Du 18 au 21 juin, trois personnes (Marina Pagès, de France; Monica Wooters, des USA et Teresa Hoechli de Suisse) ont réalisé une visite de 4 jours au Guerrero pour donner un suivi à la délégation coordonnée par le Service International pour la Paix (SIPAZ) en mars 2008 et à laquelle des représentants de 11 organisations non gouvernementales (ONG) de 6 pays avaient participé.
Foto: Coordinatrice du SIPAZ durant l'anniversaire de Tlachinollan
Lors de ce dernier voyage, ces trois personnes ont été à Ayutla de los Libres: Bureau du Centre des Droits Humains de la Montagne Tlachinollan ; Organisation des Peuples Indigènes Me'phaa –OPIM ; prison municipale où 5 membres de cette organisation sont prisonniers. A Chilpancingo, elles ont interviewé le président de la Commission Etatique de Défense des Droits Humains, Juan Alarcón Hernández ainsi que le Secrétaire Général du Gouvernement, Ramírez Ramos.
Finalement, elles ont assisté au Forum "Guerrero : où on punit la pauvreté et on criminalise la protestation ", organisé par le Centre des Droits Humains de la Montagne Tlachinollan dans le cadre de leur 14ême anniversaire d’existence. Il faut souligner que durant le premier tour de cet évènement, des soldats de l’armée mexicaine avaient installé un barrage inhabituel à 50 mètres de l’édifice où celui-ci avait lieu. Ce fait a été interprété comme un acte d’intimidation par ses participants.
Il est notable que la criminalisation de la protestation sociale est justement été le thème central de cet anniversaire. Depuis différentes régions de l’état de Guerrero, plusieurs organisations (parmi lesquelles l’OPIM, la Police Communautaire, le Conseil des Ejidos et Communautés qui s’opposent au barrage hydroélectrique de la Parota, le CECOP, des membres de l’Ecole Normale Rurale Ayotzinapa, la Radio Ñomndaa), qu’elles utilisent ou pas le terme “criminalisation ont dénoncé des faits qui semblent confirmer cette tendance : arrestations arbitraires, mandats d’arrêt, militarisation, intimidations et menaces.
Foto: Prisonniers de l'OPIM dans la prison d'Ayutla de los Libres
Cette tendance avait également été signalée par les organisations sociales interviewées par la délégation en mars. Depuis la prison d’Ayutla de los Libres, les prisonniers de l’OPIM dénonçaient à leur tour : "Nous sommes en prison parce que nous défendons nos droits et notre peuple me'phaa. Nous luttons pour le bien de notre peuple. Nous avons dénoncé les injustices et la militarisation C’est quelque chose qui dérange le gouvernement et c’est pour cela que nous sommes en prison ".
Lorsque nous avons rapporté cette dénonciation de criminalisation de la protestation sociale, le secrétaire général du gouvernement l’a considéré comme "un peu dure" et a souligné : "La question n’est pas la répression, la question est la pauvreté ". Il a ajouté "s’il n’y a pas d’argent, nous ne pouvons pas résoudre ces problèmes ". Dans son rapport en mars, la délégation soulignait déjà : "Bien que nous reconnaissions les défis que la pauvreté représente, nous ne pouvons pas accepter que le gouvernement explique le manque de promotion et de défense des droits humains comme dû à ce problème ". Nous restons préoccupés qu’une plus grande priorité ne soit pas accordée à ce thème.
Plusieurs des personnes interviewées lors de cette dernière visite nous ont dit que dans l’immédiat, la grande majorité des acteurs politiques sont plus préoccupés par les élections à venir que par le besoin d’accorder une réponse de fond aux problèmes des peuples.
L’existence d’autant de mandats d’arrêt ou de personnes ayant des procès judiciaires ouverts (qui implique qu’ils doivent se rapporter au moins une fois par mois auprès des autorités et qu’ils puissent avoir de plus grandes difficultés à obtenir un emploi) semble constituer une espèce d’épée de Damoclès sur la tête des processus organisées. Durant l’anniversaire, Abel Barrera, directeur de Tlachinollan parlait de 201 cas pénaux contre les dirigeants d’organisations sociales, qui inclut 75 mandats d’arrêt, 73 personnes ayant un procès ouvert et 44 enquêtes ouvertes.
Face à cette situation, le secrétaire général du gouvernement a insisté sur la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) et le fait que “l’on ne peut pas cesser d’appliquer la justice sous la pression des groupes sociaux ".
De manière similaire, lorsque nous avons abordé le thème de la militarisation, il a expliqué que ce thème relevait de la compétence de la fédération et non pas de la sienne.
Nos préoccupations sont les mêmes que lors de la délégation de mars: que la sensation de fermeture au dialogue de la part du gouvernement puisse rendre les formes de lutte plus radicales et que les conflits puissent augmenter davantage dans le cadre du prochain contexte électoral.


Membres de l'OPIM durant l'anniversaire de Tlachinollan

Présentation du SIPAZ lors du Forum réalisé dans le cadre de l'anniversaire de Tlachinollan

Procession avant la messe à la fin de l'anniversaire de Tlachinollan
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