:: ACTUALITÉ
Chiapas : Multiplication des conflits
Début octobre, le Réseau pour la Paix (formé par 17 organisations maintenant une présence au Chiapas) a dénoncé le contexte de violence qui a caractérisé la situation dans l’état du Chiapas au cours des derniers mois. Alors que de nombreux acteurs politiques et la Une des journaux locaux maintenaient leur attention sur le thème des élections, un nombre croissant de situations de harcèlement, violence et expulsions de terres sont passées inaperçues ou comme des faits apparemment isolés.
Elections : la partie émergée de l’iceberg
Des élections ont eu lieu au Chiapas le 7 octobre. 118 mairies et 40 postes de députés au sein du Congrès local étaient en jeu. Avant les élections, le Ministère Public Electoral avaient déjà reçu 43 demandes pour délits électoraux présumés. La majorité était pour des débuts de campagnes politiques anticipées, la destruction de publicités, l’achat de votes et la pression pour les orienter, le détournement de fonds publics et la participation de fonctionnaires en faveur de certains candidats.
Le jour des élections une série de violences s’est présentée à Pueblo Nuevo Solistahuacán, Venustiano Carranza, Simojovel, Comitán, entre autres, des faits que la majorité des médias, les autorités électorales et le même gouvernement ont décidé de minimiser. Face aux résultats, des manifestations de protestation ont été organisées dans une douzaine de municipalités.
Selon les chiffres officiels, ces élections ont enregistré la participation la plus élevée de l’histoire électorale de l’état avec 57.17% du recensement. Selon des données de l’Institut Etatique Electoral, le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) a gagné 52 des 118 mairies du Chiapas, le Parti de la Révolution Démocratique (PRD) a été déclaré vainqueur dans 31 d’entre elles, et le Parti Action Nationale (PAN) dans 23. Des 40 postes de députés en jeu, le PRI en a obtenu 14; le PRD, 10; le PAN, 7; le Parti Vert Ecologiste du Mexique (PVEM), 3; le Parti Nouvelle Alliance, 2; el Parti du Travail (PT), 2 et Convergence, 2.
ace aux impositions, décompositions et recompositions des partis politiques et des organisations sociales qui ont pris part au processus électoral, il peut être difficile d’interpréter ces résultats. Un des facteurs de préoccupation tient au passé politique de plusieurs des candidats vainqueurs, indépendamment des partis qu’ils représentent aujourd’hui. Paradoxalement, les victoires du PRD sont considérés par certains analystes comme le retour du vieux PRI. L’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) à travers du sous-commandant Marcos a dénoncé : “Avec Sabines et le PRD les grands propriétaires terriens sont de retour (…) Ceux-là même qui disaient que la vie d’un indien valaient la même chose que celle d’un poulet”.
Elections dans la zone Nord du Chiapas (©SIPAZ)
Multiplication des conflits, principalement agraires
Avant d’énumérer une série d’agressions et d’intimidations, le communiqué du Réseau pour la Paix alertait: “Au delà du contexte électoral, pendant les neuf premiers mois de gouvernement de Felipe Calderón, à échelle fédérale et de Juan Sabines Guerrero, à échelle de l’état, les territoires autochtones du Chiapas, et en particulier les zones d’influence zapatiste, ont subi une nouvelle offensive. Cette stratégie répressive passe par des actions concertées entre les un peu plus de 80 campements militaires permanents, les autorités locales, les institutions agraires et des groupes signalés comme paramilitaires, qui utilisent des organisations paysannes comme couverture ».
Selon le Centre d’Analyse Politique et d’Investigations Sociales et Economiques (CAPISE), des milliers de familles courent le risque d’être expulsées de leurs terres, ce qui signifierait “la plus grande attaque qui ait eu lieu au cours des 9 dernières années” et qui se fera de manière “massive, systématique et légalisée a priori”. Selon leur analyse, l’objectif principal est d’enlever aux communautés zapatistas toutes les terres “récupérées” depuis le soulèvement armé de 1994.
En octobre, l’EZLN a dénoncé qu’avec l’arrivée de Juan Sabines au pouvoir comme gouverneur du Chiapas le harcèlement militaire et paramilitaire s’est accru. En septembre, le groupe “Las Abejas” de la municipalité de Chenalhó (scénario du massacre d’Acteal en 1997) s’est joint aux dénonciations de la croissante offensive paramilitaire et gouvernementale: ”La très connue guerre de basse intensité menée contre les peuples qui luttent contre le système néolibéral ne semble pas avoir terminé avec les ex gouverneurs du PRI”.
D’un autre côté, depuis le début de l’année, la Commission Fédérale d’Electricité (CFE) accompagnée par la Police a réalisé des coupures massives d’énergie provoquant des confrontations dans différentes communautés. Il faut souligner que plus de 350 mille consommateurs au Chiapas refusent de payer leurs factures d’électricité en les considérant trop élevées.
Un autre conflit qui a à nouveau soulevé la préoccupation autour de la problématique non résolue depuis plusieurs années de la Réserve de la Biosphère de Montes Azules: le samedi 18 août 2007, une opération policière et militaire simultanée a été réalisée pour expulser les communautés Buen Samaritano et San Manuel dans la municipalité d’Ocosingo. Six familles (39 personnes) ont été expulsées des terres qu’elles occupaient. Six hommes ont été arrêtés pour les délits de vol et d’écocide, avant d’être relâchés cinq semaines plus tard pour désistement judiciaire. Cinq autres villages installés de manière irrégulière dans la région courent aussi le risque d’être expulsés. L’organisation en faveur de l’environnement Maderas del Pueblo del Sureste dénonce que les opérations d’expulsion des communautés de Montes Azules ne se sont pas terminées vu qu’elles “font partie de la stratégie globale de ‘déblayage’ du territoire de plus grande biodiversité, couverture forestière et rivières d’eau douce non polluées, du pays et de Mésoamérique”.

Familles déplacées de Montes Azules (©SIPAZ)
CONTEXTE NATIONAL
Le Réseau pour la Paix dans son communiqué en octobre soulignait également : “On ne peut pas non plus comprendre ces faits sans prendre en compte ce qu’il se passe à échelle nationale, dans un contexte de croissante militarisation et une tendance à la répression des processus d’organisation de la société civile ».
Une fracture qui se maintient
Le 1er septembre, Calderón a présenté son premier rapport de gouvernement au milieu d’une importante opération policière. Durant une cérémonie de moins de 5 minutes, il a remis son rapport devant un peu plus d’une centaine de fauteuils vides vu que les législateurs de gauche avaient décidé d’abandonner le Congrès. Ils ont pris cette décision car ils ne le reconnaissent pas comme président en considérant qu’il est arrivé au pouvoir par le biais d’une fraude électorale. Dans une bonne mesure, le Mexique reste divisé par la courte victoire que le Tribunal Electoral du Pouvoir Judiciaire de la Fédération a accordée à Calderón. Son gouvernement fait face à l’opposition d’un mouvement national de résistance dont le principal leader est l’ex candidat de gauche à la présidence, Andrés Manuel López Obrador.
En ce qui concerne le contenu du rapport, le président a promis de continuer à lutter contre la pauvreté et pour créer des emplois, ainsi que de lutter contre le trafic de drogues et la délinquance organisée. Dans les critiques reçues, on signale le ralentissement de la croissance économique, ce qui a eu de fortes répercussions sur la population comme l’augmentation du prix de la tortilla et d’autres produits de consommation basiques, ainsi que l’augmentation du coût de l’essence. Le nombre d’emplois créés reste insuffisant, ce qui contribue à l’augmentation du flux migratoires en dépit de la construction du mur entre le Mexique et les USA et malgré la mort de centaines de mexicains qui essayent de passer la frontière. Il faut souligner que selon les statistiques de la Banque Mondiale, un peu plus de la moitié des 104 millions d’habitants au Mexique vivent en situation de pauvreté (24% d’extrême pauvreté).
D’un autre coté, certains remettent en question le fait que Felipe Calderón maintienne la stabilité de son gouvernement en recourant à l’armée. Bien que son rapport souligne que “ce gouvernement, comme jamais auparavant, applique toute la force de l’Etat pour récupérer les espaces qui ont été séquestrés par des bandes de trafiquants de drogues et d’autres organisations de délinquants”, les grandes opérations contre le "narco-trafic" n’ont pas eu jusqu’à présent les résultats espérés. D’autres dénoncent enfin la répression sélective contre les mouvements sociaux.
n autre moment durant lequel on a pu constater le maintien de la fracture politique et sociale générée par les élections présidentielles de 2006 a eu lieu en septembre, dans le cadre de la commémoration de l’Indépendance du Mexique. La veille de la célébration, la place principale de la Ville de Mexico, surveillée par des membres de la Police Fédérale Préventive (PFP) a fait l’objet d’une dispute entre des sympathisants de l’ex candidat présidentiel Andrés Manuel López Obrador, qui avaient convoqué un acte appelé le "Cri des libres", et les organisateurs de la cérémonie officielle. Andrés Manuel López Obrador de son côté a réalisé la cérémonie du Cri de l’Indépendance à San José Tenango, une municipalité de Oaxaca.

Commémoration du jour de l'Indépendance , place principales de la ville de Mexico
(© Noé Pineda Arredondo)
Réformes : opportunité pour dépasser les divisions?
En septembre, le Sénat a approuvé une réforme électorale qui diminue le coût des campagnes et des élections, interdit aux partis politiques et à des tiers l’achat de publicité dans les médias électroniques, empêche la guerre sale lors des affrontements électoraux, la promotion de fonctionnaires et donne de plus amples facultés de sanction aux autorités électorales. Plusieurs aspects de cette réforme sont directement liés aux dénonciations qui furent réalisées dans le cadre du scénario des élections présidentielles de 2006.
D’un autre côté, la réforme électorale limite le pouvoir politique des chaînes de télévision: au-delà de l’argent qu’ils cesseront de recevoir, leur pouvoir d’influence sera réduite de manière significative lors des processus électoraux. Il faut rappeler que lors des élections de 2006, les partis ont destiné près de 70% des ressources millionnaires ressources qu’ils reçoivent de la part de l’Etat pour réaliser leurs campagnes à l’achat d’espaces publicitaires à la radio et à la télévision.
Le 11 septembre, lors d’un évènement sans précédent entre les législateurs et des représentants des médias diffusé en direct à la télévision, un présentateur de la télé a souligné que les politiques professionnels sont plus discrédités que leurs entreprises. La Chambre Nationale de l’Industrie de la Radio et la Télévision a manifesté son rejet de la réforme, en argumentant que certaines de ses dispositions réduisent la liberté d’expression.
Dans tous les cas, la destitution du président de l’Institut Fédéral Electoral et la réforme électorale peuvent contribuer à dépasser ou réduire la bipolarisation générée dans le contexte électoral des présidentielles 2006. D’un autre côté, en ce qui concerne la discussion autour de cette réforme et plusieurs autres aspects de la vie politique (y compris les élections internes au sein de ce parti, l’aile modérée et institutionnelle semble se renforcer au détriment d’un autre secteur signalé comme de plus grande confrontation et qui s’articule autour de la figue de López Obrador.
Pendant la période couverte par ce bulletin, une réforme fiscale a également été approuvée. Bien qu’elle soit beaucoup plus limitée que ce que le pouvoir exécutif se proposait, elle a renforcé l’image de Felipe Calderón, vu qu’à la différence de l’ex président Vicente Fox, il a réussi à faire passer plusieurs réformes au sein du Congrès. Cependant, en septembre, la Chambre des Sénateurs a rejeté une réforme judiciaire présentée par le pouvoir exécutif. Ce projet aurait permis aux policiers de saisir les téléphones, de réaliser des fouilles ou de maintenir en garde-à-vue des présumés responsables sans avoir un mandat signé par un juge. Les législateurs ont argumenté leur décision en affirmant que le Mexique n’a pas un personnel qualifié et dans lequel on peut confier à l’intérieur des différents corps de sécurité publique pour garantir que les droits humains prévaudraient sur l’application de lois spécifiques.
Mexique: “Politique squizofrène” en matière de droits humains

Irene Khan, Secrétaire Générale d'Amnesty International
En août, Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International (AI), dans le cadre de sa visite dans le pays a signalé que le gouvernement mexicain maintient une "politique schizophrène" en matière de défense et promotion des droits humains: "Le Mexique est l’un des promoteurs des droits fondamentaux les plus importants à l’extérieur, mais à l’intérieur du pays, il existe de graves violations de ces garanties". Elle a affirmé qu’il existe des failles systématiques dans la justice mexicaine, qui stimule l’impunité, un "cancer qui a de longues racines ". Elle a ajouté : "Le Président reconnaît que le système présente un problème, mais il le reconnaît depuis la perspective du crime et non pas depuis les failles en matière de droits humains ". Elle a finalement alerté : "Le gouvernement est intéressé par la promotion de réformes mais il n’a pas été très clair sur sa position quant aux droits humains ". De même qu’ Ulises Ruiz, gouverneur de Oaxaca, le Ministre de l’Intérieur, Francisco Ramírez Acuña, a remis en question AI quant aux sources d’information du rapport que cet organisme a émis sur le Mexique.
La Commission Nationale des Droits Humains (CNDH) a maintenu sa demande de faire en sorte que l’armée ne prenne plus part à la lutte contre le trafic de drogues suite aux risques de violations des droits humains que cette option a pu impliquer. En août, le journal “The Washington Post” a confirmé que les gouvernements du Mexique et des USA étaient sur le point de signer un accord large de coopération anti-drogues, qui représenterait “la plus grande alliance de ce type depuis la mise en marche du Plan Colombie''. Cet accord inclurait des équipements pour intercepter des appels téléphoniques, des radars pour détecter le transport de drogues, des avions pour transporter des agents mexicains, ainsi que de nombreux programmes de formation. Bien qu’aucun détail n’ait encore été rendu public, si l’on prend en compte les questions soulevées par le Plan Colombie, on craint que cette option puisse augmenter les risques de violations des droits humains.
DE L‘AUTRE CAMPAGNE ET D’AUTRES PROCESSUS
L’Autre Campagne
Le 24 septembre, l’EZLN a décidé de suspendre la tournée dans le sud et le centre du pays des commandants zapatistes initialement prévue de septembre à décembre. Ils ont pris cette décision face à ce qu’ils signalent comme une offensive contre les communautés zapatistes menée par le gouvernement depuis les fronts militaires, paramilitaires, judiciaires, agraires et d’environnement. Un autre facteur dans cette décision est lié à la campagne de l’Armée Populaire Révolutionnaire (EPR) dans diverses régions “avec la demande juste et légitime de voir apparaître deux de leurs membres portés disparus” : “nous ne pouvons pas demander à l’EPR de déclarer une trêve pour permettre à notre délégation de traverser des territoires où ils maintiennent une présence”.
En réponse, l’EPR a affirmé que l’EZLN n’aurait aucune responsabilité dans toute action qui pourrait être réalisé durant les jours suivants dans le cadre de la campagne qu’ils mènent pour demander la présentation en vie de deux de ses militants disparus à Oaxaca depuis mai 2006. PEMEX (Pétroles Mexicains) estiment que les dommages laissés par les attentats de septembre réalisés contre des gazoducs à Veracruz et Tlaxcala, attentats dont l’EPR s’est rendue responsable, représentent une perte de plus de 3 milliards de pesos. Le Procureur Général de la République, Eduardo Medina Mora a assuré postérieurement que l’EPR est un groupe réduit et a affirmé que ses actions sont de terrorisme et de sabotage et non pas de lutte sociale. L’EPR a répondu en affirmant que les véritables “terroristes” se trouvent au gouvernement, dans la police ou dans l’oligarchie qui conduit le pays: "Il y a des personnes qui condamnent ou disqualifient notre action d’autodéfense en nous attribuant l’épithète de délinquants et de terroristes, mais ils se taisent et se maintiennent en silence face au terrorisme de l’Etat et à la façon d’agir de l’extrême droite”.

Rencontre des Peuples d'Amérique avec les Peuples d'Amérique - © SIPAZ
Du 11 au 14 octobre, dans la communauté yaqui de Vícam, Sonora, les autorités traditionnelles de la tribu yaqui de Vícam, le Congrès National Indigène (CNI) et la Commission promouvant la Sixième Déclaration de l’EZLN ont convoqué à la réalisation de la Rencontre des Peuples Indiens d’Amérique. Au départ, la possibilité de la mener a bien semblé compliquée entre les dénonciations de tentative de boycott de la part d’autorités yaquis proches du gouvernement de l’état et les dénonciations de harcèlement policière et militaire. Une semaine avant cet évènement, la délégation zapatiste a été arrêtée dans un barrage militaire à Mazatlán, Sinaloa. Après cela, les commandants zapatistes sont repartis au Chiapas, laissant le sous-commandant Marcos comme l’unique représentant de l’EZLN pendant la Rencontre. Certaines délégations qui venaient pour participer à cet évènement ont dénoncé que des policiers et/ou soldats qui les ont arrêté pendant le trajet leur ont volé des aliments et graines, et qu’ils les ont traitées avec une hostilité manifeste. A l’extérieur de de Vícam une surveillance de la Police Fédérale Préventive et de la police de l’état de Sonora a été maintenue pendant la Rencontre.
Finalement, 570 délégués indigènes originaires de 12 pays américains, représentant 66 peuples autochtones ont participé à l’évènement. Juan Chávez, représentant purépecha et membre du Congrès National Indigène (CNI) a déclaré au début de l’évènement : “La réalisation de cette rencontre, dans ces terres, est en soi un message de rébellion de nos peuples en défense de la “madre tierra” (terre mère) et contre le capitalisme écocide, ethnocide et génocide, qui en ce moment prétend nous voler nos territoires, habités par les premiers habitants des nations, peuples et tribus d’Amérique et du monde”.
En octobre, plus de 100 groupes ont formé le Front National contre la Répression face à ce qu’ils signalent comme la nouvelle phase de la guerre sale contre les activistes sociaux et pour éviter un “autre bain de sang depuis les appareils répressifs de l’Etat”. Les participants de cette initiative considèrent que le modèle des tortures clandestines, la persécution et les disparitions qui a prédominé durant la décade des années 70 contre ceux qui demandaient des changements politiques et économiques.

:: DOSSIER
Oaxaca un conflit non résolu
Le 14 juin 2006, un sit in prolongé de la Section 22 du Syndicat National des Travailleurs de l’Éducation (SNTE), installé dans le centre de la ville de Oaxaca, a été violemment réprimé par des éléments des forces de sécurité publique. Suite à ces faits et à un désaccord qui allait déjà croissant dans la population, des protestations généralisées ont éclaté dans l’état de Oaxaca, avec à leur tête l’Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca (APPO). Leur principale demande était la démission du gouverneur de l’état, Ulises Ruiz Ortiz.
Le 27 octobre 2006, après un nouvel affrontement violent, le gouvernement fédéral a autorisé l’envoi de plus de 4,500 éléments de la Police Fédérale Préventive (PFP). Ils effectuèrent de nombreuses détentions qui firent l’objet de dénonciations généralisées de mauvais traitements. Un autre grand affrontement a eu lieu le 25 de novembre 2006. Il provoqua de graves dommages à des édifices publics et conduisit à la détention de plus de 149 personnes.
Du 3 au 12 août, nous avons réalisé une visite à Oaxaca qui nous a permis d’élaborer un rapport qui cherche à donner une vision de la situation actuelle dans l’état (« Oaxaca, un conflit non résolu : actualisation »). Cet article prétend résumer de même rapport.
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Le 5 août 2007, jour des élections pour le Congrès de l’état, le gouverneur de Oaxaca, Ulises Ruiz Ortiz (URO) a déclaré à la presse au moment de voter : “c’est ainsi que les citoyens décident ce qu’ils veulent, ce qu’ils soutiennent et sans doute qu’ils voteront pour la paix. […] Beaucoup disaient que le conflit allait reprendre, beaucoup disaient qu’il n’y allait pas avoir de Guelaguetza [fête populaire de Oaxaca], beaucoup disaient que les élections allaient provoquer une nouvelle situation de violence. Ce sont de pures spéculations, les habitants de Oaxaca nous sommes en paix.” Cependant plusieurs éléments du contexte semblent remettre en question cette affirmation.
FOTO: Policia y autobuses bloqueados en la calle - © Oaxaca en Pie de Lucha
Sur les faits du 16 juillet
Le 19 juillet , le Réseau de Oaxaca des Droits humains (RODH) dénonçait : “Le conflit commencé l’an dernier se maintient, Oaxaca N’EST PAS EN PAIX comme le gouvernement de l’état l’affirme et le diffuse dans tous les médias ” (1)
Antécédents
Plusieurs semaines avant l’affrontement, différents évènements permettaient d’entrevoir le risque d’une confrontation violente de ce type. Le 14 juin 2007, une manifestation a été réalisée en commémoration de l’opération policière qui avait dissous de manière violente la protestation des enseignants un an auparavant. Des milliers de personnes participèrent à cette marche, prouvant l’actualité des demandes sociales qui avaient mobilisé une grande partie de la population de Oaxaca. A partir du 18 juin, un sit in représentatif permanent fut à nouveau installé dans le centre-ville de Oaxaca.
Le 21 Juin, l’APPO s’est déclaré en état d’alerte et a dénoncé “la recrudescence de la guerre de basse intensité qu’Ulises Ruiz mène contre le peuple de Oaxaca”. Le 27 Juin, une table de négociation a été installée entre le syndicat des enseignants, l’APPO et le Secrétaire Général du Gouvernement de Oaxaca, Manuel García Corpus. Les thèmes abordés au cours des semaines suivantes furent la révision de la situation juridique des prisonniers et des détenus qui sortirent en liberté sous caution ainsi que la suspension définitive des mandats d’arrêt existants.
Le 12 Juillet, l’Assemblée générale du Syndicat des enseignants de Oaxaca s’est réunie et a décidé de boycotter la Guelaguetza Officielle et d’organiser à sa place une “Guelaguetza Populaire”.
Le témoignage d’un représentant de la COFADAPPO (Comité de Familiares y Amigos de los Desaparecidos, Asesinados y Presos Políticos de Oaxaca) peut nous aider à comprendre ce qui était en jeu pour le mouvement social: “de manière traditionnelle, les lundis de la Guelaguetza étaient des moments à passer ensemble à la montagne [colline de la ville de Oaxaca]. Chaque peuple de l’état arrivait avec ses produits et danses traditionnelles. Mais le gouvernement a commencé à commercialiser cet évènement en vendant l’entrée à 500 pesos (un peu moins que 50US$). La fête a fini par perdre son sens originel. Ceux qui venaient étaient désormais des groupes professionnels de danse et non plus les peuples de l’état. (…) Ce fut un vol éhonté du gouvernement. Personne ne sait ce qu’il advient de cet argent. C’est plutôt la caisse d’épargne de chaque gouvernement”.
De son côté, un membre de la Section 22 expliquait : “De la part du syndicat des enseignants, l’idée était de boycotter la Guelaguetza en réalisant un évènement, une fête qui montrerait la force que le mouvement a encore. La première intention était d’organiser la fête sur la colline “Cerro del Fortín”, et si ça n’était pas possible, à un autre endroit où nous serions en sécurité. Nous ne voulions plus de morts, ni de détenus”.
Le 13 Juillet, la Présidente Nationale du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI, le parti du gouverneur), Beatriz Paredes, a réalisé un “meeting” en présence de tous les candidats aux législatives et de militants de son parti dans l’“Auditoire Guelaguetza” située justement sur la colline ‘Cerro del Fortín’. A partir de ce moment, diverses forces policières ont commencé à assiéger cette colline.

Fête de la Calenda, 15 juillet
(Source: Oaxaca en Pie de Lucha)
Les faits
Le 16 juillet, de nombreux manifestants sont partis de la place principale de la Ville de Oaxaca en direction de la colline “Cerro del Fortín”. Quand ils sont arrivés près de l’Auditoire Guelaguetza, plusieurs files de policiers protégeaient son entrée.
Sergio Segreste, Secrétaire de Protection Citoyenne, nous a expliqué la présence de ce dispositif en ces termes : “Une opération de sécurité a été mise en place pour protéger le Forum Guelaguetza. Oaxaca vit exclusivement du tourisme et de l’argent qu’envoient les émigrés. Il n’y a pas d’industrie. La Guelaguetza est une opportunité importante. L’an dernier, elle avait été suspendue. (…) D’un autre côté, il y avait le thème du boycott et la réalisation de la Guelaguetza populaire. Nous avons réalisé une tâche dissuasive plus que préventive ”.
Selon certains témoignages, l’ambiance à ce moment là était encore à la fête. Une négociation fut tentée pour permettre l’accès des manifestants au ‘Cerro’, mais les policiers ont continué à leur empêcher le passage. La pression allait croissant au milieu des slogans: “Au Fortín, au Fortín, nous allons tous au Fortín”, “Ulises, comprends-le, la Guelaguetza ne se vend pas”. Les versions à partir de ce moment là sont contradictoires.
Un des incendies du 16 juillet à Oaxaca - Source: Oaxaca en Pie de Lucha
La version officielle affirme que l’agression a commencé du côté des manifestants. Selon Sergio Segreste, Secrétaire de Protection Citoyenne, présent au Cerro del Fortín ce jour là : “on nous lança un château de pétards pour rompre le siège de sécurité. (…) Nous avons repoussé l’agression. Elle s’est faite plus violente. (…) Le siège a avancé. Au croisement où se trouvent les feux, un bus a heurté contre un commerce. Ils ont séquestré 6 bus et une camionnette de l’hôtel. Les commandants de la police avaient reçu les instructions d’arrêter, soumettre et remettre. Probablement y eut-il des excès. J’ai vu beaucoup de colère, beaucoup de violence qui ont provoqué des réactions humaines de la part des policiers. ”.

Du côté des manifestants, il existe plusieurs versions, la plupart d’entre elles reconnaissant qu’entre autant de tension, colère et confusion, n’importe quel acte de la part d’infiltrés ou de la police aurait suffi pour activer la violence.
Le bilan
Cet affrontement violent a laissé un bilan de pour le moins 60 personnes blessés des deux côtés (15 étaient des policiers). Deux personnes gravement blessées ont été hospitalisées. 42 personnes ont été arrêtées, certaines d’entre loin ou longtemps après les faits. Parmi les 42 détenus il y avait 6 mineurs qui sortirent le jour suivant sous la tutelle de leurs parents.
En interview avec le SIPAZ pendant cette visite, le Procureur de Justice de l’état de Oaxaca, Evencio Nicolás Martínez Ramírez, a exprimé en ce qui concerne les détentions: “Nous avons trouvé toute une caisse de sodas qui contenaient des cocktails molotov. Las détentions ont été réalisées en flagrant délit. Les adolescents ont incendié un édifice de l’hôtel, un négoce a été endommagé. C’est pour cela qu’ils ont été arrêtés. (…) La police a repoussé l’agression [des manifestants]. Bien sur que nous nous opposons aux excès. Mais nous sommes des êtres humains. Le fait d’être policier ne nous prive pas de droits humains”.
Indépendamment de la présence ou pas de délits (et il faudra encore confirmer que les personnes détenues en sont les responsables), en termes de droits humains, le bilan de la répression reste préoccupant. Qui plus est, de nombreuses photos de l’affrontement laissent plusieurs questions sans réponse. Par exemple, sur les photos des personnes détenues et au départ conduites au parking de l’auditoire, au lieu du Ministère Public, on peut voir des détenus à genoux, avec les yeux bandés, sans chaussures et évidemment humiliés. Dans des cas concrets, comme celui d’Hemeterio Marino Cruz (hospitalisé et blessé grave, voir la section sur la situation des droits humains de ce même rapport), que s’est-il passé pour qu’il apparaisse avec autant de blessures quelques heures après s’être rendu sans se battre au moment de la détention?
Une semaine après l’affrontement, la “Guelaguetza officielle” a été organisée au milieu d’un fort dispositif policier. “La Guelaguetza officielle a été un échec. Ceux qui sont allés à l’Auditoire Guelaguetza, qui n’est pas d’Ulises, mais du peuple, étaient des policiers et des personnes payées pour”, a assuré Erangelio Mendoza, conseiller de l’APPO.
Emeterio Marino Cruz au moment de son arrestation - © Difusión Emeterio Marino Cruz
“Crise institutionnelle à Oaxaca” ?
Le bulletin de la RODH sur les faits du 16 juillet mentionné auparavant soulignait : “Il est important de souligner que la violence à nouveau présente est due au fait que le conflit n’est pas résolu, qu’il n’y a pas de réponses aux demandes sociales qui l’ont occasionné, au contraire.”
Marcos Leyva d’EDUCA souligne de son côté : “Au cours des 3 dernières années (2004-2007), Oaxaca a vécu une situation institutionnelle de crise sévère qui a conduit l’état à une urgence sociale et politique”. La situation s’est aggravée en 2006 suite à la crise politique postérieure au 14 juin, vu qu’une plus grande polarisation des positions politiques s’est générée autour du conflit ainsi que suite au bilan de la violence liée au dit conflit.
Alma Soto, du ‘Comité 25 Novembre’, ajoute : “A Oaxaca, il n’existe pas un Etat de droit. Depuis le 14 juin dernier, plusieurs affrontements se sont présentés (..). Durant cette période, 600 personnes ont été détenues de manière arbitraire et illégale par des corps policiers, parapoliciers et militaires, de 4 à 6 heures après les affrontements. Elles ont été transférées dans des zones militaires. On a maintenu les détenus dans une situation de non-communication totale et par la suite il a été difficile d’avoir accès aux causes pénales pour les membres de la famille et les avocats. Il existe un manque de sécurité pour les avocats et les défenseurs, sans garantie pour eux de pouvoir entrer dans les prisons ou d’avoir accès aux dossiers judiciaires”.
Emeterio Marino Cruz, quelques jours après la manifestation - © Difusión Emeterio Marino Cruz
De nombreuses organisations des droits humains nationales et internationales ont dénoncé de graves violations des droits humains de citoyens mexicains et d’autres nationalités. Selon ces sources, les principaux responsables de ces abus ont été des agents de la police municipale, étatique et fédérale, et dans de nombreux cas des éléments de la police sans uniformes ou des groupes de personnes armées coordonnés, apparemment, avec les forces de sécurité (voir la partie sur les Droits Humains du Rapport de SIPAZ).

Un journaliste blessé
(© Oaxaca en Pie de Lucha)
Sur les élections
Août : élections pour le Congrès de l’état
Les élections du 5 août se sont réalisées dans un contexte de relative tranquillité, bien plus en tous les cas que ce que le contexte préélectoral ne permettait d’espérer. Dans une Déclaration Publique, le syndicat des enseignants a dénoncé : “Ulises Ruiz Ortiz a organisé des élections d’Etat, ce qui explique les raisons pour lesquelles il a réprimé les manifestations avec autant d’acharnement, ceci afin de démobiliser la citoyenneté, (…) d’induire le vote dans un contexte de peur et garantir le vote dur de son parti, ainsi que pour diminuer le vote de rejet à son encontre”. Les partis d’opposition, ont également dénoncé que les vieilles pratiques du PRI comme la pression pour voter, l’achat de votes et le fait de conduire les électeurs sur les lieux de vote se maintiennent.
98,97% des urnes (d’un total de 4574) ont été installées. Le grand vainqueur de ces élections a cependant été l’abstentionnisme. Plus d’un million 500 mille personnes (70% des électeurs) ont préféré ne pas aller voter. Le PRI maintient la majorité au sein du Congrès, ce qui contribue à une plus grande stabilité pour le gouvernement d’Ulises Ruiz pour les 3 prochaines années. Du côté de la protestation sociale, on craint que le gouvernement d’Ulises Ruiz ne puisse profiter de cette situation pour se venger, en réprimant les communautés qui se sont rebellées contre le pouvoir exécutif.
Comment interpréter le fait que le PRI continue à gagner en dépit du mécontentement social et même si les pourcentages réels de participation sont très bas ? Selon Marcos Leyva d’EDUCA, “Les partis politiques n’ont pas été capables d’interpréter ce que le mouvement social a signifié. Le PRD (Parti de la Révolution Démocratique, de gauche) a joué et maintient un rôle ambigu. C’est quelque chose qui a eu un impact sur les gens. Si tu veux t’assurer que nous n’aurons pas un congrès dominé par le PRI, tu vérifies la liste de la Coalition pour le Bien de Tous et tu y trouveras beaucoup de personnes du PRI”.
Octobre : Élections municipales
Le processus pour élire 152 maires par la voie des partis politiques (des 570 municipalités qui forment l’état, les autres élisant leurs autorités par us et coutumes) s’est donné dans le cadre d’une forte tension politique, avec plusieurs affrontements (certains impliquant des armes à feu) qui ont impliqué un bilan de 13 blessés. Dans la municipalité de Santiago Laollago, les élections n’ont pas pu être réalisées. On a reçu de nombreuses dénonciations pour achat de votes, pressions pour voter et le transport d’électeurs sur les lieux de vote, principalement contre le PRI . De manière similaire aux élections pour le Congrès de l’état, l’abstention a été relativement élevé (plus de 45%). Le PRI a gagné 90 des 151 mairies en jeu.
Le mouvement social
L’APPO
Au cours des derniers mois, selon ce que nous en ont dit ses propres membres, l’APPO a souffert une certaine dispersion, en partie du fait des conséquences de la répression et en partie suite aux différences idéologiques qui existaient à l’intérieur de l’Assemblée depuis le départ et qui avaient été dépassées à un moment donné quand tous ces membres s’organisèrent autour d’une demande conjointe : la démission du gouverneur Ulises Ruiz.
D’un autre côté, les critiques signalant la corruption ou les erreurs des dirigeants se sont multipliées. Selon un membre de VOCAL (Voix de Oaxaca construisant l’Autonomie et la Liberté), “les gens sont fatigués des “représentants”. Ils avaient à nouveau placé leur espoir dans les dirigeants. Mais aujourd’hui quand les manifestations terminent, ils ne restent pas pour écouter les discours”.
Même s’il est difficile de penser en termes de scénarios face à la complexité acquise par le conflit, Marcos Leyva d’EDUCA nous disait : “Nous avons vu l’APPO comme une instance d'organisation avec ses 252 conseillers. Mais l’APPO n’est pas une structure formelle. Cependant il y a des choses qui restent : l’esprit, le virus de l’APPO (…) il y a comme un éveil. Les gens ne veulent plus se taire ou supporter n’importe quoi. (…) L’apport de l’APPO est là. Comme expression organisation, il va falloir beaucoup de créativité pour la maintenir. Il existe de nombreuses menaces depuis l’extérieur”.
Le syndicat des enseignants
Le syndicat des enseignants traverse également un moment critique. Son principal dirigeant, Pacheco Rueda, qui avait été fortement critiqué pour son rôle lors des négociations l’an dernier a disparu de la scène politique. De nouvelles élections internes n’ont pas encore été organisées. La Section 22 a été la colonne vertébrale de l’APPO et ce qui a donné une structure au mouvement populaire. Une des questions est de savoir si elle va vouloir continuer à jouer ce rôle en particulier désormais, quand elle a obtenu plus d’avantages que jamais auparavant pour le syndicat des enseignants.
Marcos Leyva nous a partagé son point de vue : “Il y a eu une forte usure à l’intérieur du syndicat. La Section 22 avait l’habitude d’obtenir gain de cause en ce qui concerne ses demandes en appliquant le modèle 'mobilisation-négociation-mobilisation'. Ils ne veulent pas perdre la possibilité de négocier. Le fait de devoir jouer un rôle d’avant-garde a été quelque chose de difficile à assumer”.
EPR et option armée
En juillet 2007, l’Armée Populaire Révolutionnaire (EPR, groupe armé qui est apparu au Mexique en 1996) s’est rendue responsable de 8 explosions dans des conduits de Pétroles Mexicains (Pemex) situés à Guanajuato et Querétaro. Ils ont expliqué qu’elles font partie d’une campagne de harcèlement contre le gouvernement de Felipe Calderón et ont exigé de voir réapparaître en vie deux de ses membres (Edmundo Reyes Amaya y Gabriel Alberto Cruz Sánchez) disparus en Oaxaca depuis mai 2007. Postérieurement, l’EPR a revendiqué l’explosion d’une bombe qui a eu lieu à l’aube du 1er août dans un centre commercial situé dans la Ville de Oaxaca, et a averti qu’elle était prête "à continuer" sa campagne.
De nombreux acteurs interviewés ont souligné le fait que l’EPR avait surtout été utilisée comme un écran de fumée de la part du gouvernement, en particulier en périodes électorales. Sergio Beltran de Unitierra nous commentait par exemple: “Sans doute qu’il existe encore des blocs qui appartenaient au Parti Démocratique Populaire Révolutionnaire (PROCUP). Après la mort de Lucio Cabañas, il est possible que l’EPR ait réussi à réunir plusieurs cellules qui étaient plus ou moins dissoutes. (…) Dans l’immédiat, c’est quelque chose d’utile à Ulises Ruiz pour pouvoir faire pression sur le pouvoir fédéral afin qu’il intervienne”.
Marcos Leyva d’EDUCA disait de son côté : “L’EPR existe et maintient une forte présence. (…) Nous entrons là dans le monde de la gauche souterraine où il se donne des alliances tactiques qui permettraient de mener une guerre populaire prolongée. Dans les barricades on a pu voir des actions qui te permettent de conclure que ce sont des choses qu’ils n’ont pas apprises du jour au lendemain. Il y a des gens formés. C’est un facteur qu’il faut prendre en compte. Le PROCUP et l’EPR ont eu une présence éminente à Oaxaca”.
Il a été signalé de manière répétée combien la fermeture de voies de dialogue et négociation pourrait pousser les mouvements sociaux à radicaliser leurs formes de lutte. Un article de Gustavo Esteva “Dénuder la vérité” (juillet 2007) illustre clairement ce point(2): "Dans un climat comme celui-ci, quand les gens se sentent épuisés par ces processus démocratiques interminables, uniquement pour qu’on les humilie à la fin, qu’est-ce qu’on suppose qu’ils doivent faire? Bien sur il ne s’agit pas de faire en sorte que les options soient binaires: violence ou non violence... Mais quand les gens décident d’utiliser la violence parce que toutes les autres options ont abouti à la désespérance, devons-nous les condamner?..."
Au milieu d’autant de tension, un acte spontané du 16 juillet dernier mérite d’être souligné : en dépit de la répression, une quarantaine de personnes se sont assisses et se sont maintenues immobiles dans le cadre d’une action non violente de résistance civile. Après une heure, la police s’est retirée. Un des participants partage ce témoignage: “Je m’arrête pour regarder ce qu’il se passe en bas de la rue, assis sur le goudron avec les yeux qui piquent et une ardeur dans la gorge, derrière moi, on entend des bruits de tôle et de bottes. Mais mon attention se centre quatre rues plus bas : elles sont bloquées par une multitude de personnes qui observent surprises et effrayées comment nous sommes assis et comment nous empêchons le passage des policiers. Soudain quelqu’un commente, "ils s’en vont " et à la différence des combats antérieurs on n’entend aucun juron. Comme dans les films, la pluie commence à tomber; encore en silence, je me lève et je pense que, cette fois-ci, nous avons gagné la bataille”.(3)
- Bulletin de la RODH

- Article de Gustavo Esteva

- Témoignage


:: ACTIVITES DU SIPAZ
D’août à la mi-octobre 2007
PRESENCE INTERNATIONALE ET ACCOMPAGENEMENT
SITUATION DES DEFENSEURS DES DROITS HUMAINS
Les 14 et 15 août, nous avons participé à un atelier sur le thème « Analyse des risques et mesures de protection pour les défenseurs des droits humains organisé par l’organisation Conseil en Projets.
CHIAPAS
Zone Nord
En octobre, avant, pendant et après les élections, nous avons visité plusieurs villages et villes de la zone Nord du Chiapas pour nous entretenir avec différents acteurs de la région : dirigeants de différents groupes politiques, instances de gouvernement, membres d’églises, bases de soutien zapatistes, des organisations paysannes et sociales. Nous avons également visité Choles de Tumbalá, près de Palenque, une communauté zapatiste déplacée pendant trois mois en 2006 après une expulsion violente.
Hauts Plateaux
Le 29 septembre, nous avons assisté à l’inauguration du marché public autonome “1er janvier” à San Andrés Sakamch’en de los Pobres. En dépit des dénonciations de menaces contre le Conseil autonome quelques jours avant cet évènement, des milliers de personnes de la zone ont pris part à la célébration.
Forêt Lacandone
- Le 8 août, nous avons assisté au Forum contre la Répression réalisé dans la communauté El Carrizal, municipalité d’Ocosingo avec la participation de représentants d’organisations appartenant au Front National de Lutte pour le Socialisme (FNLS) de Chiapas, Oaxaca, Hidalgo, San Luís Potosí, Veracruz et Michoacán.
- Le 6 septembre, nous avons accompagné le transfert des familles de Nuevo San Manuel et de Buen Samaritano (Montes Azules), qui avaient été expulsés de leurs communautés le 18 août dernier.
- En octobre, nous avons interviewé plusieurs organisations non gouvernementales, religieuses et sociales à Ocosingo, Chilón, Bachajón et Yajalón.
Caracoles/Autre Campagne
- Nous avons visité au moins une fois 3 des 5 “Caracoles” (structures autonomes régionales zapatistes).
- En octobre, nous avons été présents comme observateurs lors de la Première Rencontre des Peuples Indiens d’Amérique, réalisée en territoire yaqui, à Vicam, Sonora (au nord du Mexique).
OAXACA
En août, nous avons réalisé une visite de 10 jours à Oaxaca autour des dates des élections pour le congrès de l’état. Nous avons organisé plusieurs organisations sociales, ONG et autorités gouvernementales (voir le rapport “Actualisation, un conflit non résolu : la situation sociopolitique et les violations des droits humains à Oaxaca” ). Nous avons également visité David Venegas et Adán Mejía dans la prison d’Ixcotel.
GUERRERO
Nous avons actualisé la section Guerrero dans notre page Web
INFORMATION
- Nous avons reçu des visites, des délégations (par exemple de Chiapas Peace House Project ou Unitierra Oaxaca), des étudiants et journalistes pour leur faire connaître le contexte du Chiapas et le travail de SIPAZ.
- En août, nous avons assisté à un atelier sur l’Alliance pour la Sécurité et la Prospérité d’Amérique du Nord (ASPAN), convoqué par le Centre d’Investigations Economiques et Politiques pour l’Action Communautaire (CIEPAC) et le Réseau Mexicaine d’Action face au Libre Commerce (RMALC).
- En août, nous avons commencé à co-convoquer avec le CIEPAC et le Réseau des Défenseurs Communautaires l’espace mensuel de réflexion, analyse, débat, apports et idées de A Voix Haute.
PROMOTION DE PAIX
EDUCATION POUR LA PAIX
- En septembre, nous avons participé à un espace œcuménique de prière et de réflexion convoqué par le Groupe œcuménique d’Analyse de la Réalité (GEACR) dont nous faisons partie.
- Nous avons animé plusieurs ateliers portant sur le thème de la transformation des conflits avec le DESMI (Développement Economique et Social des Indiens Mexicains).
- En août, à San Cristóbal de Las Casas, nous avons nous avons animé un diplôme de 5 jours “Ministères de Constructeurs de Paix en contextes de violence” convoqué par le Séminaire Interculturel Maya.
ARTICULATION
- Nous continuons de participer aux réunions mensuelles du Réseau pour la Paix, un espace d’action et de réflexion qui rassemble 16 organisations qui cherchent à accompagner les processus de paix et de réconciliation au Chiapas.
- Le 16 août, nous avons convoqué avec le Collectif Ik une réunion d’organisations qui travaillent avec des prisonniers durant laquelle les participants échangèrent des informations et actions, et ils analysèrent la problématique.

:: Nouveaux documents en ligne

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