:: ACTUALITÉ
Mexique : incertitudes post électorales
Des élections fédérales ont eu lieu au Mexique le 2 juillet dernier. Cependant, ce soir-là, l’Institut Fédéral Electoral – autorité électorale chargé de compter les votes – s’est déclaré incapable de nommer le vainqueur, du fait de la marge de différence extrêmement limitée existant entre les deux premiers candidats, et a retardé l’annonce des tendances. En dépit de ce fait, cette même nuit, autant Andrés Manuel López Obrador (AMLO, candidat de l’Alliance pour le Bien de Tous qui regroupait plusieurs partis du centre et de la gauche : le Parti de la Révolution Démocratique, PRD ; le Parti du Travail, PT; et Convergence) que Felipe Calderón (Parti Action Nationale, PAN, de droite) se sont déclarés vainqueurs. Les jours suivants, un calcul électoral district électoral par district électoral donna la victoire à Calderón avec une marge de différence inférieure à 1%. Plusieurs recours légaux furent présentés auprès du Tribunal Electoral du Pouvoir Judiciaire de la Fédération (TEPJF), qui a jusqu’au 31 août pour les résoudre. Le 6 septembre prochain est la date limite pour qu’il déclare s’il y a un président élu ou pas.
Un processus électoral inachevé

Le jour même des élections s’écoula dans une relative tranquillité. 99.4% des urnes (130.407 des 130.488 prévues) furent installées, ce qui représente le niveau le plus élevé de l’histoire mexicaine. Près de 60% des électeurs mexicains votèrent (le niveau d’abstention fut de 41% comparé au 36% rapporté lors des élections de 2000). A 8 heures du soir, le conseiller président de l’IFE, Luis Carlos Ugalde, qualifia la journée électorale "d’exemplaire et de réussie". Il affirma que les 3047 "incidents" enregistrés (particulièrement au moment de l’installation des urnes) n’avaient pas affecté le résultat de la bataille électorale.
Quelques heures plus tard, les premiers résultats rendus publics marquaient un “ballottage” avec un léger avantage en faveur de Calderón par rapport à López Obrador. Ce dernier a dénoncé une incohérence de près de trois millions de votes qui ne figuraient pas dans les calculs. Le lendemain, l’IFE justifia ce fait en expliquant que plus de 11.000 scrutins électoraux n’avaient pas été considérés dans ces calculs parce qu’ils présentaient des “inconsistances”. Une fois intégrés, la marge existante entre Calderón et AMLO se réduisit à 0.64%. Le troisième candidat dans la bataille électoral présidentielle, Roberto Madrazo Pintado (de l’Alliance pour le Mexique formée par le Parti de la Révolution Institutionnelle, PRI et le Parti Vert Ecologiste du Mexique, PVEM) accepta immédiatement sa défaite.

Comme la loi le prévoit, les scrutins électoraux correspondant aux 300 districts électoraux qui existent dans la République mexicaine furent dépouillés entre le mercredi 5 et le jeudi 6 juillet sous la supervision de l’IFE. A la différence du premier scrutin, AMLO maintint depuis le départ une certaine marge d’avantage qui se réduisit jusqu’à ce que Calderón le dépasse avec une différence finale de 0.58%. Lorsqu’il passa en tête, à l’aube, Calderón lança un message de conciliation nationale. Le matin du jeudi 6, alors qu’il restait encore 400 urnes à intégrer dans les calculs, Andrés Manuel López Obrador annonça qu’il contesterait les résultats auprès du Tribunal Electoral du Pouvoir Judiciaire de la Fédération : “L’appareil et les fonds de l’Etat continuent à servir en faveur du candidat de la droite. (…) Il est évident qu’il y a eu une manipulation du PREP (Programme de Résultats Electoraux Préliminaires qui a rendu possible le calcul rapide de l’ IFE). Il y a eu peu de transparence. L’IFE a manqué d’indépendance. Il y a eu une consigne pour ne pas ouvrir les paquets électoraux et une hâte inhabituelle pour résoudre une élection serrée en moins de 24 heures. Nous ne pouvons pas accepter ce résultat. Les inconsistances et irrégularités sont nombreuses. Nous allons contester l’élection, exiger que les paquets soient ouverts et que l’on compte vote par vote”. Le 7 juillet, de manière illégale vu qu’il s’agit d’une attribution exclusive du Tribunal Electoral du Pouvoir Judiciaire de la Fédération, Luis Carlos Ugalde, président de l’IFE a déclaré Felipe Calderón vainqueur.
Les jours suivants, l’Alliance pour le Bien de Tous a présenté plus de 300 recours légaux auprès du Tribunal Electoral. Ces recours rapportent des irrégularités dans près de 50.000 des plus de 130.000 urnes installées. Le PAN et son candidat se sont opposés à ouvrir les paquets électoraux et à conter vote par vote les plus de 41 millions de suffrages émis le 2 juillet. Les deux candidats ont convoqué des manifestations sociales pacifiques. Le 16 juillet, une manifestation en faveur d’AMLO a réuni plus d’un million de personnes dans le centre de la ville de Mexico.
Le TEPJF, qui –il faut le rappeler – a prononcé un verdict contre le PAN pour les spots télévisés diffusés contre López Obrador, dispose d’une capacité légale qui lui permettrait d’annuler les élections s’il le considérait nécessaire. Jusqu’au 31 août, date limite pour résoudre les recours légaux, le résultat électoral reste en suspens.
Premiers bilans en attente des résultats définitifs
Quel que soit le candidat présidentiel qui résulte vainqueur, AMLO ou Calderón, il aura en réalité été élu par seulement 20% des votants, le pourcentage le plus bas avec lequel un président soit parvenu au pouvoir au Mexique. Le fait que chacun des deux ait reçu près de 14 millions des votes laisse prévoir un scénario de division, avec un risque de conflits sociaux à court et moyen termes.
Un autre aspect qui caractérise ce processus électoral est la division entre le Nord (majoritairement en faveur du PAN) et le Sud du pays (majoritairement en faveur de AMLO). Il faut aussi souligner que lors d’élections également réalisées le 2 juillet dernier, le PRD a gagné et de loin le District Fédéral, se maintenant comme chef du gouvernement pour la troisième fois consécutive.
Les élections fédérales réalisées de manière parallèle aux présidentielles ont laissé un Congrès divisé. Quel que soit le candidat qui finisse par gagner les élections, il devra gouverner sans majorité parlementaire. S’il s’agit de Calderón (minorité la plus importante en gagnant 206 des 500 postes de députés et 52 postes de sénateurs), il devra faire face à une opposition adverse et pleine de ressentiment. S’il s’agit d’AMLO, l’Alliance pour le Bien de Tous a à peine obtenu 160 postes de députés et 36 de sénateurs.
Le PRI de son côté obtint 21% des votes à la présidence, étant même battu dans ses bastions historiques comme le Oaxaca ou le Chiapas. Il perdit cinq millions de votes en comparaison avec les élections présidentielles de l’an 2000, se convertissant en la troisième force politique du pays. Il pourra cependant jouer un rôle important dans le cadre des nécessaires alliances et négociations politiques entre les différents partis dans la mesure où il a remporté 121 députations et 39 postes de sénateurs.
Finalement, il faut mentionner que le parti Nouvelle Alliance a obtenu de manière surprenante 9 postes de députés et un poste de sénateur, tandis que le parti Alternative Social-démocrate a seulement gagné 4 postes de députés
Impact d’un contexte pré-électoral turbulent
La forme suivant laquelle les campagnes électorales ont été menées (en venant aux disqualifications personnelles entre candidats) contribuera probablement à une complexité supérieure des scénarios post-électoraux. Si les observateurs et experts en matière de processus électoraux rejettent la possibilité d’une fraude cybernétique et dans les urnes suivant les méthodes classiques, on a rapporté des preuves d’induction au vote et de multiples délits électoraux plusieurs mois avant le jour des élections, qui se sont intensifiés quelques jours avant. Ce fait reste par exemple illustré par les résultats d’une enquête sociale réalisée dans 22 états du Mexique par 25 ONG dont Alianza Cívica, A. C. et Global Exchange (USA) quant à l’utilisation de divers programmes fédéraux pour conditionner et acheter les votes, en particulier en faveur du PAN.
De fait, en mai, le PRI et le PRD ont dénoncé qu’il était en train de se donner une véritable "élection d’Etat", à laquelle tout l’appareil du pouvoir Exécutif fédéral participait en vue d’appuyer le candidat du parti actuellement au pouvoir. Roberto Madrazo a même appelé le PRD à une alliance formelle pour s’opposer à cette "élection d’Etat".
Le 6 juin, durant le second débat entre candidats présidentiels, AMLO a accusé Diego Hildebrando Zavala, beau-frère de Calderón, de trafic d’influences et d’évasion fiscale. Des recherches journalistiques ont rendu public le fait qu’il avait eu un accès direct et complet à la liste des bénéficiaires des principaux programmes fédéraux de soutien social, à la liste électorale et au Programme de Résultats Electoraux Préliminaires (PREP) grâce aux entreprises de services informatiques dont il est le propriétaire.
Suite à cela, divers secteurs ont commencé à douter de l’impartialité de l’IFE en sa qualité d’arbitre neutre face au peu de réponses données par cet organisme. Quelques semaines avant les élections, plusieurs analystes ont commencé à dénoncer la possibilité d’une fraude cybernétique durant les élections.
En juin, alors que la plupart des sondages annonçait une remontée de AMLO, une intense campagne en télévision nationale financée par le Conseil Coordinateur d’Entrepreneurs (CCE) fut lancée : elle stigmatisait AMLO en le présentant comme un « danger » pour la Nation et induisait à un vote fondé sur la peur en faveur de Calderón. D’un autre côté, au cours des derniers mois, les divisions entre les dirigeants du PRI ont augmenté, au point que certains importants membres du PRI ont appelé ouvertement leurs bases à exercer un “vote utile”, en considérant que Roberto Madrazo n’avait aucune possibilité de gagner les élections. Certains ont appelé à voter à faveur d’AMLO ; d’autres l’ont fait en faveur du PAN.
Vote fondé sur la peur dans un contexte social explosif?
La campagne multimillionnaire de propagande contre AMLO que le CEE a financé a coïncidé avec un moment de haute tension sociale. En effet au cours des mois avant les élections, une série d’évènements violents ont eu lieu dans plusieurs régions du pays.
En mai, le cas de Atenco est celui qui a fait le plus de bruit (voir : www.sipaz.org). Un conflit se présenta entre 8 vendeurs ambulants de fleurs et des policiers de la ville de Texcoco (état de Mexico) après que le maire du PRD leur ait interdit de s’installer dans un terrain concédé pour la construction d’une grande surface Walmart. Ce conflit a dégénéré en une violente confrontation. Le bilan de deux opérations policières brutales fut de deux morts (un mineur le jour même et, en juin, un autre jeune qui avait été blessé à la tête par une bombe de gaz lacrymogènes, plusieurs blessés, 211 détenus et 5 étrangers expulsés du pays. Plus de 20 femmes furent outragées sexuellement et 7 d’entre elles furent violées par des membres de la police de l’état durant leur transfert à la prison.
A l’heure actuelle, 28 des 211 personnes arrêtées restent en prison, accusées de délits graves (équivalant à une prise en otage de fonctionnaires). 146 d’entre elles sont sorties sous caution (814. 125 pesos par personne). La Commission Nationale des Droits Humains (CNDH) a reçu plus de 150 demandes pour différents types de violations.
En juin, le mouvement enseignant du Oaxaca mobilisa plus de 40 milles enseignants en un ‘sit in’ prolongé qui reçut le soutien d’amples secteurs sociaux de cet état. Cette manifestation qui commença pour demandes syndicales finit par incorporer l’exigence de la renonciation du gouverneur du PRI, Ulises Ruiz, une personne considérée comme répressive par la majorité des organisations sociales. Les nombreux manifestants résistèrent à une opération policière qui cherchait à les expulser de la place centrale de la ville de Oaxaca. Après avoir rompu le processus de dialogue avec le Ministère de l’Intérieur, ils menacèrent de boycotter les élections fédérales. Aucun problème majeur ne se présenta finalement le jour des élections au cours desquelles le PRI fut battu.
Dans le cas du Chiapas, début mai, le gouvernement de l’état a réalisé deux opérations policières pour expulser les ‘sit in’ de personnes sinistrées par l’ouragan Stan à Escuintla et Motozintla. La population civile protestait car les promesses de la part du gouvernement n’avaient pas été respectées et les travaux pour renforcer les rives des fleuves étaient en retard. Le 8 mai, une autre opération policière pour expulser des manifestants installés dans la mairie de Bochil (Hauts Plateaux), mairie occupée depuis un mois pour protester contre la corruption du maire. Selon les informations publiées par le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de las Casas, le bilan de cette dernière opération fut d’une dizaine de blessés et de 64 détenus.
L’Autre Campagne : changement après Atenco

Ce processus politique impulsé par l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) il y a un an a changé après les affrontements de Atenco. Le jour même des faits, le Délégué Zéro (Sous Commandant Marcos) a suspendu sa tournée nationale et a décidé de rester dans la ville de Mexico jusqu’à ce que toutes les personnes arrêtées soient libérées. Il a déclaré une Alerte Rouge qui a impliqué la fermeture des structures civiles zapatistes au Chiapas (Municipalités Autonomes et Comités de Bon Gouvernement). Cette Alerte Rouge se maintient jusqu’à ce jour. Le Délégué Zéro a participé dans certains espaces des mass médias et à une série de mobilisations et rencontres avec divers secteurs sociaux. Des mobilisations locales ont également été organisées dans plusieurs états du pays. En mai, deux réunions par secteurs ont également été organisées : le quatrième Congrès National Indigène (CNI), réalisé dans l’état de Mexico avec la participation de 800 représentants de 31 peuples autochtones originaires de 25 états, et la Rencontre Nationale pour diffuser des stratégies de Défense Juridique avec la participation de 30 ONG's de 17 états du Mexique.
La priorité a cependant été donnée au thème de la libération des détenus de Atenco. Le 28 mai, lors de la Marche Nationale pour la Libération des Prisonniers et pour la Justice en faveur des Femmes Violées à Atenco, effectuée dans la ville de Mexico, le sous-commandant Marcos a déclaré “pour les zapatistes, dans les faits, l’Autre Campagne est déjà passé à une étape d’organisation. Même si certains thèmes importants restent en suspens comme la définition de son profil, l’Autre Campagne répond déjà comme une organisation nationale (dans les 32 états de la fédération), avec éthique (le fait de ne pas abandonner les prisonniers et prisonnières à leur sort), avec une haute valeur morale (dépasser la terreur que l’action du gouvernement a cherché à semer à Atenco), et avec une capacité de mobilisation autonome et indépendante (mobilisations centralisées et décentralisées).” Le nombre de participants lors de cette manifestation varie selon les sources entre 7 et 50.000 personnes.
Le lendemain, lors d’une réunion nationale entre adhérents de l’Autre Campagne, Marcos a invité à réaliser le 2 juillet "une concentration nationale pour faire irruption durant le processus électoral de manière civile et pacifique", ce qui a été remis en question par de nombreux intellectuels et analystes comme une action qui pourrait favoriser les intérêts de l’extrême droite.
D’un autre côté, on a dénoncé que les procès judiciaires lancées contre les personnes arrêtées lors des deux opérations policières de même que les enquêtes préliminaires quant aux viols de femmes faisaient l’objet d’un grand nombre de retards, d’obstacles et de marchandages. En revanche, seulement 23 policiers de bas niveau ont été interpellés pour une unique charge, et ils ont été libérés sous caution immédiatement.
A échelle internationale, les critiques de l’Autre Campagne contre la répression et les violations des droits humains à Atenco a généré des répercussions plus importantes. Parallèlement aux mobilisations nationales, 124 actions de protestation pour la violence à Atenco dans 52 villes de 24 villes du monde ont été organisées autour de la dite « Commission Intergalactique de la Sixième Déclaration »
Des organismes internationaux de droits humains comme Amnisty International et Human Rights Watch ont effectué des dénonciations portant sur ce cas. La Commission Civile d’Observation Internationale des Droits Humains (CCIODH), présente au Mexique entre le 29 mai et le 4 juin, a publié un rapport préliminaire dont les conclusions signalent la violation de droits humains contre la population civile d’Atenco : « l’opération policière s’est produite avec une utilisation excessive de la force publique, contraire aux principes de proportionnalité, raison et besoin absolu qui aurait du la guider ». La Commission considère de ce fait que les hauts responsables de la police doivent être suspendus tandis que tous les détenus - suite au principe d’innocence présumé - doivent être libérés.
Elections au Chiapas : ruptures et changements
Les élections fédérales (principalement les présidentielles) avaient jusqu’à présent minimisé l’importance accordée au processus électoral durant lequel, le 20 août prochain, le nouveau gouverneur du Chiapas sera élu. La définition des candidats qui représenteront les différents partis et alliances a été marquée par des tensions, ruptures et une forte tendance à passer d’un parti à l’autre. Les candidats finalement enregistrés sont les suivants :
- Juan Sabines pour le PRD/PT/Convergence (jusqu’à la fin avril 2006, maire de la capitale Tuxtla Gutiérrez pour le PRI) ;
- Antonio Aguilar Bodegas pour le PRI/PVEM (ex Sénateur, voir le bulletin d’avril 2006);
- Francisco Rojas Toledo pour le PAN (député fédéral, ex maire de Tuxtla entre 2001 et 2004, et ex candidat au Sénat);
- Gilberto Gómez Maza pour le Parti Alternative Social Démocrate (fondateur du PRD au Chiapas, il a renoncé à ce parti en 2002 pour protester contre la décomposition interne et le contrôle que l’actuel gouverneur, Pablo Salazar Mendiguchía exerçait depuis lors sur le Comité Etatique de ce Parti).
- Emilio Zebadúa pour le Parti Nouvelle Alliance (PANAL), ex conseiller citoyen de l’IFE, ex Secrétaire du gouvernement du Chiapas et ex député fédéral du PRD qui a commencé sa campagne électorale avec le soutien des base du PRD, en particulier, des groupes indigènes des Hauts Plateaux et de la Forêt Lacandone.
Ces nominations et les ruptures qu’elles ont impliquées autant pour les partis que pour les électeurs préfigurent un scénario de forte abstention (en règle générale, elle varie entre 60 et 70%). En particulier, l’ample zone affectée par l’ouragan Stan l’an dernier (41 municipalités, 26 d’entre elles gravement) se trouvera en pleine saison des pluies rendant plus difficile le déplacement de la population pour voter (physiquement et émotionnellement) : voir bulletin “La zone de Stan: zone à risques en termes électoraux et sociaux".
Il faudra encore voir l’impact du processus électoral fédéral dans le contexte du Chiapas. Un autre fait politique important fut la signature du candidat du PRD, Juan Sabines, de la dite “Déclaration de Comitán”. Il s’agit d’une proposition de Plan de Développement pour le Chiapas, élaborée et présentée publiquement par Roberto Albores Guillén (ex gouverneur du PRI, ex précandidat lors de ces élections à gouverneur et qui compte avec le soutien d’une partie importante de l’électorat). Sabines a promis publiquement d’incorporer les propositions appartenant à cette déclaration dans son plan de gouvernement.
Selon plusieurs analystes, ce plan présente des caractéristiques néolibérales comme par exemple la construction d’un ample réseau de routes et d’autoroutes ; la création d’un “nouveau Cancún dans le nord du Chiapas” et la mise en place d’un système d’irrigation ayant des fins agro-industrielles dans le Soconusco et la zone Costa. D’un autre côté, il inclut des actions contraires aux zapatistes comme la création de nouvelles municipalités constitutionnelles, la plupart d’entre elles coïncidant partiellement avec les municipalités autonomes zapatistes.

:: DOSSIER
« La terre ne se vend pas, elle se travaille et elle se défend »
Du 14 au 16 juillet, la “Seconde Rencontre Nationale pour la Défense de notre terre et territoire, et contre le PROCEDE (Programme de Certification des Droits des ‘Ejidos’ et terrains sur lesquels les maisons sont construites) et le PROCECOM (Programme de Certification des Droits Communaux)”1a été réalisée à Zirahuén, Michoacán.

L’invitation à cette Rencontre expliquait : “La mise en place de programmes comme le PROCEDE et le PROCECOM, s’effectue, dans la majorité des cas, grâce à des actes illégaux, comme des tromperies, des manipulations et même des chantages lorsque l’on conditionne l’obtention d’œuvres sociales, de services et d’autres programmes gouvernementaux, ainsi qu’en commettant une série d’irrégularités. Ceci dénote l’existence d’une politique d’Etat qui viole des lois en vigueur comme la Loi Agraire, le Code Civil, le Droit coutumier autochtone, la même Constitution Politique du Mexique et une série de Traités Internationaux en matière de Droits Humains signés par l’Etat mexicain”.
Même si supposément le PROCEDE devait terminer en 2006, le programme continue. Qui plus est, de nombreuses organisations sociales et paysannes signalent que celui-ci n’est qu’une façon d’implanter une politique qui continuera avec les gouvernements postérieurs, bien que cela soit sous d’autres sigles et programmes.
Un peu d’histoire
Le PROCEDE a été lancé le 5 janvier 1993 avec la finalité expresse de "donner une certitude juridique à la propriété de la terre au travers de la remise de certificats parcellaires et/ou de certificats de droits d’usage commun, ou les deux selon les cas, ainsi que de titres pour les terrains sur lesquels les maisons sont construites en faveur des individus ayant des droits et qui intègrent les noyaux de population rurale qui ainsi le veuillent et le sollicitent" (http://www.pa.gob.mx/Procede/info_procede.htm). C’est un programme fédéral interinstitutionnel au sein duquel le Ministère de la Réforme Agraire (SRA), le bureau du Procureur pour les thèmes Agraires (PA), l’Institut National des Statistiques, Géographie et Informatique (INEGI) et le Registre Agraire National (RAN) collaborent.
Lorsque l’on parle du PROCEDE, on ne peut que faire référence à la réforme de l’article constitutionnel 27 et à la nouvelle Loi Agraire (toutes deux parues en février 1992). Dans une bonne mesure, elles faisaient partie des négociations en vue de la mise en place de l’Accord de Libre Echange d’Amérique du Nord (ALENA) que le Mexique a signé avec les Etats-Unis et le Canada en 1994.
Les réformes de 1992 ont eu plusieurs conséquences pour les paysans mexicains :
“a) La fin de la répartition agraire qui avait commencé après le Révolution de 1910 (...);
La levée de l’interdiction légale qui protégeait les ‘ejidos’ et terres communales, qui, désormais pourront être vendus, achetés, loués, mis sous séquestre, hypothéqués ou prescrites.
Ces réformes permettent et encouragent la participation des ejidos et communautés qui possèdent des ressources naturelles précieuses dans des sociétés mercantiles en s’associant avec des entreprises et des banques. Les paysans apportent leurs terres ou leurs forêts et montagnes qui peuvent désormais être mises sous séquestre ou hippiques et aliénés ”.2
En conséquence, les organisations paysannes se sont fortement opposées à ces réformes qu’ils ont qualifiées de “contre-réforme” et de marche en arrière comparée avec les conquêtes de la Révolution mexicaine : au début des années 90, elles ont multiplié les marches, ‘sit in’ et occupations d’édifices gouvernementaux, cherchant à se faire entendre. Il faut aussi souligner que la terre est l’une des principales demandes exposées par l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) lorsqu’elle s’est levée en armes le 1er janvier 1994, date qui coïncide avec l’entrée en vigueur de l’ALENA, ce qui n’était pas accidentel.
13 années plus tard
Selon le rapport publié par le Registre Agraire National (http://inet.ran.gob.mx/ran/archivos/PROCEDE/index.html), il existe dans le pays 27,664 ‘ejidos’ et 2,278 communautés qui représentent 29,942 noyaux de population rurale. Les propriétaires d’ejidos et de terres communales possèdent approximativement 9 millions de parcelles et de terrains sur lesquels leurs maisons sont construites qui couvrent la moitié du territoire national.
Las actions de communication et de sensibilisation dirigées aux propriétaires d’ejidos ainsi que le recueil d’informations complémentaires ont permis d’établir un diagnostique quant à la viabilité de l’application du programme dans 100% du total national.
96% des noyaux de population rurale ont volontairement (par décisions de leurs assemblées) décidé de participer au programme. 91% ont réalisé la délimitation de leurs parcelles et terrains en conformité avec leurs voisins. Les travaux techniques de mesurage ont été terminés dans 90% des cas. 89% du total national a finalement été régularisé ainsi que la certification ou titularisation de 77.5 millions d’hectares.
Face aux risques mentionnés antérieurement, il faut souligner que l’on calcule que dans tout le Mexique moins de 3% des ejidos et terres communales certifiés au cours des 13 années du Programme sont passés au “Régime de Plein Domaine” et ont été totalement privatisés (Source 2).
Il existe un retard dans l’application du PROECEDE dans trois états mexicains : le District Fédéral (il y a encore des ejidos et communautés dans les montagnes qui entourent la ville de Mexico couvrant une superficie de 30,496 hectares), le Oaxaca où le PROCEDE a une avancée de 52% et le Chiapas avec une avancée de 54% (Source 2, chiffres fin 2005).
Le choc de deux visions

Les états mexicains qui présentent les moindres avancées (le Chiapas et le Oaxaca) se trouvent au sud du Mexique et se caractérisent par une forte présence de population indigène. Dans la cosmovision ancestrale indigène, la Nature est considérée de manière intégrale (la “Madre Tierra”, la Terre Mère), sacrée et collective, et qui ne peut donc être vendue.
C’est un fait que l’on peut illustrer par exemple de cette façon : “Il est important de souligner l’élément mystique du concept de territoire. Le territoire n’est pas seulement un lopin de terre. Ce n’est pas quelque chose que l’on peut définir en un seul mot [il n’existe d’ailleurs pas de traduction directe dans les principales langues autochtones du Chiapas]. Le territoire a à voir avec l’endroit où nous semons le maïs, où nous naissons, où nous nous marions, où nous avons nos enfants. Il a à voir avec les forêts, les animaux, les lieux sacrés, les grottes, les lacs, les montagnes. Les peuples sont le territoire” 3
Cette conception a un impact profond sur les formes d’organisation existantes à ce jour dans un grand nombre de communautés autochtones : “De manière historique, tout ceci, qui implique voir la nature et la Terre comme une mère et non comme une esclave, a constitué la forme de travailler et de produire des cultures méso-américaines, et se trouve à l’origine de leur résistance politique, Pour se reproduire, cette forme d'organisation requiert le maintien et le renforcement des structures communautaires de décision et de collaboration solidaire, ainsi que la préservation de la perception collective que la terre et de ses ressources sont la propriété de tous, de la communauté dans son ensemble, qui la donne en usufruit et sous la responsabilité des familles ”4.
La vision indigène de la terre entre en contradiction avec une vision plus mercantiliste : la terre a été réduite par le système économique actuel à sa seule dimension matérielle, comme une ressource à exploiter, et a été fragmentée sous la protection de la loi à divers moments de l’histoire mexicaine.
Les déclarations du Ministre de la Réforme Agraire, Florencio Salazar Adame, lors d’un programme télévisé de la chaîne Teleformula le 5 octobre 2005 pourraient illustrer cette autre logique : “Le PROCEDE a pour objectif d’un côté d’éviter les conflits agraires et d’un autre, d’incorporer les terres au marché (...) Avant la réforme de l’article 27, le paysan en avait seulement l’usufruit. Nous devons réviser Zapata pour que l’on passe du système d’autoconsommation à la production pour le marché ”.
Critiques faites au PROCEDE
Beaucoup d’organisations paysannes et civiles ont accusé le PROCEDE et le PROCECOM de provoquer des divisions dans les communautés et ‘ejidos’ (certains acceptent, d’autres pas). Ceci est particulièrement critique dans le cas du Chiapas, un état qui se caractérise par son tissu social fracturé par le conflit armé et les conséquences de la stratégie de Guerre de Basse Intensité appliquée comme réponse
Dans certains cas, la décision ne se prend pas en assemblées ou les formes légales selon lesquelles celles-ci doivent être menées ne sont pas respectées “Si au moment de la première session de l’assemblée, 75% des membres des ejidos ne sont pas présents comme la loi l’indique, on convoque une seconde mais on ne respecte pas le mois de délai entre l’une et l’autre. Lors de la seconde session, le nombre de présents passe de 75 à 50%; c’est à ce moment-là que l’on signe l’acte d’assemblée avec des conséquences pour ceux qui n’y ont pas assisté. Les fonctionnaires agraires se justifient en disant : "Nous avons réalisé le travail en faisant ce que nous a dit la communauté, en accord avec assemblée” ”.5
Beaucoup d’autres questionnent le fait que ce programme rende propice l’accaparement et la vente des terres collectives: “De mon point de vue, une partie est bien, vu que celui qui a un problème agraire de limites peut trouver une solution. Mais en divisant en parcelles, celui qui a de l’argent peut vendre ou acheter ; il peut faire partie de la même communauté ou pas, et petit à petit il va accaparer plus de terres” (Source 4, habitant de la région Selva-Nord du Chiapas).
Ou bien : “Et puis maintenant, beaucoup de ‘compañeros’ ne peuvent plus obtenir du bois parce que les montagnes sont aussi parcellées; maintenant ils ne peuvent plus aller à la montagne parce qu’elle a désormais un propriétaire”. (Source 4, habitant de la région Selva-Nord du Chiapas)
Lors de la 2nde Rencontre Nationale, un participant disait encore : “Nous sommes tous capitalistes. Notre capital, c’est la terre. Si on la va vend à quelqu’un d’autre, il va la vendre à nouveau jusqu’à ce que la terre se trouve dans les mains de ceux que les gouverneurs veulent. Ce sont des étapes jusqu’à ce que la classe haute et moyenne obtienne le terrain. Nous avons des ennemis très puissants. Ils connaissent les lois et savent les utiliser. Les riches connaissent tous les trucs et suivent leur chemin”.
Un autre risque, c’est que pour obtenir des prêts, les paysans doivent laisser leurs terres en garanties, et si ensuite ils n’arrivent pas à payer leur crédit, ils les perdent : “Comme ejido il y a une organisation, il y a une unité, il y a une force ; mais une fois qu’ils nous individualisent, elles se perdent (...) D’un autre côté, nous ne savons pas gérer les programmes ; même si j’ai mes documents, je vais à la banque et je demande un prêt, je donne mon titre de propriété, et au moment où je ne peux pas payer parce que je n’ai pas bien su gérer mes paiements, mes bénéfices et mon travail, ou si je commence à boire, je termine mon argent et la banque va garder mon titre”. (Habitant de Bachajón, région Selva Nord, Source 4). D’un autre côté, en entrant dans le PROCEDE, il faut commencer à payer des impôts pour la parcelle et pour le terrain sur lequel la maison est construite.
On a également identifié des irrégularités dans la façon comment ce programme est “proposé”. Théoriquement, et selon ses propres termes : “Le PROCEDE a été et sera jusqu’à sa culmination un Programme de soutien à l’initiative paysanne, volontaire et gratuit, qui se met en place lorsque il est sollicité, sous la prémisse d’un strict respect de la volonté des noyaux de population rurale et dont l’application dépend de l’organisation et de la participation active des propriétaires des ‘ejidos’ et des terres communales, ce qui s’obtient au travers de leurs assemblées, au cours desquelles en présence d’un notaire public et en respectant le cadre juridique et technique établi, elles décident librement la délimitation, le destin et l’assignation de leurs terres.” On a cependant dénoncé de nombreux cas où les promoteurs du bureau du Procureur pour les thèmes agraires visitent les domiciles pour convaincre les familles et ou les chefs de famille de participer au programme.
Dans plusieurs autres cas, on a détecté que d’autres programmes du gouvernement comme le PROCAMPO (Programme de Soutiens Directs à la Campagne) ou les promesses de soutiens sont utilisées pour faire pression en ce même sens. “Le licencié dit que s’ils participent au programme, ils recevront plus d’appuis ; que comme ils sont associés, ils ne vont plus recevoir aucun projet, c’est ce que dit le licencié. Alors mon peuple l’a cru et c’est pour ça qu’ils ont accepté. Mais du soutien qui devait arriver, il n’y a rien. Oh, oui, il nous a bien trompé”. (Source 4)
D’autres critiques ont trait au fait que les mesures prises ne sont pas correctes. Qui plus est, si l’on détermine qu’ils ont des “excédents”, on les exproprie sans leur reconnaître le temps de possession et d’usufruit pacifique qui leur donnerait droit à une prescription positive (Source 4).
Finalement, le PROCEDE a été critiqué pour augmenter la situation d’inégalité, d’insécurité et de discrimination des femmes paysannes : “A première vue, ce nouveau Code Agraire [février 1992] nous donne l’impression d’être neutre en ce qui concerne les différences entre hommes et femmes. L’article 12 de cette Loi nous dit clairement: ‘Les hommes et les femmes titulaires de droits ejidales sont membres des ‘ejidos’. Cette formulation met en évidence l’égalité formelle qui existe dans le monde agraire. Cependant cette égalité ne se reflète pas comme égalité réelle. (...) Dans la pratique, ce programme s’est converti en une politique de titularisation des “chefs de famille” ou simplement ceux qui se trouvent en qualité d’ejidatarios à titre individuel, ce qui exclue nouvellement les femmes de l’accès à la propriété, dans ce cas-là, de la terre 6
Organisation en défense du territoire
Lors du séminaire portant sur les Droits Indigènes organisé par le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas, un des groupes de travail a conclu : “Pour renforcer la défense de notre territoire, il est nécessaire de s’organiser pour ne pas tomber dans les pièges du gouvernement néolibéral, de s’organiser pour promouvoir la résistance du Peuple”.
Certainement, les peuples autochtones comptent avec des décennies ou bien plutôt des siècles d’expérience en matière de résistance. Dans le cas du Chiapas, depuis les années 70s, le mouvement indigène et paysan s’est fortifié et de nombreuses organisations paysannes indépendantes ont surgi.
Un autre facteur d’organisation a été la réalisation de rencontres : Première Rencontre Nationale contre le PROCEDE et le PROCECOM “10 Ans après la contre-réforme agraire, Défendons notre Terre”, réalisée les 5 et 6 février 2003 dans la communauté de San Felipe Ecatepec, San Cristóbal de Las Casas, Chiapas; la Première Rencontre Etatique contre le PROCEDE et le PROCECOM, réalisée dans l’Ejido Petalcingo, Municipalité de Tila, Chiapas, du 10 au 12 mars 2006 et, plus récemment, la “Seconde Rencontre Nationale pour la Défense de notre terre et territoire, et contre le PROCEDE et le PROCECOM du 14 au 16 juillet dernier, organisée à Zirahuén, Michoacán.
Lors de cette dernière Rencontre, les participants accordèrent de créer un Réseau National pour la Défense de la terre et du territoire et contre le PROCEDE/PROCECOM, pour maintenir un échange permanent d’expériences, une coordination et un soutien mutuel dans les luttes régionales et étatiques.
La Déclaration finale se propose d’autres actions : “Nous avons également décidé de fortifier l’unité communautaire au travers de leurs assemblées, en fonction d’une vision territoriale et d’autonomie ; de promouvoir la construction d’alternatives communautaires pour le maintien et l’utilisation soutenable des ressources naturelles et pour une production agro écologique fondée sur l’autosuffisance locale et la souveraineté alimentaire, en promouvant les marchés régionaux qui récupèrent le troc. Nous génèrerons une intense campagne d’information et de diffusion, à échelle locale, nationale et internationale (...). Nous réaliserons également diverses mobilisations dans nos états et régions, en soutien aux actions de caractère juridique qui documenteront les actions illicites commises par le gouvernement dans ses efforts pour imposer le PROCEDE et le PROCECOM.”
L’appel à l’unité a été l’une des constantes de la Rencontre et certainement, elle sera nécessaire face à un processus qui ne se termine pas avec le PROCEDE. La Déclaration a en effet souligné l’inquiétude que “pour le prochain sexennat, indépendamment de celui qui résultera élu comme prochain président, l’application de ce type de programmes qui vont dans le sens de la privatisation ne s’approfondisse”.
1 - Ejidos:les membres des ‘ejidos’ reçoivent une parcelle de terre et toutes les décisions qui ont à voir avec les terres qui appartiennent à un même noyau de population rurale doivent être prises en assemblées.
- Terres communales: la terra appartient à la totalité des membres d’une communauté et en conséquence, les bénéfices que celle-ci génèrent sont distribués entre tous. (volver)
2 - “13 années plus tard le PROCEDE... Procède?”, Maderas del Pueblo Sureste, AC, Foro para el Desarrollo Sustentable AC, février 2006) (volver)
3 - Séminaire Permanent annuel “Les Droits des Peuples Indiens, Première Session : Le droit au territoire des Peuples Indiens, Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas, novembre 2005. (volver)
4 - “L’Impact du PROCEDE sur les Ressources Naturelles, la Vie Communautaire et le Tissu Social des Communautés Indigènes Tseltales dans la Région Jungle-Nord du Chiapas”, Maderas del Pueblo Sureste AC, Foro para el Desarrollo Sustentable AC, février 2006. (volver)
5 - YORAIL MAYA #4, Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas, juin 2002. (volver)
6 - Bulletin du Centre des Droits de la Femme du Chiapas AC, avril 2005. (volver)

:: ARTICLE
Elections dans la zone Nord : relative tranquillité
Pour une personne extérieure, l’endroit peut avoir quelque chose de surréaliste, presque comme un voyage dans le temps. Nous nous trouvons dans une communauté où les maisons de bois prédominent encore, entre lesquels les porcs, poulets et autres animaux se promènent librement. La nuit on peut entendre les cris des singes. Dans un premier moment, la seule chose qui rappelle la date, le 2 juillet 2006, ce sont les posters des candidats à la présidence de la République accrochés aux arbres.

Un peu avant neuf heures du matin, le représentant de l’Institut Fédéral Electoral (IFE) arrive sur le terrain de basket de l’école, où les responsables des urnes sont encore en train de les installer. Il semble stressé par le fait qu’elles ne soient pas encore prêtes alors que la votation devrait avoir commencé à 8 heures. Le fait est qu’il existe deux types d’heures : celle du président Fox (heure d’été) et celle de Dieu (dans les communautés on ne change pas l’heure). Selon l’heure de Dieu, il était seulement 8 heures du matin. Quinze minutes plus tard, les urnes furent ouvertes et les premières personnes commencèrent à arriver pour voter.
Nous étions arrivés tôt pour observer le début du processus électoral. A distance nous avons vu les responsables lutter avec la table et les trois boites de plastique où les gens devaient déposer leurs votes (président, sénateurs et députés). Cela nous a rappelé ces meubles que supposément ont peut armer facilement, chez soi, quelque chose qui au bout du compte termine par être beaucoup plus compliqué que ce qui apparaît sur le dessin d’explication et au final, il y a toujours des vis en trop.
Alors que les premières personnes s’approchaient pour voter, les responsables des urnes ont compté les bulletins de vote deux fois, ont accroché les posters expliquant comment l’on devait voter et on remplit une grande quantité de papiers.
Dans chaque urne, on trouvait aussi des observateurs des différents partis pour surveiller le processus électoral. Dans cette communauté, il y avait seulement des représentants du PRD (Parti de la Révolution Démocratique) et du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel). Le PAN (Parti Action Nationale) a peu de présence dans les communautés de cette zone.

L’ambiance était presque de fête. Pendant les années de plus grand conflit dans la zone Nord du Chiapas, de 1995 à 2000, les divisions du fait de l’appartenance politique étaient particulièrement fortes : les membres du PRI et parmi eux, ceux du groupe “Développement, Paix et Justice”, groupe accusé d’être paramilitaire d’un côté, et l’opposition” (principalement les membres du PRD et bases de soutien zapatiste) d’un autre. Le souvenir de cette époque, durant laquelle plus de 100 personnes de l’opposition furent assassinées ou disparues, reste gravé dans la mémoire des gens. La peur présente dans le passé était à nouveau là au cours des jours et semaines avant les élections. De ce fait, ils nous remercièrent d’être venus, car notre présence les aidaient à ce sentir plus surs. Cette fois-ci, les gens étaient très clairs qu’ils ne voulaient pas de problèmes. Les bases de soutien zapatiste par exemple avaient dit : “nous ne nous laisserons pas provoquer et nous n’allons provoquer personne. Pourvu qu’ils respectent notre décision de ne pas voter”.
Dans la zone Nord, on n’a pas rapporté d’incidents importants. Certaines difficultés se sont présentées du fait de l’éloignement des urnes ou parce que certaines personnes déplacées, la plupart d’entre elles retournées, ont du aller voter dans des villages majoritairement du PRI, souvent habités par ceux qu’ils considèrent comme leurs bourreaux. Certains membres d’une communauté furent à l’urne la plus proche, mais comme leurs noms n’apparaissaient pas dans les listes, ils se rendirent à la communauté suivante espérant pouvoir y voter, sans que cela leur paraisse “anormal”. Un autre aspect qui peut attirer l’attention en ce sens c’est ce que l’on assume comme normal ce qui en fait constituerait des “délits électoraux”, comme l’achat des votes ou les pressions pour voter dans un sens ou dans l’autre dans le cadre des campagnes électorales. Un dernier élément à mentionner, c’est que dans les communautés indigènes, rarement on applique le vote individuel, libre et secret, d’abord parce que tout le monde se connaît et aussi parce qu’il est fréquent de prendre la décision de la personne pour laquelle voter en assemblées.
Dans le district électoral auquel la zone Nord appartient, les résultats actuels donnent la victoire à la Coalition pour le Bien de Tous (formée par le PRD, le Parti du Travail et Convergence), de même que dans le reste du Chiapas avec une participation relativement élevée pour cet état : 49.37%.
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Participación Ciudadana: 49.37%
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http://www.elecciones2006.unam.mx/PREP2006/PRESIDENTE/ESTADOS/7_Pre.html
Il y a plus de préoccupation pour les prochaines élections de l’état du Chiapas (au poste de gouverneur le 20 août), avec des candidats plus proches et en ce sens avec des possibilités de campagnes plus “agressives”. Mais comme on nous dit dans les communautés, “cela ne fait que commencer...”.

:: ACTIVITES DU SIPAZ
Avril à juin 2006
PRESENCE INTERNATIONALE ET ACCOMPAGNEMENT
En juin, nous avons passé dix jours dans plusieurs villages et villes de la Forêt Lacandone et de la zone Nord du Chiapas pour nous entretenir avec différents acteurs de la région : personnes déplacées, dirigeants de différents groupes politiques, instances de gouvernement, membres d’églises, bases de soutien zapatistes, des organisations paysannes et sociales. Ce voyage s’est réalisé avant et durant les élections fédérales pour pouvoir observer le contexte dans lequel elles se sont déroulées.
En mai et juin, nous avons participé à la Mission civile de vérification convoquée par le Centre de Droits Humains Fray Bartolomé de las Casas pour observer la situation actuelle de la présence militaire et les conditions dans lesquelles se trouvent les communautés autochtones au Chiapas après 12 années de conflit (voir les Résultats préliminaires de la Mission de Vérification des Circonstances d’Exception au Chiapas, 29 juin 2006: http://www.frayba.org.mx)
En mai, nous avons assisté comme observateurs au Forum qui marqua la formation du Front National de Lutte vers le Socialisme (Chiapas).
Le 17 et 18 juin, nous avons assisté comme observateurs au Forum étatique vers le Plan National de Lutte convoqué par les membres de l’Autre Campagne au Chiapas.
Début mai, nous avons assisté comme observateurs internationaux à certaines activités de l’Autre Campagne dans la ville de Mexico.
Information
Nous avons reçu des visites, des délégations (12 par exemple des groupes Action Permanente pour la Paix et Global Exchange qui font partie de notre coalition), des étudiants et des journalistes, venant en majorité des Etats-Unis et d’Europe, pour leur faire connaître le contexte du Chiapas et le travail de SIPAZ.
Début mai, nous avons publié un premier bulletin sur les faits de violence à San Salvador Atenco qui a été actualisé 10 jours plus tard.
En collaboration avec le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas, Alianza Cívica, PROPAZ (Programme Suisse d’Observation et de Promotion de Paix au Chiapas) et Peace Watch (Suisse), nous continuons à développer un projet d’observation et de suivi quant au respect des droits politiques et civils au Chiapas dans le cadre du processus électoral et de l’Autre Campagne, un projet qui devrait se prolonger jusqu’en décembre. En juin, nous avons publié un bulletin sur la situation dans la zone sinistrée par l’ouragan Stan (voir aussi : « La zone Stan : zone à risques en termes électoraux et sociaux »).
Fin juin, avec d’autres membres de ce même projet, nous nous sommes réunis avec des observateurs électoraux de l’Union Européenne, présents au Chiapas pour observer les élections fédérales du 2 juillet.
Durant cette période, un membre de l’équipe du SIPAZ réalise une tournée de présentations dans plusieurs villes d’Allemagne.
Nous continuons de participer au séminaire “L’œuvre d’Immanuel Wallerstein : une grammaire pour comprendre le monde actuel à travers une perspective critique“ coordonné par le “Centre d’Etudes, d’Information et de Documentation : Immanuel Wallerstein“.
PROMOTION DE LA PAIX
EDUCATION POUR LA PAIX
En juin, nous avons participé à un espace oecuménique de réflexion et de prière avec les membres de différentes églises du Chiapas.
ARTICULATION
Nous continuons de participer au Réseau pour la Paix, un espace d’action et de réflexion qui rassemble 16 organisations qui cherchent à accompagner les processus de paix et de réconciliation au Chiapas. En mai, ce Réseau a élaboré un matériel pour les communautés autochtones portant sur les faits de violence à San Salvador Atenco.
Fin avril, nous avons pris part à une réunion du Réseau mexicain de Constructeurs de Paix à Mexico. Début mai, ce Réseau s’est prononcé face aux faits de violence à Atenco. Une autre réunion a également eu lieu à San Cristóbal de Las Casas début juin pour analyser les caractéristiques actuelles du conflit au Chiapas.
Du 10 au 13 mai, nous avons participé au Forum "Enlacer les alternatives II", une rencontre des mouvements sociaux d’Amérique Laine, d’Europe et des Caraïbes qui s’est réalisée de manière parallèle au Sommet entre les présidents des pays appartenant à ces régions. Ce fut une opportunité d’échanger des expériences et alternatives entre mouvements populaires d’Amérique Latine et d’Europe.
Début juin, nous avons participé à un espace organisé par PROPAZ et SERAPAZ (Services et Conseil pour la Paix) dont l’objectif était de partager, d’analyser et de réfléchir sur les Projets de Nation au Mexique. Environ 80 personnes du Chiapas, de la ville de Mexico et du Oaxaca y ont participé.

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