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:: Bulletin du SIPAZ Vol. XII nº 1, Mars 2007

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Mexique – Nouveaux gouvernements,
vieux problèmes

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Chiapas, en route vers le Nord…

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:: ACTUALITÉ

Nouveaux gouvernements, vieux problèmes.

Toma de posesión de Felipe Calderón

Ces derniers mois ont coïncidé avec les premiers mois  du gouvernement de Felipe Calderón, comme président de la République, et de celui de Juan Sabines, comme gouverneur de l’état du Chiapas. Le 1er décembre, Felipe Calderón a prêté serment devant un Congrès divisé, au milieu d’un fort dispositif de sécurité et au cours d’une cérémonie durant laquelle les bagarres n’ont pas manqué entre les députés. Les premières mesures prises par son gouvernement permettent d’anticiper ce que pourraient être les lignes de son gouvernement face aux thèmes les plus brûlants de  l’actualité.

Lutte contre le trafic de drogues aux mains de l’armée

Calderón en un Acto Oficial con el Ejército (Foto: Presidencia de la República - México)

Dans le cadre de la lutte contre la délinquance (particulièrement le crime organisé et le trafic de drogues), le gouvernement a présenté plusieurs initiatives qui cherchent à récupérer la confiance dans les forces de sécurité et à permettre une plus grande coordination entre les diverses entités publiques qui participent à la réalisation de ces tâches. Entre autres mesures, 10 000 membres de l’armée sont passés à la Police Fédérale Préventive. De plus, des opérations militaires de grande envergure ont été réalisées contre le crime organisé. Les critiques n’ont pas manqué : quant à leur véritable efficacité au delà de leur impact dans les médias d’une part, et quant à la possibilité qu’il ne s’agisse que d’un prétexte pour militariser le pays. Les multiples apparitions de Calderón durant des actes militaires (y compris en portant lui-même une tenue militaire) ont également été remises en question dans la mesure où elles semblent marquer une proximité excessive avec les forces armées. Calderón s’est aussi engagé à augmenter le salaire des troupes. Le 19 janvier, plusieurs « capos » de la drogue qui avaient des procès en cours au Mexique ont été extradés aux Etats Unis. Cette décision a été justifiée par Calderón comme étant nécessaire du fait de la vulnérabilité des juges mexicains, souvent menacés de mort et, certains même assassinés. Les critiques se sont centrées sur le caractère anticonstitutionnel de cette mesure (étant donné que les garanties des personnes extradées n’ont pas été préservées) ainsi que sur le fait que ceci implique une reconnaissance de l’extrême débilité des institutions du pays. La violence associée au trafic de drogues est l’un des problèmes les plus urgents du pays : durant le gouvernement de Vicente Fox (2000-2006) il s’est produit une moyenne de 1,500 homicides annuels(1).

Politiques économiques

La oposición y diversos movimientos sociales especulan sobre la posible privatización de las empresas públicas del sector energético (Petróleos Mexicanos -PEMEX- y Comisión Federal de Electricidad -CFE-), negada por Calderón. Cabe recordar que los beneficios derivados del petróleo suponen el 33% del presupuesto nacional.

L’opposition et divers mouvements sociaux ont spéculé sur la possible privatisation des entreprises publiques du secteur énergétique (Pétroles Mexicains -PEMEX- et la Commission Fédérale d’Electricité -CFE-), une possibilité niée par Calderón. Il faut rappeler que les bénéfices dérivant du pétrole représentent 33% du budget national mexicain.

En ce qui concerne les politiques contre la pauvreté, on prévoit une continuité par rapport à celles mises en place par le gouvernement de Fox, ceci bien que Calderón reconnaisse certaines erreurs de la part de celui-ci. Une des nouveautés tient au fait que le programme d’assistance appelé Opportunités, emblématique du dernier sexennat, sera lié à des projets productifs et promouvra les micro entreprises. La Banque Mondiale a signalé dans son dernier rapport que 19% des mexicains vivent dans une situation d’extrême pauvreté. Diverses ONG et mouvements critiques dénoncent le fait que les dépenses en matière sociale se réduisent visiblement dans le nouveau budget fédéral. Le prix de divers produits de base a augmenté et, en janvier, on a observé une dramatique augmentation du prix de la tortilla (galette de maïs) qui est le centre de l’alimentation des familles mexicaines. Il est passé de 6 pesos (un peu moins de 50 centimes d’Euro) à 10 pesos le kilo, ceci alors que le salaire minimum par jour est d’environ 50 pesos. Des experts de l’Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM) ont affirmé que cette augmentation affecte particulièrement les familles les plus pauvres (19 millions de personnes), dont les revenus sont inférieurs à 50 pesos par jour et dont l’alimentation se limite presque exclusivement à ce produit(2).

Droits humains

En ce qui concerne les violations des droits humains, particulièrement graves en 2006 durant les opérations policières contre les mobilisations sociales à Oaxaca et à Atenco, diverses ONG ont exprimé leurs craintes que le nouveau président ne cherche à mettre en place une politique de “main de fer”. Il existe plusieurs indicateurs préoccupants en ce sens : la détention des leaders de l’Assemblée Populaire des Peuples du Oaxaca (APPO) peu de jours après la prise de fonction de Calderón ;  la nomination de Ramírez Acuña comme Ministre de l’Intérieur (celui-ci est accusé par des organismes de droits humains d’être le responsable direct –à ce moment-là comme gouverneur de Jalisco- de plusieurs cas de torture et de détentions illégales lors de la répression policière contre les manifestants durant le Sommet de chefs d’Etat réalisé à Guadalajara en 2004) ; ainsi que le projet de réformes légales qui permettront de réaliser des détentions, violations de domicile, fouilles, interventions téléphoniques et gardes à vue sans autorisation judiciaire.

Calderón en un Acto Oficial con el Ejército (Foto: Presidencia de la República - México)Selon les termes de Calderón: “parfois, se présenter devant une autorité judiciaire rend l’investigation plus difficile”. Certaines déclarations de Felipe Calderón peuvent sembler contradictoires. D’un côté il affirme : “Je ne crois pas en la main de fer qui à une connotation de méconnaissance des les droits humains ”, et, d’un autre, “nous sommes décidés à ne pas tolérer des défis à l’autorité de l’Etat”. A la fin janvier, Amnistie Internationale (AI) a dénoncé que Calderón “n’a pas rendu publique la manière selon laquelle il va faire honneur à ses engagements internationaux en matière de droits humains”. Selon AI, le nouveau gouvernement "n’a pas une vision de protection des droits humains et il n’aborde pas les déficiences structurelles de l’administration de justice et de la sécurité publique".

Le 8 mars, la Journée Internationale de la Femme a été célébrée. Le représentant des Nations Unies au Mexique a profité de cette date pour rendre publics des chiffres préoccupants quant à la situation de la violence contre les femmes: actuellement une femme sur cinq souffre de violence de la part de son conjoint et trois sur 5 ont souffert ce même type de violence au moins une fois dans leur vie(3). Ce même jour, Amnistie Internationale a publié un rapport dans lequel elle signale qu’au Mexique il existe un taux très préoccupant de violence sexuelle exercée par des fonctionnaires qui abusent sexuellement de femmes (particulièrement indigènes), ceci dans une situation d’impunité totale(4).

La migration est un autre thème urgent au Mexique depuis un double point de vue : d’un côté, le manque d’alternatives économiques oblige un nombre de personnes toujours plus important à abandonner le pays en quête d’un emploi. D’un autre, le Mexique reçoit des milliers d’émigrés d’Amérique Centrale en route vers les Etats-Unis. Bien que l’église catholique et plusieurs ONG réclament la protection de ces personnes en situation de grande vulnérabilité, plusieurs facteurs permettent de penser que la persécution de personnes sans papiers pourrait s’accroître. Ce thème est également abordé dans le dossier de ce bulletin.

Le 6 mars, le Sénat de la République a approuvé à l’unanimité la dépénalisation des délits de diffamation, calomnie et injures, ce qui, selon plusieurs moyens de communication, constitue une avancée indiscutable en matière de liberté d’expression. Cependant, au Chiapas, la loi appelée ‘Ley mordaza’ (littéralement “bâillon”) est en vigueur depuis 2004 : elle pénalise les délits de diffamation et de calomnie avec les peines de prison les plus élevées de toute l’Amérique Latine et est considérée comme une grave attaque à la liberté de la presse(5). Juan Sabines, le nouveau gouverneur du Chiapas s’est engagé à la réformer durant sa campagne.

L’opposition suit son chemin

Andrés Manuel López Obrador (AMLO, ex candidat à la présidence en juillet 2006) a été nommé “président légitime” par la Convention Nationale Démocratique, en présence de centaines de milliers de personnes réunies à cette fin le 20 novembre sur la place principale de la Ville de Mexico. Il s’est refusé à reconnaître le gouvernement de Calderón. En février, AMLO s’est déclaré “récupéré” du “coup” représenté par ce qu’il signale comme fraude électorale avait signifié pour lui. Actuellement, il réalise une tournée pour visiter toutes les municipalités du pays, en centrant son discours sur le rejet de la privatisation du secteur énergétique (particulièrement de PEMEX), affirmant qu’il l’empêchera coûte que coûte. Il considère déjà les prochaines élections présidentielles en 2012 : “il est très important de défendre le patrimoine du pays, parce que quand ce sexennat va seterminer, nous allons recevoir une nation dans une situation désastreuse et il sera très difficile d’en sortir”.

De son côté, l’Autre Campagne, l’initiative lancée par l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) pour construire un nouveau front de gauche (en marge des partis politiques traditionnels) entre organisations de tout le pays, a terminé son parcours de près d’un an le 30 novembre, après avoir visité les 32 entités fédératives de la République. Par ailleurs, la Rencontre des Peuples Zapatistes avec les Peuples du Monde a été réalisée à Oventik, municipalité de San Andrés Larrainzar (voir article à l’intérieur de ce bulletin).

Recepción a López Obrador en Tila, Chiapas (© SIPAZ - Jon Izaguirre)

Le conflit au Oaxaca continue

Les conflits entre le mouvement populaire et les forces de sécurité se sont accrus à nouveau le 25 novembre, quand des agents de la PFP ont affronté des membres de la APPO qui organisaient une manifestation en direction du centre historique de la ville de Oaxaca. Le bilan fut de plus de 140 blessés, 140 détenus ainsi que plusieurs autos et édifices incendiés. Plusieurs personnes détenues furent transférées dans des centres pénitenciers de Nayarit, à plusieurs milliers de kilomètres de distance de la ville de Oaxaca.

Le 4 décembre, seulement trois jours après l'entrée en fonction du président Felipe Calderón, Flavio Sosa et trois autres leaders de la APPO ont été arrêtés à Mexico (où ils se trouvaient pour négocier la reprise du dialogue avec le nouveau gouvernement). Ils sont accusés des délits de sédition, attaques aux voies générales de communication et incitation à la violence. Ils ont été incarcérés dans un établissement pénal de haute sécurité dans l’état de Mexico à la demande du gouverneur de Oaxaca, Ulises Ruiz, qui considère ces leaders comme des "délinquants hautement dangereux ".

Le 16 décembre, la PFP s’est retirée du centre historique de la ville de Oaxaca et le lendemain, 43 des personnes détenues à Nayarit ont été libérées. Durant les semaines suivante, la APPO a concentré ses mobilisations autour de l’exigence de la libération des personnes détenues, organisant plusieurs sit in devant les prisons, l’un d’entre eux ayant été expulsé de manière violente.

Le 18 décembre, la Commission Nationale des Droits Humains (organisme public autonome) a présenté son rapport préliminaire sur les faits de violence à Oaxaca avec le bilan suivant (depuis juin): 349 personnes détenues, 370 blessés et 20 morts. En janvier, la Commission Civile Internationale d’Observation des Droits Humains (CCIODH) a présenté son rapport(6), dans lequel elle constate l’existence d’une stratégie gouvernementale qui prétend terroriser la population et éviter la consolidation de la mobilisation populaire. Cette stratégie, qui selon elle, a laissé de graves séquelles parmi les habitants de Oaxaca, a impliqué de graves violations des droits humains parmi lesquelles 20 exécutions extrajudiciaires. La directrice des droits humains du Ministère de l’Intérieur a rejeté la crédibilité de ce dernier rapport et de la même CCIODH (“elle n’a pas la respectabilité d’autres organisations comme Amnistie Internationale”). Plus tard, le Ministère a nuancé ses déclarations et s’est montré prêt à analyser le rapport et à dialoguer avec la CCIODH.

En janvier, le dialogue entre la APPO et le gouvernement fédéral a été suspendu, laissant la possibilité d’une solution négociée du conflit dans une grande incertitude. Plusieurs députés du Parti de la Révolution Démocratique (PRD, parti de gauche) se sont engagés à dénoncer le gouverneur Ulises Ruiz auprès de la Cour Pénale Internationale pour crimes contre l’humanité commis au cours des derniers mois.

Sabines, nouveau gouverneur du Chiapas

Juan Sabines y Felipe Calderón (Foto: Presidencia de la República - México)

En décembre, Juan Sabines Guerrero a prêté serment comme nouveau gouverneur du Chiapas. Il a été élu comme candidat de la Coalition pour le Bien de Tous (qui inclue les partis de gauche: PRD, Parti du Travail-PT- et Convergence)  quand peu de temps avant il était maire de la capitale, Tuxtla Gutiérrez, pour le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI). Une des premières mesures prises a été l’installation d’une Commission Spéciale “qui s’occupe des demandes des divers groupes civils et paysans qui pendant plusieurs années ont été abandonnées, afin de réviser la situation légale dans laquelle se trouvent diverses personnes qui ont été privées de leur liberté pour purger une sentence pénale”, ceci afin de favoriser la réconciliation. Tout cela, “sans douter des raisons et circonstances en fonction desquelles la justice du Chiapas a dicté la sentence”. L’ambiguïté de la rédaction de ce communiqué a généré des doutes et préoccupations dans une bonne partie des organisations civiles et sociales au Chiapas, en particulier autour de deux points : en premier lieu, la possibilité qu’il ne s’agisse que d’une stratégie de propagande politique qui ne passe pas par une révision du système pénal et de la justice dans cet état ; et, en second lieu, la crainte que les prisonniers de “Paix et Justice” (groupe accusé d’être paramilitaire, particulièrement actif entre 1995 et 2000) ne soient libérés.De fait, les dirigeants de Paix et Justice qui se trouvent reclus dans la prison de “El Amate”, au Chiapas, ont demandé dans une lettre publique le 15 février à être inclus dans cette amnistie et ont montré leur "approbation face à la bonne volonté (du gouvernement), en promouvant une loi d’amnistie, dont nous bénéficions, nous les membres de différentes organisations sociales qui se trouvent en situation de réclusion"(7).

Les conflits continuent

Le conflit le plus violent au cours des derniers mois s'est produit dans la municipalité de Ocosingo, lorsque des centaines de personnes (y compris des paysans appartenant à la Communauté Lacandone et des personnes en uniforme) ont attaqué 17 familles appartenant au village de Viejo Velasco Suárez, dans la Forêt Lacandone.Cette agression, qui s’est passée au milieu d’une grande confusion quant au nombre de victimes et leur possible appartenance à l’EZLN a eu un bilan de 4 morts (parmi lesquels une femme enceinte) et 4 personnes disparues (possiblement exécutées). Amnistie Internationale a critiqué sérieusement la réponse du gouvernement face à ces faitso(8). Le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas a souligné qu’il ne s’agit pas “d’affrontements entre membres de la communauté”, mais d’attaques réalisées avec “préméditation et la complicité des autorités, par action ou par omission, avec des groupes ayant des intérêts dans la région” dans une “logique contre-insurectionnelle”.

Un autre thème important au Chiapas est lié à l’expansion de l’Organisation pour la Défense des Droits Indigènes et Paysans (OPDDIC). Avec une base sociale qui s’accroît rapidement, il s’agit d’une organisation proche du PRI qui négocie des projets productifs et des titres de propriété pour ses membres. Plusieurs ONG, certains médias et l’EZLN ont dénoncé son caractère supposément paramilitaire et ses activités armées clandestines. La OPDDIC a émis plusieurs communiqués, se déclarant partisane des gouvernements de Juan Sabines et de Felipe Calderón et en se montrant particulièrement belliqueuse et menaçante vis-à-vis de l’EZLN. D’une part, ils exigent du gouvernement fédéral et celui du Chiapas qu’ils agissent immédiatement contre les bases de soutien zapatistes qui selon eux ont “envahi” les terres recuperées après le soulèvement armé de 1994. D’autre part, ils menacent les communautés de l’EZLN de les expulser par la force. Le fond du problème est une lutte pour les terres et le territoire. La OPDDIC a également menacé de mort plusieurs organisations et activistes de la société civile : parmi lesquels, le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de las Casas et Miguel Ángel García Aguirre (de l’organisation Maderas del Pueblo del Sureste).

Ceci n’a pas été le seul cas de harcèlement contre les organisations civiles au Chiapas. Le Centre d’Investigations Économiques et Politiques d’Action Communautaire (CIEPAC) de San Cristóbal de Las Casas a fait l’objet de harcèlement et menace de morts (lire), un cas qu’il faut ajouter à la longue liste des agressions contre des organisations des droits humains ou qui travaillent en faveur de la paix au Chiapas au cours des dernier mois.

    1. Voir La Jornada 10/1/2007 VOLVER...
    2. Voir La Jornada 10/1/2007 VOLVER...
    3. Voir La Jornada 8/3/2007 VOLVER...
    4. Rapport d’Amnistie Internationale (mars 2007) VOLVER...
    5. Article Centro Chiapas Medios Independientes VOLVER...
    6. Page Web de la CCIODH VOLVER...
    7. Voir La Jornada 16/2/2007 VOLVER...
    8. Article d’Amnistie Internationale VOLVER...

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:: ARTICLE

Oventik : Rencontre des Peuples Zapatistes avec les Peuples du Monde

”Nous rêvons aussi d’un monde meilleur, où nous vivons ensemble comme des frères. Nous ne voulons plus de morts, ni de violations. Nous voulons vivre notre vie. Que nos enfants aient un meilleur exemple de tous les pas que nous traçons”
(Groupe de Femmes, ‘Caracol’ 1, La Realidad).

© SIPAZ - Servicio Internacional para la Paz

Du 30 décembre 2006 au 2 janvier 2007, une Rencontre des Peuples Zapatistes avec les Peuples du monde a été réalisée à Oventik, au Chiapas, en présence de plus de 2000 personnes originaires de 47 pays du monde entier. Plus de 3000 bases de soutien zapatistes, des centaines de promoteurs, plus de 200 membres des 40 Conseils Municipaux Autonomes, des représentants des 5 Comités de Bon Gouvernement, tous civils, ainsi que divers membres du Commandement Général du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène étaient également présents. Durant cette Rencontre, plus que les porte-parole traditionnels de l’EZLN, on a entendu les voix d’hommes et de femmes, bases de soutien, la plupart des jeunes, qui sont les autorités des structures autonomes zapatistes.

Il faut rappeler que les communautés zapatistes ont officiellement commencé à se gouverner de manière autonome quelques mois après le soulèvement armé de l’EZLN quand celle-ci a annoncé l’instauration de 30 Municipalités Autonomes Rebelles Zapatistes, qui fonctionnent selon leurs propres formes de gouvernement et en ignorant les autorités constitutionnelles. Depuis août 2003, 5 ‘Caracoles’ (littéralement “escargots”; structures zapatistes d’autonomie à échelle régionale) et leurs Comités de Bon Gouvernement (JBG) correspondants ont commencé à fonctionner. Ceci se doit entre autres raisons au non-respect de la part du gouvernement fédéral des Accords de San Andrés portant sur les droits et la culture autochtones signés avec l’EZLN en 1996. Bien qu’une réforme constitutionnelle en matière indigène ait été approuvée en 2001, l’EZLN et d’autres organisations considèrent que celle-ci trahissait l’esprit de ces accords. Le mouvement zapatiste a opté en conséquence pour l’“autonomie par la voie des faits”, organisant sa mise en place par le biais des structures municipales et régionales mentionnées auparavant.

23 ans après la formation de l’EZLN, 13 années après son soulèvement arméet trois ans et demi après la formation des ‘Caracoles’, des représentants nommés dans chaque région ont exposé comment ils conçoivent l’autonomie et comment ils la construisent, en se référant à différents aspects comme le sont: les formes de gouvernement, l’éduction, la santé, les droits de la femme, le commerce, la communication, l’art, la culture et la terre. 

Des représentants du Caracol I, La Realidad, ont expliqué de cette manière ce qu’est l’autonomie pour les zapatistes: "...pour nous, cela signifie que le peuple décide sa façon de lutter ou de s’organiser politiquement, économiquement et socialement ; c’est le peuple qui décide sa façon de vivre en partant de sa langue et de sa culture... Notre façon de gouverner est différente de celle du ‘mauvais gouvernement’ ; eux sont un petit nombre de personnes qui décident pour tous, et le peu de personnes qui décident ne décident pas pour le bénéfice de tous ; seulement en fonction du leur". Les représentants du ‘Caracol’ V (Roberto Barrios) soulignaient de leur côté : “C’est ainsi que l’autre gouvernement a commencé, un gouvernement qui commande en obéissant, un gouvernement, du peuple et pour le peuple.”

© SIPAZ - Servicio Internacional por la Paz

Les personnes et collectifs du reste du Mexique et du monde ont aussi partagé leurs expériences de lutte et d’organisation. Pour continuer à construire ce type de relations, une Rencontre Intergalactique contre le néolibéralisme et pour l’humanité est programmée du 21 au 31 juillet 2007 dans les cinq Caracoles zapatistes.  Lors de la session portant sur le thème de l’autonomie, un représentant du Caracol II (Oventik) affirmait : “Les peuples indigènes rebelles zapatistes, nous sommes prêts à continuer notre lutte, notre résistance et notre rébellion contre la globalisation néolibérale du monde. Mais ce qui nous anime et nous encourage c’est de vous rencontrer, parce que l’unité et la globalisation de la rébellion entre les peuples du monde sont l’unique espérance que nous avons. Ceci est le chemin que nous voulons prendre, que nous voulons suivre avec vous. L’espérance d’un monde meilleur est en chacun de nous, dans chaque organisation, dans chaque peuple et dans chaque nation”.

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:: DOSSIER

Cartel colocado por la Border Patrol estadounidense (http://commons.wikimedia.org)Chiapas : En route vers le Nord...

Tous les jours, l’état du Chiapas sert de sortie, d’escale, de retour ou de destination finale de centaines de migrants. Comme il s’agit de la frontière sud du Mexique, les émigrés d’Amérique Centrale entrent et passent par-là en route vers les Etats Unis dans leur quête d’une vie meilleure. Beaucoup d’entre eux sont arrêtés par les autorités mexicaines et sont obligés de rentrer chez eux. D’autres parviennent à aller plus au Nord. Au bout du compte, une minorité parviendra à franchir la frontière avec les Etats Unis, se confrontant avec des réalités bien différentes du “rêve américain” qui les a conduit jusque là.

Un phénomène plus récent, qui s’est accru de manière exponentielle au cours des 5 dernières années, tient au fait qu’un nombre d’habitants toujours plus élevé du Chiapas commencent à partir de leurs villes et villages pour chercher un emploi dans une autre partie du Mexique ou des Etats Unis.

Emigration mexicaine vers le Nord : un phénomène qui n’est pas nouveau

Un exemple de ce fait fut le Programme “Bracero” (Manœuvres), qui a débuté en 1942 quand les Etats Unis ont invité des travailleurs mexicains à travailler dans les champs, suite au manque de main d’œuvre occasionné par la Seconde Guerre Mondiale. A la demande des agriculteurs ce programme s’est prolongé jusque dans les années 60.

“De 1942 à 1964, le Programme “Bracero” a représenté une moyenne de plus de 200,000 travailleurs annuels. La majorité des travailleurs se sont concentrés au Texas, en Californie, en Arkansas, en Arizona et au Nouveau Mexique. Quand le programme “Bracero” s’est terminé en 1964, ce fut au milieu des controverses et en conséquence aucun autre mécanisme d’échange de travailleurs n’a été mis en place. Au bout du compte, la fin abrupte du programme a marqué le début d’une nouvelle ère de migration en bonne partie illégale depuis le Mexique. Cette nouvelle étape a démarré lentement du fait de la croissance économique au Mexique dans les années 60. Par ailleurs, en 1965, le Mexique a mis en place un programme d’industrialisation de la frontière connu comme le programme ‘maquiladora’, destiné à créer des emplois pour les migrants mis au chomage. Cependant, au début des années 70, un mouvement migratoire s’accéléra à nouveau”(1).

Migration “sans papiers”

Agente de la Border Patrol detiene a un migrante indocumentado (© Sitio de la US Customs and Border Preotection - www.cbp.gov)A la fin du programme “Bracero”, qui mettait fin à la possibilité de travailler légalement (bien que ce soit de manière temporaire) aux Etats-Unis, la migration de sans-papiers a commencé à croître de manière accélérée. Actuellement, on calcule qu’il y a environ 12 millions de sans-papiers latino-américains aux Etats Unis, plus de la moitié étant mexicains.

Les Etats Unis ont essayé de limiter l’entrée de migrants, en rendant plus difficile leur arrivée et leur séjour dans le pays par le biais de mesures légales toujours plus sévères et en établissant une surveillance des frontières plus stricte, renforcée par la construction de murs. La police de la frontière créée en 1924, la “Border Patrol”, est accusée de multiples violations des droits humains, y compris de l’assassinat de migrants. Human Rights Watch décrivait en ces termes ce corps policier en 1998 : “Les rapports présentent l’image inquiétante d’une agence hors de contrôle : des douzaines de personnes mortes et blessées par balles de la Border Patrol, le non respect des politiques sur l’utilisation d’armes létales du Département de Justice des Etats Unis, violence sexuelle, des coups et mauvais traitements des personnes détenues, et un code de silence qui fait que les agents se refusent à témoigner contre leurs collègues, ce qui provoque l’impunité virtuelle des policiers quels que soient leurs actions(2).

D’un autre côté, en 2005, le projet “Minutemen” a été créé. Il s’agit d’un groupe de civils volontaires armés qui considèrent que le gouvernement des USA ne surveille pas la frontière comme il le devrait et se chargent de patrouiller dans plusieurs zones de la frontière afin d’aviser la “Border Patrol” quand ils voient des sans papiers en train d’essayer de la traverser. Bien que les lois les empêchent d’entrer en contact avec les migrants, ils ont été accusés de harceler ou de tuer plusieurs d’entre eux.

Cuadro basado en información de www.ailf.org

Une autre mesure prise par le gouvernement des Etats Unis afin d’essayer de freiner la migration a été la construction de murs. Pendant plusieurs années, ils étaient construits seulement dans les zones urbaines (entre Nogales-Arizona et Nogales-Sonora, ou entre San Diego en Californie et Tijuana en Basse Californie), en pensant que le fait d’obliger les migrants à traverser la frontière dans des zones plus difficiles, arides et peu peuplées les décourageraient. Le nombre de personnes qui meurent en essayant de traverser le désert a augmenté de manière exponentielle (voir graphique). En 2006, la construction d’un nouveau mur a été approuvée. Il mesurera 1100 km et coûtera 49000 millions de dollars. Appelé par certains “le mur de la honte” (en référence au mur de Berlin), il a été condamné par les organisations des droits humains, les écologistes et une bonne partie du gouvernement mexicain.

Migrantes indocumentados en un Centro de Detención de la Border Patrol (© Sitio de la US Customs and Border Preotection - www.cbp.gov)

Les lois migratoires répondent à des intérêts complexes, parce que l’économie des Etats Unis dépend dans une bonne mesure de la main d’œuvre bon marché que représentent les sans papiers. La première loi migratoire des USA remonte à 1790. Elle permettait la naturalisation des personnes blanches qui avaient passé plus de deux ans dans le pays. Ce n’est qu’en 1952 que les distinctions de race ont été éliminées des lois migratoires. En 2004, le président Bush a proposé une réforme migratoire pour faciliter la légalisation des travailleurs temporaires, qui rentrent dans leur pays d’origine à la fin de leurs contrats (comme le programme “Braceros”le permettait). Ceci devait permettre de freiner la migration illégale et être combiné avec des mesures qui renforceraient la sécurité de la frontière. La réforme finalement approuvée en 2006 prévoit la construction du nouveau mur et a converti en délit grave, puni par des peines de prison, le fait de rester dans le pays comme migrant sans papiers.

Imagen de las Protestas Contra la Reforma Migratoria (http://common.wikimedia.org)Cette loi a provoqué la mobilisation de millions de latino-américains aux Etats Unis(3). La grève du 1er mai 2006 a converti en une réalité le film de fiction de Sergio Arau “Un jour sans mexicains”: les implications économiques, politiques et sociales de la présence de 42 millions de “latinos” aux Etats Unis, d’ores et déjà la première “minorité” aux Etats Unis (15% de la population totale), sont loin d’être négligeables.

La plus grande surveillance de la frontière, le durcissement des politiques migratoires et l’expulsion de sans papiers n'arrivent pas a freiner la migration mais elle la rend sans aucun doute plus dangereuse et plus chère (thème de la corruption). Les migrants doivent traverser la frontière à des endroits toujours plus difficiles et plus dangereux comme le fleuve Río Bravo (ou Grande), ou le désert d’Arizona. Un exemple parmi des milliers illustrent cette tendance : “A Ciudad Juárez il existe des tunnels très grands. Tu peux y entrer y compris avec un vélo si tu le veux. Mais parfois ils ouvrent soudain un robinet et ils remplissent le tunnel d’eau. Une fois, l’eau a commencé à monter et elle nous a renvoyé vers le fleuve. Nous étions quatre personnes, moi et trois autres et l’un d’entre eux est mort. Il est mort noyé dans le fleuve et nous avons vu comment il se noyait...(4). Les températures extrêmes du désert ou le manque d’eau tuent de nombreuses autres personnes.

Le phénomène croissant de la migration d’habitants du Chiapas

Actuellement, 165 habitants du Chiapas partent de cet état chaque jour de l’“autre côté” (Id est: de la frontière). L’augmentation de la migration est toujours plus forte. Près de 300 mille habitants (500 mille, selon le Centre d’Investigations Économiques et Politiques pour l’Action Communautaire, CIEPAC)(5)sont partis pour les Etats Unis au cours des 15 dernières années, ceci quand la population au Chiapas est d’environ 4 millions de personnes. L’envoi d’argent des migrants à leur famille représentait 13.9 millions de dollars en l’an 2000, un chiffre qui a augmenté jusqu’à près de 800 millions de dollars en 2006(6). L’importance de ces ressources est évidente : en 2005 elles représentaient 12 fois les revenus générés par la production de maïs, quatre fois la vente de café, dix fois les revenus du tourisme, six fois les investissements publics pour installer des systèmes d’eau potable et 30 fois ce qui était investi pour l’électrification(7).

“Mais ces envois d’argent qui augmentent année après année se payent à un prix élevé : depuis juin 2005, en moyenne 7 corps de chiapanèques par mois reviennent au Chiapas”. (8)

Les zones traditionnellement de plus forte migration au Chiapas étaient la Costa, le Socunusco et la Sierra, mais ces derniers temps, les gens émigrent d’un peu partout. De plus en plus, les indigènes laissent leurs terres, parce que l’agriculture ne suffit plus pour leur subsistance. A Las Margaritas, un village à l’entrée de la Selva, on peut voir “des agences de voyage” avec des bus qui se rendent directement à la frontière Nord. Ces bus sont appelés “tijuaneros” selon le nom de la ville de Tijuana (frontière avec la Californie au nord du Mexique).

Il existe aussi un phénomène croissant de migration interne : les gens vont travailler dans les centres touristiques internationaux du Yucatán ou Quintana Roo (dans la construction ou dans les hôtels), dans la Ville de Mexico, ou bien, en particulier depuis la zone Nord du Chiapas, dans l’état voisin du Tabasco, plus industrialisé. Souvent ils vont rejoindre d’autres personnes qui viennent de leur même lieu d’origine et travaillent déjà à un autre endroit, ce qui facilite leur insertion dans un nouveau contexte.

Les salaires dans les villes ne sont pas nécessairement très élevés (environ 600 pesos, soit 54 dollars par semaine), surtout si l’on prend en compte les frais qu’impliquent le fait de vivre en ville. “Dans la communauté, la terre te donne de quoi vivre, tu as de quoi manger et un endroit où vivre. En ville tu dois tout acheter, payer.” (Témoignage d’une femme de la municipalité de Tila, zone Nord du Chiapas, qui va travailler à Tabasco). Il existe aussi de manière historique une migration qui réalise des travaux agricoles temporaires, avec des conditions de travail très dures et des bas salaires. Pour les communautés autochtones, dont l’économie est centrée sur la production pour l’autoconsommation, cela reste une opportunité. La migration interne sera souvent un premier pas avant de partir pour les Etats Unis.

Les conséquences dramatiques de la migration

Muro en la Frontera Tijuana-San Diego (http://commons.wikimedia.org)En matière économique...

Même si dans un premier temps les envois d’argent depuis l’étranger constituent une aide et un soulagement pour les familles qui restent dans les lieux d’origine, il ne s’agit pas d’une source de revenus garantie. Ils n’enrayent pas la pauvreté et ne contribuent pas au développement social : “Jusqu’à présent, ces ressources ne sont pas bien canalisées. Les familles chiapanèques ne savent pas comment les investir et les usent comme palliatifs, pour sortir d’une crise momentanée, mais ils ont bientôt de nouvelles dettes et attendent que 200 nouveaux dollars arrivent(9).

Une autre conséquence dans les villages et communautés autochtones tient au fait qu’avant tous les habitants avaient un niveau de vie similaire. Ceux qui reçoivent de l’argent depuis l’étranger disposent soudain de revenus qui leur permettent de changer de maison, d’acheter une voiture ou d’autres produits “de luxe”. Ces nouvelles possibilités de consommation sont un facteur qui anime d’autres personnes, toujours plus jeunes, à émigrer.

En matière sociale...

Les migrants sont en grande majorité des hommes de 15 à 40 ans. Ils laissent derrière eux des villages “fantômes” où il ne reste que les enfants, les femmes et les personnes âgées. Dans deux communautés du Chiapas, une recherche a révélé l’existence de 302 femmes seules(10). Leurs maris sont partis aux Etats Unis. Certaines femmes reçoivent encore de l’argent, d’autres n’ont plus de nouvelles. La migration contribue souvent à la désintégration de la famille. Parfois, mais pas toujours, ce phénomène a permis une plus grande participation des femmes dans les systèmes de gouvernement communautaire.

La migration affecte aussi l’organisation communautaire à un autre niveau. Il existe des communautés autochtones, plus organisées, où un effort est fait pour que les migrants qui reviennent se réintègrent et on leur propose de travailler comme autorité pour “qu’ils n’oublient pas comment travailler en collectif”. Tous n’acceptent pas.

En matière culturelle...

Muro en NogalesCe sont probablement les conséquences les plus visibles. Dans la municipalité de San Juan Chamula (Hauts Plateaux), par exemple, à côté des plus traditionnelles cabanes de bois et de boue, on commence à voir des maisons de style californien. On observe des changements dans les vêtements, le langage, la nourriture, l’utilisation de drogues et la croissance (surtout dans le sud de Chiapas) des ‘maras’ (bandes).

Dans les zones rurales, la non conformité s’accroît face à la vie en communauté : certains commencent à dire qu’elle est ennuyeuse, qu’il n’y a rien pour s’amuser, que l’alimentation est peu variée (haricots, tortillas et pozol -une boisson à base de maïs- tous les jours). D’autres ne veulent plus qu’on les appele Xun et préfèrent son équivalent en anglais, John.

Dans les villes de la frontière avec le Guatemala, la violence est encore plus omniprésente avec tous types de trafics illégaux (de drogues, d’armes, de personnes, etc.)

Le Mexique : frontière Nord du sud de l’Amérique

Agentes de la Border Patrol estadounidense (Sitio Web del US Customs and Border Protection - www.cbp.gov)

Dans toute l’Amérique Centrale, la migration s’est aussi convertie en la principale stratégie de survie pour d’amples secteurs de la population qui cherchent à améliorer leurs conditions de vie et à avoir de meilleures opportunités pour les générations futures. Plusieurs pays se trouvent dans des situations de post-conflit: en dépit de la signature d’Accords de paix, les causes structurelles à l’origine des conflits sont loin d’être résolues(11).

Un grand nombre de migrants d’Amérique Centrale passe par le Chiapas en ayant les Etats Unis comme destination finale ; mais d’autres restent, principalement dans le Soconusco. Cette région attire surtout les travailleurs agricoles et dans le secteur service, les femmes de ménage et les prostituées. Ces possibilités ont diminué et le contrôle de la frontière sud Mexique est toujours plus strict.

Agente de la Border Patrol Registrando a una mujer migrante indocumentada (US Customs and Border Protection - www.cbp.gov)Pour ceux qui prétendent aller plus au Nord, le Chiapas est seulement une première étape : “Je peux te dire qu’il est plus dur, plus dangereux et plus difficile de traverser le Mexique que d’entrer aux Etats Unis. Traverser le Mexique, ce sont 5 000 kilomètres du Chiapas à la frontière Nord. Traverser le Mexique sans papiers, c’est une expérience terrible” (Témoignage d’un ancien coyote(12)).

Le CIEPAC signale qu’aujourd’hui, le Mexique applique une stratégie élaborée aux Etats Unis, qui utilise le Detroit de l’isthme de Tehuantepec (à Oaxaca) comme un tampon pour arrêter et déporter les migrants centroaméricains. Parallèlement, par le biais de polleros ou coyotes, les autorités mexicaines reçoivent de généreuses “compensations” pour laisser passer les illégaux. En termes économiques, le trafic de personnes est la seconde activité illicite au Mexique après le trafic de drogues.

Pour les migrants centroaméricains, les dangers ne commencent pas à la frontière Nord du Mexique mais dans celle du sud. Le cas d’Alma, une migrante du Honduras en est une illustration: “Tous les jours, toutes les nuits, des dizaines de migrants centroaméricains attendent la sortie du train dans les rues de Tapachula. Quand les roues du convoi (“La Bête”, on l’appelle à cet endroit) commencent à s’ébranler, les migrants grimpent dessus avec l’espoir d’arriver à la frontière Nord après plusieurs longs jours de voyage dont le succès dépendra des routes, des opérations policières, de la chance. Par peur ou par précaution, le groupe d’Alma a décidé de ne pas monter sur le train à Tapachula. En faisant toujours attention au passage du train, les 15 personnes du Honduras ont voyagé de nuit, en évitant les endroits où se trouvent les policiers ou les délinquants. A la frontière Nord, on le sait déjà, le désert tue les migrants. A la frontière sud, les gens. Ou les trains. Alma et les autres sont arrivés un peu plus loin que Huixtla, une semaine après être sorti du Honduras. Alors, le train est passé de nouveau. Le groupe s’est mis à courir pour monter sur le train. (...) Alma a tendu les bras mais n’a jamais atteint le dur métal. C’est alors quand, selon elle, le train "l’a tiré". Alma fait un geste de la main : elle dessine dans l’air une force qui la traîne vers la mort. Alma nous conte qu’elle s’est jetée en arrière et que peut être de ce fait elle n’a perdu “que” 10 centimètres au-dessus du genou. La jambe gauche a disparu presque complètement.” (13)

Besoins basiques : les causes structurelles derrière la migration

Bien que traverser les frontières soit tous les tours plus dangereux, beaucoup décident de risquer leur vie pour travailler illégalement, sans droits, dans un autre pays. Ceci est du, dans une bonne mesure, au manque d’options économiques dans leur pays d’origine et à la perception dans l’imaginaire collectif que les pays du Nord sont des terres d’opportunités, de bien être et d’opulence.

Dans le cas du Mexique, après la chute du prix du café en 1989 et suite aux impacts négatifs de l’Accord de Libre Echange de l’Amérique du Nord (ALENA, entre le Mexique, les Etats Unis et le Canada) en particulier pour le secteur agricole, les possibilités de travail se sont réduites pour des millions de mexicains. Seulement entre 2000 et 2005, le Mexique a perdu 900,000 emplois dans le secteur primaire et 700,000 dans l’industrie(14).

La marginalisation politique, économique et sociale et la répartition inéquitable de la richesse à l’intérieur des pays ainsi qu’à échelle mondiale (différences entre le Nord et le Sud) affectent autant le Mexique, que l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud. Il faut ajouter à cette difficile situation une série de catastrophes naturelles (principalement des ouragans et inondations qui ont affecté une partie du Mexique et de l’Amérique Centrale au cours des dernières décennies) qui constitue un autre facteur migratoire.

Bien que les Etats Unis et le Mexique –et de manière parallèle, les pays d’Europe occidentale- ont durci les mesures physiques et légales contre la migration, celles-ci ne parviennent pas à la contenir et augmentent des conséquences dramatiques en soi. Si l’on ne répond pas aux causes structurelles derrière la migration, les gens continueront à émigrer dans ce qu’ils conçoivent comme leur seule option de survie.

  1. Article de la Federal Reserve Bank of Dallas. VOLVER...
  2. Page web de Human Rights Watch VOLVER...
  3. Article sur les manifestations aux USA VOLVER...
  4. Site web d’Indymedia Barcelone VOLVER...
  5. Les chiffres varient justement du fait du caractère illégale de la migration. VOLVER...
  6. “Chiapas migrant”, Article de Este Sur VOLVER...
  7. Article de La Jornada 05/06/06 VOLVER...
  8. Article de Este Sur VOLVER...
  9. Chiapas migrante, artículo en estesur.com VOLVER...
  10. Chiapas migrante, artículo en estesur.com VOLVER...
  11. PALMA, Silvia Irene. Migración en la época de post-conflicto: vulneración de derechos de las poblaciones excluidas e impactos sobre la participación política. Project Counselling Service VOLVER...
  12. Personnes qui s’occupent du transport clandestin de migrants. Leur nom se doit aux prix très élevés qu’ils font payer, à leur peu de fiabilité étant donné qu'ils abandonnent souvent leurs passagers avant d’arriver à leur but VOLVER...
  13. Article Migrants: Héros ou menace? (Adital). VOLVER...
  14. Site Web de Foreign Policy in Focus VOLVER...

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:: ACTIVITES DU SIPAZ

De Novembre 2006 à Février 2007

PRESENCE INTERNATIONALE ET ACCOMPAGENEMENT

SITUATION DES DEFENSEURS DES DROITS HUMAINS

Début décembre, nous avons participé à une Rencontre d’analyse sur la situation des Défenseurs des Droits humains au Mexique convoquée par Amnistie Internationale à Mexico, à laquelle des organisations de tout le pays ont assisté.

A la fin février, nous avons publié un communiqué sur les menaces de mort reçues par les membres du Centre d’Investigations Economiques et Politiques pour l’action Communautaire (CIEPAC). Cet écrit rend compte des 25 dénonciations de menaces et harcèlements  contre des défenseurs des droits humains et activistes au Chiapas de novembre 2005 à ce jour.

CHIAPAS

Zone Nord

En novembre, décembre et février, nous avons visité plusieurs villages et villes de la zone Nord du Chiapas pour nous entretenir avec différents acteurs de la région : personnes déplacées, dirigeants de différents groupes politiques, instances de gouvernement, membres d’églises, bases de soutien zapatistes, des organisations paysannes et sociales. Lors des deux derniers voyages nous avons également visité Choles de Tumbalá, près de Palenque, une communauté zapatiste déplacée pendant trois mois en 2006 après une expulsion violente.

Hauts Plateaux

Le 22 décembre, nous avons assisté à la commémoration du 9ème anniversaire du massacre d’Acteal, Chenalhó (durant laquelle 45 personnes ont été tuées en 1997).

En février, nous avons visité Fracción Guadalupe (Pantelhó) où, depuis 1998, un groupe de déplacés est sur le point de s’installer à un autre endroit.

Forêt Lacandone

En décembre et février, nous avons interviewé plusieurs organisations non gouvernementales, religieuses et sociales à Ocosingo, Chilón, Bachajón et Yajalón. En novembre, nous avons visité plusieurs communautés de la zone ‘Cañadas’ pendant 15 jours.

‘Caracoles’ zapatistes

Depuis la levée de l’alerte rouge zapatiste, nous sommes allés à 4 des 5 Caracoles.

Du 30 décembre 2006 au 2 janvier, nous avons assisté à la Rencontre des  Peuples zapatistes avec les peuples du monde, réalisée dans le Caracol d’Oventik (voir article dans ce bulletin).

Le 3 janvier, nous avons également assisté à la table ronde “Construire des contre pouvoirs” réalisée à CIDECI-Université de la Terre (San Cristóbal de Las Casas), à laquelle des membres du Commandement zapatiste et des intellectuels du pays ont participé.

OAXACA

En novembre, nous avons accompagné la “Caravane pour la Paix et la Solidarité des Peuples du Chiapas avec les Peuples du Oaxaca” convoquée par l’organisation du Chiapas “Las Abejas”, afin d’observer les possibles violations des droits humains durant le trajet et le séjour de “Las Abejas” à Oaxaca.

INFORMATION

Nous avons reçu des visites (par exemple, de la Commission Episcopale France-Amérique Latine, le Comité Catholique Français contre la Faim et pour le Développement-CCFD, Pax Christi, FoodFirst Information and Action Network Internacional), des délégations (par exemple de Witness for Peace et Cloudforest), des étudiants et journalistes (l’un d’entre eux travaillant pour la télévision kurde) pour leur faire connaître le contexte du Chiapas et le travail de SIPAZ.

En janvier, nous avons interviewé Miguel Álvarez de SERAPAZ (Services et Conseil pour la Paix) lors du programme hebdomadaire d’interviews organisé par l’espace culturel de TierrAdentro à San Cristóbal de las Casas. Le thème principal fut une comparaison entre les conflits et processus de négociation au Chiapas et à Oaxaca, processus au sein desquels Miguel Álvarez a travaillé directement.

En février, nous avons participé à un atelier portant sur le Droit à l’information organisée par l’organisation ‘Maderas del Pueblo del Sureste’.

Le 26 janvier, nous avons assisté à un espace d’analyse convoqué par SERAPAZ et le Programme Suisse d’Observation et Promotion de la Paix au Chiapas (PROPAZ) auquel plus de 70 personnes du Chiapas, de Mexico et de Oaxaca ont participé.

Nous continuons de participer au séminaire “L’œuvre d’Immanuel Wallerstein : une grammaire pour comprendre le monde actuel à travers une perspective critique“ coordonné par le “Centre d’Etudes, d’Information et de Documentation : Immanuel Wallerstein“.

PROMOTION DE LA PAIX

EDUCATION POUR LA PAIX

Nous avons assisté à la Seconde Rencontre des Constructeurs de Paix et Réconciliation, convoquée par la CORECO (Commission de soutien à l’Unité et la Réconciliation Communautaire), à Montebello, au Chiapas, du  21 au 23 novembre.

En janvier, nous avons commencé un cycle d’ateliers portant sur la Transformation des Conflits avec le DESMI (Développement Economique et Social des Mexicains Indigènes Association Civile, qui travaillent dans 17 municipalités du Chiapas).

En février, nous avons participé à un atelier de “Systématisation depuis une perspective féministe” convoquée par PROPAZ.

ARTICULATION

Nous continuons de participer aux réunions mensuelles du Réseau pour la Paix, un espace d’action et de réflexion qui rassemble 16 organisations qui cherchent à accompagner les processus de paix et de réconciliation au Chiapas.

Nous avons terminé le projet d’observation et de suivi quant au respect des droits politiques et civils au Chiapas dans le cadre du processus électoral et de l’Autre Campagne réalisé en 2006 en collaboration avec le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas, Alianza Cívica, PROPAZ (Programme Suisse d’Observation et de Promotion de Paix au Chiapas) et Peace Watch (Suisse). Les 11 et 12 novembre, nous avons réalisé ensemble une Rencontre de promoteurs. Près de 60 personnes de tout le Chiapas y ont pris part.

En novembre, nous avons convoqué  avec le Collectif Ik une réunion d’organisations qui travaillent avec des prisonnier(e)s. Les participants ont échangé des informations et ont analysé la problématique. Une autre réunion avec les mêmes objectifs a eu lieu en février. A la fin de celle-ci nous avons visité la prison de Chiapa de Corzo.

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