| COMMUNIQUE FACE AUX EXPULSIONS DE MONTES AZULES (septembre 2007)
4 septembre 2007
Le samedi 18 août 2007, une opération policière et militaire, coordonnée par le gouvernement fédéral et celui de l’état du Chiapas a été réalisée pour expulser 39 habitants indigènes tseltales (parmi lesquels 26 enfants) de la communauté autochtone Nuevo San Manuel et du ranch Buen Samaritano, dans la municipalité de Ocosingo, à l’intérieur de la Réserve de la Biosphère de Montes Azules. Le ranch Buen Samaritano existe depuis 12 ans et les habitants de Nuevo San Manuel occupaient ces terres depuis pour le moins 8 ans.
Selon les témoignages des familles déplacées, vers 8 heures du matin ce jour-là, plusieurs hélicoptères se sont présentés. Des agents armés en sont descendus et ont commencé à sortir les gens de leurs maisons de manière violente, sans avis préalable, sans leur présenter le moindre document et sans leur donner la moindre explication. Ils ont simplement fait monter toutes les familles dans les hélicoptères, sans leur permettre de prendre avec eux quoique ce soit et ils les ont emmenés sans leur dire où ils allaient. Toutes leurs maisons, récoltes et autres biens ont été détruits.
Actuellement, toutes les familles expulsées vivent dans une seule maison antérieurement de prostitution, près des poubelles qui se trouvent à l’extérieur du chef-lieu de la municipalité de La Trinitaria. Six hommes ont été arrêtés et se trouvent détenus dans la prison “El Amate” (CERESO 14), à plus de quatre heures de distance de leurs familles, accusés des délits d’attentat contre l’environnement et d’occupation de terres qui ne leur appartennaient pas.
La santé des personnes expulsées, particulièrement des enfants et de deux femmes enceintes, est en risque, vues les conditions insalubres de l’endroit où elles vivent et quand un cas de varicelle s’est d’ores et déjà présenté. D’un autre côté, ils n’ont pas accès à une alimentation adéquate et dépendent totalement d’aides externes.
Les organisations qui souscrivent ce communiqué souhaitent exprimer leur profonde préoccupation face à ces faits qui violent de nombreux droits humains reconnus dans le cadre de différentes conventions, pactes et traités internationaux signés par le gouvernement mexicain.
Si bien le gouvernement défend le droit à la propriété des “Biens Communaux de la Forêt Lacandone” (propriétaire légal des terres occupées para ces familles) ainsi que l’environnement en cherchant à protéger la Réserve, il le fait sans considérer que selon l’article 47 du Pacte des Droits Civils et Politiques: “aucune disposition établie dans ce Pacte (qui inclue le droit à la propriété) ne devra être interprétée au détriment du droit inhérent à tous les peuples de jouir et d’utiliser pleinement et librement leurs richesses et ressources naturelles”.
Qui plus est, les autorités ont omis de manière systématique leurs obligations liées à l’acceptation de la Convention 169 de l’OIT, particulièrement l’Article 6 (obligation de consulter les populations susceptibles d’être affectées directement par des mesures législatives ou administratives), l’Article 14 (droit à la propriété et possession de terres occupées de manière traditionnelles), l’Article 16 (interdiction de déplacer les peuples des terres qu’ils occupent et obligation de consentement dans les cas exceptionnels de déplacement et d’installation à un autre endroit).
Elles n’ont pas non plus respecté les recommandations du Rapporteur Spécial sur la Situation des Droits Humains et Libertés Fondamentales des Indiens, de l’Organisation des Nations Unies, Rodolfo Stavenhagen, recommandations réalisées en 2003 après une visite au Mexique, et qui indiquent que:
“Aucune communauté autochtone ne pourra être expulsée de la Réserve de la Biosphère de Montes Azules contre sa volonté. Tout plan de déplacement des communautés autochtones installées dans la Réserve devra se faire en accord et par consensus de toutes les parties intéressées.
Les communautés autochtones devront participer dans l’utilisation, l’administration et le contrôle des zones naturelles protégées à l’intérieur de leurs territoires et régions, en prenant en compte les formes de protection écologique communautaires.
La création de nouvelles réserves écologiques dans des régions indigènes devra se réaliser après une consultation préalable des communautés autochtones affectées, et le gouvernement devra respecter et appuyer la décision et le droit des peuples indiens à établir des réserves écologiques communautaires dans leurs territoires.”
Dans ce même sens dans son rapport de 2006 et donnant un suivi aux recommandations mentionnées ci-dessus, Stavenhagen souligne : “Le système de normes et tribunaux agraires est obsolète en relation avec la reconnaissance actuelle des droits indigènes sur leurs terres et ressources naturelles, el les politiques en faveur de l’environnement n’ont pas pris suffisamment en compte les peuples indigènes, comme dans le cas de la Réserve de la Biosphère de Montes Azules”.
Nous demandons au gouvernement fédéral et de l’état du Chiapas, dans le cadre des Principes Recteurs dans le cas de Déplacements Internes établis par l’ONU, également acceptés par le Mexique :
- De garantir immédiatement aux familles déplacées la satisfaction de leurs besoins basiques, y compris l’alimentation, l’assistance médicale et des vêtements tant que leur situation ne sera pas résolue ;
- De restituer les droits des familles indigènes expulsées et de garantir l’indemnisation et la réparation des dommages occasionnés ;
- De retirer les accusations et de libérer les détenus en prenant en compte les raisons qui les ont conduits à occuper ces terres;
- D’informer, de consulter et de décider par consensus les stratégies pour la conservation culturelle et écologique des territoires des peuples indiens vivant dans des zones qui sont susceptibles d’être déclarées réserves écologiques,;
- Finalement, d’annuler toute autre expulsion de communautés autochtones installées dans la Réserve de la Biosphère de Montes Azules, en considérant qu’une solution de force ne résout en rien les causes structurelles qui ont donné lieu à la destruction écologique de la région, et, qu’au contraire, elle créerait de nouvelles offenses et rancunes de caractère social.
- Alianza Cívica
- Centro de Derechos de la Mujer de Chiapas
- Centro de Derechos Humanos Fray Bartolomé de las Casas
- Centro de Derechos Humanos Fray Pedro Lorenzo de la Nada
- CIAM
- CIEPAC
- COFEMO
- Colectivo Educación para la Paz
- CORECO
- EDUPAZ
- Enlace y Comunicación
- Maderas del Pueblo del Sureste
- Melel Xojobal
- PROPAZ
- Red por los Derechos de la Infancia en México
- SERAPAZ
- SIPAZ
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