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Délégation internationale dénonce grave situation des Droits humains au Guerrero.

  • Diverses organisations informent sur la situation d’impunité, militarisation et criminalisation de la protestation sociale existante.
  • En matières de santé et d’alimentation, le Guerrero peut être comparé avec les pays africains. Sérieux retards en ce qui concerne les indicateurs de développement humain.

Chilpancingo, Guerrero, 14 mars 2008.- Onze représentants de diverses Organisations Non gouvernementales (ONG) des USA, France, Autriche, Suède, Suisse et Amérique Latine ont réalisé une visite d’une semaine dans les villages indigènes et paysans du Guerrero. Ils ont exprimé qu’ils étaient encore “plus préoccupés que ce qu’ils l’étaient en arrivant” face aux “graves” violations des droits humains qui persistent dans la région. Ils ont alerté que la violence pourrait s’accroître face à l’impunité, la militarisation et la criminalisation de la protestation sociale qui prédominent.

La délégation internationale est arrivée au Guerrero le 7 mars et a visité les communautés de Dos Arroyos et Los Huajes, qui seront directement affectées dans le cadre de la construction du barrage hydroélectrique de La Parota. Elle s’est également réunie avec les membres de la Radio communautaire indigène Ñomndaa de Xochistlahuaca, avec l’Organisation du Peuple Indigène Me´phaa (OPIM) à Ayutla. Elle a aussi visité les bureaux de la Police Communautaire à San Luis Acatlán et Espino Blanco.

A Tlapa de Comonfort, elle a interviewé différents membres du Centre des Droits humains de la Montagne Tlachinollan. Elle s’est rendue dans la communauté de Chiepetepec où elle a écouté les témoignages d’ouvriers agricoles qui partent travailler dans le nord du Mexique tous les ans ainsi que d’émigrés internationaux.

A Chilpancingo, elle s’est finalement réunie avec le président de la Commission pour la Défense des Droits humains (Coddehum), Juan Alarcón Hernández; avec des membres de Brigades de Paix (PBI), du Réseau des Organismes Civils des Droits humains du Guerrero, de l’Assemblée Populaire du Peuple de Guerrero (APPG) et d’étudiants de l’ Ecole Normale rurale d’Ayotzinapa, ainsi qu’avec le secrétaire général du Gouvernement, Armando Chavarría Barrera et d’autres sous secrétaires.

Les membres de cette délégation internationale possèdent une ample expérience dans plusieurs états du Mexique et dans d’autres pays d’Amérique, en matière de droits humains, paix, réconciliation et conflits sociaux.

La représentante au Mexique du Service International pour la Paix (SIPAZ), Marina Pagés, a expliqué : “notre arrivée au Guerrero part d’un dénominateur commun entre les membres de cette délégation : notre préoccupation pour la situation sociopolitique et des droits humains dans cet état. Nous devons souligner que nous sommes encore plus préoccupés que nous ne l’étions initialement, y compris en sachant que nous n’avons pas couvert toutes les régions du Guerrero et en assumant que nous n’avons sans doute perçu que la partie émergée de l’iceberg”.

Lors de la conférence de presse réalisée dans les bureaux du Réseau d’Organismes Civils des Droits humains de Guerrero, elle a signalé que bien que les instantes gouvernementales “avec lesquelles nous nous sommes interviewés ne reconnaisse pas le questionnement dans le sens de la criminalisation de la protestation sociale, durant les interviews et réunions tenus avec les organisations sociales, leurs membres ont utilisé de manière réitérée cette expression. Ils nous ont qui plus est parlé de menaces, d’arrestations successives et parfois massives (cas de l’Ecole Normale Rurale d’Ayotzinapa) avant ou après la réalisation de manifestations, l’existence de mandats d’arrêt contre leurs dirigeants ou de procès en cours (La Parota)”.

Accompagnée de membres de la délégation internationale, Marina Pagés a exprimé qu’il “existe des versions contraires en ce qui concerne les espaces de dialogue : le gouvernement de l’état signale sa disponibilité et la grande quantité de réunions tenues avec les organisations sociales. Ces organisations en revanche parlent de la fermeture du gouvernement face à leurs demandes, la majorité de celles-ci que le même gouvernement reconnaît comme légitimes. On nous a mentionné par exemple l’Agenda Etatique pour le développement et l’autonomie des peuples indigènes de Guerrero auquel le gouvernement n’a pas voulu donner un suivi”.

Toile de fond : impunité et militarisation

Marina Pagés a souligné que “le gouvernement parle de la difficulté à donner un suivi aux cas existants en absence de dénonciations pénales. D’un autre côté, plusieurs organisations sociales nous ont parlé d’un contexte d’impunité qui se maintient de la dite “guerre Sale” à ce jour, par exemple dans le cas des disparitions forcées. C’est une situation que l’on ne peut considérer comme faisant partie du passé si l’on considère le cas des viols de femmes de la part de l’armée dans la zone d’Ayutla (cas de 2002 sans solutions jusqu’à ce jour). Face à ce fait et au manque de confiance vis-à-vis des instances d’administration de justice, de nombreuses victimes décident de ne pas dénoncer les violations par la voie légale et le font uniquement face à l’opinion publique ou en recourrant à d’autres instances (à échelle fédérale ou internationale)”.

Elle a ajouté qu’un “autre facteur également signalé par les acteurs sociaux au sein de l’état et à échelle fédérale est la forte militarisation justifiée comme faisant partie de la lutte contre le trafic de drogues. Les autorités doivent cependant reconnaître que la solution à cette grave problématique passe par la création d’opportunités de travail qui permettent à la population de vivre de manière digne”.

Extrême pauvreté : elle ne peut pas être utilisée comme une excuse

Marina Pagès a affirmé que durant la visite au Guerrero “nous avons observé et nous avons écouté des témoignages quant à la situation d’extrême marginalisation économique, politique et sociale qui existe dans une grande partie de l’état, principalement dans les zones de plus forte présence indigène. Nous sommes particulièrement préoccupés par les aspects santé, éducation, alimentation, logement et emploi digne. Nous avons été consternés lorsque l’on nous a informé qu’en matière de santé et d’alimentation, le Guerrero peut être comparé avec les pays africains”.

Elle a ajouté que “de nombreuses personnes au Guerrero considèrent la migration comme l’unique option de survie, sans qu’elle ne représente une véritable solution : nous avons écouté des témoignages quant aux conditions infrahumaines dans lesquelles vivent les ouvriers agricoles qui émigrent dans les états du nord du Mexique. Et nous savons tous les risques que représentent une migration illégale en direction des USA, tant à l’heure de passer la frontière qu’une fois là-bas”.

“Bien que nous reconnaissions les défis que la pauvreté représente, nous ne pouvons pas accepter que le gouvernement de l’état justifie ainsi le manque de promotion et de garanties des droits humains”, elle a ajouté.

Alerte quant aux risques d’augmentation de la violence

Elle a mentionné : “finalement, surtout dans la mesure où un grand nombre d’entre nous a une expérience préalable dans les cas du Chiapas et de Oaxaca, nous craignons que la sensation de fermeture d’espaces de dialogue de la part des acteurs sociaux puissent les conduire à des options violentes de lutte. Dans tous les cas, on nous a signalé des divisions, polarisation et destruction du tissu social. A Ayutla de los Libres, nous avons même reçu des dénonciations d’activités paramilitaires”.

Elle a par exemple cité qu’à Xochistlahuaca, les personnes avec lesquelles la délégation s’est entrenue leur ont dit: `Certains indigènes ont organisé un soulèvement armé. Nous, nous n’avons que levé la voix et de toutes façons, c’est un délit pour le gouvernement’. A La Parota on nous a dit: `Ils nous accusent de prendre des otages, d’être des terroristes ou d’appartenir à des guérillas quand la seule chose que nous faisons, c’est defendre nos terres’. A Ayutla, on nous a informé : ´Tous les viols n’ont pas été dénoncés parce qu’il n’y a aucune garantie qu’un procès soit ouvert et moins encore qu’il n’aboutisse à une sanction.’

Elle a souligné que dans ce cadre, “nous craignons que les luttes de pouvoir et les conflits en général n’augmente dans le contexte électoral cette année. Ceci d’autant plus si l’on prend en compte les dénonciations du rôle joué par les caciques locaux que nous avons reçues”.

Proposition de suivi de la part de la délégation

Comme conclusion, Marina Pagès a signalé: “nous ne considérons pas ce qu’il se passe au Guerrero comme une situation lointaine de notre réalité. Nous nous sentons plutôt coresponsables, vu que la situation de pauvreté ne peut être interprétée que dans le cadre d’un contexte plus ample de violence structurelle, une violence que la mise en place de politiques néolibérales promues par plusieurs de nos pays accroît. C’est pour cela que nous nous engageons à rédiger et à diffuser les informations sur ce que nous avons vécu, ainsi que de réaliser des actions de lobbying auprès des autorités responsables des thèmes signalés”.

 

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