Le Service International pour la Paix (SIPAZ) est une coalition d’une cinquantaine d’organisations des Amériques et d’Europe avec une longue trajectoire dans les domaines de la paix, des droits humains et de la transformation pacifique des conflits. C’est un programme d’observation internationale créé en 1995 pour effectuer un suivi du conflit au Chiapas (Mexique) suite au soulèvement de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) en 1994. Aujourd’hui, le SIPAZ encourage la recherche de solutions pacifiques et la construction d’une culture de paix, de dialogue et de tolérance entre les acteurs politiques au Chiapas, et plus récemment au Guerrero, et Oaxaca. En parallèle, le SIPAZ établit des contacts avec d’autres organisations et réseaux qui travaillent à la construction d’une paix juste et véritable à l’échelle locale, régionale, nationale et internationale.

ACTION URGENTE: EMPRISONNEMENT ET REPRESSION CONTRE LES PAYSANS DE LA SIERRA DE PETATLÁN AU GUERRERO

15 Juillet 2005

SIPAZ exprime sa profonde préoccupation concernant l’arrestation et l’emprisonnement du paysan écologiste Felipe Arreaga depuis le 3 novembre 2004, accusé du délit d’homicide.

Felipe Arreaga est un activiste écologiste reconnu de la Sierra de Petatlán dans l’état du Guerrero, qui milite avec d’autres paysans écologistes depuis plusieurs décennies pour mettre un frein à l’exploitation forestière immodérée dans cette région.

Felipe a participé à la création de l’Organización de Campesinos Ecologistas de la Sierra de Petatlán y Coyuca de Catalán AC (OCESP, Organisation des paysans écologistes de la Sierra de Petatlán et de Coyuca de Catalán) en 1998 et plus récemment, l’Organisation des Femmes Ecologistes de la Sierra de Petatlán (OMESP), dirigée par Celsa Valdovinos, son épouse.

Le 22 février 1998, les paysans écologistes de la OCESP avec à leur tête Felipe Arreaga, Rodolfo Montiel, Albertano Peñaloza et plusieurs autres personnes organisèrent la ‘grêve du bois’ : ils bloquèrent toutes les routes d’accès à la Sierra afin d’empêcher l’allée et venue des camions transportant le bois coupé illégalement. Cette action a affecté les intérêts économiques de Bernardino Bautista Valle (un ‘cacique’ bien connu dans la région) qui a été accusé pendant de nombreuses années d’exploitation forestière illégale et qui depuis 1995 a été chargé de mettre en pratique un accord d’exploitation forestière signé par le gouverneur Rubén Figueroa Alcocer avec l’entreprise transnationale ‘Boise Cascade’.

Les actions menées par la OCESP ont provoqué la sortie de l’entreprise Boise Cascade de la région à la fin du premier semestre de 1998, argumentant des ‘situations difficiles pour les affaires’. Par ailleurs la OCESP est parvenue à freiner l’extraction forestière illégale dans la municipalité de Petatlán, au Guerrero.

A l’heure actuelle, Felipe Arreaga est emprisonné dans la ville de Zihuatanejo (Guerrero) . On l’accuse d’avoir participé à l’homicide de Abel Bautista Guillén (fils du ‘cacique’ marchand de bois Bernardino Bautista), le 30 mai 1998. Catorze autres membres de l’OCESP sont sous mandat d’arrêt pour ce même motif.

Le Centre des Droits Humains ‘Tlachinollan’ A.C. assure la défense légale de ce cas. Il a dénoncé les nombreuses irrégularités que présente la procédure. D’un côté, le meurtre a eu lieu en 1998 mais les premières investigations menées n’ont eu lieu que jusqu’en 2000, et le mandat d’arrêt n’a ensuite été émis qu’en 2004. Le principal témoin de l’accusation contre Felipe Arreaga a reconnu devant un juge qu’il avait été forcé à déclarer par Bernardino Bautista Valle et un policier judiciaire du bureau du Procureur du Guerrero.

D’un autre côté, une des personnes également accusées et par présomption identifiée par deux témoins de l’accusation est décédée en 1996, et une autre était mineure au moment des faits. Plus de sept témoinss ont attesté que Felipe Arreaga se trouvait dans le village de ‘Las Mesas’ le jour du meurtre. Il existe de plus une video-cassette qui avale ces témoignage, ce qui prouve l’innocence de Felipe Arreaga vu qu’il se trouvait à un autre endroit au moment des faits.

Le 2 mars 2005, Amnesty International a déclaré Felipe Arreaga “prisonnier politique”.

La répression contre les paysans écologistes et plus concrètement contre les leaders qui ont pris part à la ‘grève du bois’ n’est pas récente. En 1999, Rodolfo Montiel et Teodoro Cabrera avaient été détenus par l’armée et torturés. Ils furent condamnés sur la base de preuves fabriquées, et inculpés pour détention d’armes à feu et trafic de stupéfiants. Ils ont été libérés en 2001 grâce a la pression nationale et internacionale, sans que leur innocence n’ait été reconnue ni que les responsables pour détention illégale et torture n’aient été jugés. Le cas a été présenté auprès de la Commission Interaméricaine des Droits Humains.

Du fait des irrégularités de procédure et des antécédents de répression contre les paysans écologistes de la région, nous sommes profondément préoccupés par la situation de Felipe Arreaga, dont la détention est dûe à des motifs politiques et comme représaille pour tout le travail qu’il a réalisé en faveur de la prise de conscience environnementale.

Les menaces contre les paysans écologistes se maintiennent. Le 19 mai 2005, Albertano Peñaloza Domínguez (activiste avec une longue trajectoire dans la lutte environnementale) et plusieurs membres de sa famille sont tombés dans une embuscade. Deux de ses fils, de 9 et 19 ans, furent assassinés, et Albertano et ses deux autres fils, de 15 et 18 ans, furent gravement blessés.

Albertano Peñaloza Domínguez se trouve dans une situation d’extrême vulnérabilité, entre la crainte fondée que ces attentats ne se répètent, et le mandat d’arrêt qui pèse sur lui pour le même dossier judiciaire préfabriqué qui fait que Felipe Arreaga se trouve aujourd’hui en prison.

Les assasinats, les menaces et les emprisonnements font partie du lot quotidien d’hommes et de femmes qui luttent pour défendre les bois, l’eau et le droit à un environnement sain pour tous et pour chacun d’entre nous.

Nous vous prions de faire parvenir vos demandes aux autorités mentionnées ci-après :

  1. Libération inmédiate et inconditionnelle de Felipe Arreaga, avec garantie de sa sécurité et de celle de ses proches.
  2. Suspension des mandats d’arrêt contre les 14 membres de la OCESP et protection de ces personnes, de leurs proches et des témoins de l’affaire.
  3. Réexamen indépendant et impartial des investigations menées par la police judiciaire et le Ministère Public, afin de traduire en justice les personnes responsables de la falsification et fabrication de preuves contre Felipe Arreaga. Publication des conclusions de ce réexamen et indemnisation de Felipe Arreaga pour les poursuites injustifiées dont il a fait l’objet.
  4. Demande d’une enquête exhaustive et impartiale sur le meurte d’Abel Bautista Guillén en 1998.
  5. Fin de la répression et des menaces contre les paysans écologistes de la Sierra de Petatlán.
  6. Enquête impartiale et exhaustive à travers la création d’une instance spécialisée sur l’embuscade dont Albertano Peñaloza et sa famille ont été victimes et sur le meurtre de ses deux fils. Traduction en justice des responsables matériels et intellectuels de ces délits.

Exemple de Lettre :

Aux autorités compétentes,

Nous sommes profondément préoccupés par la situation de répression et de menaces constantes aux paysans écologistes de la Sierra de Petatlán au Guerrero.

Il y a quelques années nous avons été informés de l’injuste emprisonnement de Rodolfo Montiel et Teodoro Cabrera, qui avaient été détenus et torturés jusqu’à signer sous la contrainte des « aveux », sur la foi desquels ils ont été inculpés de détention d’armes à feu et de trafic de stupéfiants.

Nous savons que la lutte que mène l’Organisation des Paysans Ecologistes de la Sierra de Petatlán en faveur de l’environnement est reconnue nationalement et internationalement, ainsi que les assasinats et emprisonnements dont elle est victime depuis 1998.

A l’heure actuelle, nous sommes profondément préoccupés par l’emprisonnement de Felipe Arreaga (depuis novembre 2004). De nombreuses irrégularités de procédure démontrent qu’il s’agit d’un cas préfabriqué pour freiner le travail en faveur de l’environnement qu’il réalise et qui affecte les intérêts économiques de ceux qui exploitent le bois illégalement.

Nous avons été informés des preuves présentées par les témoins de la défense et d’une vidéo-cassette qui démontrent que le jour du meurtre Felipe Arreaga se trouvait à un autre endroit où il se faisait soigner pour une maladie du dos dont il souffre.

De la même façon, nous sommes consternés par l’embuscade dont Albertano Peñaloza et sa famille ont fait l’objet face à leur maison à Banco Nuevo le 19 mai 2005, et au cours de laquelle deux de ses fils, de 9 et 19 ans, ont été assassinés. Albertano et ses deux autres fils, de 15 et 18 ans, ont été gravement blessés.

Nous lamentons le fort climat d’impunité et d’insécurité que vivent les écologistes de la Sierra de Petatlán dans l’état du Guerrero et nous demandons aux autorités compétentes :

    1. Libération inmédiate et inconditionnelle de Felipe Arreaga, avec garantie de sa sécurité et de celle de ses proches.
    2. Suspension des mandats d’arrêt contre les 14 membres de la OCESP et protection de ces personnes, de leurs proches et des témoins de l’affaire.
    3. Réexamen indépendant et impartial des investigations menées par la police judiciaire et le Ministère Public, afin de traduire en justice les personnes responsables de la falsification et fabrication de preuves contre Felipe Arreaga. Publication des conclusions de ce réexamen et indemnisation de Felipe Arreaga pour les poursuites injustifiées dont il a fait l’objet.
    4. Demande d’une enquête exhaustive et impartiale sur le meurte d’Abel Bautista Guillén en 1998.
    5. Fin de la répression et des menaces contre les paysans écologistes de la Sierra de Petatlán.
    6. Enquête impartiale et exhaustive à travers la création d’une instance spécialisée sur l’embuscade dont Albertano Peñaloza et sa famille ont été victimes et sur le meurtre de ses deux fils. Traduction en justice des responsables matériels et intellectuels de ces délits.

ENVOYER A:

 

Lic. C. Raúl Calvo Sánchez
Président du Tribunal Supérieur de Justice de l’Etat du Guerrero
Plaza Cívica, Primero Congreso de Anahuac, Colonia Centro
Chilpancingo, Guerrero, C.P. 39000
Fax: + 52 74747 24191

 

Ricardo Salinas Sandoval
Premier Juge de Première Instance du Tribunal Pénal
Paseo de los Deportes sin número, Colonia Deportiva, C.P. 40880,
Zihuatanejo, Guerrero
Fax: +52 755 55 423 27

 

Diputado Rómulo Reza Hurtado,
Président de la Commission Ordinaire des Droits de l’Homme au Congrès de l’Etat
Fax: + 52 747 47 13 800

COPIE A:

 

SIPAZ
Avenida Chilón #8, El Cerrillo
San Cristóbal de las Casas, Chiapas, CP 29220
Fax: (+52.967) 63-160-55

 


<:: ReTOUR ENVOYER pAr Mail ImprimEr

Retour à la page d'accueil
Avenida Chilón #8
Barrio El Cerrillo
San Cristóbal de las Casas
29220 Chiapas, México
Tel/Fax: (+52.967) 63-160-55
SIPAZ.ORG © 1995 /
Última actualización: