ACTUALISATION ATENCO (15 Mai 2006)

Le 3 mai dernier, quelques jours après le passage de l'Autre Campagne par Atenco, une tentative d'expulsion de marchands de fleurs du marché Belisario Dominguez a provoqué un dur affrontement et une première série d'arrestations. Une opération policière réalisée le lendemain a augmenté le bilan de la violence : des dizaines de blessés, 217 détenus, le viol de femmes mexicaines et étrangères, l'expulsion de 5 étrangers du pays et la mort d'un mineur.

En conséquence de ces faits, le 4 mai, le Délégué Zéro (Sous commandant Marcos) a décrété une Alerte Rouge Générale et a convoqué les membres de l'Autre Campagne à réaliser des actions civiles et pacifiques, à l'intérieur et à l'extérieur du pays pour exiger la libération immédiate des prisonniers et le retrait total des forces policières d'Atenco. Les Caracoles (structures régionales de l’autonomie zapatiste) et les Municipalités Autonomes furent fermés au Chiapas.

1. DETENUS/VIOLATIONS DE DROITS HUMAINS

DETENTION DE 217 PERSONNES A ATENCO

Les autorités de l'Etat de Mexico ont informé de l’arrestation de 217 personnes lors de l'opération policière réalisée à San Salvador Atenco et Texcoco, après les affrontements du mercredi 3 mai. Parmi celles-ci, 203 se trouvent enfermées dans la prison de Santiaguito, à Almoloya de Juárez, où ils ont présenté leur première déclaration. 14 se trouvent dans différents hôpitaux de Toluca, où ils reçoivent des soins médicaux pour des lésions qu’ils présentent après leur détention. Seul Ignacio del Valle, dirigeant du Front des Peuples en Défense de la Terre, et le propriétaire d'un terrain communal Felipe Álvarez Hernández, ont été consignés par un juge, pour le délit présumé de séquestration d'un fonctionnaire du gouvernement de l'Etat de Mexico perpétré le 8 février dernier, selon la cause pénale 91/2006. (...) Le bureau du procureur de l'Etat de Mexico a décidé de mettre en prison tous les détenus, pendant qu'il réalise les recherches pour définir la responsabilité de chacun. (...) Les avocats et membres de la famille des détenus ont dénoncé que l'arrestation de plus de 217 personnes à Santiaguito est irrégulière et va contre la loi, vu qu'il n'y a de mandats d’arrêt pour aucun délit. (...) En arrivant au pénal de Santiaguito, où les habitants de Atenco sont reclus, on a empêché les membres de leur famille d'avoir un contact avec eux et les avocats ont eu des difficultés à exercer leur droit à les assister au moment de présenter leurs déclarations. On a également empêché l'accès des organismes de droits humains, comme le Centre Centro Miguel Agustín Pro, ce que ces organismes ont qualifié de violation aux traités internationaux.

PRISON FORMELLE POUR IGNACIO DEL VALLE;
GREVE DE LA FAIM DE 100 DETENUS

Un juge a ordonné formellement la détention d’ Ignacio del Valle Miranda, dirigeant du Front des Peuples en Défense de la Terre (FPDT) de San Salvador Atenco, ainsi que celle de Felipe Alvarez Hernández, qui sont maintenus dans la prison de haute sécurité de La Palma pour avoir séquestré deux fonctionnaires du gouvernement de l’Etat en février et avril derniers. Pendant ce temps; dans la proche prison de Santiaguito, une centaine de détenus lors de l’opération policière à Atenco et Texcoco ont commencé une grève de la faim en attendant que le bureau du Procureur de Justice de l’Etat (PGJE) décide sur trois processus judiciaires qui concernent les plus de 200 personnes capturées par la police.

DETENUS A SANTIAGUITO TEMOIGNENT DE LA BRUTALITE

Des habitants de San Salvador Atenco détenus dans la prison de Santiaguito ont fait parvenir [au journal] La Jornada plusieurs lettres par le biais desquelles ils dénoncent les coups brutaux; les menaces de mort, les outrages et autres abus réalisés par les policiers durant la poursuite, la détention et le transfert jusqu’à la prison.

5 étrangers détenus à Atenco expulsés du Mexique (7 mai)

Le gouvernement mexicain a expulsé cinq étrangers qui avaient été détenus lors de l´opération policière réalisée mercredi dernier à San Salvador Atenco pour avoir violé la loi de population, a informé l´autorité migratoire.

LA CNDH PRESENTE DES CHARGES PENALES POUR VIOLATIONS

La Commission Nationale des Droits Humains (CNDH) a informé qu’elle présenterait des dénonciations pénales pour les agressions sexuelles contre des femmes détenues à San Salvador Atenco le mercredi [3] et le jeudi [4 mai]. L’organisme a rendu public le fait que toutes ces plaintes ont été ratifiées par les victimes supposées et que c’est pour cela qu’elles ont été présentées auprès des bureaux du procureur de la République et de l’Etat de Mexico. Consultée sur ce thème, le bureau du procureur de la République a informé que [jusqu’au 9 mai] il n’avait reçu aucune dénonciation. Le lundi 8, la CNDH a rapporté 16 plaintes pour abus sexuels, mais le mardi 9, ce numéro était de 23, sept de celles-ci pour viol. Selon les témoignages reçus, les agressions sexuelles des policiers fédéraux et de l’état qui participèrent lors de l’affrontement avec les habitants de cette ville mexicaine ont eu lieu lors du transfert d’Atenco à la prison de Santiaguito, qui a duré entre trois et quatre heures. Elles ont informé qu’elles ont été obligées de maintenir une relation de sexe oral avec le agents et qu’au moment de monter dans les camions, elles ont été “tripotées” et touchées de tous cotés, avant d’être obligées de se mettre à genoux et de lever leurs chemises pour se couvrir la tête.

  • Source : El Universal (10 mai 2006)

Un policer de l’Etat a tué le mineur assassiné à Atenco

Le Centre de Droits Humains Miguel Agustín Pro a présenté une vidéo avec les interviews de trois policiers de l’Etat de Mexico, qui assurent que ''la balle qui a tué l’enfant Francisco Javier Cortés à San Salvador Atenco, a bien été tiré par un policier ''. (...) Les trois policiers –dont l’identité a été maintenu dans l’anonymat - révèlent que lors de l’opération policière du 4 mai dernier, ''certains portaient des armes comme R-15, des fusils calibre 38 et 9 millimètres ; nous avons reçu l’ordre de frapper tout ce qui bougerait, tant que nous ne verrions pas les moyens (de communication), et de rentrer dans les maisons pour sortir à toutes les personnes que nous pourrions''.

Des étudiantes prisonnières racontent les abus

Des prisonnières dans le pénal de Santiaguito, deux étudiantes détenues durant l’opération policière du 4 mai dernier à San Salvador Atenco racontent les humiliations et agressions sexuelles auxquelles elles ont été soumises par les prisonniers.

Première résolution sur le cas des détenus

Des 189 personnes arrêtées suite aux faits violents enregistrés début mai à San Salvador Atenco et Texcoco, un juge a décrété la liberté absolue et immédiate de 17 des détenus. Il a ratifié l’emprisonnement en attente de jugement de 172 personnes, qui incluent des zapatistes présumés, des étudiants et une indigène mazahua ; 144 d’entre elles pourront sortir sous caution. 28 n’auront pas cette possibilité.

Il faut souligner que le juge Jaime Maldonado Salazar a exonéré l’ensemble des 189 détenus du délit de délinquance organisée que leur attribuait le gouvernement de l’Etat de Mexico, y compris à Ignacio del Valle Medina et Felipe Álvarez, dirigeants maintenus dans la prison de haute sécurité de La Palma.

182 plaintes pour abus à Atenco (CNDH)

182 plaintes ont été présentées auprès de la Commission Nationale des Droits Humains pour les faits de San Salvador Atenco et d’autres continuent d’arriver, a informé le premier visiteur de cet organisme, Raúl Plascencia Villanueva. “Nous avons 182 plaintes et d’autres continuent d’arriver; de personnes qui parlent de divers types de violations comme les fouilles illégales et les dommages contre les maisons ".

2. REPONSES GOUVERNEMENTALES

“Nous ne négocierons pas avec ceux qui violent la loi” (Gouverneur de l´Etat de Mexico)

Le gouverneur Enrique Peńa Nieto a réfuté que son administration ait une responsabilité dans l´affrontement. Peńa a souligné que son gouvernement se maintiendra ferme et que contrairement à ce qui a eu lieu dans le passé, maintenant one ne pardonnera à personne, parce que “nous ne négocierons pas avec ceux qui violent la loi ”. Le gouverneur a signalé que la police de l´Etat se maintiendra à San Salvador Atenco le temps nécessaire et en fonction des circonstances qui se présenteront.

Premiers commentaires du pouvoir fédéral

Le gouvernement fédéral ont attribué aux habitants de San Salvador Atenco toute la responsabilité des faits de violence qui ont eu lieu le 3 mai. “Un petit groupe” ne peut violer l´ordre et la paix sociale, a remarqué Vicente Fox. Le Ministre de la Sécurité Publique fédérale, Manuel Medina Mora, a dit que l´action avait été planifié par le groupe “qui maintenait séquestré toute une communauté”. Daniel Cabeza de Vaca, Procureur Général de la République, a rejeté qu´il y ait une situation de perte de contrôle de la part du gouvernement, vu que les mexicains “nous menons une vie normale ”. Le porte parole présidentiel Rubén Aguilar a dit que le sous commandant Marcos pouvait décréter “une alerte rouge, jaune, blanche, orange”, l´Etat avait agi pour sauvegarder les droits “de la grande majorité des personnes ” qui ne peuvent être victimes de groupes “qui utilisent la violence comme une forme de faire valoir leurs intérêts ”.

L´utilisation de la force a amené la paix à Atenco face à la "recrudescence de la violence " (Fox)

Dans le cadre du Sommet entre Union Européenne et Amérique Latine, le Président Vicente Fox a justifié l´utilisation de la force policière à Atenco comme voie "pour amener la paix aux habitants (de cette municipalité) face à une recrudescence de la violence. C´est la raison primordiale". (...) En réponse à un activiste qui le questionna lors d´un événement académique, le mandataire a affirmé que oui, il y avait eu un dialogue des trois niveaux de gouvernement avec les manifestants "avant, pendant et après " l´affrontement. Il a cependant accepté que ces faits faisaient l’objet d’une investigation pour clarifier "s´il y avait eu un excès" de la part de la police.

A Atenco il n´y a pas eu de violations mais des abus malhonnêtes (Yunes)

Le sous secrétaire de la Prévention et Participation Citoyenne du Ministère de la Sécurité Publique Fédérale, Miguel Angel Yunes, en référence aux agressions physiques et sexuelles contre des femmes lors de l´opération policière à San Salvador Atenco a affirmé : ''Ce qui n´est pas croyable et que l'on ne peut pas soutenir c´est que des viols collectifs aient eu lieu au moment de la détention'.

3. MOUVEMENTS DE PROTESTATION

A échelle nationale

Mobilisations du 4 de mai

Des membres de l´Autre Campagne se sont mobilisés dans les états de Mexico, Jalisco, Morelos, Guerrero, Tabasco et Chiapas pour exiger le départ de la police d´Atenco et la liberté des plus de 200 prisonniers.

DES ONG REPROUVENT LA VAGUE DE REPRESSION QUE LES AUTORITES REALISENT DANS LE PAYS

36 organisations sociales et de droits humains, Pablo González Casanova, l´évêque émérite Samuel Ruiz et monseigneur Raúl Vera, entre autres personnalités se sont manifestés contre la répression dans un document dans lequel ils affirment : “Nous réprouvons la solution de force disproportionnée appliquée face au conflit social qui s´est déclaré à San Salvador Atenco et qui contredit les principes fondamentaux des droits humains établis par l´Assemblée générale de l´ONU, particulièrement celui de la proportionnalité établi dans l´article 3¨.

MARCHE EN DIRECTION D´ATENCO

Des organisations membres de l´Autre Campagne ont réalisé une marche pacifique en direction de la municipalité de San Salvador Atenco. Elles réalisèrent un acte auquel participa le sous commandant Marcos.

MANIFESTATIONS A L´ÉXTERIEUR DE LA PRISON

Des étudiants des universités Autonome Chapingo et Nationale Autonome du Mexique, ainsi que des membres du Mouvement Mazahua se sont joints aux manifestations que des membres de la famille des habitants d´Atenco font à l´extérieur de la prison de l´Etat de Santiaguito.

REUNION DU CONGRES NATIONAL INDIGENE

Le 6 mai, plus de 800 participants, délégués de 26 peuples autochtones originaires de plusieurs régions de 23 états de la République ont célébré le quatrième Congrès National Indigène (CNI). Le Congrès s´est solidarisé avec le Front des Peuples en Défense de la Terre (FPDT) de San Salvador Atenco. Les assistants se sont prononcés pour déterrer “la graine de violence et de répression” semé dans ce peuple, car ce fait laisse un précédent pour que des actes de flagrante violation de droits humains continuent à se commettre.

MANIFESTATIONS A QUINTANA ROO, OAXACA, TABASCO ET CHIHUAHUA

Environ 550 personnes ont réalisé des manifestations au Oaxaca, Tabasco et Chihuahua. Dix autres ont commencé une grève de la faim au Quintana Roo pour condamner les abus policiers commis contre des membres et sympathisants du Front des Peuples en Défense de la Terre de San Salvador Atenco.

MARCOS DANS LES MASS MEDIAS

Le Sous commandant Marcos est apparu en télévision nationale et internationale. Il a également accordé une interview au journal La Jornada qui a été publié en trois parties.

DECLARATION DU RESEAU MEXICAIN DE CONSTRUCTEURS DE PAIX

12 mai

A échelle internationale

REACTIONS INTERNATIONALES FACE AU CAS ATENCO

De nombreux collectifs européens se sont prononcés face à l´alerte rouge déclarée par l´EZLN et la violence institutionnelle à Texcoco et San Salvador Atenco. Depuis l´Italie, la France, la Grèce, l´Allemagne, l´Etat Espagnol et l´Autriche, ils ont publié un document qui déclare : "Préoccupés par ce qu´il s´est passé et face à la répression brutale exercée par la police et les autorités, nous voulons répondre à l´appel réalisé par la Commission Sixième de l´EZLN et l´Autre Campagne”.

AMNESTY INTERNATIONAL LANCE UNE ACTION URGENTE SUR LE CAS D´ATENCO

L´ONU condamne l´agression de femmes à Atenco

La représentante au Mexique de l´Organisation des Nations Unies pour la Femme, Teresa Rodríguez, a condamné les agressions sexuelles présumées contre les femmes détenues lors de l´opération à San Salvador Atenco : "Nous sommes au XXIème siècle et c´est une honte que l´on continue à utiliser ce qui fut une arme de guerre au début de la civilisation et que jusqu´à ce jour l´humanité n´ait pas évolué ". Elle a ajouté que la représentation de l´ONU au Mexique analyse la possibilité d’envoyer une lettre aux autorités mexicaines sur ce cas.

  • Source : Réforme (11 mai 2006)

Atenco et Sicartsa ''tâchent de sang'' le gouvernement de Fox

Le président de la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH), José Luis Soberanes Fernández, a affirmé que le gouvernement du président Vicente Fox a obtenu un siège auprès du Conseil des Droits Humains de l´organisation des Nations Unies ¨avec les mains tâchées de sang. (..) Les morts suite à l´expulsion des miniers à Sicartsa et le jeune mort lors de l´irruption violente de la police à Atenco en sont la preuve''.

Mobilisations dans 17 pays

Suite à l’irruption de la police de l´Etat de Mexico et fédérale à San Salvador Atenco et à la détention de plus de 200 personnes des manifestations ont été réalisées dans 36 villes de 17 pays en condamnant les faits et en exigeant la libération de tous les prisonniers au gouvernement mexicain.

Human Rights Watch condamne l´utilisation excessive de la force policière à Atenco

¨La police a utilisé la force de manière excessive contre la population : il y a des personnes blessées, présentant différents types de lésions et des dénonciation de violations sexuelles qui, si elles ne sont pas dûment clarifiés suite à investigations, elles peuvent présenter un très mauvais précédent quant à la manière d´agir de la force publique à l´avenir '', a affirmé le directeur exécutif de Human Rights Watch (HRW), José Miguel Vivanco.

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