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SITUATION GEOGRAPHIQUE
Le Oaxaca touche les états du Guerrero et de Puebla au Nord ; le Chiapas et l’état de Veracruz à l’Est ; l’Océan Pacifique au Sud. Le Oaxaca a une superficie de 95 364 km2, ce qui représente 4,85 % de la superficie du pays.


REGIONS ET MUNICIPALITES
L’état du Oaxaca se divise en 12 régions économiques : Cañada, Mazateca, Mixteca Baja, Mixteca Alta, Chinantla, Sierra Zapoteca, Région Mixe, Valle de Oaxaca, Mixteca de la Costa, Sierra del Sur, Istmo et Chimalapas. Il a pour capitale la ville de Oaxaca de Juárez. Cet état est composé de 570 municipalités (c’est-à-dire un grand nombre comparé au Chiapas, qui compte 118 municipalités). De ces 570 municipalités, 418 sont composées d’une population majoritairement autochtone. De ces 418, 412 élisent leurs autorités de manière traditionnelle, en assemblée. Le Oaxaca fait partie des états mexicains dotés de la plus faible densité de population, avec un taux de 34 habitants au km2. Au Chiapas la densité est de 53 habitants par km2 (Institut National de Statistiques, Géographie et Informatique, INEGI 2000).


POPULATION AUTOCHTONE
Le Oaxaca est le dixième état le plus peuplé du Mexique avec une population de 3 438 765 d’habitants, dont 32,5% sont autochtones (soit 1 117 722 personnes). 53% du total de la population autochtone du pays se trouve au Oaxaca. C’est l’état de plus grande présence indigène du pays.
La population autochtone se repartit en divers groupes ethno-lingüistiques :
Micro-ethnies (moins de 10 000 personnes) :
- 5.282 Zoques (un 0,7% de la population autochtone)
- 4.819 Amuzgos (0,43%)
- 4.617 Chontales (0,41%)
- 524 Chochos (0,05%)
Méso-ethnies (de 10 000 à 100 000 personnes) :
- 40.004 Chatinos (3,58%)
- 15.203 Triquis (1,36%)
- 13.678 Huaves (1,22%)
- 12.128 Cuicatecos (1,09%)
- 10.979 Nahuas (0,98%)
Macro-ethnies (plus de 100 000 personnes) :
- 377.936 Zapotecos (33,81%)
- 245.755 Mixtecos (21,99%)
- 174.352 Mazatecos (15,60%)
- 107.002 Chinantecos (9,57%)
- 105.443 Mixes (9,43%)
Le zapotèque et le mixtèque sont les langues autochtones les plus parlées.
CARTE DE L’ETAT DU OAXACA PAR ETHNIES


US ET COUTUMES AUTOCHTONES
“Dans la pratique, les communautés autochtones maintiennent leur propre forme de gouvernement et leurs systèmes normatifs, mieux connus comme « us et coutumes ». Ce terme ne se réfère pas à un code informel de croyances religieuses, culturelles et sociales : c’est un système de normes collectives que les communautés autochtones ont construit au travers des siècles. Celui-ci n’est pas infaillible, mais il a fait preuve de flexibilité, de cohérence et de capacité de coexistence avec le système mis en place par le gouvernement moderne. Un des axes fondamentaux qui gouverne la vie autochtone actuelle au Oaxaca est l’assemblée communautaire. Ceux qui l’intègrent se reconnaissent entre eux comme membres de la communauté. Tous les chefs de famille, hommes et femmes, assistent aux réunions. Les participants délibèrent entre eux, à voix haute sur les sujets d’intérêt pour leur village afin de parvenir à un consensus. Les autorités élues président l’assemblée. Il existe différents types d’assemblées : la domestique élargie, celle du quartier ou de la section, celle de la municipalité, la civile, la religieuse et celle qui concerne les thèmes agraires. L’assemblée communautaire est le produit et la culmination de ces autres niveaux d’assemblées ; c’est en fait le niveau maximum d’autorité autochtone. La vie politique dans les communautés au Oaxaca s’organise par le biais d’un système de postes de responsabilité. Ce système gouverne la vie de tous les hommes: de la jeunesse à la vieillesse, ils ont l’obligation de prêter un service périodique gratuit à leur village en acceptant des postes de responsabilité à l’intérieur de l’organisation municipale.”
(Source: www.gobiernodeoaxaca.gob.mx)
Le 30 août 1995, le Congrès de l’état a approuvé une réforme au Code des Institutions Politiques et Procédures Electorales du Oaxaca. L’objectif de cette réforme était de reconnaître la possibilité d’élire les autorités municipales suivant les us et coutumes autochtones. En mars 1997, les articles 25, 29 et 98 de la Constitution Politique Locale ont également été modifiés pour rendre plus explicite la reconnaissance des droits électoraux des peuples autochtones du Oaxaca. Finalement, en 1998, la Loi portant sur les Droits des Peuples et Communautés Autochtones du Oaxaca a été publiée. Elle est considérée comme la plus avancée du pays en matière de droits autochtones.

INEGALITES SOCIALES
REVENUS
Selon les indicateurs socio-économiques du Conseil National de Population (CONAPO) de l’an 2000, le Chiapas, le Oaxaca et le Guerrero forment un triangle d’extrême pauvreté au sud du pays (2000).
29,5% des municipalités du Oaxaca sont considérées comme étant de haute marginalisation et 46,5% de très haute marginalisation. Les régions les plus affectées sont la Mixteca, la Sierra Sur, la zone Cañada et la Costa.
CARTE DES MUNICIPALITES DE PLUS HAUTE MARGINALISATION

Le salaire minimum actuel est d’environ 43 pesos par jour (l’équivalent de 4 US$). 71,93% de la population active gagne moins de 70 pesos par jour.

LOGEMENTS
Un grand nombre de maisons ne couvrent pas les conditions minimales d’un logement digne :
- 34,5% des logements n’ont pas l’eau courante ;
- 54,4% n’ont pas de système de drainage ;
- 12,7% n’ont pas l’électricité ;
- Uniquement 37,8% des logements disposent de ces trois services basiques ;
- 40% de ces logements ont un sol de terre battue.
(Source: Institut National de Statistiques Géographie et Informatique - INEGI 2000)

EDUCATION
SCOLARISATION
- 34% des enfants de plus de 5 ans ne vont pas à l’école.
- Le grade moyen de scolarité ne dépasse pas l’école primaire
(Source: www.gobiernodeoaxaca.gob.mx)

ANALPHABETISME
- 21,5% de la population du Oaxaca est analphabète.
- 26,7% des femmes du Oaxaca sont analphabètes ; 15.5% des hommes.
(Source: INEGI 2000)

MONOLINGÜISME
Près de plus de 20% de la population de plus de 5 ans qui parlent une langue autochtone ne parle pas espagnol.

SANTE
MALNUTRITION
- nutritionnelle et seulement 10% de la population ne présente aucun problème de malnutrition.
- Selon l’Institut National de Nutrition, il existe 337 municipalités présentant un problème de malnutrition sévère. Sur les 100 municipalités du Mexique le plus gravement affectées par ce problème, 45 sont des municipalités du Oaxaca, en majorité indigènes.
- La malnutrition est plus présente dans les régions marquées par une forte violence due au trafic de drogues ou aux conflits politiques.

MORTALITE
- En 2004, le Oaxaca était le premier état du pays en termes de mortalité (5,2 pour mille habitants).
- Le taux de mortalité infantile en 2003 a été de 9,7 pour mille enfants nés vivants (INEGI).
- Le Oaxaca enregistre de hauts indices de mortalité maternelle, supérieurs de 36,7% à la moyenne nationale. Ceci est du principalement aux insuffisances en matière d’attention médicale et au manque d’accès aux services de santé publique.

ACCES AUX SERVICES DE SANTE
- Dans les zones autochtones du Oaxaca, il y a 13 médecins pour 100 000 personnes, ce qui contraste fortement avec la moyenne dans l’ensemble de l’état (94 médecins pour 100 000 personnes) et national (138 médecins pour 100 000 personnes).
- A échelle nationale, on compte 79 chambres d’hôpital pour un million d’habitants, quand les populations autochtones du Oaxaca disposent seulement de 7 chambres.”
(Source: http://cdi.gob.mx/)

TERRE
Le Oaxaca est un état majoritairement rural: 60,5% de la population vit en zones rurales. 90% des indiens travaillent dans le secteur primaire (activités agricoles et d’élevage)

CHOC DE VISIONS
Le concept de terre n’est pas le même pour les peuples indigènes que pour la population métisse. Les peuples autochtones conçoivent la terre de manière intégrale, la ‘Madre Tierra’ (Mère Terre), sacrée et collective, qui ne peut pas être vendue. Au Mexique prédominent les régimes de propriété ‘ejidal’ et communale de la terre :
- Ejidos’ : chaque membre de ce groupe (‘ejidatario’) reçoit une parcelle de terre, et toute décision qui a trait à ces terres doit être prise par l’assemblée des ‘ejidatarios’ dans sa totalité.
- Terres communales : la terre appartient à l’ensemble des membres de la communauté, par conséquent, les bénéfices qu’elle génère sont redistribués entre tous.
Du fait de cette relation historique et symbolique des peuples autochtones avec la terre, la majorité des unités de production rurale au Oaxaca sont collectives :
- 44,1% de la terre cultivée se trouve sous le régime communal.
- 27,4% appartiennent au système “ejidal”.
- Seulement 28,5% de ces terres sont en propriété privée.
CONFLITS AGRAIRES
L’existence de plusieurs systèmes de propriété a contribué à la prolifération de conflits agraires et territoriaux. Il existe 656 conflits agraires au Oaxaca. 53 d’entre eux présentent des risques élevés de dériver en affrontements violents. Les conflits agraires ont engendré un grand nombre de morts, de blessés, de déplacés et de détenus au Oaxaca.
Les conflits agraires surgissent par :
- Manque de terres ;
- Ambiguïtés et vides juridiques relatifs aux droits et aux titres de propriété, depuis des décennies, voire des siècles ;
- Existence de plans qui se chevauchent suite à la remise de documents altérés par les autorités agraires ;
- Désaccords quant aux limites territoriales ;
- Occupations illégales des terres par des éleveurs et exploitants forestiers qui agissent sous la protection et avec le soutien des autorités ;
- Réponses inadaptées des autorités à la résolution de ces conflits.
On a dénoncé une aggravation de la problématique agraire du fait de multiples facteurs :
- la présence de “caciques” protégés par des “guardias blancas” (gardes blanches) ;
- la production de drogues ;
- la présence de groupes armés issues de scissions de l’Armée Populaire Révolutionnaire (EPR) ;
- les vengeances ayant dérivées de problèmes agraires déjà historiques. L’application du Programme de Certification des Droits Ejidales (PROCEDE) qui peut raviver les conflits d’ores et déjà existant du fait de limites de terre ou de la non définition de ces mêmes limites.

Massacre de Agua Fría
Le 31 mai 2002, 26 paysans originaires de Santiago Xochiltepec, un village appartenant à la municipalité de Santiago Textitlán qui se trouve dans la Sierra Sur du Oaxaca sont tombés dans une embuscade et ont été assassinés de plus de 100 coups de feu à Agua Fría. Ils ont reçu le coup de grâce dans la tête ou les parties génitales avec des armes de gros calibre. On leur a volé l’argent qu’ils portaient sur eux. 16 habitants du peuple voisin, appelé Santo Domingo Teojomulco, ont été arrêtés.
Dans cette région, l’une des plus pauvres de l’état, six villages se disputent depuis longtemps la propriété de mille hectares de bois et terres fertiles. Avant le massacre de Agua Fría, ce conflit entre les habitants de la zone avait déjà provoqué environ 300 morts au cours des dernières années. Cependant, il faut souligner l’existence d’autres facteurs de caractère structurel, historique et politique (la négligence des différents niveaux de gouvernement lorsqu’il s’agissait de répondre à cette situation de conflit).

Conflit agraire et forestier aux Chimalapas
Ce conflit trouve son origine en mars 1967 quand le gouvernement décide d’installer 28 communautés du Chiapas dans des terres qui traditionnellement avaient appartenu au Oaxaca. Une résolution présidentielle a accordé 594.000 hectares à l’état du Chiapas.
En 1991, les habitants des Chimalapas ont commencé un processus de réconciliation agraire “de paysan à paysan” : les paysans organisés en ejidos venus du Chiapas après 1967 ont été invités à rester dans la mesure où ils reconnaîtraient les communautés des Chimalapas et où ils accepteraient de devenir co-propriétaires. Les autorités des deux régions impliquées et les autorités municipales, principalement du Chiapas, ont été accusées de boycotter ce processus de négociation en faisant pression sur les propriétaires organisés en ejidos afin qu’ils continuent à faire partie du Chiapas.
D’un autre côté, les autorités fédérales chargées de la protection de l’environnement ont essayé d’instaurer une Réserve de la Biosphère aux Chimalapas. Ce projet est contraire aux intérêts des copropriétaires chimalapas de créer une Réserve Ecologique Paysanne régie par eux-mêmes, grâce au soutien d’organisations écologistes, une fois résolus les problèmes agraires et de limites.
Aujourd’hui, le conflit reste sans solution. Il est particulièrement complexe vu qu’il faut ajouter au problème agraire celui des frontières entre le Oaxaca et le Chiapas.


RESSOURCES NATURELLES
Le Oaxaca est un état riche en ressources naturelles. Ses 95 364 km2 d’extension correspondent à 4,85% de la superficie nationale. Il possède un climat particulièrement varié du fait du caractère accidenté de son relief : chaud et sec dans la région de la Côte Pacifique, chaud et humide près du littoral et les versants de la Sierra Madre, tempéré dans le reste de l’état et froid dans les endroits d’altitude supérieure à 2000 mètres au-dessus de niveau de la mer.
(Source: SEMARNAT)

EAU / ELECTRICITE
Plus de 40% des fleuves du Mexique trouvent leur source dans les Chimalapas. L’état du Oaxaca possède plusieurs barrages qui servent à l’irrigation des cultures et à la production d’énergie électrique. Parmi les plus importants, on trouve ceux de Temazcal, Cerro de Oro, Marqués et de Yosocuta.
D’un autre côté, en ce qui concerne la production d’énergie électrique, la Centrale d’électricité de la Venta opère depuis 1994. Dans l’Isthme de Tehuantepec, il existe également un projet de construction de couloir éolien qui serait doté de 2000 tours. Des organisations paysannes et indigènes de la région s’y opposent, dénonçant les possibles impacts écologiques, économiques, sociaux et culturels.

MINERAUX
Actuellement, l’industrie minière est une activité mineure (l’extraction d’or et d’argent qui se réalisait dans la Sierra Nord et une partie des Vallées Centrales et dans l’Isthme en particulier a chuté). Cependant, dans la Sierra Sur, il existe des gisements de fer. Dans la Mixtèque, on trouve aussi des nappes de charbon et du magnésium.

AGRICULTURE
Selon des données de l’INEGI, 14,22% de la superficie du Oaxaca est utilisée à des fins agricoles et 8,27% des terres sont utilisés comme pâturage. En ce qui concerne l’exploitation de bois, les forêts occupent 38,92% du territoire, la Jungle, 37,06% et 1,53% de celui-ci sert à d’autres usages comme l’extraction de la palme africaine. 51,39% de la population active qui a un emploi travaille dans le secteur agricole.
La semence de maïs est la principale culture extensive qui se réalise au Oaxaca. Cet état produit environ 14% de la production nationale de café. On y sème également des haricots, du blé, de la canne à sucre et de l’agave ou du maguey (cactus utilisé pour produire différents alcools, production qui occupe environ 20 000 familles)

BIODIVERSITE
Le Oaxaca est un des états de plus grande biodiversité de la République. Il présente les zones écologiques suivantes : tropicale humide (44,4%), tropicale sous humide (35,5%) et tempérée (20 %).

VEGETATION
Au Oaxaca on calcule que l’on peut trouver 9.000 espèces de plantes (plus de 50% du total national) ;
L’Inventaire National Forestier (INF) de 1994 indique que le Oaxaca est le troisième état de la République le plus boisé, avec un total de 5 105 020 d’hectares de forêts et de jungles présentant une grande variété d’écosystèmes. La sylviculture est une source de richesse potentielle pour l’entité, en particulier dans les régions de la Sierra Nord et Sud, ainsi qu’une partie de la Mixtèque Basse, et pour ce qui concerne les bois précieux, dans la zone des Chimalapas.

FAUNE
La faune du Oaxaca est variée. On trouve :
- 264 espèces et sous-espèces de mammifères (50% du total national)
- 701 espèces d’oiseaux (63%)
- Plus de 467 espèces de reptiles (26%)
- Plus de 100 espèces d’amphibies (35%)
(Source: Institut National d’Ecologie)
Aux Chimalapas en particulier, on trouve 31,3% des espèces de mammifères du Mexique, 32,3% des espèces d’oiseaux et 44,5% des espèces de papillons.

ZONES NATURELLES PROTEGEES
Les Zones Naturelles Protégées sont des régions terrestres ou aquatiques dans le territoire national, représentatives des différents écosystèmes, où l’environnement original n’a pas subi d’altérations significatives, et qui produisent des bénéfices écologiques toujours plus reconnus et appréciés. Elles sont créées par le biais d’un décret présidentiel et les activités qui peuvent être réalisées dans celles-ci s’établissent en fonction de la Loi Générale d’Equilibre Ecologique et de Protection de l’Environnement, son règlement, son programme de maintien et les programmes d’aménagement écologique. Elles font l’objet de règlements spéciaux de protection, de conservation, de restauration et de développement, selon les catégories établies par la Loi. La Commission Nationale des Zones Naturelles Protégées administre actuellement 150 zones naturelles fédérales qui représentent plus de 17.8 millions d’hectares.
L’état du Oaxaca dispose d’une aire naturelle protégée : la Réserve de Cuicatlán de 490.186 hectares, qui couvre 31 municipalités du Oaxaca et 20 de l’état de Puebla.
Il existe aussi deux parcs nationaux :
- Parc National Benito Juárez
- Parc National Lagunas de Chacahua
L’Institut National d’Ecologie souligne un autre élément intéressant: dans le cas du Oaxaca, “la conservation des espaces naturels peut surgir à partir d’autres types de dispositions réglementaires en ce qui concerne l’utilisation des ressources naturelles comme le sont :
- les Programmes de Maniement Forestier,
- l’établissement de Statuts Communautaires
- ou les Règlements Agraires et de stratégies productives comme la culture traditionnelle de café, le soin de la végétation secondaire, l’écotourisme et y compris, les conceptions symboliques des communautés paysannes et autochtones qui favorisent la conservation d’importantes zones naturelles.
Il suffit de signaler que le total de la superficie forestière protégée par le biais d’initiatives communautaires (67,916 ha), ainsi que par d’autres exemples de conservation non formelles (47,742 ha) […] est d’un peu plus de 115.000 hectares, ce qui représente 32% du total de la superficie protégée par le biais d’instruments formels. “
Bien qu’il s’agisse de l’une des entités avec la plus grande biodiversité du pays, le Oaxaca enregistre un rythme élevé de détérioration de ses ressources naturelles : on calcule une perte annuelle de 30.000 hectares de bois et une érosion sévère sur 20% de son territoire. Ceci se doit principalement à la coupe immodérée et au trafic illégal de bois, aux incendies forestiers qui sont enregistrés chaque année, à la déprédation d’espèces protégées de la flore et de la faune, à l’expansion de la frontière agricole, à l’extraction de minéraux et à la capitalisation de l’eau douce.

MIGRATION
- Environ 150.000 habitants du Oaxaca émigrent chaque année vers le Nord (nord du Mexique ou USA)
- Les envois d’argent de la part d’émigrés constituent la troisième source de revenu après le tourisme et le café. Du fait de l’attraction touristique exercée par son littoral et sa richesse culturelle (le centre historique de la ville de Oaxaca et le site archéologique de Monte Alban font partie du Patrimoine de l’Humanité depuis 1987), le Oaxaca reçoit plus de 3 millions visiteurs chaque année, ce qui implique une forte source de revenus pour l’état.
- La plupart de gens migrent pour trouver une alternative face à la pauvreté, mais il existe aussi des cas de personnes expulsées de leurs terres ou qui émigrent pour échapper à un procès légal, une vengeance ou une situation de perte de prestige.
- Au cours des trois dernières décennies, l’état du Oaxaca s’est caractérisé par une forte migration de la population autochtone. La région de la Mixtèque présente les indices les plus élevés de migration au Oaxaca, avec une augmentation incessante depuis 1940.
- La migration fait que la communauté maternelle n’est plus le cadre dans lequel les activités liées au travail ou à l’éducation pourront être développées. C’est un grand changement parce que la migration implique que l’éducation sera scolarisée et le travail rémunéré. Ces deux changements sont significatifs vu qu’ils ne font partie de la vie autochtone que depuis deux ou trois siècles.

MILITARISATION
GUERRILLAS
On rapporte la présence d’au moins quatre guérillas au Oaxaca : l’Armée Populaire Révolutionnaire (EPR), l’Armée Révolutionnaire Populaire du Peuple Insurgé (ERPI), l’Armée Indigène Révolutionnaire de Libération Nationale, et le Commando Clandestin Indigène de Libération Nationale (voir ici)
L’Armée Populaire Révolutionnaire (EPR) est apparue pour la première fois le 28 juin 1996 dans le cadre de la commémoration de l’anniversaire du massacre d’Aguas Blancas au Guerrero. Ils ont publié le Manifeste de Aguas Blancas en espagnol et nahuatl dans lequel ils proclament que “face à la violence institutionnalisée, la lutte armée est une ressource légitime et nécessaire du peuple pour restituer sa volonté souveraine et rétablir l’Etat de droit'. Le 28 août 1996, l’EPR a réalisé des attaques dans 6 états du Mexique : Tabasco, Guanajuato, Guerrero, l’état de Mexico, Chiapas et Oaxaca.
Au Oaxaca, ces événements ont entraîné une forte répression contre la population, principalement la population zapotèque pour sa possible participation à l’EPR. La situation dans la zone des Loxichas est un exemple de cette répression.
- “L’attaque de l’EPR dans la zone touristique de Crucecita Huatulco de la région des Loxichas située dans la sierra de Pochutla, a conduit à la militarisation et à la paramilitarisation de ces communautés. Depuis lors, les communautés ont vu plus de 100 de ses habitants incarcérés, des assassinats sélectifs, des détentions arbitraires, la torture et d’autres violations des droits humains ont augmenté. Ici, les zapotèques se trouvent cernés d’un point de vue militaire, paramilitaire, économique et social. ”.
- “Aux Loxichas on trouve quatre Bases d’Opérations Mixtes : El Portillo de las Flores, Magdalena Loxicha, La Sirena Miramar, Loxicha et Agustín Loxicha. On a accommodé l’héliport de La Cruz pour faciliter le déplacement de troupes dans la région”
(Source: http://www.jornada.unam.mx/2000/03/13/oja-oaxaca.html)


PRESENCE MILITAIRE: LES ARGUMENTS
Barrages, patrouilles, survols, etc… La présence militaire au Oaxaca a augmenté de manière significative au cours des 12 dernières années, en particulier dans les zones rurales. Différents arguments cherchent à expliquer une telle augmentation :
- la mise en place du Plan DNIII qui s’applique en situations d’urgence et de catastrophes naturelles : séisme de 7.4 degrés en 1999 et pluies constantes dans la région.
- la présence de groupes armés : une augmentation de la présence militaire a été notable après l’apparition de l’EZLN en 1994 et celle de l’EPR en 1996.
- la lutte contre le trafic de drogues.
- La protection des ressources naturelles stratégiques. Par exemple, pour le Centre Régional des Droits Humains Tepeyac, la principale raison de la militarisation de la zone de l’Isthme tient au fait qu’elle est “considérée comme stratégique pour le développement d’un ambitieux projet auquel les organisations sociales, non gouvernementales et communautés s’opposent. Les militaires se trouvent placés en des points stratégiques, là où les travaux ont commencé. Les militaires obéissent à un objectif de contention sociale où leur fonction est que les gens se sentent contrôlés”.
(Source: http://www.jornada.unam.mx/2000/03/13/oja-oaxaca.html)
Les organisations des droits humains et de la société civile accusent les policiers et militaires de pratiquer des détentions arbitraires et d’autres violations des droits sociaux.

PARTIS
L’hégémonie du PRI dans la vie politique au Oaxaca a été pratiquement absolue jusqu’aux élections de 2004 lorsque le candidat du PRI Ulises Ruiz Ortiz a obtenu le poste de gouverneur avec une marge très étroite face au candidat du PRD, ceci au milieu d’accusations de fraudes. Cependant, lors des élections fédérales de juillet 2006, la forte influence du vote de sanction contre Ruiz Ortiz a permis au PRD d’obtenir une historique victoire au Oaxaca, obtenant le double de votes que le PRI.

TRAFIC DE DROGUE
La misère et le manque d’opportunités du fait de la baisse des prix des autres cultures ont réduit de nombreuses communautés du Oaxaca à s’impliquer dans la culture de stupéfiants. Le manque de communication dans certaines zones, par exemple dans la Sierra Sur, a rendu plus facile l’utilisation de la par des trafiquants de drogue des terres ouvertes par les bûcherons afin d’y semer de la marihuana ou du pavot.
Selon les chiffres estimés par le gouvernement des USA, les états du sud du Mexique, principalement le Guerrero et le Oaxaca produisent suffisamment de pavot pour élaborer entre 2 et 4 tonnes d’héroïne prête à consommer par an, et environ 1,000 tonnes de marihuana. (Source: Banque Mondiale, 2003)
La production croissante de pavot et de marihuana dans la zone Sierra situe le Oaxaca comme l’un des états avec la plus forte augmentation du trafic de drogue au Mexique au cours de la dernière décennie.
La lutte contre le trafic de drogues n’a pas permis de contenir une telle croissance. La culture et le trafic de drogues illicites d’Amérique du Sud vers les États-Unis ne cessent d’augmenter.

PRESENCE DE TRANSNATIONALES
En 2000, on trouvait 69 entreprises recevant un Investissement Etranger Direct (IED) dans l’état du Oaxaca. Elles équivalent à 0.4% de toutes les entreprises recevant un IED dans le pays. Ces investisseurs participent avec un capital majoritaire dans 55 entreprises et avec un capital minoritaire dans 14. Ils proviennent des USA (24 entreprises) suivi de la France (10), du Canada (9), de l’Italie (8), de l’Allemagne (5) et de la Suisse (4). En tout, 15 pays sont présents par le biais d’un IED au Oaxaca. Ces 69 entreprises se trouvent principalement dans les municipalités de Santa María Huatulco (25 entreprises), Oaxaca de Juárez (16), San Pedro Mixtepec (14) et Santa María Colotepec (5).
Source : Centre d’Investigations Economiques pour l’Action Communautaire, CIEPAC. .
A partir des 8 grandes lignes d’action que le Plan Puebla Panama devait promouvoir, 5 projets devaient être réalisés au Oaxaca :
- Développement soutenable : consultation indigène ainsi que le projet du Couloir Biologique Mésoaméricain.
- Tourisme : renforcement de la sécurité de l’aéroport de Huatulco.
- Transport : couloir du Pacifique et route devant traverser l’Isthme de Salina Cruz à Coatzacoalcos.
- Projet énergétique : couloir éolien de l’Isthme.
Source : Vème Rapport du Réseau du Oaxaca des Droits Humains (RODH, 2005)
Bien que le développement du PPP demeure en suspens, plusieurs des projets mentionnés continuent à avancer. En ce qui concerne le projet du couloir éolien de l’Isthme de Tehuantepec, des organisations de paysans et indiens de la zone ont dénoncé que des entreprises transnationales (en particulier les espagnoles Preneal, Iberdola, Gamesa Eólica et Endesa, ainsi que la française CIF) aient été dans les communautés pour essayer de négocier avec les paysans. Voir article de La Jornada (octobre 2005).
Le Vème rapport de la RODH établit une liste des principales entreprises transnationales - principalement celles liées au secteur énergétique, à l’exploitation des ressources naturelles et à la biotechnologie ainsi que les grandes entreprises de la construction – ayant exprimé leur intérêt d’investir au Oaxaca :
- ENDESA, une entreprise espagnole et le principal investisseur dans le projet du Système d’Interconnexion des Pays d’Amérique Centrale (SIEPAC ; voir aussi : siafpa.gob.pa/cope/pdf/SIEPAC_Brochure%20Septiembre%202002.pdf)
- Harken Energy, Applied Energy Services (AES), Duke Energy et Harza, des entreprises d’énergie nord-américaines qui investissent depuis le Mexique jusqu’au Panama dans la construction de barrages hydroélectriques et la privatisation du secteur électrique.
- En ce qui concerne la production d’énergie éolienne à La Venta, Oaxaca, des entreprises comme CISA, GAMESA, DEPROE, ENDESA ITALAISE sont les plus intéressées.
- Les entreprises nord-américaines de papier, International Paper et Boise Cascade achètent des terrains au Oaxaca et au Chiapas pour y planter du bois.
- Le secteur minier n’est pas absent du Oaxaca : Altos Hornos de México (AHMSA) et des entreprises du Canada comme Continuum Resources Ltd., Wheaton River Minerals et l’entreprise nord-américaine US Gold Corp pour en mentionner quelques unes. Il faut aussi souligner la présence de l’entreprise mexicaine CEMEX, la troisième productrice de ciment à échelle mondiale avec un intérêt économique dans la zone de l’Isthme.
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