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:: BULLETIN DU SIPAZ: Vol III No 4 - Novembre 1998

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:: SYNTHÈSE

Les inondations désastreuses occasionnées par les pluies torrentielles de début septembre ont causé d'énormes dégâts dans le sud du Chiapas. Le drame humain qui a coûté la vie à des centaines de personnes et a laissé sans abri à 100 000 autres est devenu le sujet central de l'attention publique. Des centaines de communautés ont été totalement isolées durant plusieurs jours et d'autres ont complètement disparu sous des torrents de boue. À la mi-octobre, des dizaines de communautés se trouvaient encore isolées et n'avaient toujours pas reçu d'aide.

Le gouvernement et la société civile mexicaine se sont efforcés de faire parvenir une aide d'urgence aux victimes de la catastrophe. Entre-temps, une discussion a surgi quant à la nécessité de reporter les élections locales et étatiques qui devaient avoir lieu le 4 octobre.

Ces élections ont finalement eu lieu, excepté dans les régions trop gravement touchées. Les résultats ont vu une grande victoire du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel, le parti au pouvoir) : il a gagné 18 des 21 districts et 82 des 102 municipalités. Le PRI a repris les municipalités de la zone de conflit qu'il avait perdues durant les élections de 1995. Maintenant, il contrôlera toutes les municipalités constitutionnelles de Los Altos, la Forêt Lacandone et la zone Nord.

Plusieurs plaintes ont été portées concernant divers aspects du processus électoral, allant d'irrégularités mineures à de graves allégations. Par exemple, dans la zone Nord, où l'on peut être assassiné en raison de son affiliation politique, des responsables des bureaux de vote, affiliés au PRI, ont été accusés d'avoir ouvert les bulletins après le vote et d'avoir constitué une liste noire avec les noms de ceux qui avaient voté pour le PRD (Parti démocratique, principal parti d'opposition).

Un des aspects les plus remarquables de ces élections a été un niveau d'abstentionnisme particulièrement élevé. Dans l'ensemble, le taux a été de 54%. Mais, dans les zones de forte influence zapatiste, il s'est élevé à 74%. Cette fois, l'EZLN (Armée zapatiste de libération nationale) n'a pas empêché les élections comme il avait tenté de le faire par le passé. Cependant, de nombreuses communautés zapatistes ont tout simplement décidé de ne pas aller voter. Pour leur part, les partis d'opposition ont dénoncé les irrégularités du processus électoral et ont annoncé leurs projets de manifestations massives.

Finalement, peu d'éléments peuvent nous laisser penser que les récentes élections contribueront à mettre en place un gouvernement plus représentatif, ou à résoudre un conflit chaque fois plus tendu et polarisé, et qui continue à exploser dans des situations de violence sporadiques.

Après avoir rompu le silence qu'il avait gardé durant quatre mois, l'EZLN a publié une douzaine de communiqués depuis juillet. Dans la Cinquième Déclaration de la Forêt Lacandone, l'EZLN cherche à ressusciter le texte de loi sur les Droits et culture indigènes proposé par la COCOPA (Commission pour l'accord et la pacification) et qui vise à respecter les engagements pris dans le cadre des accords de San Andrés. Le fait que le gouvernement fédéral se nie à prendre en compte ce texte constitue un des obstacles majeurs à la réouverture des dialogues de paix. L'EZLN est actuellement en train de travailler avec d'autres secteurs de la société civile dans un nouvel effort pour parvenir à un ample dialogue entre les deux. De plus, en octobre, l'EZLN a envoyé un communiqué à la COCOPA, rétablissant ainsi un contact public après presque deux années depuis leur dernière rencontre. L'EZLN continue d'exprimer un doute certain quant à la volonté de paix du gouvernement fédéral.

N'étant pas disposé à accepter la proposition législative de la COCOPA et, en conséquence, incapable d'amener l'EZLN à la table des négociations, le gouvernement fédéral a accordé moins d'attention au conflit au Chiapas. Il semble préférer administrer l'impasse actuelle plutôt que de rechercher des alternatives. Les violentes attaques contre les municipalités autonomes zapatistes n'ont pas continué, mais la présence militaire et paramilitaire dans les zones de conflit continue à être des plus alarmantes.

Parallèlement, la préoccupation internationale pour le Chiapas et la situation des droits humains au Mexique s'est accrue. Dans leurs déclarations récentes, la Commission des droits humains des Nations unies et de la CIDH (Commission interaméricaine des droits humains) ont critiqué l'impunité avec laquelle sont commises des violations des droits humains au Mexique et ont exprimé leur préoccupation. Le gouvernement mexicain a rejeté ces déclarations, argumentant qu'elle reflétait une absence de compréhension de la situation. Cependant, elles constituent un coup important pour la crédibilité internationale du Mexique en matière de droits humains. Une visite du Secrétaire Général de l'ONU et l'invitation faite par le gouvernement mexicain pour que le Haut-Commissaire des Droits humains de l'ONU vienne au Mexique ont permis de maintenir l'intérêt international.

Apprenant qu'aux Etats-Unis le Congrès préparait une recommandation critiquant la situation des droits humains au Mexique, le gouvernement mexicain a immédiatement réagi pour empêcher sa présentation. Ce dernier a parlé d'un acte "d'interventionnisme inacceptable". La proposition fut finalement présentée, mais il n'y eût pas de vote avant l'ajournement du Congrès.

Quelques-uns voient dans la prochaine visite du Pape en janvier 1999 une opportunité pour rompre l'impasse au Chiapas. Cela pourrait peut-être être le cas. Une approche moins optimiste emmène plutôt à penser que les positions rigides de la part des principaux acteurs laissent peu de place à l'espoir de trouver une solution au conflit avant la fin de ce sexennat, en l'an 2000.

L'ouverture de l'EZLN vers la COCOPA représente un changement total par rapport à sa position antérieure face à cette Commission et a fait naître une grande espérance. La proposition de dialogue entre la société civile et l'EZLN prévue pour la fin novembre ouvre un nouvel espace public qui pourrait donner lieu à des alternatives en réponse à l'impasse actuelle.

Reste à voir si le message et l'appui public qui pourrait suivre, associés aux efforts de la COCOPA, seront suffisants pour renouer le dialogue entre deux adversaires qui se défient profondément l'un de l'autre.

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ACTIONS RECOMMANDÉES

  • Presser l'administration de Zédillo de:
    • Désarmer les groupes paramilitaires présents au Chiapas;
    • Reconnaître et respecter le travail humanitaire et la contribution au processus de paix réalisés par les observateurs internationaux et les défenseurs des droits humains;
    • Garantir la sécurité de la délégation de l'EZLN et les conditions pour que se réalise sa rencontre avec la société civile du 20 au 22 novembre;
    • Ordonner la réduction substantielle des troupes fédérales dans les zones de conflit comme un signe véritable et concret de sa volonté de dialogue.
  • Pour les citoyens de l'Union Européenne: Demander à vos gouvernements respectifs et à vos parlementaires de prendre au sérieux la "clause démocratique" de l'accord commercial entre le Mexique et l'Union Européenne.
  • Exhorter les membres de la COCOPA à réaliser les efforts les plus importants pour rester unis quant à leurs propositions et actions, et pour continuer leur travail de contribution à la paix, en faisant valoir l'intérêt supérieur de celle-ci sur les positions des partis politiques qui la forment.
  • Diffuser l'information - comme ce bulletin- sur la situation qui prevaut au Chiapas.

Veuillez écrire à:

Lic. Ernesto Zedillo Ponce de León
Presidente de la República
Palacio Nacional
06067 México, DF - México
Fax: (int-52) (5) 271 1764 / 515 4783

Francisco Labastida Ochoa
Secretario de Gobernación
Bucareli 99, 1o. piso
Col. Juárez
06699 México, DF - México
Fax: (int-52) (5) 546 5350 / 546 7380

Comisión de Concordia y Pacificación
Paseo de la Reforma # 10, piso 17
México, DF - México
Fax: (int-52) (5) 535 2726

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:: ACTUALITÉ

Chiapas : quel chemin mènera à la démocratie?

En septembre, les zones côtières et frontalières du Chiapas ont connu un désastre dû aux violentes pluies (voir l’article “désastre dans le sud du Chiapas" à continuation) qui ont occasionné des centaines de morts et de disparus dans environ 40 municipalités. Suite aux éboulements et au débordement des rivières, de nombreuses routes et ponts ont été détruits et certaines communautés ont été complètement recouvertes par la boue. Ce désastre vient s'ajouter à la situation déjà tendue qui règne dans les régions de Los Altos, la Forêt Lacandone et le Nord du Chiapas du fait du conflit encore irrésolu entre le gouvernement et l'EZLN.

Après la catastrophe, une violente discussion a surgi concernant la viabilité des élections du 4 octobre. Le gouvernement de l'état et le Conseil étatique électoral (CEE) ont affirmé que les conditions permettaient de mener à bien les élections et que la Constitution interdisait leur report. Mais le PRD et le sénateur du PRI au Chiapas, Pablo Salazar Mendiguchia, ont proposé de reporter les élections jusqu'au mois de décembre. Finalement, le CEE a décidé de retarder les élections dans trois districts et huit municipalités sinistrés et de prendre des mesures intérimaires pour respecter la Constitution de l'État.

La journée électorale a été caractérisée par un grand abstentionnisme (54%) et des irrégularités dans tout l'État. L'EZLN n'a pas empêché le vote, mais de nombreuses communautés zapatistes ont décidé de ne pas voter. Ainsi, le PRI a repris les municipalités de la zone de conflit qu'il avait perdues au cours des élections locales de 1995. (Voir l’article “Les élections au Chiapas")

EZLN

Après avoir au rompu le silence qu'il avait maintenu durant quatre mois, l'EZLN a émis douze communiqués depuis la mi-juillet jusqu'à la journée des élections. Dans de nombreux documents, il a rendu responsable le gouvernement fédéral de l'échec du dialogue et a fortement critiqué la politique économique de Zédillo. Quelques jours après le désastre dans les zones côtières et frontalières, il a dénoncé le détournement de l'aide humanitaire à des fins personnelles, le favoritisme politique ainsi que la déficience du plan d'urgence.

Dans la Cinquième Déclaration de la Forêt Lacandone à la fin juillet, l'EZLN a invité la société civile et les populations autochtones à réaliser une consultation nationale concernant l'initiative de Loi sur les Droits et la culture indigènes élaborée par la COCOPA en 1996. De plus, il a accepté la réponse de la société civile en vue d'établir un dialogue entre les représentants de cette dernière et les dirigeants de l'EZLN. Il s'agira d'échanger des propositions pour la réalisation de la consultation et de rechercher des solutions au conflit du Chiapas. Cette rencontre aura lieu les 20, 21 et 22 novembre à San Cristóbal de las Casas.

La politique du gouvernement

Dans son Rapport annuel en septembre, le président Zédillo a laissé de côté le conflit du Chiapas, omission qui a généré une forte indignation parmi les membres de la COCOPA, les partis d'opposition, les secteurs de la société civile et les églises. Le Ministère de l'Intérieur a réagi en indiquant que, dans les annexes du Rapport, le gouvernement proposait sept orientations pour résoudre le conflit au Chiapas, entre autres: relancer la croissance économique, s'assurer du respect de l'Etat de droit, aider les déplacés internes, adopter une loi indigène pour le Chiapas et rechercher le dialogue avec les zapatistes. Pour sa part, le gouverneur substitut du Chiapas, Roberto Albores Guillén, a présenté en août son plan pour promouvoir une initiative de loi indigène qui garantisse les droits des populations autochtones en prenant en compte leurs us et coutumes.

En juillet, le gouvernement fédéral a proposé un plan de distension pour l'état du Chiapas qui confiait un rôle important à la COCOPA. Dans ce plan, le gouvernement demandait à la COCOPA de solliciter à l'EZLN d'accepter de prendre une série de mesures, incluant son désarmement, s'abstenir de recourir à la violence dans les communautés et la participation de ses bases pour modifier ou créer de nouvelles limites de municipalités. Un mois après, la COCOPA refusait de répondre aux demandes du gouvernement fédéral, alléguant qu'elle ne pouvait se transformer en un instrument gouvernemental. Dans un communiqué du 18 octobre, l'EZLN renouait son contact avec la COCOPA, et de cette façon, reconnaissait publiquement le rôle de la COCOPA dans le processus de paix.

Depuis les graves événements de la municipalité autonome de El Bosque, où en juin sont morts huit indigènes et 2 policiers, les municipalités autonomes n’ont pas fait l'objet de nouvelles attaques ouvertes. Mais elles subissent toujours la pression de la militarisation et vivent sous la menace des groupes paramilitaires. Le Ministre de l'Intérieur, Francisco Labastida Ochoa, avait fait connaître en juillet la décision du gouvernement fédéral de ne pas recourir à la violence, mais avait averti "qu'il n'y aurait plus de concessions gratuites" à l'EZLN parce que le mouvement armé paralysait le processus de paix.

Selon une enquête effectuée par la Fondation Rosenbluth en août, la population mexicaine est assez critique vis-à-vis de la politique du gouvernement. Presque les trois quarts des interrogés affirment que les populations autochtones ont eût raison de s'être rebellées contre le gouvernement en janvier 1994. 60% d'entre eux trouvent qu'il n'y a pas de relation logique entre ce que dit et ce que fait le président Zédillo. 55% considèrent que l'armée fédérale représente un danger pour les populations autochtones.

Violentes critiques au niveau international

Le 20 août, la Sous-commission pour la Prévention de la discrimination et la protection des minorités de la Commission des droits humains de l'Organisation des Nations Unies (ONU) a approuvé une résolution dans laquelle elle demandait au gouvernement mexicain d'en finir avec l'impunité et de garantir la sécurité des défenseurs des droits humains. Elle a également demandé aux deux parties en conflit au Chiapas de donner priorité au dialogue et elle a proposé à la Commission des droits humains de l'ONU de maintenir sa vigilance sur la situation des droits humains au Mexique. Dans le monde diplomatique de l'ONU, le langage prudent de cette résolution a signifié une critique inportante de la situation précaire des droits humains au Mexique. Le représentant du Mexique à l'ONU a déclaré que le document de la Sous-commission "était absurde" et qu'il avait été élaboré par des experts juridiques "sans responsabilité politique".

La Commission Interaméricaine des droits humains de la OEA, Organisation des États de l'Amérique a publié fin septembre son rapport concernant la situation des droits humains au Mexique. Bien qu'elle reconnaisse des avancées politiques et démocratiques, elle a critiqué la violation des droits des populations indigènes et l'impunité qui a conduit la population à aller vers l'illégalité en se faisant justice. De plus, elle a dénoncé la forte militarisation de quelques états du Mexique, parmi lesquels le Chiapas.

Durant la visite au Mexique du Secrétaire général de l'ONU, Kofi Anann, à la fin juillet, les ONG mexicaines lui ont remis divers rapports et documents concernant la situation des droits humains dans le pays. Le Ministre de l'Intérieur, Francisco Labastida Ochoa, a affirmé qu'Anann est reparti du Mexique convaincu que le gouvernement mexicain faisait tout son possible pour trouver une solution pacifique au conflit du Chiapas. En septembre, la Ministre des Affaires Etrangères, Rosario Green, a invité la Haute-commissaire des Droits humains de l'ONU, Mary Robinson, à venir au Mexique.

Une délégation d'Amnestie Internationale qui était au Chiapas ce même mois a estimé que les détentions réalisées durant le démantèlement des municipalités autonomes au cours du premier trimestre de l'année avaient été arbitraires et contraires à l'Etat de droit.

Une proposition non imperative concernant le Chiapas a été présentée au Congrès des États-Unis le 9 octobre. Bien qu'il n'y ait pas eu de vote avant la fin de la Session du Congrès, le simple fait de sa présentation a démontré une croissante préoccupation pour la situation des droits humains au Mexique. La résolution constitue un appel pour que soient prises des mesures effectives afin de s'assurer : que l'aide militaire des États-Unis au Mexique ne contribue pas à provoquer des violations des droits humains; que s'effectuent le désarmement des groupes paramilitaires et la réduction de la présence militaire au Chiapas ; que se réalisent des efforts concertés entre le gouvernement et l'EZLN pour renouer les négociations et pour le respect des défenseurs des droits humains. Cette résolution a été soutenue par 15 sénateurs et 37 députés.

De son côté, la Ministre des Relations Extérieures a émis un communiqué disant que "la résolution exprime diverses opinions retorses et même fausses sur la situation qui prévaut au Chiapas" et qu'elle constitue un "acte intervencionniste inacceptable". Le représentant du gouvernement mexicain pour le dialogue au Chiapas aurait été envoyé d'urgence à Washington dans une tentative qui a échoué pour empêcher la présentation du texte.

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Les élections au Chiapas

Le PRI a gagné grâce à un taux élevé d'abstentionnisme

Des élections locales et étatiques devaient avoir lieu au Chiapas le 4 octobre afin d'élire 111 présidents municipaux et 40 députés (24, un pour chaque district et 16 de représentation proportionnelle) au Congrès de l'État. Cependant, une semaine avant les élections, le Conseil étatique électoral (CEE) a décidé de suspendre les élections dans huit municipalités et trois districts de la zone sinistrée par les pluies. Un peu avant, différentes organisations et personnalités politiques avaient proposé de différer les élections pour tout le Chiapas.

Victoire du PRI

Le parti politique vainqueur des élections fût sans aucun doute le PRI: il a obtenu 18 des 21 districts et 82 des 102 municipalités où les élections ont eu lieu. Le PRD a gagné dans 15 municipalités et un district, le PAN dans cinq municipalités et deux districts. Dans les zones de Los Altos, la Forêt Lacandone et le Nord du Chiapas, le PRD n'a gagné aucune municipalité et a, de plus, perdu celles qu'il avait. Maintenant, ces zones seront gouvernées exclusivement par le PRI.

Le fait que les élections aient eu lieu seulement dans 21 des 24 districts est à l'origine d'une vive discussion entre les partis politiques concernant la distribution des 16 députés de représentation proportionnelle au Congrès de l'État. Selon les partis d'opposition, il n'est pas légalement possible de distribuer les sièges en fonction des résultats de seulement 21 districts. Néanmoins, le CEE a approuvé l'assignation des 16 députés plurinominaux, en laissant deux postes de députés en suspens jusqu'à ce que soient réalisées les élections dans les trois autres districts. Le PRI a gagné sept sièges, ce qui lui donne une majorité de 25 députés. Le PRD a gagné quatre sièges, il en a donc un total de cinq. Le PAN, avec trois députés plurinominaux, est également représenté par cinq députés au Congrès de l'État. Les deux autres partis obtiennent chacun un représentant.

Il n'y a aucune garantie pour des élections transparentes

Avant les élections, l'Alliance Civique (une ONG indépendante) a déclaré que dans 14 des 24 districts électoraux aucune des conditions minimales recommandées par le Centre des droits humains des Nations Unies n'était pas remplie pour le développement d'un processus électoral, libre, authentique et juste. Ces 14 districts se trouvent dans la zone de conflit et dans la zone affectée par les pluies de septembre. Le fort taux d'abstentionnisme (près de 54%) vient confirmer la conclusion de l'Alliance Civique selon laquelle "...en poursuivant sur la voie actuelle, le processus électoral ne remplira pas sa fonction de base, en étant susceptible de devenir un facteur de plus qui retardera la possibilité d'arriver à un accord mininum entre les différentes forces politiques et sociales, accord que réclame de façon urgente la situation actuelle de l'État".

À San Juan Chamula, on a empêché le vote

La journée électorale s'est déroulée sans incident grave sauf dans la municipalité de San Juan Chamula. Là, les autorités municipales ont empêché l'installation des 59 bureaux de vote pour obtenir la libération de cinq prisonniers détenus pour des délits variés (dont un homicide). Selon les autorités catholiques traditionnalistes, les détenus sont des prisonniers politiques. Il est bon de mentionner que le vote dans la municipalité de San Juan Chamula a toujours été favorable au PRI.

Le matin, dans le chef-lieu de la municipalité, quelques mille indigènes se sont réunis sur la place municipale en un meeting spontané. Les autorités municipales imposèrent la fermeture de tous les commerces. Sur la place ont été érigées de grandes banderoles recouvertes de messages hostiles aux «sectes protestantes». La sortie de la communauté vers San Andrés fut bloquée quelque temps et une participation financière fut réclamée aux automobilistes. À la mi-journée, après un bref discours des autorités, les gens réunis sur la place se retirèrent et les commerces reprirent leurs activités.

L'interdiction d'installer les bureaux de vote à San Juan Chamula a mis en péril la validité du vote pour désigner le député de ce district puisque 80% des bureaux de vote n'ont pas été installés. Cependant, le CEE a accepté les résultats et accordé la victoire au candidat du PRI qui avait obtenu la majorité dans les autres municipalités du district.

Certains observateurs électoraux et partis politiques ont dénoncé des irrégularités

Certains observateurs électoraux et partis politiques ont dénoncé: des retards dans l'ouverture des bureaux de vote, des erreurs dus à un manque de formation des responsables électoraux et la présence d'une propagande politique à proximité ou sur les lieux du vote. Dans la région de Tapachula, les responsables de quelques bureaux de vote ont été interrogés par des éléments de la police étatique.

L'EZLN a émis un communiqué le 2 octobre dans lequel il s’est engagé à ne pas faire obstacle aux élections. C'est pour cette raison qu'il n'y a pas eu de bulletins ou d'urnes brûlés par des sympathisants de l'EZLN, comme il était survenu lors des dernières élections. Cependant, de nombreuses communautés zapatistes décidèrent de ne pas voter.

Dans la zone Nord, les élections se sont déroulées dans un climat de tension du fait de la présence du groupe paramilitaire «Paix et justice». Des représentants du PRD ont rapporté des irrégularités: par exemple, que les sympathisans du PRI ont contrôlé les bulletins après le vote et ont consigné sur une liste noire les noms des gens qui avaient voté pour le PRD.

À Nicolas Ruiz, où le PRD a gagné, les sympathisants du PRI ont dénoncé des irrégularités commises par des fonctionnaires des bureaux de vote. À Venustiano Carranza, le PRD a rapporté l'induction et l'achat de votes par les sympathisants du PRI.

Deux jours après les élections, lors d’une conférence de presse, les partis du PRD, PAN et PDch (Parti démocrate du Chiapas) d'Ocosingo ont dénoncé le fait que, dans cette municipalité, les conditions requises pour la réalisation d'élections transparentes n'avaient pas été remplies et que, pour cette raison, ils n'en reconnaissaient pas les résultats. Avec un abstentionnisme de 74% dans cette municipalité, le PRI a obtenu la présidence, selon les chiffres du CEE, avec 52% des votes. Les trois parties ont déclaré que cela signifiait que la légitimité du gouvernement local était fondée sur seulement 13% du recensement et que, pour cette raison, elle ne pourrait être crédible. De plus, ils ont dénoncé des cas d'achat de votes par le PRI (par exemple, via PROCAMPO, le programme gouvernemental pour le développement agraire), des menaces de morts aux membres de l'opposition et le transport de votants par des autorités et des militants du PRI.

La politique et les moyens de communication

L'Alliance Civique du Chiapas a rendu publique une enquête sur la couverture des campagnes politiques par les moyens de communication. Cette étude a été réalisée durant deux semaines au mois d'août. Les résultats font apparaître que l'espace donné au PRI dans les trois moyens de communication faisant l'objet de l'enquête n'était pas proportionnelle à celui donné aux autres partis: le PRI occupait 45% du temps alloué à la campagne électorale dans la radio Red Radio Chiapas et 68% dans la radio XEWM ainsi que 70% de l'espace alloué à la campagne dans le journal Cuarto Poder. Par rapport au contenu, il fut observé qu'aucune préférence n'avait été exprimé pour l'un ou l'autre des partis dans la grande majorité des nouvelles diffusées par les trois moyens de communication.

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Désastre dans le sud du Chiapas

Au cours de la première semaine de septembre, le sud du Chiapas, principalement les zones Costa et Fraylesca, a fait l'objet d'un désastre consécutif à six jours de pluies incessantes. Ces pluies ont causé des inondations et des éboulements qui ont détruit des routes, des ponts, des maisons et des communautés entières. Dans un document confidentiel du 15 septembre, le gouvernement estimait le nombre des morts à plus de 400, à 850 le nombre de disparus et à plus de cent mille le nombre de sinistrés. Selon ce document, 44 municipalités et 616 communautés avaient été touchées, parmi lesquelles 350 sont restées isolées durant plus de 10 jours.

Quelques ONG qui apportent un soutien à la région donnent des chiffres plus élevés que les chiffres officiels soit des milliers de disparus et jusqu'à 1 200 000 sinistrés. Le médecin Salvador Perés López - de Huixtla - qui travaillait dans la zone sinistrée, nous a affirmé: "Le gouvernement manipule les chiffres. Il parlait le 9 octobre de 290 morts, mais c'est un mensonge. Ils doivent être plus de mille".

La zones sinistrée représente plus de 20 000 km2, avec presque mille kilomètres de routes impraticables et des dizaines de ponts détruits. La région se situe loin de la zone de conflit bien qu'elle comprenne une partie de la municipalité autonome zapatiste «Terre et Liberté».

Les violentes pluies de la fin septembre ont détruit à nouveau des parties de l'infrastructure provisoirement rétablies. Selon Perés López: "En quelques endroits, on a dû réparer les ponts trois ou quatre fois". Selon les autorités, la reconstruction des dommages subis devrait durer au moins jusqu'au printemps 1999.

Plus de 8 000 militaires ont été mobilisés pour venir en aide aux personnes isolées par les eaux, installer des abris, distribuer des vivres et des médicaments aux survivants et réparer provisoirement les dommages. La 'société civile' s'est généreusement mobilisée de sa propre initiative pour aider les sinistrés. Cependant, cinq semaines après l'arrêt des pluies, des dizaines de communautés étaient encore isolées sans avoir reçu aucune aide. Salvador Perés López nous a dit le 10 octobre : "Dans la seule municipalité de Motozintla, il y a encore 20 ou 30 communautés isolées. Les gens doivent marcher quatre à huit heures pour obtenir des vivres. Malgré cela, l'aide gouvernementale par voie aérienne est déjà dans sa phase terminale et l'armée se retire".

Selon le communiqué du sous-commandant Marcos daté du 15 septembre, l'EZLN a envoyé "une partie de son fond de guerre pour contribuer à soulager les conditions difficiles" dans la zone affectée. Il existe dans cette région une forte présence de sympathisants des partis d'opposition du PAN et du PRD. Ces partis, avec quelques ONG, des organismes des droits humains et l'EZLN ont dénoncé une série d'incidents selon lesquels l'aide apportée par le gouvernement aurait été distribuée en contrepartie d'achat de votes ou aurait bénéficié aux seuls militants du PRI. Lors d’un de ses nombreux voyages dans la zone sinistrée, le président Zedillo a condamné cette supposée utilisation politique de l’aide humanitaire. Mais, d’un autre côté, il a exprimé des doutes concernant le travail humanitaire de la Croix Rouge Mexicaine et de la 'société civile": "Je n’ai pas vu un seul kilo d’aide pouvant être directement distribuée" a-t-il dit, commentaire qui fut fortement critiqué par cette même Croix Rouge et par les ONG.

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:: ANALYSE

À quelques semaines de la date anniversaire du massacre d'Acteal, les choses ne se sont guère améliorées au Chiapas. En septembre, le sud de l'état a subi les ravages de violentes inondations, une épreuve de plus pour une population qui a déjà dû endurer presque cinq années d'un conflit sans solution visible à court terme.

La catastrophe a montré à nouveau les déficiences du gouvernement à prendre rapidement et de façon efficace les mesures les plus urgentes pour répondre aux besoins de la population. Cependant, la publicité et l'aide destinées à la zone du désastre lui ont permis de déplacer le conflit principal du centre de l'attention nationale. En même temps, les mesures du gouvernement annoncées pour rétablir la normalité, réparer les dommages et indemniser les sinistrés pourraient facilement se convertir en un instrument supplémentaire de cooptation et de contrôle de la population, dans une région où les partis d'opposition sont très présents. D'autre part, la sensibilité humanitaire exprimée par la société mexicaine face à ce désastre naturel est une démonstration du fait que la solidarité pour la population du Chiapas ne s'est pas éteinte.

Les scandales bancaires, la chute du peso, les incendies, les inondations et même les problèmes extra-conjugaux de Clinton ont été des facteurs de distraction du conflit du Chiapas, conflit qui chaque jour s'aggrave. Même les élections locales récentes n'ont pas réussi à dissiper quelque peu les nuages noirs qui - au sens littéral et métaphorique - sont venus couvrir les cieux du Chiapas au cours de ces derniers mois.

Les élections du 4 octobre ont été caractérisées par une forte abstention, surtout dans la zone de grande influence zapatiste. Le peu de participation de la population du Chiapas a démontré le manque de confiance de cette dernière vis-à-vis du système politique et de sa capacité à résoudre ses problèmes. L'absence de conditions matérielles et politiques pour garantir un suffrage électoral, la sécurité, la peur et la position ambiguë de l'EZLN (ne pas interdire le vote sans pour autant le recommander) ont également limité cette participation citoyenne.

Dans ce contexte, le triomphe du PRI dans les zones de Los Altos, de la Forêt Lacandone et du Nord du Chiapas laisse le contrôle de cette région où la présence zapatiste est la plus importante, entre les mains du gouvernement actuel. Désormais celui-ci rencontrera moins de résistance à l'utilisation de toutes ses ressources et de son appareil bureaucratique pour étendre son influence sur cette région et ainsi miner l'appui accordé à l'EZLN. L'accroissement potentiel de l'activité paramilitaire dans les municipalités dont le PRI a repris le contrôle est également préoccupant. Dans les autres zones, cette activité s'est significativement renforcée grâce à la connivence avec les autorités locales officielles.

D'autre part, le peu de représentativité des nouvelles autorités municipales (élues par entre 13 et 30% de la population votante) constitue un facteur de grande instabilité. L'opposition a annoncé qu'il y aura de vives protestations et elle a même envisagé la possibilité d'occuper des mairies pour empêcher l'installation des autorités du PRI.

Les autorités étatiques considèrent que les élections ont été un succès. Cependant, étant donnés les irrégularités démontrées et le fort taux d'abstentionnisme, il est clair qu'une fois de plus, au Chiapas, le processus électoral n'est pas un moyen viable et efficace pour démocratiser le pays, pour installer des gouvernements locaux représentatifs et pour trouver des solutions véritables au conflit.

Alors qu'au Mexique le thème du Chiapas paraît avoir été relégué par certains aux calendes grecques de l'agenda politique de la fin du siècle, à l'étranger, il a pris de l'importance à différents niveaux. C'est le cas des visites chaque fois plus fréquentes au Chiapas de personnes de différentes ambassades (incluant les visites de militaires des États-Unis à neuf reprises ces mois passés, selon les sources de l'ambassade américaine) ainsi que les déclarations de fonctionnaires du gouvernement et de congressistes nord-américains, de parlementaires du Canada et de l'Europe et d'instances indépendantes comme le Haut-Commissariat pour les droits humains de l'ONU (Organisation des Nations unies) et la CIDH (Commission interaméricaine des droits humains) de la OEA (Organisation des États de l'Amérique).

Ces organismes ont émis des recommandations importantes pour que les autorités mexicaines redoublent leurs efforts pour réduire les signes de violence et de discrimination au Chiapas et dans les autres États du pays. Le gouvernement mexicain, prétendant ainsi défendre sa souveraineté, minimise les critiques en affirmant qu'à l'extérieur circulent de fausses informations sur la réalité du pays. Cependant, l'importance des critiques internationales l'ont conduit à inviter Mary Robinson, la Haute-commissionnaire pour les Droits humains de l'ONU, à venir au Mexique.

Après avoir rompu le silence en juillet, l'EZLN a émis de nombreux communiqués faisant connaître ses réactions face aux événements les plus importants de l'actualité et jetant l'opprobre sur les gouvernements étatique et fédéral. Ce dernier a, pour sa part, arrêté de prendre au sérieux les communiqués de l'armée rebelle, qualifiant notamment le Sous-commandant Marcos de "criminel", selon les termes du gouverneur du Chiapas, Roberto Albores Guillen. Étant donné cette situation, et les positions très rigides des principaux acteurs, il semble très difficile d'en arriver à une solution avant la fin de ce sexennat. Cela est contraire au sentiment exprimé par les évêques selon lesquels la paix pourrait être signée avant la venue du Pape en janvier prochain.

Heureusement, la COCOPA, bien qu'actuellement affaiblie par rapport à son importance antérieure, continue à vouloir chercher une véritable solution au conflit que vit le Chiapas et prend l'EZLN plus au sérieux. C'est la raison pour laquelle l'EZLN a annoncé le 18 octobre sa disponibilité à reprendre publiquement contact avec la COCOPA même s'il se refuse toujours à un contact direct avec le gouvernement fédéral.

Puisque le dernier processus électoral ne constitue pas un espace suffisamment important pour que la 'société civile' du Chiapas face entendre sa voix concernant le chemin que doit suivre la société, alors les attentes se tournent nécessairement vers le nouvel espace de dialogue annoncé entre au moins quelques-uns des secteurs de la 'société civile nationale' et l'EZLN. À nouveau, il semble que seule la 'société civile' pourra obliger de façon pacifique les acteurs politiques à reprendre leur responsabilité pour résoudre le conflit du Chiapas et changer la stratégie de militarisation.

Tant que cela ne sera pas fait, la voie électorale pour la démocratisation du pays continuera à être insuffisante et peu représentative des majorités, comme nous venons de le constater récemment lors des dernières élections au Chiapas.

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:: DOSSIER

La "société civile": un facteur inconnu dans la résolution du conflit au Chiapas

Au Mexique aujourd'hui, on parle beaucoup de la "société civile" (citoyens et organisations de citoyens qui s'associent volontairement pour atteindre des objectifs sociaux). Les moyens de communication nous informent que la "société civile" fait des propositions aux politiciens, prend des initiatives, organise des manifestations et des marches, en bref qu'elle se mobilise.

Depuis 1994, particulièrement durant les moments les plus critiques du processus de paix, de nombreux communiqués du Sous-commandant Marcos se sont adressés à la société civile, lui lançant des questions et lui faisant des propositions. Après l'auto-dissolution de la CONAI (Commission nationale de médiation), dans le cadre de la Cinquième Déclaration de la Selva Lacandona, l'EZLN a de nouveau appelé les autres acteurs sociaux et politiques à s'engager à résoudre l'actuelle situation d'impasse: "Le moment est venu pour les populations autochtones, la société civile et le Congrès de la République..." (juillet 1998). En septembre, l’EZLN a accepté l'invitation à dialoguer avec la société civile. Les thèmes suivants feront l'objet de la discussion : la consultation nationale sur l'initiative de Loi sur les droits et la culture indigènes et la recherche de solutions au conflit du Chiapas.

Mais, à quoi se réfère-t-on lorsque l'on parle de la "société civile"? Que fait-elle? Quel a été, est et pourrait être le rôle de cet acteur peu connu dans le conflit du Chiapas?

L'émergence d'une nouvelle force politique et sociale

Il est difficile de déterminer à quel moment on a commencé à parler de "société civile" au Mexique. Nous pourrions dire que le concept n'a pas surgi du néant mais plutôt qu'il est venu qualifier ce qui existait déjà, soit d'importants secteurs de la société ayant mieux pris conscience de leur force, de leur capacité d'organisation et de participation directe dans la résolution de leurs problèmes face à un gouvernement qui ne paraissait pas capable de les résoudre.

Les mobilisations étudiantes des années 70 furent particulièrement révélatrices de ce processus en gestation. Puis, le tremblement de terre qui frappa la capitale du pays en 1985 et, avec lui, l'apparition de nouvelles initiatives collectives autour d'intérêts communs visant à répondre aux nécessités, firent que la société civile gagna en maturité.

Cependant, quelques-uns pensent que ces événements n'incluèrent qu'une partie de la société mexicaine et que seules les années 90 avec le soulèvement armé des zapatistes d'une part et la crise économique d'autre part virent la mobilisation de tous les secteurs de la société.

Premiers efforts d'organisation

L'effort plus ou moins spontané des premiers temps a pris corps au cours de ces dernières années. En règle générale, les instances d'initiative organisée se sont formées loin des structures gouvernementales pour répondre à des problèmes de quartiers, à des questions nationales voire internationales. Les réseaux et les coalitions se faisaient et se défaisaient au gré des initiatives. Quelques-unes de ces instances ont un statut légal, un personnel rétribué et sont organisées en structures plus formelles: ce sont les fameuses ONG (organisations non-gouvernementales). Elles travaillant sur des sujets préoccupants (comme les questions autochtones, les droits des femmes, les droits humains, l'écologie, l'enfance, la santé, le développement, etc.) et elles ont ont peu à peu vu leur influence croître aussi bien au niveau local que régional, national voire même international.

Selon Manuel Canto du CAM (Centre d'études sociales et culturelles Antonio Montesinos), il serait en réalité plus adéquat de parler "'d'organisations de la société civile' plutôt que de 'société civile'. Ce sont des organisations de citoyens qui s'associent volontairement pour atteindre des objectifs sociaux et qui désirent intervenir sur des questions d'ordre public".

La société civile et la politique

L'accroissement du nombre d'organisations civiles a considérablement renforcé le processus de démocratisation qu' a connu le Mexique au cours de cette dernière décennie. Nombreuses sont celles qui ont surgi dans le but de faire face aux graves problèmes de la société mexicaine ainsi que pour faire pression sur les gouvernements locaux, étatiques et nationaux afin qu'ils prennent conscience de leurs responsabilités.

L'ONG «Alliance Civique» a été fondée en 1994 à l'initiative de citoyens et de groupes civils qui voulaient observer et rendre compte des élections fédérales et étatiques du mois d'août cette année là. C'était la première fois que la société mexicaine avait décidé de promouvoir une observation électorale réalisée par les citoyens eux-mêmes, étant donnée l'absence d'impartialité et de crédibilité constatée lors des élections antérieures. Ce fut au cours de cette même année que, pour la première fois, on a pu apporter des preuves systématiques de la fraude électorale.

D'autre part, certains considèrent que les autorités politiques n'ont pas répondu aux demandes des citoyens. Pour cette raison, au Chiapas, de nombreuses organisations de base ont décidé d'appuyer des candidats indépendants des partis politiques pour les élections locales. L'organisation indigène de jeunes "Yomlej" l'avait fait en 1995 dans la municipalité de Chilón : elle a participé et a gagné la mairie.

Actuellement ce processus se répète à Yajalón et à Ocosingo avec des candidats indépendants. A Yajalón, l'organisation «Flores Magón» a proposé son propre candidat sous la bannière du PRD (Parti de la révolution démocratique) : Gustavo Robles. Celui-ci nous a dit: «Les autorités n'écoutent pas nos revendications légitimes. Aujourd'hui, nous cherchons à obtenir le pouvoir pour pouvoir satisfaires nos besoins". L'organisation Flores Magón a réalisé un grand effort de conscientisation de la population pour l'impliquer davantage dans le processus politique. "C'est pour cela que - nous a dit Gustavo - nous avons déjà gagné, que nous gagnions ou non la mairie. Aujourd'hui la population sait beaucoup mieux quel rôle elle peut jouer pour résoudre ses problèmes". (Note : le PRD a perdu les élections à Yajalón).

Les personnes qui conforment les structures politiques traditionnelles ont quelquefois des difficultés à comprendre et à accepter l'idée de coexister avec cette nouvelle force politique et sociale. Un représentant de l'Alliance Civique de San Cristóbal nous a dit : "Nous sommes allés discuter avec le maire d'une communauté d'une consultation publique que nous organisions pour le tenir au courant de notre objectif. Celui-ci ne nous a pas compris et il nous a seulement demandé: 'Que voulez-vous de moi, de quoi avez-vous besoin?' Sa façon de penser est encore celle-ci: 'Que puis-je leur donner pour les calmer?' Mais ce que nous cherchons en tant que citoyens, c'est la coopération des forces politiques pour résoudre les problèmes. En plus d'éduquer les citoyens, il faut aussi éduquer le gouvernement et les politiciens à prendre au sérieux la société civile. Mais, pour nous, c'est aussi un processus d'apprentissage et, au Chiapas, c'est encore plus difficile étant donné la situation déjà très polarisée".

La société civile au début du conflit au Chiapas

La CONPAZ (Coordination des organismes non-gouvernementaux pour la paix) s'est constituée au Chiapas durant les premiers jours de 1994 pour chercher des réponses à la violence exercée pa le gouvernement fédéral à l'heure d'aborder le conflit avec l'EZLN. Après le soulèvement zapatiste, d'autres organisations sont nées dans l'intention de s'occuper des problèmes de santé, des droits humains, d'éducation populaire, des droits de la femme, etc. qui régnaient dans la zone.

Martha, qui durant le soulèvement zapatiste était vendeuse de sandwichs dans une école, nous a conté en ces termes sa décision de participer activement au mouvement de citoyens : "Lorsque j'ai vu les zapatistes et Marcos marchant au centre de San Cristóbal le premier janvier, j'ai pensé : ils sont en train d'accomplir quelque chose, et moi je ne fais rien. Les bombardements des avions militaires trois jours après contre la population de ma ville m'ont poussée à assumer ma propre responsabilité. C'est le 12 janvier que j'ai participé pour la première fois à une marche et que j'ai commencé à m'engager pour arrêter la guerre".

La société civile, tant au niveau local que national et international, a joué un rôle important pour arrêter la guerre durant ces premières journées de 1994, ainsi que pour réduire la violence (grâce par exemple aux "Ceinturons de paix" et aux "Campements civils pour la paix"). Elle a également permis que le dialogue pour la paix soit réellement un processus qui permette la participation du plus grand nombre.

Cependant, l'usure provoquée par l'enlisement prolongé du processus de paix et les divisions internes, ajoutée à l'aggravation des multiples problèmes économiques et sociaux au niveau national, ont affaiblie la société civile durant ces cinq dernières années. De nombreux analystes ont affirmé également que, pour faire un bond qualitatif, elle devrait dépasser son manque de réflexion à long terme et son atomisation qui l’ont jusqu'à présent empêchée de trouver une articulation stratégique. En relevant ce défi, surtout après l'auto-dissolution de la CONAI, la société civile pourrait devenir un acteur clef pour débloquer la situation actuelle.

Coordination et convergence

Le renforcement de la société civile au Chiapas continue à l'heure actuelle. L'amplitude des problèmes et la diversité des intérêts des différentes organisations ont rendu nécessaire une plus grande coordination entre les organisations dans le but d'obtenir un meilleur résultat. Il y a déjà eu de nombreuses tentatives par le passé. L' "Espace Comitan", formé de quelques 15 ONGs qui travaillent à Comitan et sur la zone frontalière, a été créé récemment. Il existe également une autre initiative appelée : "Forum : Arrêtons la guerre" qui regroupe différentes ONG de San Cristóbal et de Comitan. Ce forum réunit des organisations du Chiapas qui travaillent dans les différentes zones de l'état sur des questions de santé, d'éducation, de droits humains et de discrimination sexuelle, dans le but de répondre à la guerre de basse intensité qui se vit au Chiapas.

Au niveau national, il existe également différents espaces de coordination ayant chacun leurs propres domaines de travail. La "Convergence des organismes civils pour la démocratie", par exemple, réunit 140 organisations de 16 Etats du Mexique et a organisé la participation de 39 organisations dans le cadre des négociations entre le gouvernement et l'EZLN. Le "Réseau des organismes civils des droits humains tous les droits pour tous" dénonce les violations des droits humains au niveau international.

Tribunal contre la violence et l'impunité

Une initiative récente est 'l'Assemblée nationale pour la paix' fondée en 1998 après l'auto-dissolution de la CONAI. Le Congrès national indigène, 'Convergence' et quelques églises, entre autres y participent. Un de ses projets les plus importants est le 'Tribunal contre la violence et l'impunité' qu'a proposé le Forum 'Arrêtons la guerre au Chiapas'.

La constitution du tribunal est encore dans sa phase préparatoire mais il devrait commencer à fonctionner en 1999. Selon les organisateurs, l'initiative "constitue une réponse de la société civile face à la violence exercée par le gouvernement à l'encontre de la société et des populations autochtones et face à l'impunité dont jouissent les transgresseurs de la loi. Le gouvernement ne remplit pas ses devoirs et c'est ce que nous voulons démontrer par le biais de ce tribunal, au travers de la présentation de cas types. De cette manière, nous voulons prouver la non-conformité de la société civile avec le discours officiel selon lequel 'il n'y a ni guerre, ni violations des droits humains au Chiapas'".

Harcèlement et menaces

Quelques organisations civiles recherchant un changement non violent pour le Mexique ont été et sont encore aujourd'hui victimes d'une campagne de harcèlement et de menaces. Un représentant du FZLN ( Front zapatiste de libération nationale) nous a dit que de nombreuses personnes ont quitté le mouvement par peur. Des dirigeants et des travailleurs d'ONG ont reçu des appels anonymes chez eux, comme ce fut le cas plusieurs fois en septembre pour Ana Valadez Ortega de Médecins du monde.D'autres, comme les dirigeantes de l'organisation K'nal Antzetik à San Cristóbal, ont remarqué qu'elles étaient surveillées par des inconnus. Des membres de l'organisation IDEFEM (Investigation et développement féminin) à Comitan nous ont affirmé que certaines autorités ont tenté de les intimider et les ont suivis lors de leurs sorties dans les communautés où ils travaillent. Dans les endroits où existe une forte présence paramilitaire, soit Los Altos, la zone Nord et la Selva, quelques organisations autochtones continuent à être menacées et certains dirigeants sociaux ont été assassinés. Malgré les dénonciations concernant ces incidents et d'autres, aucun de ces cas n'a été élucidé.

Conclusion

Le réveil de la conscience de vastes secteurs de la société mexicaine a provoqué la multiplication de différentes organisations et associations, ce qui a eu une grande répercussion. En plus de l'incapacité ou, selon certains critiques, de la mauvaise volonté des autorités nationales et étatiques pour résoudre les problèmes les plus importants de la population, nous notons un certain rapprochement et une plus grande coordination entre ces acteurs sociaux pour rechercher ensemble de véritables solutions.

La société civile a été, et continuera à être un acteur fondamental de la démocratisation du Mexique. D'autres peuples ont beaucoup à apprendre de ce processus. Il nous enseigne la valeur de la solidarité quand règne l'individualisme ; qu'une société est le fruit de ceux qui la constituent ; que nous sommes maîtres de notre présent et du futur que nous voulons pour nos enfants.

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Gandhi au Chiapas

Dans le cadre du cinquantième anniversaire de la mort de Gandhi, et particulièrement en raison du caractère conflictuel de la situation au Chiapas, SIPAZ a décidé de promouvoir un espace qui permette d'analyser et de discuter la profondeur et l'efficacité de la philosophie de Gandhi dans le contexte du conflit au Chiapas. Cet espace a tenté d'éveiller l'imagination dans la recherche de nouvelles formes de lutte non-violentes.

Le 17 octobre, la première conférence sur "Gandhi: obéissance et désobéissance dans la vie sociale" fut donnée par Pietro Ameglio, Carlos Fazio et Sonia Toledo. Plus de 200 personnes y ont assisté. Une exposition sur la vie et les pensées de Gandhi est restée ouverte jusqu'à la fin du mois et différents événements académiques et culturels se sont déroulés autour de ce thème.

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:: ACTIVITÉS DE L'ÉQUIPE

août-octobre 1998

Information

  • Un membre de l'équipe a participé comme observateur électoral aux élections du 4 octobre.
  • Nous avons participé à une entrevue avec le Conseil étatique électoral à Tuxtla Gutiérrez.
  • Nous avons fait une entrevue avec les candidats politiques de Chilón, Yajalón et Ocosingo.
  • Au cours d'une visite à Ocosingo, nous avons rencontré les représentants protestants et catholiques pour connaître la situation politique et religieuse de la région.
  • Au travers de notre page Web, nous avons diffusé des informations concernant le climat électoral et les conditions pour être observateur électoral

Contacts et visites

  • Nous avons reçu la visite de deux représentants de l'ambassade des États-Unis au Mexique.
  • Deux membres de l'équipe ont faite une tournée en Europe pour prendre contact avec des ONG nationales et internationales en Hollande, Belgique, Suisse et France.
  • Nous avons assisté à une réunion du "Forum: Arrêtons la guerre" à Comitan; lors d'une autre visite nous avons rencontré différentes ONG et personnalités religieuses de la zone.
  • Nous avons assisté en tant qu'observateurs aux rencontres protestantes "Interprétations protestantes sur l'origine, le développement et la situation du conflit au Chiapas" et "Le protestantisme face au 21e siècle".
  • Nous avons assisté à une conférence sur "Le néolibéralisme et les autochtones".
  • Nous avons donné des présentations sur la conjoncture du Chiapas à diverses délégations du Canada, d'Allemagne et des États-Unis.
  • Nous avons eu des entrevues avec des représentants des ambassades américaine, canadienne et suisse à Mexico D.F.

Éducation

  • Nous avons donné un atelier sur la réconciliation en collaboration avec la CORECO et avons assisté à d'autres réunions de cette Commission.
  • Nous avons donné deux ateliers à des membres d'ONG et d'églises: un sur la négociation et la médiation et un autre sur la non-violence active.
  • Nous avons animé un atelier sur le thème "Vaincre la peur" et un autre sur le thème "Relations humaines" à l'Ecole biblique de formation intégrale.
  • Nous avons collaboré dans le cadre de la réalisation d'un atelier sur "Résolution de conflits" dans la communauté de Morelia.
  • Nous avons coordonné la réalisation d'une exposition de photos et de textes sur Mahatma Gandhi à San Cristobal de las Casas.
  • Une série d'activités a aussi été organisée parallèlement à cette exposition: conférences, méditations, théâtre, films, musique, poésie et autres activités culturelles

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