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:: Bulletin du SIPAZ - Vol. XI nº 1, Janvier 2006

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Mexique, les campagnes commencent:
à vos marques, prêts, partez !

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10 ans au service du peuple:
La Police Communautaire au Guerrero

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:: ACTUALITÉ

Mexique, les campagnes commencent : à vos marques, prêts, partez!

Alors qu’un bon nombre de gouvernements d’Amérique Latine sont “passé à gauche“ (l’Argentine, le Brésil, le Venezuela, la Bolivie, et plus récemment, le Chili), au Mexique, des élections présidentielles auront lieu le 2 juillet prochain. Andrés Manuel López Obrador, représentant de l’Alliance Pour le bien de tous (à gauche) formée par le PRD (Parti de la Révolution Démocratique), le PT (Parti des Travailleurs) et Convergence, est un candidat à fort potentiel grâce à sa grande popularité qui lui garantit une importante base sociale. Felipe Calderón Hinojosa se présente comme candidat du PAN (Parti d’Action Nationale) après avoir emporté les élections internes. Le PAN est le parti au pouvoir actuellement, et ce n’est pas un avantage pour le candidat ; les propres adhérents du parti ont montré leur mécontentement face à la politique du Président de la République en ne votant pas pour Santiago Creel, considéré comme le candidat de Vicente Fox, au cours des élections internes. Au sein du PRI (Parti de la Révolution Institutionnelle), Arturo Montiel a renoncé à sa candidature suite à des questionnements concernant son patrimoine et celui de sa famille, laissant ainsi la place à Roberto Madrazo. Le 13 décembre, au cours des élections internes du parti, Madrazo l’a emporté haut la main face à un candidat peu connu, Everardo Moreno. Comme aux élections présidentielles de 2000, le PRI renouvellera son alliance avec le PVEM (Parti Vert Ecologiste du Mexique).

Les sondages donnent un léger avantage à López Obrador, mais les élections depuis 2000 ont plutôt favorisé le PRI, qui s’est maintenu comme la première force politique mexicaine à l’échelle des municipalités, des états et du congrès. Selon les sondages, les trois candidats sont très proches en termes d’intentions de vote, et une grande partie de la population est encore indécise (on calcule jusqu’à 40% d’indécis), aussi on redoute la tentation de générer un “vote de la peur“, c’est-à-dire d’empêcher les gens d’aller voter, afin de s’assurer qu’ils ne vont pas voter pour le candidat concurrent. Dans ce sens, l’affaiblissement croissant de l’Institut Fédéral Electoral (IFE) et son discrédit permettent de craindre qu’il ne pourra pas jouer son rôle d’arbitre, rajoutant des incertitudes autour du processus électoral.

Alors que la campagne électorale bat son plein et qu’une grande partie de la population se démène dans une farouche lutte entre partis, l’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale), loin d’envisager de négocier à nouveau avec un prochain gouvernement, a choisi d’entamer une nouvelle étape de dialogue et de construction d’alternatives de caractère non électoral avec la société civile. Cette proposition, qui est partie de la ”Sixième Déclaration de la Forêt Lacandone” (juin 2005) a été nommée ”l’Autre Campagne” en référence évidente au contexte électoral. Partant du constat de la crise de la démocratie représentative, et sans espérer les résultats des prochaines élections, l’EZLN se positionne “en bas à gauche”, visant à construire un plan de lutte nationale anticapitaliste. Comme l’annonçait déjà le communiqué zapatiste “La Rébellion et les chaises” (octobre 2002), pour l’EZLN, à moyen terme, peu importe qui s’assied sur la chaise (ici présidentielle), ce qui compte, c’est le concept de chaise, le concept de pouvoir.

Démarrage de l’Autre Campagne

Après une série de réunions avec différents acteurs dans plusieurs villages zapatistes de la Forêt Lacandone en août et septembre, et comme il avait été annoncé durant la Session Plénière mi septembre, une nouvelle étape a été initiée en janvier, visant à établir un diagnostique de la situation dans les différents états et des réponses de la société civile. C’est le Sous Commandant Marcos, renommé pour l’occasion ‘Sous Délégué Zéro’, qui est chargé de ce travail. “C’est à moi de sortir le premier pour voir dans quel état se trouve le chemin que nous allons parcourir, voir s’il y a des dangers, et apprendre à connaître le visage et la parole de ceux qui, tout en étant différents de nous, sont néanmoins compañeros et compañeras.”

Cette étape a débuté à San Cristobal de las Casas le premier janvier, quand un bon nombre de commandants et des milliers de bases de soutien zapatistes sont venus saluer le Sous Délégué à son départ. Le Commandant David a rappelé à cette occasion : “A 12 ans du soulèvement armé contre l’oubli, contre l’humiliation, contre le mépris et contre toutes les injustices que nous avons souffert, nous les peuples indigènes, et tous les peuples du Mexique, nous vous disons que nous sommes là, que nous serons là, et aussi dans tous les autres lieux, c’est pour ça qu’aujourd’hui, premier janvier 2006, nous nous rencontrons à nouveau dans cette même ville de San Cristobal… Mais aujourd’hui, nous sommes plusieurs milliers de bases de soutien… pour initier formellement la prochaine étape que nous avons décidé de mener en tant qu’EZLN, avec des centaines de milliers de compañeros et compañeras du Mexique et du monde, ceux qui ont faites leur la Sixième Déclaration de la Forêt Lacandone et l’Autre Campagne pour ouvrir des voies, pour ouvrir des portes et frapper le cœur des autres frères indigènes et non indigènes, pauvres comme nous, et pour tous ceux et celles qui veulent un réel changement dans notre pays, et construire une vraie société dans laquelle on pourrait vivre dans une vraie démocratie, avec liberté et justice pour tous…”

Le dernier à prendre la parole, le Sous Commandant Marcos exprima : “S’il venait à m’arriver quelque chose, sachez que ce fût un orgueil de lutter à vos côtés, vous avez été les meilleurs maîtres et dirigeants, et je suis sûr que vous continuerez à mener notre lutte dans le droit chemin, en nous enseignant, à nous tous, à être meilleurs, à travers le mot dignité. Nous sommes du vent, nous ne craignons pas de mourir dans la lutte. La bonne parole a été semée en bonne terre, cette bonne terre ce sont vos cœurs, et en eux fleurit déjà la dignité zapatiste. ”

Le parcours à travers les différents états du Mexique jusqu’au mois de juin, a commencé dans l’état du Chiapas. Le 6 janvier, la Commandante Ramona, une des fondatrices de l’EZLN, est décédée. Le parcours s’est interrompu à Tonala (où il a repris trois jours plus tard) pour se prolonger jusqu’au 14 janvier. Des meetings et des réunions ont été organisés dans différentes parties de l’état : San Cristóbal, Palenque, Chiapa de Corzo, Tuxtla Gutiérrez, Tonalá, Pijijiapan, Huixtlá et Trinitaria. Si la quantité de participants et les contenus des interventions variaient d’un endroit à l’autre, se maintenait une constante : le très fort mécontentement social. La présence du Sous Commandant Marcos et des médias, alternatifs pour la plupart, a servi de caisse de résonance à des demandes de tous genres : problèmes de drainage, tarifs élevés de l’électricité, manque d’attention dans la zone dévastée par l’ouragan, etc. Le Sous Délégué Zéro résume en une phrase : “Le problème au Chiapas est le même que celui qui existe dans tous les états du pays : c’est le système capitaliste.” A plusieurs reprises, Marcos a dû clarifier son rôle au sein de l’EZLN à cause du culte qui s’est développé autour de sa personne, quel est le rôle de l’EZLN dans l’Autre Campagne, ce qu’est l’Autre Campagne, et surtout, ce qu’elle n’est pas. Beaucoup de personnes étaient venues dans l’espoir qu’il puisse résoudre leurs demandes les plus pressantes, comme s’il s’agissait d’un ‘autre candidat’ à un poste électoral, ce qu’il a nié en bloc.

Dans chaque lieu, le Sous Commandant a questionné les candidats à la présidentielle et les partis politiques, en prenant soin de souligner le caractère non électoral de l’Autre Campagne. Exemple à Palenque le 3 janvier : “Les jours prochains, nous allons écouter des tas de promesses, des tas de mensonges essayant de nourrir nos espérances en nous faisant croire que les choses vont s’améliorer si on change de gouvernement. A chaque fois, chaque année, tous les trois ans, tous les six ans, ils nous vendent ce mensonge, et tous les trois ans, et tous les six ans, ils nous le répètent. Nous autres, les compañeros de ‘l’Autre Campagne’, à laquelle l’EZLN adhère, nous pensons qu’ils ne vont rien nous apporter. Rien que nous ne puissions conquérir à travers nos propres efforts, à travers notre effort d’organisation pour changer les choses. Les gouvernements dont nous héritons, en plus de nous mentir et de nous enlever le peu que nous possédons, nous font payer au prix fort ce que nous achetons, et nous paient une misère ce que nous produisons, nous, les paysans et les ouvriers. (…) Nous pensons que tout cela doit changer, et que ce n’est pas de là haut que ça va bouger, là où la droite répand ses mensonges ‘en veux-tu, en voilà’, en empochant pendant ce temps des millions et des millions de pesos. Nous pensons que c’est seulement d’en bas que l’on peut faire changer les choses, en bas à gauche. C’est pourquoi nous vous invitons, chacun et chacune, à considérer, en tant que personnes humbles et modestes, si vous voulez changer les choses, si vous voulez vivre pour vous, pour vos enfants, pour vos petits-enfants, dans un monde où l’on peut vivre sans peur ; sans peur d’être humilié ou méprisé pour sa couleur de peau, pour sa façon de marcher, pour sa façon de parler, pour sa culture ou pour la place qu’on occupe dans cette société”. A Chiapa de Corzo, le 5 janvier, il a insisté : “Faites ce que votre cœur vous dit, mais faites que votre cœur se mette à penser, et insufflez-lui le mot dignité. Respectez-vous entre vous, et exigez que celui qui vous parle vous respecte et vous prenne en compte. Dans les campagnes, vous ne valez que pour votre carte d’électeur. L’Autre Campagne, c’est, précisément, autre chose .“

L’Autre Campagne a comme point fort l’organisation et la coordination des processus de lutte et de résistance. A Pijijiapan, Marcos a invité à une “grande mobilisation à échelle de l’état et de la nation” contre les tarifs élevés de l’électricité, proclamant : “Faites la même chose que nous, mais sans les armes ! Unissez toutes vos petites luttes et faites-en une seule, très grande, afin que le gouvernement ne puisse pas la vaincre.”

En réaction, certains acteurs politiques préfèrent se taire (laissant un vide autour de la proposition), d’autres célèbrent le caractère politique, civil et pacifique de l’initiative (tel le porte-parole de la Présidence de la République), d’autres encore critiquent directement le mouvement, affirment que le Sous Commandant Marcos a perdu sa présence et ses adeptes, questionnant le financement de l’EZLN et de l’Autre Campagne, et son absence de propositions, entre autres. Après le Chiapas, le Sous Délégué a poursuivi la route en direction du Quintana Roo et du Yucatán…

Le Chiapas dans le contexte électoral de l’Autre Campagne

Première chose à signaler, la moitié du Chiapas est toujours dans un état de vulnérabilité extrême suite aux séquelles qu’ont laissées les ouragans Stan (le 5 octobre) et, dans une moindre mesure, Wilma (le 21 octobre) dans le sud du Mexique. Le passage de Stan a ravagé des millions d’hectares dans les états de Veracruz, Hidalgo, Puebla, Oaxaca et Chiapas, où les dommages les plus importants ont été enregistrés dans les zones rurales et dans les quartiers pauvres des villages et des villes, ceux qui sont dans des zones à risques : des milliers de maisons ont été affectées, des populations ont été isolées, des routes ont été détruites, des centaines de ponts se sont effondrés. Les chiffres varient, mais on calcule entre une dizaine et une centaine de morts.

Plusieurs instances civiles intégrantes du ‘Réseau d’Organisations pour l’Urgence au Chiapas’ (Red de Organizaciones para la Emergencia en Chiapas) ont dénoncé au mois de novembre : “Nous avons constaté que les versions officielles étaient fausses. L’aide humanitaire apportée aux populations rurales des régions Costa, Sierra et Soconusco s’est avérée minime et désordonnée. Les routes de terre, les chemins et les ponts suspendus n’ont quasiment pas été réparés, mises à part certaines routes qui font le lien avec d’autres régions du Chiapas. Des centaines de communautés rurales dans de nombreuses municipalités de la Sierra sont toujours isolées et ne reçoivent aucune assistance quant à leurs premières nécessités de santé, d’éducation, d’assainissement et d’alimentation, alors que la plus grande part des cultures a été ravagée, ou que l’unique récolte annuelle a été perdue.”

Wilma a surtout affecté le pôle touristique de la Riviera Maya et de Cancún, générant une réponse économique beaucoup plus rapide, étant donnés les intérêts en jeu. Le sud du Mexique n’a pas reçu la même attention. La reconstruction prendra beaucoup plus de temps, au risque d’entraîner l’augmentation de la migration déjà croissante (autant mexicaine que centraméricaine, puisque toute la région a été affectée par le passage des deux ouragans). Sont aussi préoccupantes les tentatives de capitalisation que les acteurs politiques font ou pourraient faire de ce désastre. Dans plus d’un espace (incluant le parcours du Sous Délégué Zéro), il a été dénoncé de quelle façon une partie de l’aide humanitaire a été bloquée pour pouvoir utiliser ensuite les provisions à des fins de prosélytisme.

Dans la zone d’influence zapatiste, on note ces derniers mois un contexte social prêt à imploser suite à certains conflits qui pourraient dériver en situations de violence généralisée. On remarque principalement deux zones de fortes tensions : Chilón et Las Margaritas. Mi octobre, on a dénoncé que des membres de ‘l’Organisation pour la Défense Indigène et Paysanne’ (OPDDIC) avaient l’intention de démanteler la municipalité autonome d’Olga Isabel et d’arrêter ses autorités. Le Conseil de Bon Gouvernement Zapatiste de Morelia a dénoncé, de plus, la présence de 35 personnes armées. En novembre, à Las Margaritas, l’organisation ‘Centrale Indépendante des Ouvriers Agricoles et Paysans’ (CIOAC) a attribué aux zapatistes la mort de 6 de ses membres. L’EZLN a démenti les faits. En décembre, le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas a dénoncé “le risque latent que se présentent de nouveaux faits de violence (…) sur la municipalité de Las Margaritas” si l’on ne traite pas dans l’urgence ces problèmes.

Droits humains : “une longue liste de promesses en attente”

Le 10 décembre, dans le cadre du 57e anniversaire de la promulgation de la Déclaration Universelle des Droits Humains, des défenseurs et des militants ont assuré qu’il existait au Mexique “une longue liste de promesses en attente” qui n’avaient pas été concrétisées concernant la consolidation des garanties élémentaires. Ils ont affirmé que l’absence de politiques institutionnelles garantissant que l’exercice des droits humains soit un axe directeur aux trois échelles du gouvernement “limitait les efforts impulsés par l’administration de Fox à un exercice de clairs-obscurs, sans toujours constater le lien entre l’intérêt discursif et les actions menées”.

Dans le cadre de la commémoration du 37e anniversaire du massacre de Tlatelolco le 2 octobre, Amnesty International, le Réseau National des Organismes de Droits Humains Tous les Droits pour Tous, le Centre des Droits Humains Miguel Agustín Pro Juárez et la Commission Mexicaine de Défense et de Promotion des Droits Humains, dénonçaient alors : “ce gouvernement a failli face à la possibilité de rendre justice pour les crimes du passé, les massacres d’étudiants en 1968 et 1971, et les centaines de disparus de la ‘Guerre Sale’. Fox a fait de petites choses, a beaucoup parlé, a promis, et n’a pas tenu. (…) Dans ce gouvernement, l’impunité perdure, de la même façon qu’avec les antécesseurs du PRI, et les mêmes violations aux droits humains se sont produites que par le passé : on continue à assister à des disparitions forcées, à des détentions illégales, à des exécutions, à des pratiques de torture et à des enlèvements, parmi tant d’autres. ”

Donnée qui a eu un fort écho dans les médias, le Mexique est le deuxième plus mauvais pays du continent quant à la liberté d’expression, d’après le classement publié par Reporters Sans Frontières (RSF). Selon la Fédération Latino-américaine des Journalistes (FELAP), le Mexique est à la tête des pays de la région pour le nombre d’agressions à des communicants, avec 52 assassinats et deux disparitions au cours des 22 dernières années. Dans ces 18 derniers mois, 8 journalistes mexicains ont été assassinés, un autre est porté disparu depuis avril. Au Chiapas, selon une déclaration du Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas le 8 octobre, ”l’exercice du travail de journaliste dans notre état se trouve limité sur le plan juridique par des sanctions contemplées dans le Code Pénal de l’Etat concernant la Diffamation et la Calomnie, la ‘Loi du Bâillon’ entrée en vigueur en mai 2004.” Fin octobre, deux affaires préoccupantes ont eu lieu : la journaliste Concepción Villafuerte, directrice de “La Foja Coleta”, a dénoncé des menaces à son encontre ; des éléments de la Police Municipal de San Cristobal de Las Casas ont dit avoir reçu l’ordre de l’éliminer, et ont reconnu qu’eux-mêmes étaient victimes d’abus et de menaces de la part de leurs supérieurs. La journaliste a été poursuivie pour délit de diffamation par le directeur de la corporation de police de la ville. Ce même mois, le Directeur Général du Journal Quotidien et Hebdomadaire ‘El Orbe’, Enrique Zamora Cruz, a été détenu après avoir publié des informations critiques sur la situation dans les régions affectées par Stan.

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:: DOSSIER

10 ans au service du peuple:

La Police Communautaire au Guerrero

Samedi 15 octobre 2005, Pueblo Hidalgo, Montaña, Guerrero.

200 policiers défilent au rythme des fanfares, sous l’œil sévère et les épaisses moustaches d’Emiliano Zapata (une immense fresque sur une toile accrochée au plafond), face à un public de 500 personnes : des représentants de villages, d’organisations indigènes, sociales et non gouvernementales. Après la salutation au drapeau, tous entonnent l’hymne national du Mexique, d’abord en tlapanèque (une des 4 langues indigènes qui existent dans l’état du Guerrero), puis en espagnol.

Il pourrait s’agir de n’importe quelle célébration officielle… Mais celle-ci a une autre connotation. Ces policiers ne sont pas ‘officiels’. Ces 200 hommes en uniforme sont des ‘policiers communautaires’ : en plus de leur propre métier, ils garantissent la sécurité de leur village, gratuitement, comme un service et un devoir.

Quand les délinquants faisaient la loi

C’est en 1992 que tout a commencé. Dans la région Costa-Montaña (Côte-Montagne) du Guerrero se multipliaient les attaques, les vols, les enlèvements, les viols, les vols de bétail et le trafic de drogue. Tous les ingrédients étaient réunis pour favoriser les associations délictueuses : une pauvreté extrême, la chute des prix des produits agricoles, la culture et le trafic de stupéfiants en pleine expansion, le mauvais état –voire l’absence– de voies de communication, entre autres. La population vivait dans une peur constante, et considérait que la police officielle, quand elle n’était pas complice des malfaiteurs, ne parvenait pas à les arrêter.

Face à cette situation, la Paroisse de Santa Cruz del Rincón, municipalité de Malinaltepec, a convoqué les autorités communautaires et religieuses pour analyser ensemble la situation et les besoins des populations de la région. Se sont joints à cet espace, des coopératives de café et de maïs, ainsi que le ‘Conseil du Guerrero 500 Ans de Résistance Indigène, Noire et Populaire’ (créé, à l’origine, pour coordonner les manifestations contre la célébration des 500 ans de la conquête espagnole).

De discussion en discussion, 36 villages se sont rassemblés et se sont organisés pour former la ‘Police Communautaire’ le 15 octobre 1995. Les policiers communautaires, tous volontaires, ont commencé par surveiller les chemins et accompagner les camionnettes de passagers pour éviter des attaques. Quand ils arrêtaient un délinquant, ils le remettaient aux instances officielles de justice. Mais ils remarquèrent que les détenus qui avaient de l’argent pouvaient acheter leur liberté, et que ceux qui se trouvaient incarcérés avaient de fortes chances de récidiver à leur sortie.

De la sécurité à la rééducation

En 1997, devant ce constat, les villages ont décidé qu’il fallait élargir le projet de la Police Communautaire à la justice : ils ont alors créé le ‘Système de Sécurité, de Justice et de Rééducation Communautaire’ (SSJRC). Indépendamment des ethnies, des partis politiques, des religions ou des intérêts économiques, le SSJRC a trois principes de base :

  • Enquêter avant de poursuivre en justice ;
  • Concilier plutôt que juger ;
  • Rééduquer au lieu de punir.

Ce système de justice présente beaucoup de ressemblances avec celui des ‘Caracoles’ zapatistes au Chiapas : “Nous, nous pensons et croyons qu’il existe une autre forme de rendre la justice. On ne cherche pas dans le livre quel article a été violé, (…) ce que fait la justice officielle. L’argent n’entre pas en compte. (…) La première chose, c’est l’enquête, nous allons voir les faits, nous travaillons beaucoup la conciliation, la médiation et le fait d’être neutres. Rendre justice sans l’argent du pouvoir (…). Nos lois, ce sont les us et coutumes. Si quelqu’un a volé, il faut chercher pourquoi il a volé, parce que tous sont dans le besoin. “ (Conseil du Bon Gouvernement de Morelia – interview SIPAZ, mars 2005).

Pour le SSJRC, le délinquant n’est pas envisagé comme la personne ‘à éliminer’ afin que le village puisse ‘vivre en paix’. Quand un délit est commis, tous sont victimes, non seulement la personne offensée, mais aussi le délinquant (parce qu’il a perdu le plus important dans la cosmovision indigène, son honneur, sa parole, ce qui le fait homme), tout comme la communauté (parce qu’elle ‘ne s’est pas rendue compte que cette personne prenait un mauvais chemin’, ‘qu’elle n’est pas parvenue à le remettre à nouveau dans la bonne direction’). A travers cette conception, la justice et la sécurité sont responsabilité de tous, aussi il s’agit de chercher comment parvenir à restaurer la relation endommagée, rétablir le tissu social.

Quand les policiers détiennent un délinquant, ils l’amènent aux instances communautaires correspondantes qui décident de la sanction appropriée. Le délinquant n’a pas droit à un avocat, sauf si ce dernier travaille gratuitement, afin d’assurer que tous soient égaux devant la justice, avec ou sans argent. Le délinquant peut être défendu par sa famille, ou assurer lui-même sa défense. On va toujours tenter de privilégier la conciliation entre la victime et l’agresseur, tout comme la réparation des dommages. Il n’y a pas de prison, parce que l’on considère que les prisons ne permettent pas de rééduquer le délinquant et n’amènent aucun bénéfice aux villages. Selon la gravité du délit, le délinquant doit effectuer des travaux communautaires, gratuitement, en échange de son alimentation fournie par la population. Il construit des routes, des ponts, des bâtiments publics… “Si nous avons décidé que les personnes en cours de rééducation feraient des travaux pour le village, ce n’est pas pour en faire des esclaves, sinon pour leur permettre de récupérer le principe du travail, leur donner une formation qu’ils n’ont pas eu, d’une certaine manière”, explique le commandant régional Bruno Plácido Valerio (La Jornada - 28/09/2005). De plus, les délinquants sont invités à des entretiens avec les anciens (gardiens de l’histoire et de l’expérience communautaire) pour réfléchir à leurs actes. Si un délinquant récidive, on double son temps de travail communautaire.

Une justice qui se construit d’en bas

Aujourd’hui, le SSJRC est appliqué dans 63 villages (mixtèques, tlapanèques, nahuas et métisses) appartenant à 6 municipalités de la Costa-Montaña, représentant 100.000 personnes. Chaque village a son commandant et ses policiers communautaires, nommés en assemblée tous les 3 ans. On compte 612 policiers communautaires chargés d’assurer la sécurité et d’arrêter les délinquants. Sur les 63 commandants communautaires, 6 sont élus commandants régionaux et forment le ‘Comité Exécutif’ de la Police Communautaire durant un an. C’est la reproduction des instances communautaires locales à échelle régionale.

Quand les policiers communautaires détiennent un délinquant, c’est la victime qui décide si elle veut que son affaire soit traitée par le Ministère Public (instance de l’état) ou par le système de justice communautaire. La plupart choisissent le second, entre autres parce qu’il traite plus rapidement les affaires.

La justice est administrée par différentes instances selon les délits. S’il s’agit de fautes légères (disputes entre personnes ivres, vols mineurs, problèmes intrafamiliaux…), c’est le commissaire du village où a eu lieu le délit qui prend en charge l’affaire. Pour les délits graves (attaque avec violence, trafic de stupéfiants, viol, homicide…), a été créée la ‘Coordinatrice Régionale des Autorités Communautaires’ (CRAC), organe composé de 6 commissaires régionaux qui font office de juges. Les commissaires changent chaque année, afin d’éviter la concentration du pouvoir dans les mains d’un petit nombre de personnes. Les délits d’extrême gravité sont du ressort de ‘l’Assemblée Régionale des Autorités Communautaires’, formée par l’ensemble des autorités de sécurité et de justice des 63 villages. Cette instance traite aussi d’autres points, comme la relation du SSJRC avec les gouvernements des municipalités, de l’état et de la fédération, la nomination des intégrants de la CRAC et du Comité Exécutif, ainsi comme les approbations ou modifications au règlement interne.

La répression subie pendant ces 10 années

Sur 10 ans, le bilan du SSJRC est particulièrement positif : il est parvenu à réduire de 90% à 95% la délinquance dans la région. Selon les chiffres annoncés au cours de l’anniversaire, sur les 1.484 demandes instruites entre 1997 et 2005 :

  • 1.203 ont été résolues par conciliation ou processus de rééducation ;
  • 247 sont en attente ;
  • 34 délinquants sont en fuite.

Ces résultats ont commencé à susciter beaucoup de curiosité et d’intérêt ces derniers temps, d’autant plus si on les compare avec le système de justice mexicain qui souffre de sérieuses limitations : “L’existence d’un problème de fond dans le système pénal de justice du Mexique est illustré par les données vérifiées dans les rapports 2002 de la majorité des commissions des droits humains des états et la Commission Nationale des Droits Humains, qui enregistrent que les autorités le plus fréquemment signalées responsables de violations aux droits humains sont les instances de procuration de justice des états et de la fédération.” (Diagnostique sur la Situation des Droits Humains au Mexique, Bureau du Haut Commissionnaire des Nations Unies pour les Droits Humains au Mexique – 2003).

Les communautés revendiquent la légalité du SSJRC en s’appuyant sur la convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), signée par le Mexique en 1990, qui reconnaît le droit à la libre détermination des peuples indigènes, ainsi que les articles 2, 4, 115 et 139 de la Constitution Mexicaine, et la loi organique municipale du Guerrero. Elles ajoutent que ce système a été légitimé par les peuples eux-mêmes. Mais ces arguments ne semblent pas convaincre le gouvernement du Guerrero, qui a oscillé entre tolérance et répression au cours de ces 10 années. Au début, quand il s’agissait seulement de policiers qui remettaient les délinquants au système de justice officiel, l’initiative était plutôt bien vue. Le gouvernement du Guerrero a même été jusqu’à offrir des armes au SSJRC en 1997, et l’Armée Mexicaine a formé les policiers de 1995 à 1997.

Mais quand l’organisation a décidé de rendre la justice, c’est-à-dire, de construire un système parallèle sans recourir à l’état, la répression s’est accrue : appréhension de commissaires soi-disant coupables du délit de privation illégale de la liberté, désarmement régulier des policiers communautaires par l’Armée depuis 1996, fabrication de délits au curé de Santa Cruz del Rincón, conseiller du SSJRC, et à Bruno Plácido Valerio, et détention de ces deux hommes en 2000, et menaces à d’autres intégrants. Jusqu’à ce jour, les propositions de régularisation de la Police Communautaire venant du gouvernement de l’état ont été systématiquement refusées.

Les limites du Système de Sécurité, de Justice et de Rééducation Communautaire

“Au cours de ces 10 ans, nous avons beaucoup avancé, et beaucoup trébuché aussi”, soulignait le commissaire Cirino Placido Valerio durant le 11e anniversaire du Centre des Droits Humains de la Montaña ‘Tlachinollan’ (le 3/06/2005). Aujourd’hui, ce modèle alternatif de sécurité et de justice est confronté à certaines difficultés. Les populations ont pour priorité de trouver des alternatives de subsistance. Beaucoup émigrent au nord du pays ou aux Etats-Unis, surtout les jeunes. Quelques-uns commencent à mettre en question l’absence de salaire aux policiers. Face à cette situation, il a été accordé que chaque village devait aider davantage ses policiers.

Dans certains villages, il devient difficile de trouver des volontaires pour servir comme policiers, parce que les hommes ne peuvent pas, ou se découragent devant les risques que ce travail implique (5 hommes, policiers et commandants, ont déjà perdu la vie dans l’exercice de leurs fonctions). Il y a des villages qui s’impliquent moins, où les anciens ont arrêté d’avoir des entretiens avec les délinquants. “Il n’y a plus la participation du cœur et de la fougue”, souligne Gelasio Barrera, commandant régional. (La Jornada - 28/09/2005)

Le SSJRC est aussi confronté à des difficultés financières. Pour pouvoir fonctionner correctement et couvrir les frais opérationnels (essence, maintenance des véhicules, radios, etc.), il est amené à rechercher des fonds, tout en gardant une indépendance vis-à-vis des partis politiques et des appareils du gouvernement. Une association civile a été créée afin de pouvoir recevoir des aides financières d’instances privées comme publiques.

Le SSJRC doit relever un autre défi d’envergure : la place donnée aux femmes au sein de son organisation. En 1998, 5 femmes avaient été invitées à travailler avec la CRAC pour mieux traiter les cas impliquant des femmes, en tant que victimes ou agresseurs. Mais la discrimination interne des hommes avait ensuite découragé plusieurs d’entre elles de continuer. Dans le cadre du dixième anniversaire, la CRAC a invité à nouveau les femmes à participer, non seulement au sein de cette instance régionale, mais aussi dans chaque village. Les femmes ont répondu présentes : “L’objectif de notre participation, c’est une Police Communautaire qui contemple nos regards et écoute nos voix. A la fin, la lutte est collective, et dans cette collectivité, nous, nous sommes l’autre moitié qui cherche, ensemble avec nos compagnons, une meilleure qualité de vie où l’on respecte nos droits comme peuples indigènes.”

Le SSJRC a été également critiqué à propos des différences entre l’interprétation positive des droits humains et la cosmovision des peuples indigènes. Par exemple, pour le SSJRC, il existe le délit de ‘sorcellerie’, qui n’est pas reconnu dans le droit positif. A ce titre, il convient de souligner que les systèmes normatifs ne sont pas figés. Si la CRAC s’inspire des us et coutumes, c’est pour les discuter et les adapter à la réalité dans laquelle vivent aujourd’hui les communautés : “Les peuples indigènes (…) ont retourné leur regard, leurs sentiments et leur intelligence, vers leur propre source culturelle et juridique, et ont su réadapter et dynamiser leurs systèmes normatifs pour pouvoir vivre comme peuples indigènes et comme citoyens mexicains du troisième millénaire. (…) On recrée la coutume pour l’adapter à un modèle occidental avec fondement constitutionnel et selon la législation internationale. ” (X Rapport de Tlachinollan)

Bilan et nouveaux défis

L’anniversaire de la Police Communautaire a servi de prétexte pour analyser le chemin parcouru, reconnaître les erreurs et se proposer de nouveaux défis : “Quelque chose qui a des racines et naît d’en bas, et qui prend vie et légitimité, cette chose-là a un futur, ce n’est pas une chose artificielle. Nous avons trébuché, mais nous avons aussi eu de bons résultats, chaque jour nous nous améliorons. La police n’est pas pressée de croître, il y a beaucoup de demandes pour en faire partie, mais c’est au village de décider, en assemblée, ce n’est pas une décision des autorités”, commentait Cirino Plácido Valerio.
Les participants à l’anniversaire ont accordé la nécessité de penser à la sécurité et à la justice d’une façon globale, comprenant la défense du territoire, la recherche de la souveraineté alimentaire, la mise en place du commerce équitable et la participation active des femmes dans tous ces domaines : envisager la construction populaire d’un nouveau projet de nation. Il a été fait référence aux zapatistes à maintes reprises, on a revendiqué la nécessité d’appliquer les Accords de San Andrés par la voie des faits, de faire partager davantage toutes les expériences de libre détermination des peuples, et de soutenir l’Autre Campagne proposée par l’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale). Les participants ont appelé à continuer de récupérer leurs propres formes d’organisation, en marge des partis, à chercher au sein des peuples eux-mêmes la solution aux problèmes politiques, agraires et éducatifs, à récupérer une capacité organisatrice à échelle régionale entre les communautés. On a souligné l’importance de l’éducation et de la récupération de la mémoire historique pour former les jeunes générations.

Le défi est ambitieux, et le chemin est long. Dans divers endroits de la République, le système communautaire des peuples indigènes est de plus en plus difficile à maintenir. Mais en même temps que l’on remarque des ruptures au sein du tissu communautaire, on observe aussi l’apparition de nouveaux modèles et propositions venant des peuples eux-mêmes : ”Si les politiques publiques d’assistance individuelle, le libre-échange, la migration, le narcotrafic et la culture de la consommation font des ravages au sein de l’identité, de la subsistance et de l’organisation traditionnelle des peuples indigènes, il est aussi vrai que des processus inverses comme le Système de Sécurité, de Justice et de Rééducation Communautaire font office de contrepoids. Devant cette situation, nous pouvons imaginer que l’identité, la culture et l’organisation de nombreux peuples et communautés indigènes vont se rompre, se dégrader, voire disparaître. Mais on peut aussi envisager que de nombreux peuples et communautés, vont non seulement survivre, mais en plus en sortir grandis, renforcés, avec des structures autogérées s’organisant et s’articulant dans divers domaines et à diverses échelles, se convertissant en tisseurs de leur propre destinée.” (XI Rapport de Tlachinollan)

Au Guerrero comme au Chiapas, les systèmes normatifs de vie qui se construisent d’en bas cherchent de plus en plus une forme d’intégrité pour pouvoir se maintenir et se développer, comprenant autant la subsistance que la justice, l’éducation ou la santé. Par ailleurs, ils voient la nécessité de fonctionner en réseaux à échelle non seulement locale, mais aussi régionale, de l’état, nationale et internationale. Chaque modèle d’autonomie a son histoire et ses particularités et n’est pas reproductible dans une autre réalité. Il s’agit plutôt de faire connaître ces alternatives, comme autant de réponses particulières et créatives des peuples, pour apprendre les uns des autres afin de se renforcer et ainsi mieux résister.

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:: ARTICLE

“Aux morts qui nous ont donné la vie...”

2 novembre 2005, El Limar, municipalité de Tila, Zone Nord du Chiapas, Mexique.

Nous nous trouvons à l’intérieur de l’église du Limar, une église maintenue fermée pendant de nombreuses années à cause de la violence qui régnait dans la région, empêchant aux fidèles l’usage du temple. Au centre, un autel a été dressé avec les décorations typiques du Jour des Morts, célébrations qui se déroulent dans tout le pays. Un par un, les assistants s’approchent en tenant une bougie allumée, sur laquelle un carton indique le nom d’un parent, son origine et la date de son décès.

Un homme âgé tient une bougie qui porte le nom de Minerva Pérez Torres, qui venait du village de Masoja Shucjá, décédée le 22 juin 1996… Le corps de Minerva, âgée de 15 à 17 ans au moment des faits, n’a jamais été retrouvé. Cependant, on attribue sa mort à l’organisation “Desarrollo, Paz y Justicia” (Développement, Paix et Justice) liée au Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) : on accuse cette organisation d’être paramilitaire suite à des actions qu’elle a mené contre des membres d’opposition (sympathisants de l’Armée Nationale de Libération Nationale - EZLN, du Parti de la Révolution Démocratique – PRD - ou de l’église catholique).

Le 2 novembre dernier, 200 personnes de la Zone Nord du Chiapas, venant de 11 villages, se sont réunies pour commémorer les plus de 120 assassinés et disparus dans la région de 1994 à 2000. Pour la première fois, ils se sont réunis publiquement pour revendiquer la mémoire et la justice. Beaucoup d’entre eux comptaient parmi les plus de 4.000 déplacés, qui avaient dû tout abandonner au moment le plus dur du conflit afin de sauver leur vie.

Du 28 octobre au 2 novembre, se sont également déroulés à San Cristóbal de las Casas une série d’évènements politiques et culturels dans le cadre de la “Semaine en honneur des morts, disparus et prisonniers”. Cette initiative avait surgi de l’EZLN durant la réunion plénière de l’Autre Campagne mi septembre, et fut reprise para la société civile : théâtre de rue, vidéos, posters récupérant l’histoire des années récentes et des victimes de la répression, chanteurs compositeurs et réflexions se sont succédés dans le centre de la ville et les quartiers alentour.

Dans les deux cas, il s’agissait de se souvenir et de maintenir présents tous ceux qui sont morts, disparus ou restent prisonniers pour défendre la liberté et la justice. Un moment de mémoire historique collective visant non seulement à ne pas oublier, mais aussi à pouvoir rétro alimenter les luttes et les espérances de construction d’un monde meilleur pour tous…

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:: ACTIVITES DU SIPAZ

D’octobre 2005 au 15 janvier 2006

PRÉSENCE INTERNATIONALE ET ACCOMPAGNEMENT

CHIAPAS

En octobre, nous avons passé dix jours dans plusieurs villages et villes de la Zone Nord du Chiapas pour nous entretenir avec différents acteurs de la région: personnes déplacées, dirigeants de différents groupes politiques, instances de gouvernement, membres d’églises, bases de soutien zapatistes, des organisations paysannes et sociales.

Début novembre, nous nous sommes à nouveau rendus dans la Zone Nord pour assister à la rencontre organisée au Limar par les familles des plus de 120 assassinés et disparus (entre 1994 et 2000). Au même moment, nous avons aussi assisté aux événements réalisés à San Cristóbal de Las Casas dans le cadre de la Semaine en honneur des Morts, Disparus et Prisonniers (voir article dans ce bulletin).

En décembre, nous avons visité plusieurs communautés de Chenalhó pour nous entretenir avec les acteurs religieux (églises catholique et presbytérienne principalement) qui avaient participé à un projet d’échanges mené par SIPAZ de 2001 à 2004. Nous avons assisté à la commémoration du Massacre d’Acteal le 22 décembre.

Du 1er au 14 janvier, nous avons accompagné en tant qu’observateurs internationaux le parcours du ‘Sous Délégué Zéro’ à travers l’état du Chiapas (voir bulletin final).

Du 8 au 15 janvier, nous avons participé aux Brigades d’Observation coordonnées par le Centre des Droits Humains Fray Matías de Córdoba dans la région touchée par l’ouragan Stan.

Nous nous sommes réunis avec les Conseils de Bon Gouvernement des 5 caracoles zapatistes.

GUERRERO

Du 13 au 15 octobre, nous avons assisté à la célébration du dixième anniversaire de la Police Communautaire à Pueblo Hidalgo, Guerrero (voir dossier dans ce bulletin). Nous nous sommes aussi réunis avec des membres du Centre des Droits Humains de la Montaña Tlachinollan.

Début décembre, nous avons été présents lors du forum “Défendre le territoire” à Tlapa, Guerrero. Les objectifs de cet espace visaient à analyser différentes problématiques autour du territoire, et partager des expériences de résistance quand à sa défense.

INFORMATION

Nous avons reçu des visites, des délégations, des étudiants et des journalistes, venant en majorité des Etats-Unis et d’Europe, pour leur faire connaître le contexte du Chiapas et le travail de SIPAZ.

Un membre de l’équipe a terminé sa tournée à travers différentes villes d’Allemagne, initiée en janvier 2005 : 75 présentations sur le Chiapas et SIPAZ, 180 représentations de spectacles de marionnettes sur la réalité des communautés indigènes et 2 ateliers de transformation des conflits ont été donnés.

En décembre, nous nous sommes réunis dans la ville de Mexico avec des membres de l’ambassade d’Allemagne.

Nous continuons de participer au séminaire “L’œuvre d’Immanuel Wallerstein : une grammaire pour comprendre le monde actuel à travers une perspective critique“ coordonné par le “Centre d’Etudes, d’Information et de Documentation : Immanuel Wallerstein“.

En octobre, nous avons assisté à une réunion dans laquelle le Bureau pour l’Amérique Latine du WSP (War-torn Societies Project) a partagé son diagnostique : “Chiapas dans le contexte actuel depuis la vision des acteurs“.

En décembre, nous avons réalisé des entretiens et présentations sur le contexte du Chiapas et le travail du SIPAZ à Marseille (France) et Amsterdam (Hollande).

CONTACTS ET MISE EN RESEAU

Du 16 au 18 novembre, nous avons participé à la rencontre : “Accompagnant pour le Futur : Première Rencontre d’Accompagnement International“ organisé par SweFOR à Santa Fe de Bogota, en Colombie.

Le 30 novembre, nous avons participé à un espace d’analyse avec différents acteurs du Chiapas et d’autres états du Mexique, organisé par PROPAZ / Serapaz, à San Cristobal de Las Casas.

Nous continuons de participer au Réseau pour la Paix, un espace d’action et de réflexion qui rassemble 16 organisations qui cherchent à accompagner les processus de paix et de réconciliation au Chiapas.

Fin novembre, nous avons participé à une réunion du Réseau Mexicain de Constructeurs de Paix, pendant deux jours à San Cristobal de las Casas, Chiapas, afin de planifier les activités pour 2006.

Nous avons eu des visites et réunions avec des membres des organisations qui font partie de notre coalition : Brigades de Paix Internationales – PBI (projets Mexique et Guatemala), SweFOR (Suède) et CAREA (Allemagne).

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