:: Principal >> Informations // Documents


:: Bulletin du SIPAZ Vol. XIII nº1 - Février 2008

-> Actualité

Mexique: turbulences à l’horizon?

-> Dossier

Impunité et responsabilité des
autorités publiques dans le cas “Acteal”

-> Activités du SIPAZ - De la mi-octobre 2007
à la mi-janvier 2008
Guarder le document (ZIP) 33 Kb
. Outils
Envoyer par Mail
Imprimer
 

:: ACTUALITE

© Noé Pineda ArredondoMexique 2008: turbulences à l’horizon?

ALENA et malaise social

C’est un sombre panorama que celui que caractérise ce début d’année selon la majorité des organisations sociales et civiles du pays. Elles soulignent pour le moins deux problèmes : la hausse généralisée des produits de base, de l’essence et de l’électricité, ainsi que les possibles conséquences de la mise en place totale du chapitre agraire de l’Accord de Libre Echange d’Amérique du Nord (ALENA), signé par le Mexique, les Etats Unis et le Canada en 1994.

Le premier janvier 2008, ce chapitre est entré en vigueur en éliminant les taxes à l’importation des graines basiques comme les haricots et le maïs, ainsi que les produits laitiers et oléagineux. En dépit des manifestations des producteurs à la fin 2007, le gouvernement s’est refusé à renégocier ce chapitre. Les secteurs paysans mexicains, l’opposition et plusieurs chercheurs de l’académie alertent : l’agriculture mexicaine n’est pas prête à faire face à un processus de concurrence en termes de prix et de quantités avec les grands producteurs des Etats-Unis. Il existe qui plus est une forte différence entre les subventions d’un côté et de l’autre de

Foto: (© Noé Pineda Arredondo)

Foro Social Mundial 2008

Selon le Ministère de l’Agriculture, l’Elevage, le Développement Rural, la Pèche et l’Alimentation (Sagarpa), contrairement à ce que les organisations paysannes affirment, l’ALENA a été positif: “bien que l’ALENA ait conduit à une concurrence accrue pour les producteurs mexicains, il a également ouvert de multiples opportunités en leur offrant un accès à un marché régional de plus de 430 millions de personnes”. Il a aussi assuré que les conditions pour cette ouverture commerciale existent, vu que “le processus de détaxation a été progressif ” et qu’en 2007 90% de ces taxes avaient déjà été éliminés. De ce fait, selon lui, “il ne devrait pas y avoir de changements significatifs dans la situation du marché, en particulier face à un scénario de prix élevés au cours des prochains mois”. Il a encore ajouté qu’avec l’ouverture totale de l’ALENA, “les producteurs qui se destinent à l’autoconsommation ne devraient pas subir des effets négatifs vu qu’ils ne participent pas avec leur production dans le marché [agricole d’exportation], et qu’au contraire, ils bénéficient de l’accès à des biens et services à des prix meilleur marché”.

Sous la devise d’une campagne qui a commencé en 2007, “Sans maïs il n’y a pas de pays, sans haricots non plus”, les paysans et producteurs ont commencé à s’organiser. En janvier, une vingtaine d’organisations du pays ont annoncé leur intégration en un Front National en Défense de l’Agriculture Mexicaine, afin d’exiger des mesures gouvernementales face à la situation de crise créée par l’ouverture commerciale et ils ont convoqué à une méga manifestation pour le 31 janvier, manifestation à laquelle devraient participer d’autres groupes sociaux et syndicats.

Foto: Foro Social 2008, México - Sans maïs il n’y a pas de pays

Gouvernement fédéral: “main de fer” et militarisation croissante

Alors que la pression sociale monte, on continue à signaler la politique de “main de fer” adoptée par le gouvernement de Felipe Calderón, ainsi que le processus de militarisation croissante dans le pays. Cette tendance s’est accrue plus encore suite à l’annonce récente de nouvelles formes de collaboration entre les Etats Unis et le Mexique, sous le prétexte de la lutte contre le trafic de drogues et le terrorisme.

Foro Social 2008

Foto: Foro Social Mundial 2008, México - Militarisation

D’un autre côté, en 2007, le Mexique, les Etats Unis et le Canada ont continué à promouvoir le projet de l’Alliance pour la Sécurité et la Prospérité de l’Amérique du Nord (ASPAN, lancée en 2005). L’ASPAN se présente comme un traité de libre échange “amélioré », vu qu’au delà d’une partie “développement”, elle cherche aussi à couvrir le thème de la sécurité.

Parallèlement, les gouvernements des Etats Unis et du Mexique sont sur le point de passer un autre accord dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogues et le crime organisé au Mexique. L’idée a surgi en mars 2007, durant la visite du président nord-américain George W. Bush à la ville mexicaine de Mérida. Du fait de sa ressemblance avec le “Plan Colombie” (une politique mise en place depuis près d’une décade qui a impliqué l’envoi des Etats Unis de 4.3 milliards de dollars au gouvernement colombien, 76% d’entre eux destinés a l’armée), cette nouvelle initiative est connue sous le nom de “Plan Mexique” (ou, dans une moindre mesure comme “Initiative Mérida”, son nom officiel).

Protestas Contra Bush en Mérida

Le gouvernement de Bush se propose de demander au Congrès d’approuver un projet de 1.4  milliards dollars qui devrait durer trois ans (il compromet ainsi le gouvernement suivant qui sortira vainqueur du processus électoral aux Etats-Unis en 2008). Ce projet a été présenté auprès du Congrès comme un “financement d’urgence pour d’autres nécessités critiques à la sécurité national”, qui fournira “une assistance vitale à nos partenaires au Mexique et en Amérique Centrale, qui oeuvrent pour vaincre les cartels de la drogue, pour combattre le crime organisé et pour stopper le trafic humain. Tous ces éléments sont des priorités urgentes des Etats Unis, et le Congrès doit les financier sans délais”. Il faut souligner qu’en 2007 on a enregistré plus de 2.000 morts violentes liées au crime organisé au Mexique, et que les Etats Unis partagent 3.000 kilomètres de frontière avec ce pays.

La première partie du budget obtenue sera destinée à l’approvisionnement en équipement militaire, technologie de communication et d’espionnage, ainsi que différents types d’entraînements pour les soldats et fonctionnaires mexicains. Dans l’immédiat, la présence de troupes nord-américaines en territoire mexicain n’est pas prévue.

Un des éléments de préoccupation signalées par différentes organisations de droits humains des deux côtés de la frontière tient au fait que plus de 40% des 500 millions de dollars qui devraient être accordés durant la première année sont destinés au secteur militaire, ceci en dépit des graves accusations de violations des droits humains de la part de l’armée mexicaine. En octobre, Human Rights Watch (HRW) a déclaré que le Congrès des Etats Unis devrait s’opposer à aider le Mexique dans sa lutte contre le trafic de drogues, sauf si des conditions fermes pour prévenir les abus commis par les forces de sécurité mexicaines sont incluses. José Miguel Vivanco, directeur de la section pour les Amériques de cet organisme a affirmé : “Aider le Mexique à confronter ses violents cartels de drogue est une bonne idée. Mais remettre un chèque en blanc aux forces de sécurité abusives de ce pays ne l’est pas”.

D’autres analystes soulignent le fait qu’il n’y a aucune garantie d’obtenir de plus amples résultats contre le trafic de drogues au delà de ceux obtenus dans le cadre des grandes opérations lancées par Felipe Calderón au début de son mandat (ces opérations n’ont pas obtenu les résultats espérés jusqu’à ce jour). Côté mexicain, on signale aussi que le fait que Washington situe les thèmes du combat contre la drogue et de la délinquance en territoire mexicain comme l’une des “nécessités critiques” de sa sécurité nationale implique une ingérence. Par ailleurs, la référence au thème du “trafic humain” pose un autre problème : dans quelle mesure ceci pourra impliquer que le Mexique commence à pourchasser les émigrés d’Amérique du Sud et Centrale (voire même les mexicains) qui tentent de passer les frontières Sud y Nord du Mexique.

En octobre, dans le cadre de la Première Réunion d’Intégration des Gouverneurs de la Région Sud Sud-est, réalisée à Villahermosa, Tabasco, le facteur “sécurité” a semblé remplacer le thème du développement dans la zone. Durant cette réunion avec les 9 gouverneurs des états du sud et sud-est du Mexique, Felipe Calderón a déclaré qu’il donnerait un “nouvel élan” au Plan Puebla-Panama (PPP), qu’il souhaite convertir en un “projet de développement intégral de Meso Amérique”. Cependant, il a surtout souligné le nécessaire renforcement de la frontière Sud face à “la disparition” de la capacité des autorités pour la contrôler.

Reunión de Gobernadores de la Región Sur-Sureste (© La Revista Peninsular)

(© La Revista Peninsular)

Alerte rouge en matière de droits humains

En dépit des préoccupations exprimées par la Commission Interaméricaine des Droits humains (CIDH) de l’Organisation des Etats Américains (OEA) ainsi que par plusieurs organisations de droits humains nationales et internationales, l’approbation définitive de la réforme pénale proposée par le pouvoir exécutif semble imminente.

Celle-ci a été remise en question car elle pourrait s’avérer contraire aux principes de présomption d’innocence et de procès judiciaire minimum. Elle permettra entre autres l’espionnage téléphonique, l’entrée et la fouille de domiciles particuliers sans mandat judiciaire (de la part du Ministère Public et de n’importe quel corps de police), ainsi que les arrestations sans mandats d’arrêt. Le seul critère sera la présomption de lien avec la délinquance organisée ou s’il y a flagrant délit.

Presos Políticos: David VenegasLe président de la Commission Nationale des Droits humains (CNDH), José Luis Soberanes a affirmé en décembre que les réformes judiciaires “représentent un recul en matière de droits humains, vu que l’on ne peut pas combattre l’illégalité en laissant de côté les garanties individuelles les plus élémentaires ”.

Bien que cette réforme n’est pas encore été publiée, plusieurs organisations des droits humains ont signalé le risque d’une forme de légalisation de la criminalisation des protestations sociales. Au cours des derniers mois, un thème de dénonciation et d’articulation a été celui des prisonniers en particulier, et de la répression de manière plus générale. Le premier novembre,par exemple, le Front National contre la Répression qui regroupe plusieurs organisations et mouvements, a réalisé une manifestation devant les bureaux du Ministère de l’Intérieur pour exiger la liberté de tous les “prisonniers politiques” du pays, la présentation en vie des personnes portées disparues, l’abolition de la torture, la fin des agressions sexuelles et viols de femmes, le retrait des mandats d’arrêt ainsi que la fin de la persécution contre les activistes sociaux.

En novembre, le Réseau Solidaire “Décennie contre l’impunité” a présenté un rapport intitulé “La situation des prisonniers politiques au Mexique” qui parle de l’existence de 500 prisonniers politiques. Il reconnaît qu’il existe une difficulté pour évaluer leur nombre exact vu qu’il existe peu de documents et du fait de la façon dont les procès sont menés.

La libération de l’indien Diego Méndez Arcos début décembre (il avait été arrêté en 2006 du fait de sa participation présumée dans les meurtres qui ont eu lieu à Viejo Velazco) semble aussi arbitraire que son arrestation.

D’un autre côté, un thème qui place le Mexique en “tête de liste en matière de limitations à la liberté d’expression” est celui des menaces et meurtres de journalistes. C’est ce qu’a affirmé Amerigo Incalcaterra, représentant du Bureau du Haut Commissariat pour les Droits humains de l’Organisation des Nations Unies.

Foto: David Venegas

Selon la Classification Mondiale en matière de Liberté de la Presse publiée en octobre par ‘Journalistes Sans Frontières’ (RSF), le Mexique reste le pays le plus dangereux pour les journalistes dans le Continent Américain. Il apparaît en position 136 des 169 nations étudiées. Benoît Hervieu, responsable de la région américaine de RSF, a souligné "En une année, le Gouvernement fédéral au Mexique a reculé en matière de liberté de la presse, et il l’a démontré durant la crise au Oaxaca". Il a souligné que cette régression de la situation de la presse reflète le manque de volonté politique du pouvoir exécutif fédéral pour faire avancer les choses.

En janvier, la Commission Nationale de Droits humains (CNDH) a annoncé qu’elles avaient ouvert un dossier dans le cadre de 84 plaintes reçues en 2007 pour des violations des garanties individuelles de journalistes dans l’exercice de leur profession. Elle a dénoncé que les violations de ce type se sont multipliés et sont toujours plus violentes. Le renvoi récent de la journaliste Carmen Aristegui, présentatrice du journal “Hoy por Hoy” en W Radio a également généré de nombreux signalements quant aux limitations à la liberté d’expression dans le pays.

Un cas qui a également fait couler beaucoup d’encre est celui de la journaliste Lidia Cacho. Fin novembre, la Suprême Cour de Justice de la Nation (SCJN) a éliminé de sa disposition finale la partie du cas qui se réfère aux abus sexuels, aux réseaux de pédérastes et de pornographie infantile, en considérant que ce thème n’avait rien à voir avec la concertation d’autorités autour de la figure du gouverneur de Puebla, Mario Marín contre cette journaliste. Le Front National contre la Répression (FNCR) a exprimé au ministres de la SCJN sa préoccupation face à l’“indolence” qu’ils ont montrée face au thème, ce qui est d’autant plus préoccupant quand l’on sait qu’ils sont sur le point d’aborder le cas des conflits de Oaxaca et de San Salvador Atenco. La Haute Commissaire de l’Organisation des Nations Unies (ONU) par le biais de son représentant au Mexique a déclaré que: “Cela aurait été une opportunité importante pour démontrer dans les faits ces principes que le pays a d’ores et déjà ratifiés”.

CHIAPAS : Nouvelle prise de position zapatiste face aux agressions

Du 13 au 17 décembre, un colloque international en mémoire d’Andrés Aubry (historien d’origine française qui a travaillé pendant plus de 40 ans au Chiapas et qui est mort en septembre) a été organisé. Cet évènement, co-convoqué par l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN), le CIDECI-Unitierra et le Centre Immanuel Wallerstein a compté avec la participation de personnalités comme John Berger, Naomi Klein, Francois Houtart, Pablo González Casanova, Sylvia Marcos, Enrique Dussel, Jorge Alonso, Carlos Rojas Aguirre et Jean Robert, ainsi qu’avec l’assistance de plusieurs centaines de personnes.

Foto: Coloquio Andrés Aubry

Foto: Coloquio Andrés Aubry

Dans le cadre de sa dernière intervention “Sentir le rouge : le calendrier et la géographie de la guerre”, lesous commandant Marcosa clarifié son rôle comme chef militaire de l’EZLN, “qui est une armée, très différente certes mais une armée”, et a annoncé : “C’est la dernière fois au moins pour un certain temps, que nous participons à des activités de ce type ; je me réfère a ce colloque, les rencontres, les tables rondes, les conférences, ainsi qu’à des interviews bien sur.”

Il a expliqué que cette décision a été prise dans un contexte d’une nouvelle série d’agressions contre eux: "c’est la première fois que ces agressions proviennent effrontément de gouvernements supposément de gauche, ou qui sont perpétrés avec le soutien sans peine de la gauche institutionnelle, et c’est la première fois depuis l’aube de janvier 1994 que la réponse sociale, nationale et internationale, a été de peu de poids ou nulle ". Qui plus est, il a alerté: "Nous essayerons de continuer à consolider cet effort civil et pacifique de ce qui s’appelle encore l’Autre Campagne, et en même temps de nous préparer, pour résister, seuls, face à la réactivation des agressions contre nous, qu’elles proviennent de l’armée, de la police ou de paramilitaires. Ceux qui comme nous ont fait la guerre savent reconnaître les chemins par lesquels elle se prépare et s’approche. Les signes de la guerre à l’horizon sont clairs. La guerre, comme la peur a également son odeur. Et en ce moment on commence à respirer son odeur fétide dans nos terres ". Un document signé par les participants au colloque reprend une partie de ce que ces déclarations impliquent : “on ne peut pas permettre un nouvel Acteal en terres mexicaines. On ne peut pas pousser les peuples à se défendre de la violence en recourant à la violence ”.

Pour ces mêmes raisons, en septembre 2007, l’EZLN avait annoncé la suspension du voyage programmé dans le cadre de L’Autre Campagne (une initiative pacifique promue par les zapatistes à échelle nationale), pour donner la priorité à des d’actions en défense des communautés. Au cours des derniers mois, il a dénoncé des agressions réalisées contre ses bases de soutien de la part principalement de l’organisation affiliée au Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI): l’OPDDIC (Organisation pour la Défense des Droits des Indiens et Paysans). Dans une dispute toujours plus ouverte des territoires, les cas vont du Nord du Chiapas (cas par exemple de Bolon Ajaw en novembre, dans la municipalité autonome Région de la Montagne, officiellement Tumbalá, une destination touristique vue sa proximité avec les cascades d’Agua Azul) ; en passant par la région tzeltal de Chilón, une partie de la zona “Cañadas” et en arrivant jusqu’au Hauts Plateaux du Chiapas (menaces de mort lancées contre le Conseil Autonome de la Municipalité de San Andrés Sakam'chen des Pauvres en octobre).

Une Caravane formée par des membres de l’Autre Campagne qui ont visité une partie du Chiapas en novembre a dénoncé : "Les gouvernements fédéral et étatique, par le biais des institutions agraires et en articulation avec l’Armée Fédérale mexicaine et la sécurité publique, bref depuis les trois niveaux de gouvernement, opèrent une stratégie contre insurgée menée contre les Bases de Soutien Zapatistes et leurs autorités autonomes. Ils remettent des titres de propriété agraires à diverses organisations indigènes, particulièrement à des organisations contraires  aux zapatistes et dans différents cas, à des organisations armées, parmi lesquelles se trouve l’Organisation pour la Défense des Droits Indiens et Paysans (OPDDIC) ou l’Union Régionale Paysanne Indigène (URCI) (…). Ces organisations occupent des terres récupérées par l’EZLN en 1994 et, au travers de ces instances agraires, concrétisent un dépouillement juridique de ces terres en constituant de nouveaux ‘ejidos’ (terres communales)".

Foto: Rueda de Prensa de la Caravana Solidaria - La Otra Campaña

Groupes armés : communiqués

En octobre, l’Armée Populaire Révolutionnaire (EPR) a menacé de faire escalader sa “campagne nationale de harcèlement” si le gouvernement ne présentait pas en vie ses combattants “disparus” depuis mai 2007. Elle a clarifié que “jamais” elle n’avait demandé à dialoguer avec le gouvernement fédéral, mais que cela avait été une proposition de plusieurs sénateurs en septembre. En décembre, elle a annoncé la reprise des hostilités contre le gouvernement de Felipe Calderón. En janvier, elle a dit qu’elle informerait des attaques militaires qu’elle réaliserait. Elle a également averti les législateurs que “Les membres de la Chambre des Députés et celle des Sénateurs de n’importe quel parti qui approuveraient la réforme judiciaire proposée par Calderón, et qui criminalise la manifestation, la lutte sociale et les actes d’autodéfense devront assumer la responsabilité des conséquences de leurs actes”.

De son côté, en novembre, le Mouvement Révolutionnaire Lucio Cabañas, une des guérillas qui en 2006 avait placé des explosifs dans les sièges du Tribunal Electoral, du PRI et de certaines banques de la Ville de Mexico, a averti que l’Initiative Mérida signée par le gouvernement du Mexique avec les Etats Unis, serait repoussé par les mouvements de masse et les groupes révolutionnaires.

INNONDATIONS AU TABASCO ET DANS LE NORD DE L’ETAT DU CHIAPAS

A la fin du mois d’octobre, les médias nationaux et internationaux ont informé d’une catastrophe de grande envergure : de fortes pluies ont frappé l’état du Tabasco et le Nord de l’état voisin du Chiapas, causant des inondations qui ont affecté environ un million de personnes dans 16 des 17 municipalités de Tabasco ainsi que leurs maisons, leurs récolte et leur bétail. Selon les autorités du Tabasco, 400 mille personnes furent les plus sinistrées. Au moins 90% de la capitale, Villahermosa, a terminé sous les eaux.

Bien que moins couvertes par les médias, les pluies dans le nord du Chiapas sont celles qui ont provoqué que le barrage Peñitas déborde, en augmentant de cette manière le débit du fleuve Grijalva et l’inondation des plaines de Tabasco. 22 municipalités du Nord du Chiapas ont été déclarées zone de désastre et on calcule qu’il y a eu plus de 75 mille personnes sinistrées.

Les questionnements quant à la responsabilité de l’état dans un désastre qui dans une bonne mesure aurait pu être évité sont encore moins présents dans les médias. Par exemple, Jorge Escandón, responsable des thèmes Energie et Changement Climatique de Greenpeace - Mexique a souligné : "Dans le cas spécifique de Tabasco, quand il y a eu une inondation de grande envergure en 1999 et les mesures pertinentes n’ont pas pour objet de contrôler le phénomène climatique mais de prévoir des réponses efficaces de la part du gouvernement, c’est quand on peut parler de négligence politique ".

Ir hacia arriba

:: DOSSIER

Impunité et responsabilité des autorités publiques dans le cas “Acteal”

“Le meurtre de 46 civils sans défense à Acteal, en décembre 1997, réalisé par un groupe de personnes fortement armées est sans doute l’incident le plus grave et le plus dramatique qui se soit produit dans le cadre du conflit au Chiapas. La CNDH a établi la responsabilité par action ou par omission de divers fonctionnaires publics du gouvernement de l’état”.
         [Bulletin du Rapporteur Spécial sur la situation des Droits Humains et les Libertés Fondamentales des Indiens, Rodolfo Stavenhagen, E/CN.4/2004/80/Add., 23/12/2003]

“L’Etat nie que les faits qui s’analysent ici fassent partie d’une stratégie de l’Etat. (...) La position publique du gouvernement fédéral et du Chiapas ne reconnaît pas l’existence de ‘paramilitaires‘ » .
         [Rapport rendu par l’Etat Mexicain auprès de la Commission Interaméricaine des Droits humains          (CIDH) dans le cadre du processus lié à la demande 212-05, 2006]

Il s’est agi “de déformer la vérité et de faire croire que l’Etat n’a rien eu à voir avec ce massacre, mais nous vous disons que ce qu’il s’est passé à Acteal a été le produit d’un conflit politique ourdi depuis les hautes sphères du gouvernement fédéral d’Ernesto Zedillo et de l’état de Julio César Ruiz Ferro”.
[Communiqué de l’Organisation Société Civile « Las Abejas », 22 octobre 2007]

Le 22 décembre 1997 à Acteal, municipalité de Chenalhó, Hauts Plateaux du Chiapas, un massacre a été perpétré: 45 indiens tsotsiles, appartenant à l’Organisation Société Civile « Las Abejas » (littéralement les Abeilles), furent assassinés par un groupe de civils armés alors qu’ils priaient dans l’ermitage de ce village. Dans leur communiqué du 22 novembre 2007, les « Abejas » dénonçaient : « Cela fait 10 ans que nous exigeons justice. La réponse a toujours été la même. Toutes les autorités nous ont dit ‘Nous allons mener une enquête sérieuse et de fond, en feignant préoccupation et indignation pour les faits ».

Par le biais de leur « Campagne contre l’impunité : 10 et 15 » (10 ans du massacre et 15 ans de lutte de cette organisation, les « Abejas » ont relevé un défi encore plus grand : « Personne ne pourra arrêter notre campagne contre l’impunité, parce que notre lutte n’est pas seulement pour Acteal mais pour tous les massacres et toutes les répressions contre nos peuples au Mexique. Nous ne nous reposerons pas jusqu’à ce que nous voyons que justice est faite, justice contre qui que ce soit et sans discriminations » (Communiqué du 22 octobre 2007)

Antécédents d’un « massacre annoncé » ou premier niveau d’omission ?

Acteal Abejas

L’Organisation Société Civile « Las Abejas » s’est formée dans la municipalité de Chenalhó en 1992 comme une organisation pacifiste qui lutte en faveur des droits indigènes et pour la résolution pacifique des conflits locaux (voir l’article « Le vol des Abeilles continue », avril 1998, rapport du SIPAZ Année 3 nº2). Bien que leurs demandes fondamentales soient les mêmes que celles de l’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale), ils ne partagent pas la stratégie de l’option armée. Ils ont cependant participé aux « cordons de paix » durant le processus de négociation entre les zapatistes et le gouvernement fédéral dans le village voisin de San André Larrainzar ainsi que dans d’autres activités au sein desquelles l’EZLN avait invité les groupes et organisations de la société civile à participer. C’est peut être cette proximité des positions zapatistes ainsi que le fait qu’ils n’aient pas eu d’armes ou qu’ils n’aient pas voulu s’armer qui les a rendu particulièrement vulnérables dans le conflit qui est allé croissant dans la municipalité de Chenalhó tout au long de 1997.

On ne peut pas ne pas parler du contexte qui existait au Chiapas au moment du massacre ou traiter celui-ci comme s’il s’agissait d’un incident isolé. Depuis 1995 et alors même que le processus de négociation se tenait à San Andrés, tant l’EZLN que plusieurs organisations de la société civile commencèrent à dénoncer la mise en place parallèle d’une stratégie contre-insurgé de la part de l’Etat dans la zone Nord du Chiapas (avec la promotion et protection du groupe « Paix et Justice » qui a provoqué le déplacement de milliers de personnes, ainsi que la disparition ou l’assassinat de plus de 100 personnes). Quelques mois plus tard, cette stratégie s’est déployée dans d’autres régions du Chiapas comme les Hauts Plateaux et la Forêt Lacandone. Elle acquit de plus en plus les caractéristiques d’une « guerre de basse intensité ». Le gouvernement semblait vouloir faire en sorte que l’EZLN perde le soutien dont elle bénéficiait tant à échelle locale, nationale qu’internationale en menant une guerre d’usure prolongée multidimensionnelle (politique, militaire, économique, juridique et de contrôle de l’information).

Acteal AbejasTout au long de 1997, une escalade de la violence se produisit dans tout le Chiapas. Face à ces faits, un groupe d’organisations civiles, nationales et internationales (y compris le SIPAZ) a organisé une Mission Civile Nationale et Internationale pour la Paix au Chiapas afin de confirmer sur le terrain les dénonciations de violations des droits humains et leurs implications pour le processus de paix.

A Chenalhó, les conditions de santé, vêtement, logement et alimentation des déplacés étaient on ne  peut plus critiques. La Mission reçut des témoignages qui parlaient de civils armés et de leurs attaques réitérées dans les communautés où il y avait une présence zapatiste ou dans celles où les Abejas refusaient de collaborer pour acheter des armes. C’est la peur de ces attaques qui a conduit de nombreuses personnes à fuir et se réfugier dans les montagnes, laissant derrière elles tous leurs biens pour ne plus jamais les revoir. Autour de ces dates, le journaliste Ricardo Rocha a réalisé un reportage sur les conditions dans lesquelles se trouvaient les déplacés de Chenalhó qui a été diffusé par Televisa (une des chaînes de télévision les plus importantes du pays)

D’un autre côté, dans leur communiqué d’octobre 2007, les Abejas firent à nouveau référence à des faits que tant la mission d’observation comme le reportage de Rocha avaient pu retransmettre : « avant le massacre, ces gens que vous [ils répondent à un journaliste] appelez « groupes d’autodéfense » circulaient dans les communautés, armés et dans leurs camionnettes et ils étaient accompagnés par des véhicules de la Police de Sécurité de l’Etat ». Ceci indiquerait un autre type de responsabilités de la part des autorités de l’état dans le contexte antérieur au massacre.

A échelle fédérale, le 18 octobre 1997, Raúl Vera, alors évêque coadjuteur de San Cristóbal, avait envoyé une lettre au Ministre de l’Intérieur, Emilio Chuayffet, par laquelle il l’avertissait du “climat violent ” qui existait dans la zone. Après le massacre, Chuayffet a admis avoir reçu cette lettre mais a commenté: “ceux qui commettent ces actes ont deux atouts à leur faveur : la surprise et la clandestinité. Il est très difficile, pratiquement impossible que tous les faits de violence de ce type puissent être évités à partir de la seule connaissance d’un climat violent.

Chronique du massacre et responsabilité des autorités publiques : versions contraires

Acteal Abejas

Le 22 décembre 1997, les victimes du massacre s’étaient réunies dans l’ermitage d’Acteal pour prier pour la paix. Ils priaient pour la paix dans leur communauté et dans d’autres villages de la municipalité où le nombre de déplacés était allé croissant, des déplacés soit du fait de leur soutien à l’EZLN soit suite à leur refus d’aider le groupe opposé aux zapatistes. Les attaquants commencèrent à tirer sur leurs victimes avec des armes de gros calibre avant de poursuivre ceux cherchaient à fuir. Plusieurs furent mutilés avec des couteaux et machettes y compris quatre femmes enceintes dont ils ouvrirent le ventre. Durant cette tuerie qui dura plus de 5 heures, ils assassinèrent 9 hommes, 21 femmes et 15 enfants.

Des témoins qui avaient réussi à fuir avisèrent Gonzalo Ituarte, alors vicaire du Diocèse de San Cristóbal de las Casas, une heure après le début du massacre. Celui-ci avisa immédiatement le secrétaire du gouvernement de l’état du Chiapas, Homero Tovilla Cristiani, qui lui répondit quelques heures plus tard que tout était sous contrôle. En dépit de sa présence à environ 200 mètres du lieu du massacre, la Sécurité Publique n’est pas intervenue, y compris après avoir été informée par des voisins de ce qu’il était en train de se passer.

Acteal AbejasLe Ministre de l’Intérieur de l’époque, Emilio Chuayffet, a nié que le gouvernement fédéral ait eu une responsabilité par action ou par omission dans le cas. Le 23 décembre 1997, le président Zedillo a condamné l’attaque et a annoncé que le gouvernement fédéral prendrait l’enquête en charge. Quelques jours après le massacre 46 attaquants présumés d’affiliation aux partis PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) et au Parti Cardéniste ont été arrêtés. Jacinto Arias Cruz, maire de la municipalité de Chenalhó, accusé d’être à l’origine du massacre a également été emprisonné. A la fin décembre, 5000 soldats de plus furent envoyés au Chiapas (2000 pour la seule municipalité de Chenalhó). Le nombre de déplacés augmenta significativement à plus de 10.000 personnes. Début 98, le gouverneur du Chiapas, Julio César Ferro et le Premier Ministre, Emilio Chuayffet, furent destitués.

L’enquête suivit son cours. En se référant aux causes du conflit, le Procureur Général de la République à l’époque, Jorge Madrazo Cuéllar, a conclu que "le massacre était du à des conflits intercommunautaires et entre différentes familles". Au moment de la publication du rapport “Livre blanc sur Acteal”, il a encore déclaré que "si l’Armée mexicaine avait été présente le 22 décembre 1997 à Acteal, ces faits ne se seraient jamais présentés ".

Le président de la COCOPA à l’époque (Commission pour la Concorde et la Pacification, instance législative formée dans le cadre du dialogue entre l’EZLN et le gouvernement fédéral), Carlos Payán Velver, a cependant affirmé depuis le début qu’il y avait "une très haute responsabilité " du président de la République et du gouverneur du Chiapas dans ce massacre.

Les années passèrent. La version “officielle” du massacre présenté comme un incident du à divers conflits intercommunautaires a été reprise récemment par la revue mexicaine « Nexos » au travers de deux articles d’Héctor Aguilar Camín publiés à la fin 2007. Dans la lignée des thèses exposées dans le “Livre Blanc” l’auteur explique que face à la violence zapatiste et aux mains liées des forces de sécurité (du fait de la loi pour le dialogue qui empêchaient les actions armées contre l’EZLN tant que durerait le processus de négociation), de manière spontanée et pour assurer leur auto-défense, certains groupes ont commencé à s’armer et sont passés à un moment donné de la défense à l’attaque. Une implication si l’on part de cette thèse, c’est que l’Etat se trouvait au milieu et sans pouvoir faire quoique ce soit.

Dans son dernier rapport sur la responsabilité de l’Etat mexicain dans le cas du massacre d’Acteal (22/12/2007), le Centre des Droits humains Fray Bartolomé de Las Casas, dénonce en revanche l’intentionnalité et la préméditation du gouvernement fédéral dans le cas de ce massacre. Selon ce rapport, ce fut “la justification idéale pour qu’Ernesto Zedillo, alors président et commandant suprême des Forces Armées, ordonne l’installation de camps militaires à Chenalhó et continue ainsi le développement de son plan contre insurgé ”.

Avancées depuis le front légal

Acteal AbejasSelon le Centre des droits humains Fray Bartolomé de las Casas et d’autres organisations de droits humains, l’enquête sur le massacre d’Acteal a abouti à la condamnation de plus de 70 personnes accusées d’être directement impliqués dans l’attaque. Elles ont reçu des peines oscillant entre 25 et 40 ans de prison pour les délits d’homicide qualifié, de blessures qualifiées, de port d’armes d’utilisation exclusive de l’armée ou sans permis. Aucune d’entre elles n’a pu être jugée pour association délictueuse. 27 mandats d’arrêt contre des civils indiens n’ont jamais été appliqués.

Certaines sentences ont fait l’objet d’un appel. Les responsables de la défense des prisonniers dénoncent que ces derniers ont été arrêtés suite à des témoignages contradictoires entre eux (y compris quant au nombre d’attaquants le jour du massacre). Ils signalent encore que les responsables présumés n’ont pas eu accès à un avocat ou à des traducteurs lors de la première étape de leurs procès. Une autre version tient enfin au fait que cinq des accusés ont confessé peu après le massacre avoir été leurs auteurs avec quatre autres personnes qui seraient encore en liberté. Indépendamment de la version en laquelle vous souhaitez croire, le système de justice semble défaillant.

Des procès ont été ouverts contre quinze ex fonctionnaires de bas niveau (pour 5 causes pénales). Ils ont reçu des peines variant entre 3 et 36 ans de prison pour homicide et blessures qualifiés, homicide et blessures par omission ou pour port d’armes d’utilisation exclusive de l’armée. Deux mandats d’arrêt contre des fonctionnaires à l’époque n’ont pas été appliqués : contre le Coordinateur de la Police Etatique et le Directeur de la Police de Sécurité Publique Etatique.

L’arrestation récente (22 décembre 2007), d’Antonio Sántiz López, leader présumé des “paramilitaires de Chenalhó”, a été remise en question par plusieurs voix critiques: elles considèrent que cette action louée par la presse locale comme une grande victoire pour la justice (certains journaux le présentèrent comme « l’auteur intellectuel du massacre ») comme une façon de couvrir la responsabilité à d’autres niveaux. Les fonctionnaires à un plus haut niveau, y compris certains militaires suspects d’avoir participé dans le massacre par omission ou pour leur accord avec leurs responsables, n’ont pas rendu compte de leurs actions et n’ont pas été présenté en justice.

Acteal AbejasFace au peu d’avancée à échelle nationale, depuis février 2005, le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de las Casas ainsi que les survivants et membres de la famille des victimes du massacre ont présenté auprès de la Commission Interaméricaine des Droits Humains (CIDH) une demande d’ouverture d’un cas contre l’Etat mexicain pour diverses violations des droits humains commises dans le cas du massacre d’Acteal. Lors d’une interview avec la revue « Proceso » (21/04/2005), l’évêque Raúl Vera López, a déclaré en référence à cette sollicitude : « Ces choses ne peuvent pas rester impunies, l’Etat de droit doit être rétabli. Conformément au droit international, les crimes commis contre la population indigène du Chiapas (assassinat, torture et disparitions) sont des crimes de lèse humanité. La dénonciation a été réalisée contre Ernesto Zedillo).

Pendant la Rencontre Nationale contre l’Impunité en décembre 2007, une campagne a été annoncé pour dénoncer le fait que l’ex président a « permis le massacre » et pour qu’il soit expulsé de l’Université de Yale, USA (il est actuellement directeur du Centre pour l’Etude de la Mondialisation de cette Université).

Impunité, un fléau national

Las Abejas ont déclaré à plusieurs reprises qu’elles ne veulent pas une vengeance suite au massacre mais elles continuent à exiger justice pour que des faits comme celui ci ne se répètent plus jamais. Dans ce cadre, tout au long de l’année 2007, elles ont réalisé une campagne pour les 10 ans d’impunité du massacre et pour les 15 ans d’existence de leur organisation. Les 20 et 21 décembre 2007, plus de 200 personnes et plus de 50 organisations du Mexique et d’autres pays ont participé à la Rencontre Nationale contre l’Impunité organisée par l’organisation de « Las Abejas » à Acteal.

Des exposés furent présenté durant le premier jour de la Rencontre: analyse de la réalité nationale ; le besoin d’une plus ample articulation entre les organisations et les mouvements civils;  le droit et la justice pour les assassinats contre les femmes et la situation juridique dans le cas Acteal  entre autres. Le 21, des groupes de travail mixtes (Abejas et participants externes) furent organisés pour approfondir ces différents thèmes.

Acteal est hélas un cas d’injustice et d’impunité parmi tant d’autres dans le Mexique contemporain. Dans la lignée de ce qu’avait signalé le Rapporteur Spécial de l’ONU sur l’Indépendance des Magistrats et des Avocats, Dato Cumaraswamy en 2001 et 2002, Amnesty International dans son rapport sur le Mexique « Lois sans justice » publié en février 2007 affirme « l’impunité dans les abus contre les droits humains reste la norme, ce qui pousse les fonctionnaires du système de justice pénale et de sécurité publique à recourir à des pratiques abusives lorsqu’ils remplissent leurs fonctions ».

Durant l’exposé qu’il a présenté dans le cadre de la Rencontre Nationale contre l’Impunité, Edgar Cortez, coordinateur du Réseau Tous les Droits pour Tous a présenté l’impunité comme l’un des quatre facteurs qui caractérisent le contexte dans le pays, de même que la militarisation croissante, la « convergence autoritaire » (la « main de fer » promise par Felipe Calderón) et la criminalisation des manifestations sociales. Il a souligné que l’impunité n’est pas un phénomène récent : massacre d’étudiants le 2 octobre 1968, la « guerre sale des années 70 et 80 qui a conduit à la disparition de plus de 500 personnes. Il a parlé de cas plus récents comme ceux de Oaxaca, Atenco, Pasta de Conchos ou celui de Lydia Cacho.

Acteal Abejas

Lors d’une interview en novembre (journal La Jornada du 01/11/07), Edgar Cortez faisait référence aux articles qui relancèrent la polémique autour du cas Acteal : avec ce type de « récits » de porte-parole « officieux » de l’Etat, on cherche à « permettre les attaques systématiques contre la population civile qui continuent à être perpétrées dans le pays, comme cela a déjà été le cas au Chiapas, Guerrero, Oaxaca et Veracruz où les communautés indiennes sont déplacées, on torture, on viole des femmes, on commet des exécutions et des disparitions forcées ».

Le fait que la solution d’un cas aussi connu qu’Acteal n’avance guère est un indicateur préoccupant quant à la situation des droits humains et le niveau d’impunité au Mexique. Les Abejas le savent et continuent leur lutte en sachant qu’elle sera longue : « Le temps et l’espace nous ont donné un lieu pour que notre mémoire et notre cœur luttent contre l’impunité du massacre d’Acteal. Ici, nous continuons à parler à voix haute pour qu’elle soit écouté et que les responsables soient punis comme de droit » (Communiqué de las Abejas, octobre 2007).

Acteal Abejas

:: Principal >> Informations // Documents

 

 

Ir hacia arriba

:: ACTIVITES DU SIPAZ

De la mi-octobre 2007 à la mi-janvier 2008

PRESENCE INTERNATIONALE ET ACCOMPAGNEMENT

RELATIONS PUBLIQUES

Le 2 novembre, nous avons participé à une réunion à laquelle tous les ambassadeurs de l’Union Européenne ont pris part qui a été réalisée à San Cristóbal de Las Casas, Chiapas.

Le 12 novembre, nous avons participé à une réunion avec des législateurs suisses qui faisaient partie d’une mission d’observation organisée par le Programme Suisse d’Observation et de Promotion de la Paix au Chiapas (PROPAZ). Ils se sont ensuite réunis avec diverses autorités du Chiapas et à échelle fédérale.

Le 6 décembre, nous nous sommes réunis avec une représentante de la section politique de l’Ambassade des USA.

A la fin octobre et début décembre, nous avons réalisé deux visites dans la ville de Mexico. Nous avons interviewé plusieurs de nos partenaires comme le Centre des droits humains “Miguel Agustín Pro Juárez”, Services et Conseil pour la Paix (Serapaz), le Réseau Tous les Droits pour Tous, le Centre des droits humains “Fray Francisco de Vitoria” et le Centre National de Communication Sociale (CENCOS).

CHIAPAS

Hauts Plateaux

- Nous avons assisté à la commémoration du massacre d’Acteal en novembre et nous avons participé à certaines activités réalisées par ‘Las Abejas’ (les abeilles) à San Cristóbal de Las Casas dans le cadre de leur campagne « Acteal 10-15 » (10 ans après le massacre d’Acteal et 15 ans après la formation de leur organisation).

- Du 20 au 22 décembre, nous avons participé aux évènements réalisés dans le cadre du 10ème anniversaire du massacre d’Acteal, y compris à la Rencontre Nationale contre l’Impunité qui a eu lieu dans cette même communauté.

Caracoles/Autre Campagne

- Nous avons visité au moins une fois 4 des 5 “Caracoles” (structures autonomes régionales zapatistes).

 - Du 13 au 17 décembre, nous avons assisté au colloque international en mémoire d’Andrés Aubry convoqué par l’EZLN, le CIDECI-Unitierra et le Centre Immanuel Wallerstein.

- Du 29 décembre au 1er janvier, dans le Caracol de La Garrucha, nous avons assisté à la troisième Rencontre des Peuples Zapatistes avec les Peuples du Monde “La commandante Ramona et les femmes zapatistes”, ainsi qu’à la commémoration de l’anniversaire du soulèvement armé.

OAXACA

En octobre, nous avons réalisé une visite d’une semaine à Oaxaca peu après les élections municipales. Nous nous sommes réunis avec plusieurs de nos partenaires dans la ville de Oaxaca. Nous avons assisté à plusieurs évènements liés à la commémoration de l’assassinat de Bradley Will (journaliste nord américain assassiné en octobre 2006) et l’entrée de la Police Fédérale Préventive (PFP) quelques jours après. Nous avons aussi assisté à la Rencontre Nationale portant sur le thème de l’Education autochtone bilingue afin d’établir de nouveaux contacts avec les organisations qui travaillent directement avec les peuples indiens. Nous avons réalisé plusieurs interviews qui sont accessibles par le biais de notre Blog (sipaz.wordpress.com).

GUERRERO

Début décembre, nous avons voyagé à Guerrero. A Chilpancingo (la capitale), nous nous sommes réunis avec la Commission Etatique des Droits Humains (CODDEHUM), Brigades Internationales de Paix (PBI) et le Réseau de Guerrero pour les Droits Humains. A Tlapa, nous nous sommes réunis avec plusieurs membres du Centre des droits humains de la Montagne Tlachinollan afin de préparer la délégation internationale que SIPAZ organise pour le mois de mars.

INFORMATION

- Nous avons reçu des visites, des délégations, des étudiants et journalistes pour leur faire connaître le contexte du Chiapas et le travail de SIPAZ. Du 27 décembre au 4 janvier, nous avons co-coordonné une délégation de l’organisation nord américaine Global Exchange (membre de notre coalition).

Depuis le mois d’août, nous co-convoquons avec le CIEPAC et le Réseau des Défenseurs Communautaires l’espace mensuel de réflexion, analyse, débat, apports et idées de « A Voix Haute » (voir blogenvozalta.wordpress.com).

- En octobre, nous avons assisté à un espace d’analyse convoqué par SERAPAZ et le Programme Suisse d’Observation et Promotion de la Paix au Chiapas (PROPAZ), auquel plus de 80 personnes ont participé.

PROMOTION DE PAIX

EDUCATION POUR LA PAIX

- En octobre, nous avons participé à un espace œcuménique de prière et de réflexion convoqué par le Groupe œcuménique d’Analyse de la Réalité (GEACR) dont nous faisons partie.

- Début janvier, le programme de licence convoqué par le Séminaire Interculturel Maya à San Cristóbal de Las Casas a été inauguré. Nous allons donner des cours sur le thème de la Transformation des Conflits et les Droits Humains.

- Nous avons animé plusieurs ateliers portant sur le thème de la transformation des conflits avec le DESMI (Développement Economique et Social des Indiens Mexicains, une organisation qui travaille dans 17 municipalités du Chiapas).

ARTICULATION

- Nous continuons de participer aux réunions mensuelles du Réseau pour la Paix, un espace d’action et de réflexion qui rassemble 16 organisations qui cherchent à accompagner les processus de paix et de réconciliation au Chiapas.

 - Du 6 au 8 novembre, nous avons participé à la Rencontre des Constructeurs de Paix et Réconciliation convoquée par la Commission de Soutien pour l’Unité et la Réconciliation (CORECO) qui a été organisée dans une communauté de la municipalité d’Ocosingo.

- Le 1er et le 2 décembre, nous avons participé à la Rencontre des Promoteurs de Dialogue et Transformation des conflits à Cuernavaca, Morelos, avec une trentaine de personnes travaillant ce thème à échelle nationale. Nous avons présenté un exposé sur l’expérience du SIPAZ.

Ir hacia arriba


Retour à la page d'accueil
Avenida Chilón #8
Barrio El Cerrillo
San Cristóbal de las Casas
29220 Chiapas, México
Tel/Fax: (+52.967) 63-160-55
SIPAZ.ORG © 1995 /
Última actualización: