Chiapas: Pour le moins 4 morts après un affrontement près de la Réserve de la Biosphère de Montes Azules.

Le matin du lundi 13 novembre 2006, près de la Réserve de Montes Azules au Chiapas, une agression armée d’une centaine de paysans des villages Nueva Palestina et Frontera Corozal de la « Communauté Lacandone » contre 17 familles établies dans le village Viejo Velasco Suárez a dérivé en un affrontement sanglant : pour le moins 4 morts, des dizaines de blessés et déplacé et 2 personnes prises en otage.

Ce conflit remonte 30 ans en arrière (voir l’article « Expulsions à Montes Azules : la conservation de la biodiversité avec ou contre les peuples autochtones »), suite à la publication d’un décret en faveur de la dite “Communauté Lacandone”, qui méconnut les droits agraires de plusieurs villages autochtones et paysans qui réclamaient depuis longtemps le droit à la propriété des terres dans lesquelles ils vivaient.

Après une série d’accords en 2005, les gouvernements fédéraux et de l’état du Chiapas se sont engagés à régulariser les droits agraires de 28 communautés autochtones, y compris celle de Viejo Velasco Suárez. Cependant, depuis avril 2006, des organisations locales de droits humains ont dénoncé le fait que le gouvernement du Chiapas avait commencé un processus d’expulsions et de réinstallations forcées, apparemment avec le soutien d’individus et de groupes progouvernementaux de communautés comme Nueva Palestina.

Vous trouverez à continuation :

Dans la mesure où il ne s’agit pas d’un cas isolé vu qu’il existe plusieurs autres cas de conflits qui pourraient provoquer une plus grande violence, nous vous invitons à rester attentifs face à ces conflits et à vous prononcer contre la possibilité de « solutions » violentes.

RAPPORT DE LA VISITE DE LA COMMISSION D’OBSERVATION CIVILE AU VILLAGE DE VIEJO VELASCO SUÁREZ, MUNICIPE AUTONOME VICENTE GUERRERO (1) , FORÊT LACANDONE, OÚ VIVENT DES BASES D’APPUI DE L’EZLN

15 novembre 2006

Le Comité de Défense de la Liberté Indienne Xi’nich, le Centre des Droits Indiens CEDIAC, le Centre des Droits de la Femme du Chiapas, Maderas del Pueblo del Sureste, le Centre des Droits Humains Fray Pedro de la Nada, Santé et développement communautaire A.C., le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas, la Maison de soutien à la Femme Ixin Anzetic rendent compte de la visite effectuée le 14 novembre 2006 à la communauté de Velasco Suárez et ses environs immédiats.

Concernant l’attaque et les morts.

Les témoignages recueillis auprès des personnes déplacées de la communauté de Viejo Velasco qui ont vu et été victimes des attaques rapportent que le 13 novembre, à 6 heures du matin approximativement, environ 40 personnes vêtues de civil provenant pour la majorité du village de Nueva Palestina(2), se sont présentées dans la communauté armées de machettes et de bâtons et proférant cris et insultes. Derrière eux, un groupe de plus de 200 personnes en tenue de type militaire ont encerclé les abords de la communauté.  Selon les descriptions, certains portaient des casquettes et des chemises bleues avec l’insigne de la police de secteur, d’autres étaient masqués et portaient des uniformes noirs. La majorité des agresseurs portaient des armes de gros calibre, entre autres de type AK 47 (appelées au Mexique “Corne de bouc”) et R15 ainsi que des escopettes (fusil à canon scié) et des “22 long rifle”.

D’autre part, il semble que certains des attaquants appartenaient à la Communauté Lacandone (3), car d’après ce qu’ont pu observer les victimes, ils portaient les cheveux longs et étaient en tenue civile. Il faut souligner qu’immédiatement après l’attaque, un hélicoptère a survolé la communauté assaillie. A 10 heures du matin, 4 autres hélicoptères ont atterri à Viejo Velasco. L’un appartenait à la PGR (Bureau du Procureur Général de la République) et -selon les témoins - les trois autres portaient le sigle de la SSP (Seguridad Pública- corps de police). Des représentants de la police judiciaire de la région de la Forêt Lacandone sont descendus afin de récupérer deux des cadavres.

Il est important de prendre en compte que cette attaque s’est déroulée sans la moindre considération, dans la mesure où la majorité des maisons ont été détruites et tous les effets personnels sans exception dispersés à tous les vents. En outre, les traces de sang sur le sol et les impacts de balles relevés sur les murs de planche d’une des maisons ainsi que les témoignages recueillis indiquent qu’une femme, identifiée comme Maria Nuñez Gonzalez a été assassinée à l’intérieur de la maison.

Pendant notre visite à la communauté nous avons rencontré plusieurs personnes déplacées, qui sous l’emprise de l’exaltation et de la confusion, nous ont confié que plusieurs de leurs parents avaient été tués et que certains d’entre eux avaient pu retourner au village pour recouvrir les corps.

Selon les témoignages directs des familles, les personnes dont le décès est avéré sont:

    • Filemón Benitez Pérez,  20 ans.
    • Antonio Mayor Benitez Pérez, 30 ans.
    • María Núñez González, 32 ans.

Concernant Maria Nuñez Gonzalez, il est important de mentionner que, selon les dires de son frère, elle aurait été violée. Si certains indices qui accréditent que cet acte a été commis restent toutefois à confirmer, ils démontrent en tous cas, le degré de brutalité avec laquelle l’agression a été perpétrée.

Concernant les disparus:

Nous avons également recueilli le témoignage de quelqu’un qui a pu observer directement la mort de “Juan Peñate Montejo” un autre des paysans de Viejo Velasco Suárez, dont le corps n’apparaît pas encore et qui en outre n’a pas été comptabilisé dans la liste des personnes décédées pendant l’attaque, présentée par les autorités.  Nous le considérons donc comme disparu. Se basant sur les mêmes critères – leur présence sur les lieux au moment de l’attaque et le fait qu’on ignore où elles se trouvent actuellement-, nous considérons les personnes suivantes officiellement comme disparues:  

    • Mariano Pérez Guzmán  (60 ou  65 ans).
    • Miguel Moreno Montejo (50 ans environ)

 Les personnes retenues en otage:

Les témoignages mentionnent que pendant l’attaque, plusieurs personnes ont été enlevées par les habitants de Nueva Palestina. Jusqu’à présent nous savons que les personnes retenues dans cette communauté sont:

  • Pedro Núñez Pérez et sa fille
  • Petrona Núñez González , malade et handicapé

Des versions concordantes rapportées par des habitants d’autres communautés de la zone font état d’une menace selon laquelle “en cas de décès d’une des personnes blessées originaires de Nueva Palestina, les otages seraient lynchés”.

Le 15 novembre aux alentours de 3 heures du matin, les familles des victimes et les membres de cette commission ont présenté conjointement une plainte auprès de l’agent du Ministère Public de service, concernant les personnes disparues et les personnes retenues au cours de l’attaque. Cette démarche a abouti à l’ouverture de l’Acte administratif 1334/CAJ74/2006, de façon erronée selon l’avis des intégrants de la commission qui estiment qu’en raison de la nature des faits qualifiés comme graves par le code pénal, la procédure correcte aurait du être l’ouverture automatique d’une enquête préliminaire.  

Concernant les déplacés:

Après avoir visité la communauté de Viejo Velasco Suarez, nous avons constaté que 23 hommes adultes, 8 femmes adultes et 8 mineurs (5 garçons, 3 filles) se sont vus forcés d’abandonner leur foyers et leur terre, de crainte d’être la cible de nouvelles attaques et agressions. C’est pourquoi, chacune de ces personnes –dans la mesure de ses possibilités- a emporté quelques affaires et cherché refuge dans les communautés voisines, sans savoir pour l’instant d’idée précise sur sa situation future. Toutefois, l’enterrement des morts s’est effectué dans la communauté de San Martín Chamizal.

Concernant les détenus:

Après l’atterrissage de l’hélicoptère de la force de Sécurité Publique le 14 novembre, Diego Arcos Meneses, promoteur de santé communautaire d’une communauté voisine a été arrêté dans les environs immédiats du village de Viejo Velasco. Ce dernier manifeste qu’alors qu’en compagnie de sa femme et de son fils, il rentrait de son travail aux champs, il a vu plusieurs habitants de Viejo Velasco qui sortaient de la communauté par le sentier, chargés de sacs de toile et de paquets. C’est à ce moment là que des agents du Ministère Public qui venaient d’atterrir l’ont rattrapé sur le chemin, l’ont mis en joue et lui ont ordonné de se coucher à plat ventre. A la suite de quoi, ils lui ont posé plusieurs questions pour finir par lui demander de les accompagner pour faire le tour de la communauté attaquée. Ensuite, après avoir laissé partir sa femme et son fils, ils lui ont ordonné d’aider à transporter le corps de la femme décédée qui se trouvait à l’intérieur d’une maison et lui ont notifié qu’ils l’emmèneraient en qualité de témoin et l’ont fait monter dans l’hélicoptère pour le transférer à Palenque.

Une fois dans les locaux du Ministère Public, ils ont pris sa déposition et exigé de lui qu’il la signe, ce à quoi, il affirme s’être refusé, car ne sachant pas lire l’espagnol et en l’absence de traducteur dans les locaux de la police, il se méfiait de ce que l’agent du Ministère Public pouvait avoir écrit. Pour avoir refusé de signer, Diego Arcos Meneses a subi des violences physiques, sous la forme de coups violents sur le visage et le corps pour être finalement mis en cellule en qualité de prévenu.

Concernant les morts de Nueva Palestina:

En raison du caractère soudain et violent de l’attaque, la mort d’un membre de la communauté (4) de Nueva Palestina a été signalée ainsi que quelques blessés dans les rangs du groupe agresseur :

  • Vicente Pérez Díaz (décédé à l’hôpital de Palenque le 14 novembre  2006)
  • Felipe Díaz López., (actuellement interné, en raison de ses blessures dans le même hôpital).

Antécédents:

Le conflit remonte 30 ans en arrière et est à mettre en relation avec le polémique décret, qui favorisait la dénommée Communauté Zone Lacandone(2 et 4), en vertu duquel ont été bafoués les droits agraires de nombreuses communautés Indiennes et paysannes qui réclamaient, depuis bien avant, l’accès à la propriété de la terre.

C’est ainsi que, depuis 1982, les fondateurs de la communauté de Viejo Velasco Suarez, ainsi que ceux d’autres villages de la zone de “El Desempeño” ont été victimes de plusieurs expulsions avec violence de leurs maisons accompagnées de la destruction de leurs biens.

En 1984, une convention a été signée avec les lacandons, représentés par Mateo Pérez, en qualité de Conseiller de Frontera Corozal et Juan Chambor Yuk en tant que représentant légal de la Forêt Lacandone. Par ce document, qui avait reçu l’aval du délégué de la Réforme Agraire, Luis J. Garza, les communautés de San Jacinto Lacanjá, Flor de Cacao, Nuevo Tila, Viejo Velasco, Lázaro Cárdenas, Nuevo Progreso, Nuevo Jerusalén  et Ojo de Agua Tzotzil s’engageaient à accepter une réinstallation dans la zone connue comme “El Desempeño” mais obtenaient également la reconnaissance de leurs droits agraires. Postérieurement en 2005, une Commission  Interinstitutionnelle  est mise en place à El Limonar, dans le but de trouver une solution pacifique au conflit agraire à échelle régionale.

Le 21 novembre 2005, les gouvernements fédéral et de l’état du Chiapas se sont engagés à reconnaître les droits agraires et à régulariser la situation de 28 villages, entre lesquels figurait Viejo Velasco Suarez. L’engagement officiel a pourtant été rompu en avril 2006, lorsque le gouvernement a commencé à appliquer une politique de réinstallation forcée tandis que les menaces d’expulsion violentes proférées par les représentants de Nueva Palestina, Frontera Corozal et Lacanjá Chansayab reprenaient de plus belle à l’encontre de 4 communautés en particulier (Viejo Velasco, Flor de Cacao, Ojo de Agua Tsotsil et San Jacinto Lacanjá).

Au cours de l’année 2006, plusieurs ONG, entre lesquelles le Centre de Droits Humains Fray Bartolomé de las Casas, le Comité de Défense de la Liberté Indienne Xin’ich et Global Exchange (des USA) émirent divers communiqués d’alerte destinés à faire part aux instances gouvernementales fédérales et de l’état des craintes que les communautés de Nueva Palestina, Frontera Corozal et Lacanjá Chansayab mettent à exécution les menaces d’expulsions contre le village de Viejo Velasco Suárez et les trois autres communautés mentionnées (Ojo de Agua Tzotzil , San Jacinto Lacanjá et Flor de Cacao).

Récemment un groupe de la communauté Nueva Palestina s’est présenté à Viejo Velasco Suárez avec une attitude provocatrice, allant jusqu’à couper l’arrivée d’eau potable à la communauté, pendant que les habitants de Viejo Velasco exigeaient pour leur part qu’ils quittent les lieux. Le samedi 11 novembre, les membres de ce groupe de 8 personnes, originaires de Nueva Palestina ont signé un document par lequel ils s’engageaient à ne pas revenir provoquer d’incidents violents. C’est tout le contraire qui s’est produit, car ils sont revenus tous les 8 accompagnés de centaines d’hommes armés, pour commettre les abus et les atteintes aux droits humains décrits dans ce document.

      Concernant la Commission civile

Dans la tournée du 13 novembre, plusieurs des ONG participantes ont reçu des appels téléphoniques d’un représentant communal de Viejo Velasco Suárez, ayant survécu à la répression, expression par laquelle il se référait à l’agression armée contre la communauté. Des bilans préliminaires faisaient état de 14 morts, dont 2 enfants, ce qui a constitué le motif pour former cette commission intégrée par divers représentants d’organisations de défense des Droits Humains, afin de se rendre sur les lieux.

Une fois sur place, nous avons pu recueillir des informations de première main et constater que les chiffres avancés dans un premier temps manquaient de précision. Toutefois il faut tenir compte du fait qu’en raison de la surprise causée et le degré d’agressivité déployée lors de l’attaque, les membres de la communauté se sont tous dispersés, fuyant dans la nature dans toutes les directions. Cela explique que les survivants qui se sont retrouvés plus tard dans d’autres communautés, constatant des absences, aient donné pour morts ceux qui manquaient à l’appel.

Notes de la traduction :

[1] Les municipes autonomes, instances d’administration des affaires locales créés par les zapatistes rassemblent diverses communautés dans une région déterminée. Ils sont différents du découpage municipal institutionnel, dépendant des autorités de l’Etat.

[2] Nueva Palestina, Frontera Corozal, Lacanjá Chansayab font partie de ce qu’on appelle les “Biens Communaux de la Forêt Lacandone”. Cette instance définit juridiquement les ayants droits à la propriété de l’immense territoire (614.000 Ha.) de la forêt Lacandone. Ce droit de propriété, concédé par décret présidentiel en 1972 à 66 familles se réclamant de l’ethnie des Lacandons qui était sensé rétablir ces derniers dans leurs droits ancestraux a surtout permis au gouvernement d’exploiter la zone de façon éhontée (notamment le bois) et a du même coup privé de leurs droits agraires des milliers de communautés indiennes et paysannes établies de longue date dans la zone. Cette mesure est aujourd’hui encore la principale source de conflits dans la région. A cela s’ajoute un enjeu majeur pour une partie de la classe politique alliée aux intérêts de divers acteurs économiques nationaux et internationaux : la nécessité de s’assurer le contrôle politique de cette zone, classée réserve de la biosphère depuis 1978, dont l’exploitation des richesses en biodiversité et le potentiel touristique suscitent bien des convoitises.

[3] Les Lacandons sont reconnaissables des autres peuples Indiens vivant au Chiapas.Ils jouissent aussi d’un statut particulier.

[4] Voir note 2. La Communauté Lacandone est titulaire de la propriété. Toutefois, à la suite du conflit provoqué par le décret présidentiel, quelques communautés ont accepté de se regrouper dans deux communautés : les tseltales à Nueva Palestina et les ch’oles à Frontera Corozal, acquérant ainsi administrativement le statut de « sous communauté » au sein des « biens communaux de la forêt lacandone ».

Traduction : Lisa Trenza

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San Cristóbal de Las Casas, Chiapas 15 novembre 2006.

Bulletin de presse N°32

Evaluation du rapport d’observation civile réalisé dans le village de Viejo Velasco Suárez (par le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de Las Casas).
 
 
Aujourd’hui nous rendons public le rapport de l’observation réalisée entre les 14 et 15 novembre, par diverses organisations civiles, -entre lesquelles ce Centre des Droits Humains- à Viejo Velasco, un village, appartenant au Municipe Autonome[1] Vicente Guerrero où vivent des bases d’appui de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN).

Le rapport établit que les faits mentionnés à Viejo Velasco, le 13 novembre, présentent les caractéristiques d’une attaque préméditée, similaire à celles qui se sont produites dans les régions Nord et les Hauts Plateaux du Chiapas entre 1995 et 2000. Des groupes de civils armés, vêtus d’uniformes de style policier ou militaire et portant des armes de gros calibre, attaquaient les populations provoquant des morts, des disparitions et des déplacements forcés. Cela en présence complice de l’armée mexicaine, dans le cadre d’une stratégie contre insurrectionnelle visant l’EZLN.

Dans le cas présent, les témoignages des survivants font état d’un scénario similaire:

    • Un groupe fourni de personnes lourdement armées et uniformées, identifiés comme des tseltales et lacandons intégrants de l’instance “Biens Communaux de La Selva Lacandona”[2] sont venus agresser les habitants tseltales de Viejo Velasco, après que leurs sympathisants aient au préalable quitté le village (en effet, les tseltales membres des “Biens Communaux” de Viejo Velasco avaient abandonné l’endroit depuis le samedi 11 novembre).
    • La police de secteur (dépendant du Ministère de la Sécurité Publique de l’Etat du Chiapas) et les fonctionnaires représentant le Procureur de la République (PGR) arrivent en hélicoptère peu après l’attaque, sans procéder à aucune arrestation, se limitant à la levée des cadavres.
    • Stratège du plan de campagne contre insurrectionnel, l’armée mexicaine pourtant cantonnée tout autour de la communauté de Viejo Velasco, dans les villages de Cintalapa, Crucero San Javier, Frontera Corozal (également connu comme Frontera Echeverria) et Crucero Chancala, était absente au moment des faits.

Il convient de ne pas sous estimer les évènements qui ont eu lieu le 9 novembre dernier à quelques 15 kilomètres de Viejo Velasco, dans la communauté de Busiljá, rattachée administrativement à la municipalité d’Ocosingo. Selon les témoignages recueillis par le Centre Fray Bartolomé auprès des habitants, ce jour là, vers 19 heures, 6 hommes armés, portant l’uniforme de la police de secteur ont menacé diverses familles de Busiljá par des coups de feu, ce qui a provoqué la fuite de 18 personnes (6 hommes et 12 femmes), tandis que celles qui sont restées continuent d’être exposées aux menaces. Ces faits se sont produits alors que trois patrouilles de la police de secteur étaient présentes sur les lieux.

Les victimes dénoncent leurs agresseurs comme des membres de leur communauté, appartenant à l’Organisation pour la Défense des Droits des Indiens et des Paysans (OPDDIC) liée au Parti de la Révolution Institutionnelle (PRI). Ils affirment en outre que les uniformes leurs sont fournis par la police de secteur avec laquelle “ils se mettent systématiquement d’accord”. L’OPDDIC est dirigée par Pedro Chulín Jiménez, chef présumé du groupe paramilitaire MIRA (Mouvement Indien Révolutionnaire Antizapatiste) qui a opéré activement dans la région d’Ocosingo pendant le séxennat du président Zedillo (94 -2000 NdT.)

Au regard des faits, notre attention se porte sur la désignation récente à la direction de la police de secteur de l’Etat du Chiapas, de Luis Mucel Luna, général de division retraité, titulaire d’une maîtrise en administration pour la défense et la sécurité nationale délivrée par le Collège de la Défense Nationale et d’un diplôme de post grade du Collège Interaméricain de Défense situé dans le fort J.Lesley McNair à Washington (USA).

Les évènements de Viejo Velasco et Busiljá ne sont pas de simples affrontements entre membres de différentes communautés mais bien des attaques dont les caractéristiques dénotent la préméditation ainsi que la complicité par action ou omission de la part d’autorités gouvernementales avec des groupes ayant intérêt à exacerber artificiellement les différents au niveau local. Ce type d’actes n’avait plus été constaté au Chiapas depuis la fin du sexennat du président Zedillo en 2000.

Il reste encore à déterminer si les faits de Viejo Velasco et Busiljá s’inscrivent dans la fin du sexennat en cours ou constituent les prémisses de celui qui commence. Ce qui est certain, c’est que la violence directe de l’Etat, dans une logique de lutte contre insurrectionnelle peut être réactivée à tout moment si les conditions politiques l’exigent.

Nous lançons un appel à la société civile à rester attentive à ces évènements ainsi qu’au gouvernements fédéral et de l’Etat afin que:

    • Une enquête impartiale et appropriée soit réalisée dans le but d’identifier et de déterminer les responsabilités des agresseurs directs ou indirects dans le cas de Viejo Velasco comme dans celui de Busiljá.
    • Les membres de “Biens Communaux de la Selva Lacandona” et de l’OPDDIC soient désarmés.

 Traduction: Lisa Trenza

[1] Les municipes autonomes, instances d’administration des affaires locales créés par les zapatistes rassemblent diverses communautés dans une région déterminée. Ils sont différents du découpage municipal institutionnel, dépendant des autorités de l’Etat (NdT.)

[2] Cette instance définit juridiquement les ayants droits à la propriété de l’immense territoire (614.000 Ha.) de la forêt Lacandone. Ce droit de propriété, concédé par décret présidentiel en 1972 à 66 familles se réclamant de l’ethnie des Lacandons qui était sensé rétablir ces derniers dans leurs droits ancestraux a surtout permis au gouvernement d’exploiter la zone de façon éhontée (notamment le bois) et a du même coup privé de leurs droits agraires des milliers de communautés indiennes et paysannes établies de longue date dans la zone. Cette mesure est aujourd’hui encore la principale source de conflits dans la région. A cela s’ajoute un enjeu majeur pour une partie de la classe politique alliée aux intérêts de divers acteurs économiques nationaux et internationaux : la nécessité de s’assurer  le contrôle politique de cette zone, classée réserve de la biosphère depuis 1978, dont l’exploitation des richesses en biodiversité et le potentiel touristique suscitent bien des convoitises. (NdT.)

 

AMNISTÍA INTERNACIONAL

PÚBLICO

Índice AI: AMR 41/053/2006

16 de noviembre de 2006

AU 307/06: Temor por la seguridad / temor de malos tratos / detención arbitraria                

MÉXICO: Diego Arcos Meneses - Miembros de la comunidad indígena de Viejo Velasco Suárez, estado de Chiapas


A primeras horas de la mañana del 13 de noviembre, la comunidad indígena de Viejo Velasco Suárez, estado de Chiapas, fue atacada por más de 200 individuos armados, muchos de los cuales vestían ropas de las fuerzas de seguridad. Dos hombres murieron y una mujer fue violada y asesinada durante el ataque. Además, dos personas de Viejo Velasco permanecen retenidas como rehenes en la cercana comunidad de Nueva Palestina y corren peligro de recibir palizas o ser asesinadas como represalia por la muerte de dos atacantes y por las lesiones sufridas por otro durante el enfrentamiento. Otros dos hombres están desaparecidos, y 39 personas han tenido que desplazarse.

Unos 40 individuos vestidos de civil y armados con machetes y bates llegaron primero a Viejo Velasco Suárez desde Nueva Palestina el 13 de noviembre. Les siguieron poco después unos 200 individuos armados con armas de fuego de gran calibre utilizadas normalmente por el ejército. Según los informes, algunos de ellos vestían ropas militares, otros vestían uniformes de laPolicía Sectorial (la policía del estado)y otros se cubrían con pasamontañas.

El 14 de noviembre, Diego Arcos Meneses, residente de una comunidad cercana, caminaba cerca del lugar del ataque cuando fue amenazado y detenido por agentes de la Fiscalía Regional de la Zona Selva. Según los informes, los agentes lo obligaron a cargar el cuerpo de una mujer muerta en el helicóptero en el que viajaban y luego lo llevaron a la oficina de la Fiscalía en Palenque para interrogarlo como testigo del ataque de Viejo Velasco Suárez.

Diego Arcos Meneses, que no habla bien el español y no sabe leerlo, prestó testimonio verbalmente en este idioma, sin que se le proporcionara interpretación. Se negó a firmar la versión escrita de su testimonio porque no podía confirmar su exactitud. A consecuencia de ello, lo golpearon brutalmente y lo pusieron bajo custodia preventiva.

INFORMACIÓN COMPLEMENTARIA

Los conflictos por cuestiones de tierras en la Selva Lacandona, estado de Chiapas, llevan décadas provocando violencia contra las comunidades indígenas. Tras un acuerdo alcanzado en 2005, los gobiernos federal y estatal se comprometieron a regularizar los derechos agrarios de 28 comunidades, incluida la de Viejo Velasco Suárez. Sin embargo, desde abril de 2006, el gobierno local ha iniciado un proceso de desalojos y realojos forzados, al parecer con el apoyo de individuos y grupos de milicia progubernamentales de comunidades como Nueva Palestina. Las organizaciones locales de derechos humanos, como por ejemplo el Centro de Derechos Humanos Fray Bartolomé de las Casas, han documentado las amenazas y acosos en Chiapas y han alertado a las autoridades federales y estatales cuando han tenido lugar incidentes como el ataque de Viejo Velasco.

ACCIONES RECOMENDADAS:

Envíen llamamientos para que lleguen lo más rápidamente posible, en español o en su propio idioma:

  • instando a las autoridades a acusar a Diego Arcos Meneses de un delito común reconocible o a ponerlo en libertad de inmediato, y a investigar los informes sobre su paliza y detención arbitraria el 14 de noviembre;
  • pidiendo a las autoridades que garanticen la seguridad de los habitantes desplazados de Viejo Velasco Suárez tras el ataque lanzado el 13 de noviembre por un grupo de individuos armados, algunos de los cuales vestían ropas de las fuerzas de seguridad;
  • pidiendo a las autoridades que tomen medidas de emergencia para determinar el paradero de las personas que parecen haber desaparecido, y que garanticen la liberación sanas y salvas de las personas que, según los informes, se encuentran retenidas como rehenes en Nueva Palestina;
  • pidiendo a las autoridades que identifiquen sin demora a las personas que han muerto, y que garanticen que se lleva a cabo una investigación forense y pericial exhaustiva, inmediata e imparcial y que se protegen debidamente todas las pruebas;
  • pidiendo que se lleve a cabo una investigación exhaustiva, inmediata e imparcial sobre el violento enfrentamiento del 13 de noviembre, en especial sobre los informes en torno a la participación de agentes de las fuerzas de seguridad en él, que se hagan públicos sus resultados y que se lleve a los responsables ante la justicia.

LLAMAMIENTOS A:

Lic. Mariano Herrán Salvatti
Fiscal General de Justicia del Estado de Chiapas

Libramiento Norte s/n, tercer nivel, Colonia Infonavit “El Rosario”, CP 30064
Tuxtla Gutiérrez, Chiapas, México
Fax: + 52 961 61 657 24
Correo-E.: mherran@fge.chiapas.gob.mx
Tratamiento: Estimado Sr. Fiscal

 

Pablo Salazar Mendiguchía
Gobernador del Estado de Chiapas

Palacio de Gobierno del Estado de Chiapas
Av. Central y Primera Oriente
Colonia Centro, C.P. 29009
Tuxtla Gutiérrez, Chiapas, México
Fax:     + 52 961 612 5618/612 9189
Tratamiento: Señor Gobernador

 

Lic. Daniel Cabeza de Vaca
Procurador General de la República, Procuraduría General de la República

Reforma Cuauhtémoc esq. Violeta 75, Col. Guerrero, Delegación Cuauhtémoc
México D.F., C.P. 06 500, México                
Fax:     + 525 55 346 0908 (si responde una voz, digan: “me da tono de fax, por favor”)
Tratamiento: Señor Procurador General

 

Lic. Horacio Schroeder Bejarano
Secretaría de Seguridad Pública

Libramiento Sur Oriente Km. 9
C.P. 29070 Tuxtla Gutiérrez, Chiapas, México
(01 961) 61 7-70-20
Correo-E.: hschoeder@chiapas.gob.mx
Fax:     + 525 55 961 61 7-70-20 ext. 16045
Tratamiento: Señor Secretario

COPIA A:

Centro de Derechos Humanos Fray Bartolomé de las Casas A.C
Brasil No. 14 Barrio Mexicanos, CP. 29240, San Cristóbal de las Casas, Chiapas, México

y a la representación diplomática de México acreditada en su país.

ENVÍEN SUS LLAMAMIENTOS INMEDIATAMENTE. Consulten con el Secretariado Internacional o con la oficina de su Sección si van a enviarlos después del 28 de diciembre de 2006.

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DESTROZOS EN CASA

LETRERO ZAPATISTA DERRIBADO

TESTIMONIO DE MUJERES

SANGRE EN COCINA

Source: Maderas del Pueblo


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