PROJET D’OBSERVATION ET DE SURVEILLANCE DES DROITS POLITIQUES ET CIVILS CHIAPAS 2006

Depuis le mois de janvier, le SIPAZ réalise avec le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas, Alianza Cívica, PROPAZ (Programme Suisse d’Observation et de Promotion de la Paix au Chiapas), ainsi que Peace Watch Suisse un projet d’observation et de surveillance du respect des droits politiques et civils durant le processus électoral et de l’Autre Campagne lancée par l’EZLN. Ce projet durera au moins jusqu’en décembre.

Il s’agit de donner un suivi et de dénoncer toute violation aux droits politiques et civils des peuples et communautés autochtones. Ces droits sont contenus et établis dans la Constitution Politique du Mexique et dans le Pacte International des Droits Politiques et Civils de l’ONU signé par le gouvernement mexicain. Un suivi est également donné à toutes les tentatives de déstabilisation sociale grave. Tout ceci afin d’essayer de prévenir et d’éviter que les situations de violence à l’encontre des peuples ne s’accroissent.

Nous vous partageons le résumé du rapport correspondant au mois de mai. Ce rapport est accessible dans son intégralité (en espagnol) par le biais de la page Internet du Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas:

Resumen Ejecutivo (Espagnol) - Mai 2006

Informe versión integral - 1,71 MB (Espagnol) - Mai 2006


PROJET D’OBSERVATION ET DE SURVEILLANCE DES DROITS POLITIQUES ET
CIVILS CHIAPAS 2006

RAPPORT MENSUEL - MAI 2006
(Période comprise entre le 1er et le 31 mai)

PROPAZ, CDH FRAY BARTOLOMÉ DE LAS CASAS, SIPAZ,
ALIANZA CIVICA CHIAPAS, PEACE WATCH

RESUME

Au cours du mois de mai, les évènements répressifs des 3 et 4 mai à San Salvador Atenco, état de Mexico, ainsi que leurs conséquences politiques marquèrent le contexte national, de l’état du Chiapas ainsi que l’Autre Campagne.

A l’échelle nationale, le PAN (Parti d’Action Nationale actuellement au pouvoir) prétendit capitaliser électoralement ces faits de violence, en accusant Andrés Manuel López Obrador (AMLO) d’être derrière le Front des Peuples en Défense de la Terre (FPDT) d’Atenco. Certains analystes politiques progressistes, en revanche, ont signalé que par le biais de cette opération policière répressive, les groupes d’entrepreneurs et la droite plus conservatrice avaient pris leur revanche contre le peuple d’Atenco, après son triomphe en 2002 lorsque celui-ci avait réussi à détenir le projet de construction d’un aéroport international sur son territoire. En ce sens, certains de ces analystes signalent que cette opération répressive de type militaire répondait au contenu de manuels de contre-insurgeance du Ministère de la Défense.

En ce qui concerne le contexte des élections fédérales (2 juillet), on peut relever l’accusation faite par le PRI (Parti de la Révolution Institutionnelle) et le PRD a l’encontre du gouvernement de Fox. Ces deux partis ont dénoncé que ce dernier prétendait mener à bien "une élection d’Etat", en favorisant ouvertement et illégalement le candidat du PAN, Felipe Calderón. D’un autre côté, les désertions de dirigeants du PRI ont continué, au point que certains membres importants de ce parti en sont venus à appeler les membres de leur parti à exercer un “vote utile” (certains en faveur du PAN et d’autres en faveur d’AMLO). Pendant ce temps, différents sondages diffusés par les mass médias (des sondages par ailleurs remis en question par différents analystes du fait de la méthodologie employée) ont donné l’avantage au candidat Felipe Calderón face à López Obrador avec 4 points d’avance.

A l’échelle internationale, le fait le plus marquant est sans doute la mobilisation massive d’immigrés sans papiers (une majorité d’entre eux d’origine mexicaine) réalisée dans les principales rues des USA au début du mois de mai. Cette mobilisation a abouti à l’approbation d’une loi migratoire limitée de la part du Sénat nord-américain, un fait que le président Fox a prétendu capitaliser électoralement.

Au Chiapas, au mois de mai, quatre opérations policières de répression, au cours desquelles le gouvernement du Chiapas a violé certains droits humains et civils ont été réalisées contre la population sinistrée par l’ouragan Stan (à Escuintla -2 fois- et Motozintla) ainsi que contre des indiens tsotsiles qui protestaient contre la corruption du maire de Bochil (nord de la région des Hauts Plateaux).

Par ailleurs, dans une ample partie du Chiapas, un climat d’incertitude s’est généré du fait des décisions du Délégué Zéro (sous commandant Marcos) de suspendre la tournée nationale de l’Autre Campagne, de déclarer l’EZLN en Alerte rouge et de rester dans la capitale du pays jusqu’à ce que les prisonniers d’Atenco soient libérés et que les mandats d’arrêt non appliqués soient suspendus. Ce fait a conduit certaines organisations à considérer possible un scénario d’agressions paramilitaires contre les communautés et municipalités autonomes zapatistes afin d’obliger le sous commandant à revenir au Chiapas.

En ce qui concerne les élections au poste de gouverneur du Chiapas, les différents partis ont défini leurs candidats :

    1. Juan Sabines pour le PRD-Parti du Travail-Convergencia;
    2. Aguilar Bodegas pour le PRI et le Parti Vert Ecologiste du Mexique;
    3. et Francisco Rojas pour le PAN.

Après cette définition, des rapports et témoignages reçus par les membres de la coordination du projet et par la troisième mission d’observation de Peace Watch Suisse nous conduisent à prévoir un haut taux d’abstention lors de ce processus électoral pour différentes raisons :

    1. le fait de devoir participer à deux élections l’une à la suite de l’autre (les fédérales en juillet et les locales en août);
    2. la difficulté physique (comment se déplacer jusqu’aux lieux de vote quand la saison des pluies a à nouveau commencé) et psychologique par exemple pour la population sinistrée de l’ample zone de Stan;
    3. la déception existant entre les communautés et bases du PRD des régions des Hauts Plateaux et de la Selva suite à la sélection d’un ex membre récent du PRI comme candidat au poste de gouverneur.

En ce qui concerne l’Autre Campagne, en mai, au delà de la décision déjà mentionnée du Délégué Zéro de suspendre la tournée nationale et de rester à Mexico jusqu’à ce que les prisonniers d’Atenco soient libérés, le sous commandant Marcos a également accepté de s’ouvrir aux médias commerciaux, ce qui l’a placé au centre de la discussion médiatique électorale. Un quatrième Congrès National Indigène –hautement revendiqué par le sous commandant Marcos- a été réalisé. Sa proposition de réaliser une mobilisation nationale de l’Autre Campagne, précisément le jour des élections fédérales (le 2 juillet) lui a valu de nombreuses critiques de la part d’analystes et intellectuels à un moment donné proche du zapatisme et aujourd’hui pro-AMLO, que de que cette manière, l’EZLN et l’Autre Campagne allaient jouer le jeu de la droite.

En ce qui concerne les conflits sociaux et droits humains violés au Chiapas, au cours de cette période, l’ample zone sinistrée par Stan (Sierra et Costa) reste la plus problématique. Par le biais des observateurs communautaires ainsi que grâce à la brigade internationale de Peace Watch, nous avons constaté directement l’existence d’un haut niveau de désespoir et de non conformité du fait du retard dans la consolidation des rives, la non exécution et l’application en fonction d’autres intérêts (corruption, élections) des programmes et soutiens de la part du gouvernement, ainsi que le début de la saison des pluies. Ceci a généré une augmentation significative des mobilisations sociales que le gouvernement de l’état a cherché à réprimer, violant de cette manière plusieurs droits humains de la population sinistrée : le droit à la vie, l’intégrité physique et psychologique ; le droit à la libre expression et association ; le droit à exercer librement leur vote ; et les droits au travail, à l’éducation, au logement, à la santé et à un environnement sain.

Une mention spéciale doit être faite pour la violation massive des droits à l’intégrité physique et psychologique, liberté d’expression, manifestation et association de centaines de personnes dans la cadre des quatre opérations policières d’expulsion violente de la population déjà mentionnée (Bochil le 8 mai ; Escuintla les 8 et 16 mai ; Motozintla, le 10 mai).

ans d’autres zones de l’état du Chiapas, on a observé une résurgence des délicats conflits liés à l’eau entre les autorités du PRD et les bases de soutien zapatistes de la municipalité de Zinacantán; une nouvelle violation de domicile et intimidation contre des défenseurs de droits humains adhérents à l’Autre Campagne dans la ville de San Cristóbal de Las Casas (d’où un total de 14 cas impunis au cours des 7 derniers mois) ; l’augmentation de la délinquance dans la zone Nord et le nord de la région Selva qui a servi de prétexte pour que le gouvernement de l’état réalise des opérations policières qui violent différents droits humains des communautés tesltales; ainsi qu’un nouveau conflit pour le territoire et les ressources forestières de la région des Chimalapas, où des femmes et des enfants ont bloqué l’accès à l’armée.

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