:: ACTUALITÉ
Mexique, principales préoccupations: inflation et pauvreté
Au cours des derniers mois, la principale préoccupation de la population est liée à l’augmentation des prix des produits alimentaires. Depuis le mois d’avril, des groupes civils organisés au sein du Réseau « Information et Action pour le Droit Humain à l’Alimentation » (FIAN, en anglais)-Section Mexique, ont alerté que le pays présentait d’ores et déjà des signes de crise alimentaire, comme celle que souffre pour le moins 37 autres pays, selon les paramètres de l’Organisation des Nations Unies (ONU). La problématique est de haut risque vu que l’importation de produits alimentaires de base représente 35% de ceux consommés.
Selon un diagnostic préliminaire du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) rendu public en juin et intitulé "Prix des Aliments, Pauvreté et Politique Sociale au Mexique", durant les deux dernières années, un million 800 mille mexicains de plus se trouvent en situation de pauvreté extrême et un million 300 mille de plus en situation de pauvreté de patrimoine (lorsque la personne ne parvient pas à satisfaire ses besoins en matière de logement, transport et vêtement).
Pendant cette même période, un rapport encore plus alarmant du Centre d’Etudes des Finances Publiques de la Chambre des Députés ("Impact de l’augmentation des prix des aliments sur la pauvreté au Mexique") a conclu que la population mexicaine en pauvreté extrême a augmenté d’au moins 7 millions de personnes du fait de la hausse du prix des aliments, pour passer à représenter de 13.7 à 20% du total national (plus de 21 millions d’habitants).
Les réponses gouvernementales ont été fortement critiquées par les acteurs sociopolitiques. A la fin mai, des dirigeants agricoles ont affirmé que les actions de soutien de l’économie familiale annoncées le gouvernement étaient “démagogiques”, “insuffisantes” et “inefficaces”. Ils ont signalé que la suspension des taxes douanières qui font partie du plan aura peu d’effet à l’heure de réduire le prix des produits agricoles, vu que la plupart des importations proviennent des USA qui ne font plus l’objet de taxes.
A la mi juin, des législateurs, dirigeants syndicaux et paysans ont considéré que le contrôle des prix de certains produits annoncé par le président Felipe Calderón était également une mesure “insuffisante” mais surtout “tardive”, dans la mesure où la plupart des prix actuels intègrent d’ores et déjà les augmentations signalées.
Réforme énergétique: conflit latent… pour l’instant
Un autre thème qui a fait l’objet d’une forte couverture médiatique reste la polémique réforme énergétique suite au projet de loi présenté par Felipe Calderón le 9 avril dernier. Ceux qui s’opposent à la réforme considèrent qu’elle impliquerait une tentative de privatisation des ressources pétrolières de la Nation. Le fait que le Sénat ait décidé de réaliser plus de deux mois de débats ouverts à la participation de spécialistes avant de prendre une décision a permis de réduire quelque peu la tension qui s’était générée autour du thème.
Le Congrès National Démocratique avec à sa tête, l’ex candidat présidentiel Andrés Manuel López Obrador (AMLO)et le Front Ample Progressiste (FAP qui regroupe les principaux partis de gauche: Parti de la Révolution Démocratique, PRD; le Parti du Travail, PT; et Convergence) ont décidé d’organiser une consultation publique sur le thème de la réforme énergétique, qui a été réalisée le 27 juillet dans neuf états de la République et le District Fédéral. Le Sénat et l’Institut Fédéral Electoral avaient refusé d’y participer. Le coordinateur de la consultation, Manuel Camacho Solís, a affirmé le lendemain qu’elle avait été un “succès” vu que plus d’un million et demi de personnes y avaient pris part. Un peu plus de 80% des participants ont exprimé leur refus face à la réforme présentée par le pouvoir exécutif.
Photo: Propagande pour la consultation citoyenne portant sur la réforme énergétique
Face au thème, la Ministre de l’Energie, Georgina Kessel, a affirmé que ces résultats s’ajouteraient simplement à toute l’information à disposition. Elle a ajouté que la consultation avait eu les résultats attendus, avec une participation nettement inférieure à celle prévue et qu’elle présentait de nombreuses irrégularités. Elle a également affirmé qu’“il existe une énorme quantité d’enquêtes qui ont été réalisées à échelle nationale et que ceux qu’elles indiquent, c’est qu’il y a une majorité de mexicains qui veulent réformer PEMEX (Pétroles Mexicains), qui veulent moderniser notre entreprise publique”.
Certaines critiques proviennent non pas du gouvernement ou de la droite, mais aussi de certains secteurs de la gauche qui affirment que le PRD avait perdu sa crédibilité pour organiser une consultation de ce type quand il n’a pas été capable de résoudre ses élections internes à la présidence de ce parti, des élections pourtant réalisées en mars. Selon ces secteurs, et bien qu’ils reconnaissent l’importance d’un processus de consultation ouverte, c’est ce qui expliquerait une participation moindre à celle prévue.
La décision reste pour l’heure dans les mains du Congrès mais il est probable que le CND et le FAP reprennent leurs actions de résistance civile pacifiques.
Photo: consultation citoyenne portant sur la réforme énergétique
Droits humains: un manque d’“engagement”?
Un des faits les plus notables en matière de droits humains a été qu’en mai, Amérigo Incalcaterra, représentant au Mexique du Bureau du Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits humains (OACNUDH), a abandonné son poste, supposément du fait de pressions de la part du gouvernement mexicain. Selon le journal espagnol “El País”, l’attitude critique d’Incalcaterra au cours des deux dernières années "avait dérangé les autorités au point de se transformer en une situation insoutenable ". Le fait que cette information ait été publiée peu après l’entrée en vigueur d’un accord entre la OACNUDH et le gouvernement mexicain, supposément pour permettre à la première une plus grande participation et faculté critique dans le cadre des enquêtes sur les droits humains au Mexique attire l’attention. Diverses organisations de droits humains nationales se sont prononcées pour exiger au gouvernement de clarifier la situation, sans obtenir de réponse de la part de celui-ci.
Photo: Amerigo Incalcaterra, Représentant au Mexique du Bureau du Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits Humains (OACNUDH)
A la fin mai, Amnesty International (AI) a signalé que la population du Mexique attendait encore que Felipe Calderón assume son leadership dans le cadre de la défense des droits humains, vu qu’en 18 mois de gouvernement “il n’a pas encore montré un plein engagement pour que la protection [de ces droits] avance”, un fait “préoccupant”.
Les principales plaintes en la matière sont liées à la militarisation qui a caractérisé le début de l’administration de Felipe Calderón. Durant cette période, la Commission Nationale des Droits humains (CNDH) a reçu 634 demandes contre l’Armée mexicaine pour de possibles abus et violations de garanties fondamentales. La fréquence des dénonciations a également augmenté de manière significative. Pourtant, Susana Pedroza de la CNDH a semblé minimiser ce fait lorsqu’elle a affirmé que ces plaintes étaient moins graves que celles enregistrées en 1997.
En mai, des représentants d’Amnesty International (AI), Human Rights Watch (HRW) et le Centre pour la Justice et le Droit International (CEJIL) ont critiqué le rôle joué par la CNDH face à cette problématique: ils ont soutenu que la réponse de la Commission reste "limitée" et en désaccord avec les standards internationaux en la matière.
En juillet, le Centre des Droits humains Miguel Agustín Pro Juárez (Centro Prodh) a présenté un rapport préliminaire qui couvre la période entre janvier 2007 et juillet 2008. Il dénonce près de 50 cas d’abus supposément commis par des membres des forces armées, principalement dans les états Tamaulipas, Michoacán, Chihuahua, Guerrero et Sinaloa. Il informe de la mort de 11 personnes en 2007, et la même quantité depuis le début de l’année (jusqu’au10 juin). Dans les abus les plus fréquents, il mentionne les agressions physiques et les attaques à main armée à proximité des barrages et baraques militaires.
D’Acteal (Chiapas) à Atenco (Etat de Mexico): impunité
A la fin mai, l’organisation civile “Las Abejas” (Les Abeilles) a affirmé que le responsable du Ministère Public pour le cas Acteal, Noé Maza Albores, avait menacé d’emprisonner leurs dirigeants s’ils ne mettaient pas fin aux dénonciations publiques qu’ils réalisent les 22 de chaque mois dans le cadre de la commémoration du massacre de 45 indiens le 22 décembre 1997.
D’un autre côté, en juin, les membres des familles de 33 prisonniers indiens de Chenalhó, accusés d’avoir participé à ce même massacre ont commencé un sit in permanent à Tuxtla Gutiérrez (capitale du Chiapas) pour demander aux autorités judiciaires fédérales de réviser les procès. Selon leur version, seulement une douzaine de personnes parmi les 78 actuellement emprisonnées pour ces faits avaient effectivement participé au massacre. Ils soutiennent que tous ont été condamnés après des procès qui présentent de multiples irrégularités juridiques. En juin, plus de 10 ans après le massacre, la Cour Suprême de Justice de la Nation a décidé de prendre le cas en mains et pourrait se prononcer sur ces possibles irrégularités.
Photo: Acteal, nouvelle église
Deux ans après l’opération policière qui avait réprimé une manifestation à San Salvador Atenco, les 3 et 4 mai 2006, Amnesty International a à nouveau demandé justice pour les femmes violées et a signalé que les “graves cas de torture” commis sont “un signe de l’engagement insuffisant du gouvernement mexicain pour mettre fin à ce crime et à la violence contre les femmes”.
Quelques tours avant les deux ans de la répression à Atenco, 11 des 26 femmes agressées et violées par des membres de la police pendant celle-ci, ont présenté une demande auprès de la Commission Interaméricaine des Droits humains (CIDH). La catalane Cristina Valls a également présenté une plainte pour torture auprès de l’Audience Nationale d’Espagne contra les policiers et autorités mexicaines qui avaient participé à l’opération. En juillet, un magistral a rejeté sa plainte, une décision à laquelle elle va faire appel.
Photo: Manifestation pour la libération des prisonniers d'Atenco
Interviewé en mai, le gouverneur de l’Etat de Mexico, Enrique Peña Nieto (PRI, Parti Révolutionnaire Institutionnel) a rejeté le fait que la répression à Atenco soit un “un boulet” pour son gouvernement. Il a signalé qu’il agirait à nouveau de la même manière s’il se présentait un cas où il devrait rétablir l’ordre et la paix sociale. En réponse aux critiques internationales en matière de droits humains, il affirmé que “la même volonté et disposition se maintiennent” de la part de son gouvernement pour clarifier les faits actuellement étudiés par la Suprême Cour de Justice de la Nation.

Autocollants en faveur d'Atenco
Chiapas: multiplication des opérations policières et militaires

Opération militaire dans la communauté de San Jeronimo Tulija, 19-20 mai 2008
A partir de la seconde moitié du mois de mai, et comme ce n’était plus le cas depuis la fin des années 90, des opérations policières et militaires se sont multipliées dans les zones indigènes du Chiapas, en particulier mais pas uniquement dans les communautés zapatistes de la Forêt Lacandone et de la zone Nord. Le Centre des Droits humains Fray Bartolomé de las Casas (CDHFBC) a dénoncé “une logique contre insurgée” qui passe “par des déploiements tactiques dans des territoires habités par une population civile organisée autour de justes demandes sociales”, ce qui “leur permet également d’observer la réponse de la population face à des opérations de ce type”.
Selon le Centre d’Analyse Politique et d’Investigations Sociales et Economiques (CAPISE), ces opérations représentent “des menaces de répression, prison, dépouillement, expulsion ou mort contre l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN), les peuples zapatistes et les membres de l’Autre Campagne”.
Jorge Lofredo, du Centre de Documentation des Mouvements Armés, lors de sa participation du livre “Coupure de Caisse” (de Laura Castellanos et Ricardo Trabulsi) et qui consiste en une large interview du Sous commandant Marcos, reprenait l’une des affirmations de ce dernier:"Nous sommes dans la même situation qu’en 1993 [un an avant le soulèvement armé], mais à l’envers. (...) Aujourd’hui, c’est le gouvernement qui se prépare à attaquer. Jorge Lofredo soulignait aussi: “Même s’il y a eu des dénonciations réitérées de possibles opérations militaires dans la zone zapatiste qui n’ont pas eu lieu, on pourrait considérer que cela même fait justement partie de l’exécution d’une stratégie militaire: des harcèlements constants ou la menace qu’ils se donnent, qui spéculent sur la réaction de l’EZLN et des organisations non gouvernementales pour qu’elles tombent dans le discrédit ou l’indifférence, jusqu’à ce que finalement ces menaces soient menées à bien”.
Début juillet, et face à cette situation, plus de 200 collectifs de différents pays ont exiger du gouvernement de mettre fin aux agressions contre les zapatistes. A la fin juillet, 300 activistes principalement en provenance d’Europe sont arrivés au Chiapas pour observer et dénoncer une situation qu’ils considèrent comme faisant partie d’un “scénario de guerre”.

Réserve Ecologique Communautaire Zapatiste de Huitepec
Il faut également mentionner, surtout depuis l’existence des liens étroits existants entre les intérêts économiques et la militarisation (voir dossier au sein de ce rapport) que, le 28 juin, à Villahermosa (Tabasco, Mexique), le Dixième Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement du Mécanisme de Dialogue et de Concertation de Tuxtla a pris fin. Les mandataires présents ont réaffirmé les objectifs du Plan Puebla Panama, qui a été renommé “Projet Mésoamérique”. La déclaration finale se réfère fréquemment au combat contre la délinquance organisée et le soutien de l’Initiative Mérida financée par les USA.
Chiapas: autres facteurs de tension
De manière parallèle, d’autres types de conflits se maintiennent dans différentes parties de l’état. Dans la zone des Hauts Plateaux, en mai, le conseil autonome de Magdalena de la Paz et le Conseil de Bon Gouvernement (JBG) d’Oventic ont dénoncé que l’on cherchait à leur voler une partie de leur territoire. A Huitepec, les menaces d’expulsion de la réserve écologique zapatiste se maintiennent: en juin, un groupe lié au pouvoir municipal a essayé de planter des arbres dans la même zone. En juillet, des habitants de la Section III Las Palmas, également située à Huitepec, ont déclaré que le gouvernement municipal de San Cristóbal cherchait à les obliger à soutenir l’expulsion forcée de la réserve.
Dans la zone de la Forêt Lacandone, en mai, suite à une dispute pour les thèmes de l’eau et de l’électricité, des militants du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) et des bases de soutien zapatistes se sont affrontés dans la communauté de Morelia, siège d’un autre Caracol zapatiste, municipalité officielle d’Altamirano. Le bilan a été d’au moins 10 blessés.
Une autre source de conflits reste les hauts tarifs d’électricité. En avril, les membres de Peuples Unis pour la Défense de l’Energie Electrique (PUDEE) de plusieurs municipalités de la zone Nord du Chiapas ont annoncé que la réception de programmes gouvernementaux d’aides économiques était conditionnée au paiement de ces tarifs. En juillet, plus de 1000 indigènes ont organisé une manifestation à Ocosingo pour exiger à la Commission Fédérale d’Electricité (CFE) des tarifs justes, la suppression des dettes et la fin des coupures électriques.
Pour donner un suivi au processus d’organisation dans différentes prisons du Chiapas en mars et avril derniers (voir le précédent bulletin du SIPAZ), début juin, les prisonniers zapatistes Ángel Concepción Pérez Gutiérrez et son père Francisco Pérez Vázquez après près de 12 ans dans la prison de Tacotalpa, Tabasco. Fin juillet, 3 membres de “La Voz de Los Llanos”, prisonniers dans le Centre Etatique de Réinsertion Sociale des Sentenciés (CRSS) - numéro 5 de San Cristóbal de Las Casas, ainsi que 3 prisonniers de “La Voz de El Amate” qui se trouvaient dans le CRSS 14 ont été libérés.

Conférence de presse dans le cadre de la libération de prisonniers, 24 juillet 2008
Dialogue EPR-gouvernement: forte couverture médiatique, peu de résultats
Fin avril, l’Armée Populaire Révolutionnaire (EPR, groupe armé dont la formation remonte aux guérillas surgies dans le sud du Mexique il y a quatre décennies) a demandé à plusieurs personnalités mexicaines de former une médiation qui lui permettrait d’établir un dialogue indirect avec le gouvernement fédéral pour obtenir l’apparition en vie de deux de ses membres: Edmundo Reyes Amaya et Gabriel Alberto Cruz Sánchez, disparus à Oaxaca en mai 2007. Ces personnes ont donné leur accord tandis que l’EPR a accepté les conditions proposées par la condition de médiation qui inclut l’engagement de suspendre immédiatement toute action armée.
Les possibilités de négociation ont semblé s’éloigner lorsque le gouvernement fédéral a ajouté d’autres conditions au dialogue: rencontre directe (où les médiateurs maintiendraient un rôle de “témoins sociaux”); que l’EPR s’engage publiquement à suspendre définitivement toutes “actions radicales” de sabotage et de violence; et que le dialogue ne soit pas exclusivement sur la disparition des deux disparus mais sur l’abandon de la lutte armée.
L’écrivain Carlos Montemayor et l’anthropologue Gilberto López y Rivas, qui appartiennent à la médiation, ont signalé que pour que cette initiative prospère il était indispensable que le Ministère de l’Intérieur comprenne “que lorsqu’une guérilla s’ouvre à une négociation politique, elle ne propose pas sa propre capitulation”. Ils ont également rejeté de n’être que des “invités de pierre” en participant au processus comme simples “témoins sociaux”. Par le biais d’un communiqué, l’EPR a averti qu’il n’y aurait pas de “dialogue ni de négociation qui signifient se rendre inconditionnellement, et moins encore qui implique abandonner la lutte armée pour prendre part à la vie institutionnelle”.
Photo: Membres de l'Armée Populaire Révolutionnaire (EPR)
Le gouvernement fédéral a finalement accepté de maintenir des réunions avec la médiation le 13 mai et le 20 mai. Selon Montemayor, quand “les membres de la commission ont présenté pour la première fois les aspects légaux et politiques de fond derrière le thème”, les mass médias ont gardé “un silence inattendu” surtout après la couverture médiatique dont il avait initialement fait l’objet.
Une partie de la difficulté et des différences entre le gouvernement fédéral et la commission de médiation tient au fait que cette dernière considère que certains requis légaux nécessaires pour parler de disparition forcée d’une personne se trouvaient réunis, un aspect qui mettrait l’Etat face à un autre type de responsabilités. Dans un article publié dans le journal La Jornada, Montemayor souligne qu’en effet “l’extensive séquence d’actions légales, frustrantes et inefficaces, peut suggérer que l’un des principaux aspects qui permet de rendre typique le délit de disparition forcé d’une personne serait présent, selon le cadre de la législation internationale” (Convention Américaine sur la Disparition Forcée de Personne, souscrite par le gouvernement mexicain en 2001).
Depuis le début du processus de dialogue, les enquêtes continuent au milieu des spéculations et rumeurs quant à la participation o upas de fonctionnaires du Bureau du Procureur de Justice de Oaxaca, ainsi que de l’Armée, ceci sans qu’aucune n’aboutisse à une conclusion. En juin, dans un nouveau communiqué, l’EPR a averti le gouvernement fédéral que le “temps se réduit” pour qu’il présente les deux disparus. Elle a aussi signalé qu’au Mexique “la disparition forcée existe bien”, vu que selon eux, il existerait pour le moins 75 cas actuellement.

:: DOSSIER
Mexique: Initiative Mérida, une nouvelle étape dans la lutte contre le trafic de drogues

La lutte contre le trafic de drogues n’est pas un phénomène récent au Mexique, mais elle a acquis une nouvelle importance depuis l’élection controversée à la présidence de Felipe Calderón en 2006. Pendant la présidence de Vicente Fox (2000-2006), près de 9000 personnes ont été assassinées lors de faits de violence liés au trafic de drogues et ce nombre a continué d’augmenter depuis que Calderón a pris le pouvoir.
Début 2007, le président Calderón a décidé de lancer une offensive frontale contre les cartels de la drogue au Mexique. Jusqu’en décembre 2007, conjointement avec le Congrès mexicain, il a approuvé un budget d’un peu moins de $2.6 milliards de dollars et 30,000 membres de l’Armée et de la Marina ont été mobilisés dans ce cadre. Calderón a également demandé de l’aide au gouvernement des USA, qui s’est finalement concrétisée par le biais de la dite Initiative Mérida.
L’initiative elle même est née d’une série de dialogues entre les présidents Calderón et Bush à partir de novembre 2006, à Washington. Après une autre rencontre à Mérida, au Yucatán, Mexique (d’où le nom de l’initiative), Calderón a présenté une proposition de coopération entre les USA et le Mexique dans la lutte contre le trafic de drogues en mai 2007.
Photo: Présidents Bush (EEUU) et Calderón (Mexique) - © Département de l'Etat des USA
Bien que l’Initiative Mérida soit une proposition relativement récente, ses origines peuvent être trouvées dans un grand nombre de politiques économiques et de sécurité entre les USA et le Mexique de plus longue date. De fait, l’initiative rentre parfaitement dans le cadre tracé par l’Accord pour la Sécurité et la Prospérité d’Amérique du Nord (ASPAN) qui, selon la définition qui apparaît dans la page Web du même projet est “…une initiative dirigée par la Maison Blanche et ses deux nations voisines – le Canada et le Mexique – pour augmenter la sécurité et améliorer la prospérité entre les trois pays par le biais d’une meilleure coopération”. L’ASPAN de son côté avait été élaboré au travers d’une série de réunions privées entre les chefs d’Etat de ces trois pays, conjointement avec des représentants des principales entreprises de la zone.
En juin 2008, Leslie Bassett de l’Ambassade des USA au Mexique a clarifié le lien entre ces deux politiques en proposant que l’Initiative Mérida soit intégrée directement dans l’ASPAN. Tout comme l’ASPAN, la nouvelle initiative se trouve également liée à d’autres politiques antérieures, comme l’Accord de Libre Echange d’Amérique du Nord (ALENA). Thomas Shannon, sous secrétaire pour les Affaires de l’Hémisphère Occidental du Département d’Etat des USA, l’a mis au clair en déclarant: “…comme nous avons travaillé par le biais de l’Accord pour la Sécurité et la Prospérité afin d’améliorer nos relations commerciales et d’échange, nous avons également travaillé pour améliorer la coopération en faveur de la sécurité. D’une certaine façon, nous sommes en train d’armer l’ALENA. Il faut souligner que l’on se réfère parfois à l’ASPAN comme un “TLCAN Plus”. L’Initiative Mérida s’intègre naturellement comme un nouvel élément appartenant à un même cadre.
L’initiative Mérida, “armer” l’ALENA?
L’Initiative Mérida a initialement été présentée auprès du Congrès des USA en octobre 2007 comme un paquet pour la lutte contre le trafic de drogues au Mexique et en Amérique Centrale d’un montant d’1.4 milliards de dollars. Ce paquet a été inclus dans un projet de loi de financement supplémentaire pour l’Irak, comme un amendement à celui-ci, ce qui devait faciliter son approbation législative pour l’année fiscale 2008. Il ne prévoyait aucune condition au moment de la remise des fonds, ni dans la façon dont ceux-ci devaient être utilisés. Cependant, des informations divulguées à la presse signalaient la possibilité qu’ils soient principalement destinés à l’entraînement des forces policières et militaires, ainsi qu’à l’acquisition d’armements (qui pourrait inclure des avions et matériel d’écoute des télécommunications).
De nombreux membres du Congrès des USA ont exprimé leur frustration face au gouvernement de Bush en recevant le projet de loi, du fait du manque de consultation de son contenu. Comme il ne s’agit ni d’un traité ni d’un accord formel entre les deux pays, l’initiative n’a pas non plus fait l’objet de l’approbation du Congrès du Mexique, laissant les législateurs (et la société civile) pratiquement sans aucune possibilité de donner son opinion.
Laura Carlsen, directrice d’Americas Policy Program du Centre pour la Politique Internationale (Center for International Policy) affirme: “Le modèle de guerre contre le trafic de drogues a toujours eu comme objectif non déclaré le renforcement du pouvoir exécutif”, ce qui semble se confirmer dans le cas de l’Initiative Mérida vu qu’elle a été élaborée exclusivement entre les pouvoirs exécutifs des USA et du Mexique.
D’un autre côté, bien que les destinataires finaux soient des entités mexicaines, elles ne recevront pas directement de l’argent mais des aides d’un autre type (comme des entraînements ou de l’armement). La majorité des fonds sera très probablement donnée à des entreprises privées de sécurité nord américaine comme Blackwater, KBR ou Halliburton. Il est en tous les cas notable qu’une tentative de réponse à la violente problématique du trafic de drogues au Mexique finisse par être bénéficiaire à l’appareil de guerre nord américain.
Des entités du gouvernement des USA, comme l’Agence pour l’Alcool, le Tabac et les Armes à Feu (US Bureau of Alcohol Tobacco and Firearms) pourraient aussi prendre part à l’Initiative, afin d’entraîner les forces de sécurité mexicaines et de contrôler le trafic des armes des USA en direction du Mexique (par le biais de la dite Operation Gunrunner). Ces aspects de l’Initiative impliquent aussi une question de souveraineté pour le Mexique, surtout si l’on prend en compte les relations historiques compliquées entre les USA et le Mexique.
Un projet de loi (Appropiations Bill) a finalement été approuvé par le Sénat des USA le 26 juin 2008, ce qui permet de débloquer la première étape de l’Initiative Mérida, avec un budget plus réduit que celui qui était prévu au départ mais aussi avec un abandon quasi total des conditions portant sur les droits humains qui étaient en discussion. La version finale inclut 400 millions de dollars pour le Mexique, qui seraient utilisés pour des entraînements, le soutien à la réforme judiciaire et l’acquisition d’armement. 65 millions de dollars de plus ont été approuvés pour être remis à l’Amérique Centrale, Haïti et la République Dominicaine, également pour l’année fiscale 2008.

Rencontre Interpalementaire Mexique-USA (Monterrey, juin 2008) - © Reuters
Militarisation et possible impact sur les droits humains
Il est important de souligner qu’au départ plus que d’Initiative Mérida, on parlait de “Plan Mexique”. Ce nom rappelle fortement un plan similaire mis en place en Colombie par le biais d’actions bilatérales entre les USA et ce pays dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogues: le très connu “Plan Colombie”.
Certainement, il existe de nombreuses similitudes entre les deux plans, particulièrement le fait que des fonds soient remis par les USA principalement pour améliorer les forces de sécurité dans les pays destinataires. En huit ans de Plan Colombie, les USA ont dépensé environ 6 milliards de dollars (76% d’entre eux ont été dépensés en opérations militaires et en armement).
En dépit de tous les fonds et aides reçus par la Colombie au cours des huit dernières années, très peu a changé quant au trafic de drogues: certaines études démontrent que le nombre de champs de coca est resté constant ou a augmenté. Les violations des droits humains, d’un autre côté restent un thème qui cause une grande préoccupation. Elles incluent les déplacements forcés de communautés entières et la mort de nombreux civils comme résultat de l’intense militarisation soutenue par les USA.
Qui plus est, le Centre pour la Politique Internationale estime qu’environ 35% du financement pour le Plan Colombie en 2007 a été destiné à des “missions non reliées avec le trafic de drogues”, et les spéculations vont bon train quant à la possibilité que cet argent ait été destiné à des missions contre insurgées.
Si, d’un côté, l’Initiative Mérida ne devait pas impliquer nécessairement une “Colombianisation” du Mexique (ou de l’Amérique Centrale), l’élection d’un nom différent au “Plan Mexique” était plus stratégique pour les présidents Bush et Calderón.
Probablement un des aspects les plus alarmants en ce qui concerne l’Initiative Mérida est l’absence de conditions qui auraient pu générer des obligations en matière de droits humains pour l’Etat mexicain. Dans le plan original, il existait des conditions minimes qui devaient se refléter dans le projet de loi et qui ont été sévèrement censurées et pratiquement laissées de côté. Qui plus est, celles qui restent n’affecteront que 15% de la totalité des fonds (85% d’entre eux seront remis automatiquement). Celles qui sont inclues dans la loi finalement approuvé fin juin 2008 garantissent pour le moins l’établissement d’une commission pour recevoir et enquêter sur les demandes dans les cas d’abus de la part des forces policières ou militaires; une consultation périodique entre le gouvernement mexicain et les ONGs de droits humains; la mise en place de procès civils dans les cas de violations des droits humains de la part de militaires; et l’interdiction d’utiliser des témoignages obtenus sous torture. En réalité, ces conditions sont relativement superficielles, comme il reste clair dans le cas des témoignages obtenus sous torture: cette condition n’interdit pas expressément la torture mais ne fait que réduire son utilisation.
En dépit de leurs limitations, ces conditions pourraient toutefois représenter un défi pour le gouvernement mexicain et les forces publiques de sécurité. Le passé pas si lointain du Mexique est rempli d’atrocités comme la “Guerre Sale” des années 70, qui, selon l’ex général José Francisco Gallardo (un des principaux défenseurs des droits humains dans les possibles violations de la part de l’Armée), semble être à nouveau une situation d’actualité. Les statistiques croissantes d’abus militaires et de graves violations des droits humains dans tout le pays (qui incluent des cas de torture ou d’arrestations arbitraires) semblent indiquer la même chose.

Le Département d’Etat des USA lui même a mentionné la corruption, les séquestration et l’impunité comme certains aspects dominants dans le comportement des forces de sécurité mexicaine dans son dernier rapport sur la situation des droits humains au Mexique. Qui plus est, la violence dans le pays, n’a pas diminué en dépit de l’augmentation du financement de la lutte contre le trafic de drogues au Mexique. Elle semble au contraire continuer à croître. Radio Formula a rapporté qu’au Mexique ne serait-ce qu’en juin 2008, 468 personnes ont été assassinées du fait de la “narco-violence”. En comparaison, sur la même période, 509 civils ont été tués Irak.
Les implications qu’une augmentation de l’aide militaire pourrait avoir sur la protestation sociale sont également préoccupantes. Un rapport diffusé par le Centre de Politique Internationale en septembre 2004 soulignait: "Trop souvent en Amérique Latine, quand les Armées se sont centrées sur un ennemi interne, la définition d’‘ennemis’ a inclus des opposants politiques au régime au pouvoir, y compris ceux qui travaillent au sein du système politique comme les activistes, les journalistes, les syndicalistes ou les dirigeants des partis politiques d’opposition."
Bien que le modèle militaire semble par expérience insuffisant dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogues et qu’y compris, il augmente la violence et la concentration du pouvoir entre les mains du seul exécutif, la plus grande partie du financement établi dans l’Initiative Mérida sera destiné justement à l’Armée mexicaine et aux forces de sécurité. Ne serait ce qu’en 2008, Calderón a augmenté les dépenses pour améliorer les forces de sécurité qui représentent désormais environ $4 milliards. L’actuel candidat républicain à la présidence des USA a affirmé dans le passé qu’“il n’y a pas de preuve qu’une implication militaire des USA dans la Guerre contre les drogues ait réduit l’entrée de narcotiques dans le pays. Actuellement, l’Armée mexicaine réalise des grandes opérations contre le trafic de drogues dans 11 états, y compris le Guerrero, Michoacán, Tamaulipas et de manière plus récente, le Chihuahua.
L’Armée mexicaine réalise déjà des activités qui, constitutionnellement, devraient être sous la responsabilité exclusive des forces de police, ce qui conduit à une situation de plus grande vulnérabilité des droits humains: comme le démontre une étude publiée par le Centre Prodh à Mexico, les militaires sont entraînés pour des scénarios de guerre, dans lesquels l’objectif est d’éliminer l’ennemi et non pas de maintenir l’ordre public. Des enquêtes réalisées dans les états où les militaires ont d’ores et déjà réalisé ce type d’opérations démontrent que l’opinion publique soutient de moins en moins ces interventions. Qui plus est de nombreux soldats ont déserté l’armée pour travailler dans des activités beaucoup plus lucratives au sein des mêmes cartels de la drogue, ce qui montre un lien troublant existant entre l’armée et les trafiquants.
Le renforcement militaire que l’Initiative Mérida implique pourrait entraîner une augmentation du nombre de violations des droits humains. La Commission Nationale des Droits humains a appelé au retrait de l’Armée du combat contre le trafic de drogues. Les militaires ont un largue historique de violations des droits humains et, depuis le début de leur participation dans la lutte contre le trafic de drogues, ont a rapporter continuellement des cas d’assassinats, viols, abus sexuels et séquestrations, comme par exemple ceux décrits dans le rapport du Département de l’Etat des USA sur les Droits humains au Mexique en 2007. Traditionnellement, ces cas font l’objet de procès devant des tribunaux militaires, laissant peu de moyens de défense pour les victimes civiles. Il existe aussi des dénonciations qui impliqueraient que ces violations soient liées à l’entraînement reçu par les militaires mexicains aux USA ou dans la zone du Canal de Panamá.
Initiative Mérida, réforme judiciaire et criminalisation de la protestation sociale
Les réformes du système de justice au Mexique constitueraient un des thèmes prioritaires pour l’Initiative Mérida qui stipule que certains fonds seraient remis pour promouvoir une réforme judiciaire qui conduirait une harmonisation du système de justice mexicain avec celui des USA. De nombreuses modifications ont d’ores et déjà été instaurées au Mexique par le biais de la réforme constitutionnelle qui a été approuvée par le Congrès mexicain le 26 février 2008. La réforme, entre autres, “établit la présomption d’innocence, permet les procès oraux, impose des limitations dans le cadre des gardes à vue, élimine les preuves obtenues par la force, améliore l’accès à des conseils judiciaires et amplifie les capacités d’enquête de la police”.
Bien qu’une grande partie de ces réformes semblent positives, d’autres ont généré de fortes préoccupations de la part des défenseurs des droits humains au Mexique. La seconde partie de ces réformes inclut en effet un révision de la définition du crime organisé pour inclure “une organisation de trois personnes ou plus pour commettre des délits de manière permanente ou réitérée”; la possibilité de garde-à-vue de 40 jours avec la possibilité d’augmenter le temps de détention à 80 de plus avant que l’accusation ne sois présentée; et l’arrestation obligatoire “dans certains délits spécifiques comme le crime organisé … et d’autres délits sérieux que la loi détermine comme contraire à la sécurité de la nation, le libre développement d’une entité et la santé”.
Photo: Présidents Bush (EEUU) et Calderón (Mexique) - © AP/Pablo Martínez Monsivais
Ces trois dernières réformes pourraient s’appliquer facilement aux activistes et organisations sociales, créant un climat propice à la criminalisation de la protestation sociale. Les nouveaux pouvoirs conférés aux agences de procuration de la justice ouvrent une ample marge à de possibles violations des droits humains, particulièrement dans le cas de la figure du garde-à-vue, par le biais de laquelle la police pourrait maintenir les suspects à leur disposition et obtenir d’eux des confessions sous torture, comme le cas c’est déjà donné dans le passé.
Il existe une grande résistance de la part de politiques mexicains, juges et membres de la société civile quant à la participation des USA dans les affaires judiciaires mexicaine. Beaucoup considèrent que cette situation affecterait la souveraineté mexicaine. Miguel Sarre, professeur de l’Institut Technologique Autonome du Mexique (ITAM), souligne cependant que le véritable défi se trouve au sein du système de justice mexicain lui-même: “Ces réalités et préoccupations illustrent le fait que le problème essentiel est la volonté et l’habilité à combattre l’impunité, plus que le manque d’hélicoptères, d’avions ou d’autres équipements sophistiqués.”
Initiative Mérida: Perspectives
L’avenir de l’initiative Mérida s’annonce à long terme et pas forcément facile. Alors que le plan original prévoyait trois ans de durée, récemment, le Sénateur Patrick Leahy (Démocrate, pour l’état de Vermont) a affirmé que pour que l’Initiative donne des résultats, elle devrait se convertir en “un engagement à long terme” Ceci implique, qu’indépendamment de qui gagne les élections présidentielles aux USA en novembre 2008, le nouveau président devra faire avec une législation en matière de sécurité mis en place par l’administration de Bush pour plusieurs années. L’avenir de la bataille contre l’Initiative Mérida de la part de la société civile, tant aux USA qu’au Mexique, semble peu prometteur si l’on prend en compte les déclarations du candidat démocrate à la présidence, Barack Obama, dans le sens que le plan ne promeut pas un investissement suffisant dans la lutte contre le trafic de drogues. De fait, dans le cadre de la même Initiative, le Congrès des USA considère actuellement la possibilité d’approuver une augmentation de $400 a $470 millions de dollars américains pour l’année fiscale 2009.
Du côté des USA, l’initiative Mérida n’est qu’un exemple de plus dans le cadre d’une stratégie plus globale: derrière une initiative supposément bilatérale, il semblerait que les USA essayent de voir comment maintenir un cycle de bénéfices économiques pour le secteur privé de sécurité. Avec cet aspect en tête, on ne peut que se rappeler des mots de John Foster Dulles, ex Secrétaire d’Etat des USA sous la présidence d’Eisenhower, qui, lors de la prise de pouvoir du président mexicain Adolfo López Mateos en décembre 1958, a déclaré: “Les Etats Unis d’Amérique n’ont pas d’amis; ils ont des intérêts.”

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:: ACTIVITES DU SIPAZ
DE LA MI-AVRIL A LA FIN JUILLET 2008
PRESENCE INTERNATIONALE ET ACCOMPAGNEMENT
RELATIONS PUBLIQUES
A la fin juillet, nous nous sommes réunis avec une représentante de la section politique de l’Ambassade des USA, principalement pour parler de l’Initiative Mérida.
CHIAPAS
Hauts Plateaux
- Nous avons visité Acteal et d’autres communautés de la municipalité de Chenalhó en avril, mai, juin et juillet.
- En juin, près de San Cristóbal de Las Casas, nous nous sommes rendus dans la Réserve Ecologique Communautaire Zapatiste de Huitepec, qui se situe au même endroit où le gouvernement du Chiapas a postérieurement créé l’Aire Naturelle Protégée de Huitepec-Los Alcanfores, ceci sans savoir consulté la population de la zone en question et qui pourrait faire l’objet d’une expulsion violente.
Forêt Lacandone
- En mai, nous avons participé à une mission d’observation à San Jeronimo Tulijá (municipalité officielle de Chilón et municipalité autonome Ricardo Flores Magón) un jour après l’opération militaire réalisée dans cette communauté.
- Début et fin juillet, nous avons réalisé des interviews avec différents partenaires et organisations sociales à Ocosingo.
Centre
- En mai et juillet, nous avons interviewé des membres de l’organisation OCEZ-Région Carranza qui avaient dénoncé des opérations et harcèlement militaires dans leurs communautés.
- En juillet, nous avons participé à une mission d’observation à Cruztón, municipalité de Venustiano Carranza, après la dénonciation d’agression policière contre des habitants et d’observateurs appartenant à l’Autre Campagne.
Prisons
- Fin avril, nous avons accompagné un membre de la famille d’Ángel Concepción Pérez Gutiérrez et Francisco Pérez Vázquez, prisonniers zapatistes lors de leur transfert d’une prison du Tabasco à celle de Yajalón (Chiapas). Nous avons été présents au moment de l’arrivée des prisonniers et nous les avons interviewé le lendemain.
- Le 26 juin, nous avons visité six prisonniers dans la prison de San Cristóbal de Las Casas (Centre Etatique pour la Réinsertion Sociale des prisonniers n.5) qui appartiennent à l’organisation “La Voz de Los Llanos”, membre de l’Autre Campagne. Le 28 juin, nous avons aussi interviewé 8 prisonniers dans la prison de Cintalapa (Centre Etatique pour la Réinsertion Sociale des prisonniers n.14) de l’organisation “La Voz del Amate”, également membre de l’Autre Campagne.
- Du 24 au 26 juillet, nous avons assisté à la Première Rencontre Nationale des Défenseurs des Droits Humains et membres des familles des prisonniers et prisonnières politiques et de conscience réalisé à Mexico. L’objectif était d’ouvrir un espace de réflexion et d’analyse pour établir des stratégies contre de la criminalisation des protestations sociales, pour appuyer le travail des défenseurs des droits humains et face aux cas des prisonniers et prisonnières politiques et de conscience.
OAXACA
Du 5 au 12 mai, nous avons réalisé une visite d’une semaine à Oaxaca. Nous avons accompagné le parcours de la Caravane “Le Chemin du Jaguar; pour la régénération de notre mémoire et la défense du territoire”, organisée par la Rencontre des Jeunes du Mouvement Social au Oaxaca. Nous avons visité plusieurs communautés de la région de l’Isthme de Oaxaca: Jalapa del Marqués, Juchitán, San Blas Atempa, Zanatepec et Benito Juárez Chimalapas. Nous avons également réalisé des interviews avec plusieurs partenaires dans la ville de Oaxaca.
GUERRERO
Du 18 au 21 juin, nous avons réalisé une visite au Guerrero pour donner un suivi à la délégation internationale organisée par SIPAZ en mars 2008 à laquelle des représentants de 11 organisations non gouvernementales (ONG) de 6 pays avaient participé. Nous avons été à Ayutla de los Libres (Centre des Droits Humains de la Montagne Tlachinollan, Organisation des Peuples Indiens Me’phaa-OPIM et la prison municipale où nous avons interviewé 5 prisonniers qui appartiennent à cette organisation). A Chilpancingo, nous nous sommes entretenus avec le président de la Commission Etatique de Défense des Droits Humains, ainsi qu’avec le Secrétaire Général du Gouvernement. Finalement, nous avons assisté au Forum “Guerrero: où la pauvreté est punie et où la protestation est criminalisée”, organisé par le Centre des Droits Humains de la Montagne Tlachinollan dans le cadre de son 14ème anniversaire.
PROMOTION DE PAIX
EDUCATION POUR LA PAIX
- Le 29 et 30 mai, nous avons présenté un exposé dans le cadre du Symposium “Interculturalité: Marché et Guerre, Solidarité et Paix” convoqué par le Séminaire Interculturel Maya (SIM) à San Cristóbal de las Casas.
- En mai, nous avons donné plusieurs cours sur le thème de la Transformation des Conflits et les Droits Humains dans le cadre de la licence convoquée par le Séminaire Interculturel Maya.
ARTICULATION
- Nous continuons de participer aux réunions mensuelles du Réseau pour la Paix, un espace d’action et de réflexion qui rassemble 16 organisations qui cherchent à accompagner les processus de paix et de réconciliation au Chiapas.
- A la mi avril, nous avons assisté à des réunions de la direction Internationale d’IFOR, Mouvement International Œcuménique pour la Réconciliation et la Paix, réalisées à San José de Costa Rica. Nous avons également assisté à un Colloque convoqué par SERPAJ-Costa Rica, portant sur le thème "Défis pour la réconciliation dans le monde actuel"et qui avait comme sous thèmes l’écologie, l’œcuménisme, la migration et la militarisation.
- Le 13 mai, nous avons participé à une réunion du Réseau mexicain des constructeurs de paix, réalisée à Mexico.
- A la mi juillet, nous avons présenté un exposé sur le thème “Processus de Paix et Conflit non résolu au Chiapas” lors de la Rencontre “Géopolitique et Géoéconomie: le Chiapas dans le contexte global mondial”, réalisée à San Cristóbal de Las Casas. Des activistes et organisations du Mexique et d’Amérique Centrale.
INFORMATION
- Nous avons reçu des visites, des délégations, des étudiants et journalistes pour leur faire connaître le contexte du Chiapas et le travail de SIPAZ.
- Durant tout le mois d’avril, un membre de l’équipe a réalisé une tournée de présentations aux USA pour faire connaître le contexte du Chiapas et le travail de SIPAZ (Illinois et Californie).

:: NOUVEAUX DOCUMENTS EN LIGNE

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