PROJET D’OBSERVATION ET DE SURVEILLANCE DES DROITS POLITIQUES ET CIVILS - CHIAPAS 2006
RAPPORT MENSUEL - JUIN 2006
Depuis le mois de janvier, le SIPAZ réalise avec le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas, Alianza Cívica, PROPAZ (Programme Suisse d’Observation et de Promotion de la Paix au Chiapas), ainsi que Peace Watch Suisse un projet d’observation et de surveillance du respect des droits politiques et civils durant le processus électoral et de l’Autre Campagne lancée par l’EZLN. Ce projet durera au moins jusqu’en décembre.
Il s’agit de donner un suivi et de dénoncer toute violation aux droits politiques et civils des peuples et communautés autochtones. Ces droits sont contenus et établis dans la Constitution Politique du Mexique et dans le Pacte International des Droits Politiques et Civils de l’ONU signé par le gouvernement mexicain. Un suivi est également donné à toutes les tentatives de déstabilisation sociale grave. Tout ceci afin d’essayer de prévenir et d’éviter que les situations de violence à l’encontre des peuples ne s’accroissent.
Nous vous partageons le résumé du rapport correspondant au mois de juin. Ce rapport est accessible dans son intégralité (en espagnol) par le biais de la page Internet du Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas: http://www.frayba.org.mx
PROJET D’OBSERVATION ET DE SURVEILLANCE DES DROITS POLITIQUES ET CIVILS CHIAPAS 2006
RAPPORT MENSUEL - JUIN 2006 (Période comprise entre le 1er et le 30 juin) PROPAZ, CDH FRAY BARTOLOMÉ DE LAS CASAS, SIPAZ, ALIANZA CIVICA CHIAPAS, PEACE WATCH
RESUME
En juin, la proximité des élections fédérales a rendu le contexte politique national toujours plus complexe. La distance croissante entre les deux candidats ayant le plus de chance de les emporter - Andrés Manuel López Obrador (AMLO) (Parti de la Révolution Démocratique/Parti du Travail/Convergence-PRD/PT/Convergencia) d’un côté et Felipe Calderón (Parti d’Action Nationale-PAN) d’un autre- s’est fondée sur des disqualifications personnelles.
Le 6 juin, lors du second débat entre les différents candidats présidentiels, le premier auquel AMLO participait, celui-ci a accusé Diego Hildebrando Zavala, beau-frère de Calderón, de trafic d’influence el évasion fiscale. Des recherches journalistiques postérieures ont rendu public le fait que grâce aux entreprises de services informatiques dont il est le propriétaire ce dernier avait eu un accès direct et complet à la liste des bénéficiaires des principaux programmes fédéraux de soutien social, à la liste électorale et au Programme de Résultats Electoraux Préliminaires (PREP). Suite à cela, divers secteurs politiques, intellectuels et médiatiques ont commencé à dénoncer la possibilité d’une fraude électorale cybernétique durant les élections présidentielles alors imminentes. Les dénonciations publiques se sont multipliées questionnant le fait que le gouvernement était en train de réaliser une élection d’Etat, un fait qui a par exemple été signalé par 25 ONG (dont Alianza Cívica AC et Global Exchange des USA) lorsqu’elles ont publié les résultats d’une recherche réalisée dans 22 états de la République mexicaine.
Alors que la majorité des sondages informait d’une remontée de AMLO (dans certains il dépassait Calderón de 3 points), on vit se développer une intense campagne contre celui-ci. Cette campagne que plusieurs analystes ont qualifié de “guerre sale” a pris pour le moins deux formes : d’un côté, les étranges attentats contre l’épouse de l’entrepreneur argentin Carlos Ahumada, peu après que celui-ci ait menacé de rendre publiques des cassettes vidéos qui impliquaient des personnes proches de López Obrador ; d’un autre, une intense campagne médiatique financée par le Conseil Coordinateur d’Entrepreneurs qui stigmatisait AMLO et qui induisait à un vote fondé sur la peur en faveur de Calderón.
Il faut ajouter à cela une induction ouverte au vote en faveur du candidat du PAN de la part de plusieurs membres importants de la hiérarchie de l’église catholique et l’utilisation électorale de Calderón et du président Fox de la sélection mexicaine de football qui participait au Mondial en Allemagne.
Les réponses plutôt tièdes données par le Conseil Général de l‘IFE et surtout de son président Luis Carlos Ugalde ont conduit divers secteurs de l’opinion publique et politique du pays à douter de l’imparcialité de cet institut. Certains analystes ont y compris rappelé la forme peu claire selon laquelle le PRI et le PAN avaient négocié en octobre 2003 pour imposer unilatéralement la nomination de nouveaux conseillers citoyens liés à ces deux partis.
Un conflit politique local qui s’est développé en juin avec une répercussion nationale fut le mouvement enseignant du Oaxaca: il mobilisa plus de 40 milles enseignants en un ‘sit in’ prolongé qui reçut le soutien d’amples secteurs sociaux de cet état. Cette manifestation qui commença par des demandes syndicales finit par incorporer l’exigence de la renonciation du gouverneur du PRI, Ulises Ruiz, une personne considérée comme répressive et très proche de Roberto Madrazo (candidat présidentiel du Parti de la Révolution Institutionnelle, PRI, et du Parti Vert Ecologiste du Mexique, PVEM).
Les nombreux manifestants résistèrent à une opération policière qui cherchait à les expulser. Après avoir rompu le processus de dialogue avec le Ministère de l’Intérieur, ils menacèrent de boycotter les élections fédérales.
Au Chiapas, il faut souligner l’impact direct des campagnes fédérales à la Présidence de la République du fait de la venue sur place des trois principaux candidats.
Le premier à venir fut Roberto Madrazo qui le 1er juin réussit à réunir environ 10.000 indigènes à Ocosingo (centre géostratégique de l’EZLN). Lors de cet acte, il compta sur la présence protagoniste de Pedro Chulín, candidat au poste de député fédéral suppléant et fondateur de l’ex groupe supposément paramilitaire MIRA (Mouvement Indigène Révolutionnaire Antizapatiste) et de l’actuel groupe civil armé appelé Organisation pour la Défense des Droits Indigènes et Paysans (OPPDIC). Plus tard, lors d’un acte politique réalisé à Comitán, bastion de l’ex gouverneur et, plus récemment, ex pré candidat à gouverneur, Roberto Albores, Madrazo réussit à imposer l’hégémonie de son groupe à l’intérieur du PRI traditionnel au Chiapas : il nomma deux politiques antérieurement alliés à Albores pour la campagne de José Antonio Aguilar Bodegas, candidat au poste de gouverneur du Chiapas pour le PRI. Ces deux personnes (Mario Culebro et Mario Lescieur Talavera) ont été signalées pour leurs actions répressives et anti-zapatistes.
Egalement début juin, AMLO (PRD/PT/Convergence) a réalisé une visite prolongée qui a couvert 12 villes du Chiapas (y compris San Cristóbal, Palenque et Ocosingo) terminant sa campagne le 18 juin dans la capitale, Tuxtla Gutiérrez. Il apporta tout son soutien aux ex membres du PRI Rubén Velásquez (candidat au Sénat) et Juan Sabines (candidat au poste de gouverneur).
Calderón (PAN) termina sa campagne au Chiapas dans le théâtre de la ville de San Cristóbal de Las Casas en présence de plus de mille indigènes des Hauts Plateaux face auxquels il rejeta « tout type de violence comme moyen pour obtenir la justice, une justice que le Chiapas mérite ».
Au Chiapas, un autre évènement notable fut la signature de Juan Sabines de la dite “Déclaration de Comitán” (qui se propose comme Plan de Développement de l’Etat et qui présente des caractéristiques néolibérales et contraires aux zapatistes). Ce projet a été élaboré par Roberto Albores qui se joint ainsi aux files du PRD, en soutenant la candidature de Sabines.
L’Autre Campagne de son côté semble être entrée dans une situation d’impasse. Certains analystes critiques considèrent que cette situation se doit à l’usure due aux décisions du Délégué Zéro (sous commandant Marcos) de suspendre sa tournée nationale et de maintenir l’Alerte rouge au Chiapas jusqu’à nouvel ordre, ainsi qu’à la réalisation d’une mobilisation nationale le jour des élections fédérales (2 juillet).
Les procès judiciaires lancées contre tous les membres du Front du Peuple pour la Défense de la Terre (FPDT) et contre certains membres de l’Autre Campagne arrêtés à Atenco en mai, de même que les enquêtes préliminaires quant aux viols de femmes lors de cette même opération ont fait l’objet d’un grand nombre de retards, d’obstacles et de marchandages. En revanche, seulement 23 policiers de bas niveau ont été interpellés pour une unique charge, et ils ont été libérés sous caution immédiatement.
A échelle internationale, l’Autre Campagne a généré des répercussions plus importantes en exigeant la libération des prisonniers et en demandant que justice soit faite pour les violations de droits humains à Atenco. D’un côté, des organismes internationaux de droits humains reconnus, comme Amnisty International et Human Rights Watch ont effectué d’intenses recherches et dénonciations internationales sur ce thème. D’un autre, la Commission Civile d’Observation International des Droits Humains (CCIODH) a publié un rapport préliminaire dont la version finale sera présentée auprès du Parlement Européen et de la Commission des Droits Humains de l’ONU. Les conclusions de ce rapport signale la violation de droits humains les plus élémentaires de la population civile d’Atenco, et que, de ce fait, les hauts responsables de la police, en commençant par le vice-amiral Wilfrido Robledo doivent être suspendus tandis que tous les détenus (suite au principe d’innocence présumé) doivent être libérés.
En ce qui concerne les conflits sociaux et droits humains violés, au Chiapas, au mois de juin, la zone affectée par l’ouragan Stan l’an dernier reste la plus problématique. Outre tous les droits humains, politiques et civils dénoncés dans les rapports antérieurs, on a violé les droits contenus dans les “Principes Recteurs pour les Déplacés Internes” de l’ONU, un texte qui donne certains droits aux déplacés pour désastres naturels et pas seulement aux déplacés en situation de guerre. Suite aux manifestations de non conformité toujours plus fortes, auxquelles il faut ajouter l’ample diffusion au Chiapas et à échelle nationale et internationale de ce cas durant les deux derniers mois ainsi que, probablement, la proximité des élections présidentielles, les gouvernements fédéral et du Chiapas ont accéléré le processus de libération la fonds et la réalisation d’actions, tant en ce qui concerne la reconstruction d’infrastructures sociales que la consolidation des rives des fleuves. Ceci a permis de diminuer la quantité de mobilisations de protestation durant cette période.
En juin, on peut relever la violation des droits économiques et sociaux dans certains cas où la Commission Fédérale d’Electricité (CFE) a réalisé des coupures massives de manière indiscriminée affectant des municipalités et communautés entières dans les régions des Hauts Plateaux et du Centre. D’un autre côté, il faut signaler que plusieurs organisations sociales et indigènes des Hauts Plateaux, de la Forêt Lacandone et de la zone Nord se sont manifestées en faveur de l’abstention électorale suite à leur déception vis-à-vis de tous les partis. A San Cristóbal de Las Casas, deux nouveaux actes d’intimidation et de harcèlement contre des activistes des droits humains ont été rapportés.
L’augmentation de la délinquance liée au trafic de drogue dans la zone de Palenque/Catazajá a fait que dans certains milieux policiers à échelle fédérale on commence à parler de l’existence d’un “Cuartel de Palenque”.
Les faits et données publiés ce mois-ci apportent des éléments qui tendent à caractériser les élections fédérales imminentes comme une élection d’Etat peu équitable qui s’appuie sur des actes que certains considèrent comme faisant partie d’une guerre sale exercée depuis le pouvoir à l’encontre du principal candidat d’opposition au parti gouvernemental. Ceci violerait l’un des Principes Basiques qui protègent les droits civils et politiques des peuples et citoyen(ne)s du Chiapas et du Mexique contenus dans le Pacte de l’ONU : le droit fondamental à exercer leurs croyances, opinions et votes sans faire l’objet (directement ou indirectement) d’aucun type d’obligation, d’induction ou d’intimidation.

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