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POUR VOTRE INFORMATION

Du 27 au 31 mars, des membres du SIPAZ (Service International pour la Paix) et de PROPAZ (Programme Suisse d’Observation et de Promotion de la Paix) se sont réunis avec plusieurs Ambassades, le Bureau au Mexique du Haut Commissare des Nations Unies pour les Droits de l’Homme et diverses instances gouvernementales mexicaines afin de leur présenter le document que nous vous partageons à continuation.

PROPAZ SUIZA - Chiapas / SIPAZ :

 

San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, le 23 mars 2006

Aux Ambassades au Mexique

Aux Organismes Internationaux

  • Le SIPAZ (Service International pour la Paix, programme d’observation international au Chiapas qui représente une coalition d’environ 50 organisations d’Amérique du Nord, d’Amérique Latine et d’Europe) ;
  • Le PROPAZ (Programme Suisse d’Observation et Promotion de la Paix au Chiapas qui intègre les organisations Action de Carême, Secours Catholique de Suisse, HEKS) ;
  • Peace Watch Suisse ;
  • NOVIB-Hollande ;
  • Justice et Paix Francophone, Belgique ;
  • Pax-Christie Wallonie, Belgique ;
  • OXFAM GRANDE BRETAGNE ;
  • PTM-Mundubat, Espagne;
  • Projet d’Accompagnement, Québec, Canada ;
  • Mouvement International pour la Réconciliation, Autriche ;
  • CAREA, Allemagne ;
  • SweFOR, Suède ;
  • Chiapas Peace House, USA ;
  • NISGUA, USA ;
  • MarinInterFaith Task Force, USA ;
  • Racine Dominican Sisters, USA ;
  • Task Force on Latin America and the Caribbean U.S. Fellowship of Reconciliation, USA ;
  • Peacemakers, USA ;
  • The Peace Council and the International Committee for the Peace Council, USA ;
  • llinois Maya Ministries, USA ;
  • Wellington Avenue United Church of Christ Chicago, USA ;
  • Chicago Metropolitan Sanctuary Alliance Chicago, Illinois, USA ;
  • Eco-Justice Collaborative, USA ;
  • Chicago Religious Leadership Network on Latin America, USA.

Nous souhaitons vous informer d’une série d’intimidations à l’encontre de défenseurs des droits humains qui ont eu lieu au Chiapas au cours des derniers mois, particulièrement à San Cristóbal de las Casas.

CONTEXTE

Le contexte au Chiapas est assez complexe et se caractérise par une forte division sociale et un risque permanent de situations violentes. Le conflit armé non résolu se maintient et a conduit à une présence massive de l’armée fédérale ainsi que de diverses forces policières et groupes armés. Ces groupes bien qu’ils aient été relativement contenus au cours de ce sexennat n’ont été ni désarmés ni démantelés, se maintenant ainsi dans l’impunité. Il faut également ajouter l’augmentation des groupes de délinquance organisée comme le trafic de drogues, les “polleros” (migration illégale) et de bandes, la plupart d’entre eux maintenant une présence toujours plus agressive et d’intimidation au Chiapas.

Les processus politiques qui se développent cette année sont de grande importance pour le futur du pays et du Chiapas et aggrave le contexte de conflit : les campagnes électorales fédérale et au poste de gouverneur du Chiapas, ainsi que l’Autre Campagne promu par l’EZLN à échelle nationale et de manière parallèle aux campagnes électorales. Plusieurs projets de Nation qui se traduisent en différents processus d’articulation se confrontent.

Le moment politique dans lequel ces processus se développent est particulièrement délicat au Chiapas. En dépit des avancées observables au Mexique en matière de démocratie formelle, au Chiapas on dénonce qu’il existe encore des groupes de pouvoir qui pourraient se bénéficier d’un contexte d’instabilité sociale afin de maintenir ou de récupérer le contrôle économique et politique.

Parallèlement, dans plusieurs régions de l’état, il existe des conflits anciens de diverses origines (propriété agraire, religieux, de vengeance politique ou pour l’accès et le contrôle des ressources naturelles comme l’eau ou les forêts) qui n’ont jamais été résolus de fond. Il est possible que nombre de ces conflits non résolus puissent être réactivés dans l’actuelle conjoncture politique pour provoquer plus de divisions, générer peur et terreur et contribuer ainsi à la déstabilisation politique et sociale.

Dans ce contexte, des organismes internationaux, non gouvernementaux et des organisations sociales ont souffert des menaces de différente manière. C’est une situation que nous considérons grave car elle inhibe le processus démocratique et représente un risque pour la situation des droits humains au Chiapas.

LES FAITS

- La nuit du 20 Novembre 2005 à San Cristóbal de Las Casas, six hommes vêtus de noir ont agressé Gustavo Jiménez Pérez chez lui à coups de poing et de couteaux. Gustavo Jímenez est membre d’Alliance Civique-Chiapas, une organisation qui cherche à promouvoir la participation citoyenne. Bien que les agresseurs ont volé certains objets, ils en ont laissé d’autres de plus de valeur ainsi que de l’argent liquide, ce qui laisse penser qu’il ne s’agissait pas d’un acte de délinquance commune.

- Le 5 décembre 2005 quatre membres du Centre d’Action et Investigation Latino-américain, AC. (CIAM), ont dénoncé avoir été détenus de manière illégale et menaçante dans un barrage intermittent de base d’opération mixte formé par des policiers, des agents responsable de la circulation et de la migration (BOM), ceci pendant environ 45 minutes. Ce fait a eu lieu dans la région des Hauts Plateaux, au croisement des routes de Chamula et Zinacantán.

- Durant les mois de novembre et décembre, à différentes reprises, María Georgina Bocanegra, ex collaboratrice du Centre des Droits de l’Homme Fray Bartolomé de las Casas, a dénoncé les dommages portés à sa voiture de manière étrange et sans explication : début novembre, on a forcé une portière, le 15 novembre, on a détruit la vitre de gauche, le 6 décembre on a enlevé le rétroviseur de gauche et le 7 décembre on lui a volé les protections de ses roues.

- A 3 reprises, entre novembre et février la librairie ‘Mono de Papel” a subi plusieurs tentatives de vols. Lors du dernier cas, le 11 février, un des employés a également été frappé à coups de poings et couteaux.

- Le 15 décembre, Miguel Ángel García Aguirre, coordinateur de Maderas del Pueblo del Sureste, AC. (MPS), et Silvia Vázquez Díaz fondatrice du MPS et membre du Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de las Casas ont dénoncé qu’à 21H30, deux inconnus ont frappé à la porte de leurs voisins et ont cherché à obtenir des informations sur la vie quotidienne de Silvia ainsi qu’à louer leur patio pour la nuit afin d’attendre Silvia. Face à la réponse négative, ces personnes sont parties. Le 21 décembre la vitre arrière de leur véhicule garé face à leur maison a été totalement brisée.

- Le 21 janvier 2006, trois personnes se sont présentées au pressing de l’activiste sociale, Marisa Kramsky à San Cristóbal de las Casas. Ils ont demandé leur linge et avant même de le réviser, ils ont commencé à se plaindre qu’il était mal lavé, l’ont menacé et ont essayé de la frapper, en ordonnant à l’un d’entre eux d’aller chercher son revolver dans la voiture. Lorsque Marisa Kramsky a sorti son portable pour appeler à l’aide, ils sont sortis du local.

- Le 2 février, Mario M. Ruiz, membre de la Commission de Soutien à l’Unité et la Réconciliation Communautaire AC. (CORECO), a été harcelé par des inconnus qui l’ont suivi dans une camionnette noire et l’ont menacé grossièrement en lui demandant d’abandonner ses activités.

- Le 9 février, à 4 heures du matin, Marina Pagés s’est réveillé en entendant la sonnette de la porte d’entrée de la maison et bureau du SIPAZ (Service International pour la Paix). Alors qu’elle se levait, elle a reconnu l’hymne zapatiste qui était diffusé à plein volume depuis une camionnette grise. Le véhicule s’est ensuite rendu à l’endroit où se trouvait un autre membre du SIPAZ, Hélène Cannie. De la même façon, on a frappé à sa porte plusieurs fois tandis qu’une autre personne à l’intérieur du véhicule mettait l’hymne zapatiste.

- Le 11 février, la Banque HSBC du Mexique, a fermé “parce que cela convenait à leurs intérêts” deux comptes appartenant à des membres d’Enlace Civil AC qui recevaient des donations nationales et internationales pour appuyer des projets productifs, d’éducation et de santé réalisés dans des communautés autochtones zapatistes.

- Le 14 février, le dossier pénal 100/2004 qui ouvre un mandat d’arrêt à l’encontre de Mario Álvarez Rodríguez, dirigeant de la Centrale Unitaire des Travailleurs (CUT) pour délit de vol de terres a été réactivé. Il avait déjà été absolu de ce délit par un juge en première instance. La CUT dénonce également le harcèlement permanent de leurs bureaux à Palenque.

- Le 24 février, Dámaso Villanueva Ramírez, membre du Comité Citoyen pour la Défense Populaire (COCIDEP) a été arrêté à San Cristóbal de las Casas par des policiers municipaux qui l’ont conduit au Centre de Réadaptation Sociale N °5 de San Cristóbal. La demande a été réalisée par l’Entreprise de téléphone Pegaso, qui l’accusait d’avoir détruit une des antenne de téléphone portable le 26 octobre 2004 générant des dommages pour un montant de $2,340.000.00 pesos mexicains (10 pesos équivalent à entre 10 et 11 US$). Ces faits ont eu lieu alors que Dámaso Villanueva participait à une réunion dans la mairie de San Cristóbal. Le 2 de mars Dámaso a été libéré faute de preuves.

- Le 26 février, en rentrant chez lui, Ernesto Ledesma, directeur du Centre d’Analyse Politique et d’Investigations Sociales et Economiques AC. (CAPISE) a trouvé la serrure cassée et la porte d’entrée forcée. Il a pu constater que l’on avait mis des photos de membres de sa famille sur son lit. Rien n’a été volé, ce qui laisse de côté l’hypothèse du vandalisme.

- Le 14 mars, entre 9 et 11 heures du matin, des inconnus sont entrés dans la maison de David Méndez, défenseur du Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas et de sa femme Norma Medina, directrice du Secours Catholique de San Cristóbal AC. Ils ont détruits la serrure et la porte d’entrée. Ils ont seulement volé un ordinateur portable et ont fouillé dans les affaires personnelles de David, Norma et de leurs enfants, qu’ils ont étalé sur les lits, laissant d’autres objets de valeur.

Les faits décrits ci-dessus constituent clairement des actes d’intimidation et font l’objet de préoccupation de la part des organismes internationaux qui souscrivent cet écrit.

ACTIONS RECOMMANDEES

- Informer vos gouvernements respectifs, l’Union Européenne et les sièges d’organismes internationaux sur ces intimidations aux défenseurs des droits humains.

- Solliciter au gouvernement mexicain de réaliser les enquêtes et actions judiciaires correspondantes pour que ces faits ne restent pas dans l’impunité.

- Rester attentifs quant à la situation au Chiapas et prendre les mesures adéquates pour prévenir des actes de plus grande violence.

- Demander au gouvernement mexicain les garanties nécessaires pour que les défenseurs puissent réaliser leur travail de promotion et défense des droits humains comme indiqué dans la “Déclaration sur le droit et le devoir des individus, groupes et institutions de promouvoir et protéger les droits humains et les libertés fondamentales universellement reconnus” de l’Organisation des Nations Unies (ONU).


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