:: SUMMARY
A la fin novembre, alors que le climat était
toujours à la tension et à la violence, 3 000
représentants de la société civile mexicaine
se sont réunis au Chiapas pour discuter des moyens
qui permettraient de réactiver le processus de paix
toujours interrompu. C'était la première rencontre
entre l'EZLN (Armée zapatiste de libération
nationale) et la société civile mexicaine depuis
plus de deux ans. Le principal résultat de cette réunion
a été un accord pour organiser la consultation
nationale convoquée par l'EZLN et programmée
pour le 21 mars 1999. L'objectif de cette initiative est
d'interroger les Mexicains sur la reconnaissance des droits
des peuples autochtones, et plus spécifiquement, sur
leur soutien ou non à la proposition de loi de la
COCOPA (Commission pour l’accord et la pacification) élaborée
pour permettre l’intégration des Accords de
San Andrés à la constitution mexicaine. Ces
accords ont été signés par le gouvernement
mexicain et l'EZLN en février 1996. Plus tard, les
zapatistes avait accepté la proposition de la COCOPA,
mais le gouvernement l'avait rejetée. L'EZLN avait
dès lors insisté pour que le respect des Accords
de San Andrés soit une condition nécessaire à la
reprise des négociations. Durant la rencontre avec
la société civile, quelques dirigeants zapatistes
se sont réunis à deux reprises avec la COCOPA,
commission constituée par des représentants
du Congrès et chargée de faciliter le dialogue
entre l'EZLN et l'administration Zédillo. Les réunions
furent utiles pour rétablir un contact direct entre
l'EZLN et la COCOPA après presque deux années,
mais elles n'ont pas permis d'avancer vers la reprise des
négociations.
Quatre semaines plus tard, le 22 décembre, 7 000 personnes
se sont réunies à Acteal pour commémorer
le premier anniversaire du massacre de 21 femmes, 15 enfants
et 9 hommes, massacre perpétré par un présumé groupe
paramilitaire. Au même moment, le bureau du Procureur
général de la République (PGR) a publié son
Livre Blanc sur Acteal. Dans celui-ci, les autorités
locales sont accusées de ne pas avoir agi de manière
adéquate. Le PGR indique qu'il s'agissait d'un différend
local et accuse également l'EZLN d'être une
cause indirecte du massacre, mais il ne prête pas beaucoup
d'attention à une autre cause clairement plus directe:
l'existence de groupes paramilitaires, comme celui à l'origine
du massacre d’Acteal. Le rapport suggère qu'une
autre cause du massacre fût l'absence des institutions
responsables de l’administration de la justice, et
minimise le fait que la police était présente à Acteal
durant le massacre. Le rapport informe également du
procès pénal en cours pour les quelques cent
personnes accusées d’avoir été impliquées
dans ce massacre.
Cependant, en apparente contradiction avec la signification
que paraissent avoir de telles poursuites, de nombreux
groupes paramilitaires continuent à agir en toute impunité dans
différentes parties du Chiapas. Cherchant à répondre à cette
situation, le gouverneur du Chiapas, Roberto Albores Guillen,
a présenté au Congrès de l'État
une proposition de loi d'amnistie. Son intention déclarée
est de démanteler les "groupes civils" et
de limiter l'amnistie aux charges de possession, port et
entreposage d’armes à feu. Cependant, cette
proposition a été critiquée par quelques
chefs d'entreprise et par Paix et Justice, une organisation
identifiée comme groupe paramilitaire. Selon eux,
le texte devrait inclure l'EZLN qui se trouve protégée
par la Loi du Dialogue. Parallèlement, les partis
d'opposition et des groupes des droits humains ont critiqué cette
proposition dans la mesure où elle pourrait renforcer
l'impunité et l'anonymat des groupes paramilitaires.
Pendant ce temps, alors que ces groupes continuent à opérer
dans de nombreuses zones du Chiapas, la police de l’Etat
et l'armée fédérale continuent à pénétrer
dans les communautés où vivent des sympathisants
zapatistes, de nombreuses communautés sont divisées
et entre 15 et 20 000 personnes sont toujours déplacées. À cinq
ans du soulèvement zapatiste, les niveaux de pauvreté sont
encore très élevés, les indices de violence
et de conflit social sont des plus préoccupants et
l'on voit peu de perspectives d'avancer à court terme
pour réinicier un processus de paix actuellement au
point mort.
Au cours des dernières
semaines, le gouvernement mexicain a lancé une nouvelle
campagne de harcèlement
contre les étrangers voyageant au Chiapas.
En janvier, l'Institut national de l’immigration
a imposé la
sanction d'interdiction d’entrée dans
le pays durant deux années à deux personnes
visitant le Chiapas avec l'organisation des Etats-Unis,
Global Exchange.
Celle-ci a alors déclaré: «Dans
aucun autre pays du monde, nos activités éducatives
n'avaient suscité des réactions aussi
fortes et aussi agressives.»
Au niveau national, le gouvernement mexicain doit
faire face à une
série de difficiles problèmes: une économie
détériorée, une diminution des revenus
du fait de la chute des prix du pétrole, d'importantes
diminutions du budget alloué aux programmes sociaux,
une controverse autour des scandales du système bancaire
mexicain, le trafic de stupéfiants et les groupes
armés, aussi bien paramilitaires qu'insurgés.
Les élections présidentielles qui se profilent à l'horizon
de l'an 2000 constituent une autre source de pression qui
paraît bloquer plutôt que faciliter les efforts
pour résoudre les problèmes sociaux. Dans ce
contexte, le Chiapas n'est qu'un thème dans une longue
liste de défis qui paraissent plus urgents les uns
que les autres.
En décembre, dans une action sans précédent,
50 officiers dissidents ont défilé dans la
ville de Mexico pour protester contre le système de
justice militaire. Ils ont également critiqué,
pour son inconstitutionnalité, l'extension du rôle
de l'armée, par exemple dans des activités
qui normalement relèvent du travail de la police.
L’ampleur du soutien que ces officiers pourraient trouver
au sein des forces armées n'est pas très claire.
Cependant, le fait de rendre public des dissensions internes
rompt avec la tradition militaire mexicaine et inéluctablement
engendre des questions sur l’avenir du rôle de
l’Armée au Mexique.
De nombreux groupes internationaux de droits
humains, incluant Amnisty International, Human
Rihts Watch
et la Commission
inter-américaine des droits humains de l'Organisation
des États Américains ont publié des
rapports contenant de fortes critiques à l’encontre
de la politique du gouvernement mexicain en matière
de droits humains. Cependant, il est important de mentionner
la résolution du Sénat mexicain qui a reconnu
la compétence de la Cour inter-américaine des
droits humains de la OEA dans les cas de violations des droits
individuels.
La consultation nationale programmée pour mars a pour
objectif de mobiliser la société civile et
de faire pression sur le gouvernement pour rompre l’actuelle
situation d'impasse des négociations. Pendant ce temps,
la possibilité de constituer une instance nationale
de médiation pour le processus de paix au Chiapas
est en cours d'études dans quelques cercles de la
société civile mexicaine.
Même s’il est difficile de rester optimiste quant
aux perspectives à court terme, il est aussi certain
que l’intérêt pour les zapatistes et le
mouvement plus global pour les droits des autochtones au
Mexique sont loin de disparaître.

Actions recommandées
- Enjoindre l'administration
de Zédillo de:
- Démanteler les groupes civils armés
/ paramilitaires;
- Respecter le droit des citoyens mexicains de réaliser
la consultation nationale sur la loi des Droits et
de la culture indigènes le 21 mars et prendre
en compte les résultats;
- Reconnaître et respecter le travail humanitaire
et la contribution au processus de paix réalisés
par les observateurs internationaux et les défenseurs
des droits humains;
- Ordonner une réduction substantielle des
troupes fédérales dans les zones de conflit
comme un signal véritable et concret de sa volonté de
dialogue.
- Pour les citoyens de l'Union
Européenne: demander à vos
gouvernements et parlementaires respectifs de prendre
en compte la clause démocratique de l'accord commercial
entre le Mexique et l'Union Européenne.
- Exhorter la COCOPA à réaliser de grands
efforts pour maintenir l'unité de ses propositions
et de ses actions, et à poursuivre son travail de
coopération, en faisant prévaloir l'intérêt
supérieur de la paix sur les positions partisanes.
- Diffuser l’information - comme ce rapport - sur
la situation actuelle au Chiapas.
Merci
d'écrire à:
Lic. Ernesto Zedillo Ponce de León
Presidente de la República
Palacio Nacional
06067 México, DF - México
Fax: (int-52 5) 271 1764 / 515 4783
Francisco Labastida Ochoa
Secretario de Gobernación
Bucareli 99, 1o. piso
06699 México, DF - México
Fax: (int-52 5) 546 5350 / 5 546 7380
Comisión de Concordia y Pacificación
Paseo de la Reforma # 10, piso 17
México, DF - México
Fax: (int-52 5) 535 27 26

:: ACTUALITÉ
CHIAPAS: un pas en avant...un pas en arrière
Du 20 au 22 novembre 1998, 29 dirigeants
zapatistes ont rencontré 3 000 représentants
de la société civile mexicaine à San
Cristóbal de las Casas, Chiapas. C’était
la première rencontre entre l'EZLN (Armée zapatiste
de libération nationale) et la société civile
depuis plus de deux années. Cet événement
fut considéré par beaucoup comme une avancée
qui pourrait aider à débloquer l’impasse
dans laquelle se trouvent actuellement les négociations
entre l'EZLN et le gouvernement fédéral. Le
centre de la discussion fut la viabilité d'une consultation
nationale sur la proposition de la COCOPA (Commission
pour l’accord et la pacification) en matière de droits
et culture indigènes, ainsi que la forme que celle-ci
pourrait prendre. Cette proposition de loi implique en effet
des changements constitutionnels qui permettraient d’intégrer
ce qui a été consenti dans le cadre des Accords
de San Andrés signés entre le gouvernement
mexicain et l'EZLN en février 1996. En décembre
1996, les zapatistes ont accepté cette proposition,
mais le gouvernement l'a finalement rejeté, accentuant
ainsi l'impression d’enlisement qui a depuis caractérisé le
processus de paix. Pour l'EZLN, le respect des Accords de
San Andrés est une des cinq conditions indispensables à la
reprise du dialogue.
Durant cette rencontre, la délégation des zapatistes
- parmi lesquels se trouvaient les commandants Tacho, David,
Zebedeo et le major Moïsés - s’est réunie à deux
reprises avec la COCOPA pour discuter de la possibilité de
renouer les négociations. Au cours de ces réunions,
l'EZLN a rappelé ses cinq conditions pour reprendre
le dialogue et a demandé à la COCOPA de l’aider à réaliser
la consultation nationale. En janvier, cette dernière
a décidé de ne pas répondre à cette
demande, en déclarant qu'elle ne pouvait se voir alliée à l'une
des deux parties.
Le premier janvier, pour le 5e anniversaire du soulèvement
zapatiste, l'EZLN a émis un communiqué dans
lequel elle appelait la société civile « à la
mobilisation pacifique, à la lutte pour les droits
de tous, à exiger des espaces de participation
démocratique... » L’EZLN considère également
que « 1998 fut une année de guerre mené par
le gouvernement à l’encontre des communautés
autochtones du Mexique. » De son côté,
le coordinateur pour le dialogue, Emilio Rabasa Gamboa, a
considéré ces cinq années de zapatisme
comme un échec, dans la mesure où les conditions
de vie des communautés autochtones ne se sont pas
améliorées.
Acteal, un an après
Deux mille sympathisants zapatistes se
trouvaient présents
parmi les plus de sept mille personnes qui ont pris part
au premier anniversaire du massacre d’Acteal, massacre
perpétré le 22 décembre 1997 par des
présumés paramilitaires, et au cours duquel
furent assassinés 21 femmes, 15 enfants et 9 hommes.
Quelques jours avant la commémoration, le bureau du
Procureur général de la République (PGR)
a publié son Livre blanc sur Acteal. Une des conclusions
de ce livre est que « le crime d’Acteal fut rendu
possible à cause: de l'absence surprenante de moyens
et d'institutions pouvant assurer la résolution pacifique
des conflits, de la surdité et du désintérêt
des autorités locales responsables de la justice et
de l'incompatibilité entre les intérêts
politiques des communautés et ceux de l'Etat. » Finalement,
l’enquête conclut que le massacre d’Acteal
a été une conséquence indirecte de l'existence
d'un groupe armé (l'EZLN) et que l'un des détonateurs
fut l’absence des institutions responsables de l’administration
de la justice. Ces dernières conclusions ont été fortement
critiquées par les organisations de droits humains
et par le diocèse de San Cristóbal. Le vicaire
de Justice et Paix du diocèse, Gonzalo Ituarte, a
signalé que les forces de Sécurité étaient
présentes à quelques centaines de mètres
du massacre et a ajouté: « il est étrange
que le PGR commence son enquête par les causes indirectes
(l'existence de l’EZLN) et non par les causes directes
(l'existence de groupes paramilitaires).» Le sénateur
du PRI, Pablo Salazar Mendiguchia, membre de la COCOPA, a
déclaré que le document restera insatisfaisant
tant qu’une enquête véritable sur l'organisation
et l'entrainement des paramilitaires n’aura pas été menée.
Un autre sénateur, Carlos Payan, a considéré qu'il
s'agissait d'un rapport lâche dans la mesure où il
ne tient pas compte de la guerre de basse intensité qui
existe au Chiapas. Selon le rapport du PGR, 84 civils sont
accusés d’être les auteurs matériels
du massacre, 11 ex-policiers sont inculpés pour port
d'armes réservées à l'usage exclusif
de l'armée; l'ancien maire de Chenalhó et un
ex-militaire ont également été accusés.
De plus, sept anciens fonctionnaires publics ont été emprisonnés
(mais n’ont pas encore reçu leur procès)
pour abus d'autorité et/ou pour avoir entravé le
service de la justice. Trente-deux ordres d'appréhension
doivent encore être exécutés. En janvier,
un ancien fonctionnaire de la police de l’Etat et un
ancien agent du Ministère public ont été appréhendés
et accusés d'avoir permis aux groupes civils de la
zone de s'armer.
Proposition d'amnistie pour les groupes
civils armés
Dans la communauté d’Unión Progreso,
municipalité de El Bosque, la tension s'est accentuée à la
mi-décembre. Des habitants ont été accusés
d'avoir organisé une embuscade avec des armes de gros
calibre au cours de laquelle un garçon été tué.
Face à la rumeur d'une possible action policière
et paramilitaire, les sympathisants zapatistes se sont enfuis
vers les montagnes où ils sont restés durant
une semaine. Ils sont revenus quelques jours avant Noël
et un campement civil pour la paix avec des observateurs
nationaux et internationaux a été installé dans
la communauté. En juin de l’an passé, à Unión
Progreso, cinq autochtones ont trouvé la mort lors
d'une action où forces militaires et policières étaient
intervenues conjointement.
Certaines communautés autochtones, comme Unión
Progreso, Acteal et Polhó continuent à dénoncer
la présence et le harcèlement des présumés
groupes paramilitaires. Pour sa part, le gouverneur du Chiapas,
Roberto Albores Guillén, a présenté au
Congrès de l'État une initiative de loi d'amnistie
pour le désarmement des groupes civils au Chiapas.
Cette initiative propose une amnistie pour les groupes armés,
mettant fin toutes à toutes actions pénales
concernant les délits de possession, de port et d’entreposage
d’armes à feu et de substances explosives. Elle
inclut de plus la possibilité d'offrir du travail
en échange de la remise des armes. L’initiative
exclue de façon explicite les militants de l'EZLN
qui se voient protégés par la Loi du dialogue.
Cependant, des représentants de différentes
organisations, comme le groupe paramilitaire Paix et Justice
et la Chambre nationale de commerce, ont demandé à ce
que la loi pour le désarmement inclue l'armée
zapatiste. D'autre part, selon certains commentaires de partis
d'opposition et d'organisations de droits humains, l’initiative
du gouverneur pourrait avoir pour dessein de laisser de côté les
enquêtes ouvertes sur les harcèlements et les
assassinats commis par les groupes paramilitaires.
Le gouverneur nie explicitement l'existence de groupes
paramilitaires, car le terme "paramilitaire" signifie que l'armée
aurait organisé et entraîné des groupes
armés ce qui, selon lui, n'a pas été prouvé.
Il a également ajouté que les autorités
judiciaires appelleraient à témoigner en justice
toutes les organisations qui soutiendraient l’existence
de groupes paramilitaires afin qu’elles prouvent leurs
dires.
Dissensions au sein de l'armée fédérale
En décembre 1998, quelques 50 officiers militaires
soumis à des poursuites pénales ont manifesté dans
les rues de Mexico. Ils sont membres du Commando patriotique
pour la sensibilisation du peuple (CPCP) et ont exprimé leurs
différences d'opinion avec le régime militaire.
Ils ont demandé, entre autres choses, la disparition
du tribunal militaire, ce qui permettrait aux militaires
d’être jugés comme tout citoyen mexicain
et non par un tribunal spécial. Les dissidents ont également
protesté contre le fait que l'armée s'occupe
d’activités qui ne relèvent pas de ses
compétences, par exemple: les activités policières
et judiciaires, et la surveillance de la population civile,
cette dernière activité étant anticonstitutionnelle.
Lors de la marche conduite par le colonel Hildegardo Bacilio
Gómez, un des mots d'ordre crié était: « Les
autorités doivent "commander en obéissant" » (un
concept qu'utilisent les zapatistes). Pour sa part, le Procureur
général de la justice militaire a déclaré que
Bacilio Gómez était accusé de délit
d'insubordination et de désobéissance depuis
1997, et qu’il se trouvait en liberté sous caution.
Le Procureur a annoncé qu'une action en justice serait
engagée contre lui pour désertion et pour ne
pas respecter les conditions de sa liberté conditionnelle.
En janvier, cinq membres du CPCP ont été arrêtés;
Bacilio Gómez s’est enfui du pays pour éviter
d’être capturé.
Élections extraordinaires sans nouveautés
La tension a augmenté dans la "zone de conflit" après
les élections du 4 octobre. Par exemple à Nicolas
Ruiz et à Venustiano Carranza, quelques assassinats
ont été rapportés. Par contre, dans
d’autres régions, l’occupation des bureaux
municipaux s’est réalisée sans incidents
graves, comme ce fut le cas dans la municipalité d’Altamirano.
A Las Margaritas et à Oxchuc, le maire du PRI récemment élu
prenant en compte les demandes de l'opposition a accepté de
former un conseil municipal multi-partites; il s’agissait
ainsi d’éviter qu’il n’y aient des
manifestations de mécontentements. Après des
négociations avec le gouvernement de l'État
en décembre, le PRD a accepté la création
de « Conseils de surveillance » dans 15 municipalités.
Leur rôle sera de veiller à la bonne utilisation
des ressources et à un juste exercice du pouvoir.
Les membres de ces conseils de surveillance pourront participer
sans droit de parole et de vote aux réunions du conseil
municipal et pourront avoir accès à toute information
concernant l'administration et le budget.
Au moment de mettre sous presse ce bulletin, la situation
politique dans la municipalité d’Ocosingo, la
plus grande du Chiapas, est encore incertaine. Les élections
d'octobre ont permis le triomphe du PRI. Les partis d'opposition
critiquent vivement ces résultats caractisés
par à un grand taux d’abstentionnisme et de
nombreuses fraudes, car ils font preuves du peu de représentativité du
nouveau conseil municipal. C'est pour cette raison qu’à la
mi-décembre, les partis d’opposition et quelques
organisations sociales ont élu en assemblée,
leur propre conseil municipal souverain. Ils réclament
de plus la mise en place d'un conseil municipal multi-partites
avec une représentation équitable du PRI et
des partis d'opposition, comme il avait été possible
de négocier après les élections de 1995.
Les élections extraordinaires du 6 décembre
se sont déroulées sans problème ni surprise
dans les neuf municipalités et les quatre districts
où elles n'avaient pas eu lieu du fait des inondations
de septembre et du conflit politique à San Juan Chamula.
Avec un abstentionnisme de 70 %, le PRI a gagné six
mairies, le PRD deux et le PAN une. Le PRI a gagné les
quatre sièges de députés.
Au niveau international, les critiques continuent
Au niveau international, les critiques
faites au gouvernement mexicain concernant les violations
des droits humains ont
continué. Les conclusions des rapports sur le Mexique
d’Amnisty International, de Human Rights Watch et de
la Commission inter-américaine des droits humains
de l'Organisation des États américains furent
accablantes. Pierre Sané, directeur d'Amnisty International,
a déclaré que la violation des droits humains
au Mexique était chaque jour plus grave et que le
gouvernement ne semble pas vouloir s’impliquer réellement
pour protéger les droits humains dans ce pays. Lors
de sa visite au Chiapas, le vice-ministre anglais des Relations
Extérieures, Tony Lloyd, a rencontré différentes
ONG, dont le SIPAZ. Il a fait remarquer que le gouvernement
mexicain sait pertinemment que le traité commercial
entre le Mexique et l'Union Européenne requiert le
respect des droits humains au sein des nations participantes.
Human Rights Watch constate dans son rapport de 1998: « Sur
la défensive depuis le massacre d’Acteal, le
gouvernement fédéral n'a pas réagi pour
freiner les sympathisants du PRI disposés à utiliser
la violence, mais par contre, il a agi de façon
agressive contre les sympathisants de l'EZLN et les observateurs
internationaux
au Chiapas.»
Cependant, à la fin de l'année dernière,
le Mexique a fait preuve d’un changement significatif,
lorsque que le Sénat de la République a approuvé la
reconnaissance de la compétence de la Cour inter-américaine
des droits humains de l’OEA dans tous les cas de violations
des garanties individuelles. Toutefois, cette reconnaissance
exclue les cas d’expulsion des étrangers sur
la base de l'article 33 de la Constitution.
Pendant ce temps, les autorités mexicaines continuent à harceler
les étrangers qui voyagent au Chiapas. Sept d’entre
eux ont été cités en justice pour avoir
participé à la commémoration du massacre
d’Acteal le 22 décembre. Le premier janvier,
les autorités de l'immigration ont poursuivi en justice
trois membres d'une délégation de l'organisation
américaine Global Exchange qui avaient visité la
communauté zapatiste d’Oventic. Global Exchange
a déclaré: «Dans aucun autre pays du
monde, nos activités éducatives n'avaient déclenché une
réaction aussi forte et agressive de la part des autorités. » Concernant
la critique que les organismes internationaux dirigent contre
le gouvernement, la présidente de la Commission nationale
des droits humains, Mireille Rocati, a déclaré que
le gouvernement « ne devrait pas dire que chaque dénonciation
n‘est que pure fiction et n’est faite que pour
attirer l'attention, il devrait plutôt examiner chaque
cas individuellement. » Cela lui permettrait de corriger
le mécanisme à l'origine de chaque violation
de droits humains.

Consultation Nacionale
“
pour la reconnaissance des droits des peuples autochtones
et pour que cesse la guerre d’extermination”
La consultation sera réalisée le 21 mars 1999
dans les 32 États qui conforment le Mexique et dans
les endroits à l’étranger où vivent
des mexicain(e)s. Tous les mexicains et toutes les mexicaines
de plus de 12 ans pourront y participer.
La consultation s’effectuera par vote ou selon les
us et coutumes des communautés autochtones qui le
désirent. Elle comporte quatre questions auxquelles
il s’agit de répondre par "oui", "non" ou "ne
sait pas".
- Es-tu d’accord pour dire que les peuples autochtones
doivent être inclus en prenant en compte toute leur
force et leur richesse au sein du projet national et qu’ils
doivent jouer un rôle actif dans la construction d’un
nouveau Mexique ?
- Es-tu d’accord pour dire que les droits autochtones
doivent être reconnus dans la Constitution mexicaine,
conformément aux accords de San Andrés et en
fonction du texte élaboré par la COCOPA
?
- Es-tu d’accord pour dire que nous devons parvenir à la
paix véritable par la voie du dialogue, en démilitarisant
le pays par le biais du retour des soldats dans leurs casernes,
comme la Constitution et les lois l’établissent
?
- Es-tu d’accord pour dire que la société doit
s’organiser et exiger que le gouvernement "commande
en obéissant" dans tous les
aspects que peut prendre la vie nationale ?

:: DOSSIER
Les ateliers du SIPAZ: apprendre à désapprendre
pour construire une nouvelle culture de paix
«Elle est à l'horizon.
Je m'approche de deux pas, elle s'éloigne de deux
pas.
Je chemine vers elle sans jamais pouvoir l'atteindre.
A quoi sert l'utopie ?
Elle sert à cela: avancer.»
(Fernando Birri)
La situation conflictuelle qui caractérise
l'État du Chiapas et le recours toujours plus systématique à des
manières violentes de résoudre les différences
ont conduit le SIPAZ à ouvrir des espaces de réflexion
qui cherchent à aider les participants à affronter
leurs conflits de façon différente: la transformation
des conflits et la non-violence active.
Le bilan de cinq années de conflit s’alourdit
toujours: il faut compter désormais avec des centaines
de morts et de blessés, ainsi que des milliers de
réfugiés (entre 15 et 20 000 selon les sources).
Dans les hauts plateaux du Chiapas, la zone Nord de l’Etat
et la Forêt Lacandone, il règne un climat
d'intolérance, de violence et de violations contre
les droits humains les plus élémentaires.
Auparavant, le processus de négociations mis en
place entre l'EZLN (Armée zapatiste de libération
nationale) et le gouvernement fédéral constituait
un mécanisme qui permettait d’aborder les
problèmes existants dans les communautés
de manière plus constructive. Mais, avec la rupture
du dialogue, les conflits locaux se sont aggravés
du fait de la complexité du conflit "macro" et
de ses multiples facettes (dimensions locale, nationale
voire internationale).
Le rôle du SIPAZ n'est pas de chercher à résoudre
ces conflits secondaires. Cependant, face au caractère
explosif de la situation, nous avons jugé nécessaire
de renforcer les capacités des acteurs locaux les
plus à même d’intervenir efficacement
face à ce type de conflits, et ainsi empêcher
que de nouvelles situations de violence ne se présentent.
Dans la mission qu’il s’est imparti, le SIPAZ
reconnaît clairement que la négociation, la
médiation et les initiatives nécessaires
pour trouver une juste solution au conflit doivent être
le fait de la société mexicaine. Un des éléments-clés
de notre effort pour atteindre ces objectifs a été la
mise en place d'ateliers, d'espaces qui contribuent à la
recherche de solutions pacifiques aux conflits qui peuvent
exister aujourd'hui, aussi bien entre les acteurs principaux
du conflit au Chiapas qu'au sein des communautés. À long
terme, nous espérons que ces ateliers pourront favoriser
les processus de réconciliation à tous les
niveaux et ainsi contribuer à ce que la société au
Chiapas évolue progressivement vers une nouvelle
culture de paix et de tolérance.
Nous pensons aussi qu'il est urgent de laisser s’exprimer
l'imagination: avec la participation de tous, de nouvelles
formes de luttes peuvent être envisagées pour
répondre aux complexes dimensions du conflit du
Chiapas sans renoncer aux principaux objectifs des parties
et sans payer un prix si élevé et regrettable.
Un membre du SERPAJ (Service Paix et Justice) qui nous
a aidés dans l’animation d’un de ces
ateliers soulignait: «Nous utilisons souvent les
mêmes méthodes (manifestations, occupations
de sites publics parfois pendant plusieurs semaines, dénonciations,
etc.) et nous manquons de créativité. Nous
avons également tendance à réagir à quelque
chose, à répondre, et non pas à prendre
l'initiative. Il s'agit d'agir - et pas seulement de réagir
-, il nous faut prendre les devants.»
Une gamme d'ateliers de plus en plus
diversifiée
Depuis 1996, le SIPAZ a commencé à organiser
des ateliers sur la résistance civile, le contrôle
de la peur, la non-violence active, etc. En 1998, les ateliers étaient
mensuels et, en moyenne, entre 15 et 40 personnes -membres
d'ONG et de différentes églises locales -
y assistaient. Ils forment un groupe divers dans lequel
est venu s’intégrer un nombre croissant de
participants. Le thème central de ce premier cycle
d’ateliers était la "Transformation pacifique
des conflits". Nous sommes partis d'un travail au
niveau personnel ("Amour propre") avant d’introduire
d'autres thèmes en relation avec les dimensions
interpersonnelles et de groupe ("Styles personnels", "Communication",
etc.); puis nous avons abordé des éléments
qui peuvent nous aider à affronter nos conflits
("Maîtrise de la peur en situation de violence",
par exemple). Nous avons terminé l’année
avec quelques outils d'analyse des situations de conflits
et nous avons réfléchi sur de possibles stratégies
pour la paix.
Notre cycle d'ateliers part de la nécessité d’un
travail personnel de transformation, comme un défi
qui nous invite à la créativité au
quotidien. « Peu à peu, j’ai cessé de
penser qu'être non-violent pouvait signifier être
indifférent. En fait, c'est l’inverse; il
s’agit bien plutôt de croire en la vie, d’être
passionné. Au terme de cette journée, je
me suis rendu compte du travail qu'il me reste encore à accomplir.
Il existe encore en moi de nombreuses formes de violence
récurrentes», commentait un participant à l’un
de nos ateliers.
Lina María Obando de Justapaz, colombienne, dans
un atelier qu'elle nous a aidé à animer,
insistait également: « Nous ne devons pas
concevoir les acteurs violents comme des personnes extérieures.
Nous-mêmes, nous faisons preuve de violence (dans
une compétition entre collègues de travail
par exemple) ou nous la tolérerons (alors que nous
devrions nous préoccuper du bien-être de tous). »
Cette année, nous allons surtout travailler le thème
de la non-violence. Chaque étape aura pour objet
d’aider les participants à approfondir leur
connaissance du thème et à constituer une
espèce de "boîte à outils" qu'ils
pourront utiliser au quotidien pour mettre en pratique
leurs connaissances. Parallèlement, nous ouvrirons
un espace de réflexion sur le thème "Analyse
des conflits et stratégies pour la paix" afin
de renforcer les capacités des acteurs locaux.
Au cours d'un atelier, une participante d'une ONG locale
a dit: « jusqu'à aujourd'hui, je n'avais pas
beaucoup réfléchi sur le thème de
la non-violence. Je n'imaginais pas que nous pourrions
trouver autant de mots pour la définir. Au cours
du travail en groupe, nous nous sommes rendus compte que,
comme société civile, nous ne savons pas
clairement dans quelle direction nous souhaitons avancer.
Nous manquons de cohérence. Nous avons besoin d’approfondir
la réflexion et l'analyse ».
Au Chiapas, de nombreuses communautés se sont vues
divisées par la violence et le manque de confiance
et, fréquemment, les différences s’expriment
au travers de la dimension religieuse: expulsions des groupes
religieux minoritaires de leurs communautés, fermeture
de temples, détentions illégales et assassinats.
Face à la multiplication de ce type de situations,
il nous a également semblé nécessaire
de rechercher une nouvelle manière d'avancer vers
la paix et la réconciliation, par le biais d’un
travail auprès des acteurs religieux.
Depuis août 1997, le SIPAZ a participé dans
un espace oecuménique appelé l"Ecole
biblique de formation intégrale (EBFI) par le biais
de nombreux ateliers concernant la résolution des
conflits et les relations humaines. Les participants sont
principalement des enseignants, des pasteurs, des catéchistes
et des promoteurs de santé; bien qu’issus
de différentes églises, ils sont appelés à mieux
se connaître et à travailler ensemble, ce
qui leur permet ensuite, dans leurs communautés,
de favoriser les conditions pour le dialogue, la tolérance
et le respect mutuel. Nous avons également travaillé avec
de jeunes protestants et, cette année, nous allons
organiser un cycle d’ateliers pour des groupes de
jeunes catholiques, ainsi que pour une congrégation
de religieuses.
Finalement, nous pensons relever un autre défi:
celui de réaliser un travail de sensibilisation
et formation dans différents espaces d'éducation
formelle. Nous assurerons ainsi un suivi à l’intérêt
suscité par l'exposition sur Gandhi dans quelques écoles
et universités, par le biais d'ateliers et de discussions
sur les valeurs qui contribuent à créer une
culture de paix, c'est-à-dire le respect, la tolérance,
la réconciliation, la non-violence, etc.
Un constant apprentissage
Actuellement, trois membres de l'équipe du SIPAZ
s’assurent de la préparation et de l’animation
de ces ateliers. L'équipe continue à se former:
par exemple, deux membres de l'équipe ont participé à l'Institut
d'été pour la construction de la paix de
l'Université Mennonite aux États-Unis en
1997 et 1998. D'autre part, nous bénéficions
de l'appui ponctuel d'autres personnes qui appartiennent à des
organisations mexicaines et internationales (SERPAJ et
le Comité Central Mennonite essentiellement). Nous
appartenons au réseau meso-américain Mennonite
(Mexique et Amérique Centrale) qui réalise
des ateliers trimestriels sur le thème de la "Transformation
des Conflits". Nous participons de plus aux rencontres
du groupe "Convergence d'organismes civils pour la
démocratie", au cours desquelles se réunissent
des groupes en provenance de tout le Mexique et qui partagent
leurs expériences et leurs informations. La nature
même de notre coalition (de nombreuses organisations
la conformant ont des années d'expérience
dans différentes zones de conflit) est une autre
source de richesse.
Dans nos ateliers, nous utilisons une méthodologie
qui incite à la participation et des outils de dynamique
de groupe tels que: des techniques d’analyse, de
sensibilisation, de communication, des jeux de rôle,
des vidéos, etc. Les participants joue un rôle
actif dans le bon fonctionnement de ces ateliers: nous
partons de leur propre expérience pour qu'en retournant
ensuite dans leurs organisations ils puissent plus facilement
utiliser ce qu'ils ont appris.
Un membre du diocèse de San Cristóbal soulignait
combien la socialisation de ces expériences pouvait être
bénéfique: « C’est comme si nous étions
en train de pousser une voiture dans une côte. Si
nous n’en bloquons pas les roues avec des pierres,
elle redescendra. Nous disposons de nombreuses expériences
mais nous ne pensons pas à les systématiser
et à les partager. »
Au cours d'un de nos ateliers, on avait demandé de
dessiner "ce que signifie un conflit pour moi ?" Un
participant a dessiné deux personnes qui ne parvenaient
pas à dialoguer. Notre culture et notre éducation
nous ont enseignés à disqualifier et à entrer
en compétition plutôt qu’à collaborer
avec les autres. Dans une certaine mesure, dans nos ateliers,
nous désapprenons ensemble ce modèle qui
n'encourage pas l'idée de "vivre avec" les
autres.
Dans le cadre de cette même dynamique, une personne
a dessiné une pierre. Elle nous a ensuite expliqué qu'elle
avait choisi ce symbole parce que « la pierre est
dure, elle peut blesser et frapper. Je peux tenter de la
lancer loin de moi, mais elle continue à exister.
C'est une source de malaise, comme une pierre dans une
chaussure. Mais c'est également un poids, comme
une responsabilité qui t'est propre. Seules des
gouttes d'amour peuvent l'éroder. »
Premiers résultats
Nous pensons que notre travail par le
biais de ces ateliers constitue une petite goutte d’eau pour continuer à émousser
les pierres sur le chemin de la paix et que, dans une certaine
mesure, il contribue à la recherche de solutions
non violentes aux conflits du Chiapas. Une participante
membre d'une organisation des droits humains commentait: « Cet
atelier m'a aidé à réfléchir
et à me rendre compte qu'il est possible de transformer
des situations de violence en situations de non-violence.
Rien n'est tout noir ou tout blanc. C’est comme le
ying et le yang. À côté de l'obscurité,
il y a la lumière. Il existe des étoiles
d'espérance. »
Un médecin a ajouté: « En moi également,
cet atelier a réveillé l’espérance.
La non-violence est une chose à laquelle on peut
parvenir. En travaillant en groupes sur les manifestations
de la violence au Chiapas, nous nous sommes rendus compte
qu'il existe des exemples de personnes qui répondent
au travers d’actions non-violentes. » Nous
souhaitons avoir un impact en chacun des participants à titre
personnel (le processus de changement commence lorsqu'on
se sent responsable de son propre état d'esprit,
de ses sentiments et de ses actions) mais aussi au niveau
social. Un prêtre catholique nous a dits: « Cet
espace de réflexion m'a beaucoup aidé car
je peux m'y oxygéner, me rétro-alimenter,
affirmer ma propre identité en toute plénitude.
C’est comme un puits où je peux m'abreuver!
De plus, vous nous offrez un espace pour continuer à cultiver
le charisme de la réconciliation et de la médiation.
Cela nous aide à systématiser tous les éléments
sur ce thème. Cela m'est utile dans mon service
d'accompagnement des conflits entre agents pastoraux ou
dans les communautés divisées. »
Un autre résultat est la constitution d'un groupe
d'appui et d’échange d’idées.
La non-violence est un processus qui nous apprend à voir
et à défier les règles de la violence
et de l’injustice. Nous nous fortifions par la présence
d'un espace où d'autres personnes cherchent également à transformer
leur propre violence et celle existant autour d'elles.
La route est longue
N'ayant pu répondre à toutes les demandes
qui se sont multipliées, nous avons cherché d'autres
manières d’augmenter la participation des
organisations qui peuvent servir de facteurs multiplicateurs
dans leur zone d'influence. Quelques participants reproduisent
déjà le contenu de nos ateliers dans d'autres
lieux et avec d'autres personnes. C'est le cas d'une organisation
d'éducation pour la paix qui a commencé ce
travail gigantesque avec des autorités communautaires,
régionales ainsi qu’avec des promoteurs de
droits humains dans la zone de conflits. Environ 80 personnes
de 28 communautés y participent, et à leur
tour, ils s'engagent à reproduire le contenu de
ces ateliers dans leur propre communauté.
Un membre de cette organisation d'éducation nous
a dit: « Nous reconnaissons que les communautés
ont traditionnellement leurs propres moyens de résoudre
les problèmes dans lesquels les autorités
et les catéchistes assument le rôle de médiateur.
Cependant, face à la situation actuelle, nous constatons
que les conflits internes et inter-communautaires se sont
multipliés et aggravés. Pour cette raison,
il est nécessaire d'ouvrir des espaces dans lesquels
les autorités et les promoteurs de droits humains
identifient et réaffirment des valeurs telles que
la coopération, la compréhension, la solidarité,
la communication et l'égalité. Nous voyons également
l'importance de mener une réflexion sur les processus
propres de résolution de conflits ainsi que la connaissance
d'autres éléments pour compléter et
rendre plus efficace cette résolution en évitant
de recourir à la violence. »
Lorsque l’on souhaite franchir le pas qui nous permet
d’entrer dans l’univers particulier des communautés
autochtones, les aspects culturels - comme la langue -
rendent le travail difficile: nous voyons qu'il faut traduire
tous les contenus et adapter les outils. Notre expérience à ce
niveau (des femmes indigènes à Yajalon par
exemple) nous a amené aux mêmes conclusions
que CEPAZ: « Le mode de pensée indigène
est beaucoup plus intégral et concret, ce qui rend
difficile un travail de façon fractionnée
ou abstraite. Nous voyons qu'il est nécessaire de
travailler beaucoup plus au travers d'exercices et de problèmes
réels dans les communautés.»
Bien que les ateliers soient ouverts, il y a encore de
nombreux secteurs qui ne sont pas représentés.
Nous croyons que leur parole est non seulement importante
mais également nécessaire pour avancer dans
la culture du respect et de la tolérance envers
toutes les formes de vie, de croyance et de pensée.
Nous cherchons à augmenter leur participation en
aidant l'Ecole Biblique et en donnant des ateliers dans
des espaces d'éducation formelle.
En donnant aux acteurs locaux quelques outils d'analyse
et de pratique pour répondre aux situations de conflits,
le SIPAZ contribue à faire croître les espaces
au sein desquels un dialogue peut s'établir et à augmenter
les possibilités de trouver une solution non violente à ces
conflits. Parvenir à les résoudre ou à les
réduire au niveau local se traduira par des vies
sauvées et par des communautés plus sûres,
ce qui, redonne un plus grand espoir quant au processus
de paix. 
Rencontre
avec Gandhi: un appel à l'imagination...
En octobre 1998, une exposition sur
la vie et les pensées de Gandhi a été réalisée à l’initiative
du SIPAZ à San Cristóbal de las Casas, Chiapas
(voir également le bulletin
précédent,
3ème année, N°4). L'exposition, organisée
dans le cadre de la commémoration du 50e anniversaire
de sa mort et intitulée Rencontres avec la vérité,
incluait des photos et des textes reflétant la vie
et la philosophie de Gandhi, qui a lutté pacifiquement
pour obtenir l'indépendance des Indes en 1947. Parallèlement à l'exposition,
nous avons proposé différentes activités
culturelles et de réflexion, incluant des ateliers
de méditation, une pièce de théâtre,
la présentation de vidéos, une soirée
de musique et de poésie. Plusieurs organisations
et universités commanditaient ces événements
et nous avons été aidés par près
de soixante-dix bénévoles. En moyenne, entre
100 et 200 personnes de tous âges ont assisté aux
différentes activités proposées. Un
soin particulier avait été apporté pour
inviter une vaste gamme de secteurs, en particulier, les
femmes, les enfants, les étudiants et les indigènes.
Au cours des semaines précédentes et pendant
toute la durée de l'exposition, des présentations
ont été faites dans différentes écoles
et universités pour sensibiliser les étudiants à la
vie de Gandhi et à sa lutte non-violente. Plus de
800 enfants d'école primaire, ainsi que des déplacés
appartenant à l'organisation "Las Abejas",
ont pris part aux près de trente visites guidées
de l'exposition que nous avons réalisées.
Dans le cadre de l'exposition, un des événements
qui a le plus retenu l’attention du public fut la
série de conférences qui examinaient les
relations entre la philosophie gandhienne et la situation
qui prévaut au Chiapas. A ce propos, un des conférenciers,
Gustavo Esteva, a dit: « Dans les conditions actuelles
du Chiapas, du Mexique et du monde, rien n’est plus
pertinent que de mettre en relation le zapatisme et la
lutte autochtone avec la figure de Gandhi, cet homme extraordinaire,
le plus remarquable du vingtième siècle,
celui considéré par quelques-uns comme le
philosophe du 21e siècle. »
D’après Esteva, il est important de réfléchir
sur l'option gandhienne parce que «la non-violence
préconisée par Gandhi est une forme politique
d'organisation sociale. Ni Gandhi, ni les zapatistes ne
savent quelle sera la forme de cette société ;
ils ne savent pas comment elle se réalisera concrètement,
quelles seront les institutions, les structures qui permettront
cette forme d’organisation sociale qui n’a
jamais existée sur la planète. Parce que
si, comme le disait Gandhi, "la non-violence est aussi
vieille que les collines", il est également
certain que cette forme d'organisation de la vie sociale
n'a jamais existé en aucune partie du monde. Pour
cette raison, s'il s'agit d'idéaux personnifiés,
s'il s'agit de ne pas penser à un futur lointain
et à une certaine utopie pour pouvoir ensuite la
vivre, il s'agit alors d'avancer vers des idéaux
en donnant des formes concrètes à l'organisation
sociale, des formes qui s'appuie sur la non-violence. »
Face à la stagnation du processus de paix, il est
toujours plus pertinent et important d'ouvrir l’imagination à de
nouvelles formes de lutte non-violente. Un autre conférencier,
Raphaël Landerreche (de SERPAJ-Tabasco) a dit à cet égard: « Je
pense que ceux qui disent qu'il n'existe pas de chemin
pour construire la paix, ce qu’ils ont perdu en réalité,
c’est l'espérance. Celui qui dit aujourd'hui
qu'au Mexique, la seule voie possible est celle des armes
ne le dit pas après avoir réalisé une
analyse rationnelle, mais parce qu'il a perdu tout espoir
d'un cheminement vers la paix, il choisit l'autre voie
simplement comme une autre option face à son manque
d'espoir et non, j'insiste, comme une véritable
proposition viable. Ne pas choisir la voie des armes se
fonde sur le bon sens, et s'appuie également sur
la philosophie de la non-violence, qui dit qu'il n'est
pas sage de se battre avec les armes avec lesquelles l’ennemi
est expert, qu’il n'est pas sage de laisser l'ennemi
choisir le terrain sur lequel il peut lutter (...). Ils
n’ont pas les armes de la vérité, de
l’autorité morale, du soutien populaire, alors
nous pouvons répondre que ces armes sont celles
avec lesquelles nous pouvons lutter de façon non-violente. »
Pour assurer un suivi et répondre à l’intéret
suscité par cet événement exceptionnel,
SIPAZ offre des espaces de réflexion aux membres
des ONG, des groupes religieux de différentes églises
et des écoles, etc. (voir l'article sur nos ateliers
dans ce bulletin).
« Ce cycle de conférences et cette exposition
nous ont donné un bol d'air dans ces moments difficiles,
une lumière et un guide qui nous rafraîchissent
la mémoire du "où et comment travailler",
si nous voulons que les choses changent "pour le bien
commun et pour toujours". » (Margarita)
« Merci, merci beaucoup de nous avoir apporté une
grande inspiration sous la forme de cette exposition sur
Gandhi. » (Ronald)
« Je me sens très touchée et profondément
reconnaissante envers les personnes qui ont rendu possible
pour nous, ici, à San Cristóbal, l’accès à cette
philosophie. » (Gabriela)

:: ANALYSE
CHIAPAS: Jeux d’ombres et de lumières
Dans tout le Mexique, on analyse et on prédit que
1999, plus encore que 1998, sera une année de scénarios
difficiles et adverses tant en ce qui concerne le développement économique
du pays que pour ce qui a trait à l'atmosphère
politique, en particulier les possibles avancées
vers la paix au Chiapas. De nombreux signes viennent justifier
la grisaille voire la noirceur des pronostics à court
et moyen terme, dans tout le territoire national.
Au début de l'année, le ministre de l’Intérieur,
Francisco Labastida Ochoa, a certes dit que: «En
1999, il n'y aura pas de problèmes insolubles.» Il
est cependant peu probable que le gouvernement fédéral
trouvera des solutions réelles aux graves problèmes
toujours en suspens: l'économie domestique de plus
en plus détériorée, la précaire
situation des 40 millions de mexicains vivants en dessous
du seuil de pauvreté, le conflit du Chiapas, la
réduction des dépenses sociales, les scandales
bancaires, le trafic de stupéfiants, le sentiment
généralisé d’insécurité (en
particulier en zones urbaines) et la multiplication des
groupes armés, etc.
Tout ceci nous porte à croire que la situation deviendra
encore plus conflictuelle dans les prochains mois; or,
ni le gouvernement, ni les partis politiques ne semblent
préparés à y faire face, moins encore
quand les élections présidentielles de l'an
2 000 constituent une date limite contraignante dans l’agenda
de tous les acteurs politiques. L'incapacité du
gouvernement actuel à répondre à toutes
ces questions en suspens au cours des années précédentes
a généré un mécontentement
social croissant.
Même au sein de l'armée, on peut entendre
des voix dissidentes. Le Commando patriotique a ainsi rompu
la tradition qui voulait que, jusqu’alors, les problèmes
militaires étaient traités de manière
interne. Les revendications de ce groupe vont bien au-delà d'une
démocratisation et d'une restructuration de fond
de la législation des forces armées. Dans
la mesure où l’on ne sait pas encore quelle
est la représentativité de ce groupe, il
sera particulièrement intéressant de voir
quelles seront les conséquences de cet incident:
il pourrait modifier le rôle des forces armées
dans la prise des décisions politiques du pays.
Il est également nécessaire de rappeler qu’au
cours des cinq dernières années, le gouvernement
mexicain a investi d'importantes sommes d'argent dans l'achat
d'équipements militaires modernes et d'équipements
spéciaux anti-émeutes. De plus, la formation
(par exemple, dans la fortement critiquée "Ecole
des Amériques", aux États-Unis) en matière
de guerre contre-insurrectionnelle et de guerre psychologique
de centaines d'officiers militaires mexicains a considérablement
augmenté. La mobilisation militaire constante, non
seulement dans les communautés d'influence zapatiste
mais également dans d'autres États comme
Guerrero et Oaxaca, est un autre élément
qui pousse au pessimisme quant à la distension et à la
paix au Mexique.
La réponse du gouvernement aux critiques faites
quant à son manque de capacité et de volonté pour
résoudre les différents problèmes
décrits précédemment, paraît
se maintenir au niveau du discours et suit systématiquement
le même schéma: minimiser et criminaliser.
Cela est vrai aussi bien pour le mouvement zapatiste («le
problème du Chiapas ne concerne que quatre municipalités ») que pour les militaires dissidents accusés d'être
des délinquants et de représenter un mouvement
isolé.
Au Chiapas, une autre source d'inquiétude naît
de la prolifération de groupes civils armés,
principalement affiliés au parti officiel (PRI).
Le débat engagé ces derniers temps pour savoir
si ces groupes sont ou non paramilitaires, comme les ont
qualifiés les zapatistes et différentes organisations
de droits humains, semble distraire l'attention publique
de ce qui devrait être au coeur du débat;
soit, l'absence d'une réponse adéquate de
la part des autorités pour mettre fin à l'existence
de ces groupes, quel que soit leur nom. En ce sens, on
ne voit pas clairement comment l'initiative pour l'amnistie
et le désarmement des groupes armés, proposée
par le gouvernement du Chiapas, pourrait contribuer à clarifier
leur fonctionnement ou leurs responsabilités dans
les situations de violence générées
dans l'État au cours des dernières années.
Au contraire, l'amnistie pourrait garantir leur impunité et
leur anonymat.
Dans un panorama aussi obscur et peu encourageant, la consultation
nationale convoquée par les zapatistes pour le mois
de mars, pourrait être un moyen de débloquer
la complexe situation des négociations de paix.
Cette consultation n’est pas seulement une invitation
faite à la société mexicaine pour
qu’elle se prononce sur l'incorporation de l’initiative
de loi indigène de la COCOPA à la Constitution.
Elle vise également à créer une grande
mobilisation de la société civile. Les zapatistes
mise sur cette mobilisation comme un facteur qui pourrait
faciliter la reprise des dialogues de paix, ce qui devra
cependant passer par la réalisation des cinq conditions
posées par l'EZLN: entre autres, le respect des
Accords de San Andrés et la mise en place d'une
instance médiatrice reconnue par les zapatistes
et le gouvernement fédéral.
Pendant ce temps, les discours des deux parties en conflit
se sont de plus en plus polarisés et chacune utilise
simultanément la même information pour rendre
responsable son adversaire de tous les maux. Par exemple,
elles s’accusent mutuellement de la stagnation du
dialogue, du manque de véritable volonté politique
pour négocier, et du massacre d’Acteal.
En ce qui concerne ce dernier point, une année après
le massacre, on note peu d'avancées, tant en termes
juridiques qu'en ce qui concerne les conditions de retour
des milliers de déplacés, ou encore, pour
ce qui à trait au démembrement des groupes
civils armés. Les conclusions du Livre Blanc sur
Acteal du bureau du Procureur général de
la République sont très semblables à celles
déjà présentées l'année
précédente, ce qui n’apporte rien de
nouveau à l’enquête. Le fait de ne pas
reconnaître l'implication de certains éléments
des forces de sécurité dans l'aide apportée
aux groupes paramilitaires ainsi que le fait que ces groupes
continuent à opérer en toute impunité minent
la crédibilité de ce rapport.
Au cours des derniers mois, le gouvernement fédéral
a fait pression pour établir un dialogue direct
avec l'EZLN. L’armée zapatiste s’y refuse
catégoriquement aussi longtemps que les conditions
qu’elle a posées il y a déjà plus
de deux ans ne seront pas remplies. Entre temps, le gouvernement
s’est montré ouvert à la possibilité d'une
médiation nationale, excluant la présence
de toutes organisations ou personnalités étrangères.
Pendant ce temps, plusieurs secteurs de la société mexicaine,
répondant à l'appel des zapatistes et également
de leur propre initiative, incitent à un renforcement
de la société civile pour qu’au sein
de celle-ci, un groupe de mexicains et de mexicaines s'attelle à cette
tâche urgente.
Heureusement, il existe aussi une forte préoccupation
de la part de la communauté internationale pour
qu’une solution juste et durable soit trouvée
au Chiapas. Cela constitue un message constructif fondamental à faire
parvenir à un gouvernement qui est hautement préoccupé par
son image internationale. Cela s’est clairement vu,
au début janvier, durant la réunion annuelle
des ambassadeurs mexicains et du gouvernement fédéral:
le gouvernement a demandé aux ambassadeurs de faire
connaître dans les pays où ils sont en poste,
les efforts réalisés par les autorités
mexicaines pour parvenir à la paix au Chiapas.
 ::
ACTIVITES DE L’EQUIPE
Novembre 1998 - janvier 1999
Entre autres:
Information
- Nous avons visité les municipalités
de Motozintla et Siltepec (situées dans la zone
du désastre causé par les pluies en septembre),
Nicolás Ruiz, Ocosingo, Comitán, Las Margaritas
(pour connaître le climat post-électoral)
et Venustiano Carranza (où se trouvent de nombreux
déplacés).
- Un peu avant Noël, nous avons fait une visite
de quelques jours à Unión Progreso (municipalité de
El Bosque) après le retour des déplacé(e)s.
- Nous étions présents comme observateurs
lors de la rencontre entre l’EZLN et la "société civile", du 20 au 22 novembre.
- Un membre de l’équipe a passé une
semaine comme accompagnatrice dans le "Campement
civil pour la paix" d’Acteal (municipalité de
Chenalhó).
- Nous étions présents lors du premier anniversaire
commémorant le massacre d’Acteal.
- Nous avons publié une édition spéciale:
Acteal: un an après.
Contacts et visites
- Nous avons coordonné la visite d’une
délégation
de "Witness for Peace" au Chiapas. Nous avons
entre autres rencontré des représentants
de l’église protestante, de l’église
catholique, des organisations de droits humains et un
représentant
du secteur privé. De plus, la délégation
s’est rendue à Acteal et à Polhó.
- Nous avons eu une réunion avec le Comité international
du Conseil pour la paix.
- Nous avons eu une réunion avec la délégation
de la Croix rouge internationale présente au Chiapas.
- Nous avons eu une réunion avec le ministre
des Affaires étrangères de Grande-Bretagne,
Tony Lloyd.
- Deux membres de l’équipe ont effectué chacun
de leur côté une tournée aux Etats-Unis
et au total, ils ont visité 19 villes dans huit
Etats.
Education pour la paix
- Nous avons animé des ateliers sur les thèmes
suivants: "contrôle de la peur", "non-violence
active" et "analyse de conflits" pour des
membres d’ONG et d’églises dans le cadre
de notre cycle mensuel d’ateliers.
- Nous avons animé un cycle spécifique
d’ateliers
sur le thème de la résolution de conflits
successivement: pour une ONG, pour le personnel d’une école
préparatoire et pour une congrégation de
religieuses.
- Nous avons animé un espace de réflexion
sur le thème "Eglise et société" avec
des représentants de l’église protestante
de la région de Tapachula.
- Nous avons participé à un atelier sur
le thème de la santé mentale donné par
Médecins du monde Espagne.
Nous avons participé à deux ateliers au
Guatemala sur les thèmes de: "le processus
de prise de décision, le consensus et la gestion
des conflits au niveau organisationnel et au sein d’un
groupe" et "la pastoral de la consolation."
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