:: Index des communiqués

:: Répercutions, articles d’opinion - Index des articles

Communiqué du 19 juin 2005

COMMUNIQUE DU COMITE CLANDESTIN REVOLUTIONNAIRE INDIGENE -
COMMANDEMENT GENERAL DE L’ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE - MEXIQUE

AU PEUPLE DU MEXIQUE :

AUX PEUPLES DU MONDE :

FRERES ET SOEURS :

A COMPTER DE CE JOUR, L’ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE A DECRETE SUR TOUT LE TERRITOIRE REBELLE UNE

ALERTE ROUGE GENERALE

EN CONSEQUENCE NOUS VOUS COMMUNIQUONS :

PREMIEREMENT.- QU’EN CE MOMENT MEME A LIEU LA FERMETURE DES CARACOLES ET DES BUREAUX DES JUNTAS DE BUEN GOBIERNO QUI SE TROUVENT DANS LES COMMUNAUTES ZAPATISTES D’OVENTIK, LA REALIDAD, LA GARRUCHA, MORELIA ET ROBERTO BARRIOS, AINSI DE TOUS LES SIEGES DES AUTORITES DES DIFFERENTS MUNICIPES AUTONOMES REBELLES ZAPATISTES.

DEUXIEMEMENT.- QU’IL EST PROCEDE EGALEMENT A L’ EVACUATION DES MEMBRES DES DIFFERENTES JUNTAS DE BUEN GOBIERNO ET DES AUTORITES AUTONOMES, AFIN DE LES METTRE EN SECURITE. A PARTIR DE MAINTENANT ET POUR UNE DUREE INDETERMINEE LEUR TRAVAIL SE POURSUIVRA DANS LA CLANDESTINITE ET LA MOBILITE. LES PROJETS ET L’EXERCICE DU GOUVERNEMENT AUTONOME RESTERONT EN OEUVRE, BIEN QUE DANS DES CONDITIONS DIFFERENTES DE CE QUE NOUS AVONS CONNU JUSQU’A MAINTENANT.

TROISIEMEMENT.- QUE DANS LES DIFFERENTS CARACOLES LES SERVICES DE BASE DE SANTE COMMUNAUTAIRE SERONT ASSURES. ILS SONT SOUS LA RESPONSABILITE DE CIVILS, QUE LE CCRI-CG DE L’EZLN DISSOCIE DE SES ACTIONS A VENIR, QUELLES QU’ELLES SOIENT, ET POUR LESQUELS NOUS EXIGEONS QU’ILS SOIENT TRAITES COMME POPULATION CIVILE, ET QUE LEUR VIE, LEUR LIBERTE ET LEURS BIENS SOIENT RESPECTES PAR LES FORCES GOUVERNEMENTALES.

QUATRIEMEMENT.- QU’ONT ETE RAPPELES TOUS LES ELEMENTS DE NOTRE EZLN QUI EFFECTUAIENT UNE ACTION SOCIALE DANS LES COMMUNAUTES ZAPATISTES, ET QUE NOS TROUPES REGULIERES ONT REJOINT LEURS QUARTIERS. EGALEMENT, ONT ETE SUSPENDUES POUR UNE DUREE INDETERMINEE TOUTES LES EMISSIONS DE RADIO INSURGENTE, « LA VOIX DES SANS-VOIX », EN MODULATION DE FREQUENCE ET SUR ONDES COURTES.

CINQUIEMEMENT.- QUE SIMULTANEMENT A LA PUBLICATION DE CE COMMUNIQUE, NOUS EXHORTONS LES MEMBRES DES ORGANISATIONS CIVILES NATIONALES ET INTERNATIONALES QUI PARTICIPENT A DES CAMPEMENTS POUR LA PAIX ET A DES PROJETS DANS LES COMMUNAUTES A QUITTER LE TERRITOIRE REBELLE OU BIEN, S’ILS EN DECIDENT DE FAÇON LIBRE ET VOLONTAIRE, A RESTER A LEURS RISQUES ET PERILS REGROUPES DANS LES CARACOLES. POUR LES PERSONNES MINEURES, L’EVACUATION EST OBLIGATOIRE.

SIXIEMEMENT.- QUE L’EZLN ANNONCE LA FERMETURE DU CENTRE D’INFORMATION ZAPATISTE (CIZ), NON SANS REMERCIER PREALABLEMENT LES ORGANISATIONS CIVILES QUI ONT PARTICIPE A SON FONCTIONNEMENT, DEPUIS SA CREATION JUSQU’A AUJOURD’HUI. LE CCRI-CG DE L’EZLN DEGAGE FORMELLEMENT CES PERSONNES DE TOUTE RESPONSABILITE EN LIAISON AVEC LES ACTIONS FUTURES DE L’EZLN.

SEPTIEMEMENT.- QUE L’EZLN DISSOCIE TOUTES LES PERSONNES ET ORGANISATIONS CIVILES, POLITIQUES, CULTURELLES, CITOYENNES, NON-GOUVERNEMENTALES, LES COMITES DE SOLIDARITE ET LES GROUPES DE SOUTIEN QUI SE SONT APPROCHES D’ELLE DEPUIS 1994 DE L’ENSEMBLE DES ACTIONS QUE NOUS POURRONS MENER DANS LE FUTUR. NOUS REMERCIONS TOUTES CELLES ET TOUS CEUX QUI, AVEC SINCERITE ET HONNETETE, ONT APPUYE AU COURS DE CES PRESQUE 12 ANS LA LUTTE CIVILE ET PACIFIQUE DES INDIGENES ZAPATISTES POUR LA RECONNAISSANCE CONSTITUTIONNELLE DES DROITS ET DE LA CULTURE INDIGENES.

¡DEMOCRATIE !
¡LIBERTE !
¡JUSTICE !

Depuis les Montagnes du Sud-Est Mexicain.

Pour le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène – Commandement Général de l’ Armée Zapatiste de Libération Nationale.

Sous-commandant Insurgé Marcos
Mexique, sixième mois de l’année 2005


Communiqué (I) du 20 juin 2005

COMMUNIQUÉ DU COMITÉ CLANDESTIN RÉVOLUTIONNAIRE INDIGÈNE COMMANDEMENT GÉNÉRAL DE L’ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

MEXIQUE

20 juin 2005

Au peuple du Mexique,

Aux peuples du monde

Frères et sœurs

PREMIÈREMENT. - Comme cela a été annoncé, à partir du 19 juin 2005 l’Armée zapatiste de libération nationale a établi l’alerte rouge sur le territoire rebelle.

La raison de cette alerte rouge est liée à la décision du Comité clandestin révolutionnaire indigène - Commandement général de l’EZLN d’organiser une consultation auprès de ses troupes insurgées, de tous les commandants et commandantes, des responsables régionaux et locaux, et des bases d’appui.

Cette alerte rouge est une mesure de précaution défensive. Vous vous souvenez probablement qu’en février 1995 l’EZLN a été attaquée par les forces gouvernementales, alors qu’elle organisait une consultation interne. À cette occasion, la trahison a été l’œuvre d’Ernesto Zedillo Ponce de Leon (à l’époque titulaire de l’exécutif fédéral et aujourd’hui employé au service d’entreprises multinationales) et d’Esteban Moctezuma Barragan (à l’époque ministre de l’intérieur, et aujourd’hui employé de Salinas Pliego).

DEUXIÈMEMENT. - Sur cette consultation interne

- La direction de l’EZLN procède à l’examen critique du sacrifice, de l’engagement et de l’héroïsme de ses bases d’appui, des responsables, des miliciens et miliciennes et des insurgé-e-s, au cours de ces presque douze ans de guerre et de résistance. Tout ce que nous avons fait de bien, Tout ce que nous avons obtenu l’a été grâce à elles et à eux. Les erreurs qui ont été commises sont de la responsabilité exclusive de la direction zapatiste.

- Le CCRI-CG présente à ses membres un bilan de l’étape que traverse notre organisation et une analyse de la situation nationale actuelle. En outre, il propose aux bases d’appui, qui constituent le commandement suprême de notre mouvement, un nouveau pas dans la lutte, un pas qui implique, entre autres choses, le risque de perdre tout ce qui a été obtenu, même si c’est peu de choses, et de voir une recrudescence de la persécution et du harcèlement contre les communautés zapatistes.

- C’est pourquoi, à l’occasion de ce dialogue avec ses membres, l’EZLN les délivre des engagements contractés le 1er janvier 1994. Tou-te-s les zapatistes ont maintenant la liberté morale de continuer ou non à marcher avec L’EZLN, dans cette prochaine étape qui fait l’objet de la consultation, si elle est approuvée par la majorité.

TROISIÈMEMENT. - Dès que cette consultation interne sera achevée, nous informerons l’opinion publique nationale et internationale de ses résultats.

DÉMOCRATIE !
LIBERTÉ !
JUSTICE !

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.

Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène - Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale.

Sous-commandant insurgé Marcos
Mexique, sixième mois de l’année 2005


Communiqué (II) du 20 juin 2005

COMMUNIQUÉ DU COMITÉ CLANDESTIN RÉVOLUTIONNAIRE INDIGÈNE COMMANDEMENT GÉNÉRAL DE L’ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

MEXIQUE

20 juin 2005

Au peuple du Mexique,

Aux peuples du monde,

Frères et sœurs :

PREMIER ET UNIQUE POINT. - Nous vous informons que depuis l’année 2002 l’EZLN a entamé un processus de réorganisation de sa structure politico-militaire. Cette réorganisation est maintenant achevée.

Nous avons créé les conditions nécessaires pour survivre à une attaque ou à une action de l’ennemi qui détruirait notre actuelle direction, ou qui tenterait de nous anéantir totalement.

Les échelons de commandement et la transmission des responsabilités ont été clairement définis, de même que les actions et mesures à prendre en cas d’agression de la part des forces gouvernementales et de leurs paramilitaires. Le CCRI-CG de l’EZLN communique qu’il est en mesure de continuer à diriger la lutte zapatiste, même dans le cas de la perte, soit par emprisonnement, par assassinat ou par disparition forcée, d’une partie ou de la totalité de sa direction actuelle connue.

C’est tout.

DÉMOCRATIE !
LIBERTÉ !
JUSTICE !

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.

Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène -
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale.

Sous-commandant insurgé Marcos
Mexique, sixième mois de l’année 2005


Communiqué du 21 juin 2005

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBERATION NACIONALE (EZLN).

MÉXICO

21 juin 2005.

A la Société Civile Nationale et Internationale :

Madame, mademoiselle, monsieur, jeune, enfant :

Ceci n’est pas une lettre d’adieu. Parfois cela va y ressembler, à un adieu. Mais non. C’est une lettre d’explication. Bon, c’est ce qu’on va essayer. Habituellement, cela serait dans un communiqué, mais nous avons choisi ce format parce que, pour le mieux ou pour le pire, quand nous vous avons parlé, nous l’avons presque toujours fait sur ce ton plus personnel.

Nous sommes les hommes, femmes, enfants et anciens de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale. Peut-être vous souvenez-vous de nous, nous avons pris les armes le 1 janvier 1994 et, depuis, nous avons maintenu notre guerre contre l’oubli, et résisté à la guerre d’extermination que les divers gouvernements ont entrepris, sans succès, contre nous. Nous vivons dans le dernier recoin de ce pays qui s’appelle le Mexique. Dans ce recoin qui s’appelle « Peuples Indiens ». Oui, comme ça, au pluriel. Parce que pour des raisons que nous ne donnerons pas ici, dans ce recoin on utilise le pluriel pour tout : nous souffrons, mourrons, nous battons, résistons.

Bon, et bien comme vous le savez, il se trouve que, depuis ce matin-là du début de l’année 1994, nous avons dédié, d¡abord avec le feu, puis avec la parole, notre lutte, notre effort, notre vie et notre mort, exclusivement aux peuples indiens du Mexique, à la reconnaissance de leurs droits et de leur culture. C’était logique, les zapatistes nous sommes foncièrement indigènes. Indigènes mayas, pour être plus précis. Mais pas seulement, les indigènes dans ce pays, bien qu’ayant été la base des grandes transformations de cette Nation, continuent à être le secteur social le plus agressé et le plus exploité. Si les guerres militaires et les guerres déguisées de "politiques", de pillage, de conquête, d’anéantissement, de marginalisation, d’ignorance se sont acharnées avec quelqu’un, c’est avec les indigènes. La guerre contre nous a été si intense et brutale que s’est converti en lieu commun le fait de penser que les indigènes sortiraient seulement de leur condition de marginalisation et de pauvreté s’ils cessaient d’être indigènes… ou s’ils étaient morts. Nous avons lutté pour ne pas mourir et ne pas cesser d’être indigènes. Nous avons lutté pour, vivants et indigènes, faire partie de cette Nation qui s’est construite sur notre dos, dont nous avons été les pieds (presque toujours nus) avec lesquels nous avons marché dans ses moments décisifs, dont nous avons été les bras et les mains qui ont permis à la terre de donner des fruits, et ont élevé les grandes constructions, édifices, églises, et palais dont s’enorgueillissent ceux qui ont tout, dont, avec la parole, le regard et la manière, c’est-à-dire, la culture, nous sommes la racine.

Cela n’est pas tombé de la dernière pluie ? Peut-être parce que nous sommes en juin, sixième mois de l’année. Bon, nous voulions juste signaler que le début de notre soulèvement n’a pas seulement été un «Aquí estamos » [‘On est là’], crié à l’oreille de la Nation assourdie par l’autoritarisme d’en haut. Cela a aussi été un « Nous sommes et continuerons d’être… mais maintenant avec dignité, démocratie, justice, liberté ». Vous le savez bien, entre autre, parce que vous nous avez accompagné depuis.

Malheureusement, après plus de 7 ans obstinés sur ce chemin, en avril 2001, les politiques de tous les partis politiques (principalement du PRI, PAN et PRD) et les auto-dénommés "trois pouvoirs de l’Union" (c’est-à-dire la présidence, le congrès et les juges) se sont alliés pour refuser aux peuples indiens du Mexique la reconnaissance constitutionnelle de ses droits et de sa culture. Et ils l’ont fait sans tenir compte du grand mouvement national et international qui s’est mis en place et uni dans ce but. La grande majorité, y compris les médias, étaient d’accord pour dire que cette dette en attente devait être soldée. Mais aux politiques, rien qui ne leur rapporte de l’argent ne les importe et ils ont refusé la même proposition de loi qu’ils avaient approuvée quelques années auparavant, quand les accords de San Andrés ont été signé et que la Cocopa [Commission de Concorde et de Pacification] a fait une proposition de réforme constitutionnelle. Ils l’ont fait parce qu’ils pensaient qu’au bout d’un certain temps, tous auraient oublié. Et peut-être que beaucoup ont oublié, mais pas nous. Nous avons de la mémoire et c’était eux : le PRI, le PAN, le PRD, la présidence de la république, les députés et sénateurs et les juges de la Cour Suprême de Justice de la Nation. Si les peuples indiens sont encore aujourd’hui au sous-sol de cette Nation et continuent de souffrir du même racisme qu’il y a 500 ans, c’est à cause d’eux. Peu importe ce qu’il disent maintenant qu’ils préparent les élections (pour avoir des postes qui leur rapportent) : il ne feront rien pour le bien de la majorité ni rien écouter qui ne soit de l’argent.

Si nous sommes fiers de quelque chose les zapatistes, c’est de faire honneur à la parole honnête et conséquente. Tout ce temps nous vous avons dit que nous luttions pour les peuples indiens du Mexique. Et c’est ce que nous avons fait. Nous vous avons dit que nous essayerions la voie du dialogue et la négociation pour obtenir nos requêtes. Nous vous avons dit que nous nous efforcerions dans la lutte pacifique. Nous vous avons dit que nous nous concentrerions dans la lutte indigène. Et c’est ce qui a été fait. Nous ne vous avons pas trompé.

Toute l’aide que, généreusement, vous avez apportée pour cette noble cause et par ces moyens, a été pour cela et pour rien d’autre. Nous n’avons rien utilisé pour autre chose. Toutes les aides et les soutiens humanitaires que nous avons reçu de tout le Mexique et du monde entier, ont été utilisés uniquement pour améliorer les conditions de vie des communautés indigènes zapatistes et dans des initiatives pacifiques pour la reconnaissance des droits et de la culture indigènes. Rien de ce qui a été reçu a été employé pour acquérir de l’armement ou pour quelque préparatif combatif que ce soit. Pas seulement parce que nous n’en avons pas eu besoin (l’EZLN garde sa capacité militaire intacte depuis 1994), mais, surtout, parce qu’il n’aurait pas été honnête de vous dire que votre aide était pour quelque chose et l’utiliser pour une autre. Pas un centime de l’aide reçue pour la paix avec justice et dignité n’a été utilisé pour la guerre. Pour faire la guerre, nous n’avons pas eu besoin d’aide. Pour la paix oui.

Bien sûr nous avons utilisé notre parole pour parler (et dans d’autres cas pour manifester notre solidarité) d’autres luttes au Mexique et dans le monde, mais pas plus. Et souvent, sachant que nous pouvions faire plus, nous dûmes nous contenir, parce que notre engagement, comme nous vous l’avions dit, était exclusivement par et pour les indigènes.

Cela n’a pas été facile. Vous souvenez-vous de la marche des 1111 ? de la consultation des 5000 en 1999 ? de la Marche de la Couleur de la Terre en 2001 ? Bon, et bien imaginez ce que nous avons ressenti quand nous avons vu et écouté les injustices et les rages des paysans, ouvriers, étudiants, enseignants, employés, homosexuels et lesbiennes, jeunes, femmes, anciens, enfants que nous rencontrions. Imaginez ce que nous sentions dans notre cœur.

Nous avons rencontré une douleur, une rage, une indignation que nous connaissions déjà parce qu’elle avait été et est encore la nôtre. Mais alors nous l’avons rencontrée chez l’autre. Et nous avons entendu que le "nous" qui nous animait voulait se faire plus grand, se faire plus collectif, plus national. Mais non, nous avions dit que seulement ce qui était indigène, et nous voulions tenir notre parole. Je crois que c’est notre façon, c’est-à-dire que nous préférions mourir plutôt que de trahir notre parole.

Maintenant nous consultons notre cœur pour voir si nous allons dire et faire autre chose. Si la majorité dit que oui, nous allons faire tout notre possible pour tenir notre promesse. Tout, jusqu’à mourir si c’est nécessaire. Nous ne voulons pas paraître dramatiques. Nous le disons seulement pour qu’il soit clair jusqu’où nous sommes capables d’aller. C’est-à-dire pas « jusqu’à ce qu’on nous donne un poste, une quantité d’argent, une promesse, une candidature ».

Peut-être certains se rappellent que, il y a 6 mois, nous avons commencé avec "il manque ce qu’il manque". Bon, et bien, comme c’est évident, l’heure est arrivée de décider si nous allons avancer pour trouver ce qui manque. Trouver non, construire. Oui, construire "autre chose".

Dans un des communiqués de ces derniers jours, nous vous avons informés que nous avions commencé une consultation interne. Bientôt nous aurons les résultats, et nous vous les ferons connaître. En attendant, nous en profitons pour vous écrire. Nous vous avons toujours parlé avec sincérité, comme à ceux qui sont notre cœur et gardien, notre Votan Zapata, les communautés zapatistes, notre commandement collectif.

Ce sera une décision difficile et dure, comme l’a été notre vie et notre lutte. Pendant quatre ans nous avons préparé les conditions afin de présenter à nos peuples portes et fenêtres, pour que, le moment venu, ils aient tous les éléments pour choisir par quelle fenêtre regarder ou quelle porte ouvrir. Et c’est notre façon. La direction de l’EZLN ne dirige pas, elle cherche des chemins, pas, compagnie, orientation, rythme, destin. Plusieurs. Et alors, elle présente aux peuples ces chemins, et analyse avec eux ce qui se passe si on suit l’une ou l’autre direction. Parce que, selon le chemin que nous suivrons, il y a des choses qui seront bonnes et des choses qui seront mauvaises. Il n’y a pas de chemin avec seulement des bonnes choses. Et donc elles, les communautés zapatistes, disent ce qu’elles pensent et décident, après discussions et à la majorité, par où nous allons tous. Et alors elles donnent les ordres, et alors la direction de l’EZLN doit organiser les travaux et préparer ce qui est nécessaire pour suivre ce chemin. Bien sûr que la direction zapatiste ne regarde pas selon ce qui lui vient à l’esprit à elle, sinon qu’elle doit être proche des peuples, et toucher leur cœur, et devenir, comme on dit, la même chose. Alors se fait le regard de nous tous, l’ouïe de nous tous, la pensée de nous tous, le cœur de nous tous. Mais que se passe-t-il, pour quoi que ce soit, si la direction ne regarde, ni écoute, ni pense, ni ressent comme nous tous ? Ou qu’elle oublie de voir certaines parties ou d’écouter certaines choses, ou qu’elle pense et ressent d’autres pensées ? Bon, et bien c’est pour cela que l’on consulte tout le monde, que l’on demande à tout le monde, que l’on prend des décisions entre tous. Si la majorité dit non, alors la direction a fait une erreur et doit chercher une autre voie, et une autre voie doit être présentée aux peuples, et ainsi de suite jusqu’à ce que, collectivement, nous arrivions à une décision. Ici, le peuple décide.

Maintenant, le collectif que nous sommes va prendre une décision. Nous pesons les pour et les contre. Nous faisons les comptes, ce qui se perd et ce qui se gagne. Et, voyant que l’on ne risque pas peu de choses, nous déciderons si ça vaut la peine.

Peut-être, dans la balance de certains, ce que nous avons réussi pèsera beaucoup. Peut-être, dans la balance d’autres, l’indignation et la honte que provoque la vue de nos sols et cieux détruits par l’avarice stupide du Pouvoir pèsera plus. Dans tous les cas, nous ne pouvons pas restés passifs, contemplant seulement comment une bande de canailles dépouille notre Patrie, de tout ce qui la et nous faisait tous être : la dignité.

Bon, assez de détours. Nous vous écrivons cette fois, peut-être la dernière, pour vous rendre votre parole de soutien engagé. Ce n’est pas rien ce que nous avons réussi dans la lutte indigène, et cela a été, comme nous l’avons dit en public et en privé, grâce à votre aide. Nous croyons que vous pouvez être fiers, sans aucune peine, de tout le bon que, avec vous, nous avons construit jusqu’à maintenant les zapatistes. Et sachez que ça a été un honneur, de toute évidence immérité, le fait que des personnes comme vous aient marché à nos côtés.

Maintenant nous allons décider si nous faisons autre chose et le résultat sera public le moment venu. Nous clarifions dès maintenant, pour éviter les spéculations, que cet "autre chose" n’implique aucune action militaire offensive de notre part. Nous ne sommes pas, de notre côté, en train de planifier le retour des combats militaires offensifs. Depuis février-mars 1994, tout notre dispositif militaire a été, et est, défensif. Le gouvernement devrait dire si, de son côté, il y a des préparatifs belliqueux et offensifs, que ce soit des forces fédérales ou de ses paramilitaires. Et le PRI et le PRD doivent dire s’il planifient une attaque contre nous avec les paramilitaires qu’ils parrainent au Chiapas.

Si c’est la décision de la majorité zapatiste, ceux qui nous ont soutenu jusqu’à maintenant dans la lutte exclusivement indigène pourront, sans aucune peine ni remord, se détacher de cette "autre chose" à laquelle s’est référé le Commandant Tacho sur la place de San Cristobal de Las Casas en janvier 2003, il y a deux ans et demi. De plus, il y a un communiqué qui, ça et là, fait cette séparation, et peut être présenté dans une sollicitude d’emploi, curriculum vitae, réunion de café, salle de direction, table ronde, kiosque, forum, scène, rabat de livre, note de pied de page, colloque, pré-candidature, livre de repentir ou colonne de journal et qui, de plus, a l’avantage de pouvoir être exhibé, comme preuve de décharge, dans n’importe quel tribunal (ne riez pas, il y a un antécédent : en 1994, certains indigènes arrêtés par le gouvernement – et qui n’étaient pas zapatistes – ont été libérés par un juge qui a validé une lettre du CCRI-CG dans laquelle ces personnes étaient déchargées de ce qui avait été fait par l’EZLN. Il y a donc, comme disent les avocats un "précédents juridique").

Mais ceux qui trouvent dans leur cœur un écho, même petit, de notre nouvelle parole et se sentent appelés par le chemin, le pas, le rythme, la compagnie et le destin que nous aurons choisi, vous déciderez peut-être de renouveler votre soutien (ou participer directement)… sachant que ce sera "autre chose". Ainsi, sans tromperie, sans double sens, sans hypocrisie, sans mensonge.

Nous remercions les femmes. Toutes les filles, adolescentes, jeunes, demoiselles, dames et anciennes (et celles qui sont passé de l’un à l’autre de ces calendriers pendant ces 12 ans) qui nous ont soutenu, accompagné, et, souvent, ont fait leurs nos douleurs et nos pas. A elles toutes, mexicaines et d’autres pays, qui nous ont soutenu et qui ont marché avec nous. Dans tout ce que nous avons fait, vous avez été l’immense majorité. Peut-être parce que nous partageons avec vous, bien que chacun à sa manière et place, la discrimination, le mépris… et la mort.

Nous remercions le mouvement indigène national, celui qui ne s’est pas vendu pour des postes gouvernementaux, pour des aides, pour des flatteries que les puissants cataloguent "pour indigènes et animaux". A celui qui a écouté notre parole et nous a donné la sienne. A celui qui nous a ouvert son cœur, c’est-à-dire, sa maison. A celui qui a résisté et résiste avec dignité, levant bien haut la couleur que nous sommes, de la terre.

Nous remercions les jeunes du Mexique et du monde entier. A ceux qui étaient enfants ou adolescents en 1994 et, nobles, ont grandi sans nous réduire la vue et l’ouïe. A ceux qui ont atteint la jeunesse ou, malgré les feuilles arrachées au calendrier, y sont restés tendant la main de leur rébellion à la main cuivrée de la notre. A ceux qui ont choisi de venir partager des jours, semaines, mois, années, notre digne pauvreté, notre lutte, notre espérance et notre engagement tenace.

Nous remercions les homosexuels, lesbiennes, transsexuels, transgenres et “chacun à sa manière”. A ceux qui ont partagé avec nous leur lutte pour le respect à la différence, sachant qu’elle n’était pas un défaut à cacher. A ceux qui ont démontré que le courage n’avait rien à voir avec la testostérone et qui, plusieurs fois, nous ont donné certaines des plus belles leçons de dignité et de noblesse que nous ayons reçu.

Nous remercions les intellectuels, artistes et scientifiques, du Mexique et du monde, qui nous ont soutenu dans la lutte pour les indigènes. Peu de mouvements ou organisations peuvent se flatter d’avoir eu le soutien (toujours critique, et nous le remercions) de tant d’intelligence, d’esprit et de créativité. Vous savez déjà que nous vous avons toujours écouté avec respect et attention, même quand nous ne partagions pas vos points de vue, et qu’une partie de la lumière qui émane de vous nous a aidé à éclairer nos chemins obscurs.

Nous remercions les travailleurs (euses) honnêtes de la presse et les médias décents qui ont montré, avec vérité et au monde entier, ce qu’ils voyaient et écoutaient, et ont respecté, sans distorsion, nos voix et chemin. Recevez notre solidarité dans ces durs moments que traverse l’exercice de votre profession, où vous risquez votre vie, vous êtes agressés et, comme nous ne trouvez pas justice.

Et, pour qu’il ne manque personne, nous remercions en général tous et toutes ceux qui, honnêtes et sincères, nous ont soutenu. J’ai dit, au début de cette lettre, que ce n’était pas un adieu. Bon, et bien il se trouve que pour certains ça l’est. Bien que pour d’autres ce soit ce que c’est en réalité, c’est-à-dire une promesse…
Parce que l’on commence à voir ce qui manque…

Vale. Santé et, de cœur à cœur , merci pour tout.

Au nom de tous et toutes les zapatistes de l’EZLN.

Desde las montañas del Sureste Mexicano.

México, en el mes sexto del año 2005

Subcomandante Insurgente Marcos.

P.S.- Vous voyez que nous ne pensons plus à jouer au football. Enfin, pas seulement. Parce qu’un jour nous jouerons contre l’Internazionale de Milan. Nous ou ce qui reste de nous.


Communiqué du 26 juin 2005

COMMUNIQUÉ DU COMITÉ CLANDESTIN RÉVOLUTIONNAIRE INDIGÈNE COMMANDEMENT GÉNÉRAL DE L’ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

MEXIQUE

26 Juin 2005.

Au Peuple du Mexique

Aux Peuples du Monde

UN. Le CCRI-CG de l’EZLN informe qu’il a terminé de consulter des dizaines de milliers de bases de soutien. Entre le 20 et le 26 juin des réunions et des assemblées ont été réalisées dans plus de mille communautés indigènes dans l’État du Sud-Est mexicain du Chiapas.

DEUX. Dans ces assemblées ont participé seulement des hommes et femmes, 100% indigènes et 100% mexicains, majeurs, bases de soutien de l’EZLN, qui ont écouté les rapports de la direction Zapatiste, ainsi que l’analyse de la situation nationale et la proposition d’un nouveau pas dans la lutte.

TROIS. Après avoir analysé et discuté les avantages et les inconvénients, les dangers et les risques, tous et toutes se sont manifestés, par vote individuel et libre, sur la proposition.

QUATRE. Comme résultat, nous avons plus de 98% qui ont approuvé le nouveau pas et moins de 2% qui ont décidé de ne pas soutenir la proposition.

CINQ. Ainsi, avec l’approbation et le soutien de la grande majorité de ses intégrants, l’EZLN entamera une nouvelle initiative politique de caractère national et international.

SIX. Afin de faire connaître ce qui a été analysé et discuté pendant la consultation interne, en plus d’expliquer et appeler à se joindre à la nouvelle initiative approuvée, el CCRI-CG de l’EZLN rendra publique, dans les prochains jours, une série de texte qui forment la dite « Sixième Déclaration de la Selva Lacandona »

Démocratie !
Liberté !
Justice !

Depuis les Montagnes du Sud-Est Mexicain

Pour le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène -
Commandement Général de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale

Subcomandante Insurgé Marcos
Mexico, sixième mois de 2005


Sixième déclaration de la Forêt Lacandone - 22 juillet 2005

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

MEXIQUE

SIXIÈME DÉCLARATION DE LA FORÊT LACANDONE

Voici notre parole simple qui voudrait arriver au cœur des gens comme nous, humbles et simples, mais, tout comme nous aussi, rebelles et dignes. Voici notre parole simple pour raconter le chemin que nous avons parcouru et où nous en sommes aujourd’hui ; pour expliquer comment nous voyons le monde et notre pays ; pour dire ce que nous pensons faire et comment nous pensons le faire, et pour inviter d’autres à faire le chemin avec nous dans quelque chose de très grand qui s’appelle le Mexique et dans quelque chose de plus grand encore que l’on nomme le monde. Voici notre parole simple pour faire savoir à tous les cœurs honnêtes et nobles ce que nous voulons au Mexique et dans le monde. Voici notre parole simple, parce que c’est notre volonté d’appeler ceux qui sont comme nous et de nous unir à eux, partout où ils vivent et où ils luttent.

I. CE QUE NOUS SOMMES

Nous sommes les zapatistes de l’EZLN. On nous appelle aussi les "néozapatistes". Bien, alors nous, les zapatistes de l’EZLN, nous avons pris les armes en janvier 1994 parce que nous avons trouvé qu’il y en avait assez de tout ce mal que faisaient les puissants, qui ne font que nous humilier, nous voler, nous jeter en prison et nous tuer, sans que rien de ce que l’on puisse dire ne change rien. C’est pour cela que nous avons dit "¡Ya basta !" Ça suffit, maintenant ! Pour dire que nous ne permettrons plus qu’ils nous diminuent et nous traitent pire que des animaux. Et alors nous avons aussi dit que nous voulions la démocratie, la liberté et la justice pour tous les Mexicains, même si nous nous sommes surtout occupés des peuples indiens. Parce qu’il se trouve que nous autres de l’EZLN nous sommes presque tous des indigènes d’ici, du Chiapas, mais que nous ne voulons pas lutter uniquement pour notre propre bien ou uniquement pour le bien des indigènes du Chiapas ou uniquement pour les peuples indiens du Mexique : nous voulons lutter tous ensemble avec tous les gens humbles et simple comme nous et qui sont dans le besoin et subissent l’exploitation et le vol de la part des riches et de leur mauvais gouvernement, ici dans notre Mexique et dans d’autres pays du monde.

Et alors, notre petite histoire, c’est que nous en avons eu assez de l’exploitation que nous faisaient subir les puissants et que nous nous sommes organisés pour nous défendre et pour nous battre pour la justice. Au début, nous n’étions pas beaucoup, quelques-uns seulement à aller d’un côté et de l’autre, à parler et à écouter d’autres comme nous. Nous avons fait ça pendant de nombreuses années et nous l’avons fait en secret, sans faire de bruit. C’est-à-dire que nous avons rassemblé nos forces en silence. Nous avons passé dix ans comme ça et après nous avons grandi et vite nous avons été des milliers. Alors nous nous sommes bien préparés, avec la politique et avec des armes, et, soudainement, quand les riches étaient en pleine fête de nouvel an, nous sommes tombés sur leurs villes et nous avons réussi à les prendre, et nous leur avons montré bien clairement que nous étions là, qu’ils allaient devoir tenir compte de nous. Et alors les riches ont eu une grosse frayeur et ils nous ont envoyé leurs grandes armées pour en finir avec nous. Ils ont fait comme ils font toujours quand les exploités se rebellent, ils envoient quelqu’un en finir avec eux. Mais ils n’ont pas pu le faire avec nous, parce que nous nous sommes très bien préparés avant la guerre et nous nous sommes faits forts dans nos montagnes. Et leurs soldats nous cherchaient partout et nous jetaient leurs bombes et nous tiraient dessus. Et ils ont même commencé à se dire qu’il fallait tuer une fois pour toutes tous les indigènes parce qu’il n’y avait pas moyen de savoir qui était zapatiste et qui ne l’était pas. Et nous à courir et à nous battre, à combattre et à courir, comme l’avaient fait nos ancêtres avant nous. Sans nous rendre, sans nous faire céder, sans nous vaincre.

Et voilà que les gens des villes sont sortis dans les rues et ont commencé à demander en criant que la guerre s’arrête. Et alors nous avons arrêté notre guerre et nous les avons écoutés, ces frères et ces sœurs de la ville qui nous disaient d’essayer d’arriver à un arrangement, c’est-à-dire à un accord avec ceux du mauvais gouvernement pour trouver une solution sans massacre. Et alors nous avons fait ce que nous disaient les gens, parce que ces gens, c’est ce que nous appelons "le peuple", c’est-à-dire le peuple mexicain. Alors nous avons mis de côté le feu et nous avons fait parler la parole.

Et voilà que ceux du gouvernement ont dit qu’ils allaient bien se comporter et allaient dialoguer et faire des accords et les respecter. Et nous, nous avons dit que c’était bien, d’accord, mais nous avons aussi pensé que c’était bien aussi de connaître ces gens qui étaient descendus dans la rue pour arrêter la guerre. Alors, tout en dialoguant avec ceux du mauvais gouvernement, nous avons aussi parlé avec ces personnes et nous avons vu que la plupart étaient des gens humbles et simples comme nous, et que nous comprenions bien pourquoi nous luttions tous les deux, c’est-à-dire eux et nous. Alors nous avons appelé ces gens "société civile", parce que la plupart n’appartenaient pas à des partis politiques et que c’était des gens du commun, comme nous, des gens humbles et simples.

Mais ceux du mauvais gouvernement ne voulaient pas d’un bon arrangement, ce n’était qu’une de leurs feintes de dire qu’ils allaient parler et trouver un accord. Pendant ce temps-là, ils se préparaient à nous attaquer pour nous éliminer définitivement. Et alors plusieurs fois ils nous ont attaqués, mais sans arriver à nous vaincre parce que nous avons su bien résister et que beaucoup de gens dans le monde entier se sont mobilisés. Et alors ceux du mauvais gouvernement se sont dit que le problème, c’était que beaucoup de gens voyaient ce qui se passait avec l’EZLN et alors ils ont décidé de commencer à faire comme s’il ne se passait rien. Et pendant ce temps-là, ils nous encerclaient, c’est-à-dire qu’ils nous mettaient le siège, et ils ont commencé à attendre que les gens, comme nos montagnes sont isolées, oublient parce que le territoire zapatiste est loin. Et régulièrement ceux du mauvais gouvernement essayaient leurs trucs et essayaient de nous tromper ou de nous attaquer, comme en février 1995 quand une grande quantité de troupes a voulu nous repousser mais n’est pas parvenu à nous vaincre. Parce que nous n’étions pas seuls, comme ils l’ont dit après coup, et que beaucoup de gens nous ont soutenus et que nous avons bien résisté.

Alors, ceux du mauvais gouvernement ont dû passer des accords avec l’EZLN et ces accords, ce sont les "Accords de San Andrés", parce que "San Andrés" est le nom de la commune où ont été signés ces accords. Et dans ces pourparlers nous n’étions pas tout seuls à parler avec ceux du mauvais gouvernement, nous avions invité beaucoup de gens et d’organisations qui étaient ou sont engagés dans la lutte pour les peuples indiens du Mexique. Et tous avaient leur mot à dire et tous ensemble nous nous sommes mis d’accord sur ce que nous allions dire à ceux du mauvais gouvernement. C’est comme ça que s’est passé le dialogue, il n’y avait pas que les zapatistes tout seuls d’un côté et ceux du mauvais gouvernement de l’autre, avec les zapatistes il y avait les peuples indiens du Mexique et ceux qui les soutiennent. Et alors dans ces accords ceux du mauvais gouvernement ont dit qu’ils allaient reconnaître les droits des peuples indiens du Mexique et respecter leur culture, et qu’ils allaient le mettre dans une loi dans la Constitution. Mais après avoir signé, ceux du mauvais gouvernement ont fait comme s’ils avaient oublié et beaucoup d’années ont passé et les accords ne sont toujours pas respectés. Au contraire, le gouvernement a attaqué les indigènes pour leur faire abandonner la lutte, comme le 22 décembre 1997. Ce jour-là, Zedillo a fait tuer 45 hommes, femmes, anciens et enfants, dans le hameau du Chiapas qui s’appelle ACTEAL. Un tel crime ne s’oublie pas facilement, mais c’est aussi une preuve de comment ceux du mauvais gouvernement n’hésitent pas un instant à attaquer et à assassiner ceux qui se rebellent contre l’injustice. Et pendant tout ce temps-là, les zapatistes s’obstinaient par tous les moyens à faire respecter les accords et à résister dans les montagnes du Sud-Est mexicain. Et alors nous avons commencé à parler avec d’autres peuples indiens du Mexique et avec les organisations qu’ils avaient et nous avons passé un accord avec eux pour lutter tous ensemble pour la même chose, pour la reconnaissance des droits et de la culture indigènes. Et là aussi, beaucoup de gens du monde entier nous ont soutenus, et des personnes très respectées dont la parole est très grande parce que ce sont de grands intellectuels, de grands artistes et de grands scientifiques du Mexique et du monde entier. Nous avons aussi fait des rencontres internationales, c’est-à-dire que nous nous sommes réunis pour discuter avec des gens venus d’Amérique, d’Asie, d’Europe, d’Afrique et d’Océanie, et que nous avons pu connaître leurs luttes et leur façon de faire, et nous les avons appelées des rencontres "intergalactiques" pour rigoler mais aussi parce que nous avions invité les gens des autres planètes, mais on dirait qu’ils ne sont pas venus ou alors qu’ils sont venus mais qu’ils ne l’ont pas montré.

Mais rien à faire, ceux du mauvais gouvernement ne respectaient pas les accords, alors nous avons décidé de parler avec beaucoup de Mexicains pour avoir leur soutien. Alors d’abord, en 1997, nous avons organisé une marche jusqu’à Mexico qui s’est appelée la "Marche des 1 111", parce qu’il y avait un compañero et une compañera pour chaque village zapatiste, mais le gouvernement n’a pas réagi. Après, en 1999, nous avons organisé dans tout le pays une consultation et on a pu voir que la majorité était d’accord avec les exigences des peuples indiens, mais ceux du mauvais gouvernement n’ont pas non plus réagi. Et en dernier, en 2001, nous avons organisé ce qui s’est appelé la "Marche pour la dignité indigène" qui a reçu le soutien de millions de Mexicains et de gens d’autres pays et qui est même arrivée là où sont les députés et les sénateurs, c’est-à-dire au Congrès de l’Union, pour exiger la reconnaissance des indigènes mexicains.

Mais pas moyen, les hommes politiques du parti du PRI, du parti du PAN et du parti du PRD se sont mis d’accord entre eux pour ne pas reconnaître les droits et la culture indigènes. Ça s’est passé en avril 2001 et à cette occasion les hommes politiques ont montré clairement qu’ils n’ont pas un gramme de décence et que ce sont des crapules qui ne pensent qu’à gagner de l’argent malhonnête, en mauvais gouvernants qu’ils sont. Il ne faudra surtout pas l’oublier, parce que vous verrez qu’ils seront capables de dire qu’ils vont reconnaître les droits indigènes, mais ce n’est qu’un mensonge qu’ils emploieront pour que l’on vote pour eux, parce qu’ils ont déjà eu leur chance et qu’ils n’ont pas tenu parole.

Alors, à ce moment-là, nous avons compris que le dialogue et la négociation avec ceux du mauvais gouvernement du Mexique n’avaient servi à rien. C’est-à-dire que ce n’est pas la peine de discuter avec les hommes politiques, parce que ni leur cœur ni leurs paroles ne sont droits, ils sont tordus et ils ne font que mentir en disant qu’ils vont respecter des accords. Et ce jour-là, quand les hommes politiques du PRI, du PAN et du PRD ont approuvé une loi qui ne vaut rien, ils ont tué et enterré le dialogue et ils ont montré clairement que ça ne leur fait rien de faire des accords et de signer, parce qu’ils n’ont pas de parole. Alors nous n’avons plus cherché à avoir de contact avec les pouvoirs fédéraux parce que nous avons compris que le dialogue et la négociation avaient échoué à cause de ces partis politiques. Nous avons compris que pour eux, le sang, la mort, la souffrance, les mobilisations, les consultations, les efforts, les déclarations nationales et internationales, les rencontres, les accords, les signatures, les engagements, rien ne compte. La classe politique n’a donc pas seulement claqué la porte, une fois de plus, aux nez des peuples indiens, elle a aussi frappé un coup mortel à une solution pacifique, dialoguée et négociée à la guerre. Et il ne faut pas croire qu’elle respectera les accords qu’elle passera avec qui que ce soit d’autre. Il suffit de voir ce qui nous est arrivé pour comprendre la leçon.

Alors, après avoir vu tout ça se passer, nous nous sommes mis à penser avec notre cœur à ce que nous allions pouvoir faire. Et la première chose que nous avons vue, c’est que notre cœur n’est plus le même qu’avant, quand nous avons commencé notre lutte, mais qu’il est plus grand parce que nous avons pénétré dans le cœur de beaucoup de gens bons. Et nous avons aussi vu que notre cœur est un peu plus meurtri, un peu plus blessé qu’avant. Ce n’est pas à cause de la tromperie de ceux du mauvais gouvernement, c’est parce que quand nous avons touché le cœur de ces autres gens, nous avons aussi touché leur douleur. Comme si nous nous étions regardés dans un miroir.

II. OÙ NOUS EN SOMMES MAINTENANT

Alors, en zapatistes que nous sommes, nous avons pensé qu’il ne suffisait pas de cesser de dialoguer avec le gouvernement, mais qu’il fallait poursuivre notre lutte malgré ces parasites jean-foutre que sont les hommes politiques. L’EZLN a donc décidé d’appliquer, tout seul et de son côté ("unilatéralement" quoi, comme on dit, parce que c’est seulement d’un côté), les Accords de San Andrés en ce qui concerne les droits et la culture indigènes. Pendant quatre ans, de la mi-2001 à la mi-2005, nous nous sommes consacrés à ça, et à d’autres choses que nous vous raconterons aussi.

Bien. Alors, allons-y d’abord avec les communes autonomes rebelles zapatistes, la forme d’organisation que les communautés ont choisie pour gouverner et se gouverner, pour être plus fortes. Cette forme de gouvernement autonome n’a pas été miraculeusement inventée par l’EZLN, elle vient de plusieurs siècles de résistance indigène et de l’expérience zapatiste et c’est un peu l’auto-organisation des communautés. C’est-à-dire que ce n’est pas comme si quelqu’un de l’extérieur venait gouverner, ce sont les villages eux-mêmes qui décident, parmi eux, qui gouverne et comment, et ceux qui n’obéissent pas sont renvoyés. Si la personne qui commande n’obéit pas à la communauté, on la blâme, elle perd son mandat d’autorité et une autre prend sa place.

Mais nous nous sommes rendu compte que les communes autonomes n’étaient pas toutes sur le même plan. Il y en avait qui allaient plus loin et bénéficiaient de plus de soutien de la société civile, et d’autres qui étaient plus délaissées. Il fallait donc encore s’organiser pour qu’il y ait plus d’égalité. Et nous avons aussi pu constater que l’EZLN, avec son côté politico-militaire, intervenait dans les décisions qui revenaient aux autorités démocratiques "civiles", comme on dit. Le problème était que la partie politico-militaire de l’EZLN n’est pas démocratique, parce que c’est une armée, et nous avons trouvé que ce n’était pas correct que le militaire soit en haut et le démocratique en bas, parce qu’il ne faut pas que ce qui est démocratique se décide militairement, sinon le contraire : c’est-à-dire en haut le politico-démocratique qui commande et en bas le militaire qui obéit. Et peut-être même que c’est encore mieux rien en haut et tout bien plat, sans militaire, et c’est pour ça que les zapatistes s’étaient faits soldats, pour qu’il n’y ait pas de soldats. Alors, pour essayer de résoudre ce problème, nous avons commencé à séparer ce qui est politico-militaire de ce qui concerne les formes d’organisation autonomes et démocratiques des communautés zapatistes. Comme ça, les actions et les décisions qu’effectuait et prenait avant l’EZLN ont été passées petit à petit aux autorités démocratiquement élues dans les villages. Ça a l’air tout simple quand on le dit mais, dans la pratique, c’est beaucoup plus difficile. Parce que, pendant des années, nous nous sommes préparés à faire la guerre et puis, après, il y a eu la guerre elle-même, et on finit par s’habituer à l’organisation politico-militaire. Mais même si ça a été difficile, c’est ce que nous avons fait, parce que ce que nous disons nous le faisons. Sinon, à quoi servirait de dire quelque chose, si après on ne le fait pas.

C’est comme ça que nous avons créé les conseils de bon gouvernement, en août 2003, et avec eux nous avons continué notre propre apprentissage et appris à exercer le "commander en obéissant".

Depuis, et jusqu’à la mi-2005, la direction de l’EZLN n’est plus intervenue avec ses ordres dans les affaires des civils, mais elle a accompagné et appuyé les autorités démocratiquement élues par les communautés, sans oublier de vérifier que l’on informe correctement la société civile mexicaine et internationale des aides reçues et de ce à quoi elles ont servi. Et maintenant, nous passons le travail de vigilance du bon gouvernement aux bases de soutien zapatistes, avec des mandats temporaires et rotatifs, pour que tous et toutes apprennent et puissent effectuer ce travail. Parce que, nous autres, nous pensons qu’un peuple qui ne contrôle pas ses dirigeants est condamné à être leur esclave et que nous luttons pour être libres, par pour changer de maître tous les six ans.

Pendant les quatre dernières années, l’EZLN a aussi passé aux conseils de bon gouvernement et aux communes rebelles autonomes les aides et les contacts au Mexique et dans le monde entier que nous avons obtenus tout au long des années de guerre et de résistance. Mais, en même temps, l’EZLN a aussi mis en place un réseau d’aide économique et politique qui permette aux communautés zapatistes d’avancer avec moins de difficultés dans la construction de leur autonomie et d’améliorer leurs conditions de vie. Ce n’est pas encore assez, mais c’est beaucoup plus que ce qu’il y avait avant notre soulèvement, en janvier 1994. Si vous prenez une de ces études que font les gouvernements, vous verrez que les seules communautés indigènes qui ont amélioré leurs conditions de vie, c’est-à-dire la santé, l’éducation, l’alimentation, le logement, ce sont celles qui sont en "territoire zapatiste", comme nous disons pour parler de là où sont nos villages. Tout ça a été possible grâce aux progrès effectués dans les communautés zapatistes et grâce au très grand soutien que nous avons reçu de personnes bonnes et nobles, "les sociétés civiles", comme nous les appelons, et de leurs organisations, du monde entier. C’est comme si toutes ces personnes avaient fait du "Un autre monde est possible" une réalité, mais dans les faits, pas dans des discours.

Et alors les communautés ont beaucoup avancé. Maintenant, il y a toujours plus de compañeros, hommes et femmes, qui apprennent à être gouvernement. Et, même si c’est petit à petit, il y a de plus en plus de femmes qui ont ces responsabilités. Mais on manque encore beaucoup de respect envers ces compañeras et il faut qu’elles participent plus aux responsabilités de la lutte. Et puis, avec les conseils de bon gouvernement, la coordination entre les communes autonomes s’est aussi beaucoup améliorée, et aussi la résolution de problèmes avec d’autres organisations et avec les autorités "officielles". Et puis les projets dans les communautés aussi se sont beaucoup améliorés, et la répartition des projets et des aides de la société civile du monde entier : la santé et l’éducation ont été beaucoup améliorées, même s’il y a encore beaucoup de chemin à faire avant d’arriver à ce qu’il devrait y avoir ; pareil avec le logement et l’alimentation, et dans certaines zones le problème de la terre va beaucoup mieux parce qu’on a réparti les terres récupérées aux grands propriétaires, mais il y a des zones où on manque terriblement de terres à cultiver. Et puis le soutien de la société civile mexicaine et internationale s’est beaucoup amélioré, parce que, avant, les gens allaient là où ça leur plaisait le plus, mais maintenant les conseils de bon gouvernement les orientent vers les endroits où il y en a le plus besoin. Pour les mêmes raisons, partout il y a toujours plus de compañeros, hommes et femmes, qui apprennent à entrer en contact avec des personnes venues d’ailleurs au Mexique et dans le monde. Ils apprennent à respecter et à exiger le respect, ils apprennent qu’il y a de nombreux mondes et que tous ont leur place, leur temps et leur façon de faire, et qu’il faut tous et toutes se respecter mutuellement.

Alors nous, les zapatistes de l’EZLN, nous avons consacré tout ce temps à notre force principale : aux communautés qui nous appuient. Et il faut dire que la situation s’est bien améliorée un peu, comme quoi on ne peut pas dire que l’organisation et la lutte zapatiste n’ont servi à rien mais plutôt que, même si on en finit avec nous, notre lutte aura bel et bien servi à quelque chose.

Mais il n’y a pas que les communautés zapatistes qui ont progressé. L’EZLN aussi. Parce que ce qui s’est passé pendant tout ce temps, c’est que de nouvelles générations ont renouvelé toute notre organisation. Un peu comme si elles lui avaient redonné des forces. Les commandants et les commandantes, qui étaient déjà majeurs au début de notre soulèvement, en 1994, possèdent maintenant la sagesse de ce qu’ils ont appris dans une guerre et dans un dialogue de douze ans avec des milliers de femmes et d’hommes du monde entier. Les membres du CCRI, la direction politico-organisationnelle zapatiste, conseillent et orientent les nouvelles personnes qui entrent dans notre lutte et celles qui vont occuper des postes de dirigeant. Il y a déjà longtemps que "les comités" (comme nous appelons ceux du CCRI) préparent toute une nouvelle génération de commandants et de commandantes pour qu’ils apprennent les tâches de direction et d’organisation et commencent, après une période d’instruction et d’essai, à les assumer. Et il se trouve aussi que nos insurgés et insurgées, nos miliciens et miliciennes, nos responsables locaux et régionaux et nos bases de soutien, qui étaient jeunes quand nous avons pris les armes, sont devenus des femmes et des hommes, des combattants vétérans et des leaders naturels dans leurs unités et dans leurs communautés. Et ceux qui n’étaient que des enfants ce fameux 1er janvier 1994 sont maintenant des jeunes qui ont grandi dans la résistance et qui ont été formés dans la digne rébellion menée par leurs aînés au long de ces douze années de guerre. Ces jeunes ont une formation politique, technique et culturelle que n’avaient pas ceux et celles qui ont commencé le mouvement zapatiste. Ces jeunes viennent grossir aujourd’hui, et toujours plus, aussi bien nos troupes que les postes de direction de notre organisation. Et puis, finalement, nous avons tous pu assister aux tromperies de la classe politique mexicaine et aux ravages destructeurs qu’ils ont perpétrés dans notre patrie. Et nous avons vu les grandes injustices et les massacres que produit la mondialisation néolibérale dans le monde entier. Mais nous parlerons de cela plus tard.

L’EZLN a donc résisté de cette manière à douze ans de guerre et d’attaques militaires, politiques, idéologiques et économiques, à douze ans de siège, de harcèlement et de persécutions, et ils n’ont pas pu nous vaincre, nous ne nous sommes pas rendus ou vendus et nous avons avancé. Des compañeros d’autres lieux sont entrés dans notre lutte et, au lieu de nous affaiblir au long de tant d’années, nous sommes devenus plus forts. Bien sûr, il y a des problèmes qui peuvent se résoudre simplement en séparant plus le politico-militaire du civil-démocratique. Mais il y a certaines choses plus importantes, comme le sont les exigences pour lesquelles nous luttons, qui n’ont pas encore été entièrement satisfaites.

C’est notre pensée et ce que nous éprouvons dans notre cœur qui nous font dire que nous en sommes arrivés à un seuil limite et qu’il se peut même que nous perdions tout ce que nous avons, si nous en restons là et si nous ne faisons rien pour avancer encore. Alors, l’heure est venue de prendre à nouveau des risques et de faire un pas dangereux mais qui en vaut la peine. Et peut-être qu’unis à d’autres secteurs sociaux qui ont les mêmes manques que nous il deviendra possible d’obtenir ce dont nous avons besoin et que nous méritons d’avoir. Un nouveau pas en avant dans la lutte indigène n’est possible que si les indigènes s’unissent aux ouvriers, aux paysans, aux étudiants, aux professeurs, aux employés, c’est-à-dire aux travailleurs des villes et des campagnes.

III. DE COMMENT NOUS VOYONS LE MONDE

Nous allons vous expliquer maintenant comment nous voyons ce qui se passe dans le monde, nous autres, les zapatistes. D’abord, nous voyons que c’est le capitalisme qui est le plus fort aujourd’hui. Le capitalisme est un système social, autrement dit la façon dont sont organisées les choses et les personnes, et qui possède et qui ne possède pas, qui commande et qui obéit. Dans le capitalisme, il y a des gens qui ont de l’argent, autrement dit du capital, et des usines et des magasins et des champs et plein de choses, et il y en a d’autres qui n’ont rien à part leur force et leur savoir pour travailler ; et dans le capitalisme commandent ceux qui ont l’argent et les choses, tandis qu’obéissent ceux qui n’ont rien d’autre que leur force de travail.

Alors, le capitalisme ça veut dire qu’il y a un groupe réduit de personnes qui possèdent de grandes richesses. Et pas parce qu’ils auraient gagné un prix ou qu’ils auraient trouvé un trésor ou qu’ils auraient hérité de leur famille, mais parce qu’ils obtiennent ces richesses en exploitant le travail de beaucoup d’autres. Autrement dit, le capitalisme repose sur l’exploitation des travailleurs, un peu comme s’il les pressait comme des citrons pour en tirer tous les profits possibles. Tout ça se fait avec beaucoup d’injustice parce qu’on ne paye pas aux travailleurs correctement leur travail, sinon qu’on leur donne juste un salaire suffisant pour qu’ils puissent manger et se reposer un peu et que le jour suivant ils retournent au presse-citron, à la campagne comme en ville.

Mais le capitalisme fabrique aussi sa richesse en spoliant, autrement dit par le vol, parce qu’il enlève à d’autres ce qu’il convoite, comme des terres et des richesses naturelles, par exemple. C’est-à-dire que le capitalisme est un système où les voleurs sont libres et admirés et donnés en exemple.

Et en plus d’exploiter et de spolier, le capitalisme réprime, parce qu’il jette en prison et tue ceux qui se rebellent contre l’injustice.

Ce qui intéresse le plus le capitalisme, ce sont les marchandises, parce que, quand on les achète et on les vend, elles donnent du profit. Alors, le capitalisme transforme tout en marchandise : il transforme en marchandise les personnes, la nature, la culture, l’histoire, la conscience, tout. Pour le capitalisme, tout doit pouvoir s’acheter et se vendre. Et il dissimule tout derrière la marchandise pour qu’on ne voie pas l’exploitation qui l’a rendu possible. Et alors les marchandises s’achètent et se vendent dans un marché, et il se trouve que ce marché ne sert pas seulement pour acheter et pour vendre, mais aussi pour dissimuler l’exploitation des travailleurs. Par exemple, sur le marché, on voit le café déjà joliment empaqueté dans sa boîte ou dans son paquet, mais on ne voit pas le paysan qui a souffert pour récolter ce café et on ne voit pas non plus le coyote qui lui a payé à un prix ridicule son travail et on ne voit pas non plus les travailleurs dans les grands ateliers qui passent leur vie à empaqueter ce café. Ou alors on voit un appareil pour écouter de la musique, de la cumbia, des rancheras ou des corridos ou ce qu’on veut, et on trouve que c’est un très bon appareil parce que le son est très bon, mais on ne voit pas l’ouvrière de l’atelier qui a passé un nombre incroyable d’heures à fixer des câbles et à monter cet appareil et qui a touché un salaire de misère pour le faire, on ne voit pas qu’elle vit loin de son travail et tout ce qu’elle doit dépenser pour le transport, sans compter qu’elle risque en plus de se faire enlever, d’être violée ou assassinée, comme ça arrive à Ciudad Juárez, au Mexique.

Autrement dit, sur le marché on voit des marchandises, mais on ne voit pas l’exploitation avec laquelle elles ont été faites. Et alors le capitalisme a besoin de beaucoup de marchés... Ou d’un marché très grand, un marché mondial.

Et alors il se trouve que le capitalisme d’aujourd’hui n’est plus le même qu’avant, où les riches se contentaient d’exploiter les travailleurs chacun dans leurs pays, mais qu’il en est maintenant à un stade qui s’appelle "globalisation néolibérale". La globalisation en question, ça veut dire que maintenant les capitalistes ne dominent plus seulement les travailleurs dans un pays ou dans plusieurs pays, mais qu’ils essayent de dominer tout dans le monde entier. Et alors le monde, la planète Terre autrement dit, on dit aussi que c’est le "globe terrestre", c’est pour ça qu’on dit "globalisation", la mondialisation, autrement dit le monde entier.

Et le néolibéralisme, eh bien, c’est l’idée selon laquelle le capitalisme est libre de dominer le monde entier et qu’il n’y a rien à dire et qu’on n’a plus qu’à se résigner et à l’admettre et à la fermer, autrement dit à ne pas se rebeller. Alors, le néolibéralisme c’est comme la théorie, le plan, de la mondialisation capitaliste. Et le néolibéralisme a des plans économiques, politiques, militaires et culturels. Dans tous ces plans, il ne s’agit de rien d’autre que de dominer le monde entier. Et ceux qui n’obéissent pas, on les réprime ou on les isole pour les empêcher de donner leurs idées de rébellion aux autres.

Alors, dans la mondialisation néolibérale, les grands capitalistes qui vivent dans des pays puissants, comme les États-Unis, par exemple, veulent que le monde entier devienne une énorme usine où produire des marchandises et une sorte d’énorme marché. Un marché mondial, un marché pour acheter et vendre tout ce qu’il y a dans le monde et pour dissimuler toute l’exploitation du monde entier. Alors les capitalistes mondialisés s’installent partout, autrement dit dans tous les pays, pour faire leurs grands négoces, c’est-à-dire leur grande exploitation. Et alors ils ne respectent rien et s’installent comme ils veulent. C’est comme qui dirait une conquête des autres pays. C’est pour ça que nous, les zapatistes, nous disons que la mondialisation néolibérale est une guerre de conquête du monde entier, une guerre mondiale, une guerre entreprise par le capitalisme pour dominer mondialement. Et alors cette conquête se fait parfois avec des armées qui envahissent un pays par la force et qui s’en emparent. Mais parfois cette conquête se fait avec l’économie, c’est-à-dire que les capitalistes mettent leur argent dans un autre pays ou bien lui prêtent de l’argent à condition qu’il fasse tout ce qu’ils lui disent de faire. Ils s’installent même dans d’autres pays avec les idées : autrement dit, la culture capitaliste, c’est la culture de la marchandise, du profit, du marché.

Alors celui qui fait cette conquête, le capitalisme, fait bien comme il veut, c’est-à-dire qu’il détruit ce qui ne lui plaît pas et élimine ce qui le gêne. Par exemple, ceux qui ne produisent ni n’achètent ni ne vendent des marchandises le gênent. Ou ceux qui se rebellent contre cet ordre mondial. Et ceux qui ne servent pas, il les méprise. C’est pour ça que les indigènes constituent un obstacle à la mondialisation néolibérale et c’est pour ça qu’on les méprise et qu’on veut les éliminer. Le capitalisme néolibéral enlève aussi les lois qui l’empêchent d’exploiter tranquillement et de faire beaucoup de profits. Par exemple, il impose que tout puisse s’acheter et se vendre, mais comme c’est le capitalisme qui a l’argent, il achète tout.

Alors, le capitalisme détruit les pays qu’il envahit avec la mondialisation néolibérale, mais il veut aussi arranger tout ou tout refaire à sa manière, autrement dit d’une manière qui lui convienne et sans être gêné par rien ni personne. Alors la mondialisation néolibérale, capitaliste détruit donc ce qu’il y a dans ces pays : elle détruit leur culture, leur système économique et leur système politique, et elle détruit même le type de rapports que les gens qui vivent dans ce pays ont entre eux. Autrement dit, tout ce qui fait d’un pays un pays est ravagé.

Alors, la mondialisation néolibérale veut détruire les nations du monde et veut qu’il n’y ait plus qu’une seule nation ou pays : le pays de l’argent, le pays du capital. Le capitalisme cherche donc à faire que tout soit comme lui veut que ce soit. Et tout ce qui est différent, ça ne lui plaît pas et il le persécute, il l’attaque, il l’isole dans un coin et fait comme si ça n’existait pas.

Alors, comme qui dirait en résumé, le capitalisme de la mondialisation néolibérale se fonde sur l’exploitation, sur la dépossession, sur le mépris et sur la répression de ceux qui ne se laissent pas faire. Autrement dit, pareil qu’avant mais maintenant globalement, mondialement.

Mais tout ne marche pas comme sur des roulettes dans la mondialisation néolibérale, parce que les exploités de chacun des pays ne veulent pas l’accepter et qu’ils ne se résignent pas à courber l’échine, mais se rebellent, et que ceux qui sont de trop et gênent résistent et ne se laissent pas éliminer. Et alors nous voyons que dans le monde entier ceux qui sont dans un sale pétrin opposent une résistance pour ne pas se laisser faire ; autrement dit, ils se rebellent, et pas seulement dans un pays mais dans plein d’endroits. Autrement dit, de la même façon qu’il y a une mondialisation néolibérale, il y a aussi une mondialisation de la rébellion.

Dans cette mondialisation de la rébellion, il n’y a pas que les travailleurs de la campagne et des villes, mais il y aussi d’autres gens, femmes et hommes, qui sont très souvent persécutés et méprisés parce qu’ils ne se laissent pas non plus dominer : les femmes, les jeunes, les indigènes, les homosexuels, les lesbiennes, les transsexuels, les migrants et beaucoup d’autres que nous ne verrons pas tant qu’ils n’auront pas hurlé que ça suffit qu’on les méprise et qu’ils ne se seront pas révoltés. Et alors nous les verrons, nous les entendrons et nous apprendrons à les connaître.

Et alors nous, nous voyons que tous ces groupes de gens luttent contre le néolibéralisme, autrement dit contre le plan de la mondialisation capitaliste, et qu’ils se battent pour l’humanité.

Et tout ça fait que nous éprouvons une grande inquiétude devant la stupidité des néolibéralistes qui veulent détruire l’humanité tout entière avec leurs guerres et leur exploitation, mais nous éprouvons en même temps une grande satisfaction en voyant que partout surgissent des résistances et des rébellions ; un peu comme la nôtre qui est un peu petite mais qui est toujours là. Et nous voyons tout cela dans le monde entier et notre cœur sait que nous ne sommes pas seuls.

IV. DE COMMENT NOUS VOYONS NOTRE PAYS, LE MEXIQUE

Nous allons parler maintenant de comment nous voyons ce qui se passe au Mexique, notre pays à nous. Alors, ce que nous voyons, c’est que notre pays est gouverné par les néolibéralistes. Autrement dit, comme nous l’avons expliqué auparavant, les gouvernants que nous avons sont en train de détruire ce qui est notre nation, notre patrie mexicaine. Et le travail de ces gouvernants n’est pas de veiller au bien-être du peuple, non, ils ne pensent qu’au bien-être des capitalistes. Par exemple, ils font des lois comme le traité de libre-échange qui plongent dans la misère beaucoup de Mexicains, aussi bien des paysans et des petits producteurs, parce qu’ils sont "mangés" par les grandes entreprises de l’agro-industrie, que des ouvriers et des petits entrepreneurs, parce qu’ils ne peuvent pas rivaliser avec les grandes entreprises multinationales, qui s’installent sans que personne ne s’y oppose - et il y en a même qui leur disent merci - et qui imposent leurs bas salaires et leurs prix élevés. Alors, certaines des bases économiques, comme on dit, de notre Mexique, comme l’agriculture et l’industrie ou le commerce national, sont sacrément détruites et il ne reste d’elles que des ruines qui vont sûrement être vendues aussi.

C’est un grand malheur pour notre patrie, parce que les campagnes ne produisent plus les aliments, mais uniquement ce que vendent les grands capitalistes, et que les bonnes terres sont volées par la ruse et avec la complicité des hommes politiques. Autrement dit, à la campagne, il se passe aujourd’hui la même chose que sous Porfirio, mais la seule différence c’est qu’au lieu d’hacendados, de grands propriétaires terriens, maintenant ce sont des entreprises étrangères qui foutent dans la merde les paysans. Et là où, avant, il y avait des crédits et des prix protégés, maintenant, il n’y a plus que des aumônes... Et parfois même pas.

Les travailleurs de la ville, eux, voient leurs usines fermer et perdent leur travail ou alors ils trouvent à leur place des maquiladoras, comme on les appelle, des usines-ateliers appartenant à l’étranger qui payent une misère pour beaucoup d’heures de travail. Et alors le prix des produits dont a besoin le peuple n’a plus aucune importance, parce que, que ce soit cher ou pas, de toute façon la paye ne suffit pas. Si avant quelqu’un travaillait dans une petite ou moyenne entreprise, c’est fini, parce qu’elle a fermé et que c’est une multinationale qui l’a achetée. Et si avant quelqu’un avait un petit commerce, lui aussi a disparu ou alors il s’est mis à travailler clandestinement pour des grandes entreprises qui l’exploitent un maximum et qui font même travailler des enfants. Et si des travailleurs étaient dans un syndicat pour revendiquer légalement leurs droits, c’est fini, le syndicat lui-même leur dit qu’il faut retrousser ses manches et accepter de baisser les salaires ou de diminuer la journée de travail ou de perdre la protection sociale parce que, sinon, l’entreprise va fermer et va partir s’installer dans un autre pays. Et après, il y aussi cette histoire du microchangarro, "les petits métiers", qui est une sorte de programme économique du gouvernement pour que tous les travailleurs de la ville se mettent à vendre du chewing-gum ou des cartes de téléphone aux coins des rues. C’est-à-dire que dans les villes aussi, c’est la ruine économique totale.

Et alors ce qui se passe, c’est que l’économie du peuple est tellement patraque, à la ville comme à la campagne, que beaucoup de Mexicains et de Mexicaines doivent abandonner leur patrie, leur terre mexicaine, pour aller chercher du travail dans un autre pays, comme les États-Unis, et que là-bas ils ne sont pas mieux traités, parce qu’on les exploite, on les persécute, on les méprise et même ils se font tuer.

Alors, avec le néolibéralisme que nous imposent ceux du mauvais gouvernement, l’économie ne s’est pas améliorée, sinon tout le contraire. Les campagnes sont très pauvres et en ville il n’y a pas de travail. Ce qui se passe, en fait, c’est que le Mexique n’est plus que le pays où naissent, durent un moment et puis après, meurent, ceux qui travaillent pour enrichir des étrangers, principalement des gringos riches. C’est pour ça que nous disons que le Mexique est dominé par les États-Unis.

Mais il n’y a pas que ça qui se passe. Le néolibéralisme a aussi transformé la classe politique mexicaine, autrement dit les hommes politiques, parce qu’il a fait d’eux des employés de grand magasin qui doivent faire tout ce qu’ils peuvent pour tout vendre et vendre au rabais. Vous avez vu comment ils ont changé les lois pour supprimer l’article 27 de la Constitution pour pouvoir vendre les terres communales et celles des ejidos. C’est Salinas de Gortari qui l’a fait ; lui et sa bande prétendaient que c’était pour le bien de l’agriculture et des paysans et que, comme ça, on allait prospérer et vivre mieux. C’est ça qui s’est passé ? Mon œil ! Les campagnes mexicaines sont plus pauvres que jamais et les paysans plus dans la merde que sous Porfirio. Les mêmes avaient aussi dit qu’ils allaient privatiser, autrement dit vendre à l’étranger, les entreprises qui appartiennent à l’État pour améliorer le sort du peuple, sous prétexte qu’il fallait les moderniser et que le mieux, c’était de les vendre. Mais au lieu de s’être amélioré, le système de protection sociale qui avait été acquis de haute lutte avec la révolution de 1910 fait aujourd’hui peine à voir... Ou même honte. Les mêmes avaient aussi dit qu’il fallait ouvrir les frontières pour laisser entrer tout le capital de l’étranger, pour que les patrons mexicains retroussent leurs manches et fassent un peu mieux les choses. Mais aujourd’hui, ce qu’on voit c’est qu’il n’y a plus d’entreprises mexicaines, elles ont toutes été avalées par des étrangers, et que ce qui se vend est pire que ce qu’on fabriquait avant au Mexique.

Et maintenant les hommes politiques mexicains veulent aussi vendre la Pemex, autrement dit le pétrole des Mexicains. La seule différence, c’est qu’il y en a qui disent qu’ils vendront tout et d’autres qui disent qu’ils ne vendront qu’une partie. Et ils veulent aussi privatiser la sécurité sociale, et l’électricité, et l’eau, et les forêts, et tout, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien du Mexique et que notre pays devienne une sorte de terre en friche ou un parc d’attractions réservé aux riches du monde entier, et que les Mexicains et les Mexicaines ne soient plus que leurs domestiques, dépendant de ce qu’on veut bien leur donner, vivant mal, sans racines, sans culture, autrement dit sans patrie.

Autrement dit, les néolibéralistes veulent tuer le Mexique, notre chère patrie mexicaine. Et les partis politiques officiels non seulement ne la défendent pas, mais sont les premiers à se mettre au service de l’étranger, principalement des États-Unis. Ce sont eux qui se chargent de nous tromper et de nous faire regarder ailleurs pendant qu’ils vendent tout et gardent la paye pour eux. Nous disons bien tous les partis politiques officiels qui existent aujourd’hui, pas seulement l’un d’entre eux. Essayez de trouver s’ils ont fait quelque chose de bien et vous verrez que non. Ils n’ont fait que voler et mentir. Et vous verrez qu’eux ont toujours leurs belles maisons et leurs belles voitures et tout leur luxe. Et en plus ils voudraient qu’on leur dise merci et qu’on vote encore une fois pour eux. Il faut bien dire qu’ils n’ont pas honte, comme on dit. Ils n’ont pas honte tout simplement parce qu’ils n’ont pas de patrie, ils n’ont que des comptes en banque.

Nous voyons aussi que le narcotrafic et la criminalité n’ont pas cessé d’augmenter. Parfois nous pensons que les criminels sont comme dans les chansons ou dans les films et peut-être que certains sont comme ça, mais ce ne sont pas les vrais chefs. Les vrais chefs sont bien habillés, ils ont fait des études à l’étranger, ils sont élégants et ils ne se cachent pas. Non, ils mangent dans de bons restaurants et sortent tout beaux, tout propres et bien habillés dans leurs fêtes à la une des journaux, c’est comme dirait l’autre "des gens biens" et certains sont même au gouvernement ou sont députés, sénateurs, ministres, chefs d’entreprise prospères, chefs de la police ou généraux de l’armée.

Nous disons que la politique ne sert à rien ? Non, ce que nous voulons dire, c’est que CETTE politique-là ne vaut rien. Elle ne vaut rien parce qu’elle ne tient pas compte du peuple, qu’elle ne l’écoute pas, qu’elle ne pense pas à lui et parce qu’elle vient le trouver seulement en période d’élections - et ce n’est même pas les votes qui l’intéressent, avec les sondages pour savoir qui va gagner ça lui suffit. Et alors on a droit à plein de promesses. Et que je vais faire ça et puis ça aussi, promis juré. Mais après, il n’y a plus personne, sauf quand on apprend par le journal qu’ils ont volé plein d’argent et qu’on ne va rien leur faire parce que la loi, que ces mêmes hommes politiques ont faite, les protège.

Parce que ça aussi, c’est un problème. La Constitution est complètement manipulée et changée. Ce n’est plus celle où il y avait les droits et les libertés du peuple travailleur, c’est celle des droits et des libertés des néolibéralistes pour faire tous leurs profits. Les juges sont là uniquement pour servir ces néolibéralistes, parce qu’ils finissent toujours par trancher en leur faveur et que ceux qui ne sont pas riches n’ont droit qu’à l’injustice, à la prison et au cimetière.

Eh bien, en dépit de la grande lessive orchestrée par les néolibéralistes, il y a quand même des Mexicains et des Mexicaines qui s’organisent et résistent.

Et on s’aperçoit qu’il y a des indigènes, dans leurs terres reculées, ici, au Chiapas, qui s’organisent de manière autonome, défendent leur culture et protègent la terre, les forêts et l’eau.

Et il y a des travailleurs de la campagne, autrement dit des paysans, qui s’organisent et font des marches et des mobilisations pour demander des crédits et des aides pour la campagne.

Et il y a des travailleurs des villes qui refusent qu’on leur retire leurs droits ou que l’on privatise leur travail et ils protestent et manifestent pour ne pas perdre le peu qu’ils ont et pour que notre pays ne perde pas ce qui lui appartient, comme l’électricité, le pétrole, la sécurité sociale et l’éducation.

Et il y a des étudiants qui refusent que l’on privatise l’éducation et qui se battent pour qu’elle soit gratuite et populaire et scientifique, autrement dit, qu’elle ne soit pas payante, que tout le monde puisse apprendre et que dans les écoles on n’enseigne pas des stupidités.

Et il y a des femmes qui refusent de continuer à être traitées comme de simples potiches et d’être humiliées et méprisées sous le prétexte qu’elles sont femmes, et elles s’organisent et se battent pour obtenir le respect qu’elles méritent en tant que femmes.

Et il y a des jeunes qui refusent qu’on les abrutisse avec des drogues ou qu’on les persécute pour leur façon d’être et ils prennent conscience avec leur musique et leur culture, autrement dit avec leur rébellion.

Et il y a des homosexuels, des lesbiennes, des transsexuels et d’autres encore qui refusent qu’on se moque d’eux, qu’on les méprise, qu’on les maltraite et qu’on en arrive à leur ôter la vie simplement parce qu’ils ont une façon différente d’être, et qu’on les traite d’anormaux ou de délinquants, et ils créent leurs propres organisations pour défendre le droit à la différence.

Et il y a des prêtres et des bonnes sœurs et ceux que l’on appelle séculiers qui ne sont pas du côté des riches et qui ne se résignent pas à la simple prière, et ils s’organisent pour accompagner le peuple dans sa lutte.

Et il y a ceux que l’on appelle combattants sociaux, des femmes et des hommes qui ont passé toute leur vie à se battre pour le peuple exploité, qui ont participé aux grandes grèves et aux actions des ouvriers, aux grandes mobilisations des citoyens et aux grands mouvements paysans et qui ont été victimes d’une terrible répression, mais, en dépit de tout cela et bien que certains soient très vieux, ils continuent à ne pas se rendre. Et ils vont partout où est la lutte et ne cessent de chercher à s’organiser et à faire que justice soit rendue. Et ils créent des organisations de gauche, des organisations non gouvernementales, des organisations pour le respect des droits de l’être humain, des organisations pour la défense des prisonniers politiques et pour la réapparition des disparus. Et ils créent des publications de gauche, des organisations de professeurs ou d’étudiants. Autrement dit, ils participent à une lutte sociale. Et il y en a même qui créent des organisations politico-militaires. Tous ceux-là ne se tiennent pas tranquilles et ils en savent long, parce qu’ils ont vu, et entendu, et vécu beaucoup de choses, et qu’ils ont beaucoup lutté.

Alors, en général, nous, nous voyons que, dans notre pays, qui s’appelle le Mexique, il y a beaucoup de gens qui ne se laissent pas faire, qui ne se rendent pas, qui ne se vendent pas. Autrement dit, qui sont dignes. Et cela nous réjouit et nous donne une certaine satisfaction, parce que avec tous ces gens ça ne va pas être si facile pour les néolibéralistes et peut-être que l’on parviendra même à sauver notre patrie des incroyables vols et de la destruction que les néolibéralistes ont entrepris. Et nous nous prenons à penser que ce serait bien si notre "nous autres" incluait toutes ces rébellions...

V. CE QUE NOUS VOULONS FAIRE

Bien, alors maintenant nous allons vous dire ce que nous voudrions faire dans le monde et au Mexique, parce que nous sommes incapables de nous taire, sans plus, devant tout ce qui se passe sur cette planète, comme s’il n’y avait que nous qui étions là où nous en sommes.

Alors dans le monde, nous voulons dire à vous tous qui résistez et luttez à votre façon et dans votre pays que vous n’êtes pas seuls et que nous, les zapatistes, même si nous sommes tout petits, nous vous soutenons et nous allons chercher un moyen de vous aider dans vos luttes et de parler avec vous pour apprendre, parce que s’il y a bien une chose que nous avons apprise, c’est à apprendre.

Et nous voulons dire aux peuples latino-américains que nous sommes fiers d’être des leurs, même si nous n’en sommes qu’une petite partie. Et que nous nous rappelons parfaitement comment ce continent s’est illuminé, il y a des années de cela, et qu’une lumière s’appelait Che Guevara, comme auparavant elle s’était appelée Bolivar, parce que parfois les peuples se saisissent d’un nom pour dire qu’ils se saisissent d’un étendard.

Et nous voulons dire au peuple de Cuba, qui résiste depuis si longtemps sur son chemin, qu’il n’est pas seul et que nous ne sommes pas d’accord avec le blocus dont il est victime et que nous allons chercher un moyen de lui envoyer quelque chose, même si ce n’est que du maïs, pour l’aider à résister. Et nous voulons dire au peuple nord-américain que nous ne sommes pas naïfs et que nous savons que leurs mauvais gouvernements sont une chose, et que les Nord-Américains qui luttent dans leur pays et se solidarisent avec les luttes d’autres pays sont une chose très différente. Et nous voulons dire aux frères et aux sœurs Mapuche du Chili que nous connaissons leur lutte et que nous apprenons d’elle. Et à ceux et celles du Venezuela que nous trouvons que c’est bien la manière dont ils défendent leur souveraineté, autrement dit le droit de leur nation à décider du chemin qu’elle veut emprunter. Et nous voulons dire aux frères et aux sœurs indigènes d’Équateur et de Bolivie qu’ils sont en train de donner une belle leçon d’histoire, à nous et à l’Amérique latine tout entière, parce que pour une fois on parvient à stopper la mondialisation néolibérale. Et nous voulons dire aux piqueteros et aux jeunes d’Argentine, simplement, que nous les aimons. Et à ceux d’Uruguay qui veulent un meilleur pays que nous les admirons. Et à ceux qui sont sans terre au Brésil que nous les respectons. Et à tous les jeunes d’Amérique latine que ce qu’ils font est très bien et qu’ils nous donnent beaucoup d’espoir.

Et nous voulons dire aux frères et aux sœurs de l’Europe sociale, autrement dit l’Europe digne et rebelle, qu’ils ne sont pas seuls. Que nous nous réjouissons de leurs grands mouvements contre les guerres néolibérales. Que nous observons attentivement leurs formes d’organisation et leurs formes de lutte pour en apprendre éventuellement quelque chose. Que nous cherchons un moyen de soutenir leurs luttes et que nous n’allons pas leur envoyer des euros, pour qu’après ils soient dévalués à cause de l’effondrement de l’Union européenne, mais que nous allons peut-être leur envoyer de l’artisanat et du café, pour qu’ils les commercialisent et en tirent quelque chose pour les aider dans leurs luttes. Et que peut-être que nous leur enverrons du pozole, ça donne des forces pour résister, mais qu’après tout il est possible que nous ne le leur envoyions pas, parce que le pozole c’est quelque chose bien de chez nous et qu’il ne manquerait plus qu’ils attrapent mal au ventre et qu’après, leurs luttes s’en ressentent et qu’ils soient vaincus par les néolibéralistes.

Et nous voulons dire aux frères et sœurs d’Afrique, d’Asie et d’Océanie que nous savons qu’eux aussi luttent et que nous voulons en savoir plus sur leurs idées et sur leurs pratiques.

Et nous voulons dire au monde que nous voulons le faire plus grand, si grand que puissent y avoir leur place tous les mondes qui résistent parce que les néolibéralistes veulent les détruire et qu’ils ne se laissent pas faire mais luttent pour l’humanité.

Alors, au Mexique, nous voulons arriver à un accord avec des personnes et des organisations de gauche, uniquement, parce que nous pensons que ce n’est qu’au sein de la gauche politique que l’on trouve la volonté de résister à la mondialisation néolibérale et de construire un pays où tout le monde jouisse de la justice, de la démocratie et de la liberté. Et non comme maintenant où la justice n’existe que pour les riches, où la liberté n’existe que pour leurs grands négoces et où la démocratie n’existe que pour couvrir les murs de propagande électorale. Et aussi parce que nous pensons que c’est uniquement de la gauche que peut surgir un plan de lutte pour que notre patrie, c’est-à-dire le Mexique, ne meure pas.

Et alors, ce à quoi nous avons pensé, c’est de dresser avec ces personnes et organisations de gauche un plan pour aller partout au Mexique où il y a des gens humbles et simples comme nous.

Et nous n’allons pas aller leur dire ce qu’ils doivent faire, autrement dit leur donner des ordres.

Nous n’allons pas non plus leur demander de voter pour tel ou tel candidat, nous savons parfaitement qu’ils sont tous partisans du néolibéralisme.

Nous n’allons pas non plus leur dire qu’ils fassent comme nous ou qu’ils prennent les armes.

Non, ce que nous allons faire, c’est leur demander comment ils vivent, comment est leur lutte, ce qu’ils pensent de notre pays et comment faire ensemble pour ne pas être vaincus.

Ce que nous allons faire, c’est aller chercher la pensée des gens simples et humbles comme nous et peut-être que nous y trouverons le même amour que nous ressentons pour notre pays.

Et peut-être allons-nous trouver un accord entre gens simples et humbles, et ensemble nous organiser dans tout le pays et faire concorder nos luttes, qui restent isolées, loin les unes des autres, et trouver une sorte de programme qui réunisse ce que tout le monde veut, et un plan de ce que nous ferons, et comment, pour que ce programme, appelé "programme national de lutte", se réalise.

Et alors, en accord avec la majorité des gens que nous allons écouter, eh bien, nous pourrions faire une lutte de tout le monde : des indigènes, des ouvriers, des paysans, des étudiants, des professeurs, des employés, des femmes, des enfants, des anciens et des hommes et avec toutes les personnes au cœur bon qui auront envie de lutter pour que ne soit pas détruit et vendu notre pays, qu’on appelle "le Mexique" et qui va du Rio Bravo au Rio Suchiate et qui est bordé, d’un côté, par l’océan Pacifique, et de l’autre, par l’océan Atlantique.

VI. COMMENT NOUS ALLONS LE FAIRE

Alors voici notre parole simple, qui s’adresse aux gens humbles et simples du Mexique et du monde et que nous appelons en cette occasion :

Sixième Déclaration de la forêt Lacandone

Et nous voici venus pour dire, avec notre parole simple, que...

L’EZLN renouvelle ses engagements concernant le maintien du cessez-le-feu offensif et elle ne lancera aucune attaque contre les forces gouvernementales et n’effectuera aucun mouvement de troupes offensif.

L’EZLN renouvelle ses engagements concernant la poursuite de ses activités dans le cadre de la lutte politique, avec l’initiative pacifique actuelle. Par conséquent, l’EZLN maintient sa volonté de n’entretenir aucune sorte de relation secrète avec des organisations politico-militaires mexicaines ou d’autres pays.

L’EZLN renouvelle ses engagements concernant la défense, le soutien et l’obéissance aux communautés indigènes zapatistes qui la constituent ainsi qu’à leur commandement suprême, et, sans interférer avec leurs méthodes démocratiques internes et dans la mesure de ses possibilités, elle contribuera au renforcement de leur autonomie, de leur bon gouvernement et à l’amélioration de leurs conditions de vie. Autrement dit, ce que nous allons faire au Mexique et dans le monde, nous le ferons sans armes, dans le cadre d’un mouvement civil et pacifique, et sans négliger ni cesser de soutenir nos communautés.

Par conséquent...

Dans le monde...

1. Nous établirons plus de relations respectueuses et de soutiens mutuels avec des personnes et des organisations qui résistent et luttent contre le néolibéralismeet pour l’humanité.

2. Dans la mesure de nos possibilités, nous fournirons des aides matérielles, des aliments et de l’artisanat aux frères et sœurs qui luttent dans le monde entier.

Pour commencer, nous allons demander au conseil de bon gouvernement de La Realidad de nous prêter le camion baptisé "Chompiras", d’une capacité d’environ 8 tonnes, et nous allons le remplir de maïs et si possible de deux bidons de 200 litres chacun rempli d’essence ou de pétrole, selon les besoins, que nous allons livrer à l’ambassade de Cuba à Mexico, pour qu’elle le fasse parvenir au peuple cubain en tant que soutien des zapatistes à sa résistance au blocus nord-américain. Mais s’il y avait un endroit plus près où livrer, ce ne serait pas plus mal, parce qu’il faut toujours aller jusqu’à Mexico qui est bien loin et il n’est pas impossible que "Chompiras" rende l’âme et alors on n’en mènerait pas large. Et de toute façon, ce ne serait pas avant la récolte et si on ne nous attaque pas, parce que tout est encore vert dans la milpa et que si nous l’envoyons maintenant, ce sera de l’elote qui n’arriverait pas en bonnes conditions, même sous forme de tamales. Ce serait mieux en novembre ou en octobre, au choix.

Et nous allons aussi nous mettre d’accord avec des coopératives d’artisanat de femmes pour pouvoir envoyer une bonne cargaison de vêtements brodés aux Europes, qui ne seront peut-être plus une Union, et peut-être aussi du café écologique des coopératives zapatistes, pour les vendre et avoir un peu de sous pour leur lutte. Et si cela ne se vend pas, ils pourront toujours se faire un petit café et causer de la lutte antinéolibérale, et s’il fait froid, ils pourront mettre les vêtements brodés zapatistes, qui résistent parfaitement au lavage à la main et à la pierre, et qui ne déteignent pas, en plus.

Et nous allons aussi envoyer aux frères et sœurs indigènes de Bolivie et d’Équateur un peu de maïs non transgénique. Il y a juste que nous ne savons pas où le livrer pour qu’il arrive en de bonnes mains, mais nous aimerions vraiment fournir cette petite aide.

3. Et nous disons à tous ceux et à toutes celles qui résistent dans le monde entier qu’il faut organiser d’autres rencontres intercontinentales, même si ce n’est qu’une seule de plus. En décembre ou en janvier prochain, peut-être, il faudrait y penser. Nous ne voulons pas fixer de date, parce qu’il s’agit de faire les choses en se mettant tous d’accord sur où, comment et qui. Mais il ne faudrait pas que ce soit ce genre de rencontre avec estrades où il n’y en a que quelques-uns qui parlent pendant que les autres écoutent, mais une rencontre sans formalités, tout le monde sur le même plan et tout le monde parle. Avec un peu d’ordre quand même, parce que, sinon, c’est rien que du bruit et on ne comprend rien à ce qui est dit, alors qu’avec un peu d’organisation tout le monde écoute et peut prendre note des paroles de résistance des autres pour pouvoir les rapporter à leurs compañeros et compañeras dans leur propre monde. Et nous avons pensé que ça pourrait se faire dans un endroit où il y a une grande prison, pour le cas où il y aurait de la répression et qu’on nous emprisonne et, comme ça, nous ne serions pas entassés les uns sur les autres. En prison, soit, mais bien organisés, et nous pourrions continuer en prison la rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme. Alors, plus loin nous allons vous dire comment faire pour nous mettre d’accord sur la manière de se mettre d’accord. Enfin, en tout cas, c’est comme ça que nous pensons faire ce que nous voulons faire dans le monde. Mais d’abord...

Au Mexique...

1. Nous allons continuer à lutter pour les peuples indiens du Mexique, et plus seulement pour eux ni rien qu’avec eux, mais aussi pour tous les exploités et les dépossédés du Mexique, avec eux tous et dans l’ensemble du pays. Et quand nous parlons de tous les exploités du Mexique, nous parlons aussi des frères et sœurs qui ont dû partir aux États-Unis chercher du travail pour pouvoir survivre.

2. Nous allons aller écouter et parler directement, sans intermédiaires ni médiations, avec les gens simples et humbles du peuple mexicain et, en fonction de ce que nous entendrons et apprendrons, nous élaborerons, avec ces gens qui sont, comme nous, humbles et simples, un programme national de lutte. Mais un programme qui soit clairement de gauche, autrement dit anticapitaliste et antinéolibéral, autrement dit pour la justice, la démocratie et la liberté pour le peuple mexicain.

3. Nous allons essayer de construire ou de reconstruire une autre façon de faire de la politique, une façon qui renoue avec l’esprit de servir les autres, sans intérêts matériels et avec sacrifice, en consacrant son temps et avec honnêteté, en respectant la parole donnée et avec pour seule paye la satisfaction du devoir accompli. Autrement dit, comme le faisaient auparavant les militants de gauche que rien n’arrêtait, ni les coups, ni la prison, ni la mort, et encore moins des dollars.

4. Nous allons aussi essayer de faire démarrer une lutte pour exiger une nouvelle Constitution, autrement dit des nouvelles lois qui prennent en compte les exigences du peuple mexicain, à savoir : logement, terre, travail, alimentation, santé, éducation, information, culture, indépendance, démocratie, justice, liberté et paix. Une nouvelle Constitution qui reconnaisse les droits et libertés du peuple et qui défende le faible contre le puissant.

DANS CE BUT...

L’EZLN enverra une délégation de sa direction pour accomplir cette tâche sur l’ensemble du territoire mexicain et pour une durée indéterminée. Cette délégation zapatiste se rendra aux endroits où elle sera expressément invitée, en compagnie des organisations et des personnes de gauche qui auront souscrit à cette Sixième Déclaration de la forêt Lacandone.

Nous informons à l’avance que l’EZLN mènera une politique d’alliances avec des organisations et des mouvements non électoralistes qui se définissent, en théorie et en pratique, comme des mouvements et organisations de gauche, aux conditions suivantes :

Non à des accords conclus en haut pour imposer en bas, mais oui à la conclusion d’accords pour aller ensemble écouter et organiser l’indignation ; non à la création de mouvements qui soient ensuite négociés dans le dos de ceux qui y participent, mais oui à toujours tenir compte de l’opinion des participants ; non à la recherche de récompenses, de promotion, d’avantages, de postes publics, du pouvoir ou de qui aspire au pouvoir, mais oui à outrepasser les calendriers des élections ; non à la tentative de résoudre d’en haut les problèmes de notre pays, mais oui à la construction PAR LE BAS ET POUR EN BAS d’une alternative à la destruction néolibérale, une alternative de gauche pour le Mexique.

Oui au respect réciproque de l’autonomie et de l’indépendance d’organisations, à leurs formes de lutte, à leur façon de s’organiser, à leurs méthodes internes de prises de décision, à leurs représentations légitimes, à leurs aspirations et à leurs exigences ; et oui à un engagement clair et net de défense conjointe et coordonnée de notre souveraineté nationale, par conséquent avec une oppos