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Centro de Derechos Humanos Fray Bartolomé de Las Casas et Servicio Internacional para La Paz (Sipaz)
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San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, le 15 janvier 2006
Résumé des faits durant la visite du Délégué Zéro au Chiapas:
Marques d’inquiétude au Chiapas avec le début de l’Autre Campagne
Comme nous l’avions annoncé dans un bulletin de presse conjoint le 30 décembre dernier, le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas et le Service International pour la Paix (SIPAZ) ont accompagné le Sous Commandant Marcos ou “Délégué Zéro“ à travers l’état du Chiapas en tant qu’observateurs et défenseurs des droits humains.
Au cours de cette visite, nous avons constaté les faits suivants :
Le 1er janvier, au début du parcours de l’Autre Campagne, alors que la marche zapatiste rejoignait la Place de la Cathédrale à San Cristóbal, les lampadaires du boulevard Jaime Sabines ont été éteints au moment où passaient les protagonistes, action qui peut être attribuée à la Municipalité marquant ainsi son désaccord.
Le 3 janvier, selon les informations de nos observateurs et l’article du journaliste Diego Osorno dans ‘Milenio Diario’ du 4 janvier (http://www.milenio.com/nota.asp?id=254084), un groupe de 80 personnes fut repéré à Palenque, une heure avant l’arrivée de la caravane du Délégué Zéro : il s’agissait de travailleurs et de grands propriétaires terriens, armés pour plusieurs d’entre eux, prétendant sur un ton ironique de vouloir “souhaiter la bienvenue au Sous Commandant Marcos“. Heureusement, ce regroupement à l’entrée de Palenque a pu être dissous sans débordements.
Le 4 janvier, alors que la caravane revenait de Palenque à San Cristóbal, des représentants municipaux des quartiers Getzemani et La Hormiga, identifiés comme partisans du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) ont diffusé publiquement un manifeste à travers lequel ils prévenaient le Sous Commandant Marcos de “risques d’affrontements avec les habitants des quartiers Nord (de la ville) pour vouloir organiser ce genre d’évènements“.
Durant tout le parcours, la présence de nombreux informateurs s’est avérée claire et ostentatoire, venant de différents services d’espionnage du gouvernement : Bureau du Procureur de la République, Armée Mexicaine, Centre de Recherche et de Sécurité Nationale (CISEN), Gouvernement du Chiapas et Municipalités, beaucoup d’entre eux portant des armes, mais surtout des appareils photo et des caméras vidéo. Ils avaient manifestement l’intention de relever les plaques d’immatriculation, de photographier les visages des personnes et d’enregistrer les discours des sympathisants et adhérents à l’Autre Campagne.
Le 5 janvier, à Tonalá, une personne coiffée d’un passe-montagne a tenté de se confondre avec les bases de soutien zapatistes qui accompagnaient le Délégué Zéro afin de monter dans le véhicule qui le transportait.
Le 10 janvier, au village de Joaquín Amaro sur la municipalité de Pijijiapan, les habitants ont encerclé des agents d’espionnage présents au cours de l’acte public, au moment où la caravane quittait les lieux. Les agents ne se sont pas identifiés malgré l’insistance des habitants et des reporters. Apparemment, l’un d’entre eux au moins était armé.
D’un autre côté, le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas et le Service International pour la Paix font part de leur profonde préoccupation quand aux signes de violence au Chiapas. Dans la mesure où l’intérêt des médias se déplace avec le parcours du Sous Commandant Marcos à travers tout le pays, le Chiapas court le risque de ne plus être le centre d’attention malgré ses fortes problématiques :
1.- La militarisation et la para militarisation persistantes dans la zone dite “de conflit” se réactivent en période électorale. On observe plus particulièrement des zones de tension dans les vallées de Ocosingo, à Chilon, à Tila et à Las Margaritas, comme l’ont souligné les médias, suite aux actes violents ou provocateurs de la part de divers groupes proches du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) ou du Parti de la Révolution Démocratique (PRD), alors qu’ils sont en train de se positionner sur le champ électoral (voir les bulletins sur le site Internet du Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de las Casas http://www.laneta.apc.org/cdhbcasas/boletines.htm.).
D’autre part, nous avons noté l’insistance de certains médias et des autorités fédérales à reprendre le thème du narcotrafic en l’associant avec les “zones d’influence ” de l’EZLN, ou de comparer l’Armée Zapatiste de Libération Nationale avec les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie), faits que l’on pourrait attribuer à un début de campagne de discrédit (Journal Reforma, 10 janvier: “Equipara Abascal EZLN con FARC” et autres).
2.- Les attaques souffertes par des défenseurs des droits humains et adhérents de l’Autre Campagne, dénoncées par le Centre Fray Bartolomé et d’autres organisations du Chiapas et du Mexique, pourraient redoubler, maintenant que les services d’espionnage disposent de données précises sur l’identité, le nombre et la localisation des sympathisants.
3.- Comme nous avons pu l’observer dans toutes les municipalités de la Côte du Chiapas que nous avons visitées, et comme de nombreux habitants de villes et villages de la zone Sierra l’ont mentionné, la population de la zone dévastée par l’ouragan Stan, surtout la population rurale, vit toujours dans des conditions limites après la destruction et devant l’insuffisance de l’aide gouvernementale. Le désespoir de la population peut entraîner un risque d’actions violentes et d’affrontements à l’encontre des opérateurs du gouvernement ou des forces de police, et la situation pourrait se détériorer davantage si les aides se voient conditionnées au vote pour tel ou tel candidat.
4.- Les effets de la violence politique pourraient se déchaîner contre les communautés zapatistes et/ou contre le Délégué Zéro afin de freiner les promoteurs de cette initiative politique, dans la mesure où l’Autre Campagne représente un réel contrepoids face à la course électorale.
Ces différents éléments compliquent le scénario du Chiapas dans un futur immédiat. Le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas et le Service International pour la Paix lancent un appel à la société civile et aux médias afin qu’ils restent attentifs quant à la situation des droits humains au Chiapas et au déroulement du parcours de l’Autre Campagne à travers tout le Mexique.
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