célébration du premier anniversaire du retour des déplacés d'une communauté des Hauts-Plateaux du Chiapas. Le retour s'est effectué après un long processus de négociations et de médiation, réalisé en grande partie grâce à l'appui du Centre de Droits Autochtones, CEDIAC.

Histoire du conflit

En 1997, la communauté avait accepté le projet du gouvernement de construire un chemin rejoignant la route principale. Les familles en désaccord avec le parti au pouvoir (PRI), se sont opposées à cette décision, craignant que cela ne facilite l'entrée de l'armée. Elles ont donc décidé de ne pas coopérer à la réalisation de ce chemin, ce qui fut perçu par les autres membres de la communauté comme une violation à un accord communautaire. Quelques personnes affiliées au PRI ont alors décidé de prendre des mesures drastiques en brûlant les maisons de quelques familles d’opposants, ce qui a provoqué la fuite de plusieurs familles dans la montagne. Les agresseurs décidèrent également de vendre les animaux et les possessions des familles en fuite, pour acheter semble-t-il des armes de gros calibre. Quelques mois plus tard, quelques familles déplacées sont revenues pour assassiner quatre personnes de la communauté affiliées au PRI. Il y eût aussi plusieurs blessés. Après cette tragédie, d'autres familles ont fui par crainte de plus de violence.

Initiative de réconciliation

La communauté a ressenti le vide produit par le départ des familles. Le dirigeant de la communauté a donc décidé d’aller chercher appui auprès du diocèse de San Cristobal. La Mission des Jésuites et CEDIAC ont alors engagé un processus de réconciliation avec l'appui d'une équipe de médiation incluant deux couples de Juges tzeltales (Melsanwanej) et un couple de "Principales" (autorités traditionnelles autochtones). Plusieurs institutions gouvernementales ont également été impliquées dans ce processus de réconciliation.

Une fonction des Melsanwanej et des "Principales" est de "renforcer le cœur" de chaque personne (femmes et hommes) par des paroles d'encouragement. A la différence des juges "occidentaux", les Juges tzeltales cherchent à parvenir à un accord équitable pour tous les partis impliqués dans le conflit plutôt que de seulement punir les responsables. Dans la communauté, la première tâche des Juges tzeltales et des "Principales" fut de discuter séparément avec chaque parti impliqué. Les déplacés leur ont dit que les assassins avaient fui et, que de leur côté, ils pensaient former une nouvelle communauté. Cependant, en discutant avec les Melsanwanej et leurs épouses, ils se sont rendu compte que ce n'était pas réaliste puisqu'ils ne disposaient ni de terrain, ni d'argent. De l'autre côté, les sympathisants du PRI voulaient le châtiment des assassins. Les Melsanwanej ont admis que leurs demandes étaient justifiées mais leur ont dit qu’ils devaient utiliser la voie du système judiciaire officiel (pour mener l'enquête, émettre les mandats d'arrêt, etc.). De plus, ils ont reconnu qu'eux aussi avaient une part de responsabilité dans ce conflit pour avoir brûlé des maisons et volé des animaux.

Dénouement

Au début, il y avait beaucoup de rancœur vis-à-vis des déplacés du fait de la mort des quatre sympathisants du PRI. Plusieurs réunions ont été nécessaires pour abaisser les tensions et pour que tout le monde accepte sa part de responsabilité. Finalement, tous ont admis que le retour des familles déplacées était la meilleure solution. Ils ont aussi convenu que la communauté aiderait à la reconstruction des maisons des familles déplacées, en finançant les toits de tôle et en fournissant le bois de construction grâce aux arbres du terrain communal. Le retour des familles déplacées s'est effectué il y a un peu plus d'un an.

Jusqu'à maintenant, l'enquête officielle suit son cours, sans grandes avancées. Pendant ce temps, les autochtones de la communauté continuent le processus de réconciliation. Certaines personnes sont encore douloureusement affectées par les expériences vécues et des tensions persistent car il s'agit d'un processus à long terme. Il est cependant notable que, dans cet exemple, les deux parties impliquées sont prêtes à se respecter pour réapprendre à vivre ensemble en harmonie.

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La fonction du Melsanwanej

Le travail réalisé par le Melsanwanej est de recueillir les expériences et les pratiques des ancêtres mayas dans leur façon de rendre la justice selon leurs propres traditions. C'est en 1995, à l’initiative de plusieurs communautés et avec l'aide de CEDIAC, de la Mission des Jésuites et du président municipal de Chilon (à cette époque membre du PRD, parti d'opposition) que la fonction du Melsanwanej (juge tzeltal ou "personne qui règle les problèmes") s'est concrétisée. A cette époque, des hommes et des femmes des communautés tzeltales ont été formés pour assumer la fonction de Juge tzeltal. Leur travail couvre actuellement cinq municipalités du Chiapas.

Les Melsanwanej sont élus pour servir leur communauté, travaillant conjointement avec les "Principales" pour chercher une solution juste aux problèmes en cherchant la meilleure voie pour retrouver l'harmonie perdue. Les "Principales" sont des autorités morales élues par la communauté pour perpétuer les traditions ancestrales. Lorsque les Melsanwanej prêtent serment, ils reçoivent le bâton de commandement et s'assoient sur un tapis de nattes qui a une signification symbolique. En acceptant sa fonction, l'autorité cherche à maintenir tressées les feuilles avec lesquelles est tissé le tapis de nattes, c'est-à-dire à maintenir l'unité et l'harmonie de la communauté dans la justice et la vérité. Les Melsanwanej sont aussi aidés dans leur travail par les Coltaywanej, c'est-à-dire, par les promoteurs de droits humains. Leurs fonctions sont de veiller, dénoncer et sensibiliser les membres de leurs communautés sur les droits individuels et les droits collectifs.

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:: ANALYSE

CHIAPAS: Discours de paix, politique de force

La situation au Chiapas s'est à nouveau dégradée au cours des derniers mois. La recrudescence de la violence à porter sur le compte des forces de sécurité est apparue alors que le mouvement zapatiste avait repris l'initiative et démontré une fois encore son pouvoir de convocation. Par le biais de sa rencontre avec la société civile, en novembre 1998, de la Consultation zapatiste sur les Droits et la Culture Indigène en mars passé et les deux forums successifs en avril et en juin, l'EZLN a pu démontrer qu'elle continuait à être un acteur avec lequel il fallait compter.

Au niveau de l'Etat du Chiapas, ces derniers événements ont permis à l'Armée zapatiste un nouveau rapprochement avec les organisations sociales qui, sans toujours partager les mêmes moyens de lutte, ont les mêmes revendications.
A l'échelle nationale, l'EZLN a trouvé un écho auprès d'autres mouvements populaires qui ont marqué l'actualité récente: l'effort d'organisation sociale de ceux s'opposant à la privatisation du secteur électrique et le mouvement étudiant de l'Université Autonome de México, en grève depuis plus de deux mois. Le Chiapas ne suscite certes plus autant d'intérêt qu'au début du conflit, mais force est de reconnaître que l'EZLN a ouvert les portes à de nouvelles formes d'organisation et à une autre façon de concevoir la politique. Elle a aussi réussi à imposer et maintenir la question indigène parmi les thèmes en suspens de l'agenda politique national.

Face à cette persistance du mouvement zapatiste, après cinq ans de tentative de sabotage, la stratégie du gouvernement de l'Etat du Chiapas s'est progressivement adaptée. Dans un premier temps, au début de l'année, le gouvernement a présenté plusieurs projets de loi qui paraissaient chercher une solution au conflit en maintenant l'EZLN à l'écart: "Loi d'amnistie pour le désarmement des groupes civils", "Loi sur les droits et la culture indigène", projet pour redéfinir les limites de certaines municipalités (voir le précédent bulletin de mai 1999).

Puis, à peine une semaine après la Consultation zapatiste, a débuté une campagne publicitaire faisant état de supposées "désertions" de zapatistes. Cette offensive visait à suggérer à l'opinion publique que le conflit avait perdu en intensité et que l'EZLN ne comptait plus sur le même soutien des communautés indigènes. La remise d'armes et de passe-montagnes s'est répétée en plusieurs endroits, générant une grande confusion même s'il s'est plus tard avéré que les supposés "zapatistes" ne l'étaient plus depuis au moins 1995, voire qu'ils ne l'avaient jamais été. Certains d'entre eux ont même publiquement reconnu s’être prêtés à cette mascarade en échange d'aides économiques. Par cette campagne accompagnée de promesse de nouvelles aides, le gouvernement mise sur le fait que la guerre d'usure menée face aux communautés indigènes, en résistance depuis plus de cinq ans, va porter ses fruits. Il prétend répondre (certains diront feindre répondre) aux demandes exprimées par les zapatistes... sans les zapatistes, pour que l'opinion publique pense que la situation au Chiapas est désormais contrôlée.

Finalement, le gouvernement semble avoir opté pour un retour à la stratégie de force. Comme par le passé, les actions de harcèlement n'ont pas été dirigées exclusivement contre des zapatistes mais également contre des organisations sociales et paysannes qui pourraient constituer de possibles alliés pour l'EZLN.

Depuis février 1995, date à laquelle l'armée fédérale est entrée dans la Forêt Lacandone pour arrêter le Haut Commandement zapatiste, le gouvernement fédéral et celui du Chiapas n'ont guère changé leurs discours et leurs appels au dialogue et pour la paix. Dans le même temps, les harcèlements par la police et l’armée se poursuivaient. Exemple en est le démantèlement de quatre "municipalités autonomes", l'année passée.

Au cours des dernières actions, la Police a joué un rôle plus actif que l'armée. En effet, cette dernière ne peut agir de manière visible, tombant sous le joug de la Loi pour le Dialogue de mars 1995. Il est facile de trouver un prétexte pour entrer dans les communautés lorsqu'il existe autant de problèmes – supposés ou réels - entre zapatistes et militants du PRI. D'autre part - et bien que non mandatée par la Constitution pour ce rôle -, l'armée se montre de plus en plus agressive sur les barrages routiers, en particulier dans la zone des Hauts-Plateaux.

Ces actions récentes pourraient répondre à différents objectifs: une répression modérée et de constantes intimidations peuvent prétendre créer une peur suffisante parmi la population pour que celle-ci cesse de soutenir l'EZLN (c'est la stratégie de contre-insurrection décrite dans les manuels où il s’agit de «vider l’eau du bocal pour asphyxier le poisson»); provoquer une réaction violente de la part des zapatistes permettrait de justifier un durcissement de la stratégie militaire.

Certains analystes pensent également que la formation de groupes paramilitaires est partie intégrante de la stratégie de "contre-insurrection" du gouvernement. Depuis le massacre d'Acteal, amplement condamné par la communauté nationale et internationale, il n'y a pas eu d'actions violentes aussi "visibles" de la part de groupes de ce type. De nombreuses plaintes rendant compte de la formation et de l'entraînement de groupes armés ou de menaces proférées par ceux-ci continuent cependant à s'accumuler. Dans la région de Taniperlas, où une municipalité autonome zapatiste avait été démantelée l'an passé, nous avons pu écouter une intéressante et beaucoup plus ample définition de ce que sont les paramilitaires : « Ce sont ceux qui aident la police ou les militaires » en dénonçant des dirigeants de communauté ou d’organisations, des personnes sympathisantes zapatistes et même des défenseurs des droits humains.

Certains ont voulu voir dans le changement au sein du gouvernement fédéral un signe positif pour le Chiapas, rappelant le travail réalisé par Carrasco Altamirano en tant que gouverneur de l'Etat de Oaxaca (où une loi sur les Droits et la Culture indigène existe d'ores et déjà). Mais son discours « Il n'y aura pas de changement dans la position du gouvernement pour privilégier la solution au conflit par le biais du dialogue » semble indiquer la poursuite de l’actuelle politique gouvernementale, d’autant que la recrudescence de la violence a coïncidé avec son investiture.

Dans le cadre des élections présidentielles de l'an 2000, le thème du Chiapas se voit relégué au second plan, ce qui constitue un élément préoccupant quant à la possible résolution du conflit. La Une des journaux ne parle que de la lutte interne des différents partis pour choisir leurs futurs candidats. Le fait que le PAN n'ait pas assisté à la première réunion entre la COCOPA et le nouveau Secrétaire d’Etat après un désaccord avec le PRI montre clairement ses priorités partisanes.

Par ailleurs, aborder le thème du Chiapas au cours du débat électoral désavantagerait le gouvernement fédéral et son parti étant donné le peu d'avancée vers la résolution du conflit. Pour le gouvernement de Zedillo, il serait préférable de chercher à "gérer" le conflit jusqu'à l'an 2000, en poursuivant sa stratégie d'usure mais en évitant dans la mesure du possible une confrontation ouverte avec les zapatistes.

« On prend les mêmes et on continue » pourrait être la phrase résumantles événements récents du Chiapas. D'un côté, les discours du gouvernement pour le dialogue et la paix, accompagnés d’une politique sociale d’odeur préélectorale. De l’autre, l'EZLN engageant des actions lui garantissant une plus grande audience nationale et internationale pour ne pas se voir exclue de l'agenda politique et cherchant à construire des alliances avec d'autres mouvements.

Face à cette situation, il est peu probable que l'on avance dans le sens d'une résolution du conflit. Au contraire, les derniers événements et les aménagements politiques à tous les niveaux pourraient aggraver les situations conflictuelles dans la lutte pour le pouvoir au Mexique.

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:: ACTIVITES DE L'EQUIPE

Mai - Juillet 1999

Visites et contacts

  • Nous avons réalisé plusieurs visites dans la zone Nord (municipalités de Yajalon, Tila et Tumbala) pour parler avec des paysans, des déplacés qui sont revenus, des représentants de plusieurs églises et d’organisations sociales, des dirigeants de Développement, paix et justice et des autorités locales.
  • Nous sommes allés dans la zone des Cañadas de Taniperlas pour parler avec des habitants, des promoteurs de droits humains, de représentants de l'armée et de la police de l'Etat.
  • Nous avons visité les familles déplacées de Nazareth temporairement installées à Nuevo Paraiso (municipalité de Ocosingo).
  • Nous avons visité une communauté des Hauts-Plateaux pour le premier anniversaire du retour des familles déplacées.
  • Nous sommes allés durant une semaine dans le Campement civil pour la paix de X'oyep, Chenalhó.
  • Nous avons rencontré des représentants de l'Union Européenne à Mexico et une délégation du Département d'Etat des Etats-Unis.

Information

  • Nous avons élaboré et distribué une action urgente concernant l'augmentation de la répression par l'armée fédérale et la police dans les communautés autochtones des Cañadas.
  • Nous avons rencontré des dirigeants religieux (protestants et catholiques), pour préparer un document sur la situation religieuse au Chiapas.
  • Nous avons organisé le programme de la délégation du Conseil des Eglises du Colorado (EUA), en incluant des visites à Venustiano Carranza, Nicolas Ruiz et Acteal et des réunions avec plusieurs organisations de San Cristobal.
  • Nous avons organisé une partie du programme de deux visites de représentants de l'ambassade des Etats-Unis.
  • Nous avons reçu plusieurs délégations nationales et internationales, parmi lesquelles, une délégation de représentants des Eglises catholique et protestante de Suisse.

Education

  • Nous avons animé une série d'ateliers sur la non-violence active avec la participation de 15 à 20 membres de différentes ONG qui travaillent au Chiapas.
  • Nous avons participé à un atelier animé par CEPAZ (Collectif d'éducation pour la paix) sur la résolution de conflits dans une communauté de Altamirano.
  • Nous avons aidé l'organisation Alliance Civique dans un atelier sur le thème de l'analyse des conflits à Villa de las Rosas.
  • Nous avons participé à un atelier sur la résolution des conflits selon les méthodes traditionnelles tzeltales dans une communauté près de Chilon.
  • Nous avons animé deux ateliers sur le thème de la communication à Yajalon et à Comitan avec des membres d'organisations de la société civile.

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