:: SYNTHÈSE
Les inondations désastreuses
occasionnées par les pluies torrentielles de début
septembre ont causé d'énormes dégâts
dans le sud du Chiapas. Le drame humain qui a coûté la
vie à des centaines de personnes et a laissé sans
abri à 100 000 autres est devenu le sujet central
de l'attention publique. Des centaines de communautés
ont été totalement isolées durant plusieurs
jours et d'autres ont complètement disparu sous des
torrents de boue. À la mi-octobre, des dizaines de
communautés se trouvaient encore isolées et
n'avaient toujours pas reçu d'aide.
Le gouvernement et la société civile mexicaine
se sont efforcés de faire parvenir une aide d'urgence
aux victimes de la catastrophe. Entre-temps, une discussion
a surgi quant à la nécessité de reporter
les élections locales et étatiques qui devaient
avoir lieu le 4 octobre.
Ces élections ont finalement eu lieu, excepté dans
les régions trop gravement touchées. Les résultats
ont vu une grande victoire du PRI (Parti révolutionnaire
institutionnel, le parti au pouvoir) : il a gagné 18
des 21 districts et 82 des 102 municipalités. Le PRI
a repris les municipalités de la zone de conflit qu'il
avait perdues durant les élections de 1995. Maintenant,
il contrôlera toutes les municipalités constitutionnelles
de Los Altos, la Forêt Lacandone et la zone Nord.
Plusieurs plaintes ont été portées
concernant divers aspects du processus électoral,
allant d'irrégularités mineures à de
graves allégations. Par exemple, dans la zone Nord,
où l'on peut être assassiné en raison
de son affiliation politique, des responsables des bureaux
de vote, affiliés au PRI, ont été accusés
d'avoir ouvert les bulletins après le vote et d'avoir
constitué une liste noire avec les noms de ceux qui
avaient voté pour le PRD (Parti démocratique,
principal parti d'opposition).
Un des aspects les plus remarquables de
ces élections
a été un niveau d'abstentionnisme particulièrement élevé.
Dans l'ensemble, le taux a été de 54%. Mais,
dans les zones de forte influence zapatiste, il s'est élevé à 74%.
Cette fois, l'EZLN (Armée zapatiste de libération
nationale) n'a pas empêché les élections
comme il avait tenté de le faire par le passé.
Cependant, de nombreuses communautés zapatistes ont
tout simplement décidé de ne pas aller voter.
Pour leur part, les partis d'opposition ont dénoncé les
irrégularités du processus électoral
et ont annoncé leurs projets de manifestations massives.
Finalement, peu d'éléments peuvent nous laisser
penser que les récentes élections contribueront à mettre
en place un gouvernement plus représentatif, ou à résoudre
un conflit chaque fois plus tendu et polarisé, et
qui continue à exploser dans des situations de violence
sporadiques.
Après avoir rompu le silence qu'il avait gardé durant
quatre mois, l'EZLN a publié une douzaine de communiqués
depuis juillet. Dans la Cinquième Déclaration
de la Forêt Lacandone, l'EZLN cherche à ressusciter
le texte de loi sur les Droits et culture indigènes
proposé par la COCOPA (Commission pour l'accord
et la pacification) et qui vise à respecter les engagements
pris dans le cadre des accords de San Andrés. Le fait
que le gouvernement fédéral se nie à prendre
en compte ce texte constitue un des obstacles majeurs à la
réouverture des dialogues de paix. L'EZLN est actuellement
en train de travailler avec d'autres secteurs de la société civile
dans un nouvel effort pour parvenir à un ample dialogue
entre les deux. De plus, en octobre, l'EZLN a envoyé un
communiqué à la COCOPA, rétablissant
ainsi un contact public après presque deux années
depuis leur dernière rencontre. L'EZLN continue d'exprimer
un doute certain quant à la volonté de paix
du gouvernement fédéral.
N'étant pas disposé à accepter la proposition
législative de la COCOPA et, en conséquence,
incapable d'amener l'EZLN à la table des négociations,
le gouvernement fédéral a accordé moins
d'attention au conflit au Chiapas. Il semble préférer
administrer l'impasse actuelle plutôt que de rechercher
des alternatives. Les violentes attaques contre les municipalités
autonomes zapatistes n'ont pas continué, mais la présence
militaire et paramilitaire dans les zones de conflit continue à être
des plus alarmantes.
Parallèlement, la préoccupation internationale
pour le Chiapas et la situation des droits humains au Mexique
s'est accrue. Dans leurs déclarations récentes,
la Commission des droits humains des Nations unies et de
la CIDH (Commission interaméricaine des droits humains)
ont critiqué l'impunité avec laquelle sont
commises des violations des droits humains au Mexique et
ont exprimé leur préoccupation. Le gouvernement
mexicain a rejeté ces déclarations, argumentant
qu'elle reflétait une absence de compréhension
de la situation. Cependant, elles constituent un coup important
pour la crédibilité internationale du Mexique
en matière de droits humains. Une visite du Secrétaire
Général de l'ONU et l'invitation faite par
le gouvernement mexicain pour que le Haut-Commissaire des
Droits humains de l'ONU vienne au Mexique ont permis de maintenir
l'intérêt international.
Apprenant qu'aux Etats-Unis le Congrès préparait
une recommandation critiquant la situation des droits humains
au Mexique, le gouvernement mexicain a immédiatement
réagi pour empêcher sa présentation.
Ce dernier a parlé d'un acte "d'interventionnisme
inacceptable". La proposition fut finalement présentée,
mais il n'y eût pas de vote avant l'ajournement du
Congrès.
Quelques-uns voient dans la prochaine
visite du Pape en janvier 1999 une opportunité pour rompre l'impasse
au Chiapas. Cela pourrait peut-être être le cas.
Une approche moins optimiste emmène plutôt à penser
que les positions rigides de la part des principaux acteurs
laissent peu de place à l'espoir de trouver une solution
au conflit avant la fin de ce sexennat, en l'an 2000.
L'ouverture de l'EZLN vers la COCOPA représente un
changement total par rapport à sa position antérieure
face à cette Commission et a fait naître une
grande espérance. La proposition de dialogue entre
la société civile et l'EZLN prévue pour
la fin novembre ouvre un nouvel espace public qui pourrait
donner lieu à des alternatives en réponse à l'impasse
actuelle.
Reste à voir si le message et l'appui public qui pourrait
suivre, associés aux efforts de la COCOPA, seront
suffisants pour renouer le dialogue entre deux adversaires
qui se défient profondément l'un de l'autre.

ACTIONS RECOMMANDÉES
- Presser l'administration de
Zédillo de:
- Désarmer les groupes paramilitaires présents
au Chiapas;
- Reconnaître et respecter le travail humanitaire
et la contribution au processus de paix réalisés
par les observateurs internationaux et les défenseurs
des droits humains;
- Garantir la sécurité de la délégation
de l'EZLN et les conditions pour que se réalise
sa rencontre avec la société civile
du 20 au 22 novembre;
- Ordonner la réduction substantielle des
troupes fédérales dans les zones de conflit
comme un signe véritable et concret de sa volonté de
dialogue.
- Pour les citoyens de l'Union Européenne: Demander à vos
gouvernements respectifs et à vos parlementaires
de prendre au sérieux la "clause démocratique" de
l'accord commercial entre le Mexique et l'Union Européenne.
- Exhorter les membres de la COCOPA à réaliser
les efforts les plus importants pour rester unis quant à leurs
propositions et actions, et pour continuer leur travail
de contribution à la paix, en faisant valoir l'intérêt
supérieur de celle-ci sur les positions
des partis politiques qui la forment.
- Diffuser l'information - comme ce bulletin- sur la
situation qui prevaut au Chiapas.
Veuillez écrire à:
Lic. Ernesto Zedillo
Ponce de León
Presidente de la República
Palacio Nacional
06067 México, DF - México
Fax: (int-52) (5) 271 1764 / 515 4783
Francisco Labastida Ochoa
Secretario de Gobernación
Bucareli 99, 1o. piso
Col. Juárez
06699 México, DF - México
Fax: (int-52) (5) 546 5350 / 546 7380
Comisión de Concordia y Pacificación
Paseo de la Reforma # 10, piso 17
México, DF - México
Fax: (int-52) (5) 535 2726

:: ACTUALITÉ
Chiapas : quel chemin
mènera à la démocratie?
En septembre, les
zones côtières et frontalières du Chiapas
ont connu un désastre dû aux violentes pluies
(voir l’article “désastre
dans le sud du Chiapas" à continuation) qui ont occasionné des
centaines de morts et de disparus dans environ 40 municipalités.
Suite aux éboulements et au débordement des
rivières, de nombreuses routes et ponts ont été détruits
et certaines communautés ont été complètement
recouvertes par la boue. Ce désastre vient s'ajouter à la
situation déjà tendue qui règne dans
les régions de Los Altos, la Forêt Lacandone
et le Nord du Chiapas du fait du conflit encore irrésolu
entre le gouvernement et l'EZLN.
Après la catastrophe, une violente discussion a surgi
concernant la viabilité des élections du 4
octobre. Le gouvernement de l'état et le Conseil étatique électoral
(CEE) ont affirmé que les conditions permettaient
de mener à bien les élections et que la Constitution
interdisait leur report. Mais le PRD et le sénateur
du PRI au Chiapas, Pablo Salazar Mendiguchia, ont proposé de
reporter les élections jusqu'au mois de décembre.
Finalement, le CEE a décidé de retarder les élections
dans trois districts et huit municipalités sinistrés
et de prendre des mesures intérimaires pour respecter
la Constitution de l'État.
La journée électorale a été caractérisée
par un grand abstentionnisme (54%) et des irrégularités
dans tout l'État. L'EZLN n'a pas empêché le
vote, mais de nombreuses communautés zapatistes ont
décidé de ne pas voter. Ainsi, le PRI a repris
les municipalités de la zone de conflit qu'il avait
perdues au cours des élections locales de 1995. (Voir
l’article “Les élections au Chiapas")
EZLN
Après avoir au rompu le silence qu'il avait maintenu
durant quatre mois, l'EZLN a émis douze communiqués
depuis la mi-juillet jusqu'à la journée des élections.
Dans de nombreux documents, il a rendu responsable le gouvernement
fédéral de l'échec du dialogue et a
fortement critiqué la politique économique
de Zédillo. Quelques jours après le désastre
dans les zones côtières et frontalières,
il a dénoncé le détournement de l'aide
humanitaire à des fins personnelles, le favoritisme
politique ainsi que la déficience du plan d'urgence.
Dans la Cinquième Déclaration de la Forêt
Lacandone à la fin juillet, l'EZLN a invité la
société civile et les populations autochtones à réaliser
une consultation nationale concernant l'initiative de Loi
sur les Droits et la culture indigènes élaborée
par la COCOPA en 1996. De plus, il a accepté la réponse
de la société civile en vue d'établir
un dialogue entre les représentants de cette dernière
et les dirigeants de l'EZLN. Il s'agira d'échanger
des propositions pour la réalisation de la consultation
et de rechercher des solutions au conflit du Chiapas. Cette
rencontre aura lieu les 20, 21 et 22 novembre à San
Cristóbal de las Casas.
La politique du gouvernement
Dans son Rapport annuel en septembre, le président
Zédillo a laissé de côté le conflit
du Chiapas, omission qui a généré une
forte indignation parmi les membres de la COCOPA, les partis
d'opposition, les secteurs de la société civile
et les églises. Le Ministère de l'Intérieur
a réagi en indiquant que, dans les annexes du Rapport,
le gouvernement proposait sept orientations pour résoudre
le conflit au Chiapas, entre autres: relancer la croissance économique,
s'assurer du respect de l'Etat de droit, aider les déplacés
internes, adopter une loi indigène pour le Chiapas
et rechercher le dialogue avec les zapatistes. Pour sa part,
le gouverneur substitut du Chiapas, Roberto Albores Guillén,
a présenté en août son plan pour promouvoir
une initiative de loi indigène qui garantisse les
droits des populations autochtones en prenant en compte leurs
us et coutumes.
En juillet, le gouvernement fédéral a proposé un
plan de distension pour l'état du Chiapas qui confiait
un rôle important à la COCOPA. Dans ce plan,
le gouvernement demandait à la COCOPA de solliciter à l'EZLN
d'accepter de prendre une série de mesures, incluant
son désarmement, s'abstenir de recourir à la
violence dans les communautés et la participation
de ses bases pour modifier ou créer de nouvelles limites
de municipalités. Un mois après, la COCOPA
refusait de répondre aux demandes du gouvernement
fédéral, alléguant qu'elle ne pouvait
se transformer en un instrument gouvernemental. Dans un communiqué du
18 octobre, l'EZLN renouait son contact avec la COCOPA, et
de cette façon, reconnaissait publiquement le rôle
de la COCOPA dans le processus de paix.
Depuis les graves événements de la municipalité autonome
de El Bosque, où en juin sont morts huit indigènes
et 2 policiers, les municipalités autonomes n’ont
pas fait l'objet de nouvelles attaques ouvertes. Mais elles
subissent toujours la pression de la militarisation et vivent
sous la menace des groupes paramilitaires. Le Ministre de
l'Intérieur, Francisco Labastida Ochoa, avait fait
connaître en juillet la décision du gouvernement
fédéral de ne pas recourir à la violence,
mais avait averti "qu'il n'y aurait plus de concessions
gratuites" à l'EZLN parce que le mouvement armé paralysait
le processus de paix.
Selon une enquête effectuée par la Fondation
Rosenbluth en août, la population mexicaine est assez
critique vis-à-vis de la politique du gouvernement.
Presque les trois quarts des interrogés affirment
que les populations autochtones ont eût raison de s'être
rebellées contre le gouvernement en janvier 1994.
60% d'entre eux trouvent qu'il n'y a pas de relation logique
entre ce que dit et ce que fait le président Zédillo.
55% considèrent que l'armée fédérale
représente un danger pour les populations autochtones.
Violentes critiques au niveau international
Le 20 août,
la Sous-commission pour la Prévention
de la discrimination et la protection des minorités
de la Commission des droits humains de l'Organisation
des Nations Unies (ONU) a approuvé une
résolution
dans laquelle elle demandait au gouvernement mexicain d'en
finir avec l'impunité et de garantir la sécurité des
défenseurs des droits humains. Elle a également
demandé aux deux parties en conflit au Chiapas de
donner priorité au dialogue et elle a proposé à la
Commission des droits humains de l'ONU de maintenir sa
vigilance sur la situation des droits humains au Mexique.
Dans le monde
diplomatique de l'ONU, le langage prudent de cette résolution
a signifié une critique inportante de la situation
précaire des droits humains au Mexique. Le représentant
du Mexique à l'ONU a déclaré que le
document de la Sous-commission "était absurde" et
qu'il avait été élaboré par
des experts juridiques "sans responsabilité politique".
La Commission Interaméricaine des droits humains
de la OEA, Organisation des États de l'Amérique
a publié fin septembre son rapport concernant la situation
des droits humains au Mexique. Bien qu'elle reconnaisse des
avancées politiques et démocratiques, elle
a critiqué la violation des droits des populations
indigènes et l'impunité qui a conduit la population à aller
vers l'illégalité en se faisant justice. De
plus, elle a dénoncé la forte militarisation
de quelques états du Mexique, parmi lesquels le Chiapas.
Durant la visite au Mexique du Secrétaire général
de l'ONU, Kofi Anann, à la fin juillet, les ONG mexicaines
lui ont remis divers rapports et documents concernant la
situation des droits humains dans le pays. Le Ministre de
l'Intérieur, Francisco Labastida Ochoa, a affirmé qu'Anann
est reparti du Mexique convaincu que le gouvernement mexicain
faisait tout son possible pour trouver une solution pacifique
au conflit du Chiapas. En septembre, la Ministre des Affaires
Etrangères, Rosario Green, a invité la Haute-commissaire
des Droits humains de l'ONU, Mary Robinson, à venir
au Mexique.
Une délégation d'Amnestie
Internationale qui était
au Chiapas ce même mois a estimé que les détentions
réalisées durant le démantèlement
des municipalités autonomes au cours du premier trimestre
de l'année avaient été arbitraires et
contraires à l'Etat de droit.
Une proposition non imperative concernant
le Chiapas a été présentée
au Congrès des États-Unis le 9 octobre. Bien
qu'il n'y ait pas eu de vote avant la fin de la Session du
Congrès, le simple fait de sa présentation
a démontré une croissante préoccupation
pour la situation des droits humains au Mexique. La résolution
constitue un appel pour que soient prises des mesures effectives
afin de s'assurer : que l'aide militaire des États-Unis
au Mexique ne contribue pas à provoquer des violations
des droits humains; que s'effectuent le désarmement
des groupes paramilitaires et la réduction de la présence
militaire au Chiapas ; que se réalisent des efforts
concertés entre le gouvernement et l'EZLN pour renouer
les négociations et pour le respect des défenseurs
des droits humains. Cette résolution a été soutenue
par 15 sénateurs et 37 députés.
De son côté, la Ministre
des Relations Extérieures a émis un communiqué disant que "la résolution
exprime diverses opinions retorses et même fausses
sur la situation qui prévaut au Chiapas" et qu'elle
constitue un "acte intervencionniste inacceptable". Le représentant du gouvernement mexicain pour le dialogue
au Chiapas aurait été envoyé d'urgence à Washington
dans une tentative qui a échoué pour empêcher
la présentation du texte.

Les élections
au Chiapas Le PRI a gagné grâce à un taux élevé d'abstentionnisme
Des élections locales et étatiques devaient
avoir lieu au Chiapas le 4 octobre afin d'élire 111
présidents municipaux et 40 députés
(24, un pour chaque district et 16 de représentation
proportionnelle) au Congrès de l'État. Cependant,
une semaine avant les élections, le Conseil étatique électoral
(CEE) a décidé de suspendre les élections
dans huit municipalités et trois districts de la zone
sinistrée par les pluies. Un peu avant, différentes
organisations et personnalités politiques avaient
proposé de différer les élections pour
tout le Chiapas.
Victoire du PRI
Le parti politique vainqueur des élections fût
sans aucun doute le PRI: il a obtenu 18 des 21 districts
et 82 des 102 municipalités où les élections
ont eu lieu. Le PRD a gagné dans 15 municipalités
et un district, le PAN dans cinq municipalités et
deux districts. Dans les zones de Los Altos, la Forêt
Lacandone et le Nord du Chiapas, le PRD n'a gagné aucune
municipalité et a, de plus, perdu celles qu'il avait.
Maintenant, ces zones seront gouvernées exclusivement
par le PRI.
Le fait que les élections aient eu lieu seulement
dans 21 des 24 districts est à l'origine d'une vive
discussion entre les partis politiques concernant la distribution
des 16 députés de représentation proportionnelle
au Congrès de l'État. Selon les partis d'opposition,
il n'est pas légalement possible de distribuer les
sièges en fonction des résultats de seulement
21 districts. Néanmoins, le CEE a approuvé l'assignation
des 16 députés plurinominaux, en laissant deux
postes de députés en suspens jusqu'à ce
que soient réalisées les élections dans
les trois autres districts. Le PRI a gagné sept sièges,
ce qui lui donne une majorité de 25 députés.
Le PRD a gagné quatre sièges, il en a donc
un total de cinq. Le PAN, avec trois députés
plurinominaux, est également représenté par
cinq députés au Congrès de l'État.
Les deux autres partis obtiennent chacun un représentant.
Il n'y a aucune garantie pour des élections
transparentes
Avant les élections, l'Alliance
Civique (une ONG indépendante) a déclaré que dans 14 des 24 districts électoraux
aucune des conditions minimales recommandées par le
Centre des droits humains des Nations Unies n'était
pas remplie pour le développement d'un processus électoral,
libre, authentique et juste. Ces 14 districts se trouvent
dans la zone de conflit et dans la zone affectée par
les pluies de septembre. Le fort taux d'abstentionnisme (près
de 54%) vient confirmer la conclusion de l'Alliance Civique
selon laquelle "...en poursuivant sur la voie actuelle,
le processus électoral ne remplira pas sa fonction
de base, en étant susceptible de devenir un facteur
de plus qui retardera la possibilité d'arriver à un
accord mininum entre les différentes forces politiques
et sociales, accord que réclame de façon urgente
la situation actuelle de l'État".
À San Juan Chamula, on a empêché le
vote
La journée électorale s'est déroulée
sans incident grave sauf dans la municipalité de San
Juan Chamula. Là, les autorités municipales
ont empêché l'installation des 59 bureaux de
vote pour obtenir la libération de cinq prisonniers
détenus pour des délits variés (dont
un homicide). Selon les autorités catholiques traditionnalistes,
les détenus sont des prisonniers politiques. Il est
bon de mentionner que le vote dans la municipalité de
San Juan Chamula a toujours été favorable au
PRI.
Le matin, dans le chef-lieu de la municipalité, quelques
mille indigènes se sont réunis sur la place
municipale en un meeting spontané. Les autorités
municipales imposèrent la fermeture de tous les commerces.
Sur la place ont été érigées
de grandes banderoles recouvertes de messages hostiles aux «sectes
protestantes». La sortie de la communauté vers
San Andrés fut bloquée quelque temps et une
participation financière fut réclamée
aux automobilistes. À la mi-journée, après
un bref discours des autorités, les gens réunis
sur la place se retirèrent et les commerces reprirent
leurs activités.
L'interdiction d'installer les bureaux
de vote à San
Juan Chamula a mis en péril la validité du
vote pour désigner le député de ce district
puisque 80% des bureaux de vote n'ont pas été installés.
Cependant, le CEE a accepté les résultats et
accordé la victoire au candidat du PRI qui avait obtenu
la majorité dans les autres municipalités du
district.
Certains observateurs électoraux et partis politiques
ont dénoncé des irrégularités
Certains observateurs électoraux et partis politiques
ont dénoncé: des retards dans l'ouverture des
bureaux de vote, des erreurs dus à un manque de formation
des responsables électoraux et la présence
d'une propagande politique à proximité ou sur
les lieux du vote. Dans la région de Tapachula, les
responsables de quelques bureaux de vote ont été interrogés
par des éléments de la police étatique.
L'EZLN a émis un communiqué le 2 octobre dans
lequel il s’est engagé à ne pas faire
obstacle aux élections. C'est pour cette raison qu'il
n'y a pas eu de bulletins ou d'urnes brûlés
par des sympathisants de l'EZLN, comme il était survenu
lors des dernières élections. Cependant, de
nombreuses communautés zapatistes décidèrent
de ne pas voter.
Dans la zone Nord, les élections se sont déroulées
dans un climat de tension du fait de la présence du
groupe paramilitaire «Paix et justice». Des représentants
du PRD ont rapporté des irrégularités:
par exemple, que les sympathisans du PRI ont contrôlé les
bulletins après le vote et ont consigné sur
une liste noire les noms des gens qui avaient voté pour
le PRD.
À Nicolas Ruiz, où le PRD a gagné,
les sympathisants du PRI ont dénoncé des irrégularités
commises par des fonctionnaires des bureaux de vote. À Venustiano
Carranza, le PRD a rapporté l'induction et l'achat
de votes par les sympathisants du PRI.
Deux jours après les élections, lors d’une
conférence de presse, les partis du PRD, PAN et PDch
(Parti démocrate du Chiapas) d'Ocosingo ont dénoncé le
fait que, dans cette municipalité, les conditions
requises pour la réalisation d'élections transparentes
n'avaient pas été remplies et que, pour cette
raison, ils n'en reconnaissaient pas les résultats.
Avec un abstentionnisme de 74% dans cette municipalité,
le PRI a obtenu la présidence, selon les chiffres
du CEE, avec 52% des votes. Les trois parties ont déclaré que
cela signifiait que la légitimité du gouvernement
local était fondée sur seulement 13% du recensement
et que, pour cette raison, elle ne pourrait être crédible.
De plus, ils ont dénoncé des cas d'achat de
votes par le PRI (par exemple, via PROCAMPO, le programme
gouvernemental pour le développement agraire), des
menaces de morts aux membres de l'opposition et le transport
de votants par des autorités et des militants du PRI.
La politique et les moyens de communication
L'Alliance Civique du Chiapas a rendu publique une enquête
sur la couverture des campagnes politiques par les moyens
de communication. Cette étude a été réalisée
durant deux semaines au mois d'août. Les résultats
font apparaître que l'espace donné au PRI dans
les trois moyens de communication faisant l'objet de l'enquête
n'était pas proportionnelle à celui donné aux
autres partis: le PRI occupait 45% du temps alloué à la
campagne électorale dans la radio Red Radio Chiapas
et 68% dans la radio XEWM ainsi que 70% de l'espace alloué à la
campagne dans le journal Cuarto Poder. Par rapport au contenu,
il fut observé qu'aucune préférence
n'avait été exprimé pour l'un ou l'autre
des partis dans la grande majorité des nouvelles diffusées
par les trois moyens de communication.

Désastre
dans le sud du Chiapas Au cours de la première semaine de septembre, le sud
du Chiapas, principalement les zones Costa et Fraylesca,
a fait l'objet d'un désastre consécutif à six
jours de pluies incessantes. Ces pluies ont causé des
inondations et des éboulements qui ont détruit
des routes, des ponts, des maisons et des communautés
entières. Dans un document confidentiel du 15 septembre,
le gouvernement estimait le nombre des morts à plus
de 400, à 850 le nombre de disparus et à plus
de cent mille le nombre de sinistrés. Selon ce document,
44 municipalités et 616 communautés avaient été touchées,
parmi lesquelles 350 sont restées isolées durant
plus de 10 jours.
Quelques ONG qui apportent un soutien à la région
donnent des chiffres plus élevés que les chiffres
officiels soit des milliers de disparus et jusqu'à 1
200 000 sinistrés. Le médecin Salvador Perés
López - de Huixtla - qui travaillait dans la zone
sinistrée, nous a affirmé: "Le gouvernement
manipule les chiffres. Il parlait le 9 octobre de 290 morts,
mais c'est un mensonge. Ils doivent être plus de mille".
La zones sinistrée représente plus de 20 000
km2, avec presque mille kilomètres de routes impraticables
et des dizaines de ponts détruits. La région
se situe loin de la zone de conflit bien qu'elle comprenne
une partie de la municipalité autonome zapatiste «Terre
et Liberté».
Les violentes pluies de la fin septembre
ont détruit à nouveau
des parties de l'infrastructure provisoirement rétablies.
Selon Perés López: "En quelques endroits,
on a dû réparer les ponts trois ou quatre fois".
Selon les autorités, la reconstruction des dommages
subis devrait durer au moins jusqu'au printemps 1999.
Plus de 8 000 militaires ont été mobilisés
pour venir en aide aux personnes isolées par les eaux,
installer des abris, distribuer des vivres et des médicaments
aux survivants et réparer provisoirement les dommages.
La 'société civile' s'est généreusement
mobilisée de sa propre initiative pour aider les sinistrés.
Cependant, cinq semaines après l'arrêt des pluies,
des dizaines de communautés étaient encore
isolées sans avoir reçu aucune aide. Salvador
Perés López nous a dit le 10 octobre : "Dans
la seule municipalité de Motozintla, il y a encore
20 ou 30 communautés isolées. Les gens doivent
marcher quatre à huit heures pour obtenir des vivres.
Malgré cela, l'aide gouvernementale par voie aérienne
est déjà dans sa phase terminale et l'armée
se retire".
Selon le communiqué du sous-commandant Marcos daté du
15 septembre, l'EZLN a envoyé "une partie de
son fond de guerre pour contribuer à soulager les
conditions difficiles" dans la zone affectée.
Il existe dans cette région une forte présence
de sympathisants des partis d'opposition du PAN et du PRD.
Ces partis, avec quelques ONG, des organismes des droits
humains et l'EZLN ont dénoncé une série
d'incidents selon lesquels l'aide apportée par le
gouvernement aurait été distribuée en
contrepartie d'achat de votes ou aurait bénéficié aux
seuls militants du PRI. Lors d’un de ses nombreux voyages
dans la zone sinistrée, le président Zedillo
a condamné cette supposée utilisation politique
de l’aide humanitaire. Mais, d’un autre côté,
il a exprimé des doutes concernant le travail humanitaire
de la Croix Rouge Mexicaine et de la 'société civile": "Je
n’ai pas vu un seul kilo d’aide pouvant être
directement distribuée" a-t-il dit, commentaire
qui fut fortement critiqué par cette même Croix
Rouge et par les ONG.
 ::
ANALYSE
À quelques
semaines de la date anniversaire du massacre d'Acteal, les
choses ne se sont guère améliorées au
Chiapas. En septembre, le sud de l'état a subi les
ravages de violentes inondations, une épreuve de plus
pour une population qui a déjà dû endurer
presque cinq années d'un conflit sans solution visible à court
terme.
La catastrophe a montré à nouveau les déficiences
du gouvernement à prendre rapidement et de façon
efficace les mesures les plus urgentes pour répondre
aux besoins de la population. Cependant, la publicité et
l'aide destinées à la zone du désastre
lui ont permis de déplacer le conflit principal du
centre de l'attention nationale. En même temps, les
mesures du gouvernement annoncées pour rétablir
la normalité, réparer les dommages et indemniser
les sinistrés pourraient facilement se convertir en
un instrument supplémentaire de cooptation et de contrôle
de la population, dans une région où les partis
d'opposition sont très présents. D'autre part,
la sensibilité humanitaire exprimée par la
société mexicaine face à ce désastre
naturel est une démonstration du fait que la solidarité pour
la population du Chiapas ne s'est pas éteinte.
Les scandales bancaires, la chute du peso,
les incendies, les inondations et même les problèmes extra-conjugaux
de Clinton ont été des facteurs de distraction
du conflit du Chiapas, conflit qui chaque jour s'aggrave.
Même les élections locales récentes n'ont
pas réussi à dissiper quelque peu les nuages
noirs qui - au sens littéral et métaphorique
- sont venus couvrir les cieux du Chiapas au cours de ces
derniers mois.
Les élections du 4 octobre ont été caractérisées
par une forte abstention, surtout dans la zone de grande
influence zapatiste. Le peu de participation de la population
du Chiapas a démontré le manque de confiance
de cette dernière vis-à-vis du système
politique et de sa capacité à résoudre
ses problèmes. L'absence de conditions matérielles
et politiques pour garantir un suffrage électoral,
la sécurité, la peur et la position ambiguë de
l'EZLN (ne pas interdire le vote sans pour autant le recommander)
ont également limité cette participation citoyenne.
Dans ce contexte, le triomphe du PRI dans
les zones de Los Altos, de la Forêt Lacandone et du Nord du Chiapas
laisse le contrôle de cette région où la
présence zapatiste est la plus importante, entre les
mains du gouvernement actuel. Désormais celui-ci rencontrera
moins de résistance à l'utilisation de toutes
ses ressources et de son appareil bureaucratique pour étendre
son influence sur cette région et ainsi miner l'appui
accordé à l'EZLN. L'accroissement potentiel
de l'activité paramilitaire dans les municipalités
dont le PRI a repris le contrôle est également
préoccupant. Dans les autres zones, cette activité s'est
significativement renforcée grâce à la
connivence avec les autorités locales officielles.
D'autre part, le peu de représentativité des
nouvelles autorités municipales (élues par
entre 13 et 30% de la population votante) constitue un facteur
de grande instabilité. L'opposition a annoncé qu'il
y aura de vives protestations et elle a même envisagé la
possibilité d'occuper des mairies pour empêcher
l'installation des autorités du PRI.
Les autorités étatiques considèrent
que les élections ont été un succès.
Cependant, étant donnés les irrégularités
démontrées et le fort taux d'abstentionnisme,
il est clair qu'une fois de plus, au Chiapas, le processus électoral
n'est pas un moyen viable et efficace pour démocratiser
le pays, pour installer des gouvernements locaux représentatifs
et pour trouver des solutions véritables au conflit.
Alors qu'au Mexique le thème du Chiapas paraît
avoir été relégué par certains
aux calendes grecques de l'agenda politique de la fin du
siècle, à l'étranger, il a pris de l'importance à différents
niveaux. C'est le cas des visites chaque fois plus fréquentes
au Chiapas de personnes de différentes ambassades
(incluant les visites de militaires des États-Unis à neuf
reprises ces mois passés, selon les sources de l'ambassade
américaine) ainsi que les déclarations de fonctionnaires
du gouvernement et de congressistes nord-américains,
de parlementaires du Canada et de l'Europe et d'instances
indépendantes comme le Haut-Commissariat pour
les droits humains de l'ONU (Organisation des Nations unies) et la CIDH
(Commission interaméricaine des droits
humains) de la OEA (Organisation des États de l'Amérique).
Ces organismes ont émis des recommandations importantes
pour que les autorités mexicaines redoublent leurs
efforts pour réduire les signes de violence et de
discrimination au Chiapas et dans les autres États
du pays. Le gouvernement mexicain, prétendant ainsi
défendre sa souveraineté, minimise les critiques
en affirmant qu'à l'extérieur circulent de
fausses informations sur la réalité du pays.
Cependant, l'importance des critiques internationales l'ont
conduit à inviter Mary Robinson, la Haute-commissionnaire
pour les Droits humains de l'ONU, à venir au Mexique.
Après avoir rompu le silence en juillet, l'EZLN a émis
de nombreux communiqués faisant connaître ses
réactions face aux événements les plus
importants de l'actualité et jetant l'opprobre sur
les gouvernements étatique et fédéral.
Ce dernier a, pour sa part, arrêté de prendre
au sérieux les communiqués de l'armée
rebelle, qualifiant notamment le Sous-commandant Marcos de "criminel",
selon les termes du gouverneur du Chiapas, Roberto Albores
Guillen. Étant donné cette situation, et les
positions très rigides des principaux acteurs, il
semble très difficile d'en arriver à une solution
avant la fin de ce sexennat. Cela est contraire au sentiment
exprimé par les évêques selon lesquels
la paix pourrait être signée avant la venue
du Pape en janvier prochain.
Heureusement, la COCOPA, bien qu'actuellement
affaiblie par rapport à son importance antérieure, continue à vouloir
chercher une véritable solution au conflit que vit
le Chiapas et prend l'EZLN plus au sérieux. C'est
la raison pour laquelle l'EZLN a annoncé le 18 octobre
sa disponibilité à reprendre publiquement contact
avec la COCOPA même s'il se refuse toujours à un
contact direct avec le gouvernement fédéral.
Puisque le dernier processus électoral ne constitue
pas un espace suffisamment important pour que la 'société civile'
du Chiapas face entendre sa voix concernant le chemin que
doit suivre la société, alors les attentes
se tournent nécessairement vers le nouvel espace de
dialogue annoncé entre au moins quelques-uns des secteurs
de la 'société civile nationale' et l'EZLN. À nouveau,
il semble que seule la 'société civile' pourra
obliger de façon pacifique les acteurs politiques à reprendre
leur responsabilité pour résoudre le conflit
du Chiapas et changer la stratégie de militarisation.
Tant que cela ne sera pas fait, la voie électorale
pour la démocratisation du pays continuera à être
insuffisante et peu représentative des majorités,
comme nous venons de le constater récemment lors des
dernières élections au Chiapas.
 ::
DOSSIER
La "société civile":
un facteur inconnu dans la résolution du conflit au
Chiapas
Au Mexique aujourd'hui, on parle beaucoup
de la "société civile" (citoyens
et organisations de citoyens qui s'associent volontairement
pour atteindre des objectifs sociaux). Les moyens de communication
nous informent que la "société civile" fait
des propositions aux politiciens, prend des initiatives,
organise des manifestations et des marches, en bref qu'elle
se mobilise.
Depuis 1994, particulièrement durant les moments
les plus critiques du processus de paix, de nombreux communiqués
du Sous-commandant Marcos se sont adressés à la
société civile, lui lançant des questions
et lui faisant des propositions. Après l'auto-dissolution
de la CONAI (Commission nationale de médiation), dans
le cadre de la Cinquième Déclaration de la
Selva Lacandona, l'EZLN a de nouveau appelé les autres
acteurs sociaux et politiques à s'engager à résoudre
l'actuelle situation d'impasse: "Le moment est venu
pour les populations autochtones, la société civile
et le Congrès de la République..." (juillet
1998). En septembre, l’EZLN a accepté l'invitation à dialoguer
avec la société civile. Les thèmes suivants
feront l'objet de la discussion : la consultation nationale
sur l'initiative de Loi sur les droits et la culture indigènes
et la recherche de solutions au conflit du Chiapas.
Mais, à quoi se réfère-t-on lorsque
l'on parle de la "société civile"?
Que fait-elle? Quel a été, est et pourrait être
le rôle de cet acteur peu connu dans le conflit du
Chiapas?
L'émergence d'une nouvelle force
politique et sociale
Il est difficile de déterminer à quel moment
on a commencé à parler de "société civile" au
Mexique. Nous pourrions dire que le concept n'a pas surgi
du néant mais plutôt qu'il est venu qualifier
ce qui existait déjà, soit d'importants secteurs
de la société ayant mieux pris conscience de
leur force, de leur capacité d'organisation et de
participation directe dans la résolution de leurs
problèmes face à un gouvernement qui ne paraissait
pas capable de les résoudre.
Les mobilisations étudiantes des années 70
furent particulièrement révélatrices
de ce processus en gestation. Puis, le tremblement de terre
qui frappa la capitale du pays en 1985 et, avec lui, l'apparition
de nouvelles initiatives collectives autour d'intérêts
communs visant à répondre aux nécessités,
firent que la société civile gagna en maturité.
Cependant, quelques-uns pensent que ces événements
n'incluèrent qu'une partie de la société mexicaine
et que seules les années 90 avec le soulèvement
armé des zapatistes d'une part et la crise économique
d'autre part virent la mobilisation de tous les secteurs
de la société.
Premiers efforts d'organisation
L'effort plus ou moins spontané des premiers temps
a pris corps au cours de ces dernières années.
En règle générale, les instances d'initiative
organisée se sont formées loin des structures
gouvernementales pour répondre à des problèmes
de quartiers, à des questions nationales voire internationales.
Les réseaux et les coalitions se faisaient et se défaisaient
au gré des initiatives. Quelques-unes de ces instances
ont un statut légal, un personnel rétribué et
sont organisées en structures plus formelles: ce sont
les fameuses ONG (organisations non-gouvernementales). Elles
travaillant sur des sujets préoccupants (comme les
questions autochtones, les droits des femmes, les droits
humains, l'écologie, l'enfance, la santé, le
développement, etc.) et elles ont ont peu à peu
vu leur influence croître aussi bien au niveau local
que régional, national voire même international.
Selon Manuel Canto du CAM (Centre
d'études sociales
et culturelles Antonio Montesinos), il serait en réalité plus
adéquat de parler "'d'organisations de la société civile'
plutôt que de 'société civile'. Ce sont
des organisations de citoyens qui s'associent volontairement
pour atteindre des objectifs sociaux et qui désirent
intervenir sur des questions d'ordre public".
La société civile et la
politique
L'accroissement du nombre d'organisations civiles a considérablement
renforcé le processus de démocratisation qu'
a connu le Mexique au cours de cette dernière décennie.
Nombreuses sont celles qui ont surgi dans le but de faire
face aux graves problèmes de la société mexicaine
ainsi que pour faire pression sur les gouvernements locaux, étatiques
et nationaux afin qu'ils prennent conscience de leurs responsabilités.
L'ONG «Alliance Civique» a été fondée
en 1994 à l'initiative de citoyens et de groupes civils
qui voulaient observer et rendre compte des élections
fédérales et étatiques du mois d'août
cette année là. C'était la première
fois que la société mexicaine avait décidé de
promouvoir une observation électorale réalisée
par les citoyens eux-mêmes, étant donnée
l'absence d'impartialité et de crédibilité constatée
lors des élections antérieures. Ce fut au cours
de cette même année que, pour la première
fois, on a pu apporter des preuves systématiques de
la fraude électorale.
D'autre part, certains considèrent que les autorités
politiques n'ont pas répondu aux demandes des citoyens.
Pour cette raison, au Chiapas, de nombreuses organisations
de base ont décidé d'appuyer des candidats
indépendants des partis politiques pour les élections
locales. L'organisation indigène de jeunes "Yomlej" l'avait
fait en 1995 dans la municipalité de Chilón
: elle a participé et a gagné la mairie.
Actuellement ce processus se répète à Yajalón
et à Ocosingo avec des candidats indépendants.
A Yajalón, l'organisation «Flores Magón» a
proposé son propre candidat sous la bannière
du PRD (Parti de la révolution démocratique)
: Gustavo Robles. Celui-ci nous a dit: «Les autorités
n'écoutent pas nos revendications légitimes.
Aujourd'hui, nous cherchons à obtenir le pouvoir pour
pouvoir satisfaires nos besoins". L'organisation Flores
Magón a réalisé un grand effort de conscientisation
de la population pour l'impliquer davantage dans le processus
politique. "C'est pour cela que - nous a dit Gustavo
- nous avons déjà gagné, que nous gagnions
ou non la mairie. Aujourd'hui la population sait beaucoup
mieux quel rôle elle peut jouer pour résoudre
ses problèmes". (Note : le PRD a perdu les élections à Yajalón).
Les personnes qui conforment les structures
politiques traditionnelles ont quelquefois des difficultés à comprendre
et à accepter l'idée de coexister avec cette
nouvelle force politique et sociale. Un représentant
de l'Alliance Civique de San Cristóbal nous a dit
: "Nous sommes allés discuter avec le maire d'une
communauté d'une consultation publique que nous organisions
pour le tenir au courant de notre objectif. Celui-ci ne nous
a pas compris et il nous a seulement demandé: 'Que
voulez-vous de moi, de quoi avez-vous besoin?' Sa façon
de penser est encore celle-ci: 'Que puis-je leur donner pour
les calmer?' Mais ce que nous cherchons en tant que citoyens,
c'est la coopération des forces politiques pour résoudre
les problèmes. En plus d'éduquer les citoyens,
il faut aussi éduquer le gouvernement et les politiciens à prendre
au sérieux la société civile. Mais,
pour nous, c'est aussi un processus d'apprentissage et, au
Chiapas, c'est encore plus difficile étant donné la
situation déjà très polarisée".
La société civile au début
du conflit au Chiapas
La CONPAZ (Coordination
des organismes non-gouvernementaux pour la paix) s'est constituée au Chiapas durant les
premiers jours de 1994 pour chercher des réponses à la
violence exercée pa le gouvernement fédéral à l'heure
d'aborder le conflit avec l'EZLN. Après le soulèvement
zapatiste, d'autres organisations sont nées dans l'intention
de s'occuper des problèmes de santé, des droits
humains, d'éducation populaire, des droits de la femme,
etc. qui régnaient dans la zone.
Martha, qui durant le soulèvement zapatiste était
vendeuse de sandwichs dans une école, nous a conté en
ces termes sa décision de participer activement au
mouvement de citoyens : "Lorsque j'ai vu les zapatistes
et Marcos marchant au centre de San Cristóbal le premier
janvier, j'ai pensé : ils sont en train d'accomplir
quelque chose, et moi je ne fais rien. Les bombardements
des avions militaires trois jours après contre la
population de ma ville m'ont poussée à assumer
ma propre responsabilité. C'est le 12 janvier que
j'ai participé pour la première fois à une
marche et que j'ai commencé à m'engager pour
arrêter la guerre".
La société civile, tant au niveau local que
national et international, a joué un rôle important
pour arrêter la guerre durant ces premières
journées de 1994, ainsi que pour réduire la
violence (grâce par exemple aux "Ceinturons de
paix" et aux "Campements civils pour la paix").
Elle a également permis que le dialogue pour la paix
soit réellement un processus qui permette la participation
du plus grand nombre.
Cependant, l'usure provoquée par l'enlisement prolongé du
processus de paix et les divisions internes, ajoutée à l'aggravation
des multiples problèmes économiques et sociaux
au niveau national, ont affaiblie la société civile
durant ces cinq dernières années. De nombreux
analystes ont affirmé également que, pour faire
un bond qualitatif, elle devrait dépasser son manque
de réflexion à long terme et son atomisation
qui l’ont jusqu'à présent empêchée
de trouver une articulation stratégique. En relevant
ce défi, surtout après l'auto-dissolution de
la CONAI, la société civile pourrait devenir
un acteur clef pour débloquer la situation actuelle.
Coordination et convergence
Le renforcement de la société civile au Chiapas
continue à l'heure actuelle. L'amplitude des problèmes
et la diversité des intérêts des différentes
organisations ont rendu nécessaire une plus grande
coordination entre les organisations dans le but d'obtenir
un meilleur résultat. Il y a déjà eu
de nombreuses tentatives par le passé. L' "Espace
Comitan", formé de quelques 15 ONGs qui travaillent à Comitan
et sur la zone frontalière, a été créé récemment.
Il existe également une autre initiative appelée
: "Forum : Arrêtons la guerre" qui regroupe
différentes ONG de San Cristóbal et de Comitan.
Ce forum réunit des organisations du Chiapas qui travaillent
dans les différentes zones de l'état sur des
questions de santé, d'éducation, de droits
humains et de discrimination sexuelle, dans le but de répondre à la
guerre de basse intensité qui se vit au Chiapas.
Au niveau national, il existe également différents
espaces de coordination ayant chacun leurs propres domaines
de travail. La "Convergence des organismes civils pour
la démocratie", par exemple, réunit 140
organisations de 16 Etats du Mexique et a organisé la
participation de 39 organisations dans le cadre des négociations
entre le gouvernement et l'EZLN. Le "Réseau des
organismes civils des droits humains tous les droits pour
tous" dénonce les violations des droits humains
au niveau international.
Tribunal contre la violence et l'impunité
Une initiative récente est 'l'Assemblée nationale
pour la paix' fondée en 1998 après l'auto-dissolution
de la CONAI. Le Congrès national indigène,
'Convergence' et quelques églises, entre autres y
participent. Un de ses projets les plus importants est le
'Tribunal contre la violence et l'impunité' qu'a proposé le
Forum 'Arrêtons la guerre au Chiapas'.
La constitution
du tribunal est encore dans sa phase préparatoire
mais il devrait commencer à fonctionner en 1999. Selon
les organisateurs, l'initiative "constitue une réponse
de la société civile face à la violence
exercée par le gouvernement à l'encontre de
la société et des populations autochtones et
face à l'impunité dont jouissent les transgresseurs
de la loi. Le gouvernement ne remplit pas ses devoirs et
c'est ce que nous voulons démontrer par le biais de
ce tribunal, au travers de la présentation de cas
types. De cette manière, nous voulons prouver la non-conformité de
la société civile avec le discours officiel
selon lequel 'il n'y a ni guerre, ni violations des droits
humains au Chiapas'".
Harcèlement et menaces
Quelques organisations civiles recherchant un changement
non violent pour le Mexique ont été et sont
encore aujourd'hui victimes d'une campagne de harcèlement
et de menaces. Un représentant du FZLN ( Front
zapatiste de libération nationale) nous a dit que de nombreuses
personnes ont quitté le mouvement par peur. Des
dirigeants et des travailleurs d'ONG ont reçu des
appels anonymes chez eux, comme ce fut le cas plusieurs
fois en septembre pour Ana Valadez Ortega de Médecins
du monde.D'autres, comme les dirigeantes de l'organisation
K'nal Antzetik à San Cristóbal, ont remarqué qu'elles étaient
surveillées par des inconnus. Des membres de l'organisation
IDEFEM (Investigation et développement féminin) à Comitan
nous ont affirmé que certaines autorités
ont tenté de les intimider et les ont suivis lors
de leurs sorties dans les communautés où ils
travaillent. Dans les endroits où existe une forte
présence paramilitaire, soit Los Altos, la zone
Nord et la Selva, quelques organisations autochtones continuent à être
menacées et certains dirigeants sociaux ont été assassinés.
Malgré les dénonciations concernant ces incidents
et d'autres, aucun de ces cas n'a été élucidé.
Conclusion
Le réveil de la conscience de vastes secteurs de la
société mexicaine a provoqué la multiplication
de différentes organisations et associations, ce qui
a eu une grande répercussion. En plus de l'incapacité ou,
selon certains critiques, de la mauvaise volonté des
autorités nationales et étatiques pour résoudre
les problèmes les plus importants de la population,
nous notons un certain rapprochement et une plus grande coordination
entre ces acteurs sociaux pour rechercher ensemble de véritables
solutions. La société civile a été, et
continuera à être un acteur fondamental de la
démocratisation du Mexique. D'autres peuples ont beaucoup à apprendre
de ce processus. Il nous enseigne la valeur de la solidarité quand
règne l'individualisme ; qu'une société est
le fruit de ceux qui la constituent ; que nous sommes maîtres
de notre présent et du futur que nous voulons pour
nos enfants. 
Gandhi
au Chiapas
Dans le cadre du cinquantième anniversaire
de la mort de Gandhi, et particulièrement en raison
du caractère conflictuel de la situation au Chiapas,
SIPAZ a décidé de promouvoir un espace qui
permette d'analyser et de discuter la profondeur et l'efficacité de
la philosophie de Gandhi dans le contexte du conflit au Chiapas.
Cet espace a tenté d'éveiller l'imagination
dans la recherche de nouvelles formes de lutte non-violentes.
Le 17 octobre, la première conférence sur "Gandhi:
obéissance et désobéissance dans la
vie sociale" fut donnée par Pietro Ameglio, Carlos
Fazio et Sonia Toledo. Plus de 200 personnes y ont assisté.
Une exposition sur la vie et les pensées de Gandhi
est restée ouverte jusqu'à la fin du mois et
différents événements académiques
et culturels se sont déroulés autour de ce
thème.
 ::
ACTIVITÉS DE L'ÉQUIPE
août-octobre
1998
Information
- Un membre de l'équipe a participé comme
observateur électoral
aux élections du 4 octobre.
- Nous avons participé à une entrevue avec
le Conseil étatique électoral à Tuxtla
Gutiérrez.
- Nous avons fait une entrevue avec les candidats politiques
de Chilón, Yajalón et Ocosingo.
- Au cours d'une visite à Ocosingo, nous avons
rencontré les
représentants protestants et catholiques
pour connaître
la situation politique et religieuse de la région.
- Au travers de notre page Web, nous avons diffusé des
informations concernant le climat électoral
et les conditions pour être observateur électoral
Contacts et visites
- Nous avons reçu la visite de deux représentants
de l'ambassade des États-Unis au Mexique.
- Deux membres de l'équipe ont faite une tournée
en Europe pour prendre contact avec des ONG nationales
et internationales en Hollande, Belgique, Suisse et France.
- Nous avons assisté à une réunion
du "Forum:
Arrêtons la guerre" à Comitan;
lors d'une autre visite nous avons rencontré différentes
ONG et personnalités religieuses de la zone.
- Nous avons assisté en tant qu'observateurs aux
rencontres protestantes "Interprétations protestantes
sur l'origine, le développement et la situation
du conflit au Chiapas" et "Le protestantisme
face au 21e siècle".
- Nous avons assisté à une conférence
sur "Le néolibéralisme et
les autochtones".
- Nous avons donné des présentations sur
la conjoncture du Chiapas à diverses délégations
du Canada, d'Allemagne et des États-Unis.
- Nous avons eu des entrevues avec des représentants
des ambassades américaine, canadienne
et suisse à Mexico
D.F.
Éducation
- Nous avons donné un atelier sur la réconciliation
en collaboration avec la CORECO et avons assisté à d'autres
réunions de cette Commission.
- Nous avons donné deux ateliers à des
membres d'ONG et d'églises: un sur la négociation
et la médiation et un autre sur la non-violence
active.
- Nous avons animé un atelier sur le thème "Vaincre
la peur" et un autre sur le thème "Relations
humaines" à l'Ecole biblique de formation intégrale.
- Nous avons collaboré dans le cadre de la réalisation
d'un atelier sur "Résolution de conflits" dans
la communauté de Morelia.
- Nous avons coordonné la réalisation d'une
exposition de photos et de textes sur Mahatma
Gandhi à San
Cristobal de las Casas.
- Une série d'activités a aussi été organisée
parallèlement à cette exposition:
conférences,
méditations, théâtre, films,
musique, poésie et autres activités
culturelles
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