GUERRERO: LIBÉRATION DE L’ÉCOLOGISTE FELIPE ARREAGA SANCHEZ – 15 septembre 2005

Le 15 septembre dernier, Felipe Arreaga Sánchez a été reconnu innocent, après avoir passé plus 10 mois en prison suite à une accusation fondée sur des preuves fabriquées (voir action urgente du SIPAZ – juillet 2005).

Comme d’autres organisations nationales (le Centre des Droits Humains de la Montaña ‘Tlachinollan’ chargé de la défense, le Réseau National ‘Tous les Droits pour Tous’...) et internationales (Amnesty International, Greenpeace, la Coordination Allemande pour les Droits de l’Homme au Mexique...), nous saluons la décision du juge, considérant qu’il a résolu cette affaire en conformité au droit, en tenant compte de toutes les preuves de l’enquête et en reconnaissant l’innocence de Felipe Arreaga Sánchez.

Cependant, la même accusation continue de peser sur 13 autres paysans écologistes, parmi lesquels des leaders de l’organisation tels que Rodolfo Montiel – également prisonnier politique en 1999 – et Albertano Peñaloza Domínguez – victime d’une embuscade qui a causé la mort de deux de ses enfants -, qui vivent avec la peur permanente d’être embarqués à leur tour.

Comme le souligne Amnesty International, la libération de Felipe est un premier pas vers la justice. Néanmoins, de nombreuses actions restent à entreprendre:

  • Garantie de la sécurité de Felipe Arreaga Sánchez, de sa famille et des autres défenseurs de l’environnement et des droits humains au Guerrero ;
  • Suspension des mandats d’arrêt contre les 14 membres de la OCESP et protection de ces personnes, de leurs proches et des témoins de l’affaire ;
  • Réexamen indépendant et impartial des investigations menées par la police judiciaire et le Ministère Public, afin de traduire en justice les personnes responsables de la falsification et fabrication de preuves contre Felipe Arreaga Sánchez. Publication des conclusions de ce réexamen et indemnisation de Felipe Arreaga Sánchez pour les poursuites injustifiées dont il a fait l’objet ;
  • Demande d’une enquête exhaustive et impartiale sur le meurtre d’Abel Bautista Guillén en 1998 ;
  • Fin de la répression et des menaces contre les paysans écologistes de la Sierra de Petatlán ;
  • Enquête impartiale et exhaustive à travers la création d’une instance spécialisée sur l’embuscade dont Albertano Peñaloza et sa famille ont été victimes et sur le meurtre de ses deux fils. Traduction en justice des responsables matériels et intellectuels de ces délits.

Felipe Arreaga Sánchez avec sa petite fille

LETTRE DE FELIPE ARREAGA SANCHEZ

Petatlán, Guerrero, le 21 septembre 2005

A TOUTES LES PERSONNES ET ORGANISATIONS QUI ONT LUTTÉ POUR MA LIBERTÉ.

A travers ce message je souhaite joindre rapidement et directement toutes les personnes et organisations qui ont cru en mon innocence et lutté pour ma liberté, pour vous remercier de votre soutien et de votre solidarité.

Je veux vous dire que durant ces longs mois de prison, je me suis toujours senti accompagné, les marques de soutiens n’ont jamais cessé.

J’ai beaucoup souffert en prison, tellement que je ne souhaite à personne de vivre ce que j’ai vécu.

J’ai toujours dit que je pouvais mourir pour la cause à laquelle je crois et que je ne renoncerai pas à la lutte propre, légale et désintéressée qui me fait vivre. Je ne crois pas en la violence, je pense que le travail de sensibilisation et de prise de conscience se fait plus aisément dans la paix que dans la guerre.

Telle a été ma conduite durant toutes ces années de vie, pour cette raison j’ai fuit l’armée et je me suis éloigné de ma famille quand la persécution se faisait trop forte. J’ai toujours eu foi en les lois et j’ai lutté pour un gouvernement qui les fasse respecter, mais ma désillusion a été grande durant ces mois de prison, parce que je me suis rendu compte que les intérêts des plus forts passaient avant le respect des lois. J’ai souffert 10 mois de cauchemar. La prison est une torture qui ouvre des plaies qui jamais ne se referment.

Ma femme a pris peur lorsque, sortant de la prison, je me suis mis à marcher et marcher sans vouloir m’arrêter, alors que les journalistes m’interviewaient. Instinctivement, je voulais m’éloigner de la prison le plus vite possible. Maintenant je me sens encore confus, je sens que rien ne sera plus comme avant, et je ne trouve pas les mots pour l’expliquer.

Non, je ne souhaite pas que ceux qui m’ont accusé vivent ce que j’ai souffert. Je n’attends pas non plus que le gouvernement m’indemnise en réparation des dommages. Je préfèrerais que s’effectue une réforme de la loi afin que, dans des cas comme le mien, ne passent pas tant de jours et tant de mois avant que le juge ne donne son verdict.

La liberté est un droit avec lequel nous naissons tous, et je ne comprends pas pourquoi la procuration de la justice est si lente et si chère. Les accusateurs paient, les accusés paient, qui gagne ? La société n’a pas confiance envers le Pouvoir Judiciaire, la société civile n’est pas organisée pour surveiller et connaître chaque affaire comme la mienne afin que cessent les injustices.

C’est en partie ce que je veux partager avec vous, en plus de mes remerciements permanents.

Soyez sûrs que mon combat ne s’arrêtera pas là, et que vous pouvez compter sur moi, si vous avez besoin de quoique ce soit. Je vais continuer à marcher à travers la ‘Sierra’ et prêcher pour les droits humains et un environnement sain. Je travaillerai à bras-le-corps avec ma femme à protéger les forêts et à planter des arbres, ce qui revient au-même que ‘semer de l’eau’.

Je vous salue tous avec gratitude et reconnaissance. Je suis engagé avec vous et je tâcherai de rester fidèle à ma cause, qui est celle de tous.

Sincèrement,

FELIPE ARREAGA SANCHEZ

HOMME LIBRE, COMME JE SUIS NÉ

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