Migration
La migration est très forte au Guerrero : 73.000 habitants émigrent chaque année aux États-Unis. Le Guerrero est le premier état du Mexique en matière de migration interne et le cinquième en ce qui concerne la migration internationale.
On distingue deux types de migration : les journaliers agricoles pendant la saison sèche, et la migration à long terme vers les États-Unis.
Migration temporaire pendant la saison sèche :
- Plus de 128.000 journaliers émigrent chaque année à la recherche d’un travail vers les états du nord du Mexique (Sonora, Baja California, Sinaloa).
- D’autres se rendent jusqu’aux États-Unis (Californie, Arizona, Mississippi, Florida, New York, Virginie, Caroline du Nord).
Migration à long terme : ¼ a 1/3 de la population du Guerrero vit aux États-Unis
- Plus de 950.000 habitants du Guerrero résident aux États-Unis, certains sont illégaux, d’autres sont parvenus à régulariser leur situation migratoire.
- La ville de Chicago compte 300.000 ‘guerrerenses’ (en nombre d’habitants, ce serait la deuxième ville du Guerrero après Acapulco)
Quand il n’y a pas d’autre option pour la population autochtone
73.9% des municipalités de population autochtone ne parviennent pas à offrir des alternatives d’emplois à leurs habitants (en particulier les peuples Nahuatls et Mixtèques). Dans ce cas, ceux qui n’ont ni bétail ni terres à travailler n’ont guère d’autre choix que celui d’émigrer.
Source : INI
Les ouvriers agricoles : une version moderne de l’esclavage ?
Face à la pauvreté et à l’impossibilité de subvenir à ses besoins, les familles les plus pauvres n’ont d’autre voie que de travailler comme ouvriers agricoles journaliers. Il existe une grande quantité de chômeurs dans le secteur agricole, sans organisation et sans défense, prêts à tout. Même les enfants sont embauchés, pour des salaires de misère. Beaucoup ne savent ni lire ni écrire, et sont de ce fait les plus démunis, et les premières victimes de l’exploitation des grands patrons.
Traverser la frontière : les risques
- Chaque jour, 50 à 60 ‘Guerrerenses’ tentent de passer la frontière pour travailler aux Etats-Unis. Source : Héctor Barenca Martínez, directeur général d’Attention aux ‘Guerrerenses’ à l’étranger, Ministère du Développement Social.
- Avec la signature de l’Accord de Libre Echange en Amérique du Nord (ALENA) en 1994 et la mise en place du programme ‘Opération Gardien’ (construction d’un mur de 50kms de long sur la frontière) en 1995, les risques ont augmenté pour les migrants, le nombre de morts à l’heure de franchir la frontière s’est accru. Il est plus difficile et dangereux d’essayer, et cela coûte plus cher. Le nombre de personnes prêtes à courir ce risque n’a pas diminué pour autant.
Trafic de sans papiers : un négoce international florissant
Les ‘coyotes’ (passeurs) locaux exigent environ 2.000 dollars pour aider une personne à traverser la frontière (sans compter les frais de transport), ce qui peut entraîner de fortes dettes. Des réseaux de corruption se sont générés avec les autorités locales, s’ajoutant aux réseaux du crime organisé et aux mafias.

Militarisation
Présence militaire – Source : Tlachinollan AC
Présence militaire : les arguments officiels
- Le combat contre le trafic de drogues. En 2000, le Ministère de la Défense Nationale (SEDENA) a envoyé au Guerrero 3.000 militaires pour combattre le trafic de drogues. 1/6 des effectifs militaires assignés à la lutte contre le trafic de drogues au Mexique se trouvent au Guerrero.
- La loi fédérale sur les armes et explosifs.
Activités des militaires au Guerrero, selon les organismes de défense des droits humains :
- Investigation de délits
- Persécution de membres présumés de groupes armés
- Harcèlement des communautés organisées
Le Centre des Droits Humains Tlachinollan rapporte, entre 1996 et 2004, 68 cas de violations de droits humains par l’Armée, parmi lesquelles :
- Dommages et lésions
- Exécution extrajudiciaire
- Détention arbitraire
- Violation sexuelle
- Abus d’autorité
- Soustraction illégale de ressources naturelles
- Affectation de la libre circulation
- Harcèlement sexuel
- Obstruction du travail de journalistes
- Violation de domicile
A ce jour, tous ces cas demeurent impunis. Aucun membre de l’Armée n’a été puni pour les violations aux droits humains.

Trafic de drogues
Cultures de drogues – Source : Tlachinollan AC
L’état du Guerrero est le premier producteur de pavot du pays, qui représente 60% de la production mexicaine.
Quand il n’y a pas d’autre opportunité pour survivre :
- Les communautés se lancent dans la culture de stupéfiants quand elles ne trouvent aucune autre issue possible, à cause entre autres de la chute totale des prix des produits agricoles (comme le café, le maïs, les haricots, l’hibiscus). Et malgré tout, leur niveau de vie ne s’améliore pas.
- On peut produire 4 kilos de pavot sur un hectare. Au Guerrero, le kilo s’achète 30.000 pesos. Au fur et à mesure que l’on s’approche des Etats-Unis, sa valeur augmente au point d’être triplée après la frontière.
Inefficacité de la lutte contre le trafic de drogues :
- Selon le Centre des Droits Humains de la Montaña Tlachinollan, au lieu de combattre les raisons qui amènent à cultiver la drogue (la pauvreté), c’est un combat contre les communautés autochtones qui est mené.
- La culture et le trafic de drogues illicites d’Amérique du Sud vers les États-Unis ne cessent d’augmenter.

1. PRESENCE DE TRANSNATIONALES
Principaux intérêts des transnationales au Guerrero :
- L’eau : les barrages hydroélectriques comme La Parota
- L’exploitation du bois : Boise Cascade Corporation
Le cas des paysans écologistes Rodolfo Montiel et Teodoro Cabrera montre comment les actions des entreprises forestières internationales violent le droit à un environnement sain. Dans ce cas, l’entreprise forestière transnationale Boise Cascade a signé en 1995 un contrat avec le gouverneur de l’état du Guerrero à l’époque, Ruben Figueroa. Ce contrat lui cédait l’exclusivité des bois qui se trouvaient sous l’Ejido Unión de la Costa Grande. Boise Cascade payait trois fois plus par mètre cube que les acheteurs locaux, ce qui a augmenté la quantité de bois coupé dans la zone : afin de pourvoir rivaliser avec Boise Cascade, les scieries locales ont également augmenté leur production. Cette coupe immodérée des forêts de la Costa Grande a entraîné l’érosion des sols, la pollution de l’environnement, la diminution des pluies et la réduction du débit des fleuves. Selon Greenpeace, un rapport du Ministère de l’Environnement, les Ressources Naturelles et la Pêche (SEMARNAP), à travers des images satellite de la région de la Sierra de Petatlán et Coyuca de Catalán prises entre 1992 et 2000, démontre qu’en huit ans près de 40% des forêts ont disparu. Si Boise Cascade a finalement quitté la région en 1998 pour “conditions difficiles de négoces”, la coupe immodérée dans la zone continue. Quand les paysans membres de l’Organisation des Paysans Ecologistes de la Sierra de Petatlán et Coyuca de Catalán (OCESP), à laquelle appartiennent Montiel et Cabrera, ont essayé de défendre – entre autres- leur droit à un environnement sain, ils ont été réprimés, harcelés, assassinés et, dans le cas de Montiel et Cabrera, torturés et mis en prison injustement. Depuis la signature de l’Accord de Libre Echange en Amérique du Nord (ALENA) en 1994, 40% des forêts du Guerrero ont disparu.
Source : Hebdomadaire du centre
Pro des droits humains, 2/06/2003

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