Communiqué du Réseau pour la Paix sur le contexte de violence au Chiapas

San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, Mexique, 9 octobre 2007

COMMUNIQUE DU RESEAU POUR LA PAIX

Comme Réseau pour la Paix, nous souhaitons dénoncer le contexte de violence qui a caractérisé la situation dans l’état du Chiapas au cours des derniers mois.

Elections : la partie émergée de l’iceberg

Le contexte préélectoral et électoral a été marqué par les impositions, décompositions et recompositions des partis politiques ainsi que des organisations sociales qui ont participé dans le processus. Le jour des élections une série de violences s’est présentée à Pueblo Nuevo Solistahuacán, Venustiano Carranza, Simojovel, Comitán, entre autres, des faits que la majorité des médias, les autorités électorales et le même gouvernement ont minimisés.

Un autre facteur de préoccupation tient au fait que plusieurs des candidats vainqueurs ont été liés de manière historique à la répression contre les processus sociaux d’organisation.

Réactivation de conflits dans tout l’état

Au delà du contexte électoral, pendant les neuf premiers mois de gouvernement de Felipe Calderón, à échelle fédérale et de Juan Sabines Guerrero, à échelle de l’état, les territoires autochtones du Chiapas, et en particulier les zones d’influence zapatiste, ont subi une nouvelle offensive. Cette stratégie répressive passe par des actions concertées entre les un peu plus de 80 campements militaires permanents, les autorités locales, les institutions agraires et des groupes signalés comme paramilitaires, qui utilisent des organisations paysannes comme couverture.

La résurgence de conflits agraires –qui se sont accrus dans le contexte électoral – semble faire partie d’une définition stratégique du gouvernement fédéral, assumée et promue par le gouvernement du Chiapas. Au cours des six derniers mois, on peut lister les agressions et menaces suivantes face aux actions de résistance et de construction d’alternatives des peuples :

  • Au mois de mai, un groupe qui s’oppose à l’EZLN a menacé d’attaquer les bases de soutien zapatiste de la communauté El Nance, dans la municipalité d’Altamirano.
  • Depuis mai, le village "24 Décembre", dans la municipalité de Las Margaritas, est menacé d’expulsion par des paysans membres de l’Union d’Ejidos de la Selva (UES). Il s’agit de terres récupérées par les zapatistes depuis 1994 et dont les titres de propriété ont été octroyés à l’UES.
  • En juin, des paysans membres de l’Autre Campagne de Cruztón, dans la municipalité de Venustiano Carranza, sont menacés d’expulsion par des paysans du PRI accompagnés de la force publique.
  • Le 10 septembre, à Bolom Ajaw, de la communauté Agua Azul (Tumbalá et Chilón), l’Organisation pour la Défense des Droits Indigènes et paysans (OPDDIC) attaque les bases de soutien de l’EZLN vivant là, avec un bilan de trois zapatistes blessés. Les médias officiels essayent de responsabiliser les zapatistes, y compris en diffusant des photos de membres armés de l’EZLN datant de 1994 comme si elles étaient récentes alors qu’en réalité, ils étaient désarmés.
  • Le 18 août, les communautés de San Manuel et de Buen Samaritano (Ocosingo, région Montes Azules) sont expulsées violemment par des corps policiers et militaires. 
  • Le 25 août, la Police Sectorielle et l’OPDDIC menacent d’expulser le village "6 Octobre" (Ocosingo).
  • Depuis mai, à plusieurs reprises, l’OPDDIC a attaqué et menacé d’expulser complètement la municipalité autonome zapatiste Olga Isabel (Chilón).
  • Fin août, les paysans de l’Organisation Paysanne Emiliano Zapata (OCEZ) ont été victimes de menaces et de harcèlements, y compris l’entrée de l’armée dans le village “28 Juin” (Municipalité de Venustiano Carranza).
  • Le 25 septembre, cinq membres du Conseil Autonome de San Andrés Sacamchén de los Pobres sont menacés de mort pour la première fois. Selon le Comité de Bon Gouvernement zapatiste d’Oventic les auteurs de ces menaces sont le groupe "OPDDIC-Rouge" et un groupe de jeunes appartenant au Front Juvénile Révolutionnaire du PRI). Bien que ce dernier cas ne soit pas lié à un problème agraire, il fait partie de la vague d’attaques subies par les communautés zapatistes.
  • Le 30 septembre, deux personnes bases de soutien de l’EZLN de Chactoj, municipalité de Zinacantan sont arrêtés pendant 11 heures par les autorités de la communauté, militants du PRD. Le 4 octobre, six familles bases de soutien de l’EZLN appartenant à cette communauté sont attaquées par des membres du PRD, accompagnés par une patrouille de la police municipale de Zinacantán. Au même moment on les dépouilla de leurs terres, de tuyaux, de tanks d’eau et de robinets.

Bien que ces faits se présentent apparemment de manière isolée, lorsqu’on les unit, on obtient un panorama préoccupant caractérisé par une grave augmentation des conflits au Chiapas. D’un autre côté, depuis le début de l’année, la Commission Fédérale d’Electricité (CFE) accompagnée para la Police a réalisé des coupures massives d’énergie provoquant des confrontations dans différentes communautés.

On ne peut pas non plus comprendre ces faits sans prendre en compte ce qu’il se passe à échelle nationale, dans un contexte de croissante militarisation et une tendance à la répression des processus d’organisation de la société civile.

Face à ce contexte, nous demandons aux gouvernements locaux, du Chiapas et fédéraux :

  • de respecter les droits collectifs des peuples;
  • de mettre fin à l’impunité et à la répression;
  • et de trouver des issues pacifiques aux causes qui ont généré les faits de violence décrits auparavant. Le Réseau se prononce et s’engage à continuer à promouvoir des actions qui renforcent les processus des peuples.

Le Réseau pour la Paix

  • Alianza Cívica-Chiapas
  • CAPISE (Centro de Análisis Político y de Investigaciones Sociales y Económicas)
  • Colectivo de Educación para la Paz (CEPAZ)
  • Centro de Derechos Humanos Fray Bartolomé de Las Casas
  • Centro de Derechos Humanos Fray Pedro Lorenzo de la Nada
  • Centro de Derechos de la Mujer de Chiapas
  • CIAM (Centro de Investigación y Acción de la Mujer Latinoamericana)
  • CIEPAC (Centro de Investigaciones Económicas y Políticas para la Acción Comunitaria)
  • COFEMO (Colectivo Feminista Mercedes Oliveira)
  • CORECO (Comisión de Apoyo a la Unidad y la Reconciliación Comunitaria)
  • DESMI (Desarrollo Económico y Social de los Mexicanos Indígenas)
  • Edupaz (Educación para la Paz)
  • Enlace, Capacitación y Comunicación
  • Maderas del Pueblo del Sureste
  • PROPAZ (Plataforma Suiza para la Paz en Chiapas)
  • Serapaz (Servicios y Asesoría para la Paz)
  • SIPAZ (Servicio Internacional para la Paz)

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