:: ACTUALITÉ
De l’Alerte Rouge à la Sixième Déclaration de la Jungle Lacandone
Alerte Rouge zapatiste : incertitudes...
L’Alerte Rouge décrétée par l’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale) le 20 juin dernier a à nouveau attiré l’attention du Mexique et du reste du monde sur le Chiapas. A travers un communiqué, le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène - Commandement Général (CCRI-CG) a décrété la fermeture de ses structures civiles autonomes. Il a fait savoir que ses membres avaient été mis “à l’abri” et que, jusqu’à nouvel ordre, ils continueraient leur travail de manière “transhumante”. L’état d’alerte dans tout le territoire rebelle a également signifié le regroupement des commandants militaires, des bases de soutien et des insurgés zapatistes qui réalisaient un travail social dans les communautés, ainsi que l’évacuation de la société civile nationale et internationale présente à ce moment-là dans les municipalités autonomes. Seuls les services de santé communautaire ont été maintenus. L’EZLN a exclu de responsabilité, quand à ses actions futures, toutes les personnes, organisations civiles, politiques et comités de solidarité, et les a remercié de leur soutien à la lutte pacifique des indigènes zapatistes. Parallèlement, ils ont annoncé la rupture de tous les contacts existant entre la structure civile zapatiste et les institutions gouvernementales de l’état du Chiapas.
Ce n’est pas la première fois que l’EZLN se déclare en “Alerte Rouge”. Elle l’avait également fait en 1995 lors de l’offensive militaire du gouvernement ainsi qu’en 1997, après le massacre d’Acteal. Mais l’annonce de cette mesure en plein processus de construction d’autonomie par la voie des faits a généré une grande incertitude : la réapparition d’un langage fortement militaire pouvait laisser penser à un éventuel retour aux armes... ce qui a mis en évidence – pour ceux qui tendaient à le minimiser – le fait que la guerre perdure, une guerre où les deux acteurs (l’Armée Mexicaine et l’EZLN) sont toujours armés, où la déclaration de guerre de janvier 1994 est toujours valide. En prenant connaissance des communiqués zapatistes suivants, on a commencé à parler d’un “important signe politique”. Il était alors clair que les communiqués obéissaient à une logique de lutte politique et idéologique plus que militaire. Utilisant son habileté discursive et sa capacité de communication, l’EZLN a lancé une “provocation” risquée et tout à la fois mesurée pour annoncer une “nouvelle étape” dans la lutte zapatiste.
...et naissance d’une nouvelle initiative
Dans un second communiqué, suite à l’Alerte Rouge, l’EZLN a annoncé que depuis l’été 2002, parallèlement au processus autonome, elle avait mené à bien une restructuration politique et militaire interne qui devait lui permettre de répondre à toute attaque du gouvernement. Le troisième communiqué expliquait avec plus de clarté que l’Alerte Rouge avait été une “mesure préventive” pour protéger un processus de consultation interne convoqué par le CCRI-CG. Il faut rappeler qu’en février 1995, le gouvernement d’Ernesto Zedillo avait réalisé une offensive militaire pour arrêter le Haut Commandement Zapatiste, alors même que l’EZLN réalisait une consultation interne. L’EZLN a communiqué qu’il s’agissait d’une consultation entre les insurgés et les bases de soutien pour évaluer les années de lutte et de résistance avant de convenir d’une “nouvelle étape”, en assumant ce que cela impliquait, à savoir le risque de perdre “le peu, ou tout ce qu’ils avaient gagné“. Ils ont encore indiqué que face à ce processus “tou(te)s les zapatistes ont la liberté morale de continuer ou non avec l’ EZLN durant l’étape suivante”.
Par la suite, dans une lettre dirigée à la Société Civile Nationale et Internationale, le Sous-commandant Marcos a définitivement écarté les doutes en déclarant que la prochaine étape ne serait pas militaire. Il se rapproche ainsi à nouveau de la société civile pro-zapatiste qui accompagne le processus autonome civil et qui était resté déconcertée devant la fermeture des Caracoles et des Comités de Bon Gouvernement, la partie visible du mouvement zapatiste. Le cinquième communiqué a fait savoir qu’après avoir consulté les communautés indigènes (par le biais d’assemblées), l’EZLN avait décidé d’entreprendre “une nouvelle initiative politique de caractère national et international” qui allait être expliquée à travers la Sixième Déclaration de la Jungle Lacandone.
Il convient de rappeler que les Déclarations antérieures avaient été – sauf la Première qui coïncide avec la déclaration de guerre – un appel à la mobilisation pacifique de la société civile pour parvenir à une réforme intégrale de l’Etat mexicain. La Seconde Déclaration (1994) annonçait la Convention Nationale Démocratique ; la troisième, la formation du Mouvement de Libération Nationale (MLN) ; la quatrième, la création du Front Zapatiste de Libération Nationale (FZLN) et la cinquième, la consultation pour la Reconnaissance des Peuples Indiens et pour la fin de la Guerre d’Extermination. Ces multiples propositions n’ont pas toujours eu les résultats escomptés en termes de participation.
La Sixième Déclaration dresse un bilan de l’histoire et de la lutte zapatistes au cours des 11 dernières années. Dans ce long document, les zapatistes soulignent : “nous sommes arrivé à un point où nous ne pouvons pas aller plus loin” ; une “nouvelle étape de la lutte indigène n’est possible que si les autochtones créent des alliances (...) avec les ouvriers des villes et les paysans”. Les Zapatistes analysent la situation actuelle à échelle nationale et internationale : on vit “une guerre de conquête dans le monde entier, une guerre mondiale”. C’est pourquoi ils proposent la création d’un nouveau “front élargi” à échelle nationale : “une alliance de personnes et organisations de la gauche authentique, parce que nous pensons que c’est dans la gauche politique que se trouve la véritable idée de résistance contre la globalisation néolibérale, et la construction d’un pays avec justice, démocratie et liberté pour tous”. Pour ce faire, ils prévoient d’envoyer une délégation de l’EZLN durant une période indéfinie à parcourir le pays et forger des alliances avec des groupes politiques et sociaux, indigènes, ouvriers, paysans et étudiants afin d’unir les résistances contre le néolibéralisme. L’objectif de ces rencontres est de créer “un programme national de lutte, mais un programme qui soit clairement de gauche, c’est-à-dire, anticapitaliste”. Les zapatistes repositionnent ainsi le centre de leur stratégie à échelle nationale, en se proposant une politique active d’alliances. Ils choisissent de réactiver la citoyenneté et de “la faire sortir” de la logique des campagnes électorales partisanes, pour former un front en faveur des changements de fond dont le pays a besoin, comme une nouvelle constitution, entre autres.
D’autre part, sur le plan international, les Zapatistes proposent une nouvelle Rencontre Intercontinentale pour pouvoir entrer en contact avec les luttes anti-néolibérales du monde entier. Deux Rencontres “Intergalactiques” ont déjà été organisées : à La Realidad (Chiapas) en 1996, et en Espagne en 1997. Ces deux événements sont considérés comme l’origine des rassemblements altermondialistes qui ont pris forme à Seattle en 1999.
Contexte de l’Alerte Rouge
Le moment où l’Alerte Rouge a été émise n’a pas été choisi au hasard. Si le communiqué annonçant l’état d’alerte des structures politico-militaires du zapatisme a surpris tout le monde, il s’est vite avéré qu’il ne s’agissait pas d’un coup de tête sinon du fruit d’un long processus de réflexion et d’analyse ; non d’une fin, sinon d’un commencement. Il convient d’analyser l’Alerte en prenant en compte le contexte national et tous les communiqués zapatistes émis depuis un an. Juste avant l’Alerte, l’EZLN a publié ‘L’impossible (impossible?) géométrie du pouvoir au Mexique’. Dans ce texte, l’EZLN réaffirme sa position contre les partis politiques mexicains, jusqu’à prononcer de dures critiques contre Andrés Manuel López Obrador (AMLO), probable candidat présidentiel du Parti de la Révolution Démocratique (PRD) avec une certaine chance de l’emporter. Cette année, toute la politique nationale a tourné autour du thème des élections présidentielles de 2006. Ces derniers mois, des mobilisations sociales des plus importantes ont été organisées pour empêcher qu’AMLO ne soit éliminé de la bataille électorale. López Obrador est considéré par beaucoup comme une alternative venant du peuple, comparable à Luiz Inácio Lula da Silva au Brésil ou Tabaré Vázquez en Uruguay. Néanmoins, les Zapatistes ne voient pas en lui une alternative réelle pour la gauche mexicaine. Ils font le pari de la construction d’un projet alternatif “à gauche et vers le bas”, et en ce sens, AMLO représente pour les Zapatistes la ‘droite modérée’ qui s’inscrit dans un modèle de Nation dépendant du capital international.
D’autres facteurs se sont rajoutés à l’Alerte Rouge, augmentant la tension présente dans la région. Quelques semaines auparavant, la banque Bilbao Vizcaya Argentaria - BBVA-Bancomer avait fermé neuf comptes bancaires de Enlace Civil A.C., une organisation mexicaine chargée de soutenir les projets dans les municipalités autonomes zapatistes, en l’accusant de “blanchissement d’argent illicite”. Par ailleurs, on a pu observer d’étranges regroupements de bases militaires et policières au Chiapas, un fait sans précédent depuis 2001. Ces mouvements se sont réalisés sans aucune explication de la part du Ministère de la Défense Nationale (SEDENA) ou du gouvernement fédéral. On a enregistré la fermeture de bases de l’armée à El Calvario (dans le canyon du fleuve Perla), à X’oyep et Los Chorros (toutes deux dans la région des Hauts-Plateaux), à Bochil et Escopetazo (partie nord des Hauts-Plateaux), ainsi que deux autres campements en dehors de la “zone de conflit”. Trois semaines après l’Alerte Rouge, de nouveaux mouvements se sont produits dans la municipalité de Chenalhó (Hauts-Plateaux) sans que cela signifie un retrait de l’armée du Chiapas.
Réactions diverses à l’Alerte rouge
A ce jour, le gouvernement fédéral a émis peu de commentaires sur la Sixième Déclaration. Xóchitl Gálvez, responsable de la Commission Nationale pour le Développement des Peuples Indiens (CONADEPI) a fait savoir : “la Présidence de la République attend les communiqués de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) pour savoir quand et comment ils réaliseront les actions annoncées”. L’initiative proposée a été précédée par des manipulations discursives de la part de la classe politique et certains signes de guerre.
Le jour même de l’Alerte Rouge, la SEDENA a communiqué qu’elle avait effectué une opération militaire les 15, 16 et 17 juillet, au cours de laquelle elle avait détecté et détruit 44 plantations de marihuana en territoire zapatiste. Les médias ont diffusé la nouvelle au point de présenter l’EZLN comme une narco-guerrilla. Plusieurs personnalités politiques ont demandé à l’EZLN des explications quant à ses liens avec le trafic de drogues. Cependant, il s’est vite avéré que les municipalités où l’opération avait eu lieu -Tapilula, Rayón, Pueblo Nuevo – non seulement se trouvent en dehors de la zone dite ‘de conflit’ mais qui plus est, il n’y a pas de présence zapatiste à cet endroit. Finalement le Ministère de l’Intérieur a dû démentir la première interprétation. On a pu redouter que ces accusations justifient une contre-offensive du gouvernement juste avant la nouvelle étape zapatiste.
Dans le milieu du pouvoir, la proposition zapatiste -avant même que la totalité de la VIème Déclaration soit rendue publique- a été interprétée comme l’abandon de la voie armée, le choix de l’EZLN pour la voie des urnes et sa reconversion en parti politique. Le président de la République Vicente Fox a donné “la bienvenue la plus enthousiaste à ce communiqué allant dans le sens de l’action politique et le retrait de la voie armée”, en affirmant qu’il “était aux ordres de Monsieur Marcos pour commencer une étape d’accords et d’intégration des zapatistes à la vie publique”. Le porte-parole présidentiel a assuré que le Président Fox était disposé à annuler le mandat d’arrêt “suspendu” contre le sous-commandant Marcos, afin qu’il s’incorpore sans obstacle à la vie politique. Le gouvernement a également insisté sur sa “disposition au dialogue”, et sa “recherche de rapprochements”.
Les zapatistes ont cependant clarifié que cette nouvelle initiative ne cherchait pas la reprise du dialogue (dans le sens de la reprise du processus de négociation) ; qu’ils n’allaient pas laisser les armes ; qu’ils ne retiraient pas la déclaration de guerre ; et qu’ils écartaient la possibilité de se transformer en une force politique partisane. La classe politique liée aux partis avait fait son interprétation en fonction de son propre penchant pour la voie électoral. Ce décalage a démontré l’éloignement des deux visions.
La Commission pour la Concorde et la Pacification (COCOPA) a rappelé que la Loi pour le Dialogue, la Conciliation et la Paix digne au Chiapas de 1995 restait en vigueur et que, de ce fait, il n’y avait aucune raison de débouter des mandats d’arrêt. Dans le cadre de ces accords, les zapatistes ne violent pas la loi s’ils respectent le cessez-le-feu et lancent une initiative politique. Le chargé gouvernemental pour la paix au Chiapas, Luis H. Álvarez a cependant affirmé qu’il “était incompatible d’opter pour la voie politique et de rester armé”.
Le gouvernement de l’état du Chiapas, de son côté, s’est gardé d’émettre une posture officielle face à l’Alerte Rouge, “par manque d’éléments” et parce qu’il “s’agissait d’une affaire de caractère fédéral”. Deux jours plus tard, il a annoncé, sans entrer dans les détails, que son gouvernement avait également suspendu tout contact avec les ‘Caracoles’ et les ”Comités de Bon Gouvernement”.
Lever de l’Alerte et changements dans la structure civile
Trois semaines après, le 11 juillet, le CCRI-CG de l’EZLN lève l’état d’alerte et annonce la réouverture des différents Caracoles et des bureaux des conseils des Municipalités Autonomes. Les Zapatistes invitent la société civile nationale et internationale à reprendre le contact avec la structure civile zapatiste, dont le travail reviendra peu à peu à la normale. De plus, ils annoncent, comme résultat de leur évaluation interne, une réorganisation des Caracoles. Pour corriger l’interférence entre la partie militaire et la réalisation du travail civil, une auto-critique maintes fois soulignée, les Commissions de Surveillance seront désormais composées uniquement de bases de soutien (civiles). Ces Commissions serviront de pont entre les Comités de Bon Gouvernement et les visiteurs. Elles informeront également les communautés et les Municipalités Autonomes pour que celles-ci puissent être consultées et puissent surveiller le processus autonome depuis la base. Les Zapatistes ont également annoncé la création d’une nouvelle commission à l’intérieur des Comités de Bon Gouvernement : les “Commissions d’Information“ chargées de recevoir les personnes qui viennent pour mieux connaître l’histoire et la lutte zapatiste.
Les défis de la nouvelle initiative
La nouvelle “étape de la lutte” zapatiste génère de multiples défis, non seulement pour le mouvement zapatiste, mais pour la société toute entière. Comme ils l’affirment eux-mêmes, il s’agit d’une initiative risquée en tant que telle et du fait du contexte politique dans lequel le pays se trouve. Cette initiative met cependant en évidence plusieurs choses. Elle confirme la capacité des zapatistes à lancer une proposition depuis leur vision politique, à un moment critique de l’histoire du Mexique.
Cette initiative souligne aussi la nécessité pour les Zapatistes, s’ils veulent être cohérent avec un projet de lutte contre le néolibéralisme, de tisser des liens plus étroits avec les mouvements mexicains et internationaux de résistance active. Ce virage déjoue certaines critiques que les zapatistes avaient reçues ces derniers temps, comme l’idée qu’ils continueraient la voie de l’autonomie sans aller “au delà du Chiapas”.

De nombreux mouvements et organisations sociales nationales sympathisants de l’EZLN et par ailleurs liés au PRD national ou à la tendance à faveur de la candidature de Lopez Obrador, ces deux dernières appartenant à la gauche institutionnelle, se voient obligés à se définir face à la proposition zapatiste. Ceci peut générer des non-conformités chez ceux qui soutiennent les deux options. Ce facteur conditionnera l’écho de la proposition zapatiste auprès de ce qu’ils appellent les différentes ‘gauches’.
Il reste à voir comment un espace de cette amplitude peut fonctionner. Sa taille ne représente pas seulement de nombreux défis mais aussi le danger de répéter d’autres expériences frustrées comme la constitution d’une Assemblée Constituante en 1994. Certaines organisations ont déjà exprimé leur soutien à la nouvelle initiative zapatiste comme le Syndicat Mexicain des Electricistes (SME) ou le Congrès National Indigène qui, de même que les zapatistes, s’est déclaré “en alerte rouge”. On attend encore la réponse d’autres secteurs de la société civile, qui attendent probablement que les zapatistes concrétisent leurs actions futures. Un autre défi pour les zapatistes sera de parvenir à un rapprochement avec des organisations qui auparavant restaient en dehors de leur orbite, et qui, dans le contexte national, peuvent voir la proposition zapatiste comme une issue politique pour le pays. Dans cette logique, le 13 juillet, les Zapatistes ont annoncé la formation de deux Commissions : “l’Intergalactique” pour travailler la proposition à échelle internationale, et une comission nationale qui commencera à se réunir avec toutes les personnes et organisations d’accord avec la VIème Déclaration de la Jungle Lacandone à partir du mois d’août.
Le ‘retour’ zapatiste à la politique nationale et internationale ne signifie pas un recul du processus de construction de l’autonomie par la voie des faits. La structure autonome dirigée par les Caracoles et les multiples projets éducatifs, de production ou de santé qu’ils développent présentent des avancées notables dans différents domaines. A partir de l’évaluation du processus interne, les zapatistes ont entrepris certaines modifications pour améliorer le fonctionnement des Caracoles. Sans anticiper les avancées de la nouvelle proposition zapatiste à échelle nationale et internationale, on peut imaginer qu’il y aura désormais deux processus parallèles : la continuation de la construction des alternatives depuis la base en réponse aux nécessités locales, et le lancement d’un intense processus politique vers l’extérieur. Certainement les deux voies se rétro-alimenteront mutuellement.
De manière “non électorale”, mais en profitant d’un calendrier politique profondément marqué par les prochaines élections, les zapatistes veulent démontrer la pertinence de faire “une autre politique possible”. Ils ont ainsi décidé de continuer à exercer la pression sur le pouvoir depuis l’extérieur, hors du système politique, et de recommencer à générer la mobilisation citoyenne. Face à l’impossibilité de confronter la “guerre néoliberale” depuis le système lui-même, les Zapatistes ont choisi de resserrer les rangs pour le faire depuis la société elle-même.

:: DOSSIER
Guerrero: un mosaïque d’espoir sur un mur d’impunité
Trop d’habitants du Guerrero meurent debout. Trop de morts en colère dans un état où la mort par une lame, le fil d’un rasoir ou des balles est considérée comme une mort naturelle.
S’il est vrai que les tués ne reposent jamais, le Guerrero est une immense congrégation de morts insomniaques.
Armando Bartra. Le Sud profond
Les états du Guerrero, de Oaxaca et du Chiapas : triangle des indicateurs de pauvreté

L’attention nationale et internationale portée au Chiapas et à son conflit armé ont réussi à faire diminuer la violence directe et à exercer une pression sur le gouvernement de l’état et le gouvernement fédéral : dans ce contexte, la répression a un plus fort coût politique. Si cette préoccupation s’est focalisée sur les terres du Chiapas, dans d’autres états comme l’Oaxaca et le Guerrero, les organisations sociales, paysannes et indigènes continuent de souffrir les menaces, la violence et la militarisation, sans autant de voix pour dénoncer, laissant ainsi les portes ouvertes à l’impunité.
A Oaxaca et au Guerrero, on peut observer les mêmes causes structurelles qui ont provoqué le soulèvement de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) au Chiapas : l’absence de respect aux droits sociaux et économiques fondamentaux comme le logement, l’éducation ou la santé et, conjointement, la discrimination et le racisme forgés durant plusieurs siècles de colonialisme de l’extérieur et de l’intérieur.
Les états du Guerrero, du Chiapas et de Oaxaca forment un triangle d’extrême pauvreté selon les indicateurs socio-économiques de Conseil National de Population (CONAPO) en 2000. Un tiers de la population autochtone du Mexique se trouve concentrée dans ces trois états. Le binôme ‘population indigène/marginalisation’ reste présent dans les municipalités du Guerrero. 95.9% de la population autochtone du Guerrero n’a pas accès aux services de santé (indicateurs socio-économiques des peuples indigènes du Mexique- Institut National Indigéniste, 2002). Quand au droit à l’éducation, environ la moitié de la population indigène du Guerrero n’est pas allée à l’école.
Le Guerrero de la lutte et de la résistance : hier et aujourd’hui
Au cours des années 1960 et 1970, les terres du Guerrero ont connu les luttes armées révolutionnaires de Genaro Vázquez et Lucio Cabañas. Ces deux mouvements ont surgi face à une situation de pauvreté et d’injustice sociale, et contre un système politique considéré corrompu, favoritiste pour ceux qui acceptent "d’entrer dans son jeu" et répressif pour les autres, dominé par le Parti de la Révolution Institutionnelle (PRI). Par ailleurs, l’union entre les ‘caciques’ et ce parti dominant a créé des groupes de pouvoir fermés que les groupes armés ont tenté de confronter (voir ‘Principales Idées du Parti des Pauvres, Sierra de l’état du Guerrero, mars 1973).
Le gouvernement a répondu à l’apparition de ces ‘guérrillas’ en faisant appel à ses forces de sécurité, pour poursuivre non seulement les dirigeants et les cellules de guérillas, mais aussi tous ceux qui pourraient servir de base sociale à ces groupes armés. Cette seconde catégorie incluait la majorité de la population paysanne et indigène, et en particulier celle qui cherchait à s’organiser pour améliorer ses conditions de vie.
Détentions arbitraires, disparitions forcées, torture et assassinats remplissent les pages de cette période historique connue comme la ‘guerre sale’ (guerra sucia). A ce jour, des organisations comme l’Association des Membres des Familles de Détenus, Disparus et Victimes de Violations aux droits humains au Mexique (AFADEM) continuent d’exiger l’éclaircissement de ces faits et se refusent à laisser leurs morts dans l’oubli. Cette association a enregistré plus de 400 cas de personnes disparues dans l’état du Guerrero pendant la ‘guerre sale’.
A cause de ces antécédents historiques de lutte et de résistance, le soulèvement armé de 1994 au Chiapas a représenté pour le Guerrero une augmentation de la militarisation, fait sans précédents depuis l’époque de Lucio Cabañas, ainsi qu’une nouvelle vague de harcèlements pour les dirigeants et les membres des organisations paysannes et indigènes, devant la peur qu’une rébellion armée de dimension comparable à celle du Chiapas puisse avoir lieu au Guerrero.
Le massacre de Aguas Blancas le 28 juin 1995 et celui de El Charco le 7 juin 1998 sont deux exemples de la façon d’agir des forces de répression de l’Etat contre les organisations paysannes et indigènes, sous le prétexte de lutter ‘contre les groupes armés clandestins’. A Aguas Blancas, 17 membres de l’Organisation Paysanne de la Sierra du Sud (OCSS) ont été interceptés et assassinés par des membres de l’armée mexicaine alors qu’ils se rendaient à une manifestation. Lors du premier anniversaire du massacre de Aguas Blancas, en 1996, l’Armée Populaire Révolutionnaire (EPR), une guérilla qui exige un changement du gouvernement ‘qui exploite et qui oppresse‘, fait sa première apparition publique (voir le journal ‘El Sur’ du 28 juin 2005). Par le biais du Manifeste de Aguas Blancas (1996), l’EPR appelle aux armes contre la violence institutionnelle, et encourage la création de groupes d’auto-défense armés ainsi que de tribunaux populaires pour juger les répresseurs du peuple.
A l’aube du 7 juin 1998, dans la communauté de ‘El Charco’, l’armée mexicaine encercle l’école où les représentants de différentes communautés se reposaient, après une réunion de coordination des villages alentours convoquée par l’Organisation Indépendante des Peuples Mixtèques et Tlapanèques. Des personnes extérieures à l’organisation participaient également à cette assamblée : Efrén Cortés, pour présenter un projet de développement rural ; Ericka Zamora et Ricardo Zavala, avec un projet d’alphabétisation des communautés. Une fois la réunion terminée, trois personnes identifiées comme membres d’un groupe guérillero sont arrivées pour connaître l’opinion des communautés.
Certaines personnes étaient rentrées dans leur foyer, mais les gens qui venaient de loin avaient décidé de passer la nuit dans l’école de El Charco pour prendre la route le lendemain. A l’aube, l’armée mexicaine massacra 11 personnes (entre autres, Ricardo Zavala), en blessa 5 autres, et en arrêta 21, parmi lesquelles Ericka Zamora et Efrén Cortés, sous l’accusation d’être des commandants de l’EPR. Les détenus furent torturés et inculpés pour rébellion, conspiration, invitation à la rébellion et port d’armes. Efrén fut condamné à six ans et demi de prison et Ericka à huit ans. Ils furent conduits à la prison de haute sécurité de Puente Grande (état du Jalisco). Les autres détenus furent condamnés à un à deux ans de prison.
Des ex-prisonniers politiques, membres de la OCSS et d’autres organisations, ont assisté au dernier anniversaire du massacre de El Charco. La majorité d’entre eux a vécu plusieurs années de torture dans la prison de Puente Grande aux côtés d’Efrén et d’Ericka. Ils nous ont fait part du traitement inhumain qu’on leur faisait subir, des nuits de harcèlement sans pouvoir dormir, la "rééducation" à laquelle ils étaient soumis, les obligeant par exemple à recommencer l’école primaire ‘pour détruire notre dignité’ (témoignage d’un ex-prisonnier politique).

L’histoire démontre que la stratégie de contre-insurgence n’a pas freiné la création de nouveaux groupes guérilleros. Un nouveau groupe armé, le ‘Commando Populaire Révolutionnaire - La Patrie est première‘ est apparu récemment : il a annoncé la condamnation et future exécution des responsables du massacre de Aguas Blancas, et a revendiqué le meurtre d’un ex-secrétaire du gouvernement comme premier pas (La Jornada, 9 juillet 2005).
Le Ministère de la Défense justifie la militarisation comme faisant partie du combat contre le trafic de drogues et le port illégal d’armes. Le Guerrero est le premier état producteur de ‘pavot’ (matière première pour la fabrication de l’opium). L’état responsabilise les communautés paysannes et indigènes de la culture du pavot, et de ce fait les poursuit, sans s’attaquer à la véritable cause du problème : l’extrême pauvreté et la chute des prix des produits agricoles, qui conduit les paysans à cultiver des stupéfiants comme seule façon de s’en sortir.
Des organismes internationaux ont recommandé à l’armée mexicaine de cesser de réaliser ce travail, qui souvent s’accompagne de graves violations des droits humains. Dans ce même sens, la responsable de l’ONU (Organisation des Nations Unies) pour les exécutions extra-judiciaires, sommaires et arbitraires a demandé à l’Etat du Mexique de "démilitariser la société, et d’éviter de déléguer aux forces armées le maintien de l’ordre public ou la lutte contre le crime... Que le Mexique initie les réformes nécessaires pour que les tribunaux ordinaires puissent juger toutes les personnes accusées de violations des droits humains, quelle que soit leur profession" (25/11799).
De 1996 à 2004, le Centre de Droits Humains de la Montaña ‘Tlachinollan’ a documenté 68 cas de violations des droits humains de la part de l’armée (violations sexuelles et des exécutions sommaires y compris). A ce jour, tous ces cas restent impunis.
De la parole de l’eau à la défense des forêts
La résistance des peuples indigènes et paysans du Guerrero ne passe pas seulement par les armes. Des organisations paysannes et indigènes ont travaillé jour après jour pour défendre leurs droits et construire une nouvelle alternative sociale depuis leurs propres savoirs et valeurs, tels que le sens de la communauté, la solidarité, le respect mutuel, l’humilité, les rites, la capacité de se mettre au service des autres, le dialogue et la réconciliation.
Au début des années 1990 s’est créé le ‘Conseil du Guerrero 500 ans de Résistance Indigène, Noire et Populaire’ (CG500ARINP). Cette organisation indigène a joué un rôle phare dans l’organisation des manifestations de contre-célébration des 500 ans de la conquête de l’Amérique par les espagnols.
Dans la région de la Montagne, l’une des plus critiques de l’état en termes de marginalisation, s’est créé en 1994 le Centre des Droits Humains de la Montaña ‘Tlachinollan’ A.C. Ses objectifs : le respect des droits humains depuis une conception intégrale, où les droits économiques, sociaux et culturels vont de pair avec les droits civils et politiques. Lors du forum “Notre Parole faite chemin” réalisé le 3 et le 4 juin passés, cet organisme ne fêtait pas seulement son 11ème anniversaire ; il visait aussi à créer des ponts entre les différents processus des organisations qu’il accompagne.
Les membres de Tlachinollan reconnaissent qu’au cours de ces 11 années d’accompagnement des peuples indiens : “en apprenant leur façon de parler, ils ont appris à être défenseurs des Droits Humains’. Certainement, ils ont appris à dépasser une vision mono-culturelle de la justice et des droits humains : “dans ces peuples, il existe un enseignement de comment rendre la justice, en parlant, en se réunissant avec les ‘anciens’ ; c’est une justice qui parle tlapanèque, mixtèque, une justice quotidienne (...) nous devons laisser de côté l’orgueil de croire que nous détenons l’entière vérité” (Discours d’ouverture d’Abel Barrera, directeur de Tlachinollan).
L’Organisation Indépendante du Peuple Mixtèque (OIPM) et l’Organisation du Peuple Indigène Tlapanèque (OPIM) de Ayutla de los Libres (municipalité qui comprend El Charco) ont participé à cet espace de rencontre et de réflexion. Ces organisations ont continuellement dénoncé la militarisation de leurs territoires. Ils ont défendu les cas de deux femmes indigènes tlapanèques, Valentina Rosendo Cantú et Inés Fernández Ortega, qui ont dénoncé avoir été torturées et violées par des éléments de l’armée mexicaine. Obtilia Eugenio Manuel, membre de l’OPIM, a travaillé comme traductrice pour que las cas d’Inés et de Valentina puissent obtenir justice. En conséquence, elle a reçu des menaces constantes contre sa vie et celle de sa famille.
Lors du forum, nous avons aussi pris connaissance du travail d’une communauté pour exiger le droit à un logement digne, suite à un désastre naturel qui avait détruit 266 maisons ; ou encore, celui d’une communauté nahuatl où 1600 habitants se sont unis pour rejeter le Programme de Certification des Droits ‘Ejidales’ (PROCEDE) contraire à leur conception collective de la propiété de la terre.
Nous avons pu écouter également les témoignages de ceux qui exercent le droit de s’organiser et de décider de leur propre forme de vie de là où ils se trouvent...
La radio Ñonmdaa (la parole de l’eau en langue ‘amuzgo’) naît dans la municipalité autonome de Xochistlahuaca comme un instrument pour renforcer la mise en pratique de l’autonomie. Un groupe de personnes, en 2002, a déclaré l’autonomie de la municipalité face à la corruption de l’équipe municipale officielle, du PRI. Les autorités traditionnelles ont décidé de récupérer leur formes communautaire de gouvernement et de ne plus rien accepter du gouvenerment, pas même leurs programmes d’aide. En décembre 2004, elles ont lancé la radio autonome Ñonmdaa à travers laquelle elles parlent de leur façon de concevoir la vie et de leurs traditions. C’est la première radio communautaire au Guerrero, et la seule en langue ‘amuzga’. David Valtierra, représentant du comité responsable de la radio, affirme que cela permet de renforcer le peuple amuzgo et de créer des liens entre communautés isolées ou sans communication.
Les autorités traditionnelles revendiquent le droit à avoir leur propre radio, en s’appuyant sur les Accords de San Andrés et la Convention nº 169 de l’Organisation Internationale du Travail, qui reconnaît les droits collectifs des peuples indigènes et des tribus. Malgré cela, des inspecteurs des médias de comunication ont tenté de leur retirer leur équipement le 25 février dernier. Ces actions de répression vont de pair avec le harcèlement des autorités autonomes, un grand nombre d’entre elles ayant des mandats d’arrêt.
Un autre exemple de construction de l’autonomie para la voie des faits est celui de la Police Communautaire, qui a été créée pour faire face au problème de la délinquance dans la région Costa Montaña, devant un système judiciaire officiel corrompu et mono-culturel. Les communautés se sont organisées pour mettre en place leur propre système de police communautaire. Mais elles ne se sont pas arrêtées là : elles ont aussi construit leur système de justice et de rééducation à travers la récupération de leurs propres normes, sans laisser de côté le droit positif mexicain. Le 15 octobre prochain, la police communautaire fêtera ses dix ans, et comme ses membres le disent, pendant cette période ‘ils ont beaucoup avancé, et ils ont aussi beaucoup trébuché’. Ils ont créé la Coordination Régionale des Autorités Communautaires (CRAC), organe chargé de rendre la justice. Ils cherchent ainsi à rééduquer les délinquants, parce que, comme ils l’expliquent, ‘les prisons officielles les rendent encore plus sauvages’. Ils considèrent qu’il est plus profitable, pour la société comme pour le délinquant, de viser la réintégration de ce dernier. Ils ne parlent pas de punition mais de sanction, de réconciliation ou de réparation des dommages. A l’heure actuelle, plusieurs policiers communautaires ont des mandats d’arrêt.
Un des témoignages les plus touchants du Forum a été, sans aucun doute, l’intervention des femmes paysannes écologistes de la Sierra de Petatlán et de Coyuca de Catalán (OCESP), qui vivent une situation de répression et de harcèlement pour défendre les forêts de la coupe clandestine et immodérée. La présidente de l’OCESP, Celsa Valdovinos, est l’épouse de Felipe Arreaga, activiste écologiste des plus reconnus, actuellement emprisonné injustement comme représaille à son travail en faveur de l’environnement. Felipe et Celsa ont animé les femmes de la région à créer cette organisation afin de lutter contre la pollution et la déforestation. Aujourd’hui, environ 60 femmes de différentes communautés participent activement au sein de la OCESP.
Quelques jours plus tard, lorsque nous leur avons rendu visite dans la Sierra de Petatlán, nous avons pris connaissance de leur projet de reforestation de cèdres rouges, nous avons vu comment elles ont réussi à limiter les incendies qui décimaient les forêts de la région ; elles nous ont présenté leurs campagnes de nettoyage des forêts et leurs projets de jardinage dans lesquels toute la famille participe, afin de récupérer la souveraineté alimentaire. Elles ont aussi une ‘caisse d’épargne’ grâce à laquelle elles prêtent de l’argent à 5% d’intérêt en cas de besoin. Pour ceux qui n’épargnent pas, le taux d’intérêt est un peu plus élevé et les bénéfices permettent de financer les autres projets de l’organisation.
La colère de ces femmes, qui vivent dans un climat constant de menaces et de harcèlement pour ‘défendre les forêts’, fait que leur voix se mêle de sanglots quand elles parlent de la répression soufferte par Felipe Arreaga et les autres paysans écologistes. Lors du forum, elles ont aussi dénoncé l’embuscade soufferte récemment par Albertano Peñaloza, au cours de laquelle deux de ses enfants ont été tués, et lui et un autre de ces fils gravement blessés. Celsa nous disait encore ‘comment est-il possible que chaque fois que nous faisons un pas en avant, comme organisation, il nous arrive un nouveau drame. Je me demande ce qui va se passer à présent... Quand nous laisseront-ils travailler ?‘.
Cette région de la Sierra est paradigmatique de l’injustice et de l’impunité qui règnent au Guerrero. Les liens entre les caciques régionaux, les autorités et les militaires, sans parler du trafic de drogues, peuvent donner un aperçu du contexte au sein duquel les paysans écologistes et les autres organisations mènent leur lutte.
Ces mots sont comme une fenêtre sur la réalité tragique et en même temps pleine d’espoir qui se joue au Guerrero : des peuples qui résistent et font face aux situations les plus adverses pour freiner les politiques qui les condamnent à disparaître. Certe, la militarisation et la répression continuent, et les difficultés économiques affaiblissent le tissu social et poussent de nombreuses personnes sur les routes de la migration. Mais il existe aussi nombre d’expériences, comme celles mentionnées ci-dessus, qui démontrent l’énergie des communautés pour se réinventer et se régénérer culturellement.
Pour en savoir plus:
Centro de Derechos Humanos de la Montaña "Tlachinollan"
Amnistía Internacional
Action urgente :
SIPAZ: Emprisonnement et repression contre les paysans de la sierra de Petatlán au Guerrero

:: ACTIVITES DU SIPAZ
D’avril à juin 2005
PRESENCE INTERNATIONALE ET ACCOMPAGNEMENT
Au cours des derniers mois, nous nous sommes réunis au moins une fois avec les Comités de Bon Gouvernement des 5 ‘Caracoles’ (régions autonomes) zapatistes, pour leur remettre un document élaboré à partir d’interviews réalisées avec eux auparavant sur la construction de leur autonomie.
En mai, nous avons visité pendant 10 jours plusieurs communautés et villes de la zone Nord du Chiapas pour interviewer les différents acteurs sur le contexte dans la région, et pour leur proposer un nouveau projet de systématisation de notre travail (nous visitons cette région tous les trois mois depuis 1998).
Nous avons maintenu des réunions et des interviews avec divers acteurs religieux du Chiapas.
Fin mai, nous avons réalisé une visite prolongée dans l’état du Guerrero, dans le cadre de notre objectif d’avoir une plus grande présence dans d’autres états du Mexique. Nous nous sommes réunis avec l’équipe des Brigades de Paix Internationales. Nous avons assisté au XIème anniversaire du Centre des Droits Humains de la Montagne Tlachinollan et au forum “Notre parole faite chemin”. Nous avons également été présents lors de l’anniversaire du massacre de ‘El Charco’. Nous avons interviewé Felipe Arreaga, paysan écologiste injustement emprisonné (voir notre Action Urgente) ainsi que l’Organisation des Femmes Ecologistes de la Sierra de Petatlán.
Nous avons participé à une brigade d’observation dans la zone ‘Cañadas’ de la Jungle Lacandone suite à l’annonce de l’Alerte Rouge zapatiste, en coordination avec le Centre d’Analyses Politiques et d’Investigations Sociales et Economiques (CAPISE).
INFORMATION
Nous avons reçu des visiteurs, délégations, étudiants et journalistes et nous leur avons présenté le contexte du Chiapas et le travail du SIPAZ. La plupart venaient des Etats Unis et d’Europe : des membres de l’Eglise Unie du Christ, des élèves du Colorado College, de la De Paul University, des membres du programme bi-national ‘Global Education’, une délégation de Witness for Peace (Action Permanente pour la Paix, membre de notre coalition - USA), le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD - France).
Le 16 mai, nous avons présenté un exposé dans le cadre de la Journée sur la ‘Paix et Militarisation’ réalisée dans le cadre du Festival International des Cultures en Résistance Ollín Kan 2005, organisé par la Délégation de Tlalpan à la ville de Mexico.
Le 19 mai, nous avons présenté un exposé lors du Forum ‘La guerre, étape actuelle de l’impérialisme’ à l’Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM), un évènement convoqué par l’organisation ‘Jeunes en Résistance’.
En mai et juin, nous nous sommes réunis avec plusieurs membres de l’Ambassade de Suisse au Mexique et du Ministère des Affaires Etrangères de ce pays.
Au cours de ces derniers mois, un membre de l’équipe poursuit une tournée à travers plusieurs villes en Allemagne.
Nous continuons de participer au séminaire “L’œuvre d’Immanuel Wallerstein : une entrée pour mieux comprendre le monde actuel depuis une perspective critique” coordonné par le “Centre d’Etudes, d’Information et de Documentation : Immanuel Wallerstein”. Les 23 et 24 juin, le professeur Wallerstein est venu au Chiapas. Nous avons assisté à la conférence magistrale qu’il a réalisée sur “Le monde dans lequel nous nous trouvons : 2005-2050”.
CONTACTS ET ARTICULATION
Du 28 mars au 2 avril, nous avons participé au Forum ‘Justice, Vérité et Paix convoqué par l’Institut des Droits Humains de l’Université Centro-américaine (IDHUCA), un évènement célébré dans le cadre du XXVème anniversaire de l’assassinat de Mgr, Romero, à San Salvador. Durant cette semaine, une réunion du Réseau Latino-américain de Constructeurs de Paix dont nous faisons partie a également eu lieu. Ce Réseau a lancé l’Appel Romero.
Nous continuons à participer au Réseau pour la Paix, un espace d’action et de réflexion formé par 15 organisations, qui cherche à appuyer les processus de paix dans les organisations et communautés du Chiapas. En mai, nous avons également assisté à une réunion du Réseau Mexicain de Constructeurs de Paix à Mexico.
En mai, plusieurs organisations internationales de la Coordination d’Accompagnement International au Guatemala nous ont invité dans ce pays pour parler des différentes formes d’accompagnement international depuis nos diverses expériences concrètes.
Début juin, nous avons participé à un espace d’analyse sur le contexte et les principaux thèmes liés à la Paix convoqué par ‘Services et Conseil pour la Paix (Serapaz) et la Plate-forme Suisse pour la Paix au Chiapas (PROPAZ), auquel plus de 50 personnes ont assisté.
EDUCATION POUR LA PAIX
Les 7 et 8 avril, nous avons participé à un atelier sur la Transformation des Conflits convoqué par la Fondation Friedrich Eber d’Allemagne et animé par Johan Galtung, professeur norvégien reconnu mondialement comme l’un des fondateurs des Etudes de Paix. Nous nous sommes également entretenus personnellement avec lui pour lui parler de notre projet et connaître sa vision sur le conflit au Chiapas.
En mai, nous avons commencé un cycle d’ateliers d’introduction à la Transformation des Conflits avec l’organisation GRAMIN/ALSOL (qui travaille des micro-crédits avec des femmes indigènes).
Du 20 au 24 juin, nous avons participé à un Diplôme sur la Justice Restauratrice, réalisé au Guatemala et convoqué par la REDPAZ, Réseau d’Amérique Centrale et des Caraïbes qui travaille le thème de la Transformation des conflits depuis plusieurs années.
DIVERS
Nous avons déménagé ! Merci de bien vouloir actualiser nos coordonnées:
SIPAZ
Ave. Chilón # 8, Barrio El Cerrillo,
CP 29220, San Cristóbal de Las Casas, Chiapas
MEXIQUE
Tel/Fax: (00-52)-967-63-160-55

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